Charlie Chaplin : Le rêve.
244 pages
Français

Charlie Chaplin : Le rêve.

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Description

Depuis son essai Charles Chaplin, L’âge d’or du comique (1979), Adolphe Nysenholc s’est imposé comme l’un des meilleurs connaisseurs et surtout l’un des meilleurs penseurs de l’œuvre de Chaplin. Ses travaux, dont l’essentiel Charles Chaplin ou la légende des images (1987), ont inspiré la recherche des trente dernières années, que ce soit sur le personnage comique et son mythe ou sur l’art de Chaplin cinéaste. Dans ce nouvel opus, l’auteur nous offre une traversée inédite de l’univers chaplinien. Sa démonstration, ciselée de la même écriture exigeante et libre, déroule un nouveau fil : celui du rêve. On comprend dès les premières pages que la vie et l’œuvre de Chaplin en sont pareillement tissées. L’idée s’impose que c’est par les chemins buissonniers du rêve qu’elles s’imbriquent et s’éclairent réciproquement. Mais Chaplin qui a rêvé sa vie, a-t-il vécu son rêve ? « Le Rêve est vraiment un très beau texte, car il reprend ce qu’il y a de plus original dans vos travaux pour le prolonger et le synthétiser de façon définitive. La dimension la plus nouvelle, i.e. l’aller-retour entre la vie et l’œuvre, renouvelle l’interprétation de façon extrêmement convaincante.» (Francis Bordat). – Adolphe Nysenhol, professeur honoraire de l’Université libre de Bruxelles, est l'auteur de « Charles Chaplin, L’âge d’or du comique », première thèse de doctorat sur Charles Chaplin, et l'organisateur du premier colloque international Charles Chaplin (Sorbonne et Cinémathèque Française, 1989, inauguré par Simone Veil et clôturé par Jack Lang, avec le concours de Géraldine Chaplin). Également romancier et dramaturge, il nous donne avec ce nouvel essai une vision poétique de l’œuvre chaplinienne. – « Un des tout meilleurs spécialistes mondiaux de Chaplin » (Positif, Paris).

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Date de parution 10 novembre 2018
Nombre de lectures 6
EAN13 9782807001794
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Adolphe Nysenholc
CHARLIE CHAPLIN Le rêve Essai CONTREPOINT ENTRE LE CRÉATEUR ET SA CRÉATURE Préface de Francis Bordat
re Photo de la 1 page de couverture : Charles Chaplin,The Gold Rush, 1925. Cette photo illustre la plupart des thèmes traités dans le livre. On y voit un rêve de Charlot (celui dela Ruée vers l’or), Chaplin éminence grise de Charlot manipulé par l ui, le masque tragique sur un corps comique, Charlot «sentimental puppet», l’empathie distanciée, l’auto-ironie de Chaplin, la chorégraph ie comme écriture de songe, le créateur d’images à jamais mémorables, le poète com ique, l’auteur en abyme, le rêve dans le rêve…
Préface
Rêver Chaplin Depuis son essaiCharles Chaplin. L’âge d’or du comique (1979), Adolphe Nysenholc s’est imposé comme l’un des meilleurs con naisseurs et surtout l’un des meilleurs penseurs de l’œuvre de Chaplin. Ses trava ux, dont l’essentiel Charles Chaplin ou la légende des imageses(1987), ont inspiré la recherche des trente dernièr années, que ce soit sur le personnage comique et so n mythe ou sur l’art de Chaplin cinéaste. Dans ce nouvel opus, l’auteur nous offre une traver sée inédite de l’univers chaplinien. Sa démonstration, ciselée de la même éc riture exigeante et libre, déroule un nouveau fil : celui du rêve. On comprend dès les premières pages que la vie et l’œuvre de Chaplin en sont pareillement tissées. L’ idée s’impose que c’est par les chemins buissonniers du rêve qu’elles s’imbriquent et s’éclairent réciproquement. Mais Chaplin qui a rêvé sa vie, a-t-il vécu son rêv e? Quand le cinéaste, au sommet de sa popularité, déci de d’abandonner le personnage du Vagabond et l’art de la pantomime (da ns la dernière séquence du Dictateur), c’est pour offrir à l’humanité, par les mots d’un discours («I have a dream» avant la lettre), un nouveau rêve encore – dont cette fois l’ambition et l’implication dans la Grande Histoire dépassent tout à fait Charlot, m ais engagent corps et âme son créateur devenu voix du monde. En revisitant l’œuvre à l’aune des songes, Adolphe Nysenholc approfondit aussi des idées proposées dans ses précédents