//img.uscri.be/pth/3d4eb945beecd8c050dc68570df0d62c8724db3a
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 20,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Lyon, un destin pour une autre France

De
271 pages
Pourquoi Lyon, seule ville de France a avoir été capitale de la Gaule et capitale économique de l'Europe au 16e siècle, a-t-elle perdu sa primauté ? En analysant toutes les composantes - politiques, sociologiques, économiques, culturelles, sportives, etc. - passées et actuelles de la deuxième métropole de France, on comprend qu'elle dispose aujourd'hui d'un potentiel unique pour redevenir une grande cité internationale au cours du 21e siècle et être le moteur d'une transformation impérieuse, radicale et encore taboue de la France.
Voir plus Voir moins

Questions contemporaines LYON, Alain Renaud
UN DESTIN POUR Q
UNE AUTRE FRANCE
QuQueesstitioons cns coonnttemempoporrainaineess
Lyon a connu un destin exceptionnel. QQQ
Elle est la seule ville de France à avoir été capitale de la Gaule - un pays nettement plus
egrand que la France d’aujourd’hui - et capitale économique de l’Europe au 16 siècle.
Pourquoi a-t-elle perdu sa primauté ? Pourquoi la construction de la France, centrée
sur une capitale macrocéphale, s’est-elle faite essentiellement à ses dépens ?
Est-ce pour toujours ?
Mais voici que les choses changent : les diplômés et les jeunes cadres quittent
davantage chaque année Paris pour le sud de la France en plébiscitant
prioritairement Lyon et la Région Rhône-Alpes. LYON,
Les étrangers, qui ont fait la fortune de cette ville, y reviennent et louent sa
transformation si rapide. UN DESTIN POUR
En analysant lucidement toutes les composantes passées et actuelles de la deuxième
métropole de France, qu’elles soient politiques, sociologiques, économiques,
culturelles, sportives, religieuses, logistiques, médiatiques..., on comprend qu’elle UNE AUTRE FRANCE
dispose aujourd’hui d’un potentiel unique pour redevenir à nouveau une grande
ecité internationale au cours du 21 siècle et être le moteur d’une transformation
impérieuse, radicale et encore taboue de la France.
Alain Renaud, parisien d’origine et pendant une grande partie de sa vie professionnelle, réside
aujourd’hui à Lyon.
Questions contemporaines / Série Questions urbaines Professeur en géostratégie et géopolitique, en France et à l’étranger (HEC Paris, ESCP Europe, EM
Lyon, Universités de Lyon, Genève, Madrid, Vienne, Cracovie...), après avoir parallèlement mené sur
tous les continents une carrière internationale dédiée au conseil en stratégie, auteur de poésies,
aphorismes et essais, il se consacre aujourd’hui à l’écriture.
ISBN : 978-2-343-03790-5
27 €
LYON, UN DESTIN
Alain Renaud
POUR UNE AUTRE FRANCE








Lyon,

un destin pour une autre France

Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions
contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines »
est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux,
chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion
collective.


Dernières parutions

Blaise HENRION, Eurocopter savait, La vérité sur un crash
mortel, 2014.
Philippe QUÊME, Finance et éthique. Le prix de la vertu..., 2014.
Maurice BERTRAND, Machiavel ou l’Illusion réaliste, 2014.
Cyril MARÉ & Rémi RAHER, Géopolitique de l’Arctique, 2014.
Chantal PERRAS, La coopération policière globale contre le trafic
de drogue transnational, 2014.
Gaby NAVENNEC, Les souffrances sociales. De l’acceptation aux
alternatives, 2014.
Julien PINOL, Essais nucléaires : 1961, une apothéose ?, 2014.
François COUDERC, Chronique d’une aventure politique
ordinaire, 2014.
Gérard DAHAN, La manipulation par les sondages. Techniques,
impacts et instrumentalisations, 2014.
Nadine JASMIN, Les mairies au défi des politiques d’égalité,
2014.
Georges Claude GUILBERT, Le genre des objets, 2014.
Guillaume FONGANG, Les Politiques agro-environnementales en
France. Dispositifs de concertation et enjeux de gouvernance,
2014.
Françoise FRISCH, La boulotdiversité, Ensemble vers
l’extermination du chômage, 2014.
Alaiin RENAAUD








Lyon,,

un destin pour une autre France








































































© L'HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03 790- 5
EAN : 978234303 7905

6



Quel bienfait ce serait pour la douce France, si au lieu d’un seul
centre, elle en avait dix qui répandraient partout la lumière et la vie .

Johann Wolfgang Von Goethe


Un livre pour les esprits libres .

