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Les femmes arabes en Algérie

De
172 pages
Voici l'oeuvre d'une féministe, une militante passionnée, jusqu'à sa mort en 1914. Quel courage elle déploya pour exiger le vote des femmes ! Et pourtant, de son vivant du moins, le combat resta vain. En Algérie, pendant quatre ans, elle découvre le triste sort des "femmes arabes" et définit au moins deux urgences : la création d'écoles pour les filles, car il n'y en a point, et l'abolition de la polygamie, dont les Musulmanes se plaignent cruellement. Mais comment convaincre le pouvoir colonial ?
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LES FEMMES ARABES EN ALGÉRIE
COLLECTION AUTREMENT MEMES conçue etdirigée parRogerLittle Professeurémérite deTrinityCollegeDublin, Chevalierdanslordre national durite,Prixde lAcadémie française, GrandPrixde la Francophonie enIrlande etc.
Cettecollection présente enréédition des textesintrouvablesen dehorsdesbibliotques scialisées,tombésdansle domaine publicet quitraitent, dansdesécritsdetousgenresnormalement rédigéspar un écrivainblanc, desNoirsou, plusgénéralement, de lAutre.Exceptionnellement,avecle gracieuxaccord desayants droit, elleaccueille des textesprotégésparcopyright,voire inédits. Des textesétrangers traduitsen françaisnesontévidemmentpas exclus.Ils’agitdoncde mettreàladisposition dupublicunvolet plutôtnégligé dudiscourspostcolonial (au senslarge deceterme: celuiquirecouvre lariode depuislinstallation desétablisse-mentsdoutre-mer).Lechoixdes textes se faitdabordselon les qualitésintrinsèquesethistoriquesde louvrage, mais tientcompte aussi de limportanceàluiaccorderdanslaperspectivecontem-poraine.Chaquevolume estprésenté par unscialistequi,touten privilégiant une optique libérale, metenvaleurlintérêthistorique, sociologique, psychologique etlittéraire du texte.
«Tout se passe dedans, lesautres,cestnotre dedansextérieur, lesautres,cestlaprolongation de notre intérieurSonyLabouTansi
Titresparuseten préparation: voiren fin devolume
HubertineAuclert
LES FEMMES ARABES EN ALGÉRIE
Présentation deDeniseBrahimi avecla collaboration deRogerLittle
LHARMATTAN
INTRODUCTION
parDeniseBrahimi
OuvragesdeDeniseBrahimi portant surleMaghrebet surlaquestion desfemmes
ème Opinionset regardsdesEuropéens surleMaghreb auxXVIet ème auXVIIIscle,Alger: SNED, 1978 Requiem pourIsabelle:essaisurIsabelleEberhardt,Paris: Publisud etAlger: OPU, 1983 Femmesarabeset sœursmusulmanes:essai decritique littéraire, historique etidéologique,Paris: Tierce, 1984 (voir surtoutle chapitreconsacréà HubertineAuclert sousletitre «Féminisme 1900», (pp. 13-36) Lavie etlœuvre dÉtienneDinet:étude monographique d’un peintre orientaliste,Paris: ACR, 1984 Anthologie du roman maghrébin, négro-africain etantillaiset réunionnais,Paris: CILF-Delagrave, 1986 Appareillages:dixétudescomparatistes surlalittérature des hommesetdesfemmesdansle mondearabe etauxAntilles, Paris: DeuxTempsTierce, 1991 Maghrébines, portraitslittéraires:essai,Paris: LHarmattan, 1995 TaosAmroucheromancre:essai,Paris: JoëlleLosfeld, 1995 CinémasdAfrique francophone etduMaghreb,Paris: Nathan, 1997 ème ème Voyageursdansla Régence deTunisXVI-XIXscles,Tunis: Cartaginoiseries,2008 50ansdecinémamaghrébin,Paris: Minerve,2009
INTRODUCTION
