Le marché sociolinguistique contemporain du Maroc

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Français
280 pages
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Description

Le Maroc a connu d'importantes évolutions du marché sociolinguistique après l'adoption de la nouvelle constitution en 2011, qui a revu le statut des langues en présence (l'amazighe, l'arabe marocain, l'arabe standard, le français). De quels statuts jouissent-elles ? Quels sont les changements récents en termes de politiques linguistiques ? Quelles sont les pratiques linguistiques dominantes ? Ce livre tente de répondre à travers l'analyse d'une enquête auprès de 800 jeunes étudiants.

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Date de parution 01 janvier 2015
Nombre de lectures 272
EAN13 9782336366517
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Jan Jaap de Ruiter & Karima Ziamari
Le marché sociolinguistique contemporain du Maroc
Le marché sociolinguistique contemporain du Maroc
Espaces discursifs Collection dirigée par Thierry Bulot
La collectionEspaces discursifscompte de la participation rend des discours (identitaires, épilinguistiques, professionnels…) à l’élaboration/représentation d’espaces – qu’ils soient sociaux, géographiques, symboliques, territorialisés, communautaires… – où les pratiques langagières peuvent être révélatrices de modiIcations sociales. Espace de discussion, la collection est ouverte à la diversité des terrains, des approches et des méthodologies, et concerne – au-delà du seul espace francophone – autant les langues régionales que les vernaculaires urbains, les langues minorées que celles engagées dans un processus de reconnaissance ; elle vaut également pour les diverses variétés d’une même langue quand chacune d’elles donne lieu à un discours identitaire ; elle s’intéresse plus largement encore aux faits relevant de l’évaluation sociale de la diversité linguistique.
Derniers ouvrages parus
Rada TIRVASSEN,Créolisations, plurilinguismes et dynamiques sociales, Conduire des recherches en contexte plurilingue : Le cas de Maurice, 2014. Thierry BULOT, Isabelle BOYERet Marie-Madeleine BERTUCCI, Diasporisations sociolinguistiques et précarités. Discrimination(s) et mobilité(s), 2014. Julien LONGHIet Georges-Elia SARFATI(dir.),Les discours institutionnels en confrontation. Contribution à l’analyse des discours institutionnels et politiques, 2014. Sabine GOROVITZ,L’école en contexte multilingue. Une approche sociolinguistique, 2014. Montserrat BENÍTEZFERNÁNDEZ, Catherine MILLER, Jan Jaap DERUITER, Youssef TAMER,Évolution des pratiques et représentations e langagières dans le Maroc du XXI siècle. Volumes I et II, 2013. Romain COLONNA, Ali BECETTIet Philippe BLANCHET(dir.), Dynamiques plurilingues pour une analyse glottopolitique, 2013.
Jan Jaap de Ruiter & Karima Ziamari
Avec la collaboration de Driss MeskineLe marché sociolinguistique contemporain du Maroc
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05203-8 EAN : 9782343052038
Remerciements Rassembler presque 800 questionnaires dans des institutions éducatives au Maroc naurait pas été possible sans la coopération de personnes sur place. Notre gratitude va ainsi à Fouzia Lemkhanter (Casablanca et El Jadida), Meriam Ouahidi (Béni-Mellal et Khouribga), Driss Meskine (Oujda, el Jadida, Béni Mellal, Fès et Meknès), Youssef Tamer (Agadir), Hafida el Amrani (Kénitra) Noureddine Alem (Oujda) et Jan Hoogland (Rabat). Nous voudrions aussi témoigner notre reconnaissance à Driss Meskine pour la rédaction et la correction du français, à Henk Bovekerk pour la gestion des questionnaires ainsi qu’à Carine Zebedee de l’Université de Tilburg qui s’est occupée non sans soin de la mise en page du livre. Meknès, Utrecht, novembre 2014, Jan Jaap de Ruiter & Karima Ziamari
