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Economie de l'habitat et de la construction au Sahel

De
456 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1994
Lecture(s) : 121
EAN13 : 9782296287822
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-ÉCONOMIE DE L'HABITAT ET DE LA CONSTRUCTION AU SAHEL

Collection « Villes et Entreprises»
Sous la direction d'Alain Bourdin et de Jean Rémy Dernières parutions:
S. Magri et C. Topalof (collectif), Villes ouvrières, 1989. E. Gapyisi, Le défi urbain en Afrique, 1989. J. Dreyfus, LA société du confort, 1990. Collectif, Sites urbains en mutation, 1990. N. Brejonde Lavergnée, Politique d'aménagement du territoire au Maroc ,1990. J.-P. Gaudin, Desseins de villes. Art urbain et urbanisme, 1991. A. Conan, Concevoir un projet d'architecture, 1991. R. Prost, Conception architecturale, une investigation méthodologique, 1992. J. Rémy, L. Voye, La ville: vers une nouvelle définition ?, 1992. Collectif, Vieillir dans la ville (MIRE. PLAN URBAIN), 1992. Large, Des halles auforum, 1992. E. Cuturello eO., Regard sur le logement: une étrange marchandise, 1992. A. Sauvage, Les habitants: de nouveaux acteurs sociaux, 1992. C. BonvaIet, A. Gotmann, ed. : Le logement, une affaire de famille, 1992. E. Campagnac (collectif), Les grands groupes de la construction, 1992. J.-C. Driant (collectif), Habitat et villes, l'avenir enjeu, 1992. E. Lelièvre, C. Lévy- Vroelant,LAville en mouvement, habitat et habitants,1992. G. Montigny, De la ville à l'urbanisation, 1992. D. Pinson, Usage et architecture, 1993. . A. Henriot-Van Zanten, J.P. Payet, L. Roulleau-Berger, L'école dans la ville, 1994. G. Jeannot(sous la direction de), Partenariats public/privé dans l'aménagement urbain, 1994. G. Verpraet,LA socialisation urbaine, 1994.

Serge THEUNYNCK

ÉCONOMIE DE L'HABITAT ET DE LA CONSTRUCTION AU SAHEL
Volume I

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur: Économie de la construction à Nouackchott, en collaboration avec Nicolas Widmer, L'Harmattan, 1986.

@ L'HARMATIAN,

1994 ISBN: 2-7384-2447-3

INTRODUCTION

Dans les pays du Sahel, l'exode rural renforcé par la sédentarisation massive des nomades du désert a conduit depuis quelques années à un rythme d'urbanisation sans équivalent dans le passé, tandis que les fragiles économies de ces pays, mal préparées à ce phénomène, se sont de surcroît trouvées à nouveau confrontées à de brutaux accès de sécheresse. Responsable de projets de développement -notamment dans le domaine de l'habitat - dans la zone sahélienne depuis 1977, j'ai tout naturellement accumulé au fil des projets et des missions, un ensemble de données sur ces mutations socioéconomiques. Sur le terrain, leur collecte n'est pas toujours chose aisée: les rapports où on les trouve sont généralement peu diffusés et la conservation des documents est loin d'être une habitude sahélienne. J'avais donc depuis quelque temps formé le projet de les réunir dans un document utilisable par d'autres techniciens travaillant dans ces mêmes pays. Il m'a paru également nécessaire de les replacer dans deux perspectives complémentaires: historique d'une part, géographique de l'autre; ceci, pour éviter de rester confiné dans une vision trop anecdotique des différents panoramas socio-économiques. Cependant, à lui seul, l'intérêt d'un tel travail - qui occupe les deux premières parties de cet ouvrage n'aurait pas suffi pour que je m'y engage. La raison d'être première de cet ouvrage, c'est la nécessité - me semble-t-il - au terme des années 80, de faire un bilan sur les «technologies appropriées)) expérimentées au Sahel dans le domaine de l'habitat et de la construction; bilan qui en constitue la quatrième et la plus importante partie. A partir des années 70, des approches du développement dites «alternatives)) ont en effet été développées dans les pays sahéliens - Comme d'ailleurs dans le reste du monde. Pour ma part, spécialisé dans l'habitat économique, je travaillais surtout dans les bidonvilles péri urbains et les villages et me suis très largement impliqué dans la recherche, l'expérimentation et la promotÎon des matériaux locaux, des technologies appropriées et des énergies renouvelables. Faire le point sur la situation socioéconomique des pays sahéliens permet alors de mieux apprécier dans quel contexte sont apparues et se sont développées ces approches nouvelles, et de disposer d'un cadre de référence pour évaluer le bilan qu'on peut en faire. Celui-ci me semblait d'autant plus nécessaire que dès le milieu des années 80 - ceci est en tout cas vrai dans le domaine de l'habitat au Sahel - le fait qu'aucune des solutions techniques proposées comme alternative n'avait encore connu de développement naturel commençait à poser problème. Etait-ce un échec? Ou seulement une question de temps? Quelles étaient les raisons de cette indifférence des artisans du secteur informel qui, jusque-là, ne se sont pas spontanément saisis des nouvelles technologies proposées. En tout état de cause, les technologies « appropriées )) commençaient à paraître bien mal nommées. C'est à partir de ce moment que j'ai commencé à comparer systématiquement, d'une part, des opérations de construction « alternatives )) utilisant des matériaux locaux améliorés comme par exemple le béton de terre stabilisée et, d'autre part, des constructions réalisées .par le secteur informel à la même période dans la même agglomération, parfois à quelques. mètres des premières, que ce soit des constructions traditionnelles villageoises en banco ou des constructions plus modernes en ciment dans les quartiers péri urbains. Le critère de comparaison qui m'a paru le plus pertinent est le coût: celui des éléments constitutifs des constructions - matériaux de base, liants, matériaux façonnés - comme celui des

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DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

constructions dans leur ensemble. C'est lui, en effet, qui détermine l'attitude des consommateurs - familles ou tâcherons - face à la technologie. Bien que, dans les projets d'innovation technologique, les coûts indirects liés aux études, recherches, expérimentations, à la formation et à l'encadrement soient souvent très importants, seuls les coûts directs sont ici pris en compte. On a ainsi adopté la façon de voir habituelle des promoteurs de nouvelles technologies qui, anticipant leur succès, légitiment l'amortissement des frais indirects sur une quantité de constructions infiniment supérieure à celle réalisée dans le cadre du projet initiateur. C'est aussi le point de vue de l'entrepreneur du secteur informel lorsqu'il évalue le coût d'une construction et l'intérêt d'une technologie. En 1986, l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales accepta que ce travail constitue une recherche doctorale en Socio-Economie du Développement sous la direction du Professeur Ignacy Sachs. Parallèlement, je travaillais dans de nombreux pays d'Afrique comme consultant indépendant, et ainsi, eus l'occasion non seulement de revisiter tous les projets auxquels j'avais moi-même contribué mais aussi d'étudier la plupart des grands autres projets réalisés par des confrères architectes qui m'ont ouvert leurs chantiers et leurs dossiers; qu'ils trouvent ici l'expression de ma gratitude. Deux contrats de recherche avec le Programme REXCOOP furent également l'occasion d'enquêtes minutieuses sur les performances techniques et économiques du secteur informel de la construction. Comme pour les données socio-économiques générales, les données techniques recueillies dans les entreprises et les chantiers des secteurs informel et « alternatif» ont été intégrées dans une vision plus vaste de l'histoire des matériaux et des techniques, qui fut l'occasion de montrer (dans la troisième partie de l'ouvrage) les problèmes rencontrés par les transferts directs des technologies sophistiquées des pays industrialisés vers les pays du Sahel. Au milieu de ce travail, je n'ai pu résister à l'envie de consacrer un chapitre (le 7ème) à l'étroitesse des liens qui lient de façon générale l'évolution des idéologies dominantes et celle des technologies en vogue. C'est ainsi qu'on peut se demander, par exemple, si le retour à la construction en terre n'est pas un phénomène récurrent à chaque période anxiogène de l'histoire de notre société. Cet ouvrage est le résultat d'une lecture que l'auteur espère dépassionnée - et autant que possible dégagée de présupposés idéologiques - des performances relatives des trois modes de construction qui cohabitent actuellement dans les pays du Sahel: formel, informel et alternatif. Il a l'ambition de fournir au lecteur, sur ces trois secteurs, un ensemble de données, certes incomplètes ou fragmentaires, mais fiables, vérifiées et vérifiables. Au risque d'alourdir le texte, tous les chiffres présentés ont été précisément référencés pour éviter les polémiques. A ma connaissance, ce type d'approche croisée est, dans la littérature technique, quasi inexistant, en raison justement de l'esprit de chapelle qui règne dans chacun des milieux professionnels, quasi étanches l'un par rapport à l'autre, voire parfois hostiles. Etre partisan de l'utilisation des technologies appropriées, a en effet souvent pour corollaire d'être résolument opposé aux technologies industrielles - et réciproquement. Combien de fois peut-on constater que la limite est floue entre technicien et militant; et que l'idéologie prend le pas sur la raison. Les technologies dites appropriées sont-elles plus capables que les transferts de technologies sophistiquées de résoudre le problème de l'habitat du plus grand nombre? L'objet de cet ouvrage n'est pas d'attribuer des notes aux différents matériaux, aux différentes techniques ou aux filières technologiques. Ceux qui pensaient trouver dans ces pages les solutions (enfin) toutes faites pour résoudre le problème de l'habitat du plus grand nombre dans les pays pauvres du Sahel resteront sur leur faim.

ü

INTRODUCTION

Ceci signifie-t-il qu'il n'existe pas aujourd'hui de matériaux ou de techniques porteurs d'espoir pour l'avenir de l'habitat du plus grand nombre? Les pages de ce livre contiennent un certain nombre de réponses à cette question et il y en a bien d'autres. Les données présentées ici ne sont pas autre chose qu'une contribution à l'information sur les performances, les coûts, les avantages et les inconvénients au plan technique, économique et social, d'une série de matériaux et de techniques disponibles, dans lesquels il est possible de puiser pour résoudre des problèmes d'habitat. Par ailleurs, les problèmes techniques ne sont qu'une partie de l'ensemble des facteurs qui, réunis, rendent une société capable de produire son habitat. Rien ne serait plus vain que de penser que la technique permet à elle seule de solutionner le problème de l'habitat. D'autres dimensions entrent en ligne de compte, comme le financement du logement, la maîtrise d'ouvrage ou l'aménagement urbain - qui est abordé au dernier chapitre - pour ne citer que celles-là. La capacité des pays à produire un habitat adapté aux besoins des populations qui y vivent résulte du fonctionnement combiné d'un ensemble de mécanismes techniques, économiques et sociaux. Le texte qui suit est celui de la thèse de doctorat soutenue le 21 juin 1992.

S.T. Paris-Nouakchott, 15 septembre 1993

iii

PREMIERE PARTIE

Le Sahel, qu'est-ce que c'est?