Frédéric Nietzsche








Prologue

Céline vient du Québec. Elle est arrivée hier soir à Lyon par le vol
Montréal-Lyon. C’est une jeune étudiante qui, dans le cadre d’un
échange universitaire, quitte pour la première fois son pays et est
reçue pour un an par une famille lyonnaise.
Elle est très excitée par sa nouvelle vie et désireuse de mieux
connaître la France et la vie lyonnaise. Elle est curieuse d’écouter les
nouvelles du jour à la télévision.
Le soir venu, elle demande à Marc, un des enfants de la famille, si
elle peut écouter les informations de 20h. Comme elle a pris le
programme en cours de route, elle est en fin d’émission et voit le
présentateur recevoir des acteurs de théâtre. L’un joue la comédie au
théâtre de la Ville, l’autre au théâtre Edouard VII et le troisième au
théâtre des Deux Anes. Le présentateur nous incite fortement à aller
les applaudir en précisant les dates des représentations.
Céline est passionnée de théâtre et de cinéma, qu’elle fréquente
assidument à Montréal. Un échange s’établit entre elle et Marc :
Céline : « Tu connais ces acteurs ? Ils ont l’air formidable. Il faudra
que tu me dises où sont situés ces théâtres. Ils sont loin d’ici ? Je
suppose près de la Place Bellecour ou du côté de la Part Dieu ? Ils
sont bien reliés par le métro ou le tram ? »
Marc : « Mais Céline, il ne s’agit pas de théâtres lyonnais, mais de
théâtres parisiens »
Céline : « Tu crois ? Le présentateur n’a pas dit que les théâtres étaient
à Paris. Il n’est pas dans un studio de télévision de Lyon ? »
Marc : « Non, Céline. Il est à Paris. Quand il parle d’un théâtre sans
dire où il est, c’est qu’il est forcément à Paris ! Tu n’as pas remarqué
la Tour Eiffel qui brille de tous ses feux par la fenêtre du studio ? »
Céline : « Et quand il a parlé du salon du livre et du salon de
l’étudiant, c’est la même chose, c’est toujours Paris sans le
dire ? Quand même pas pour le salon de l’agriculture ? »
Marc : « Mais si, bien sûr. Si le présentateur télé mentionne un
spectacle, un salon ou une exposition, c’est toujours forcément à Paris.
Le jour où, par miracle ça ne l’est pas, il va spécifier la ville où ça a
lieu. Par exemple le salon des vins, Vinexpo, de Bordeaux ou celui de
la restauration et de l’hôtellerie, le Sirha de Lyon. Mais ce sera au
mieux une fois par an, et encore, si on a de la chance »
9

Céline : « Mais alors comment peut-on savoir ce qui se passe en
France, en dehors de Paris ? »
Marc : « On ne peut pas le savoir »
Céline : « Il n’y a pas de studios de télévision à Lyon que tous les
habitants de votre région peuvent capter, ainsi que tous ceux qui
s’intéressent à Lyon et à la Région Rhône-Alpes ? Des chaînes de
télévision qui leur permettent de savoir ce qui s’y passe et d’avoir
accès aux informations relatives à la France et au monde telles
qu’elles sont perçues à Lyon et dans votre Région Rhône-Alpes ? »
Marc : « Non, Céline. On a juste une petite chaîne locale, TLM, qui
diffuse en boucle des informations locales sur le satellite ou le câble.
Ce n’est pas une grande chaîne, elle a bien du mal à s’en sortir et elle
n’est diffusée qu’à Lyon ou sur internet »
Céline : « Mais je croyais que ta région, Rhône-Alpes, avait plus de 6
millions d’habitants ? »
Marc : « Oui, elle en a même près de 6, 5 millions. Elle en avait déjà
1plus de 6,3 millions en 2012 »
Céline : « Je sais que c’est plus que la Norvège, la Finlande, l’Irlande
et à peine moins que la Catalogne ou le Québec »
Marc : « Bravo, Céline pour tes connaissances. Tu as raison. Je viens
juste d’apprendre de mon côté à l’EM Lyon que le Danemark et la
Finlande ont 5,5 millions d’habitants chacun, la Norvège 5 millions et
2l’Irlande 3 millions »
Céline : « Et avec cette population si nombreuse, vous n’avez même
pas une seule chaine de télévision généraliste basée à Lyon et qui
diffuse dans toute votre région ? Ce n’est pas possible ! A Montréal,
on a 4 chaînes généralistes, 2 chaînes spécialisées et une quarantaine
de chaînes thématiques…»
Marc : « C’est ce que j’ai découvert aussi quand mes parents ont
quitté Paris pour s’installer à Lyon. Pourtant Montréal, c’est
quasiment la même population que Lyon. L’agglomération de
Montréal atteint 1,8 millions d’habitants et la région métropolitaine
33,8 millions. La Région Urbaine Lyonnaise, 3,5 millions . Pourtant, à
Paris, personne ne dit que Lyon c’est si important »

