Parlons Iaaï

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Français
328 pages
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Description

Langue austronésienne d'Océanie, le iaaï appartient au groupe des langues de la Nouvelle-Calédonie, plus particulièrement à celui de l'archipel des Loyauté, où se situe l'île d'Ouvéa. Langue d'origine mélanésienne, le iaaï est riche de par sa phonologie et sa morphologie verbale. Elle se caractérise également par un système de déclinaisons très élaboré dans les classificateurs possessifs. Sa pérennité semble assurée grâce à son enseignement dans les établissements scolaires d'Ouvéa.

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Publié par
Date de parution 01 novembre 2011
Nombre de lectures 34
EAN13 9782296472075
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Parlons iaaï

Parlons…
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Parlonsakyé bodin,FirminAHOUA& PatriceACHIE BROUH,
2009.
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Parlonsallemand,Hervé RICHARD, 2009.
Parlons tcherkesse,AmjadJAIMOUKHA, Michel MALHERBE,
2009.
Parlons moba,langue duNord-Togo, Pierre REINHARD, 2009.
Parlons shanghaïen,Feng LI, 2009.
Parlonsbunun,RémyGILS,2009.

Daniel MIROUX

Parlonsiaaï

Tusi hwen iaai
Alliance Champlain

Du mêmeauteur

Manuelde conversationfrançais-iaaï
Nouméa 2003

Le français,unelangue en mouvement
AllianceChamplain, Nouméa, 2005

Tusihwen iaaiae gaan
AllianceChamplain

Dictionnaire français-iaaï
Nouméa 2007

Tusihwen iaaiaethep
Ouvéa, Guide historique et linguistique de Iaaï
AllianceC2010hamplain Nouméa

© L’Harmattan,2011
5-7,rue del’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56546-3
EAN : 9782296565463

Remerciements

L’auteur exprime sa reconnaissance à
enseignant originaire d’Ouvéa, fervent
qui lui a apporté une aide essentielle
connaissances dans la langue.

Jacques Jeno, un
défenseur du iaaï
pour parfaire ses

Il remercie également Jean-Yvon Le Penven pour ses
illustrations, ainsi que Charles Poisson pour la photo de la
page de couverture représentant une plage d’Ouvéa prise
dans le sud de l’île.

Introduction

Ouvéa (Iaaï en langue kanak), d’une superficie de
2
132 km , est la plus au nord des trois grandes îles Loyauté.
Ces îles sont situées à l’est de la Nouvelle-Calédonie à
environ110 kilomètres.Ouvéas’allonge ducapRosselà
lapointe Lékinesur 35 kilomètres.Elle est prolongée au
sudpar les îles Fayava(Fayawa)etMuli (Mouli). C’est un
atollbasculé, édifiépar sédimentationcoralliennesur le
tracé d’uncratère englouti,permettant l’ouverture del’île
sur un grandlagon fermépar unesérie depetits ilotsetde
récifs:lesPléiadesduNord et lesPléiadesduSud. Entre
cesdeuxchapeletsd’îles s’ouvre, àl’ouest,lapasse
d’Anemata.LesPléiades seprolongent par un petitatoll
dont l’îleprincipale, Heo, aunelongueurde1 500 mètres
pour unelargeurde600 mètresavecune altitude
inférieure à5 mètres.
Lenomd’Ouvéa estd’originewallisienne.Il veutdire
“île”.

Iaaïest située entreles latitudes 20°23’S.et 20°45’S.et
les longitudes 166°10’E.et 166°41’E.Ellesetrouve
géologiquement sur le dessusdelapartiequi précèdela
plaqueAustralo-indienne,sous laplaque Pacifique.
L’avancementde cetteplaqueplongeante devrait
permettrelasurélévation progressive del’îlequi pourrait
dans quelques milliersd’années seretrouver
complètementémergée comme aujourd’hui lesautres îles
Loyauté.La distancelaséparantdelaGrande Terre
calédonienne estd’environ 100 kilomètresavecune
profondeur quidépasseparfois les 3 000 mètres.

7

Si Ouvéa, en forme de croissant, présente, du côté du
lagon une plage, parmi les plus belles du Pacifique-Sud,
de plus de30kilomètres de long, elle tombe de l’autre
côté, à l’est, en falaises sur la mer dont certaines atteignent
les46 mètresd’altitude au Sud et les42 mètresauNord.
L’accès facile du lagon qui rend le mouillage aisé
contraste avec les récifs frangeants de la côte Est qui sont
adossés aux falaises coralliennes abruptes où les platiers
sont de faible étendue, rendant sur cette côte un
débarquement des plus hasardeux. Les grandes
profondeurs sont, par ailleurs, très vite atteintes.