CHAPITRE PREMIER

Un peu d'histoire et de démographie
1.1. LE SAHEL: DEFINITION 1.2. L'EXPLOSION DEMOGRAPHIQUE DU SAHEL: UN PEU DE PROSPECTIVE

LE SAHEL

1.1. LE SAHEL: DEFINITION Rien ne convient mieux pour définir le Sahel que la traduction du terme arabe es-sahel: le rivage. Le Sahel est la bordure littorale de l'immensité désertique qUilui fait face: essahara.
a. De l'identité écologique à la mauvaise conscience du monde

C'est, au départ, une identité définie par le milieu écologique qui désigne les Sahéliens; et c'est la conscience d'appartenir à un même ensemble écologique qui les distingue, à leurs propres yeux, des autres Africains. Etymologiquement, le terme Sahel: rive ou bordure s'applique à l'ensemble des marges qui entourent le Sahara et désigne aussi bien les flancs sud de l'Atlas saharien en Algérie, au Maroc et en Tunisie, que les premières savanes au sud du Sahara, en Mauritanie, au Mali, au Niger, au Tchad, au Soudan et en Ethiopie. Mais il désigne aussi les pays en bordure de mer, comme les plaines côtières d'Afrique du Nord: on parle, par exemple, du « Sahel d'Alger». Le terme« swahili », qui dérive lui-même du
mot Sahel, désignait, dans la langue des marchands arabes, les peuples

- et

leur langue

-

de la côte de l'Est africain [1]. On peut aussi également parler « des sahels» [2] et étendre le terme à toute région abritant une formation agroclimatique analogue à celle du ou des sahels du Sahara et se trouvant également « en bordure d'une aire recouverte par les hautes pressions atmosphériques (anticyclones), notamment les anticyclones subtropicaux qui forment une ceinture autour du globe près de la latitude des tropiques ». Le total de la surface des sahels du globe (régions recevant entre 100 et 400 mm d'eau par an) est évalué à 45 millions de km2 sur lesquels, partout, les déserts (qui représentent le quart des surfaces émergées) ne cessent de s'étendre, stérilisant chaque année, de par le monde, 5 à 6 millions de km2 de terres sahéliennes. Pourtant, si toutes les zones sahéliennes sont aux prises avec l'avancée d'un désert qu'elles n'arrivent pas à contenir, certaines semblent résister moins mal que d'autres. II y a des sahels qui peuvent encore espérer le rester. Si le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Lybie considèrent le désert comme une menace sérieuse justifiant les programmes les plus ambitieux [3], ils n'estiment pas en revanche que les enjeux sont vitaux. Au contraire, les pays du Sahel sud-saharien poussent ensemble des appels de détresse, relayés par les médias occidentaux qui diffusent abondamment des images de famine et de mort. Le Sahel d'Afrique occupe, dans le monde, une place unique, symbolisant par l'ampleur des tragédies écologiques et humaines que la sécheresse dramatise à l'extrême, l'incapacité de l'humanité à résoudre ses problèmes fondamentaux, et en premier lieu, la survie d'une de ses parties. Au sahel d'Amérique du Sud, par exemple, le drame du Sertao, au nord-est du Brésil, ne se traduit pas par des famines brutalement meurtrières [4], et, s'il porte une ombre sur la réussite du « miracle» brésilien, il ne constitue pas en soi, comme peut le faire le drame sahélien en Afrique, un symbole de l'échec du développement, une vivante et massive interpellation au reste du monde, et
1] Michel BAUMER. Rapport sur une mission de consultation au Sénégal et au Mali sur la production de bois defeupour l'agroforesterie. Club du Sahel, ICRAF, ronéoté, août 1984. 2] Comme le fait François DURAND-DASTES dans "L'année agroclimatique" in L'état du monde, Editions La Découverte, p. 545. 3] comme le projet algérien du « barrage vert ». 4] mais plutôt par une malnutrition chronique généralisée qui, si elle n'est pas moins dramatique, est, en tout cas, moins spectaculaire .

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ECONOMIE

DE L'HABIT AT ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

Fig n° 1 : Répartition

des wnes semi-arides et arides dans le monde

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particulièrement aux nantis, dont il finit par investir totalement la mauvaise conscience. La tragédie du Sahel africain, complaisamment exploitée par l'Occident, est aujourd'hui la seule cause capable de mobiliser à son profit, par le biais de six satellites, un milliard et demi de participants du Nord. dans un spectacle planétaire [1] qui aura rapporté en une soirée 500 millions de francs (55 millions de dollars) de contributions individuelles. Au delà du caractère dérisoire de la cérémonie-spectacle quelque peu humiliante pour les bénéficiaires, il y a là une fonction symbolique précise que les médias occidentaux font jouer au Sahel. Cette zone et sa population sont devenues pour le reste du monde, un ensemble martyr [2]. En dédiant à ce dernier la plus importante. communion spirituelle de son histoire, le monde riche entend ainsi, dans un pathétique appel à la charité, conjurer les menaces qui pèsent sur lui-même. Symbole de désastre économique et de détresse humaine, le terme Sahel a donc fini, depuis les dernières sécheresses et particulièrement depuis les années 70, par désigner dans la conscience collective, l'ensemble des pays situés en Afrique, en bordure du Sahara, de la Mauritanie à l'Ethiopie. A l'ouest de cette bande, le groupe des Etats sahéliens francophones (à l'exception des deux micro-états de la Gambie anglophone et du Cap-Vert lusophone), en créant le Comité Inter-Etats de Lutte contre la Sécheresse au Sahel, ont en quelque sorte annexé la dénomination de « pays sahéliens ». Réunissant la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, le Sénégal, la Gambie, le Burkina Faso et, depuis peu, le Cap-Vert, dans leurs efforts de coordination des stratégies nationales de résistance contre la désertification, le ClLSS est à ce jour une organisation fonctionnelle, dont jusqu'ici se sont tenus à l'écart, pour des raisons qui tiennent probablement autant à l'histoire qu'à la culture ou au régime politique, les pays sahéliens anglophones de l'Est: Soudan, Ethiopie, SomaJie.
b. Le Sahel et l'Afrique de l'Ouest

Bien qu'ayant des problèmes bien spécifiques, le Sahel participe, aux plans écologique, économique, sociologique et politique, de deux ensembles régionaux plus vastes. Au nord, le Sahel partage avec les pays du Maghreb l'océan saharien. De cette copropriété de l'espace désertique n'est malheureusement sortie aucune véritable communauté dans la stratégie de lutte contre l'extension du désert. Il est vrai qu'en terme de simple communication, sans parler même de coordination, le Sahara reste en effet un obstacle physique quasi rédhibitoire, et que parler de coordination des pays riverains du Sahara est une vue de l'esprit aussi généreuse mais plus difficile à réaliser que celle qui préconise la coopération des pays riverains de la Méditerranée: le Sahara est un océan de sables et de cailloux 3,5 fois plus étendu que la mer Méditerranée. L'association de la Mauritanie au Comité Permanent Consultatif du Maghreb [3] puis la tenue, en 1977, de la conférence des pays riverains du Sahara [4], plus récemment, le Traité d'Amitié et de Concorde, signé en 1983 par le Maroc et la Tunisie, auquel la Mauritanie a demandé à adhérer, traçant des lignes de coopération économique et institutionnelle, enfin depuis
1] Le spectacle Live Aid donné simultanément au stade de Wembley en Grande-Bretagne et au stadium J.F. Kennedy à Philadelphie (Etats-Unis) le 13 juillet 1985, dont les recettes ont été intégralement affectées à des actions de secours au Sahel, a été retransmis par toutes les chaînes de télévision occidentales. 2] même dans les pays socialistes: un concert de rock au profit des victimes de la famine en Afrique, organisé en décembre à Budapest par la Croix-Rouge hongroise, le Ministère du Commerce et plusieurs entreprises. a permis de collecter 100.000 dollars qui ont été remis à la FAD. Le Monde du 28.12.85. 3] fondé en 1964 pour promouvoir la coordination économique entre l'Algérie, le Maroc et la Tunisie (la Libye s'en est retirée en 19,O). 4] Elle a réuni à Niamey. sans beaucoup de résultats concrets, l'Algérie, la Libye, le Mali et le Tchad. La Mauritanie n'y a pas participé.

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1989, l'Union du Maghreb Arabe (UMA) [1], constituent autant de frêles mais utiles passerelles jetées par-dessus le désen entre quelques-uns de ses pays riverains. Dos au Sahara, les pays sahéliens ont connu une histoire récente plus intimement mêlée à celle des pays du Sud, que ce soit en raison, par exemple, de l'émigration traditionnelle des Mossi Voltaïques qui ont apponé une contribution décisive à la mise en valeur coloniale, puis au développement indépendant du Nigéria, du Ghana et de la Côte d'Ivoire, ou du travail forcé des Maliens, Nigériens, Tchadiens et Voltaïques pour la construction des voies ferrées ouest-africaines (Dakar - Saint-Louis, Dakar-Niger, Brazzaville - Pointe Noire, etc.), ou encore de la dépendance économique des pays sahéliens enclavés vis-à-vis des pays côtiers limitrophes et des grands pons d'Abidjan, Lagos ou Brazzaville. Il n'est pas possible, aux plans écologique, économique et humain de considérer le Sahel comme une région singulière, distincte du reste de l'Afrique de l'Ouest. «Il vaut mieux la considérer comme la partie septentrionale d'un ensemble plus vaste englobant également la zone soudanienne plus humide» [2] : Guinée, Sierra Leone, Libéria, Côte d'Ivoire, Ghana, Togo, Bénin, Nigéria, Cameroun, Congo, République Centre-Africaine et Kenya. Balkanisé à l'issue du processus de décolonisation, alors que la puissance occupante avait pourtant constitué, dans son propre intérêt, de vastes ensembles fédérés: Afrique Occidentale Française et Afrique Equatoriale Française, le continent africain, en dépit de la virulence des nationalismes qu'il abrite, vit en permanence dans l'obsession du mythe de l'unification nécessaire, prêché, notamment, par Kwame N'Krumah dès le lendemain des indépendances, cependant que la somme des regroupements volontaristes infructueux [3] est telle qu'on a pu parler, s'agissant de ce continent, d'un « vaste cimetière de tentatives régionales» [4]. Passé le temps des plus vives passions au lendemain des indépendances politiques, des liens économiques ont pu se tisser, moins spectaculaires, mais plus durables, sous la pression des nécessités du développement: les accords communautaires de la CEAO [5] conclus en 1973 entre 6 Etats francophones, dont 5 sahéliens, ont été suivis par les accords de la CEDEAO[6], passés en 1975 qui élargit la communauté à 20 Etats francophones, anglophones et lusophones de l'Afrique de l'Ouest.

1] regroupant le Maroc, l'Algérie, la Tunisie, la Libye, et la Mauritanie. 2] voir Banque Mondiale, La désertification dans les zones sahélienne

et soudanienne

de . l'Afrique

de

l'Ouest, 1984.
3] création de la Fédération du Mali en 1959 (Sénégal, Dahomey, Soudan, Haute-Volta) qui éclata bientôt après le retrait du Dahomey et de la Haute-Volta, puis la création du Conseil de l'Entente (Côte d'Ivoire, Haute-Volta, Dahomey et Togo), de l'Union Africaine et Malgache en 1960, elle-même engendrant l'Organisation Africaine et Malgache de Coopération Economique en 1961, contre laquelle se constitue très vite l'Union des Etats Africains (Ghana, Guinée et Mali), pour aboutir enfin à la création de l'OUA, qui, elle, vit encore. 4] Edgar PISANI, La main et l'outil, p. 144. 5] Fondée à Abidjan, la Communauté Economique de l'Afrique de l'Ouest regroupe la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Sénégal et le Niger (le Togo et le Bénin ont statut d'observateurs). Elle vise à passer progressivement d'une coopération commerciale à une coopération économique. 6] La Communauté d'Etats de l'Afrique de l'Ouest vise à promouvoir le commerce, la coopération et l'indépendance économique de 16 Etats de l'Afrique de l'Ouest: Bénin, Cap-Vert, Côte d'Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Burkina Faso, Libéria, Mali, Mauritanie, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Leone et Togo. Regroupant alors 130 millions de personnes, cette communauté représentait presque le tiers de l'Afrique.