1 er 1 janvier 2012 - Insee Rhône-Alpes
2 Eurostat 2012
3 Ville de Montréal, www.ville.montreal.qc.ca et Région Urbaine de Lyon
(RUL), www.regionurbainedelyon.fr
10Céline : « Je ne me doutais pas qu’elle était aussi colonisée par Paris.
C’est pour ça que tout le monde connaît Paris et que l’on commence
juste à connaître Lyon ou d’autres grandes villes françaises comme
Toulouse, Marseille, Strasbourg ou Bordeaux ? »
Marc : « Exactement, tu a mis le doigt sur le point faible de notre
pays. On a une capitale macrocéphale qui veut tout régenter. Mais,
avec l’Union Européenne, internet, les transports rapides et Paris qui
voit plus d’habitants la quitter chaque année que venir s’y installer, les
choses commencent à changer sérieusement aujourd’hui »
Céline : « Pourtant j’ai appris à l’école que Lyon était la capitale de
votre pays quand il ne s’appelait pas encore la France, mais la Gaule,
qui était elle- même bien plus grande que la France actuelle ; qu’elle
est la seconde métropole économique de France et qu’elle est la
capitale de la plus puissante région économique après l’Ile-de-France.
Et aujourd’hui, vous n’avez même pas votre propre télévision ! »
Marc : « Il n’y a pas que la télévision. Il nous manque encore des
grands journaux d’audience internationale, des grandes entreprises,
des grandes banques, des personnalités connues dans le monde entier.
Tu es venue directement de Montréal par avion, mais on ne peut pas
encore aller directement de Lyon à Pékin ou Los Angeles »
Céline : « Mais alors vous avez été vraiment dépecés, colonisés par
Paris ? »
Marc : « Dominés, puis dépecés, oui. Colonisés non, puisque, par
eexemple au 16 siècle, une fois de plus Lyon était devenue la banque
et la capitale économique de la France. Elle était davantage
développée que Paris à cette époque. Les Romains, lorsqu’ils ont
colonisé la Gaule, étaient en avance sur nous dans bien des domaines.
C’est la raison pour laquelle on s’est fait coloniser. Ils nous ont
apporté des routes, des cités modernes, des lois, des arts. Ils nous ont
vaincus, mais ils nous ont permis de nous développer beaucoup plus
vite qu’auparavant. Mais Paris n’a rien apporté à Lyon. Elle est juste
devenue plus puissante qu’elle, à ses dépens »
eCéline : « Et depuis le 16 siècle, Lyon n’a plus été prédominante ? »
Marc : « Non, jamais plus »
Céline : « Mais les Lyonnais ne se révoltent pas ? Ils ne crient pas leur
colère ? Ils ne manifestent pas ? »
Marc : « Non. Ils n’ont pas vraiment conscience de cette situation. Ils
y sont habitués. Ils ne se révoltent pas. La seule fois où ils l’ont fait,
c’était pendant la Révolution. Ils ont été assiégés. Un grand nombre
d’entre eux ont été massacrés. Ils ont perdu un tiers de leurs habitants.
11

Ils ont été punis. Le nom de Lyon a été supprimé. Le département sous
leur contrôle coupé en deux. J’ai l’impression qu’ils ne s’en sont
jamais remis et ça leur a donné ce goût du mesuré, de la prudence,
cette tendance à la réserve, au quant à soi. Pendant longtemps, Lyon a
été une ville dont on parlait peu. Parce que les Lyonnais étaient
devenus discrets, réservés, secrets même disait-on. S’ils prenaient peu
la parole, s’ils s’exprimaient peu, s’ils restaient dans l’ombre,
pourquoi aurait-on parlé à leur place ? »
Céline : « Ils ont eu peur de prendre des décisions tranchées à la suite
de ce traumatisme ? »
Marc : « Oui, mais, depuis peu, ils reprennent confiance en eux et
cette vieille mentalité prudente et un peu craintive disparaît peu à peu
avec tous les étrangers qui s’implantent dans cette ville »
Céline : « J’avais aussi entendu dire que Lyon avait changé
radicalement depuis quelques années »
Marc : « Tu as raison. Lyon n’est plus la même ville qu’il y a 20 ans.
Elle a changé radicalement et elle va encore beaucoup plus changer à
l’avenir. Pour le comprendre, il faut analyser son évolution historique
et observer sa situation aujourd’hui. A partir de là, on peut s’efforcer
de bâtir une géostratégie pour les années à venir »
Céline : « Au fond, il faut analyser son passé pour comprendre son
présent et en tirer des réflexions pour le futur ? C’est bien ça ? »
Marc : « Exactement, Céline. Alors, écoute bien. Je vais te parler de la
manière dont on a bâti la France. Je vais te montrer les répercussions
de ce système politique sur son destin et sur celui plus spécifique de
Lyon. Sur le passé, le présent et l’avenir d’une ville unique qui a été
deux fois la capitale véritable de ce pays et qui a tout pour redevenir la
grande métropole internationale qu’elle a été jadis. Je vais te raconter
le destin de Lyon »



