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Climats anciens du Nord de l'Afrique

De
192 pages
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Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 199
EAN13 : 9782296304093
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CLIMATS ANCIENS DU NORD DE L'AFRIQUE

<9 L'Harmattan, ISBN: 2-7384-

1995

3332-4

Robert VERNET

CLIMATS ANCIENS DU NORD DE L'AFRIQUE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École-Polytechnique 75005 Paris

Plus, sans doute, que dans beaucoup de régions du monde, les préhistoriens travaillant sur le nord de l'Afrique se heurtent à l'impérieuse nécessité de maîtriser, avant toute chose, la complexité de l'évolution climatique, dont dépend la présence humaine, en particulier dans le Sahara. Or, aucune synthèse n'existe, pour de multiples raisons, liées à l'éclatement géographique de cette immense région; à la dispersion des travaux entre des pôles de recherches aux intérêts très divers; à I'hétérogénéité des résultats, dont certains sont anciens, datant d'une époque où les méthodes de datations absolues n'avaient pas la Habilité et la densité d'aujourd'hui, et dont d'autres n'ont jamais pu être vérifiés, pour des raisons politiques (Tibesti, bassin du Tchad...) ou pratiques; enfin, à l'absence de connaissances sur certaines régions: l'Ahaggar et le Tassili n'Ajjer, par exemple, sont peu étudiés en comparaison de leur importance. Les préhistoriens se sont souvent contentés d'utiliser les travaux mis à leur disposition par les géologues, géomorphologues, naturalistes et paléoclimatologues. Ainsi ont été mis bout à bout des informations souvent partielles, dont la cohérence ne pouvait être réellement confortée. Il était, d'autre part, nécessaire d'adopter une approche de préhistorien sur le thème des paléoenvironnements du nord de l'Afrique. Les centres d'intérêts des archéologues ne sont pas toujours les mêmes que ceux des environnementalistes, car l 'homme, et non le milieu, est au centre de leurs préoccupations. C'est ce que nous avons essayé de faire. Une synthèse est, aujourd'hui, indispensable: dans le cadre ainsi dressé, les évènements et les cultures de la préhistoire s'inscriront d'une manière beaucoup plus lisible. La bibliographie, à la fin de l'ouvrage, montre qu'on peut, en 1994, se lancer dans une telle entreprise sans qu'elle paraisse prématurée. Il est cependant clair qu'il ne s'agit pas de se substituer aux spécialistes des environnements du passé, mais seulement de proposer une grille de lecture de leurs travaux accessible aux préhistoriens.

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CHAPITRE 1 LE NORD DE L'AFRIQUE AUJOURD'HUI: UNITE ET DIVERSITE GEOGRAPHIQUE

Le nord de l'Afrique se compose de trois grands ensembles très différents, le Maghreb, le Sahara et le Sahel. Ils sont liés par des zones de transition dont l'importance est capitale pour la vie humaine. La définition de la région est une définition climatique: elle est toute entière incluse dans la ceinture anticyclonique de l' Hémisphère nord, dont le caractère principal est la sécheresse et la chaleur. Cependant, au Maghreb, les chaînes de montagnes, d'une part, et les littoraux méditerranéen et atlantique, d'autre part, apportent des correctifs non négligeables.
L'AFRIQUE DU NORD

L'Afrique du Nord - environ 1 million de km2 - est un pays de contrastes où les contraintes climatiques et les particularités zonales du relief se mêlent étroitement pour déterminer un paysage dans lequel les espaces facilement aménageables par l'homme sont relativement rares.

Le relief Le Maghreb s'allonge sur plus de 2300 km (fig. I). A un littoral généralement étroit s'oppose des aires continentales massives et hautes, sauf aux extrémités ouest (littoral atlantique) et est (façade méditerranéenne orientale, en Tunisie et en Libye). Les chaînes tertiaires du Haut-Atlas et de l'Atlas saharien dominent la région vers le sud, en s'abaissant d'ouest en est (mont Toubkal, au Maroc: 4165 m ; Monts des Ksour, en Algérie: 2236m ; dj. Chaambi, en Tunisie: 1554 m). Au nord, le Rif, l'Atlas tellien et la Khroumirie sont des massifs de type alpin. Entre ces bordures prennent place de hauts plateaux tabulaires, du Moyen Atlas marocain à la Dorsale Tunisienne. Les plaines, peu nombreuses, sont soit littorales (Sous, Doukkala, Chaouïa, au Maroc; Chelif, Granie, Mitidja en Algérie; Sahel, en Tunisie...), soit intérieures (Meknès, Fès, Marrakech; Tlemcen, Mascara; Sétif; Kef...).