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LE SAHEL

c. La construction

laborieuse de l'unité sahélienne

La catastrophe écologique en cours oblige l'unité sahélienne à se construire au jour le jour au travers de 3 organisations. Deux d'entre elles se sont constituées autour de la question vitale de l'exploitation et de la gestion de l'eau des deux grands fleuves qui traversent le Sahel, le Sénégal et le Niger, sources majeures de vie et support de la presque totalité de la population sahélienne. L'Organisation de Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS)amorce depuis 1970 une coopération originale entre trois pays sahéliens, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal [1], tandis que l'Autorité Liptako-Gourma du cours moyen du fleuve Niger, débordant les limites écologiques du Sahel, tente d'élaborer une stratégie commune entre 3pays sahéliens et 4 pays de la zone soudanienne pour la mise en valeur de ce grand fleuve soudano-sahélien [2]. Le ClLSS, qui tente d'harmoniser et de coordonner les efforts de lutte contre la désertification, en matière d'agroforesterie et d'économie des énergies traditionnelles, par exemple, complète ce dispositif. C'est bien par là que le Sahel est en train de définir une nouvelle entité qui colle mieux que les actuels découpages nationaux avec la réalité de la structure de la société sahélienne :Peuls, Toucouleurs, Bambaras, Maures, Touaregs, Sooninke, peuples du Sahel aujourd'hui artificiellement segmentés par le découpage colonial des frontières [3] maintenu par les nouveaux gouvernants, sont aujourd'hui simultanément réunis par une problématique commune: la survie. On voit mal, en effet, comment, avec leur faible poids démographique et le peu de force économique individuelle face à l'ampleur des problèmes posés par un sousdéveloppement persistant, voire aggravé depuis les années 70 par l'urbanisation croissante, à la destruction progressive du support naturel et à l'avancée mesurable du désert, les pays sahéliens pourraient, isolément, sortir de la situation actuelle. Aucun Sahélien ne peut croire longtemps en la possibilité de faire naître et survivre une oasis de réussite au milieu d'un sous-continent à la dérive. Seul un front d'attaque concerté, coordonné et conduit en commun avec détermination [4], peut avoir quelque chance de ne pas conduire à un nouvel échec. En 1989, alors que quelques bons hivernages font s'estomper dans les esprits les souvenirs les plus dramatiques des sécheresses pourtant encore si proches, la Mauritanie se laisse entraîner à choisir entre sa solidarité avec le monde arabe et celle qui la liait jusque-là à son voisin sahélien du sud, entraînant une nouvelle déchirure dans le tissu humain et géographique de la zone. S'intéressant au développement agricole de la bande littorale du fleuve Sénégal, la Mauritanie chasse brutalement, en avri11989, une grande partie des membres de la communauté toucouleur [5], tandis que le Sénégal expulsait les maures résidant sur son territoire. Certes, ces sanglants événements ont créé une fracture sérieuse entre les deux pays, mais le poids de la géographie a conduit dès juillet 1991 à entamer une inévitable réconciliation qui ne peut qu'aboutir à la réintégration politique de la Mauritanie dans l'ensemble sahélien. Au risque d'un découpage .arbitraire abusivement réducteur, le champ de l'examen couvert par la suite de cette étude, coïncidera avec les limites de l'ensemble des pays membres du ClLSS : Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina-Faso, Sénégal et Gambie [6], qui seront communément désignés par le terme Sahel.

succédant à l'OERS (Organisation des Etats Riverains du Fleuve Sénégal) créée en 1960. Bénin, Côte d1voire, Guinée, Burkina Faso, Mali, Niger, Nigéria. Un des principes de la charte de l'OUA, signée en 1963, à Addis-Abeba, si souvent contestée. ce qui fait, il est vrai, beaucoup de conditions. nombre de Ouolof et de Sooninké ont également fait partie des expulsés. 6] Le Cap- Vert, dont la problématique est, à tous égards, bien spécifique, est exclu de cette étude.

1] 2] 3] 4] 5]

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Fig. n° 2 : Les pays sahéliens en Afrique

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LE SAHEL

1.2. L'EXPLOSION

DEMOGRAPHIQUE

DU SAHEL

Pour situer l'importance du problème démographique dans les pays du Sahel, il n'est pas inutile de situer le phénomène démographique à la fois dans le contexte géographique

global, c'est-à-dire planétaire, et dans la perspective historique. 1.2.1. URBANISA nON ET DEMOGRAPHIE: UN PEU DE PROSPECTIVE
a. La démographie: donnée de base, ou conséquence?

.

La démographie est-elle à l'origine des maux que connaissent les pays du Tiers-Monde: malnutrition provenant de l'incapacité de la production agricole à suivre la croissance de la population, urbanisation incontrôlable, pauvreté rurale et misère urbaine, etc. ? Deux positions théoriques antagonistes partagent classiquement les analystes. Les uns constatent le caractère fini des ressources naturelles et s'alarment de la croissance continue de la population qui ne peut conduire qu'à un fractionnement toujours plus menu des ressources et à l'augmentation de la pauvreté, sans préjuger des disparités de redistribution interne des revenus qui peuvent encore élargir le groupe des plus pauvres. A leurs yeux, les pays sous-développés seront tous, s'ils ne le sont déjà, surpeuplés. Les pays sahéliens ne font pas exception à la règle et l'accroissement de leur population, même réduite [I], ne peut conduire qu'à une aggravation de la crise actuelle [2]. Les autres, fondamentalement optimistes, misent sur l'ingéniosité humaine pour venir à bout des contraintes naturelles. Dans cette optique, la ressource humaine est la plus importante, il ne s'agit donc pas de la limiter. Au contraire, selon cette perception des choses, les pays sahéliens sont insuffisamment peuplés et leurs peuples trop clairsemés n'ont pas encore été mis en obligation de créer des structures et des mécanismes de développement leur permettant d'accroître leur niveau économique [3]. Par contre leur croissance démographique, en mettant fin à la « civilisation de l'espace », devrait conduire à une «renaissance» économique [4]. Ces deux approches ne sont ni si simplement opposables, ni si aisément simplifiables. Il est de moins en moins facile aujourd'hui de croire que la démographie est une variable indépendante, obéissant à ses lois propres, et que le sous-développement serait, au fond, le résultat d'une course contre la montre entre la croissance des productions, agricoles, industrielles, énergétiques, etc., et celle, exponentielle, de la population. Dans ce cas en effet, au vu des contre-performances économiques de l'essentiel des pays du Tiers-Monde, et tout particulièrement des pays africains [5], la course est, à l'évidence, perdue d'avance, à moins d'agir de façon radicale, par des techniques spécifiques relevant du domaine des «politiques de population », sur la croissance des familles. Pas plus que le reste des disciplines du développement, la démographie ne paraît être une donnée «de base », antérieure aux autres et indépendante d'elles. Il apparaît au contraire que la manière dont évolue la croissance des populations du Tiers-Monde est,
I] La densité de la population sahélienne est aujourd'hui, en moyenne, de 6,3 habitants/krn2. Elle tombe à 5,47 si l'on exclut le Sénégal. 2] voir à ce sujet La désertification dans les zones sahélienne et soudanienne de l'Afrique de l'Ouest, Banque Mondiale, octobre 1984. 3] C'était déjà en 1972la conviction de Sarnir AMIN qui déclarait l'Afrique sous-peuplée. 4] voir sur ce thème Jacques GIRl, Le Sahel, demain, catastrophe ou renaissance? 5] La Banque Mondiale estime qu'aujourd'hui, le revenu par tête en Afrique au sud du Sahara est inférieur de 4% à ce qu'il était en 1970. Un programme d'action concertée pour le développement stable de l'Afrique au sud du Sahara, 1984, p.l.

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tout autant que les autres productions de ces sociétés, le résultat du fonctionnement de l'ensemble des mécanismes politiques, économiques et sociaux qui les régissent [1]. La démographie est aussi une «fonction» du sous-développement. Cela ne signifie donc pas non plus, en renversant la proposition initiale, que la diminution de l'accroissement démographique des différents pays du Tiers-Monde puisse être une simple conséquence de la croissance de l'économie et du niveau de vie. Dans la plupart des cas, la croissance démographique pèse en effet négativement sur les politiques de croissance économique et compromet souvent leurs chances de succès. En Afrique, la croissance démographique, qui gomme les résultats de la production alimentaire globale, obère les perspectives de développement. Lorsque, de surcroît, la production régresse, comme au Sahel, elle rend la situation plus dramatique. Ce fut le cas de 1970 à 1980, lorsque la production alimentaire par habitant a diminué en Afrique de 1,3 % par an [2]. La Banque Mondiale estime que, dans ce continent, quel que soit le scénario de développement qui aura effectivement lieu, le nombre absolu de pauvres augmentera pendant les 20 prochaines années [3].Au Sahel, sans compter la population urbaine, la population rurale restante excède déjà le chiffre de population supportable par le territoire sur la base des systèmes de culture et d'élevage traditionnels. En Mauritanie, ce seuil est dépassé depuis 1970. La dégradation actuelle des conditions de vie, la désertification et les faibles perspectives d'une amélioration spectaculaire de la productivité rurale, font qu'aujourd'hui, pour délicate qu'elle soit, la question démographique ne peut plus longtemps être éludée.
b. Démographie et urbanisation

Les limites des capacités du milieu rural à faire vivre une population toujours plus nombreuse ont toujours été invoquées au titre des justifications premières de l'exode rural (push-factor). A l'inverse, les limites des villes à fournir un emploi aux nouveaux venus et aux enfants de ceux qui étaient déjà là, n'ont nulle part justifié un renversement des flux. Ce n'est pas la croissance démographique, en soi, qui engendre l'exode rural, c'est la différence entre les capacités d'absorption de cette croissance entre le milieu rural et le milieu urbain. Cette différence est considérable puisque entre 1960 et 1970, la population citadine d'Afrique, d'Amérique Latine et d'Asie du Sud Il augmenté de 51 %, tandis que les populations rurales augmentaient de 16 %. Les conditions de vie des populations urbaines sont restées partout et toujours supérieures à celles des populations rurales. C'est à la campagne qu'on trouve la plus grande pauvreté. En fait, «dans les pays pauvres, les problèmes urbains sont une autre forme de la pauvreté rurale... qui s'est simplement déplacée» [4]. L'urbanisation semble en revanche, à première vue, avoir une influence sur la démographie. Sans modifier significative ment la natalité, elle a, par la proximité et la concentration des structures de soins, fait diminuer la mortalité. De même, la vie urbaine entraîne également une certaine baisse de la fécondité. Cependant, si ces phénomènes sont généralement observables en milieu urbain, cela ne signifie pas que l'urbanisation proprement dite en soit responsable mais plutôt les conditions de vie meilleures offertes par le milieu urbain. Certaines études permettent de penser que «les

1]William MURDOCH, afaim dans le monde. surpopulationet sous-alimentation,Dunod, 1985,p.5 à L 13. 2] Rapport sur la capacité potentielle de charge démographique des terres du monde, projet
FAO/FNUAP/lIASA, 1984. 3] Rapport sur l'état du monde, 1984. Banque 4] William MURDOCH, op. cité, p.94. Mondiale.

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LE SAHEL

écarts des taux de fécondité entre zones urbaines et zones rurales peuvent être éliminés lorsque l'élévation du niveau de vie atteint les campagnes» [1]. Dans cette perspective, et tant que la population rurale reste supérieure à la population urbaine, l'élévation du niveau de vie qui résulterait de la diminution des taux de croissance démographique pourrait provenir moins d'une poursuite de l'urbanisation que de l'élévation du niveau de vie à la campagne. Ceci étant, l'étude de l'urbanisation du Sahel fait appel à de multiples éclairages complémentaires fournis par des disciplines contingentes aussi diverses que la géographie, l'économie, la santé, l'état des techniques, etc. Dans cette présentation nécessairement découpée, et sans tomber dans le travers de voir dans la démographie une variable première ou indépendante, il est assez commode de commencer par elle, du fait que son évolution, peu sensible aux conjonctures, rend compte des tendances lourdes de l'histoire des populations, ce qui permet de l'utiliser comme cadre de référence à l'intérieur duquel sera présentée l'évolution des autres variables socio-économiques.