12


I - HISTOIRE ET DESTIN



Ni l’économie française, ni la politique française n’ont
su, ou voulu ou pu soutenir, dans son rayonnement, le
pôle puissant de la vie lyonnaise .

Fernand Braudel








Un destin contrarié


C’est l’Historien Fernand Braudel, dans son ouvrage l’Identité de la
France, qui a probablement le mieux parlé du destin de Lyon. Il a
même ajouté cette phrase surprenante : « Lyon est peut-être le
problème clef, sûrement l’indicateur clef de l’histoire de France » en
soulignant « qu’elle n’était pas la même d’un siècle au siècle suivant
et qu’elle passait sans fin d’une originalité à une autre ».
Il est dommage qu’il n’ait pas explicité en quoi consistait ce problème
clef. Est-ce celui d’avoir été capitale des Gaules, et donc de la Gaule,
sans être devenue celle de la France ?
Certes, comme le dit Braudel, « la seule rivale de Paris- encore n’en a-
t-elle eu conscience que rarement- c’est Lyon ». Il précise également
qu’elle fut longtemps la capitale économique de la France, dominant
e 4Paris, en particulier au 16 siècle . Aussi, ajoute t-il, Lyon aurait pu
erdevenir capitale de la France sous François I , si ce souverain avait
réussi à se constituer un royaume en Italie du nord. Elle a repris sa
prospérité lors de la constitution de l’empire napoléonien et se
retrouve alors, comme l’affirme à nouveau Braudel, « au centre des
communications par voie de terre en Europe ».
Mais ce que ne dit pas Braudel, c’est que, lorsque Condate, la
Gauloise celte devenue Lugdunum, était la Capitale de la Gaule, celle-
ci comprenait également les Helvètes, à l’Est. Une situation redevenue
ertemporairement identique sous la Révolution et le 1 Empire. Alors
qu’aujourd’hui, non seulement la Suisse ne fait pas partie de la
France, mais elle n’est même pas membre de l’Union Européenne.
Tant et si bien que, si cette ville est parfaitement située au niveau nord
sud, elle est quelque peu excentrée de nos jours d’est en ouest.
Néanmoins, lorsque l’on considère la situation de Paris, on peut
observer le phénomène inverse avec une situation centrale sur l’axe
est-ouest, mais très excentrée au niveau nord sud, la France étant plus
allongée du nord au sud que d’est en ouest.

4 Fernand Braudel, L’identité de la France, Ed. Flammarion, 2009
15

On pourrait aussi objecter que Paris se situe également au cœur d’un
très large bassin sans aucun obstacle, alors que Lyon ne bénéficie que
de l’étroit espace du Lyonnais, enserré entre le Massif Central, les
Alpes et le Jura. Mais cet argument ne tient pas non plus, car, dans ce
cas, pourquoi Lyon a t-elle pu être la capitale des Gaules et la capitale
e eéconomique de la France au 16 siècle et au 18 siècle ? Et pourquoi
Toulouse qui bénéficie d’un bassin géographique équivalent à celui de
Paris n’est-elle pas devenue elle aussi une alternative équivalente à la
capitale, ce qu’elle n’a jamais été ?
On peut donc en conclure que la géographie pure ne constitue pas
l’élément prépondérant de la question.

16
Une explication historique ou géographique ?


A vrai dire, l’explication est plus historique que géographique.
Effectivement, après le Traité de Cateau-Cambrésis de 1559 qui voit
les rois de France abandonner progressivement leurs conquêtes
cisalpines, l’Europe va se développer plus spécifiquement aux bords
de la Manche, de la Mer du Nord et de l’Atlantique en délaissant la
Méditerranée, et favoriser les villes de Flandre et Paris, et Braudel n’a
pas tord.
Mais il convient de reculer davantage dans l’histoire pour trouver la
raison première du déclassement de Lyon au profit de Paris. On
pourrait ajouter au royaume des occasions perdues, le royaume
Burgonde, l’empire de Charlemagne, la Lotharingie ou le Duché de
Bourgogne.


