//img.uscri.be/pth/5cdd9c5dadc97b9c35f4036a344150cac314d841
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 19,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Le cirque, une école du vivre

De
152 pages
L'auteure nous présente ici une étude d'ateliers de cirque contemporain auxquels ont participé des jeunes français et anglais, grâce à des projets européens. La prise de conscience des vies "non visibles" des jeunes conduit à considérer de façon renouvelée les enjeux individuels ou collectifs de la pratique du cirque. Déséquilibre et prise de risque concourent alors à l'expérience d'une école de création de soi avec les autres. Une école du vivre, décrite dans ces pages de manière sensible.
Voir plus Voir moins
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logi ques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l’action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, el le cherche à promouvoir les recherches qui partent d’un terrain, d’une enquête ou d’une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Delphine RIVIER,L’analyse de pratiques professionnelles en institut de formation en soins infirmiers, Expression de la singularité des cadres de santé formateurs,2017. Suzie GUTH,Les gangs de jeunes Italo-Américains, 2017. Aurélie DAMAMME, Helena HIRATA, Pascale MOLINIER,Le travail entre public, privé et intime. Comparaisons et enjeux internationaux ducare, 2017. Maxence LAMOUREUX,Les cinéastes animaliers, Enquête dans les coulisse s du film animalier en France,2017. Nicolas COMBALBERT et Sophie ROTHÉ (dir.),Vieillissement, vulnérabilités et animation sociale,2017. Julien GARGANI,hercheCarnet de voyage à Chandigarh. Ethnologie d’une rec scientifique en Inde, 2017. Thomas SEGUIN,Politiques de la vie, La nature au prisme du social, 2017. Juan Carlos MURRUGARRA,La passion du soccer. Transmetteur de cohésion socioaffective,2017. Patricia DRAHI,Enseigner la Shoah et les questions socialement viv es, Risques et défis, 2017 Christiana CONSTANTOPOULOU,éRécits de la crise. Mythes et réalités de la sociét contemporaine, 2017. Isaac NIZIGAMAr L. BergerIntroduction à la sociologie de la religion de Pete , 2017 Roland GUILLON,Faire de la sociologie et militer. Regards croisés (1973-2006), 2017.
Corinne COVEZ LE CIRQUE, UNE ECOLE DU VIVRE Pratique artistique : une éducation de la relation à soi, aux autres et au monde Préface de Marie-Pierre Lassus Postface d’Alain Vulbeau L’Harmattan
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr EAN EpuD : 978-2-336-79814-1
Dédicace
À Christophe Crampette, sans qui le sens de cette a venture n’aurait pu naître. Sa présence, sa passion et son engagement à faire conn aître et vivre la pratique de cirque contemporain nous ont accompagnés sans faille dans le dédale des projets. À sa force de vivre, en héritage. Aux circassiens croisés en chemin, artistes du désé quilibre et du vivre. À toutes les personnes qui, des plus jeunes aux plu s âgées, prennent le risque de l’aventure humaine ou artistique.
Remerciements
Ils vont à tous les jeunes français ou anglais qui ont accepté de participer aux trois ateliers et m’ont offert les parts de vie sensible, sans quoi rien n’aurait été possible. Ils s’adressent ensuite à tous les porteurs et acte urs du projet européen qui ont permis de bâtir et réaliser les ateliers de cirque. L’entrée sur le « terrain interculturel » n’aurait pu se faire sans Carl Parsons et Pam Maras qui m’ont accueillie dans leur équipe et proposé de vivre l’aventure franco-anglai se. Que soient aussi salués ici pour leur l’accueil, di sponibilité, bienveillance et engagement : Anne-Lise, Flora et Dom pour le Centre Régional des Arts du Cirque ; Vincent, Cécile et David du lycée horticole de Lomm e ; Ash, Nick, Leanne et Sally pour l’université de Canterbury Christ Church ; Elaine e t Gil du Thanet College et Paul et Dave pour la Kent Circus School. Quant à mes « parents-thèse » qu’ils trouvent dans l’aboutissement de ce livre l’expression de toute ma reconnaissance pour leur s outien. Marie-Pierre Lassus m’a fait découvrir d’une manière à la fois philosophiqu e et sensible le champ de l’art, m’emmenant vers la découverte de la relation essent ielle qu’entretiennent les arts et l’existence. Et Alain Vulbeau m’a révélé l’ethnogra phie et inscrit en moi le goût vivifiant et précieux de l’aventure et de l’interprétation en terre sensible qui structure ce travail en recherche d’éducation.
