Parlez-vous argot ?

Parlez-vous argot ?

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Livres
132 pages

Description

Découvrez – ou redécouvrez – avec gourmandise l’argot du prince des camelots du début du siècle dernier, celui du monde de la rue, camelot, colporteurs, “gens de peu” d’où nous puisons, pour beaucoup, nos origines. Ces mots qui nous sont souvent familiers ressurgissent aussi de notre mémoire littéraire ; réminiscences de Mac Orlan, Queneau, Audiard… Retrouvez les expressions imagées ou grivoises de notre langue verte. Les connaître et les remettre en usage pour jouer avec elles est non seulement un devoir de mémoire mais aussi une jouissance sans égale. Ce livre illustré de photos anciennes, petit dico avec une couverture originale « à trou », est une curiosité qui s’inscrit dans la collection « Le Jeu des mots » aux Éditions D’Orbestier. Autres titres parus : Parlez-vous le patois de Paris ? Parlez-vous nantais ? Parlez-vous chaumois ? Parlez-vous québécois ? Parlez-vous belge ? Parlez-vous bistrot ?

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Date de parution 01 janvier 2007
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EAN13 9782842382810
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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L’argot du prince des camelots
’argot n’est pas seulement un langage crypté, détourné, L à l’usage d’une corporation : bouchers, malfrats, typo-graphes ou butineuses de trottoir, argot que l’on pourrait qua-lifier de « technique »,loucherbemet autresjavanais,c’est aussi un composant de la langue commune, parlée par le monde de la rue, camelots, colporteurs, « gens de peu », d’où nous pui-sons, pour beaucoup, nos origines. Cet argot, proscrit par la bonne société de l’avant Première guerre mondiale, est alors un puissant marqueur social dans une période en pleine ébullition artistique, litté-raire, politique, où chacun se détermine très fortement encore par son costume et son langage. Ce parler des gens du peuple s’affirme, et se revendique alors, à travers les chansons et la littérature réaliste des romans bon marché. Il est imagé, inventif, truculent, souvent grivois. C’est l’argot que nous utilisons encore aujourd’hui. De très nombreux mots nous sont familiers ou ressurgissent de notre mémoire littéraire, réminiscences de Mac Orlan, Queneau, Audiard… Ils sont devenus d’un usage si courant qu’on oublie leur appartenance à une langue parallèle. D’autres sont tombés dans l’oubli sans que l’on sache pour-quoi. On les découvre avec gourmandise ; ils ne demandent qu’à redevenir d’actualité. Les connaître et les remettre en usage est non seulement un devoir de mémoire mais une jouissance sans égale. Associées à leurs cousins de la tchatche
Parlez-vous ARGOT ?
des banlieues, ces expressions pourraient venir enrichir le vocabulaire contemporain de plus en plus étique. Trois cents mots - dit-on - suffiraient aujourd’hui à la vie sociale, à l’ex-pression courante et au bonheur d’un français moyen. En ajouter quelques-uns, tirés de notre langue verte, ne ferait de mal à personne et apporterait un peu d’épices à un parler qui s’affadit.
Le dictionnaire d’argot que nous publions - édition de 1907 - est celui du prince des camelots, Napoléon Hayard, bon vivant, fort en gueule, toujours prêt à défendre une cause et son contraire pour faire parler de lui et se ménager de bonnes affaires. Carrure d’un Bruant, verbe haut, barbe corbeau, Léon en impose. Sa notoriété commence pendant le siège de Paris en 1870 quand, pour survivre et pour épater ses amis communards, il s’engage à 20 ans dans la Marine… de la Seine. Son ami Ernest Gegout en fait un portrait aussi exotique que roman-tique. On songe à quelque fougueux prince marocain sorti d’une toile de Delacroix :« Un yatagan à deux mains, enrichi de pierreries, pend à son côté, retenu par une corde. Au rapport, il le tire chaque matin, avec un air sombre et des yeux farouches, pour tailler son crayon !… À sa ceinture de flanelle rouge sont retenus des pistolets à crosses formidables incrustées d’or, et il chausse des bottes profondes, à revers rouges, le tout chipé par inadvertance, au cours d’une perquisition chez le général de Gallifet. » Hayard, vendeur enjôleur inspiré, se mêle de politique, gagne de l’argent, pratiquant embrouilles et juteux coups médiatiques. Il édite tout ce qui se vend, allant du grivois à la vulgarisation juridique :La Manière de faire plaisir aux filles, Le Petit Magicien de société, Les Différentes Manières de faire
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des cochonneries avec les femmes, les hommes et les Auvergnats ; mais aussi :Les Droits des Ouvriers et des Patrons en cas d'ac-cidents, Le Guide pratique du Conscrit français,etc. Maître des vendeurs ambulants de colifichets, de cartes pos-tales, de faire-part et petits formats illustrés, l’ancien ouvrier imprimeur règne aussi sur ses équipes de colporteurs de jour-naux dont les titres criés assurent les gros tirages en pleine affaire Dreyfus. En tournée pour faire vendre une de ses chan-sons« Viens Mimile »,il triomphe médiatiquement lors d’un voyage à Londres éclipsant le président Loubet en visite offi-cielle. Rien ne semble pouvoir l’arrêter. Et pourtant, ironie du sort pour cet homme de la rue, c’est dans la rue du Croissant, près de son bureau, que disparaît brutalement à 53 ans le grand Napoléon, fauché par une des premières automobiles en août 1903. Ses funérailles, presque nationales, sont suivies jusqu’au cimetière de Saint-Ouen par des dizaines de milliers de personnes, petites gens qu’il connaissait bien et dont il avait recueilli et fixé la langue. Quatre ans plus tard, son collaborateur Marius Rety publiera sonDictionnaire d’argotqui, s’il n’est pas d’une intransigeance universitaire, fera date et reste toujours d’une savoureuse actualité.
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Xavier Armange
S'Y T'FAUT UN COSTEAU POUR SERRER LES MECS À LA DURE PENSE A MÉZIGO !
Nous avons respecté l’orthographe (souvent approximative) des mots d’argot du dictionnaire de Napoléon Hayard.
quelqu’un, pense à moi ! solide pour taper sur S’il te faut un homme
Exercice de style
En guise de « petite mise en bouche », comme disent nos princes de la gastronomie, voici quelques phrases d’argot tirées du dictionnaire de Napoléon Hayard.
Entrez dans le jeu des mots et tentez de traduire ces expressions qui appartiennent toutes à notre patrimoine.
J'vais m'balader dans la cambrousse après la croustille avec une môme gironde, qui a des mirettes et un bécot égnaulants, des pelottes et un prose à en baver… Je ne te bonis que ça.
– Ous qu'est mon culbutant, mon rase-pet, mon gile-ton ? Où qu't'as planqué mon galure ?… V'la une floume qui n'a qu'ses frusques dans la bouillote, et qui laisse mes fringues en débine.
– Qu'est-ce que tu t'enfiles : une pure, une almazone, une tomate, une hussarde ou une mominette ?