Lettres égyptiennes II

Lettres égyptiennes II

-

Français
541 pages

Description

Cet ouvrage propose de découvrir la civilisation égyptienne à travers sa littérature : textes fondateurs, hymnes religieux, écrits officieux, biographies, récits de campagnes ou de batailles... Il constitue, à la fois, un outil pour toute personne cherchant à s'initier à l'écriture hiéroglyphique (puisque chaque texte est donné dans sa version originale, en hiéroglyphes informatiques, en translittération et en traduction) et un guide permettant d'éclairer les différents aspects de la civilisation pharaonique, en particulier, dans ce deuxième volet, la vie sous les plus grands pharaons de la la XVIIIe dynastie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 mars 2017
Nombre de lectures 21
EAN13 9782330080129
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
MICHEL DESSOUDEIX
LETTRES ÉGYPTIENNES II
L’APOGÉEDUNOUVELEMPIREHATSHEPSOUT, THOUTMOSISIII, AMENHOTEPIIETTHOUTMOSISIV
ACTES SUD
Édition préparée sous la direction d’Aude Gros de Beler
© ACTES SUD, 2017 ISBN : 978233008012-9
Illustration de couverture : Thoutmosis III, trouvé à Deir elBahari (ThèbesOuest), musée égyptien du Caire, (cliché Aude Gros de Beler).
Michel Dessoudeix
LETTRES ÉGYPTIENNES II
L’APOGÉE DU NOUVEL EMPIRE HATSHEPSOUT, THOUTMOSIS III, AMENHOTEP II ET THOUTMOSIS IV
ACTES SUD
À Mathieu Jean.
Je remercie chaleureusement les Éditions Actes Sud pour la conance qu’elles me renouvellent.
Je tiens à exprimer toute ma gratitude à Madame Aude Gros de Beler pour ses conseils, sa rigueur et sa patiente relecture. Je la remercie pour sa détermination à créer une collection égyptologique au sein des Éditions Actes Sud, collection qui a permis à ce troisième livre de voir le jour.
Je souhaite manifester toute ma reconnaissance à Mathieu Jean, sans qui cette aventure n’aurait jamais pu exister. Je le remercie pour toute l’aide de relecture, patiente, rigoureuse et difcile, qu’il a bien voulu faire, ainsi que pour toutes les remarques judicieuses qui ont contribué à améliorer cet ouvrage.
Mes vifs remerciements vont enn à Michel Brandt pour ces conseils avisés.
INTRODUCTION
Dans les manuels de latin ou de grec ancien, il est toujours fait une bonne part à l’his toire, la religion, l’administration et la culture de l’Empire romain ou de la Grèce. Or, dans la très prolixe littérature égyptologique, il existe un clivage entre les ouvrages de civilisation et les ouvrages de hiéroglyphes. Si l’on utilise un texte pour argumenter un fait ou un événement, il est toujours présenté en traduction, souvent partielle, mais bien rarement dans sa version originale. Au contraire, dans les livres traitant de hiéroglyphes, l’histoire et la civilisation égyptiennes sont réduites à leur plus simple expression, voire totalement inexistantes. La culture d’un peuple reste indissociable de sa langue. Vouloir connaître ce peuple sans s’intéresser à ses textes, c’est se priver d’un atout essentiel : une opinion personnelle. Car c’est bien de cela dont il est question dans cet ouvrage : se donner les éléments pour une approche personnelle des textes et de leur contenu. Ce n’est que de cette manière que l’amateur d’égyptologie peut accéder directement et en profondeur à la culture et à l’histoire de ce pays, de même qu’il peut se rendre compte du type de sources à la disposition des égyptologues et des historiens pour écrire leurs ouvrages érudits ou grand public. Cela illustre également les difficultés que rencontrent quotidiennement ces scientifiques pour interpréter les sources. Le deuxième tome de cette série est consacré à la période la plus faste et la plus dyna mique du Nouvel Empire, couvrant les règnes d’Hatshepsout, Thoutmosis III, Amen hotep II et Thoutmosis IV. Après les guerres d’unification du pays et la reconstruction de l’État, Thoutmosis III initie une politique offensive et agressive à l’encontre de l’Asie. Ceci conduit à la constitution d’un Empire allant de la Nubie aux portes du Mitanni. Parallèlement, les témoignages de l’élite égyptienne s’accroissent : biographies, stèles, correspondances privées… L’analyse des écrits de cette période souligne deux tendances : pour les