Préface Le cirque, une école du vivre
Je suis particulièrement heureuse due le livre De C orinne Covez dui était à l’origine une thèse soutenue à l’école Doctorale SHS De Lille, vi enne à publication car il apporte une contribution essentielle à la duestion De l’éDucati on et De ses finalités à l’école. Prenant appui sur son expérience De pratidue circas sienne avec Des jeunes « en mutation », elle montre duevivre est un art de funambule dui ne s’apprenD pas à l’école, aujourD’hui soumise à la pression D’un moD èle Dominant enclin à privilégier les compétences De ces jeunes au service De l’esprit De compétition plutôt du’au service De l’imagination et De la vie. Cette duestion Du vivre comme véritable but De l’éD ucation dui forme la trame De ce livre, rappelle l’expérience De certains pays Du su D, où Des initiatives artistidues collectives (en musidue, théâtre, peinture…) ont vu le jour pour due s’ouvrent De nouveaux chemins à ces jeunes parfois livrés à la D élinduance et à la criminalité. C’est ainsi du’ont été créées au Venezuela (un pays carac térisé par la jeunesse De sa population : 65%), D’innombrables orchestres juvéni les et infantiles (El Sistema) en réponse à la violence et à l’exclusion, montrant du e l’art De musidue, en Développant le sens De l’écoute, Du partage et De la responsabilit é, peut créer Dans l’orchestre, un espace commun où chacun a sa place. ans ces expéri ences où l’orchestre et/ou le cirdue Deviennent une école De vie, il s’agit moins D’atteinDre Des performances technidues due D’apprenDre à vivre ensemble. Mais l e mérite De Corinne Covez est D’avoir mis l’accent, avec la pratidue circassienne , sur Des duestions existentielles dui nous concernent tous et pas seulement ces jeunes du e l’on Dit « en Difficultés » ou « à risdues » et dui, loin De constituer « un problème », Deviennent au contraire un exemple pour nous aujourD’hui. Plus due tout art, la pratidue circassienne fait pr enDre conscience due «vivre est une aventure» (E. Morin, 2014) dui place tout personne en situ ation De risdue, D’errance et De chaos. Mais c’est aussi la conDitionsine qua non pour « enfanter une étoile » (Nietzsche,Zarathoustra,1883), chez un humain essentiellement fr  Prologue, agile, pétri D’erreurs et D’illusions. Or, cela ne s’appre nD pas à l’école, où sont privilégiées la rationalité et l’accumulation Des savoirs pour pouv oir se faire une place Dans la société et y trouver un « emploi » ; une société aujourD’hu i essentiellement « technologidue », Dominée par l’argent et imposant ses critères De re ntabilité pour nous faire oublier la connaissance la plus fonDamentale, celle De la frag ilité universelle De l’humain voué à l’incertituDe. L’art a pour vocation De nous le rap peler sans cesse et l’art Du cirdue en particulier ; car ne sommes-nous pas tous funambule s, acrobates, jongleurs, éduilibristes, toujours prêts à chuter et à bascule r Dans le viDe ? ans cette perspective, offerte par le livre De Cor inne Covez, la pratidue circassienne prenD alors un sens nouveau, Devenant la métaphore De l’existence humaine :être un pont, et non un terme. En cela résiDe selon Nietzsche, toute la granDeur De l’homme dui n’est due passage, transition (Zarathoustra,Prologue,: « une corDe tenDue 1883) au-Dessus D’un abîme… ». Et Dont l’unidue tâche est De s’élever au-Dessus Du monDe
et De son agitation induiète, grâce à la puissance De l’imagination. « evenir aérien » et apprenDre à se maintenir Debout, telle est «La plus grande des responsabilités humaines – physique et morale, la responsabilité de notre verticalité(BachelarD, » 1943), l’alpha et l’oméga De l’existence humaine ré sumée Dans ce précepte De Nietzsche : «Que tout ce qui est lourd devienne aérien/Que tout corps devienne danseur/ Tout esprit, oiseau». Et l’on comprenD alors du’un éDucateur ne Doit pas seulement se faire oiseau, acrobate, jongleur et/ou éduilibriste, mais aussi c hef D’orchestre pour être en mesure D’écouter « la naissance De la fleur » en chacun De ces jeunes malmenés par la vie, et dui apprennent peu à peu à se construire et à se fo rger, grâce à un milieu favorable,un caractèrennah ArenDt, dui montre due : tel est le véritable but De l’éDucation selon Ha la jeunesse est ce sur duoi repose le miracle dui s auvera le monDe : Le miracle dui sauve le monDe, le Domaine Des affai res