L’île est formée de deux masses calcaires, Ohwen au
Nord, plus élevée et parsemée de grottes et Iaaï au Sud,
plus basse mais plus étendue, reliées par une étroite bande
de corail dont le passage le plus étroit ne dépasse pas les
400 mètresà Hanawa aupied du col Bou Kaat.
La végétation est principalement constituée de cocotiers
qui recouvrent quasiment tout Ouvéa, faisant du coprah la
principale ressource agricole. Une huilerie ainsi qu’une
savonnerie sont en production à Hwaadrila. Les
principales plantations à l’arrivée des Européens étaient
constituées essentiellement de taros, de patates douces, de
bananes et de cannes à sucre. Il y avait peu de cultures
d’ignames. Si les pins colonnaires sont fréquents près des
falaises de la côte Est, les autres arbres rencontrés sont le
gaïac, le santal et le kohu.

Les îles Loyauté n’ont ni rivière, ni cours d’eau. Il en
est de même à Iaaï. Les lentilles d’eau contrairement à
Lifou et à Maré ne sont, toutefois, pas exploitables car leur
salinité est trop importante. En fait, la constitution de l’île
ne permet pas l’accumulation d’eau douce. Il existe
quelques petites étendues d’eau, un grand marais dans le

8

Nord ainsi que deux lagunes situées à Lekiny et à Hanawa
Hnyimëk qui autrefois étaient propices aux moustiques
vecteurs de la filariose.

En 1993, une usine de dessalement d’eau de mer,
installée à Hwaadrila, pouvant fonctionner à la fois, sur le
réseau électrique local et à partir de l’huile de coprah
voyait le jour. Mais sa production d’eau douce s’avéra, au
fil des années, insuffisante et son coût en énergie
exorbitant. La municipalité d’Ouvéa a mis en service
depuis2009,unenouvelle usine de dessalement par la
technique de l’osmose inverse. Cette installation d’une
3
capacité de300 m /jouraunefacture énergétique dix fois
moins importante que la précédente usine.

Le climat tropical est influencé par l’océan et les alizés.
Latempératuremoyennesur une année estde24°C.La
moyenne des précipitations plus fréquentesen saison
chaude est peu importante, entre1 200et 1 400 mm par
an.

Laplupartdes tribus sesituent,surtoutàl’Ouest,vers le
lagon.L’autre côte, àl’Est, est très peu habitée.L’île de
Muliest reliée àl’îleprincipalepar un pontdepuis 1974.

L’île d’Ouvéa constitue, depuis 1969,une commune,
devenue depleinexercice depuis l’applicationducode des
communesen 1977complété en 1980.Elle est, de cefait,
une commune àpartentière commeles 32autres
communesde Nouvelle-Calédonie.Le conseil municipal
estcomposé de27élus.Lemaire estassisté de 8 adjoints
désignés parmi lesélus.

9

Lapopulation résidente de l’île approchait au
recensement de2009 les 3.500 habitants.Àce chiffre, il
convient d’ajouter ceux qui se sont installés à Nouméa et
dans sa périphérie depuis une trentaine d’années. Si l’on
tient compte des enfants issus de couples mixtes c’est à
dire ceux dont le père ou la mère est d’une autre origine,
on peut estimer les originaires d’Ouvéa installés sur la
Grande Terre à un nombre approchant les3.000
personnes.
Le9juillet2008,l’île et lelagond’Ouvéa dans sa
totalité ainsi que la petite île d’Heo (Beautemps-Beaupré)
ont été classés par l’UNESCO, en même temps que cinq
autres sites calédoniens, sur la liste du patrimoine mondial
de l’humanité.

Le peuplement ancien
Ouvéa, comme les autres îles Loyauté fut habitée par les
Mélanésiens à une époque contemporaine de celle de la
grande terre calédonienne, c’est-à-dire au moins 3000ans.

Iaaïaurait été peuplée, au départ, de populations
originaires de Lifou (Gaica et Wetr) et de Kanak de la
Grande Terre (deCanala, Houaïlou et de Touho en
particulier) et aussi très certainement de Vanuatais.
Pendant longtemps, l’île a été contrôlée par deux
chefferies. Le Nord (Ohwen) relevait de l’obédience du
GrandChefBazitétablià Wenekii, àl’intérieurdes terres,
et larégionduSud,lepaysde Iaaï, duGrandChef
Daouméquiétait installé àFajawe(Fadjaoué),plus
précisémentà Hnyeihiök.