livres. Le lien fondamental entre le personnage et le récit fait l’objet de brillants dé veloppements et, in fine, d’une synthèse décisive. Ce nouvel essai apporte des réponses originales à n ombre de questions, voire à quelques mystères qui font toujours débat dans la c ritique chaplinienne. L’approche des films et de la biographie de l’artis te par le détour du rêve, fondée sur une connaissance unique de l’œuvre et de la vie de Chaplin et sur des analyses (historiques et filmiques) d’une rigueur exemplaire , nous permet, comme elle seule, peut-être, pouvait y réussir, de toucher au plus profond du génie du clown-cinéaste. Francis Bordat
Hannah : Le seul moment où je suis vraiment heureuse… c’est quand je rêve (The Great Dictator)
I. L’élaboration du rêve
(la fabulation) Sans rien en lui qui pèse ou qui pose (Art poétique, Verlaine) La vie est-elle un songe? Chaplin a rêvé sa vie en homme comme en artiste. Et ce livre se propose de rêver avec lui.
1.TheKid(1921), début du rêve
1. Self-made-myth
Le rêve de Chaplin
Charles Chaplin, par sa vie et par son œuvre, a fait rêver tout un siècle. C’est peut-être le plus grand rêve du cinéma. À peine entré en cinéma, il atteint une renommée in connue à cette époque pour un comédien de l’écran. Deux ans et demi plus tard, vu l’évidence de sa création et de sa popularité, il décroche un contrat fabuleux d’un mi llion de dollars auquel personne n’aurait même osé rêver en ces temps pionniers. Cel a va créer une émulation dans le star-system auquel il a donné une impulsion inouïe. LesMajors diront bientôt qu’il y aura autant d’étoiles dans leurs studios qu’au ciel . Hollywood permet à Chaplin, qui a connu la réalité d’une enfance obscure dans les tau dis de Londres, de vivre au grand jour une vie de rêve qui ne cessera de l’émerveille r. Lui à qui il est arrivé de dormir enfant dans la rue, il se retrouve dans un hôtel pa rticulier superbe qu’il a fait construire, avec une Rolls Royce dans son garage, au haut d’une colline de Beverly Hills. Il raconte, dans son autobiographie où il s’étonne lui -même, ses rencontres successives avec les personnalités les plus illustres de son ép oque qui s’honorent de le voir. Il réalise le rêve américain, avec l’art américain par excellence. Et grâce à sa fortune, il va acquérir une indépenda nce d’expression unique dans l’histoire du cinéma, où nul n’a pu être aussi libre dans la satire de son temps. Muet, il est compris quasi par tous. Il abolit Babe l. Il est aussi connu que Napoléon 1 et Jésus, dit-on . Lors de ses tournées en 1921 et 1931, les peuples accueillirent dans les métropoles, comme un souverain, leur «roi du rire». À son premier retour dans le Royaume-Uni, on lui écrit des cartes postales avec comme seule adresse «To King 2 Charleslui qui pouvait passer, comme le Kid, presque pou r un bâtard.» , On n’a en effet pas retrouvé son acte de naissance. Et abandonné jeune, par le père ivrogne et par la mère internée malade mentale , il était à la limite considéré comme fils de personne, mais sera bientôt adopté co mme figure emblématique de son temps. Il avait les caractéristiques des enfants ex posés, héros fondateurs de civilisations. Et dans les films, son personnage, à l’instar de sa personne dans la vie, faisait croire que tout était possible, grâce à des rêves h éroïques. Plus petit que petit, Charlot finit à chaque fois, comme en un prodige, plus gran d que grand. Et on rit d’admiration. Little cop, il pacifie à lui seul tout un quartier ravagé par la pègre (Easy Street, 1917). Pioupiou, il gagne la Grande Guerre contre les Teut ons en ramenant en trophée leur empereur lui-même qu’il a capturé pour les Alliés (Shoulder Arms, 1918). Gagne-petit, il gagne le gros lot, en devenant – fortuné sans le vo uloir – copropriétaire de la mine d’or la plus convoitée du Klondike, aux innocents les ma ins pleines (The Gold Rush, 1925). Et, revanche des opprimés, il prend malgré lui la p lace du dictateur à la tête de la Tomanie (The Great Dictator, 1940), en terminant avec un discours de prophète. À chaque moment fort des temps modernes, il a été pré sent au monde. Chaplin a raconté la fable d’un siècle. Il a créé de son vivant unmythe. Un rêve collectif.
