News from Nowhere

News from Nowhere

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160 pages

Description

Réunit des études sur l'oeuvre de W. Morris, News from nowhere, dans laquelle il exprime sa vision d'une société idéale et utopique dans la lignée de Thomas More où le capitalisme, les classes sociales et l'exploitation du travail seraient abolis.

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Date de parution 01 novembre 2004
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EAN13 9782200255350
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Introduction
Écrit par William Morris à partir de la fin 1889, News from Nowhere est la réponse à une autre utopie socialiste, Looking Backward, de l'Américain Edward Bellamy, qui connaît un succès considérable et qu'il lit cette année-là. Nowhere est un plaidoyer politique : Morris y décrit une société idéale issue d'une révolution, et s'inscrit en faux contre la théorie « graduelle » de Bellamy (que partagent les fabiens en Grande-Bretagne), qui veut que la société nouvelle advienne sans soulèvement violent, par étapes et progrès successifs. Mais Nowhere est aussi la réaction personnelle d'un homme devant le monde déshumanisé, mécanisé, en un mot, pour reprendre l'expression de Morris, ce paradis cockney1 que nous présente Bellamy.
Critique sans appel de la société de son époque, News from Nowhere
est tissé de tous les idéaux auxquels sa vie durant Morris a aspiré et consacré tous ses efforts : projet politique et choix esthétiques sont indissociables chez lui, comme dans son récit utopique. L'oeuvre est aussi le reflet de son tempérament, tel qu'il le décrit lui-même et que nous le fait voir son entourage : chaleureux, emporté, rêveur mais sans cesse en activité, inventif, engagé, et attaché plus qu'à toute autre chose à l'esprit de communauté, d'amitié, de camaraderie, de collaboration, qu'il nomme fellowship.
News from Nowhere épouse, parfois jusque dans le détail, et jusque dans son intimité, les événements de la propre vie de Morris. Pour n'en prendre qu'un seul exemple : dans les derniers chapitres du récit, la remontée de la Tamise en bateau par Guest et ses compagnons, qui aboutit à la vieille maison, et conclut l'aventure, est une reprise d'une équipée organisée par Morris et ses amis en 1880 et en 1881, qui les mène de Kelmscott House, à Hammersmith, jusqu'à Kelmscott Manor, plus haut dans la vallée du fleuve.
Nowhere donc, nul lieu, mais un Nowhere qui se situe dans un espace familier : Londres, la Tamise, l'Oxfordshire, transfigurés par l'utopie, mais qui conservent encore des traces du passé hideux. Pour déchiffrer News from Nowhere,
il faut donc, dans un premier temps, rappeler le contexte économique, politique et social de l'époque, et les grands débats qu'il suscite ; aborder les questions esthétiques qui ont préoccupé l'Angleterre victorienne, et connaître les événements de la biographie de Morris dont le texte se fait l'écho.
Enfin, le récit s'inscrit dans une longue tradition utopique, qui doit son nom à l'Utopia de Thomas More mais prend racine bien avant, et qui est particulièrement féconde dans le dernier tiers du XIXe siècle.
La Grande-Bretagne à l'époque de William Morris
Morris arrive à l'âge adulte dans les années 1850. C'est l'époque, où l'Angleterre est à l'apogée de sa puissance. Économiquement elle domine le monde, aucun concurrent ne mettant encore en danger sa suprématie industrielle. Ses colonies s'étendent déjà sur les cinq continents. Après les périlleuses années du chartisme s'ouvre une ère de paix sociale et politique. Les soulèvements de 1848 ne menacent plus la stabilité politique européenne. L'argent règne en maître. La bourgeoisie croit au progrès matériel, à la légitimité de sa réussite, et professe, dans le sillage de Jeremy Bentham, une morale utilitaire.
Mais il y a l'envers de la médaille : la misère sociale engendrée par l'industrialisation sauvage, l'urbanisation anarchique accélérée par le développement du chemin de fer à partir de 1825, la création de centres industriels qui dévorent la campagne et jettent les ouvriers dans des conditions de vie abominables. Charles Dickens, Henry Mayhew, Friedrich Engels, Gustave Doré parmi d'autres rendent compte de cette horreur sociale. Ce sont les deux nations évoquées par Disraeli en 1845 dans son roman
Sybil.
Face à l'utilitarisme de la société victorienne, des réactions idéalistes se font sentir dès les années 1830: Thomas Carlyle, prophète de l'action, pourfend la société contemporaine et loue les valeurs du temps passé. Un courant religieux issu de la Haute Église anglicane, le Mouvement d'Oxford anglo-catholique, inquiet de l'affaiblissement religieux de l'anglicanisme, cherche un renouveau dans un rapprochement avec Rome. Au plan esthétique des réactions se font jour contre le goût de l'époque et la vogue néo-classique : Augustus Welby Pugin, puis John Ruskin, s'élèvent contre leur siècle, et prétendent lutter contre l'enlaidissement industriel du pays et l'avilissement des hommes.