pharaons, il s’agit d’afficher la toutepuissance du pouvoir politique, mais aussi de mettre en avant l’origine divine de la fonction royale. Pour les fonctionnaires, il importe de mettre en avant sa proximité avec le souverain. Les textes royaux sont agrémentés de textes non historiques, jugés révélateurs de l’esprit et de la culture de ce temps. Certains documents sont présentés en dessins au trait, de sorte que le lecteur puisse visualiser l’objet de l’étude. Chaque texte est donné en hiéroglyphes, voire sous sa forme originale quand cela était possible. Ce livre ne s’adresse pas qu’aux (futurs) épigraphistes. Les textes restent accessibles à tous ceux qui n’ont pas l’occasion ou le temps de s’initier à cette langue, puisque chacun est accompagné de sa traduction intégrale : ceci permet donc à tout lecteur de suivre les exploits des grands souverains à l’origine de la splendeur et de la puissance du Nouvel Empire. On pénètre ainsi dans la vie de valeureux soldats qui ont contribué eux aussi à la gloire de leur pays, de même que l’on découvre les activités professionnelles ou privées de tout un peuple. Aussi, dans cet ouvrage, chacun peutil trouver, à son niveau, l’information nécessaire à l’acquisition de données fondamentales sur cette période par ticulièrement dynamique. Dans le but d’aider à fixer la chronologie, chaque roi dont il est question possède une fiche récapitulant les éléments majeurs de son règne. À chaque fois que cela s’y prête,
7
un encart thématique complète l’analyse, permettant d’apporter quelques compléments d’explication à un sujet donné ou de préciser le contexte plus général du texte traité. En fin, des cartes, des plans et des schémas viennent s’ajouter à l’ensemble pour permettre une compréhension dynamique et géographique des événements. Afin de faciliter sa traduction, chaque texte est accompagné de notes grammaticales ou épigraphiques et de son lexique intégral. Ce dernier permet un gain de temps appré ciable en évitant de fastidieuses recherches dans un dictionnaire. L’étudiant en égypto logie trouvera là un exercice pour mettre en pratique ses compétences en hiéroglyphes et trouvera une analyse grammaticale systématique de chaque phrase, agrémentée de rappels et d’élargissements sur un sujet donné. Traduire un texte égyptien est avant tout une question de choix entre un français rigoureux et le respect de l’esprit du texte original. Une grande distance temporelle et culturelle nous sépare de l’Égypte ancienne. Certains détails échappent encore à l’égyp tologie, ce qui nous empêche de cerner totalement la portée de toutes les phrases. C’est pourquoi, il nous est apparu nécessaire de rester fidèle au texte, au risque de produire parfois des passages quelque peu inhabituels en français. Ainsi, nous n’avons pas voulu éviter les répétitions si chères à la littérature égyptiennes et nous avons gardé les particu larités de la langue :ib.w=snsera traduit par “leurs cœurs” même si nous sommes bien conscients que la grammaire française exige “leur cœur”. Il a paru judicieux de placer visuellement quelques éléments concernant le texte. On trouve ainsi une minicarte pour situer le lieu où se trouve l’inscription, ou celui de sa découverte. Un onglet historique, allant de Kamosis à la fin du règne Thoutmosis III, situe rapidement le texte dans le temps. Pour les étudiants en hiéroglyphes désireux de traduire par euxmêmes les textes, nous avons indiqué le niveau de difficulté du texte, ce qui permet de faire un choix en fonction des connaissances de chacun. L’échelle de diffi culté est la suivante : très facile, facile, moyen, difficile et très difficile. Afin de pouvoir traduire le texte avec toutes les armes  nécessaires, nous avons mis en avant quelques points de grammaire à bien connaître pour réaliser l’analyse. Conscients de la multitude des approches de la langue égyptienne et du fait que chaque professeur possède sa méthode et sa terminologie, nous proposons en fin d’ou vrage un tableau comparatif de ces appellations en fonction des grands ouvrages de référence en matière d’écriture hiéroglyphique. Il devient ainsi aisé de suivre les analyses, quelle que soit la formation initiale.