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fig.! : Les éléments géographiques

actuels du nord de l'Afrique

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Le climat Le climat est sub-méditerranéen, dominé par l'alternance d'une saison sèche et d'une saison humide et froide. Il existe de grandes nuances régionales, liées aux effets de la latitude (le Maghreb s'étend de 30 à 37° de latitude nord), de la continentalité, qui acroît les contrastes thermiques du nord au sud, et de l'influence du littoral, qui compense l'aridité en atténuant les écarts thermiques et en augmentant l'humidité de l'air, ce qui favorise les précipitations occultes. Les vents sont de deux types: - latitudinaux. D'ouest en est, ils amènent les perturbations atlantiques lointaines, sur le Rif, le Maroc atlantique et l'Atlas. - longitudinaux. Du nord au sud, ils véhiculent les perturbations méditerranéennes de basse pression qui provoquent des pluies sur le nordest algérien et le nord tunisien. Inversement, du sud au nord, ils font sentir les effets de l'anticyclone saharien qui bloque souvent - avec l'aide du relief - les vents venus de l'Atlantique: c'est de la puissance et du décalage vers le nord des masses d'air sahariennes que dépend dans une large mesure le climat du Maghreb. L'extension septentrionale des hautes pressions subtropicales, et leurs vents desséchants, expliquent le temps chaud et sec de l'été: les températures et l'évaporation sont maximales. Les précipitations annuelles sont faibles, de 200 à 600 mm. Sur les principaux reliefs, les pluies peuvent atteindre 1,5 à 2 mètres (Rif, hautes terres de l'Atlas marocain, Tell et Khroumirie). A des variations pluviométriques d'ouest en est s'ajoute une dégradation principale nordsud. En Libye, qui est située au sud de 32° nord, l'opposition est brusque entre une étroite bande littorale qui reçoit de 100 à 300 mm, et le reste du territoire, y compris le golfe de Syrte qui est tout-à-fait saharien. Les pluies sont irrégulières, orageuses, et provoquent l'érosion. Le ruissellement, violent, se traduit par la destruction des sols et le ravinement. L'érosion est aussi éolienne. Elle est aggravée par 5 millénaires d'exploitation humaine. La végétation, méditerranénne, comprend deux ensembles: la forêt tellienne et, en dessous de 300 111111, steppe, qui se la dégrade progressivement en direction du désert. Deux systèmes hydrologiques se partagent l'Afrique du Nord. Dans les régions méditerranéennes et atlantiques, des fleuves courts et violents atteignent la mer, comme le Chelif (700 km), la Moulouya (450 km) ou l'Oum Er Rbia (556 km). A l'intérieur, les cours d'eau sont endoréiques: les réseaux hydrographiques sont des bassins fermés. Ils peuvent évoluer en chotts (Hodna, Djerid H')'
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fig.2: La variété des milieux naturels dans le nord de l'Afrique Exemples d'aires de distribution de faunes et de flores (Le Houerou, 1990). ~ \

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1. Aire méditérannéenne (zones semi-aride à perhumide) Chêne vert, Lentisque, Genévrier oxycèdre, Singe magot (Macaque), cerf de Barbarie, Sanglier, Cigogne blanche, Rouge-gorge, Pie bavarde. 2. Aire méditerranéo-steppique Genévrier de Phénicie, Sanglier, Gazelle de Cuvier, Ganga unibande, Moineau espagnol, Moineau européen, Chardonneret, Fauvettes, Mésange bleue, Tarente de Mauritanie, Caméléon commun, Couleuvre algérienne, Ophiop.f elegans, Vipère lébéûne. 3. Aire steppique Alfa, Armoise champêtre glutineuse, Armoise blanche, Courvite isabelle, Bruant proyer, Cobra (Naja haje), Vipère à ventre noire (Echis melanogaster). 4. Aire saharo-steppique Sbot (Drinn) (Stipagrostis pungens), R'tem (Retama retam), Zorille de Libye, Gazelle dorcas, Hyène rayée, Mérions, Gerbilles, petite Gerboise, Rat des sables (PsanuMmys), Dhob (Uromaxtrix acanthinurus), Varan des sables (Ourel), Margouillat changeant, Vipère à comes (Cerastes cerastes), Outarde houbara. 5. Aire saharienne "sensu stricto" Calligonum, Comosum, C. azel, C. arich (Artha, Azel, Arich), fennec, Chat de Margueriue, Renard famélique, Renard des sables, Moineau sahruien, Traquet à tête blanche, Ammomane élégante, Corbeau brun, Lézard à doigts étroits de Pétri, Vipère de l'erg (Cerastes vipera), Psammophis schockari, Phenops sepiodes. 6. Sahara septentrional et steppes Hammada schmittiana, Anabase articulée, Goundi commun, Aloueue du désert, Traquet du désert, Bruant striolé, Lézard beige à doigts épineux (Acant/1Odactylus pardalis), Couleuvre à diadème (Lytothynchus diodema). 7. Sahara septentrional Anthyllis henoniana, Goundi vali, Alouette clot-bey, Dromoïque du Sahara, Traquet en deuil, Couleuvre de Choumovitch. 8. Sahara méridional Schouwia thebaïca, Balanites aegyptiaca, Hirondelle du désert, Vipère heurtante. Cynhiène, Gazelle à front roux,