L’Etablissement des Francs à Paris, puis à Aix La Chapelle,
bouleverse le destin de Lyon

Lorsque les grandes invasions se produisent, mettant fin à l’Empire
Romain, ce sont, in fine, les Francs qui vont l’emporter, et les Francs
ne viennent pas du sud mais du nord, puisqu’ils se situaient
originellement entre Anvers et Cologne. Par conséquent, après avoir
conquis des territoires plus au sud, ils vont décider de s’établir en bord
de Seine, dans l’ancienne Lutèce devenue Paris, et non pas à Lyon, qui
était une ville qui leur échappait encore.
C’est à ce moment là que change définitivement le destin de Lyon. Et
ce sont les Francs qui vont créer un nouveau royaume, qu’ils vont
agrandir progressivement à partir de l’Ile de la Cité et qui donneront
leur nom au nouveau pays qui va émerger, la France. Avec une
capitale en bord de Seine et non plus en bord de Rhône, qui aura pour
un temps, à cette époque, toute sa légitimité géographique, puisqu’elle
sera à égale distance de la frontière saxonne du nord, au-delà de
Cologne et Mayence, à la frontière basque du sud. Une capitale qui ne
17

rayonnera jamais plus, à l’exception de l’éphémère époque
révolutionnaire et impériale, sur un aussi grand espace que celui de la
Gaule.
Lugdunum, devenu Lyon, se souvient encore de son enfance. Alors
que Lutèce n’était qu’une petite bourgade éloignée de tout, elle se
souvient qu’elle était la capitale d’un territoire plus vaste que celui où
Paris établira un jour sa domination absolue.
Toutefois elle fut un temps de nouveau capitale. Celle du royaume des
Burgondes (375-618), qui s’étendit de Langres à Avignon et de Nevers
au lac de Constance. Parfaitement située au centre de ce royaume, elle
eût pu à nouveau rayonner en Europe, si les Burgondes l’avaient
emporté sur les Francs, mais aussi sur les Wisigoths. Mais l’espace
conquis par les Burgondes était bien faible par rapport à celui de leur
concurrent germanique et, in fine, ce seront les Francs qui écraseront
les Wisigoths à la bataille de Vouillé en 507 et les chasseront de Gaule
avant de s’emparer de la Burgondie.
Evidemment on aurait pu imaginer aussi quelques instants que les
Ostrogoths, autre tribu germanique, qui avaient conquis l’Italie et la
Dalmatie, aient réussit à s’établir en Gaule. Lyon se situait ipso facto
au centre d’un nouvel Empire dont elle aurait pu être la capitale à
nouveau. Que les Wisigoths, après avoir fondé le royaume de
Toulouse, n’aient pas été vaincus par Clovis et se soient retournés
victorieusement sur le royaume burgonde en prenant in fine Lyon
comme capitale au lieu de Toulouse et aient ainsi délaissé leur
conquête ibérique, mais avec des si…
En étant davantage fidèle au déroulement historique tel qu’il a eu lieu,
une autre possibilité s’offrait à l’antique capitale des Gaules avec la
création exceptionnelle, mais éphémère, du nouvel Empire Romain
bâtit progressivement par Charles le Grand. Lorsque Charlemagne
reconstitue progressivement et temporairement l’empire Romain au
nord de la Méditerranée, Lyon se retrouve au cœur d’un espace qui
s’étend de Bordeaux à la Côte Dalmate, et de l’Ebre à Hambourg.
Paris n’est alors même pas un archevêché…
Mais, à vrai dire, en dehors de son passé prestigieux d’ancienne
capitale des Gaules et des Burgondes, Lyon, culturellement et
historiquement ne pouvait répondre au désir de l’Empereur des
Francs, les Francs ayant toujours été des peuples du nord de l’Europe,
retrouvant de par leurs conquêtes les territoires nordiques d’Austrasie
acquis par Clovis à la fin de son règne et transférant tout naturellement
leur nouvelle capitale de Paris à Aix La Chapelle.
18Le partage de l’Empire de Charlemagne entre ses petits fils, Charles,
Lothaire et Louis au Traité de Verdun en 843 allait-elle redonner
toutes ses chances à Lyon, une des plus importantes villes de ce
royaume, qui se situe presque au point de partage des peuples
germaniques et latins ? Non ! Et toujours pour la même raison :
Lothaire est un Franc et il conserve comme capitale la ville qui avait
été celle de l’Empire de son grand père : Aix La Chapelle.

Lyon sera rattachée au royaume de Bourgogne dont la capitale
éphémère fut Vienne, puis au Saint Empire Romain Germanique, dont
elle ne pouvait par essence être la capitale, en bénéficiant toutefois
d’une réelle autonomie caractérisée par la toute puissance de
l’archevêque sur la Cité, de plus en plus contesté par le Comte du
Forez et l’ascension de la bourgeoisie.


