Rhinocéros ou l'histoire d'une relation entre langage et inconscient

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166 pages
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Lorsque le langage est déconstruit, défaillant, il est incapable de tenir son rôle d'outil de communication. Il est détaché d'une réalité qui ne s'appréhende plus par les mots. Chez Ionesco, il s'attache alors à exprimer une toute autre dimension, celle des désirs profondément cachés, des pulsions par définition incontrôlables. Le langage matérialise donc des angoisses, des présences intérieures. Le théâtre de Ionesco met fin à la psychologie superficielle et sonde l'inconnu. [...] Langage et Inconscient entretiennent donc des liens étroits: ce sont les interactions entre ces deux forces qui confèrent au théâtre de l'absurde de Ionesco toute sa dynamique. Quels sont donc les rapports entre langage et inconscient? Comment ces deux forces interagissent-elles? Quelle forme prennent les actions qui s'exercent entre langage et inconscient? Langage et inconscient entretiennent-ils une relation figée ou évolutive? Avec cet essai, J.-F. Laguian poursuit sa réflexion sur ces auteurs qui mettent le langage et l'écriture en crise. Après Duras, l'auteur se penche donc sur cette pièce phare du répertoire qu'est "Rhinocéros" de Ionesco, et la soumet à une analyse fine et pointilleuse, presque intime tant le souci de mettre à jour les subtilités du texte est omniprésent. Une lecture psychanalytique, mais aussi sociale et existentielle qui marque par sa précision et sa capacité à souligner les enjeux d'une oeuvre théâtrale majeure.

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Date de parution 22 août 2013
Nombre de visites sur la page 108
EAN13 9782342011425
Langue Français

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Rhinocéros ou l’histoire d’une relation entre langage et inconscient
Jean-François Laguian Rhinocéros ou l’histoire d’une relation entre langage et inconscient
Publibook
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Introduction La vie d’Eugène Ionesco né à Slatina en Roumanie est significative de sa création littéraire : partagé entre deux langues, le roumain – langue du père, et le français – lan-gue de la mère, il développe un esprit critique issu de ce bilinguisme acquis douloureusement. Pris ensuite dans la montée des fascismes, il en tire une expérience dramatique qui l’entraîne à la révolte contre toutes les idéologies et tous les conformismes intellectuels. L’intérêt de Ionesco pour l’Histoire et pour les idéologies s’explique par son expérience des régimes fascistes, nazis et communistes. Il vit, en effet, personnellement la montée du fascisme à Bu-carest dans les années trente ; il voit son père et la plupart de ses amis adhérer au mouvement des Gardes de fer, ex-trême droite sur le modèle nazi. Ionesco se sent alors isolé et inquiété. Il va donc adopter en Roumanie une attitude contestataire ; il va refuser de céder aux pressions d’amis issus du parti fasciste. Il décide ensuite de quitter son pays natal pour regagner la France mais il y vit l’ascension d’Hitler et du nazisme ; il est de nombreuses fois frappé par l’hystérie des foules fascinées par le Führer. Son par-cours se poursuit avec l’installation des régimes communistes dans les pays de l’Est, au lendemain de la guerre. Les excès du communisme d’après-guerre réveil-lent les blessures de l’époque fasciste. La Roumanie bascule violemment du fascisme au communisme. Au-delà de la simple sphère politique, il est aussi marqué par le dogmatisme et l’intolérance des intellectuels français alors influencés. Ionesco y reconnaît la figure de son propre père qui a intégré le mouvement fasciste des gardes de fer
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pour devenir communiste dès que ceux-ci prirent le pou-voir. Dans les années 1950-1960, il s’est donc indigné de la mauvaise foi de ces intellectuels d’une gauche française en pleine expansion, qui refusent d’admettre la réalité des crimes staliniens et l’existence des goulags. Outre cette expérience très personnelle des dérives poli-tiques de l’époque, les œuvres de Ionesco revendiquent différentes sources littéraires. Pour commencer, une expé-rience vécue par son ami l’écrivain Denis de Rougemont frappe l’esprit de Ionesco. L’homme fut de fait le témoin de l’hystérie collective d’une foule vouant un véritable culte à Hitler. Lorsqu’il raconte cet événement au drama-turge, Denis de Rougemont lui en fait la description d’une psychose collective semblable à un raz de marée ; la foule est enflammée mais Denis de Rougemont lui ressent une énergie instinctive qui le pousse à résister à cette folie gé-nérale. Pour mieux comprendre ce délire collectif qui s’empare des hommes, Ionesco s’abreuve à la fois de litté-rature et de sociologie. Ses lectures lui permettent d’approcher les thèmes de la métamorphose et de la psy-chologie des foules. En effet, le texte deLa Métamorphosede Kafka, dans lequel le protagoniste, Grégoire de Samsa, se réveille en vermine, permet à Ionesco de mettre en scène ce retour monstrueux de la culture à la nature dans nombre de ses œuvres dontRhinocéros. Il s’imprègne éga-lement des lectures de Gustave le Bon, médecin sociologue, qui s’intéresse au comportement des foules agissant comme des êtres primitifs et à l’origine des révo-lutions industrielles de l’époque moderne. D’abord antifasciste et anticommuniste, mais surtout ennemi des idéologies et de toutes les formes de pouvoir arbitraire, le dramaturge soumet finalement un profond pessimisme politique à son génie. Ses idées seront en effet mises au service d’une nouvelle tendance théâtrale, le théâtre de l’absurde. À l’origine le théâtre de l’absurde est un terme formulé par l’écrivain et critique Martin Esslin
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