8
LACORÉGENCEDETHOUTMOSISIIIETHATSHEPSOUT
À la mort de Thoutmosis II, c’est son fils Thoutmosis qui monte sur le trône d’Égypte. Trop jeune pour diriger le pays, la reine Hatshepsout assure la régence en son nom. Sans doute entre l’an 2 et l’an 3, Hatshepsout prend les insignes royaux et se fait composer une titulature, tout en continuant le comput selon les années de règne du jeune roi. Si, avant la corégence, la reine fait toujours dater les monuments du seul Thoutmosis, à partir ce moment, elle apparaît avec les mêmes titres que lui, en conservant toutefois la préséance. Son nouveau rôle, purement masculin, l’amène à modifier progressivement ses représentations : ses statues se masculinisent au fil des années. Pourtant, dans les textes, elle continue de parler d’elle au féminin, excepté lorsque la grammaire l’interdit. Ainsi, lorsqu’elle se dit roi,nsw, elle est obligée d’employer le masculin puisque le mot reine – au sens de souverain et non d’épouse de roi – n’existe pas en égyptien. En accé dant au trône, elle abandonne son titre d’Épouse du dieu, qu’elle lègue à sa fille Neferou râ. Celleci est principalement connue par les statues de son précepteur, Senmout, qui s’est très souvent fait représenter en sa compagnie. On ne connaît pas la date de la mort de cette princesse, tout au plus peuton dire qu’elle disparaît des inscriptions en l’an 11. La reine ne semble pas s’être intéressée à l’Asie ; ceci explique peutêtre les difficultés auxquelles devra faire face Thoutmosis III à sa mort. On lui connaît tout de même au moins une campagne en Nubie, par le graffiti de Khefato. Le haut fait de son règne est le voyage qu’elle organise à Pount. Elle envoie le messager royal Nehesy. Une troupe consé quente l’accompagne sur cinq navires. À leur retour triomphal à Thèbes, ils apportent quantité d’or, produits exotiques, animaux vivants, ainsi que des arbres à encens destinés à être transplantés dans le domaine d’Amon. En architecture, son règne est dominé par l’édification du temple funéraire de Deir elBahari : leDjeserdjeserou, le “Sacré des sacrés”. Sa construction est inspirée par celui de Montouhotep II situé dans le même cirque rocheux. Il est dédié à Amon, Thoutmo er sis I et à la reine. Le monument est composé de trois terrasses – dont deux à portiques – avec une rampe centrale. Les décors de ces portiques reprennent les moments jugés importants de la vie et du règne d’Hatshepsout : la théogamie – sa conception divine par le dieu Amon en personne –, le voyage à Pount, ainsi que le transport et l’érection de deux obélisques à Karnak. Le cirque dans lequel il est bâti étant un haut lieu du culte d’Hathor, la reine lui réserve une magnifique chapelle. À Karnak, elle remplace la cha pellereposoir de barque par la fameuse Chapelle Rouge, remontée par François Larché et son équipe duCFEETK, autour de laquelle elle édifie un ensemble de chambres. Elle e bâtit le VIII pylône en direction de Louqsor et érige deux obélisques à l’est du temple et e e deux autres entre les IV et V pylônes. Enfin, elle positionne six reposoirs de barques sur la voie reliant Karnak à Louqsor et fait construire le premier temple rupestre de l’Égypte à Beni Hassan, le Spéos Artémidos.