Le 10 avril 1312 : Lyon passe sous la coupe du roi de France... et de
Paris

Cette bourgeoisie finira par l’emporter aux dépens de l’indépendance
de la ville en recherchant l’appui de l’étranger. Après avoir sollicité
Louis IX (Saint Louis), Philippe II le Hardi puis le Comte de Savoie
Amédée V, elle appelle à nouveau à l’aide le roi de France Philippe le
Bel qui fait une première entrée solennelle dans la ville le 13 mars
1311 et rattache définitivement Lyon au royaume de France le 10 avril
1312 après un siège de trois mois. Rattachement validé par le biais du
Concile de Vienne, sans que l’Empereur du Saint Empire Romain
Germanique n’émette de protestation, ni même la papauté, qui avait
pourtant apprécié de pouvoir se réfugier dans cette ville frontalière
entre le Saint Empire Romain Germanique et le royaume de France ;
en particulier lors du Concile de 1245 et jusqu’en 1251, soit six ans
durant lesquels la « Cité des Papes » s’établit à Lyon, et non à
Avignon, sous l’autorité du Pape Innocent IV. A partir de cette date les
Echevins et Consuls prendront le relais de l’Eglise pour gérer la Cité,
mais cette prérogative obtenue par l’intercession du roi de France
s’avèrera rapidement un leurre avec la centralisation du royaume. En
obtenant gain de cause contre l’archevêque, les bourgeois de Lyon
n’ont pas su voir qu’à court terme leur autonomie serait très vite
remise en cause, alors que les grandes villes qui sont restées dans le
19

Saint Empire Romain Germanique ont eu le bonheur de concilier
autonomie, libertés locales, développement économique, commercial
et culturel. Peu à peu les grandes villes françaises allaient devenir de
simples relais du pouvoir royal, les fastes de la puissance, les
prouesses de l’architecture, les ressorts de l’argent et in fine ceux du
développement économique étant réservés quasi exclusivement à la
capitale, Paris.
Aussi, cet interlude de liberté, dont Lyon gardera la nostalgie, comme
le montre bien la Fête annuelle des Pennons, ne durera que l’espace
d’un moment. A partir de 1320, le sort de Lyon était scellé, cette ville
ne pouvant plus redevenir le centre et donc la capitale d’un royaume.
Pire sa situation périphérique et frontalière allait la cantonner pour des
années à l’oubli et à l’indifférence, alors que établie « sur la vieille
frontière entre l’Empire, à l’est du Rhône, et le royaume de France, à
l’ouest, Lyon avait plutôt vocation à être une ville libre, comme
5Genève ou Bâle ».
La situation de Paris allait d’autant plus l’emporter définitivement que
le développement économique quittera progressivement la
Méditerranée pour s’amarrer à l’Atlantique et à la mer du Nord, où
Anvers, Amsterdam, Londres s’imposeront comme des métropoles de
première importance.
Une fois les Francs ayant définitivement érigé leur capitale au Nord,
Lyon pouvait-elle encore espérer un retournement de situation qui eût
fait que ce «définitivement» ne l’eût pas été ? Non, car, in fine, on ne
voit pas comment le Saint Empire Romain Germanique eût pu
l’intégrer à nouveau, ni comment, plus tard, la jeune Confédération
Helvétique s’agrandir suffisamment d’abord de la Franche-Comté,
ensuite des Savoies au point de menacer cette ville, et encore moins
comment la jeune Italie de Cavour eût pu s’emparer de cette cité alors
qu’elle a concédé la Savoie à sa protectrice, la France, en
remerciement des services rendus. Donc rien à espérer du côté d’un
état étranger, et c’est bien logique quand on voit que le franco-
provençal a rapidement laissé place à la langue d’oïl à partir du
erfameux traité de Villers-Cotterêts établi par François 1 .
eEn conséquence, à partir du 14 siècle, Lyon n’avait plus d’espoir de
se développer qu’à l’intérieur de la France.

5 Armand Frémont, Portrait de la France, Tome 2, Ed. Flammarion, Coll.
Champs essais, 2001, 2011
20erFrançois 1 et Napoléon Bonaparte : les deux seuls souverains
attachés à la prospérité lyonnaise

