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Dettes extérieures des pays arabes

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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296199293
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DETTES

EXTÉRIEURES

DES PAYS ARABES

t,

« Comprendre

le Moyen-Orient»

Sabah Naaoush Professeur à la Faculté de Droit de Casablanca

,

DETTES EXTERIEURES DES PAYS ARABES

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0573-8

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PRÉFACE

L'endettement des pays en voie de développement a déjà donné lieu à une littérature aussi abondante que polémique. Les publications périodiques, souvent en langues étrangères, permettent aujourd'hui d'accéder aux renseignements chiffrés les plus récents - ce qui ne veut pas toujours dire les plus fiables - surtout lorsqu'il s'agit de publications qui émanent d'organisations internationales comme la B.!.R.D. ou le F.M.!. La question de la dette du tiers monde occupe d'ailleurs une place de plus en plus importante dans les revues françaises spécialisées au point que certaines n'hésitent plus à lui consacrer des numéros spéciaux (cf. par exemple Revue française de Finances publiques, n° 12, 1985). L'ouvrage de M. Naaoush Sabah ne doit, en aucun cas, être abordé comme s'il s'agissait d'un travail supplémentaire qui viendrait en quelque sorte, s'ajouter à une liste déjà longue et bien fournie d'articles, d'ouvrages ou de publications sur ce thème. Le lecteur l'aura remarqué: le propos de M. Naaoush est circonscrit aux problèmes des « dettes extérieures des pays arabes ». Et c'est en cela que cet ouvrage vient combler une véritable lacune. Car si les pays arabes ont déjà fait l'objet de diverses références dans des études générales, par exemple par groupes géographiques de pays (Maghreb, Pays du Golfe, Pays arabes d'Afrique noire...), aucun travail d'ensemble n'avait encore été consacré à la ques- . tion traitée par M. Naaoush. Or une telle étude s'imposait. Car par-delà des appa-r. rences de façade ou de stratégie, les points de diver;.' 1.
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gence entre ces pays sont beaucoup plus nombreux et surtout beaucoup plus profonds que leur seule unité culturelle, linguistique ou religieuse, pourtant systématiquement placée sur le devant de la scène internationale. Les multiples clivages, par exemple, entre les pays producteurs et non producteurs de pétrole, les oppositions politiques, voire les conflits armés (Iran-Irak, entre autres...), les divergences exacerbées entre les politiques économiques, commerciales, diplomatiques... démontrent s'il en était encore besoin, l'absence d'unité entre ces pays. L'endettement prend alors un relief singulier, brutal et choquant puisqu'il fait un peu figure de rare dénominateur commun... Ce travail n'est pas seulement original par son domaine d'investigation. Il l'est aussi par la manière dont la question de l'endettement a été abordée. L'auteur s'est efforcé de replacer ce thème de l'endettement des pays arabes au sein des politiques globales conduites par ces États en matière économique, financière et commerciale. Cette approche confère à l'ouvrage de M. Naaoush une dimension plus générale et plus riche par la multitude des informations, souvent inédites, qu'il renferme. L'attention du lecteur ne manquera pas d'être attirée par des passages particulièrement significatifs comme ceux consacrés aux relations entre le commerce extérieur des pays arabes et l'importance de leurs dettes ainsi que ceux qui permettent d'éclairer les relations complexes mais déterminantes entre ces dettes et la manière dont les finances publiques nationales sont gérées. Le montant des dettes extérieures des pays arabes, explique l'auteur, « est passé de 5 milliards de dollars en 1970 à 140 milliards de dollars en 1988 soit une augmentation moyenne de 150 070par an ». Une telle situation est évidemment pleine de menaces politiques, de déséquilibres économiques et de tensions sociales d'autant plus accusés que les seuls remèdes jusqu'alors utilisés se sont exprimés par des politiques autoritaires dites de rigueur économique et budgétaire, très généralement 6