1.2.2. POPULATION: LA PROBLEMA TIQUE MONDIALE ACfUELLE

a. Lafin desfantasmesdémographiqu£s
Le monde est enfin sorti, à partir des années 70, de la terreur démographique qui avait angoissé, dans les années 60, un Occident découvrant, avec les premières études démographiques mondiales sérieuses, que le Tiers-Monde - le reste du monde - voyait sa population augmenter d'une façon qui a paru, un temps, exponentielle, sans autre limite qu'un vaste et inéluctable étouffement planétaire [2]. C'était le temps où le principe de Malthus, selon lequel « livrée à elle-même, la population croît en progression

géométrique)) [3],semblaitencorese vérifier,justifiant,a priori,l'échecà venir de toute
tentative des populations du Tiers-Monde pour sortir du sous-développement. Aujourd'hui, la troisième poussée démographique de l'humanité [4], déclenchée à la fin du xVlIIème siècle avec la révolution industrielle, contient déjà tous les éléments phique actuelle vient de dépasser son apogée: le taux de croissance moyen de la population mondiale, qui a dépassé 2 % par an de 1965 à 1975, commence depuis 10 ans à régresser. Le rythme de la croissance de la population du globe qui est aujourd'hui le plus rapide jamais enregistré au cours de notre histoire - la population a presque

permettant de prévoir son terme. Commencée vers 1750 - alors que la croissance annuelle de la population mondiale s'établissait à environ 0,4 % - la flambée démogra-

1] Ibid, p.54. L'auteur appuie sa thèse sur l'analyse des situations de l'Inde, de la Chine, de Taïwan et du Sri Lanka. 2] «Dans 600 ou 700 ans, chaque pied carré de la surface du globe sera occupé par un être humain; dans 1.200 ans, le poids de l'ensemble des êtres humains sera supérieur à celui de la terre elle-même et, dans 6.000 ans - une période négligeable par rapport à l'histoire de l'humanité il faudra que le diamètre de la terre augmente à la vitesse de la lumière pour contenir tous les êtres humains et suivre le rythme de croissance de la population. » Ansley J. COALE, "Man and his environment" , Science, vol. 179, 9 october 1970, pp. 132-136, Copyright 1970, American Association for the Advancement of Science. 3] Thomas MALTHUS, Essai sur le principe de la population, 1798. 4] avant l'ère agricole, la population mondiale a progressé régulièrement jusqu'à un premier palier estimé à 10 millions d'habitants correspondant à la limite de charge permise par la chasse et la cueillette. La croissance démographique a repris avec l'adoption de l'agriculture et de l'élevage, jusqu'à un deuxième palier se situant autour de 300 millions de personnes à la veille de la révolution industrielle qui a vu naître la 3ème, et actuelle, poussée démographique.

-

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ECONOMIE

DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

Fig. n03 : Population

mondiale

passée et projetée,

an 1 . an 2150 12 Milliardsde personnes

.. .

.. .

11

10

9

AnI
Source:

llXXJ

1200

1400

1600

1800

200J

DURAND 1977; Nations Unies 1966

doublé en 30 ans (1950, 2,5 milliards d'habitants, 1980,4,8 milliards)

- commence

déjà

à s'infléchir. Même si, pendant encore trois quans de siècle, les taux de croissance resteront très élevés, leur décroissancecontinuera,conduisantlentementla population

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LE SAHEL

mondiale vers un nouveau palier de stabilité relative que les démographes situent aux alentours de 10 milliards d'êtres humains à la fin du xXlème siècle. La Banque Mondiale illustre le caractère banalisable de l'évolution démographique actuelle par le troisième graphique de figure 4, contrastant avec les deux premiers: sur une échelle logarithmique, le. 3ème accès de croissance. démographique ne paraît finalement « ni plus rapide, ni plus inhabituel que les phases de croissance précédentes» [I].
Fig. 4 : Trois façons de présenter l'évolution de la population mondiale

Population mondiale 9000 avo ,.-C.-2000 de notre ère Millions d'habitants 6000 5000 4000 3000 2000 Début de l'ère agricole 9OOOav.).-C. Début de l'ère industriell.., fin XVIIIe siècle AN I 2000

r~~~ mondiale
Taux d'accroissement 2,0 1,5 I,D 0,5 (poureentase)

Population IrIondiale I million avo '.-C.-20S0 de notre ère Nombre d'habitants 1O~ 10' ID' 10' 10'

1000 U 9000 avo '.-c.

o 1750

1800

1850

1900

1950 2000

10" I million avo ).-c.

ANI

2050

source:

DURAND

1977, cité dans Banque

Mondiale,

Rapport

sur le développement

du monde

1984, p.

85.

En 1980, les Nations Unies [2] élargissent à l'horizon 2100 les projections de population établies jusqu'ici à moyen terme (2025) à partir de l'évaluation de la population mondiale de 1978. Cette première projection à long terme de la population de la planète, qui prévoyait sa stabilisation à 10,5 milliards d'humains en 2100, a déjà été révisée en baisse à 10,2 milliards, à peine deux ans après, en raison de l'enregistrement pendant cette période de la diminution accélérée du taux d'accroissement de plusieurs grands pays de l'Asie du Sud-Est, décélération dont la rapidité avait été sous-estimée dans les prévisions de 78. Selon les dernières estimations, la population mondiale se stabilisera entre 7,7 et 14,9 milliards et s'écartera peu, sauf cataclysme d'échelle mondiale ou conflit nucléaire massivement meurtrier, de la variante moyenne peu supérieure à 10 milliards d'âmes. Comment, alors qu'il semble difficile de faire des programmations efficaces sur quelques années en matière de développement, peut-on, sans sourire, avancer des évaluations de population portant sur un siècle et plus, dans ce domaine particulier où les expériences d'évaluation erronées ont été aussi nombreuses? La démographie n'a finalement acquis une place reconnue au sein des sciences sociales que dans un passé très récent. Elle ne s'appuie que depuis bien peu, au plan mondial, sur des analyses scientifiques. Si l'Europe peut dépouiller les registres paroissiaux depuis le xmème siècle, ses premiers recensements méthodiques datent du xvmème. La Chine, qui dispose d'évaluations de population réputées assez exactes depuis la dynastie Zhou,
1] Banque Mondiale,Rapport sur le développementdu monde. 2J Bulletin démographique des Nations Unies n014, p. 19. Ces projections ne concernent que les 8 grandes régions du monde. Les projections par pays s'arrêtent à 2025.

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ECONOMIE

DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCfION

AU SAHEL

mille ans avant J.C., n'a réalisé son premier recensement moderne qu'en 1953. L'ampleur du problème posé par le comptage d'une population si nombreuse est telle que les résultats du recensement de 1964 ont été publiés 20 ans après (pour éviter cet écueil, elle a mobilisé 6,3 millions d'enquêteurs pour recenser le milliard de Chinois de 1982). La démographie africaine, quant à elle, délaissée par les colonisateurs, a dû attendre que les nouveaux Etats indépendants commencent à s'attacher à asseoir la planification de leur développement sur des chiffres de population sûrs: le premier recensement de la Mauritanie, par exemple, ne date que de 1977, celui du Mali, d'une année avant De plus, en dépit de louables efforts méthodologiques, les résultats foumis par ces recensements sont souvent contestés: comment, en effet, compter avec certitude les populationsnomadessahéliennesque les autoritésappellent « flottantes », naviguant d'une ville à l'autre, d'oasis en oasis, très soucieuses de rester insaisissables pour échapper au contrôle administratif ou à l'impôt; avec quel degré de circonspection prendre les déclarations des habitants, illégaux, des bidonvilles urbains tentant leur chance, en gonflant leurs effectifs, d'obtenir plus, lors des distributions de vivres de l'aide alimentaire d'urgence; comment enfin connaître avec quelque certitude la composition réelle des familles paysannes dans les pays où leur premier objectif est d'échapper à l'impôt de capitation. Bien que fondées sur de telles prémisses, les projections faites par les Nations Unies surprennent les analystes qui s'accordent à reconnaître qu'elles « sont, depuis 1963, étonnamment exactes» [1]. En effet, les projections de 1963 prévoyaient, à cette époque, que le monde abriterait, en 1985, 4,75 milliards d'individus. Eh bien, nous étions, à cette date, 4,83 milliards. En 1963, elles projetaient pour la fin du siècle, une population globale de 6,13 milliards, 20 ans après, les évaluations corrigées par l'ensemble des informations recueillies depuis prévoient 6,12 milliards: 100 millions d'écart seulement. La science démographique manipule des unités de temps de l'ordre de la dizaine d'années. Les fluctuations annuelles sont sans signification sur l'évolution des lents mouvements de fond qui transparaissent dans les analyses. Dès le début des années 60, la fécondité avait déjà commencé à baisser en Amérique Latine. Pendant les années 70, ce mouvement s'y est poursuivi et s'est amorcé dans l'ensemble de l'Asie. Au total, en un quart de siècle, la natalité mondiale a chuté de 23 %. Deux exceptions à ce tableau, l'Afrique et le Moyen-Orient. Au milieu des années 80, ces deux parties du monde ne sont pas encore clairement engagées dans la voie de la décélération de la croissance démographique. Au contraire, en Afrique particulièrement, à l'inverse du monde, les taux d'accroissement démographique sont
Tableau n° 1 : Taux d'accroissement annuel moyen dans le monde et ses grandes régions au cours des 30 dernières années (pourcentage)
1950-55 1960-65 1970-75 1980-85 Pays développés 1,3 1,2 0,8 0,7 Europe 0,8 0,9 0,6 0,3 Amérique du Nord 1,8 1,5 0,9 1,0 Océanie 2,3 2,1 1,9 1,4 URSS 1,7 1,5 0,9 0,9 Pays en voie de développement 2,0 2,3 2,3 2,0 Amérique Latine 2,7 2,8 2,5 2,4 Afrique 2,1 2,5 2,7 3,0 Asie du Sud 1,9 2,4 2,4 2,2 Asie de l'Est 1,9 1,9 2,0 1,2 Source: estimations récentes de Jean BOURGEOIS-PICHAT présentées au colloque organisé à Paris par l'INED et lUIESP sur les politiques de santé en 1983, cité par le Monde Diplomatique, août 1984. I] Jacques VALLIN, Populalion mondiale et développement, Le Monde Diplomatique, août 1984, p. 22 et 23.