Et comme l’indique justement Fernand Braudel, cette chance aurait pu
erêtre François 1 , tant il est vrai que le développement de cette ville
dépend d’abord des échanges avec les pays proches, et donc l’Italie en
premier lieu, qui fut sa fortune à l’époque de l’Empire Romain. En
effet, si les Français s’étaient emparés de l’Italie, ne serait ce que
l’Italie du Nord, comme l’avait fait les Gaulois de Brennus bien avant
Jules César, Lyon se retrouvait au centre d’un nouvel Empire. Elle
pouvait se rêver à nouveau en capitale de ce nouveau royaume qui
aurait pu conserver le même nom de royaume de France ou en prendre
un autre. Cette fois-ci non en représentante de Rome en Gaule, mais
en devenant une autre Rome elle-même… !!
Et ce d’autant plus que les banquiers lombards ou florentins, à
l’exemple des Médicis, s’étaient établis nombreux entre Saône et
Rhône, que les imprimeurs, les éditeurs et les soyeux y prospéraient
tout autant, transformant l’ancienne capitale des Gaules en capitale
économique du royaume.
Mais imagine-t-on sérieusement les rois de France, à l’exemple de
erFrançois 1 , délaisser les plaisirs des châteaux de la Loire et leur
Palais du Louvre pour s’établir dans les résidences cossues du quartier
Saint-Jean ou Saint-Paul de Lyon ? Surtout si à l’époque, et comme ce
sera encore le cas jusqu’aux années 1960, un brouillard à couper au
couteau baignait les bords de Saône ! Il est vrai que Lyon était alors la
ville la plus riche et la plus peuplée de France, le principal centre
bancaire, bref quasiment la capitale du royaume. Mais en tout état de
cause la perte des conquêtes cisalpine a clos le débat.
On peut en dire autant de la fin de l’Empire napoléonien, à la
différence que si l’Empereur a su relever l’économie de la ville,
massacrée par les Révolutionnaires après le siège de la cité (« Lyon
n’est plus »), il n’a jamais envisagé une seule fois de changer de
capitale et de substituer Lyon à Paris ou à Fontainebleau, qu’il
appréciait particulièrement. Même si, au retour de l’Ile d’Elbe, il fait
placarder sur les murs de Lyon le 13 mars 1815, le lendemain de son
séjour, le texte suivant: « Vous avez toujours été au premier rang dans
mes affections […] Dans des moments plus tranquilles, je reviendrai
pour m’occuper de vos besoins, et de la prospérité de vos
Manufactures et de votre ville. Lyonnais je vous aime. » Waterloo a
mis fin à cette promesse, qui aurait certainement contribué à
21

l’enrichissement et à la prospérité de la ville. Une ville fort bien située
au cœur de l’Empire de 1808, mais nettement moins dans celui
aléatoire de 1815, et donc en tout état de cause désormais bien
modeste par rapport à Paris, même si celle-ci n’était pas encore
devenue la pompe aspirante des talents et des gloires qu’elle deviendra
de Napoléon III à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le poids historique a donc été fondamental dans le destin de Lyon,
mais il reste étroitement lié aux échanges et aux communications. Si
une ville n’est plus au centre des réseaux de communication, elle perd
en attractivité. Certes, Madrid, Berlin, Vienne, Budapest, Rome,
Tokyo, étaient historiquement parfaitement situées au cœur de leur
pays, mais surtout au centre de toutes les voies de communication et si
on peut considérer, qu’au contraire, Londres, Milan, Barcelone,
Hambourg, Munich, Washington, Buenos Aires, Oslo, Helsinki, sont
des villes, capitales politiques ou non, totalement excentrées par
rapport au territoire de leur pays, elles n’en demeurent pas moins
particulièrement favorisées par l’innovation, les échanges, la création
de richesse, les flux de capitaux et les voies de pénétration.
N’est-ce pas le célèbre géographe Armand Fremont qui écrivait en
2001 dans son ouvrage Portrait de la France : « Lyon se trouve dans
une position de capitale […] Elle était la deuxième capitale possible
6de l’Hexagone si l’avaient emporté les influences méridionales . » ?


6 Armand Frémont, op.cit, p. 20
22
Une spécificité lyonnaise :
la prospérité de la ville vient de l’étranger


Lorsqu’on analyse attentivement les hauts et les bas de cette ville « à
part », on ne peut qu’être frappé par une spécificité singulière parmi
les grandes villes de France : le développement de Lyon est presque
toujours le fruit des étrangers. Plus exactement, les grandes dates de
cette ville correspondent à des influences provenant de l’extérieur.
Cette observation, nous le verrons, n’est pas sans influence sur le
présent et le futur de la « capitale des Gaules ».