mises en place, voire imposées, à la demande des bailleurs de fonds ou des prêteurs internationaux. Les enjeux sont donc à la fois décisifs et dramatiques. Une situation explosive a été créée par l'accumulation dans le temps de ces endettements. Mais en toute hypothèse, la méthode employée pour désamorcer cette crise doit nécessairement s'appuyer sur une analyse objective, sereine et constructive de la situation. Le livre de M. Naaoush a été rédigé pour y contribuer le plus largement possible et c'est un de ses principaux mérites. Or c'est précisément à ce niveau qu'apparaît la troisième originalité de l'ouvrage. Non seulement dans la manière de dresser le constat mais également dans la formulation des voies qui peuvent être suivies pour remédier à la crise de l'endettement des pays arabes, l'auteur refuse de suivre les idées reçues et de souscrire aux analyses trop souvent véhiculées par complaisance ou par intérêt... Les développements consacrés aux dépenses militaires et à la pérennisation des conflits armés entre les pays arabes eux-mêmes sont, dans cette perspective, particulièrement éloquents. De même, le rejet, par l'auteur, de l'explication de la crise de l'endettement par les seules variations erratiques des cours du pétrole pour les pays producteurs ou par la « facture pétrolière» pour les pays non-producteurs, singularise la démarche de l'auteur. Enfin, et toujours dans le même ordre d'idée, si tout un chapitre est consacré à l'inévitable question du rééchelonnement de la dette, M. Naaoush montre bien que cette orientation ne constitue, en aucune façon, la panacée trop souvent présentée et amplifiée à grands renforts de moyens médiatiques. M. Naaoush qui a enseigné les disciplines financières et fiscales pendant plusieurs années auprès de la faculté de Droit de Casablanca et qui a rédigé, en français et en arabe, de nombreux ouvrages et articles consacrés, pour l'essentiel, aux problèmes financiers et fiscaux d~ plusieurs pays arabes, était donc parfaitement bien placé pour rédiger cet ouvrage sur la délicate question de l'endettement extérieur de ces pays. 7

Le lecteur appréciera l'importance, la qualité et la diversité des références bibliographiques ainsi que le remarquable effort réalisé par l'auteur pour reconstituer et synthétiser des sources statistiques éparses et d'accès difficile. L'ouvrage de M. Naaoush fera autorité dans ce dom~lÎne mal connu mais décisif pour l'avenir des relations économiques et politiques mondiales: celui de l'endettement des pays arabes, de ses implications nationales et internationales et des remèdes qui doivent, en urgence, y être apportés. Il s'agit là, sans doute, d'une question de «géopolitique ». Mais c'est, avant tout, l'avenir de plusieurs centaines de millions de personnes qui se trouve suspendu à un peu plus de rationalité et de sens du bien commun dans la détermination et la conduite des politiques publiques. C'est, en définitive, le sens profond du message délivré par M. Naaoush au travers de son livre.
Jean-Pierre CHEVALIER Professeur à l'université de Poitiers Directeur de l'institut de Finances publiques et de Droit économique de la faculté de Droit et des Sciences sociales de Poitiers

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INTRODUCTION

Les dettes extérieures des pays en voie de développement ont enregistré un accroissement considérable depuis les trois dernières décennies. Elles constituent actuellement l'un des problèmes les plus graves menaçant le développement et freinant les efforts visant à traiter les difficultés économiques notamment la pauvreté, le chômage et le déséquilibre des balances commerciales. L'encours de ces dettes ne dépassait pas dix milliards de dollars au milieu des années cinquante, alors qu'il est aujourd'hui supérieur à mille deux cents milliards. La crise de l'endettement, la chute des prix du pétrole et la fluctuation du dollar sont les caractéristiques essentielles de l'économie mondiale des années quatre-vingt. Le poids des dettes devient de plus en plus lourd, malgré les sévères programmes d'ajustement qu'appliquent les États endettés. Pour l'ensemble de ces pays, le rapport entre les dettes et les exportations représente 168 070 en 1986, ce qui est particulièrement grave pour le processus du développement. Les pays arabes n'ont pas échappé à cette évolution: leurs dettes sont passées de trente milliards de dollars en 1975 à cent vingt milliards en 1987. Il est certain que ce montant double de volume, si l'on tient compte des emprunts militaires qui commencent, depuis quelques années, à prendre de l'ampleur en raison surtout de la montée des conflits armés dans pratiquement tous les pays de la région. Parmi 90 pays débiteurs, 26 supportent des dette~ d'un montant supérieur à cinq milliards de dollars; 9