Lamigration wallisienne
L’éclatementdel’empiretongiena amené au milieudu
e
XVIIIsiècle(vers 1750)desWallisiensàquitter leur île
10

natale. Leurs pirogues touchèrent d’abord le Vanuatu, puis
Lifou. Repoussés par deux fois, certains gagnèrent la
petite île d’Uneec (Ounetch), où ils formèrent la tribu de
Teuta (Téouta). Par la suite, cette tribu se fixa, avec
l’assentiment duGrandChefBazit, au nord d’Ouvéa.Ils
serépartirentégalementà HéoetTaakeji,prèsdel’actuel
Saint-Joseph.On pensequeBazitconsidérait les nouveaux
arrivants, emmenés parNékélo, comme desalliés
potentielscontrela chefferieDaoumé deFajawe
(Fadjaoué)aveclaquellelesconflitsétaient fréquents.
L’animosité entrelepaysdel’Ohwenetceluide Iaaïétait
ancienne.Vers 1840,unNékélo,personne d’origine
wallisienne, étaitd’ailleurs ministre delaguerre deBazit.
Lesautres navigateurs, avec en têteDoumaï,sefixèrentà
Muli (Mouli)etLekiny (Lékine),probablementavec
l’assentimentdeDaouméquiespéraitcontrebalancer la
nouvellepuissance deBazit,son rivalduNord del’île.Le
nombre desWallisiensarrivésen piroguesdoublesest
estimé àune centaine d’hommes.

Arrivésavectrès peudefemmes,(certains récits parlent
même d’une absencetotale defemmes),lesWallisiens
firentainsi souche enépousantdes femmesdu lieuaux
deuxextrémitésdel’île.Ilsadoptèrent l’organisationdes
chefferies mélanésiennesetdonnèrent lenomd’Ouvéa à
leur nouvelleterre en souvenirdeleur îlenatale, Uvealalo
cequi veutdirel’île d’enbasen wallisien.Ilsadoptèrent
laplupartdescoutumes localesendehorsdelalangue.
Leur langue d’originepolynésienne,lefagauvea(hwen
ûë), est parlée denos jours parenviron 37%dela
population.Toutefois, denombreux locuteursdu nord de
l’îlesontbilingues, contrairementaux habitantsde Muli
(Mouli) qui ne connaissent quelehwen ûë.

11

La tradition orale raconte que vers1750, ces habitants
polynésiens d’Ouvéa, venant de Wallis, construisaient une
pirogue lorsque par maladresse, une hache s’échappa des
mains d’un des constructeurs et vint frapper mortellement
le fils d’un grand chef. Prises de peur et par crainte des
représailles, les familles conduites par Kaukelo (Nékélo),
Atumai (Doumaï), Peka (Beka) et Pumali (Poumali)
mirent les pirogues à la mer et s’enfuirent. La tradition, à
Wallis même, parle d’une grande pirogue appelée
Ifilaupakola.

En fait, il apparaît vraisemblable qu’il y eut auparavant
plusieurs migrations polynésiennes qui auraient pu débuter
e
à partir du XVIsiècle. On y trouve des noms de clans
samoans et tongiens ainsi que des traits linguistiques
samoans et futuniens.

Les relations entre Ohwen et Iaaï
Le centre d’Ouvéa resta aux mains des premiers
occupants de l’île. Toutefois, des Kanak, originaires de
Koné situé sur la côte ouest de laGrande Terre,
e
s’installèrent au début du XIXsiècle (peu après l’arrivée
des Wallisiens) sous l’autorité des Wenegei.Après
plusieurs conflits avec le grand chefDaoumé, réputé
pacifique, ils seront à l’origine de la création d’une
puissante chefferie àFajawe (Fadjaoué), plus précisément
à Hnanemeû (Nanéméhu).

En 1840,larégion d’Ohwen était toujours dirigée par
Bazit.LesdifférenteschefferiesduNord,qu’elles soient
mélanésiennescomme Oûë à Ohnyât, Ihmwöne à Wenekii
oud’originewallisienne commeBeka à Uneec etNekeloà
Heo,luiétaient rattachées pardenombreux liens

12

coutumiers. L’Ohwen était devenu une région nettement
distincte du reste de l’île. Son chef, Bazit, était l’ennemi
de Wenegei,le chefdu paysde Iaaï, car l’uncomme
l’autrevoulaientasseoir leur suprématiesur l’atollentier.
Descombats fréquentseurent lieudans lesannées 1840
entre OhwenetIaaicarWenegei souhaitait soumettrele
nord d’Ouvéamais il n’y parvint pas.Aucoursd’un
combat,il y laissalavie.