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LE SAHEL

Tableau n° 2 : Taux de fécondité dans le monde et ses grandes régions au cours des 30 dernières années 1970-75 1980-85 1960-65 1950-55 2,05 2,7 2,2 2,8 Pays diveloppés 1,9 2,6 2,2 2,6 ElU'Ope 2,7 3,2 3,3 3,5 Amérique du Nord 2,7 3,9 3,2 3,8 Océanie 2,4 2,4 2,8 2,5 URSS 4,2 5,4 6,0 6,1 Pays en voie de diveloppement 4,2 5,1 5,9 5,9 Amérique Latine 6,4 6,5 6,5 6,5 Afrique 4,9 5,8 6,3 6,3 Asie du Sud 4,2 2,4 4,9 5,4 Asie de l'Est
Source: idem tableau 1.

toujours en hausse, à la satisfaction des gouvernements africains, notamment au Sahel, qui tablent sur une augmentation de la population pour occuper les vastes espaces dont ils disposent. Cependant, dans plusieurs pays africains, on a pu déceler un fléchissement de la fécondité qui entraînera nécessairement, dans un proche avenir, un début de régression de la natalité. On constate que, même dans les pays où ne se pratique aucune intervention publique en faveur de l'abaissement du nombre des naissances, et même dans ceux qui pratiquent une politique franchement nataliste (comme l'Algérie de Boumédienne par exemple) la décélération de la fécondité intervient quand même spontanément, ne serait-ce qu'en raison de la scolarisation progressive des filles ou de l'accès des femmes au travail salarié et à la vie publique. La prise de conscience de l'existence, à terme, de bornes objectives à l'explosion démographique actuelle, dont on a pu redouter dans le passé qu'elle n'en eût point, permet de déplacer les perspectives d'analyse et d'action. La question ne se pose plus de savoir jusqu'où on peut aller mais plutôt de savoir maintenant comment on va y aller. Au plan démographique, l'avenir ne se définit plus simplement en terme de crise plus ou moins apocalyptique, mais, quelle que soit l'importance des problèmes qu'il convient pour autant de ne pas être tenté de sous-estimer, il s'agit désormais de tenter de gérer la transition actuelle vers un avenir démographiquement fini. Cependant, la disparition du spectre de l'apocalypse et le changement de perspective ne doit pas nous masquer la gravité de la situation actuelle. Le fait qu'on voie le bout lointain de l'accroissement de la population planétaire ne fait pas disparaître comme par enchantement les terribles problèmes de population d'aujourd'hui. Nous ne sommes encore qu'au début de cette fameuse explosion démographique dont nous percevons aujourd'hui, heureusement, la fin.
b. Des problèmes d'une ampleur jamais connue

Si la population mondiale a mis quinze siècles pour doubler entre l'an 1, époque où elle comptait environ 300 millions d'âmes, et l'an 1500, où elle en comptait 600 millions, elle n'a mis que 300 ans pour augmenter de 400 millions de nouveaux arrivants et atteindre son premier milliard à peu près en 1800. Elle a mis ensuite environ 120 ans pour doubler et atteindre le deuxième milliard, vers 1920, mais il lui a suffi de 45 ans pour doubler une fois encore et atteindre 4 milliards en 1975. Elle va encore une fois doubler en 45 ans et comptera 8 milliards de personnes en 2020. Pendant encore tout le prochain demi-siècle, chaque année nouvelle verra arriver sur la planète 80 millions d'habitants supplémentaires: 1.500.000 personnes de plus chaque semaine! qui devront se nourrir, s'habiller, se soigner et s'éduquer et, bien entendu, se loger. Il faudra d'ici là

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ECONOMIE

DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

construire sur la planète trois fois plus de nouveaux logements qu'il n'en existe aujourd'hui.
c. Le poids grandissant du Tiers-Monde

Cette explosion démographique sans précédent s'accompagne aussi d'un changement profond de la structure de la population mondiale qui a déjà souvent été mis en relief. En 1950, 1 homme sur 3, soit 800 millions sur 2,5 milliards habitait le monde industrialisé (Europe, Amérique du Nord, URSS, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande). En 1985, ce n'est plus qu'l homme sur 4 (1,2 milliard sur 4,9). A la fin de ce siècle, ce ne sera plus qu'I homme sur 5, et presque I sur 7 à la fin du siècle prochain. Entre 1980 et 2050, les régions peu développées (du moins celles qui sont dénommées ainsi aujourd'hui) recevront 95 % de l'accroissement démographique mondial. Selon ces projections, à la fin du siècle prochain, l'Amérique Latine à elle seule sera aussi peuplée que l'Europe, les Etats-Unis et l'URSSréunis. Par rappon à aujourd'hui, l'Asie du Sud aura doublé sa population, l'Amérique Latine aura triplé la sienne, et l'Afrique l'aura quintuplée.
'

Tableau n° 3 : Evolution passée et future de la structure de la population (millions) 1950 1980 2000 Monde 2.504 4.453 6.127 Rigions plus diveloppÜs 832 1.136 1.276 Amérique du Nord 166 252 298 Europe 392 484 513 URSS 180 265 315 Océanie 13 23 30 Régions moins développées 1.672 3.317 4.841 Afrique 222 476 877 Amérique Latine 165 362 550 Asie de l'Est 671 1.183 1.470 Asie du Sud 695 1.408 2.074
Rapport régions plus développées!

mondiale, 2020 7.806 1.376 339 525 357 38 6.429 1.489 742 1.662 2.654

1950-2100 2100 10.179 1.308 382 504 382 40 8.871 2.590 1.238 1.763 3.280

régions moins développées 1/2 113 1/4 1/5 ln Régions plus développées: Europe, Amérique du Nord, URSS, Japon, Océanie (Australie, NouvelleZélande exclusivement); régions moins développées: Afrique, Amérique Latine, Asie du Sud et de l'Est (à l'exclusion du Japon) ,Océanie (à l'exclusion de l'Australie et de la Nouvelle Zélande). source: NATIONS UNIES, World population prospects, estimates and projections as assessed in 1982.

« Comment vivre sans heun majeur cette modification radicale du rapport de force entre le nord et le sud de la planète? et comment assurer le gîte et le couven à 10 milliards d'êtres humains? Les deux questions sont étroitement liées» [1].

1] Jacques VALLIN, La nouvelle donne démographique, L'Etat du Monde 1985, Edition La Découverte, p.584.

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LE SAHEL

Fig n° 5: Evolution de la population par grandes régions jusqu'en 2010 (a)

En millions d'homm.. 3500

3000

2500

I j I I 1 I

: I

!I I.
I

:
2000
I I I I I I

ASIE ORIENTALE! ...j I I I
I

I 1500
AMÉRIQUE LA TINE!
I I I I I I I I I I I

I

1000

750

URSSI ü.M ~...,.1 AMÉRIQUE DU NORD I OCÉANIE 19&0 197& I

1 I .

2000

2026

20&0

207&

2100

Source: Le Monde Diplomatique. août 1984

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ECONOMIE

DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

1.2.3. L'AFRIQUE, CHAMPIONNE DU DEVELOPPEMENT...DEMOGRAPHlQUE De par le maintien de son taux de natalité élevé, dans un monde où il régresse partout, c'est l'Afrique qui, de toutes les parties du globe, augmente le plus son poids démographique relatif et absolu. Ce continent qui n'abritait que Il % de la population mondiale de 1950 (222 millions sur 2,5 milliards) à 1980 (476 millions sur 4,4 milliards), en abritera 13,5 % en l'an 2000 (877 millions sur un total de 6,1 milliards). Alors que la population africaine de 1950 était à peine supérieure à la moitié de celle de l'Europe (qui comptait alors 392 millions de personnes), à la fin du siècle l'Afrique sera deux fois plus peuplée que l'Europe. Les démographes estiment que la population africaine rattrapera, et dépassera celle de la Chine aux alentours des années 2030 (avec 1,7 milliard d'habitants) et qu'elle constituera, à long terme, le deuxième bloc de population dans..k monde. après l'Asie Méridionale. A la fin du siècle prochain, la population africaine pourrait se stabiliser autour de 2,5 milliards d'habitants, soit le quart de la population mondiale! Si cet avenir se réalisait, le continent africain aurait alors multiplié sa population par 12 en moins de 150 ans. Cette extraordinaire vitalité de l'Afrique est le résultat du maintien d'une forte croissance du différentiel entre les taux moyens de natalité et de mortalité de la population africaine. Alors qu'en 30 ans, le taux moyen de natalité baissait dans le monde de 23 % [1], le taux moyen de la natalité africaine ne fléchissait dans le même temps que de 2 %. En revanche, au cours de la même période la monalité africaine a chuté de 40 %. Au cours des quinze dernières années, partout dans le monde sauf en Afrique, la baisse de la natalité a au moins compensé (Asie du Sud, Moyen-Orient et Afrique du Nord), voire dépassé (Asie de l'Est, Chine, Amérique Latine), l'effet sur la démographie de la baisse de la mortalité. L'Afrique reste l'exception. Cenaines corrélations entre la natalité et d'autres variables, en général significatives dans le Tiers-Monde, ne donnent aucun résultat en Afrique au sud du Sahara. Par exemple si l'on essaye de corréler natalité et revenu, on observe que dans les pays africains au sud du Sahara, la natalité n'a pas été significativement affectée par le progrès économique qu'ont connu ces pays au cours des années 60. Alors que le PIB des 45 pays de la région a progressé en moyenne de 4 % par an de 1960 à 75 (il a fortement décfÛ depuis) les taux de natalité sont restés inchangés autour de 47 pour mille. Or, on observe généralement dans le Tiers-Monde qu'à chaque augmentation du revenu moyen de 100 dollars, la natalité recule d'environ 2 points [2]. Au sein du continent africain, le Sahel sud-saharien va continuer à jouer un rôle de tout premier plan dans le soutien à un niveau très élevé des taux de croissance de la population du continent. En effet, si entre 1975 et l'an 2000 on s'attend à ce que la moyenne africaine des taux de natalité diminue légèrement, de 47 à 42,6 pour mille, ce phénomène sera dû pour l'essentiel à la décroissance de 30 % des taux de natalité des deux régions extrêmes, septentrionale et méridionale. La natalité d'Afrique du Nord devrait passer de 45 à moins de 33 pour mille [3] et celle du sud de l'Afrique, de 42 à 35 pour mille. Pendant cette période, la natalité du centre de l'Afrique devrait simplement refléter celle du continent dans son ensemble et passer de 46 à 43 pour mille, tandis que
1] pour beaucoup grâce à la Chine qui a baissé son taux de natalité de 50% ces 15 dernières années. 2] Rashid FARUQUEE et Ravi GULHATl. La rapide croissance démographique en Afrique au Sud du Sahara. p.3 et 13. 3] cette tendance a bénéficié du radical changement de l'attitude de l'Algérie, militante nataliste jusqu'en

1975 : « la seule urgence, (déclaration de la délégation puis résolument antinataliste (déclaration de la délégation

c'est le développement, l'évolution démographique algérienne à la conférence mondiale sur la population depuis: « la démographie est le facteur principal du algérienne à la conférence mondiale sur la population

suivra d'elle-même» de Bucarest en 1974), sous-développement» de Mexico en 1984).

20

LE SAHEL

Tableau n° 4 : Rapport entre la natalité et le PNB par habitant en Afrique au sud du Sahara et dans le Tiers-Monde, en 1977 PNB par htJbitant Tau x bru t den ais san ces (pour mille) en dollars Tiers-Mo1liÙ Afrique au sud du Sahara ~ % a 200 45 47 m C ~ D ~ % o ~ ~
Source: BANQUE MONDIALE, La rapide croissance dimographique en Afrique au sud du Sahara, p.
'

13.

l'Afrique sahélienne sud-saharienne, de l'est à l'ouest du continent, conservera (bien qu'avec une très légère baisse) les taux de natalité étonnants qu'elle connaît aujourd'hui. La natalité de l'Afrique de l'Est passera, entre 1975 et l'an 2000, de 49 à 46,5 pour mille, celle du Sahel de 50 à 47 pour mille [1] . La zone soudanienne au sud du Sahara, et surtout le Sahel constituent dès à présent, et pour les décennies à venir, la zone de plus fort taux de croissance démographique en Afrique et, par là, dans le monde entier. Cette position privilégiée (si l'on peut dire) fut longtemps très positivement appréciée par les gouvernements concernés pour qui
« l'Afrique doit choisir le développement aujourd'hui et

[2], ceci, jusqu'au début des années 90, période à partir de laquelle tous les pays sahéliens ont fini par se doter de politiques de population.

- peut-être

- la pilule demain»

1] World Population Prospects, estimates and projections as assessed in 1982. United Nations, NewYork, 1985.
2] déclaration de la délégation sénégalaise à la conférence mondiale sur la population de Mexico en 1984.