HatshepsoutEnviron 14721457 av. J.C. er ฀ •Parents : Thoutmosis I et Iâhmes III (an 7 à an 22)Corégence : Thoutmosis ฀ •: “Maât est leRoi de Haute et de BasseÉgypte kade Râ” ฀ •: “La première des dames nobles”Fils de Râ ฀ •Sépulture : Vallée des Rois, KV 20 [VoirChronique de l’Égypte ancienne, page 278]
9
1.
Hatshepsout
Thoutmosis III
Amenhotep II
La nature divine d’Hatshepsout
Provenance :Deir el-Bahari, Thèbes-Ouest Époque :entre l’an 3 et l’an 16 de Thoutmosis III
Difficulté du texte :
Notions souvent abordées :les accomplis, le prospectif autonome et séquentiel
Thoutmosis IV
Memphis
Thèbes
Éléphantine
Pour édifier son temple funéraire, Hatshepsout choisit le vaste cirque naturel dans lequel Montouhotep II, le roi unificateur du Moyen Empire, avait déjà érigé le sien, un lieu dédié depuis fort longtemps à la déesse Hathor. La reine confie sa conception et sa réalisation au grand intendant royal et précepteur de la fille royale, Senmout. Tout en s’inspirant du temple voisin, celuici organise la structure selon un modèle fort original. Le temple – dénomméDjeserdjeserou, le “Sacré des sacrés” – se compose d’un temple d’accueil, d’où part une allée bordée de sphinx menant au temple jubilaire. Ce dernier comporte deux vastes cours qui aboutissent chacune sur un double portique séparé par une rampe. De part et d’autre du portique intermédiaire, Senmout installe deux chapelles : l’une, au sud, dédiée à Hathor ; l’autre, au nord, dédiée à Anubis. La seconde rampe permet d’accéder au portique supérieur et au temple proprement dit, édifié en er l’honneur d’Amon, de Thoutmosis I et de la reine ellemême. L’œuvre dans son ensemble est d’un très grand classicisme, tant par la sobriété de son architecture que par la composition iconographique. Tout concourt à rappeler l’Ancien Empire, telles les colonnes fasciculées ou les attitudes hiératiques des représentations. Toutefois, cet édifice a beaucoup souffert des vicissitudes de l’histoire. L’iconographie de la reine a été entièrement martelée après sa mort, sous le règne de Thoutmosis III, tandis que celle des divinités a subi de graves dommages sous Akhenaton. Aujourd’hui, certaines scènes sont à peine lisibles. De même, les thèmes abordés sur les parois se distinguent par leur originalité. Le por tique inférieur, dans sa partie méridionale, représente le transport de deux gigantesques obélisques par une impressionnante flottille et le défilé de soldats, tandis que dans sa partie septentrionale apparaissent des scènes de chasse dans les marais. Le portique inter médiaire est à la fois le plus singulier et le plus intéressant. Au sud, Hatshepsout livre l’événement le plus important de son règne : l’expédition envoyée dans le fameux pays de Pount(voir chapitre 3). Au nord, sujet de ce chapitre, la reine expose en deux grands actes son fabuleux destin, destin scellé avant même sa naissance. Elle relate tout d’abord son origine divine, lorsque, désireux d’avoir une fille qui régnerait sur l’Égypte, Amon er s’unit à la Grande Épouse royale sous les traits de Thoutmosis I . La seconde partie explique le destin exceptionnel de la reine, ainsi que son couronnement à venir. Or, le texte prend toute son importance historique lorsque l’on apprend que c’était également er le désir de son père mortel Thoutmosis I de la voir lui succéder sur le trône.
10