Préface Le Maroc est sans doute l’un des pays arabophones qui aura connu le plus grand nombre d’enquêtes par questionnaires concernant les pratiques déclarées et les attitudes langagières. Le présent ouvrage s’inscrit donc dans une longue série et ajoute sa pierre à l’édifice, édifice auquel Jan Jaap de Ruiter et plusieurs de ses collègues ont largement contribué depuis des années. L’une des principales originalités et principaux apports de cet ouvrage est de comparer deux enquêtes faites dans des conditions à peu près similaires à sept années d’intervalles (entre 2002-2003 pour la première et 2009-2012 pour la deuxième) à un moment où le Maroc a connu d’importants changements sociolinguistiques et politiques concernant notamment la place et la valorisation des langues vernaculaires (amazighe et arabe marocain). L’introduction de cet ouvrage offre une présentation synthétique de ces problématiques en rappelant les méandres des réformes éducatives, les réformes constitutionnelles récentes et les mobilisations de la mouvance amazighe.  Si dans les années 1970, les premières enquêtes s’intéressaient principalement au statut respectif du français et de l’arabe standard, c’est aujourd’hui les pratiques et les représentations de l’arabe marocain (darija) et de l’amazighe qui suscitent l’attention. La comparaison entre les deux enquêtes indique une faible évolution des représentations et des pratiques déclarées, et parfois même un recul sur certaines positions. Selon la dernière enquête, l’arabe standard conserve toujours un statut et un prestige élevé. Un peu plus de locuteurs reconnaissant lire ou écrire en arabe marocain et ont une image légèrement plus positive de cette langue mais seule une minorité est favorable à son éventuelle introduction dans le
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Le marché sociolinguistique contemporain du Maroc
système éducatif. Concernant l’amazighe ce sont surtout les locuteurs amazighophones qui affirment un fort attachement à leur langue. Quand au français, sa pratique serait en déclin, particulièrement chez les scolarisés du système publique alors même qu’il demeure une des clefs de la promotion sociale.  La lecture de ces enquêtes quantitatives semble donc indiquer un décalage important entre les évolutions des pratiques relevées par de nombreux observateurs dans de nombreux domaines publiques comme les médias et les évolutions des représentations restées plutôt conservatrices. Cette tension est également perceptible dans les fortes polémiques publiques qui ont récemment concerné l’éventualité d’introduire les langues maternelles comme langues d’enseignement (et pas simplement comme langue enseignée comme c’est aujourd’hui le cas pour l’amazighe dans un certain nombre d’écoles marocaines). On le sait, les enquêtes par questionnaires auprès de populations étudiantes ou lycéennes reflètent principalement le poids des idéologies normatives dominantes. Elles offrent néanmoins des données et des pistes de réflexion qui peuvent ensuite être prolongées, affinées, infirmées ou confirmées par d’autres approches en sciences sociales (anthropologiques, sociologiques, politiques, sociolinguistiques, et cetera.). Les commentaires et évaluations des interviewés suscités par l’enquête indiquent par exemple que la question de la frontière entre arabe standard (fusha) et arabe marocain reste floue, ambivalente et très contradictoire, ce qui amène à se demander quelles réalités linguistiques sont projetées dans ces catégories pré-établies. Aix-en-Provence, novembre 2014, Catherine Miller
Chapitre 1 Le marché sociolinguistique contemporain du Maroc : état des lieux Ce premier chapitre retrace l’état des lieux de la situation sociolinguistique contemporaine du Maroc. Cette description mettra l’accent sur les développements linguistiquesrécents. Il s’agira d’abord de présenter le marché linguistique au Maroc en abordant les principales langues en présence et qui touchent directement notre étude pour ensuite revenir sur les politiques linguistiques adoptées. 1.1 Le marché linguistique : changements et évolution Alors que pendant plusieurs années et dans toutes les versions de la constitution marocaine, celles de 1962, 1970, 1972, 1980, 1992 et 1996, l’arabe, sans adjectif, a été indéniablement la seule langue reconnue comme langue officielle, le Maroc a connu depuis le premier juillet 2011 un changement considérable instauré par la nouvelle constitution 1 approuvée par référendum.Certes, l’arabe, sans adjectif, demeure la langue officielle, mais ce statut est fortement concurrencé, etce pour la première fois, par l’amazighe: «L’arabe demeure la langue officielle de l’Etat. L’Etat œuvre à la protection et au développement de la langue arabe, ainsi qu’à la promotion de son utilisation. De même, l’amazighe constitue une langue officielle de l’Etat, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception. » (Article 5) 1 http://www.al-bab.com/arab/docs/morocco/constitution_2011.htm