21

ECONOMIE

DE L'HABIT AT ET DE LA CONSTRUCI'ION

AU SAHEL

Fig. n° 4): Evolution des taux de natalité et de mortalité dans les différentes régions d'Afrique entre les années 1950 et 2000

AFRIQUE 1950
MAGHREB

60

70

80

90 2000

50 4D

-.......... I-

1950 50 Algérie bgypte Lybie Maroc Soudan Tunisie 40 30 20 10

-

60

70

80

90 2000

30 20

--- -......
.............

JO

- --- --1950 60 70 80 90 2000
AFRIQI IE DE L'EST Ethiopie Kenya Rwanda Uganda Somalie

- -

--50 40 30 20 10 50 40 30
AFRIQUE CENTRALE

Bénin Cap- Verl Gambie Ghana Guinée Guinée Bissao CÔye d'Ivoire Li béria Mali Mauritanie NIger Nigéria Sénégal Sierra Leone Togo Burkina-Faso Tchad

50 40 30 20 10

AFRIQUE DE L'OUEST

20 10

Angola Centre Afrique Congo Guinée Equatoriale Gabon Cameroun Zaïre Burundi Malawi Zimbabwe Zambie

50 4D 30
AFRIQt iE DU SUD

r--- !----r-...

--

20 10
i--

Botswana Lesotho Namibie Afrique du Sud Swaziland

1950

60

70

80

90 2000

Source:

Nations Unies, World population

- trends

and prospects

by country 1950

- 2000

22

LE SAHEL

1.2.4. LA POPULA nON SAHELIENNE
a. Combien de Sahéliens ?

Compter la population en ces zones où cette dernière est souvent mal connue des autorités elles-mêmes, d'accès difficile de par sa dispersion et, ce qui ne facilite rien, très mobile dans un environnement mal pourvu en infrastructures de liaison, n'est certes pas facile. Si les évaluations de population peuvent être calées, à l'exception du Tchad, sur au moins un recensement national réalisé dans les années 70 [1], les résultats ainsi obtenus sont diversement appréciés et parfois même contestés par les. administrations nationales elles-mêmes. C'est ainsi, par exemple, qu'en Mauritanie, le chiffre utilisé par la Banque Centrale diffère de celui du Recensement. Il est vrai que ce dernier corrige le nombre de résidents (1.338.830) d'une estimation de 67.000 nomades mauritaniens qui seraient provisoirement hors frontière mais basés habituellement en Mauritanie, pour aboutir à une population officielle totale (en 1977) de 1.405.830 personnes. La Banque Centrale de Mauritanie, interlocuteur privilégié de nombre d'institutions internationales dont la Banque Mondiale auxquelles elle fournit ses chiffres, refuse de considérer les nomades non résidents au moment du recensement, et, suspectant les familles d'avoir sousdéclaré les jeunes filles, ajoute aux chiffres du recensement 13.880 femmessupplémentaires, pour aboutir à un chiffre. de 1.419.000 Mauritaniens. On peut convenir que ces chicaneries ne changent pas fondamentalement les ordres de grandeur. Au Tchad, l'enquête démographique de 1964 qui n'a porté, en fait, que sur les populations sédentaires [2] a fourni, après correction par l'estimation du nombre des nomades, le chiffre de 3.254.000 personnes que le jeune gouvernement tchadien trouva trop petit. Un nouveau recensement, organisé par l'administration [3] en 1968, mais considéré avec méfiance par la population [4], aboutit à un chiffre encore plus faible de 3.208.000 habitants qui ne sera pas retenu. Partant de chiffres aussi contestés, les institutions internationales ont aussi du mal à s'y retrouver. La Banque Mondiale publie par exemple pour la population mauritanienne de 1980 les chiffres suivants: 1,634 million dans le World Bank Atlas de 1981; 1,462 million dans le Rapport sur le développement dans le monde de 1982; 1,5 million dans La désertification dans les zones sahéliennes et soudaniennes de l'Afrique de l'Ouest paru en 1984; et 2 millions dans le Rapport sur le développement dans le monde 1984. Les chiffres des perspectives d'évolution démographique varient eux-mêmes, selon les divers organismes nationaux ou internationaux, dans des proportions sérieuses car, si les chiffres de base de la population actuelle sont discutables, il en est de même des coefficients qui peuvent leur être appliqués. Cependant, les ordres de grandeur qu'ils expriment étant tous de même ordre, nous utiliserons, dans la suite de l'étude, les chiffres fournis par les derniers exercices de projection démographique du Département des Affaires Economiques et Sociales Internationales des Nations Unies qui ont l'avantage à la fois, d'être en cohérence avec les ordres de grandeur de l'ensemble des
1] Le Tchad ne dispose que d'une enquête démographique de 1964, réalisée par l'INSEE et la SEDES

. Les

recensements des pays sahéliens datent des années suivantes: Burkina-Faso 1975; Sénégal et Mali 1976; Mauritanie 1977 et 1988. 2] Chrisûan BOUQUET affirme que « 750.000 km2 (BET, Kanem, zones nomades du Batha, nord de BUrine) n'ont pas vu d'enquêteurs depuis l'indépendance» in Le Tchad. genèse d'un conflit, p. 179. 3] s'appuyant sur les moniteurs d'enseignement, les élèves des établissements secondaires et les notables. 4] « les intenûons fiscales n'étaient pas cachées ou, du moins, ont été malheureusement ébruitées ». Jean CABOT et Chrisûan BOUQUET,Le Tchad, pAO.

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ECONOMIE

DE L'HABIT AT ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

données collectables sur place auprès des sources nationales d'une part et de servir de base aux chiffres de population déjà utilisés dans la présentation des situations régionales et mondiale d'autre part. En tout état de cause, des projections sur 15 ans, jusqu'à l'an 2000, ont peu de risques d'être entachées d'erreurs graves: tous les adultes qui seront alors en âge de se reproduire sont déjà nés aujourd'hui. En revanche, les évaluations à plus long tetme, 40 ans et plus, font jouer les variables de la démographie dans des fourchettes relativement ouvertes. Quant aux évaluations rétrospectives de la population sahélienne, entre 1900 et 1960, les données disponibles sont encore plus suspectes. On se référera en l'occurence pour cette période aux chiffres de Jacques Girl [I] qui met l'accent sur le peu de valeur scientifique et le peu de crédit à accorder aux évaluations des autorités coloniales de l'époque qui n'avaient bien entendu pas l'objectif de faire progresser les connaissances sur la démographie des administrés, mais souvent seulement de se faire bien voir de la métropole - ce qui pouvait conduire à des manipulations de chiffres en hausse - et, en tout cas, d'établir l'assiette de l'impôt - ce qui conduisait à des évaluations faussées par les déclarations tronquées des paysans désireux de lui échapper [2]. Hervé Derrienic souligne en effet à quel point l'impôt de capitation, impôt sur les personnes, est particulièrement injuste puisque « riches ou pauvres paient la même somme» et qu' « il n'est tenu aucun compte des situations concrètes: que les récoltes soient bonnes ou mauvaises, la perception est identique. » L'impôt a contribué à ce que « les populations essayent de s'y soustraire en s'éloignant des voies de communication [...] Les recensements sont forcés », conduisant à ce que « les perceptions dépassent de beaucoup ce qui était exigé des populations avant la colonisation» [3]. Les évaluations rétrospectives plus lointaines sont encore plus délicates. Retenons avec Giri que la population de l'Afrique au sud du Sahara devait approcher les 10 millions d'hommes à la fin du siècle dernier et qu'elle n'aura commencé à croître régulièrement qu'après la première guerre mondiale pour atteindre 15 millions en 1950, date qui marque un tournant pour le Sahel comme pour tous les pays africains qui entrent alors dans la phase de croissance démographique explosive qui avait pris, pour deux décennies, une allure exponentielle.
b. L'explosion démographique du Sahel

Entre le début et la fin de ce siècle, la population du Sahel passera de 10 à 53 millions. Il aura mis 60 ans pour doubler une première fois [4], puis seulement 30 ans pour doubler une deuxième fois. Il ne mettra que 25 ans pour doubler une troisième fois, et atteindre 80 millions en 2015. En 2025, le Sahel comptera près de. 100 millions d'habitants, 10 fois plus qu'en 1900. D'aucuns trouveront déjà bien téméraire de s'aventurer ainsi dans les mouvances des projections à moyen tenne. Mais peut-on aller encore plus loin et explorerle long tenne des pays sahéliens? Si, par souci d'éviter erreurs et critiques, on se refuse à cet exercice, comment s'étonner alors qu'une myopie pennanente piège à chaque fois analystes ou hommes d'action? A s'en tenir en pennanence à situer les problèmes dans de très courtes échelles de temps: quelques années pour les économistes, une décennie, rareI] Le Sahel demain, catastrophe ou renaissance? 2] et même en milieu urbain. Au Niger, par exemple, le recensement de 1977 a montré que les statistiques antérieures de l'Administration nigérienne sous-évaluaient de 25 à 50 % la population des grandes villes (Niamey, Macadi, Zinder, Tahoma). 3] Hervé DERRlENNIC, Famines et dominations en Afrique noire, p.30-3 I. 4] 1900 : 9,55 millions; 1960 : 19,3 millions; 1990 : 39,72 millions; 2015 : 80,8 millions.

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LE SAHEL

ment deux pour les urbanistes, on risque de ne jamais poser les questions qu'il faut pour avancer dans la recherche de réponses susceptibles d'être encore utiles face à l'avenir qui se présentera au delà de la courte tranche de temps dans laquelle on agit.

Tableau na 5 : Evolution de la population sahélienne 1900-2025 (millions d'habitants) 1900 1925 1950 1975 2000 2025 Mauritanie 0,4 0,62 O,SO 1,42 3,0 5,90 Mali 2,1 2,50 3,85 6,29 12,26 21,37 Niger 1,4 1,77 2,89 4,66 9,75 18,94 Tchad 1,9 2,17 2,66 4,03 7,30 13,12 Sénégal 1,25 1,71 2,50 4,77 10,03 18,93 Burkina Faso 2,5 3,07 3,65 5,59 10,54 19,49 Total Sahel 9,55 11,84 6,35 26,76 52,88 97,75 source: pour les chiffres de 1900 : Jacques GIRl, Le Sahel demain; pour ceux de 1925, calculs de l'auteur à partir des chiffres de J. GIRl. Pour les chiffres postérieurs: UNITED NATIONS, World population prospects, estimates and projections as assessed in 1982, New-York, 1985.

Fig. na 7 : Evolution

de la population

des pays sahéliens

entre

les années

1900 et 2000

Ii Il ions 2 1
C)

(j' habi

tants

9 '3 7

5

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...