9. Sahara méridional et central. Maerua crassifolia, Oryx gazelle, Addax, Gazelle mohar, Daman de rocher, Corbeau pie, Tourten~lle maillée (Streptopelia senegalensis). 10. Aire méditerranéo-érémitico- tropicale Tamarin sans feuilles, Mounon à mrulchettes, Chacal commun, Pie grièche

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LE SAHARA

Définition

En arabe, Sahra désigne une zone plate, sans eau, bonne seulement à traverser rapidement. Le plus grand désert chaud de la planète est une juxtaposition d'immenses régions plates, sableuses ou caillouteuses, parsemées de massifs montagneux variés, qui sont des bombements du socle et des reliefs volcaniques. Quelques dépressions sont au-dessous du niveau de la mer: Quattara, en Egypte (-133 m) ou Chott Melhrir, au sud des Aurès (-31 m). La superficie du Sahara est de 8 à 9 millions de km2 5700 km d'est en ouest; 1200 à 2000 km du nord au sud. Mais le Sahara est difficile à délimiter. Des critères climatiques et botaniques permettent cependant de le cerner. L'isohyète 100 ::!:50 n1l11 en général considéré est comme la limite du milieu désertique, tant au nord qu'au sud, bien que l'extrême variabilité des pluies ne permette guère de systématiser. Au sud, la limite des dunes vives, vers 150 mm, est un bon critère. Mais elle se déplace vers le sud pendant les périodes sèches et - actuellement - sous l'impact grandissant de la pression anthropique. Au nord, l'obstacle de l'Atlas saharien freine le désert, qui atteint la Méditerranée en Libye et en Egypte, à une latitude plus basse. Aujourd'hui comme dans le passé, la transition entre le désert et la steppe est rarement brutale. Elle est, de toutes manières, variable dans l'espace et dans le temps. Des milieux naturels variés Sur le plan bioclimatique, le Sahara offre une grande diversité. Il est beaucoup moins sableux qu'on ne le croit, sauf probablement en Mauritanie, où il l'est à 80 %. Ailleurs ce sont le caillou (reg et hamada) et le rocher qui dominent. Les ergs sont de grands massifs dunaires, qui couvrent 2 millions de km2. Mais il existe aussi des dunes, plus ou moins isolées, qui se déplacent, et d'immenses étendues sableuses planes, presque sans dunes, comme le Ténéré. La végétation y est rare, avec des graminées et quelques arbustes, qui accélèrent leur cycle végétatif lorsqu'il pleut. Les regs (serir, en Libye et en Egypte) sont des plaines caillouteuses. Certaines sont immenses, comme le Tanezrouft ou le nord du Tibesti. 10

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Ce sont des milieux très pauvres. Les sols sont extrêmement secs et certains sont presque abiotiques. La végétation est très limitée. Les dayas sont des cuvettes karstiques fermées, colmatées par de l'argile, qui permettent de concentrer les eaux de ruissellement et de les conserver un certain temps. Une végétation pérenne y survit. Les sebkhas et les chotts sont des structures de types voisins, mais où le sel s'accumule, favorisant une végétation halophile. Les eaux de remontée de nappe peuvent y affleurer. Les plus grands sont le Djerid, dans le sud tunisien, et la sebkha N' drarncha, sur le littoral mauritanien. Les hamadas sont des plateaux rocheux, calcaires ou gréseux, comme le Tassili n'Ajjer, que l'érosion a souvent déchiquetés. Elles sont très pauvres, sauf dans les vallées et les dépressions qui les parcourent. Les montagnes sont en général de vigoureux plaines immenses. Les plus grandes sont volcaniques 3415 m, Toussidé, 3265 m; Ahaggar: Tahat, 2918 m, Greboun, 20eX) m). De nombreux autres massifs sont vastes, comme l'Adrar des Ifoghas (890 m), l'Ennedi reliefs émergeant de (Tibesti: Emi Koussi, Ilaman, 2760 m; Aïr: moins élevés et moins (1293 m) ou le Gilf