Aucune desdeux grandes
s’imposer sur toutel’île.

13

chefferies

ne

réussira

à

CARTE LINGUISTIQUE

Première partie
Description de la langue

Le“hwen iaai” fait partie des langues austronésiennes.
Cette famille linguistique englobe toutes les langues du
Pacifique, allant des premiers habitants de l’île de
Formose aux Maoris de Nouvelle-Zélande. Son influence
s’étend même au-delà, puisque la langue malgache parlée
dans l’île de Madagascar est aussi une langue
austronésienne. Le iaaï, comme toutes les langues de
Nouvelle-Calédonie, fait partie de la brancheEst de cette
famille linguistique, appelée aussi branche océanique.Des
six groupes de langues répertoriées dans l’archipel
néocalédonien, le iaaï est apparenté au groupe des langues
loyaltiennes (fagauvéa excepté). Si une partie du
vocabulaire se rapproche de celui du drehu, la langue de
Lifou, la structure de la langue iaaï s’apparenterait
davantage aux langues du Vanuatu.

Comme toutes les langues austronésiennes, le “hwen
iaai” était une langue orale. Toutefois, dès sa découverte
par lesEuropéens, elle eut la chance d’avoir très tôt sa
propre écriture. Les missionnaires fixèrent l’orthographe

15

afin de permettre la traduction des textes religieux.Dès
1851,une liste de mots en iaaï est établie, probablement
par un santalier, J. Inglis. Un abécédaire et un livre de
lecture, dont l’auteur est le Pasteur SamuelElla,
apparaissent en 1865et 1866,suivis par l’édition des
évangiles. L’Évangile de Luc fut édité en 1868, celui de
Jean en 1869, celui de Marc en 1870.Lesactesdes
Apôtresdatentde1874,lesépitres de Paul et de
l’Apocalypse de 1878 et enfin les psaumes de 1880.

Son successeur, JamesHadfield, fut le traducteur de la
Bible (Tusi Kap) en iaaï, dont la première édition date de
1901.Ilestégalement à l’origine du système
orthographique de la langue, en particulier des accents.
Son travail fut toutefois complété, notamment dans les
longueurs des voyelles, jusque-là insuffisamment notées.
Son œuvre reste, encore de nos jours, un excellent
document.
Du côté catholique, un premier catéchisme en langue
iaaï est imprimé en 1891.Une nouvelle version fut éditée
en1930.
En 1926,une ébauche grammaticale fut effectuée par
Sidney Ray et en1946, Maurice Leenhardt acheva une
enquête lexicale. Un ouvrage scientifique très détaillé de
la langue iaaï a été réalisé en 1976 par une linguiste
française duC.N.R.S. (Centre National de la Recherche
Scientifique),Françoise Ozanne-Rivierre.Cette
publication a été suivie en 1984 par laparution d’un
dictionnaire iaaï-français de la même auteure.

Les modifications orthographiques, qui sont intervenues
au cours des dernières décennies dans l’écriture de la
langue, sont limitées et concernent essentiellement le
doublement des voyelles longues et lekh.
16

Auparavant, un trait apparaissait au-dessus des voyelles
longues, ce qui alourdissait l’accentuation et rendrait
difficile de nos jours l’utilisation informatique de la
langue. Les linguistes ont privilégié le doublement des
voyelles. C’est le cas aussi de nombreuses langues de la
Grande Terre.

En ce qui concerne lekhqui est prononcé comme la
jota espagnole, il n’est écrit ainsi qu’en iaaï. Toutes les
autres langues kanak ont adopté lexpour orthographier ce
même son.Afin d’arriver à une certaine uniformisation
des langues kanak, en particulier celles des îles Loyauté, il
apparaît souhaitable d’opter pour cette nouvelle graphie.

Certes, des réticences existent concernant cette
évolution.De nombreux locuteurs regrettent que l’on ne se
cantonne pas exclusivement à l’écriture telle qu’elle est
reproduite dans leTusi Kap(laBible). Toutefois, une
langue n’est jamais figée.Elle est en évolution constante
et son avenir dépend de son adaptation au monde qui
l'entoure. Il est à noter également que dans certains mots,
tels quesoohmwecaa(lavieille) etxumwöng(lechant),
lewa tendance à disparaître pour devenirsoomecaaet
xumöng.

Ledde certains pronoms personnels a également
tendance à s’effacer. On dit ainsi fréquemmentöruau lieu
deödru, öreeau lieu deödree, örinau lieu deödrinetc.