humaines, De la ruine normale, « naturelle », c’est finalement le fait De la natal ité, Dans leduel s’enracine ontologiduement la faculté D’agir. En D’autres term es, c’est la naissance D’hommes nouveaux, le fait du’ils commencent à nouveau l’act ion Dont ils sont capables par Droit De naissance (H. ArenDt, 1961). Mélange De fragilité et De forces, l’enfant et l’aD olescent Détiennent un formiDable potentiel D’énergies et De capacités créatrices. To ute la duestion est De savoir comment les accompagner Dans leur parcours De vie, pour due chacun réalise l’accomplissement De ses dualités propres et puisse contribuer à créer un monDe nouveau et non pas se soumettre à la rationalité et à la normativité D’un système éDucatif visant plutôt à le renDre passif (inerte ? ) en projetant sur lui une forme stanDarDisée : mais comment rester vivant en prenan t le risdue De l’aventure du’est la vie humaine Dans ces structures et institutions D’e nseignement ? Telle est la duestion posée finalement par Corinne Covez avec la pratidue circassienne dui montre du’apprenDre à naître est le véritable D estin De l’humain. Transmettre ce Destin à Des jeunes et les accompagner Dans l’effor t De continuer à naître dui seul Donne la paix, les aiDera à fonDer un monDe nouveau . Car «les Hommes ne sont pas fait pour mourir mais pour naitre » (H. ArenDt, 1961). Or, la « natalité » ne peut s’épanouir sans la bienveillance et la compréhensio n D’une société Dont la première tâche est Deprendre soin de la jeunesse(B. Stiegler, 2008). Je remercie Corinne Covez De nous l’avoir rappelé, en ouvrant ainsi De nouvelles perspectives à l’art Dans nos sociétés contemporain es. Marie-Pierre Lassus, le 16 juillet 2016.
Introduction
La jeune mère à genoux Tend la main Vers les passants Au cœur de pierre. Ces parleurs qui savent tout Ne savent pas Que c’est leur fille. Être sous le ciel Et ne pas voir le ciel. Alexandre Romanès Paroles perdues Ce livre, basé sur notre thèse effectuée dans les d omaines de l’Art et des Sciences de l’éducation se nourrit de réflexions de sciences humaines pour tenter d’établir la problématique de l’éducation par le cirque puis de recherche-action, ethnographie interprétative et théorisation ancrée pour comprend re en quoi a consisté, dans un contexte précis, la pratique de cirque. Que peut-el le en effet, apporter à des jeunes dits en difficulté, mais dont on sent dès le départ, qu’ il va falloir dépasser la stigmatisation pour trouver meilleure qualification. Qu’est-ce qui fait qu’un jeune se concentre, écarquille les yeux alors qu’il a la réputation d’ê tre apathique, en retrait ou sans cesse en train de provoquer ? Qu’est-ce qui participe de cet « exploit » ou « magie », mots « signes » du cirque ? Faire comprendre en quoi et comment cette pratique a fait vivre est le but de cet ouvrage.
1 – Entre rêve et réalité de cirque, des jeunes viv ent
Dans la vie de terrain, il s’agit de s’imprégner et ne pas prendre ses présupposés ou ses rêves, pour la réalité. Sur un terrain de cirqu e plus encore. Au fondement, ne pas se prendre de mots, mais obser ver et « laisser agir » grâce à un projet. Le cirque rappelle, tant symboliquement que physiquement, la chute, la déchéance, la mort. L’éducation qui en émane est do nc selon nous, une éducation « vitale » en ce sens qu’elle fait vivre. En tout c as cette intuition première nous a amené à en faire l’hypothèse de recherche et le pari de l’action ! La pédagogie mise en place à l’intérieur des ateliers réalisés a ainsi e u pour ambition une certaine libération des individus scolaires. L’école du cirque représen te en effet un lieu extra-ordinaire. S’exercer sous chapiteau avec des artistes n’équiva ut pas à apprendre une leçon assis en classe. Le contexte de ces jeunes citadins en fo rmation horticole dans l’agglomération Lilloise est aussi spécifique. Mais qui sont ces jeunes ? Quel rapport entretiennent-ils avec eux-mêmes, leur corps et les autres ? Comment vivent-ils l’école ? Comment concevoir et réaliser une action qui soit « digne de ce nom », c’est-à-dire qui les serve ? Dans ce projet particulier de trois années, le corp s apparait fondamental dans un art où la prise de risque et le déséquilibre sont récur rents. Le propos s’envisage ici dans une perspective à la confluence d’une anthropologie du corps et du cirque. Celle-ci