HubertineAuclert est passionnément militante : ses émotions l’inspirent autant que ses convictions politiques et in-tellectuelles. Viendra-t-il enFrance, ce jour où le mot « suffragette » cessera de ridiculiser celles qui comme elle se sont battues pendant des décennies pour que les femmes obtiennent en?n le droit de vote Alors qu’à notre époque, nombre de revendications féministes, dans le domaine des lois et dans celui des mœurs, ontni par s’imposer, le mot « suffragette » fait encore surgir l’idée comique d’une grosse dame agitant férocement la plume d’autruche qui couronne son chapeau.Cela paraît difcilement croyable et pourtant... Paradoxalement, HubertineAuclert avait tout pour incar-ner ce qu’on considère comme les vertus les plus sûres de la France profonde. Née en 1848 dans la moyenne bourgeoisie provinciale du centre de laFrance, elle a eu droit à l’en-seignement religieux qu’on considérait comme le mieux adapté aux jeuneslles de son époque, sous le Second Empire, et elle s’en est accommodée tant bien que mal, mais apparemment sans drame.C’est à partir de 1871 que se révèlent son originalité d’esprit et les engagements qui seront désormais ceux de toute une vie.Àvingt-trois ans, elle entre dans l’âge adulte, ce qui dans son cas signie qu’elle a quitté la province pour Paris et qu’ayant perdu ses parents, elle dispose d’un héritage qui lui permet d’être indépendante économiquement. Sa situation sociale dans laFrance de la Troisième République a certainement eu des conséquences sur la nature de ses revendications, tant enFrance qu’enAlgérie.Au sein du militantisme français, en dépit de tentatives assez suivies, elle a du mal à s’associer en tant que féministe avec les
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mouvements socialistes de type collectiviste, bien qu’elle en soit parfois assez proche, surtout dans les années 1880-1890. EnAlgérie, le spectacle de la misère et du dénuement lui est insupportable, et il n’est pas question pour elle d’adopter un certain mode de vie « à l’arabe » comme le fera peu après IsabelleEberhardt (qui séjourna enAlgérie de 1898 à 1904). Dans les écrits de cette dernière, on ne trouve jamais de commisération pour les pauvres, tant il est vrai qu’elle l’était elle-même, en partie par nécessité, en partie par choix. Cependant il serait absurde de reprocher à HubertineAuclert (à cet égard moins singulière que la très étonnante Isabelle Eberhardt) son souci d’améliorer globalement la condition de vie des nécessiteux, ce qu’IsabelleEberhardt, très aristocra-tique et antirépublicaine, rejette avec un profond mépris. Dès le moment où elle est indépendante et libre de son temps, HubertineAuclert se consacre sans réserve à diffé-rentes actions de type féministe, principalement destinées à obtenir le droit de vote pour les femmes ; une option qui même au sein du mouvement féministe n’est pas la tendance majoritaire.Elle le fait en tant que républicaine et démocrate, deux traits qui caractériseront aussi bien ses réactions face à l’Algérie coloniale. Républicaine, elle l’est par tradition familiale autant que par conviction personnelle. Son père, qui avait eu des acti-vités politiques en 1848, devient un opposant à Napoléon III à partir du coup d’État de 1852 et jusqu’à sa mort en 1861. La guerre franco-prussienne de 1870 provoque en elle un grand élan de patriotisme républicain et elle saura gré aux bataillons arabes recrutés enAlgérie d’avoir bien aidé la France en cette occasion.En tant que citoyenne de la Troisième République, sa conviction est qu’elle vit dans un État où tous les citoyens ont un droit égal à gérer la chose publique ; sans qu’on voie aucune raison valable de priver les citoyennes de ce droit.Et c’est en ce sens qu’il lui paraît essentiel d’œuvrer pour le droit de vote des femmes, seul