L'Égypte, l'Irak, l'Algérie, le Maroc, la Tunisie et le Soudan en font partie. Ces pays ont enregistré un pourcentage très élevé dans le rapport entre l'encours des dettes et le Produit intérieur brut (P.I.B.), plus élevé encore que celui des gros pays endettés comme le Brésil et l'Argentine. Et, c'est un pays arabe (la Mauritanie) qui détient le record mondial relatif à ce rapport. Depuis quelques années, des pays tels que le Maroc et le Soudan, contractent de nouveaux emprunts à taux d'intérêt élevé. Ceux-ci ont pour but de servir les anciennes dettes à taux d'intérêt moins important ou de financer des activités improductives voire nuisibles. On est donc très loin du rôle que devraient remplir les apports étrangers dans le développement socio-économique. Trois principaux éléments se sont conjugués pour donner naissance à la crise de l'endettement: l'inadaptation ou l'échec total des politiques économiques et financières mises en place par les gouvernements, la détérioration des termes d'échange et l'augmentation des dépensesmilitaires provoquée par de multiples conflits. D'autres facteurs moins importants s'y ajoutent: ce sont notamment la hausse des taux d'intérêt et les fluctuations des taux de change. Les incidences de l'endettement extérieur sont extrêmement dangereuses. En absorbant les devises, indispensables pour le développement socio-économique, les dettes déséquilibrent les finances internes et externes de l'État. Les dettes conduisent à augmenter la pression fiscale, à comprimer certaines dépenses publiques et à appliquer une politique d'austérité sur le plan des importations, salaires et investissements. Il en résulte, que le niveau de vie de tous les citoyens régresse. En dernière analyse, les dettes constituent un facteur aggravant les problèmes des pays en voie de développement, en particulier la pauvreté: la plupart de ces pays, y compris les États arabes ont fait appel aux emprunts en raison de leur pauvreté, mais ils sont devenus encore plus pauvres à cause du poids insupportable de leurs dettes. Les problèmes d'endettement ne s'arrêtent pas au stade purement économique, mais touchent également 10

à la vie politique du fait de l'influence des créanciers sur les orientations socio-économiques du pays. Lorsqu'un gouvernement n'arrive plus à faire face à ses engagements, il peut obtenir un rééchelonnement de ses dettes. Celui-ci ne peut être accordé par les créanciers que sous certaines conditions de nature financière, commerciale et monétaire portant atteinte au libre choix de décision du pays endetté. Certes, les effets négatifs des emprunts extérieurs dépendent dans une large mesure de l'utilisation des fonds empruntés. Mais, le recours au financement extérieur présente lui-même un grand danger pour les pays en voie de développement. Il y a des décisions financières et fiscales (émission de monnaie ou augmentation des impôts) dont on connaît d'avance la quasi-totalité des effets. En revanche, les incidences des emprunts sont moins claires, non pas en raison du délai mais des facteurs très souvent incontrôlables et imprévisibles du débiteur. Les problèmes de l'endettement sont donc tellement compliqués que certains remèdes se transforment parfois en causes. On assiste dans les États arabes à un phénomène nouveau qui se traduit par un P.I.B. inférieur au Produit national brut. Celui-ci est passé de 102 0,10 u P.I.B. en 1981 d à 93 % en 1986. Cette évolution particulièrement néfaste, résulte de l'accroissement du service des dettes et du transfert des devises effectué par les agents étrangers implantés dans les pays arabes. Ce transfert est beaucoup plus élevé que celui des travailleurs et investisseurs arabes à l'étranger. De même, le service des dettes est supérieur aux nouveaux emprunts, d'où la nécessité de procéder périodiquement au rééchelonnement des anciennes charges. Ce processus a largement contribué à la baisse du P.I.B. de l'ensemble de ces pays, notamment en 1986 et 1987. Cette étude sera divisée en quatre chapitres: 1. Le poids des dettes. 2. La relation entre le commerce extérieur et les dettes. 3. Le rapport entre les Finances publiques et les dett~., 4. Le rééchelonnement des dettes. +...'
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