17

Prononciation du hwen iaai
Plutôt que de créer des séparations par catégorie de
consonnes et de voyelles, comme le ferait un ouvrage
spécialisé, il nous est apparu plus simple et surtout plus
pratique de noter par ordre alphabétique les prononciations
les plus importantes. En effet, les consonnes se
répartissent en 12 consonnes nasales,
11 consonnes occlusives et10consonnescontinues. Quant
aux voyelles, elles sont 6 à être fermées, 8 à être
semiouvertes et 6 à être ouvertes.

1/ le«â» seprononce commeleode«botte» mais plus
ouvert.
2/ le«ââ»delamêmefaçon quele«â» mais plus long.
3/ le«aa»est un «a» plus long.
4/ laterminaison«an » seprononce«ann ».
5/ le«bw » seprononce comme dans «bois ».

18

6/ le«c» seprononce« tch »comme dans «catch ».
7/ le«ch » seprononce comme dans «chien ».
8/ le«dh » seprononce comme dans «this » en anglais.
9/ le«dr» seprononce deplusen plusavecleson «dj ».
10/ le«e» sansaccentéquivaut à l’«é» français en se
rapprochant du son« nez ».
11/ le«ee»est un «e» plus long.
12/ le«ë» seprononce comme«bête» mais plus ouvert.
13/ le«ëë» seprononce comme«ë» mais plus long.
14/ laterminaison«en » seprononce«enn ».
15/ le« g »correspond au son « gu »comme dansguitare.
16/ le« h » seprononce comme dans « hat »enanglais.
17/ le« « hl » seprononce commele« l » mais précédé
d’une aspiration.
18/ le« hm » seprononce commele« m » mais avec une
aspiration.
19/ le« hmw » seprononce commele« mw » mais avec
une aspiration.
20/ le« hn » seprononce commele« n » mais avec une
aspiration.
21/ le« hny » seprononce comme dans «nielle » avec un
souffle.
22/ le« hv »qui a tendance à s’écrire« hû » seprononce
commele« v » mais avec aspiration.
23/ le« hw » seprononce commele« w » mais avec une
aspiration.
24/ le«ii » se prononce comme le«i » mais plus long.
25/ laterminaison«in » se prononce«inn ».
26/ le« j » seprononce«dj »comme dans «Fidji ».
27/ le« k » seprononce comme dans «coq ».
28/ le« kh »qui s’écrit de plus en plus« x » seprononce
commelajota espagnolesauf lemotKhong (Dieu) ou le
« kh » seprononce« que».
29/ le« m » ou « n » précédésd’un « h » seprononcent
avecunelégère aspiration.

19

30/ le« mw » seprononce comme dans « moi ».
31/ le« ny » seprononce«nieu » comme dans agneau.
32/ le« o » seprononce comme dans « pot ».
33/ le« oo »est un « o » plus long.
34/ le« ö » seprononce en serapprochantdu «e» muet
français comme dans« le»
35/ le« öö »delamêmefaçon mais plus long.
36/ la terminaison« on » seprononce« onn ».
37/ le« s »seprononce commelesdeux « ss » français et
jamais comme un« z ».
38/ le« sh » seprononce comme dans «champ ».
39/ le« th » seprononce comme dans «think » en anglais.
40/ le« tr » seprononce avecun léger son «ch »après le
« t ».En fait, la prononciation d’origine est le t du mot
anglais« tea».
41/ le« u » seprononce invariablement« ou ».
42/ le« û » seprononce commeleudans « mur ».
43/ le« ûû » seprononce commele« û » mais plus long.
44/ laterminaison« un » seprononce« ounn ».
45/ le« uu » seprononce commele« u » mais plus long.
46/ le« v » seprononce« ua»comme dans « huître»;il
est de plus en plus remplacé par« û ».Toutefois le« v »
deFayavase lit comme le« v » français car cette
appellation est d’origine polynésienne.
47/ le« w » seprononce commele« ou »dans «oui ».
Précédé d’un« h », il se prononce avec une légère
aspiration.
48/ le« x »qui s’écrit parfois« kh » seprononce comme
lajota espagnole c’està dire un« r » roulé.
Les lettres non mentionnées dans cette liste se
prononcent comme en français.

Les voyelles peuvent être tantôt longues, tantôt brèves.
On note la longueur en redoublant la voyelle. Souvent des
mots ne se différencient que par cette variante.