~

~~
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l'la ur i tan
. .

ie

~ 1900 1910 1920 1930 1940 1950 1960 1970

----1990

Gambie

1980

2000

Source: pour les chiffres de 1900 : Jacques GIRl, Le Sahel demain; pour ceux de 1925, calculs de l'auteur à partir des chiffres de J. GIRl. Pour les chiffres postérieurs: UNITEDNATIONS,World populationprospects, estimatesand projections al' assessedin 1982, New-York, 1985

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DE L'HABIT AT ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

c.lA transition démographique

des pays du Sahel

La « transition démographique » qui fait passer la population d'un précédent niveau relativement stable, avant 1950, à un autre niveau de stabilité, après 2100, est caractérisée, et expliquée, par une évolution des indicateurs principaux de la démographie: taux de mortalité, de natalité, de fécondité, etc., dont on connaît aujourd'hui relativement bien la structure de l'évolution. Pour l'ensemble des pays développés, dont la démographie est connue de longue date, comme pour les pays du Tiers-Monde, dont on surveille attentivement la démographie des pays les plus peuplés, l'ensemble des indicateurs a connu des paroxysmes dont la séquence, combinée avec la trajectoire de développement économique, présente un certain nombre d'invariants. Ces séquences, dont la structure est constante, sont simplement, d'un pays à l'autre, décalées dans le temps [1]. Exception faite des pays du Sahel, mais cela est vrai pour tout le reste du monde, les paroxysmes des taux de natalité se situent dans le passé. La vitesse de leur décroissance actuelle dépend essentiellement de celle du taux de fécondité. Ce dernier, qui décroît dans l'ensemble du Tiers-Monde depuis les années 60, vient seulement, .au Sahel, d'atteindre son maximum [2]. Le début, établi, de sa décroissance permet de projeter avec certitude celui, consécutif, du taux de croissance global de la population de ces pays. Selon les cas, le maximum de ce taux a été ou sera atteint entre 1970 et 2010. Les populations des pays sahéliens entreront alors, comme le reste du monde avant elles, dans la longue période de diminution progressive de leur taux de croissance qui caractérise la « phase de transition » au terme de laquelle, d'ici un siècle et demi environ, la population du Sahel pourrait enfin se stabiliser.
Tableau n° 6 : Evolution passée et projetée des taux de croissance de la population des pays
sahéliens de 1950 à 2025 (pourcentage) 1950-60 1960-70 1970-80 1980-90 90-2000 2000-10 2010-20 Mauritanie 2,1 2,5 2,7 3,1 3,1 3,0 2,7 Mali 1,9 2,0 2,1 2,9 2,8 2,7 2,1 Niger 1,1 2,5 2,5 3,0 3,2 3,1 2,6 Tchad 1,4 1,8 2,1 2,4 2,6 2,6 2,4 Sénégal 2,0 2,8 3,6 2,8 3,0 2,9 2,5 Burkina Faso 1,6 1,7 2,0 2,6 2,9 2,8 2,4 Total Sahel 1,6 2,2 2,4 2,7 2,9 2,8 2,4 source: UNITED NATIONS, World population prospects, estimates and projections as assessed in 1982, 1985.

Le prochain palier de population sahélienne pourrait s'établir, à la fin du siècle prochain, à un peu moins de 190 millions d'habitants [3]. Le Sahel sera alors 5 fois plus peuplé qu'aujourd'hui. Bien plus que de fournir un chiffre, ô combien discutable, ce type de projection, en montrant l'ordre de grandeur du très long terme, a surtout l'intérêt d'éclairer d'un nouveau jour ce que vont être les court et moyen termes. fi permet en effet de se rendre compte que les problèmes posés par l'accroissement de la population, qui attendent les pays sahéliens, et qui vont se poser de façon incontournable pendant encore près de 70
1] voir à ce sujet ILTA, Une Image à Long Terme de l'Afrique. 2] Les enquêtes nationales de fécondité qui ont été conduites entre 1975 et 1985 dans le cadre de l'Enquête Mondiale de Fécondité, exécutée par l'Institut International de la Statistique. et auxquelles avaient déjà participé en 1982 une soixantaine de pays. dont le Sénégal en 1978 et la Mauritanie en 1981, pennettent en effet de penser que les populations sahéliennes viennent de passer par le maximum de leur taux de fécondité. 3] Rapport sur le développement dans le monde 1984. Banque Mondiale. Washington, 1984.

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LE SAHEL

Fig. n° 8 : Projections de la population des pays du Sahel jusqu'en 2100 millions d'habitants

Mal i

40

35

'30

25

20

15

10 Mauritanie

5

Gambie

1925

1950

1975

2000

2025

2050

2075

2100

2125

Source: pour les chiffres postérieurs à 2000, BANQUE MONDIALE,Rapport sur le développement dans le monde, 1984.

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ECONOMIE

DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

ans, sont sans aucune commune mesure avec ceux qu'ils connaissent aujourd'hui. Ces derniers ne sont que le résultat du tout début de l'amorce de la croissance démographique à venir et ne donnent qu'une faible image de l'importance des questions à venir. Si pendant les 20 dernières années de l'époque coloniale, le Sahel accueillait en moyenne 300.000 nouvelles personnes par an, le rythme s'est accéléré après l'indépendance dans des proportions qui n'ont pas immédiatement inquiété les responsables: 500.000 personnes nouvelles apparaissaient chaque année de 1960 à 1980. Cela paraissait supportable et la démographie ne faisait pas question. Au cours des deux décennies qui nous séparent de la fin du siècle, 1.500.000 personnes nouvelles vont en moyenne s'ajouter chaque année à celles qui essayent déjà difficilement de survivre au Sahel. Mais c'est pendant tout le premier quart du siècle prochain que les pays sahéliens connaîtront le plus grand afflux annuel de population nouvelle: 1.800.000 nouveaux Sahéliens par an. Après l'année 2025, les apports annuels commenceront à décroître: 1,6 million pendant le deuxième quart du xXIème siècle. A la fin du siècle prochain, le rythme sera revenu à celui des années 60 : un peu plus de 600.000 personnes nouvelles apparaîtront alors chaque année.
Tableau n° 7 : la stabilisation de la population du Sahel à long terme (millions) population population population population projetée projetée projetée stationnaire en 2000 en 2025 en 2050 hypothétique Mauritanie 3 6 6 8 Mali 12 21 31 42 Niger 10 19 29 40 Tchad 7 13 17 22 Sénégal 10 19 26 36 BurkinaFaso Il 20 25 35 Total Sahel 53 98 137 187

année où la pop. est stationnaire 2135 2130 2130 2140 2135 2130

source: (a) BANQUE MONDIALE, Rapport sur le développement dans le monde 1984; (b) UNITED NATIONS. World population prospects. estimates and projections as assessed in 1982, New-York, 1985.

Dans 65 ans, l'espàce d'une petite vie, les 5 pays du Sahel traversés par de grands fleuves: le Mali, le Niger, le Tchad, le Burkina Faso et le Sénégal, forts concentrateurs de population, constitueront une mosaïque de peuplements équilibrés entre 35 et 40 millions (la population de l'Egypte en 1980); chacun d'eux abritera une population équivalente à celle de la totalité du Sahel de 1985, tandis que la Mauritanie comptera probablement plus de 6 millions d'habitants (la population du Sénégal en 1958). Entre les deux, le Tchad, à l'histoire si agitée, abritera probablement 17 millions d'habitants. Il serait bien entendu erroné de conclure rapidement que les difficultés qu'entraînera, dans chaque pays, la croissance de la population sont en proportion de ces chiffres et que les problèmes qu'elle pose dans les petits pays (démographiquement parlant) comme la Mauritanie sont moindres que dans ceux qui atteindront des dimensions humaines supérieures à 30 millions d'âmes. Si les masses humaines sont plus réduites à l'arrivée, c'est qu'elles l'étaient déjà au départ. En fait, leurs taux de croissance sont similaires et se situent partout, à l'heure actuelle, autour de 3 % par an, entraînant des augmentations de population proportionnellement semblables. Nous verrons plus loin que c'est peut-être au contraire dans les pays les moins peuplés que les problèmes provenant spécifiquement de l'augmentation de population sont les plus aigus.

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LE SAHEL

Fig. n° 9 : Population additionnelle annuelle (moyenne par intervalles de temps dans l'ensemble des pays du Sabel entre 1920et 2150
1,8 million /.an

1,6 milian!.an

'1/150miOion fa,

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Souree : pour les chiffres de 1920 à 1950 : Jacques GIRl, Le Sahel demain; de 1950 à 2025 : NATIONS UNIES, World population prospects. estimates and projections as assessed in 1982; de 2025 à 2150 ; BANQUE MONDIALE, Rapport sur le développement dans le monde. 1984.

d. Les possibles effets d'une (improbable)

baisse rapide de la fécondité

En 1920, la France est le premier pays du monde où la fécondité commence à baisser. Le mouvement s'étend au reste de l'Europe au milieu du siècle dernier. Il apparaît en Chine et en Argentine dès 1960 et s'étend au reste de l'Asie (notamment l'Inde et l'Indonésie) et de l'Amérique Latine (en particulier le Brésil) dans les années 70. Singulièrement, l'Afrique reste, jusqu'en 1980, à l'écart du mouvement: le taux de fécondité moyen y est toujours au même niveau qu'en 1950: 6,46. C'est que la continuelle hausse des taux de fécondité de l'Est et l'Ouest africains a masqué, jusque-là, la baisse qui affecte depuis 1960 le nord et le sud du continent. Depuis la fin des années 70, c'est vrai en Mauritanie depuis 1976, la zone sahélienne sud-saharienne finit aussi
par
être

gagnée par le mouvement de décélération de la fécondité [1].

L'impact sur l'évolution future de la population de celle de la fécondité est dominant par rapport aux autres indicateurs de la démographie. En effet, le chiffre final que risque d'atteindre la population sahélienne dépendra bien plus de l'évolution prochaine de la fécondité, que de la baisse de la mortalité. Les démographes calculent en effet qu'une baisse rapide de la mortalité - en tout état de cause assez peu prévisible en zone
l) Enquête nationale mauritanienne sur la fécondité. RIM, 1984. p. 55.

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ECONOMIE

DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

sahélienne - conjuguéeà une baisse type de la fécondité,se traduiraiten 2050 par 10 % d'habitants supplémentaires par rapport à une baisse type de la mortalité et de la fécondité. En revanche, une baisse rapide de la fécondité - tout aussi improbable - se traduirait par 50 % de population en moins que dans la baisse type : au milieu du siècle prochain, le Sahel pourra abriter 69 ou 134 millions d'individus selon que la baisse de la fécondité y sera encouragée ou non. En effet, du fait de l'extrême jeunesse de la population (l'âge médian de la population est de 16,5 ans au Sahel, 17,2 ans en Afrique, 21 ans dans l'ensemble du Tiers-monde et ... 32,5 ans en pays industrialisé! ), la croissance future de la population dépendra du plus ou moins grand nombre d'enfants que voudront avoir, dans l'avenir, les femmes qui sont les petites filles d'aujourd'hui: selon qu'elles conserveront ou abandonneront le comportement de leurs mamans. Du fait du peu de chances de l'adoption à court terme, par les pays sahéliens, d'une politique de planning familial, et la persistance du comportement pronataliste des femmes (en Mauritanie par exemple, les femmes donnent la vie en moyenne à 6,3 enfants vivants, mais désirent en moyenne en avoir 8,7) [1], il est fort peu probable que l'amorce de baisse de la fécondité à laquelle on assiste s'accélère beaucoup, comme cela s'est produit dans des pays ayant un programme actif de planning familial. En Tunisie, par exemple, pays également musulman, à l'âge de 30-34 ans, une femme sur deux ne veut plus avoir d'enfant, ce qui n'est le cas que de 13 % des Mauritaniennes de cet âge. Comme dans tous les pays pauvres, le nombre d'enfants que désirent les couples résulte d'un processus rationnel, certainement inconscient mais bien réel, d'évaluation des coûts-avantages des enfants. S'il n'est pas toujours prouvé que les enfants d'un couple lui rapportent plus qu'ils ne lui coûtent pendant le temps de leur séjour chez les parents [2], il est clair que plus une communauté est pauvre, plus la valeur du travail que peut fournir un enfant [3] a des chances d'être supérieure au coût de sa nourriture et son habillement. Outre qu'ils trouvent souvent à s'employer dans des tâches productives: surveillance des troupeaux, petit commerce, faux apprentissage mais vrai travail chez un artisan, les enfants prennent souvent en charge des tâches essentielles de la vie qui soulagent efficacement la mère: corvée d'eau au puits ou à la borne fontaine ou encore corvée de ramassage du bois de chauffe qui demande parfois au Sahel 4 à 5 heures de déplacement à pied. Enfin, en l'absence d'un système de prévoyance sociale [4], les enfants constituent le « capital retraite» des parents, qui les met à l'abri des coups du-sort et leur évite l'angoissante incertitude de la vieillesse [5]. Enfin, « dans les pays où la famille élargie est la règle, les enfants établissent un réseau très étendu de liens lorsqu'ils se marient qui peuvent procurer des avantages économiques d'ordre plus général qui découlent de la dimension même de la famille» [6]. Cependant, on constate que, même dans ces conditions, la baisse de la fécondité s'est amorcée spontanément au Sahel, du fait de conditions extérieures, en particulier l'élévation du niveau d'instruction des filles par l'élargissement continu de la scolarisa-

1] Enquête nationale mauritanienne sur la fécondité. RIM. 1984. p. 55.