Lugdunum, fille de Rome

Précisément, si Lyon, alors Lugdunum, fut la Capitale des Gaules, elle
le doit à l’occupant étranger, mais plus encore, si Lugdunum existe
tout simplement, c’est parce qu’un Romain, le proconsul Lucius
Munatius Plancus, fonda une colonie au confluent de la Saône et du
Rhône à l’instigation de Jules César.
A l’époque, vers 43 av JC, seul le petit bourg gaulois de Condate situé
sur la rive gauche de la Saône, au pied de la colline de la Croix-
Rousse, existait.
C’est encore un autre étranger, l’Empereur Auguste, qui décida de
faire de Lyon la capitale des Gaules en y créant de toutes pièces tous
les attributs d’une grande cité romaine : un sanctuaire fédéral des trois
Gaules, un théâtre de 10 700 places, un Odéon de 3 000 places, un
Forum, le second atelier monétaire impérial, des aqueducs…, dont
l’action sera poursuivie par les Empereurs Tibère, Caligula et Claude,
natif de Lugdunum.
Bref ce sont les colonisateurs romains, et non les Gaulois, qui ont fait
de Lyon la première ville de Gaule.
Ce sont aussi les Burgondes qui, entre 450 et 500, après un certain
nombre de tribulations politiques, ont choisi Lyon comme capitale de
leur royaume, aux dépens de Genève, mais ce royaume éphémère fut
23

rapidement vaincu et absorbé par les Francs entre 530 et 535 et ne
laissa pas de traces significatives dans la cité.

La prospérité de cette ville, certes, se manifesta à nouveau dès la fin
edu 15 siècle avec les privilèges octroyés aux Foires de Lyon par
Louis XI à l’encontre de celles de Genève, puis par le passage de plus
en plus fréquent des rois de France guerroyant en terre italienne, de
7
Charles VIII à Louis XII et François Ier.


L’âge d’or, une création des banquiers lombards et florentins et des
imprimeurs allemands

Mais ce sont les banquiers d’Italie, les Lombards, les Florentins avec
8les Médicis et les Guadagni , les Lucquois, les Génois, qui en furent
les instigateurs.
Sans, toutefois, que les lyonnais autochtones en tirent un grand profit,
les habiles commerçants cisalpins restant entre eux et se comportant à
l’égard des Lyonnais d’origine comme l’avaient fait les Romains, leur
9réservant les emplois subalternes . Et encore les Romains avaient
progressivement accordé la citoyenneté romaine aux Gaulois de
Lugdunum, alors que l’on cherche vainement à l’époque de grands
banquiers aux consonances françaises.
De même une grande partie de la très prospère imprimerie lyonnaise
est-elle créée et dirigée par des entrepreneurs allemands, parfois
flamands, dont les noms ont été francisés comme Sébastien Greiff
devenu Sébastien Gryphe ou encore Wilhelm König rebaptisé
Guillaume Leroy, une époque où elle produit plus du tiers des éditions
10de livres en langue française du royaume de France .
Par ces deux exemples les plus significatifs de l’âge d’or de la cité
située entre Saône et Rhône, où « économiquement, elle a assez
longtemps dominé la capitale » et « où Lyon est alors le centre

7 Fernand Braudel, op.cit,p. 15
8 Le somptueux édifice du Musée Gadagne en est un exemple parlant au sein
du quartier Renaissance Saint Jean, Patrimoine de l’Unesco
9 Louis Bourgeois, Quand la Cour de France vivait à Lyon (1491-1551),
Ed.Traboules, 1980
10 Jean Yves Authier, Yves Grafmeyer, Isabelle Mallon, Marie Vogel,
Sociologie de Lyon, Ed. La Découverte, 2010
2411dominant de l’économie européenne » , on comprend que la
prospérité de Lyon est étroitement liée à l’ouverture internationale.
Lyon est une ville internationale par essence et ce sont les étrangers
qui savent le plus souvent la stimuler et la développer. « Elle dépend
de logiques à très large rayon. Il lui faut des complicités du dehors.
12Les fées qui la favorisent sont étrangères » . On verra que rien n’a
changé depuis lors et encore moins aujourd’hui et demain. Est-ce à
dire que les dirigeants français ne fassent rien pour développer cette
ville, qu’il s’agisse des Lyonnais eux-mêmes ou de ceux de qui ils
dépendent, c'est-à-dire les dirigeants de la France, qu’ils aient été rois,
empereurs ou présidents ?
A vrai dire, on a le sentiment que le pouvoir politique n’est pas et n’a
jamais vraiment été intéressé par Lyon. Il ne perçoit pas en cette ville
la pépite qu’elle représente au niveau national, européen et mondial.
Craignent-ils inconsciemment la concurrence de la seule ville qui fut
la capitale de l’ancienne France ?
Paris et les médias nationaux, c'est-à-dire parisiens…, préfèrent parler
de « la Province » dans son ensemble et mettre en parallèle plusieurs
grandes villes françaises plutôt que de mettre en exergue celle qui
reste, certes de loin, mais néanmoins, une rivale potentielle. Nous en
reparlerons.










11 Fernand Braudel, op.cit,p. 15
12, op.cit,p. 15
25