Kebir (1082 m). La température diminue évidemment avec l'altitude, alors que les précipitations augmentent, pouvant atteindre plus de 2(X) mm sur les sommets du Tibesti. La végétation y est relativement développée et comprend à la fois des isolats et des espèces reliques, comme le cyprès, l'olivier, le figuier, le pistachier..., de même que la faune, avec le mouflon. L'Atlas, de par sa taille et son altitude, est un cas parOculier, à la limite de l'Afrique du Nord et du Sahara. Les oasi5 sont nées de la présence d'une eau lointaine: rivières allogènes, pour le Tafilalet, le Draa et la Saoura ; eaux plus ou moins fossiles, pour le Sauf, le Tidikelt, le Kawar ; et parfois, surtout dans les vallées montagneuses, eaux des nappes phréatiques. Les gueltas (agueI1111lm, n ta171nchek)sont des plans d'eau plus ou moins e pemlanents, à l'abri d'une wne rocheuse, avec ou non la présence d'une source ou d'une nappe phréatique. Les montagnes sont en fait des réservoirs d'eau. La faune (poissons, crocodiles dans un passé récent) et la flore y sont souvent riches. Les oueds sont le seul milieu, au Sahara, où les arbres arrivent à constituer des formations relativement denses de Tamaris, Jujubier, Acacia, Balanites ... Leur faune est évidemment riche. L'importance des oued<; est très variable, en fonction de la pente, de l'environnement, de la nature du sol, des pluies...

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Le climat La définition du Sahara est climatique: 8 millions de km2 à moins de 100 mm de précipitations annuelles, dont la moitié à moins de 20 mm. e est un désert zonaI, lié à la ceinture anticyclonique tropicale de I'Hémisphère nord. De la puissance et de la stabilité de cette ceinture dépend le degré d'aridité - dans l'espace et dans le temps - du Sahara. Celui-ci a toujours été un désert, au moins au Quaternaire, de par sa position en latitude. Les principaux caractères sont: - une extrême variabilité interannuelle des pluies. Les moyennes n'ont pas de sens, d'autant que les pluies sont toujours très localisées. - un très fort ensoleillement, souvent supérieur à 3500 heures par an (4000 heures à Adrar, soit 90 % du possible). - des températures très élevées: en Libye ou en Egypte, les maxima quotidiens peuvent atteindre plus de 50°. A ln Salah, pour le mois le plus chaud, la moyenne est de 36°8. Mais ces températures baissent sur le littoral et en altitude. En hiver, il gèle dans le Sahara septentrional et central. La variabilité de la température est aussi quotidienne. - une évaporation potentielle très élevée. - des vents permanents. L'essentiel de l'année, c'est l'alizé continental (harmattan, qui souft1e du nord-est au sud-ouest). Pendant la saison des pluies, au sud, le vent de la "mousson" vient du sud et apporte la pluie dans le Sahel et le sud du Sahara. L' hydrographie Elle est caractérisée par l'aréisme et ]' endoréisme. Le Nil, né loin au sud de l'Equateur, est le seul fleuve qui réussisse à le traverser. Le Niger et le Sénégal effleurent seulement le désert, bien que cela n'ait pas toujours été le cas, puisque des dunes, à plusieurs reposes, ont coupé leur écoulement vers l'océan. Les oueds sont essentiels à la vie, car ils conservent, sous forme d'inféroflux, l'eau indispensable à la végétation. Les écoulements sont rares et imprévisibles, mais alimentent les lacs, les sources et les nappes phréatiques (donc les puits). La végétation L'aridité ambiante nuit au développement des plantes. On ne rencontre qu'un petit nombre d'espèces, en association sur d'immenses espaces, avec 12