Charles Chaplinne mère folle,qui a pourtant connu, après un père alcoolique et u l’orphelinat, la perte de son premier enfant quasi mort-né, des divorces à scandale qui le diffamaient, la condamnation dans un procès en p aternité alors qu’il n’était pas le père comme le prouvait l’analyse du sang, et la cha sse aux sorcières de l’époque maccarthyste qui le contraint à l’exil, cet homme, que n’a pas épargné de ses coups le destin, a continuellement été perçu comme un champi on de la résilience, en réalisant ses rêves. 3 «Si le cinéma a eu un génie, c’est lui», dit Milos Forman . Et les grands rêveurs que sont les réalisateurs de films le reconnaissent comme leur maître, «le plus grand 4 auteur de films), «» (René Clair notre Adam à tous» (Fellini). Mais avant les élites, c’est le petit peuple qui le rêve comme un des leur s, et même après, quand il est d e v e n upeople lui-même, puisqu’en incarnant levagabondmontre qu’il ne Chaplin renie pas ses origines. De fait, la réalité sociale au pays de l’Oncle Sam était loin d’offrir à tous le rêve 5 d’une Terre promise . L’American way of lifefut pour beaucoup qu’une image ne d’Épinal, véhiculée par Hollywood. Et Chaplin, à co ntre-courant, par le jeu de son traîne-misère, dénonçait la pauvreté et l’injustice . Mais, plus Chaplin s’affichait pauvre hère en Charlot, plus il contribuait paradoxalement à l’aura des États-Unis, où chacun aurait, à le voir, sa chance de décrocher la lune. On va au cinéma pour rêver – dans la nuit d’une sal le obscure. Et l’ascension sociale fulgurante de Chaplin y apparut au su et au vu de tous, y compris lui-même, comme un miracle vivant. Mais, plus il était adoré dans ses succès, plus il était détesté dans l’ombre par un ennemi juré, le directeur du FBI depuis 1924, J. Ed gar Hoover, enragé de voir celui qui ne s’était jamais naturalisé Américain profiter de ce que les États-Unis offraient de meilleur au monde, et se permettre de les critiquer. N’empêche, on était reconnaissant au grand artiste de se battre farouchement avec du rire et des rêves. Pourtant, Charles Chaplin a lu sa vie durant un phi losophe qui enlevait à l’homme 6 toutes ses illusions, à savoir Schopenhauer . Mais, Chaplin, en Charlot, a paru d’autant plus pathétique qu’il n’a cessé de se redo nner ces illusions à lui-même, comme à ses semblables. Venu du Vieux Monde pessimi ste, il ne voulut pas laisser passer la chance que lui offrit le Nouveau Monde, e t il s’efforça d’en adopter l’optimisme conquérant. Le rêve est la basse continue de l’âme. Il est la p ensée en images silencieuses d’avant les mots. Le rêve a des caractéristiques d’ un film muet. Et le paradoxe de Chaplin fut d’avoir pu projeter hors de lui la fant aisie issue de son être obscur et 7 complexe, avec une exigence de grande lisibilité . Ce souci d’être compris par tous, souhaité par Hollywood qui visait à la rentabilité, l’a amené, comme d’autres confrères 8 e de ladream factoryart., à forger un cinéma transparent , qui fera le succès du 7