20

Le nom
Deux catégories de noms caractérisent le iaaï. Les noms
à posession inaliénable et les noms aliénables. Les noms à
possession inaliénable (noms de parenté, parties du corps,
parties d’un tout…) ne peuvent s’énoncer sans un
déterminant possessif qui se décline à la fin du mot.
Les noms aliénables sont invariables. Pour en marquer
la possession, on a recours à des classificateurs possessifs
qui se déclinent eux aussi.

Le groupe des mots
L’ordre des mots est généralement sujet, verbe,
complément. Lorsqu’on veut appuyer sur la possessivité, il
devient sujet,verbe complément, sujet.
il m’a frappéaa kokot nya
Bucen a frappé mon grand frèreaa kokot tuhökBucen

Les phrases complexes
Les conjonctions sont souvent employées pour relier
plusieurs phrases entre elles, commemeetke(mais) ou
kene(et puis).
Les phrases subordonnées sont introduites parka habe
en discours direct etme(pour que) en discours indirect de
même queanyin aoucaan a(parce que).

Les adjectifs
Le iaaï n’a pas, à proprement parler, d’ajectifs. Pour
exprimer une qualification, on doit construire une relative.
il est grande gaan

21

Les déclinaisons
La marque d’appartenance d’une chose se caractérise
par la terminaison du mot qui termine cette chose :

la case ronde

ma case ronde
ta case ronde
sa case ronde
la case ronde de Bétengé
notre case ronde
notre case ronde à nous tous
notre case à nous deux
votre case ronde
votre case ronde(politesse)
votre case ronde à vous deux
leur case ronde
leur case ronde à eux deux

uma ito

umwök ito
umwâm ito
umwen ito
ito umwöBetenge
umwöhmun ito
umwötin ito
umwötu ito
umwöbun ito
umwöbu ito
umwöbu ito
umwörin ito
umwöru ito

On peut aussi faire suivre le mot décliné par le même
mot invariable pour appuyer l’appartenance :

ma case ronde
ta case ronde
sa case ronde
la case ronde de Bétengé
notre case ronde
notre case ronde à nous tous
notre case à nous deux
votre case ronde
votre case ronde(politesse)
votre case ronde à vous deux
leur case ronde
leur case ronde à eux deux

22

umwök uma ito
umwâm uma ito
umwen uma ito
uma ito umwöBetenge
umwöhmun uma ito
umwötin uma ito
umwötu uma ito
umwöbun uma ito
umwöbu uma ito
umwöbu uma ito
umwörin uma ito
umwöru uma ito

ou par le possessif :

c’est à moi
c’est à toi
c’est à lui
c’est à nous tous
c’est à nous deux
c’est à nous
c’est à vous
c’est à vous(politesse)
c’est à vous deux
c’est à eux
c’est à eux deux

que l’on
invariable :

place

mon, moi
ton, toi
son, sa
notre
notre
notre
votre
votre
votre
leur
leur

avant

ma case ronde
ta case ronde
sa case ronde
la case ronde de Bétengé

la

notre case ronde
notre case ronde à nous tous
notre case à nous deux
votre case ronde
votre case ronde(politesse)
votre case à vous deux
leur case ronde
leur case ronde à eux deux

23

anyik
ânyâm
anyin
anyitin
anyitu
anyihmun
anyibun
anyibu
anyibu
anyirin
anyiru

chose

qui

devient

alors

anyik uma ito
ânyâm uma ito
anyin uma ito
uma ito anyi
Betenge
anyihmun uma ito
anyitin uma ito
anyitu uma ito
anyibun uma ito
anyibu uma ito
anyibu uma ito
anyirin uma ito
anyiru uma ito

Les marques du pluriel

les cases rondes

1/avecla déclinaison du mot case
mes cases rondes
tes cases rondes
ses cases rondes
les cases rondes de Bétengé
nos cases rondes
nos cases rondes à nous tous
nos cases à nous deux
vos cases rondes
vos cases rondes à vous deux
leurs cases rondes
leurs cases rondes à eux deux

jee uma ito

umwök jee ito
umwâm jeeito
umwen jee ito
jee ito umwöBetenge
umwöhmun jee ito
umwötin jee ito
umwötu jee ito
umwöbun jee ito
umwöbu jee ito
umwörin jee ito
umwöru jee ito

2/ on peut aussi faire suivre le mot décliné par le même
mot invariable pour davantage appuyer l’appartenance.

mes cases rondes
ses cases rondes
les cases rondes de Bucen
nos cases rondes
nos cases rondes à nous tous
nos cases à nous deux
vos cases rondes
vos cases rondes à vous deux
leurs cases rondes
leurs cases rondes à eux deux