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une densité très réduite. L'isolement est parfois extrême, comme dans le cas des reliefs. Le couvert végétal est toujours très monotone, sauf si des structures capables de piéger l'eau sont présentes. La végétation saharienne est adaptée; taille réduite des arbres et arbustes, petites feuilles, épines, racines très développées, capacité à attendre une année favorable. Le Sahara septentrional est occupé par une végétation adaptée à des conditions d'aridité extrêmes. Au contraire, le Sahara méridional présente une végétation à forte affinité tropicale. Au Sahara central, les deux se complètent - lorsque la présence de l'eau le permet, de même que dans les montagnes, où les espèces liées à un rythme de précipitations méditerranéen dominent au-dessus de 1500 m. .Certaines d'entre elles peuvent être indigènes, malgré les épisodes arides antérieurs. Les 5 grandes régions - la bordure nord, ou Sahara septentrional, représente un million de km2. C'est une zone de transition entre les steppes méditerranéennes nordafricaines et le Sahara centra; les dépressions d'origine polaire, lorsqu'elles parviennent à franchir l'Atlas, y provoquent des pluies d'hiver. - la bordure sud, ou Sahara méridional, représente 1,5 million de km2. Les hautes pressions permanentes de saison sèche s'effacent pendant quelques semaines d'été devant le Front Intertropical, en provenance du Golfe de Guinée, qui remonte jusque vers 18° de latitude nord. L'essentiel est donc l'opposition de ces deux grandes masses d'air, l'anticyclone chaud et sec et la mousson humide. Plus l'instabilité est forte, plus les possibilités de pluie sont grandes. - le littoral atlantique est baigné par les eaux froides du Courant des Canaries. Il est donc très sec, malgré des précipitations occultes, mais les températures sont moins élevées qu'à l'intérieur. - le Sahara central. Au niveau du Tropique, il s'étend sur 5,5 millions de km2, dont 500 000 pour les plateaux et les montagnes des massifs centraux. Il est alternativement sounùs aux pluies d'hiver et aux pluies d'été. Mais, trop éloigné des centres d'émission des masses d'air, il ne reçoit que peu d'air humide. C'est le plus typique des déserts chauds continentaux. Les précipitations y sont inférieures à 50 mm, sauf sur les sommets de l'Ahaggar et du Tibesti. Le Sahara central apparaît comme une zone de transition où le nord et le sud du désert se fondent dans un quasi-vide biologique. La nore et la faune sont toujours pauvres (20 plantes à neurs dans le Ténéré), sauf dans quelques zones-refuge montagneuses. 13

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- le Sahara oriental. n représente une situation extrême: l'anticyclone
y est encore plus présent qu'au Sahara central et aucun correctif montagneux n'intervient pour apporter quelques pluies. Le peuplement humain actuel Le Sahara est aujourd'hui, comme dans le passé, un carrefour ethnique: - peuplements anciens d'origine africaine, d'époque néolithique ou historique, que l'on ne retrouve plus que dans les oasis. mêlés à des descendants d'esclaves d'origine beaucoup plus récente. - superposition de populations blanches: Berbères, dès le Néolithique, qui sont à l'origine des Touaregs et, en partie, des Maures, et Arabes. Mais ce peuplement est complexe et mal connu: qui sont les Toubous? Et les Guanches, disparus au Moyen Age des Canaries. descendaient-ils de Cromagnoïdes installées du Maroc à la Mauritanie ?..I,S à 2 millions de personnes, dont environ SO % de nomades vivent aujourd'hui dans le Sahara. Mais 25 années de sécheresse ont bien modi11éle paysage naturel et humain. La fin de la sécheresse, depuis le début des années 90, parviendra+ elle à renverser la tendance ?
LE SAHEL, UNE RÉGION AUX SPÉCIFICITÉS BIEN MARQUÉES

Le Sahel est alternativement soumis à l'int1uence des anticyclones sahariens, pendant la saison sèche (hi ver), et à celle des dépressions équatoriales de la mousson, venues de l'Hémisphère sud. Ce mécanisme saisonnier est essentiel à la prospérité du Sahel, qui reçoit entre 150 et 6CX) m m de précipitations, avec une extrême variabilité annuelle. Dans sa définition géographique, le Sahel est une immense bande de terre, de l'Atlantique au Darfour. entièrement comprise entre 12° et 18° de latitude nord. Mais il n'occupe pas l'intégralité de la zone entre ces parallèles: le Sahara s'immisce par le Nord, comme la forêt par le Sud. Cette irrégularité des frontières géographiques est même une des caractéristiques principales du Sahel. La définition du Sahel est donc obligatoirement mobile, dans le temps et dans l'espace. "C'est... moins une zone ayant une certaine étendue géographiquement caractérisée que la frontière entre deux espaces" (.T. Gallais, 1989, p.13). Mais on ne saurait limiter cette "frontière" à une "ligne" : c'est bien un espace.

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fig.3 : L'erg du Liptako (Niger) (M.P. Courel, 1977)

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(S. Joussaume,
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Au Sahel, les années 1970 et 1980 ont été marquées par de fortes anomalies des pluies, atteignant deux fois la moyenne régionale des variati;ms interannuelles

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