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moyen pour que celles-ci cessent d’être des « esclaves », selon le terme de Victor Hugo qu’elle admire. Son militantisme est actif.Elle fonde en 1876 la sociétéLe Droit des femmes, qui devient en 1883Le Suffrage des femmes.En 1882, elle lance un journal,LaCitoyenne, qui reçoit l’appui d’une féministe aussi connue que Séverine. Outre sa revendication continue pour le vote des femmes, elle lutte contre les dispositions légales concernant le divorce et préconise un contrat de mariage avec séparation des biens, pour que les femmes divorcées puissent disposer de leur salaire. On verra à quel point, enAlgérie aussi, elle s’in-téresse aux conditions légales du divorce et cherche à les améliorer. Mais avant de la suivre dans ce pays où elle se rend en tant qu’épouse d’Antonin Lévrier, il est intéressant de savoir comment la féministe qu’elle est s’est accommodée – ou non – du mariage et de la relation privilégiée avec un homme dont on sait au moins qu’il l’a sollicitée pendant des années avant qu’elle consente à l’épouser. Malgré son extrême discrétion sur ce sujet, HubertineAu-clert a certainement souffert de solitude affective pendant une grande partie de sa vie, tant il est vrai que ses positions extrémistes et exigeantes l’ont éloignée de beaucoup de gens – dont ses maîtres en matière de féminisme, Léon Richer (notamment auteur deLaFemme librequi paraît en 1877) et MariaDeraismes (auteure en 1868 d’un livre intituléEve dans l’humanité).C’est un sentiment d’amitié profonde qui la lie àAntonin Lévrier, alors qu’il est très amoureux d’elle et lui demande plusieurs fois de l’épouser.Au début des années 1880, elle semble avoir refusé par rejet des lois françaises sur le mariage, et de la soumission qu’elles imposaient au sexe féminin. Lorsqu’Antonin Lévrier, d’abord avocat puis juge de paix, est amené à s’éloigner d’elle et notamment par suite d’une nomination à Tahiti, elle souffre beaucoup de son absence, et aussi du remords de le laisser seul.Au début de
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l’année 1888, il obtient un poste enAlgérie, alors qu’il est déjà gravement malade de la tuberculose dont il mourra ; et c’est en toute connaissance de cause qu’elle accepte enn de l’épouser pour partir avec lui. Sans doute ont-ils connu ensemble dans ce pays de très heureux moments : ils parta-geaient les mêmes convictions, et ils avaient le même souci de la justice, lui par profession, elle par engagement. On voit cependant que ce sont des circonstances très particulières qui l’ont amenée à accepter le mariage, une seule fois dans sa vie. HubertineAuclert n’a pas décidé elle-même de son séjour enAlgérie, puisqu’elle n’y va d’abord que pour accompagner Antonin Lévrier, son mari.Cependant, on ne saurait parler de hasard, tant il est vrai que son séjour de quatre années (1888-1892) dans ce pays a été pour elle l’occasion de vérier, avec une terrible évidence, la validité de ses thèses et de son combat. Ses observations sur le terrain, dans ce fleuron des colonies françaises, bénécient du travail qu’elle faisait en France depuis déjà deux décennies. Lorsqu’elle arrive en Algérie, elle est une femme de quarante ans, en pleine pos-session d’elle-même et de ses moyens, habituée de longue date à se battre pour ses idées sans se laisser décourager par les rebuffades qu’elle subit. Pour mener le combat sur ce nouveau terrain, elle dispose d’une circonstance favorable, qui est d’être femme de juge. L’essentiel de la documentation sur laquelle elle s’appuie lui vient visiblement de l’expérience acquise par son mari en tant que juge de paix : il s’agit de très nombreux procès engagés par des femmes qui argumentent pour obtenir le divorce ou des dommages-intérêts ; parfois même elles sont jugées pour avoir commis des crimes qui sont la conséquence de la polygamie, et c’est ainsi qu’HubertineAuclert est amenée à y voir une des principales tares du mariage à l’algérienne ; la militante féministe qu’elle est la dénonce d’autant plus violemment qu’elle est persuadée d’exprimer en cela l’opi-nion des « Musulmanes ».
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