24

umwök jee uma ito
umwen jee uma ito
jee uma ito umwöBucen
umwöhmun jee uma ito
umwötin jee uma ito
umwötu jee uma ito
umwöbun jee uma ito
umwöbu jee uma ito
umwörin jee uma ito
umwöru jee uma ito

ouaveclepossessif :
mes
tes
ses
les
nos
nos (à nous deux)
vos
vos (à vous deux)
leurs
leurs (à eux deux)

que l’on
invariable :

place

avant

anyik jee
ânyâm jee
anyin jee
jee……anyi
anyihmun jee
anyitin jee
anyibun jee
anyibu jee
anyirin jee
anyiru jee

la

3/ sans déclinaison du mot case
mes cases rondes
tes cases rondes
ses cases rondes
les cases rondes de Paul
nos cases rondes
nos cases rondes à nous tous
nos cases rondes à nous deux
vos cases rondes
vos cases rondes à vous deux
leurs cases rondes
leurs cases rondes à eux deux

25

chose

qui

devient

alors

anyik jee uma ito
ânyâm jee uma ito
anyin jee uma ito
jee uma ito anyi Pool
anyihmun jee uma ito
anyitin jee uma ito
anyitu jee uma ito
anyibun jee uma ito
anyibu jee uma ito
anyirin jee uma ito
anyiru jee uma ito

Autres marques du pluriel
Sijeeest la principale marque du pluriel, ce n’est pas la
seule cartaest également employé mais seulement
lorsqu’il y a une imprécision d’appartenance. C’est la
différence par rapport à l’emploi dejee.

Ainsi on dira :
ta ûëëtun nombre indéterminé de personnes

Exemples :
maman est allée aux champsbai aa mwi hnyi ta hnyei
nous avons été dans les îlotsöhmune mwi hnyi taang bomene
le chien a disparu dans la brousseaa hia kuli hnyi ta hnyoot

tamarque un nombre indéterminable de choses ainsi que
l’imprécision d’appartenance
jeemarque la précision d’appartenance

26

ta jeeemployés ensemble marquent la globalité et parfois
l’imprécision d’appartenance.
saest utilisé comme pluriel de groupe
les arbressaûööla bananeraiesahnööwi

Les pronoms et indices personnels
Le système des pronoms et indices personnels est très
riche. Il comprend4 nombres(singulier, duel, pluriel
restreint et pluriel étendu).Dans le cas de plusieurs
personnes, il existe unnousqui inclut l’interlocuteur et un
nousqui exclut celui qui parle. Voir les exemples plus
loin.

Les pronoms personnels
JE
je(sans ac
tion)
je
(avec action au passé)
je
(avec action au présent)
je
(avec action au futur)

TU
tu
(sans action)
tu
(avec action au passé)
tu(avec action au présent)
tu
(avec action au futur)

IL
il/elle
(sans action)
il/elleavec acti
( onau passé)
il/elle(avec
action au présent)
il/elle
(avec action au futur)

NOUS (cas général)
nous
(sans action)
nous
(avec action au passé)

inya
ogee
oge me
oge mwaa

au
ujee
umwe
umwaa

e
aa
ame
amwaa

öhmun
öhmune
(à un moment précis)

27

nous
nous

(avec action au présent)
(avec action au futur)

NOUS (exclusif, toi et moi)
nous(sans action)
nous
(avec action au passé)
nous
(avec action au présent)
nous(avec action au futur)

öhmune
öhmunaa

ötu
ötee
ötumwe
ötumwaa

NOUS (inclusif, moi et vous)
nousötin
(sans action)
nousötine/atee
(avec action au passé)(en précisant le moment)
nous(avec action au présent)ötine
nous(avec action au futur)ötinaa

NOUS (lui et moi)
nous
(sans action)
nous
(avec action au passé)
nous(avec action
au présent)
nous
(avec action au futur)

VOUS (cas général)
vous
(sans action)
vous(ave
c action au passé)
vous
(avec action au présent)
vous
(avec action au futur)

VOUS (politesse ou vous deux)
vous(sans action)
vous
(avec action au passé)
vous(avec act
ion au présent)
vous(avec action au futur)

28

öhmu
öhmwee
öhmwe
öhmwaa

öbun
öbune(en p
récisant le moment)
öbune
öbunaa

öbu
öbwee
öbwe
öbwaa

ILS, EUX OU ELLES
ils (ou elles)(sans action femmes et hommes)ödrin, örin
ils (ou elles)(sans action femmes ou hommes)ödra, öra
ils (ou elles)(avec action au passé)adree, aree, ödrin, örin
ils (ou elles)(avec action au présent)ödrine, örine
ils (ou elles)ödrinaa, örinaa
(avec action au futur)

EUXDEUX ouELLESDEUX
ils (ou elles)(sans action)
ils (ou elles)(avec action au passé)
ils (ou elles)
(avec action au présent)
ils (ou elles)(avec action au futur)

ödru, öru
ödree, öree
ödrumwe, örumwe
ödrumwaa, örumwaa

L’évolution actuelle de la langue a tendance à ne plus
tenir compte dans la prononciation dud. On dit ainsi
fréquemmentöruau lieu deödru, öreeau lieu deödree,
etc.

Les verbes
Le iaaï ne marque pas le temps des verbes par le verbe
lui-même mais par les pronoms. Nous venons de voir que
ceux-ci changent en fonction du temps du verbe. Il n’est
donc pas nécessaire que ce soit le verbe qui marque le
temps.

On dénombre des verbes statifs, des verbes actifs
transitifs, des verbes actifs intransitifs et des verbes de
localisation et d’opinion.En dehors de ces derniers verbes
qui se déclinent avec des suffixes personnels possessifs,
les autres verbes sont invariables et ne s’actualisent qu’en
fonction des sujets actifs ou passifs.
je suis protégéiny söng
je dorsoge me mokutr
je suis en colèreiny hmööhny-ik

29

Les verbesêtreetavoir
Pourexprimer une réalité propre au verbe françaisêtre,
on utilise en iaaï uniquement un pronom personnel adapté
à la personne dont on veut parler avec ou sans action et
avec la situation dans le temps (passé, présent, futur)
conformément au tableau des pronoms personnels présenté
plus haut.
Exemples, sans action
je suisinyouinya
tu esuouau
il / elle este
nous sommesöhmun
nous tous sommesötin
nous deux sommesötu
vous êtesöbun
vous êtes(politesse)öbu
vous deux êtesöbu
ils / elles sontödrinouörin
ils / elles sont tous/ toutes les deuxödruouöru

Pour exprimer l’équivalent du verbe françaisavoir, on
emploie le possessif précédé deehu.

j’ai
tu as
il / elle a
nous avons
nous tous avons
nous deux avons
vous avez
vous avez
(politesse)
vous deux avez
ils / elles ont
ils / elles ont tous les deux

ehu anyik
ehu ânyâm
ehu anyin
ehu anyihmun
ehu anyitin
ehu anyitu
ehu anyibun
ehu anyibu
ehu anyibu
ehu anyirin
ehu anyiru

30

il y avait
il y a
il y aura

ehu ehaac
ehu walaang ang
ehu nyielee

L’interrogation
Les principaux interrogatifs sont :
combienûe
commenthaawa
encorehmetu
oùua
ou bienaanee
pourquoigeeû
quandkehöö
queliee
quiiaa
quoiieû
La place de l’interrogatif dans la phrase est en général
au début de l’interrogation: Qui est là? iaa ae ang?
comment vas-tu ?haawa e gaam ?
Mais il peut êtreaussi à la fin:?quand viendras-tu
umwaa he jeem kehöö ?

La négation
Elle se caractérise essentiellement par la marquecaa
précédant le terme concerné.

Les nombres
Si la numération utilisée de nos jours, en dehors des
5 premiers chiffres, est souvent en français, il est
intéressant de noter qu’il existe deux manières de compter
en iaaï, l’une fortement imprégnée de l’influence des
pasteurs anglais, l’autre composée à partir de la langue

31

elle-même. Le système purement iaaï est à base quinaire,
c’est à dire que le nombre cinq joue un rôle central, ainsi
d’ailleurs que vingt (il s’agit des traces d’un système où
l’on compte avec les doigts de la main et l’ensemble de
ceux du corps, pieds et mains). Par exemple100 se dit
cinq fois vingt.

1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
30
40
50
60
70
80

waan haca
truu lo
therii kun
foaûëk
faiv thabûng
sik thabûngme haca
seven thabûngme lo
eitr thabûngme kun
nain thabûngme ûëk
tren hacautat
leven hacautat mehaca
truorop hacautat melo
thöötriin hacaut at me kun
foout at me ûëktriin haca
fifitriin hacaut at me thabûng
sisiktriin hacaut at me thabûng me haca
seventriin hacaut at me thabûng me lo
eitriin hacaut at me thabûng me kun
naintriin hacaut at me thabûng me ûëk
truendrehaca at
truendrewaan haca at mehaca
truendri truuhaca at me lo
thöötrehaca at keutat
footreloli at
fifitre loli at ke ut at
sisitre kunta at
sevintre kunta at ke ut at
eitre ûëkta at

32