2] voir à ce sujet W. MURIXX:H, Lafaim dans le monde. surpopulationet sous-alimentation,pages 17 à
31. 3] dans les sociétés sahéliennes où à peine 20% des enfants sont. scolarisés, beaucoup travaillent aux champs, gardent les troupeaux, ou trouvent à s'employer dans le secteur informel des bidonvilles dès l'âge de 6 ans. 4] seuls les salariés, qui représentent en pays sahéliens moins de 3% de la population active, y ont droit. 5] « Les enfants, ce sont la vie. Si tu vis et n'as pas d'enfants, tu es déjà mon, tu ne vis pas [...] Pour l'homme et pour la femme, les enfants sont le remède contre la mOn» : propos d'une femme peule du Niger traduisant l'exceptionnelle imponance de l'enfant dans le cycle de la vie des sociétés sahéliennes, cités par Annick MISKE-T ALBUf,l nstabilité des valeurs et socialisation de l'enfant, in : Enfants et jeunes du Sahel, ENDA, Environnement Africain, nOS14-15-16, p. 165. 6) W. MURIXX:H, op. cité, p. 25.

30

LE SAHEL

tion - qui retarde la date du premier mariage qui travaille en milieu urbain.

- et l'augmentation

du nombre de femmes

Tableau n° 8 : Effet d'une baisse rapide de la mortalité et/ou de la fécondité sur la population du Sahel en 2050 situa/ion projection baisse rapide de la baisse rapide de la Jécon actuelle type Jéconditéseulement dité et de la mortalité 19~ 2~ 2050 2~ 2050 2000 2050

Mauritanie
Mali Niger Tchad Sénégal Burkina Faso Total

1,5
7,0 5,5 4,5 5,7 6,2 30,4

2,7
12 Il 7 10 10 52,7

6
31 29 17 26 25 134

2'
10 9 6 9 8 44

3
16 15 8 14 13 69

2 10 9 6 9 9 45

3 17 16 9 15 15 75

Source: BANQUE MONDIALE, Rapport sur le développement dans le monde 1984.

Il ne faut pas se faire trop d'illusions sur le réalisme, au Sahel, de scénarios tablant sur une baisse rapide de la fécondité qui ne peuvent être mis en scène sans une participation pressante des autorités nationales de nature à modifier drastiquement le « climat» social qui entoure ces questions. On voit mal, par exemple, les pays sahéliens adopter les mesures draconiennes que s'est résolue à appliquer la Chine pour venir à bout de sa trop forte natalité. Si le taux de cette dernière y est effectivement passé en 15 ans de 23
pour mille dans les années 60

- 70,

à 15 dans la décennie suivante, c'est au prix d'un

engagement sans précédent de l'Etat dans une véritable guerre contre la natalité, utilisant toutes les ressources possibles: politique puissamment incitative de l'enfant unique [1], encouragement à l'avortement, mesures discriminatoires pour les familles dépassant 2 enfants [2], jusqu'à, dans cenaines régions, l'obligation de se faire stériliser au delà du deuxième enfant! Aucun gouvernement sahélien n'en pourrait même seulement évoquer l'idée. . Au Sahel, des politiques d'encouragement à la «gestion» familiale du nombre des enfants n'ont été adoptées que par 4 pays, encore que très timidement, avec au départ un souci d'amélioration des conditions de santé familiale plutôt que l'ambition de rriaîtriser la démographie et, dans tous les cas, avec des résultats quasiment ou totalement nuls. En 1984, 2 pays sahéliens seulement avaient un programme d'appui au «planning familial ». La Mauritanie vient en 1985 de lancer un programme pour
Tableau n° 9 : Résultats des programmes d'appui à la régulation des naissances pays appui année de lancement Mauritanie oui 1985 Mali oui 1972 Niger aucun Tchad aucun Sénégal oui 1976 Burkina Faso aucun source: BANQUE MONDIALE, Rapport sur le développement dans le monde 1984

résultat trop récent nul nul

1] une famille ayant un enfant unique a priorité à la crêche, aux soins médicaux; les parents ont droit à un logement plus spacieux, perçoivent un supplément de salaire et des avantages pour leur retraite qu'ils doivent rembourser si par malheur ils ont un deuxième enfant. 2] toutes ces mesures ont aussi entraîné une croissance incontrôlée des infanticides et des abandons d'enfants.

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ECONOMIE

DE L'HABIT AT ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

« l'espacement des naissances », structure de conseil aux mamans qui sera localisée à Nouakchott et, peut-être, dans l'avenir, dans quelques villes secondaires. Actuellement, dans les pays sahéliens, la baisse du taux de fécondité ne peut résulter que de facteurs externes: poursuite et extension de la scolarisation des mIes conduisant à un relèvement général progressif de leur niveau éducationnel, ce dernier entraînant une modification progressive de leur attitude devant les charges de la maternité; élargissement continu de la salarisation progressive des femmes en milieu urbain; croissance (éventuelle) du niveau général des revenus, etc. Cette baisse, déjà amorcée de façon incontestable, a donc peu de chances d'être rapide. Au mieux, en l'état actuel des politiques gouvernementales et des comportements individuels, peut-on s'attendre à ce que les démographes désignent par «baisse type », ce qui nous conduit (presque) inexorablement, sauf catastrophe naturelle ou provoquée, à près de 140 millions de Sahéliens en 2050. Ce n'est pas si loin.
Fig. n° 10 : Indice synthétique de fécondité par région, 1980
les évaluations de 1980
6.0

-2080,

en variante

moyenne

et d'après

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3.0 A.le de l'E.t

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Source: Secrétariat de l'Organisation des Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales internationales, Division de la population

Fig. n° 11 : Croissance démographique baisse de la fécondité et de la mortalité
Milliards
10

des pays en développement
3

selon plusieurs

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LE SAHEL

1.2.5. PRECISION DES PROJECflONS A LONG TERME
a. Prédiction ou probabilité?

Quelles sont les chances des projections démographiques de se réaliser? Il n'y a pas de probabilité calculable qui puisse apporter une réponse à cette question car le problème posé n'est pas d'ordre probabiliste [I]. En 1973, les Nations-Unies présentaient leur point de vue sur la précision de leurs projections et la signification des variantes qui encadrent la projection moyenne: « la variante moyenne vise à représenter l'évolution démographique la plus plausible, compte tenu de ce que l'on sait des années récentes et de la situation actuelle dans chaque pays. La variante élevée et la variante faible ont pour but de délimiter la zone de plausibilité maximale. Soulignons toutefois que de futures évolutions peuvent parfaitement franchir les limites ainsi tracées par ces deux variantes» [2]. La fiabilité des projections des Nations Unies s'accroît cependant continuellement avec le temps en raison de plusieurs facteurs qui se conjuguent. Il y a tout d'abord l'abondance croissante de la masse des données disponibles et notamment celles concernant les pays les plus peuplés de la planète. Outre la Chine, dont la démographie est maintenant bien connue, l'Inde a une expérience des recensements assez ancienne, de même que le Bangladesh ou le Mexique. Quant aux pays les moins peuplés desquels relève le Sahel, ils disposent presque tous d'au moins un recensement exhaustif. Depuis quelques années, l'appui du FNUAP[3] pour l'élaboration, l'exécution et le traitement des données des recensements permet, de plus en plus, de normaliser les techniques et d'accroître la fiabilité des données obtenues. Enfin, la tendance à la baisse des taux de croissance, en refermant l'éventail des possibles, resserre encore la zone de plausibilité maximale.
b. L'évaluation des erreurs

Nathan Keyfitz [4], comparant en 1981 les projections de l'ONUpour 1980, effectuées en 1958, 63 et 68, à ce qui s'était réellement passé, a constaté que le taux d'accroissement projeté ne s'était jamais écarté de plus de 0,4 point de celui effectivement enregistré. De plus, les raisons évoquées ci-dessus portent à croire que cette précision ira croissant. S'agissant de la projection de la population totale de la planète, les erreurs en plus ou en moins pour chaque pays s'annulent, ce qui donne une erreur globale sur le total bien inférieure à l'erreur obtenue par lam()yenne des écarts [5]. La moyenne des erreurs commises sur les projections de population effectuées en 1963,68 et 73, a été inférieure à 0,13 pour cent.
I] Projections démographiques mondiales à long terme effectuées en 1980, Secrétariat des Nations Unies, dans Bulletin démographique des Nations-Unies n° 14, p. 30. 2] Les perspectives d'avenir de la population mondiale évaluées en 1973 (publication des Nations Unies, numéro de vente: F.76.XIII.4), p.12. 3] Succédant à la Commission de la Population créée en 1946. le FNUAP, Fonds des Nations-Unies pour les Activités en matière de Population, apporte son assistance aux pays en voie de développement Fin 1980, le FNUAP avait versé plus de 550 millions de dollars d'assistance à plus de 125 pays et territoires en développement 4] Nathan KEYFITz, The limits of population forecasting, Population and Development Review, vo1.7, n04 (décembre 1981), p. 579 à 593, cité dans Projections démographiques mondiales à long terme effectuées en 1980, Secrétariat de l'Organisation des Nations Unies, Bulletin démographique des Nations Unies, n014, 1982, p. 30. 5] plus précisément, la méthode consiste à extraire la racine carrée de la moyenne des carrés des écarts. "

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ECONOMIE

DE L'HABITAT

ET DE LA CONSTRUCTION

AU SAHEL

En revanche, le mécanisme de compensation jouant dans de moindres proportions, les évaluations des populations régionales sont sujettes à de plus amples corrections. C'est ainsi qu'entre 1978 et 1980, la révision de l'évaluation de la population africaine pour 2050 donne des taux d'accroissement sensiblement plus élevés: selon la projection de 1978 l'Afrique abritera, en 2050, 19 % de la population mondiale, tandis que la projectionde 1980propose, pour la mêmeannée,22,8 %. Thomas Freijka [1], partant des estimations de l'ONu pour 1980, et en essayant de délimiter la zone de plausibilité des chiffres relatifs à la population totale dans l'avenir, a construit des variantes faibles et fortes des projections à long terme dont l'écart est plus étroit que celui des projections des Nations-Unies qui sortent ainsi confortées de la confrontation.
Tableau n° 10 : Comparaison des variantes faibles et fortes des projections démographiques établies par Freika et par l'ONU Projections de Freijka Projections de l'ONU année 2000 2050 2100
variame faible plausible 6046 8762 9208 variante forte plausible 6353 Il 015 12 348 variante de diminution 5 837 7 667 7247 variante d' accroissernem 6 337 11 690 14927

c. Catastrophe ou développement?

Les hypothèses non retenues

Si ces projections gagnent chaque jour en précision et crédibilité, il ne faut pas perdre de vue qu'elles ignorent délibérément une catégorie d'hypothèses qui pourraient pourtant perturber sérieusement le cours de l'histoire de l'humanité. Découvertes scientifiques aujourd'hui insoupçonnables dans le domaine alimentaire, énergétique ou sanitaire, catastrophes naturelles ou provoquées, voire par erreur, famines, conflits armés régionaux, etc., peuvent changer les données du problème démographique. Si elles ne sont pas prises en compte dans la prospective onusienne, c'est que le comportement des Nations Unies consiste justement à supposer qu'il est toujours possible de trouver des solutions non traumatisantes aux désarticulations qu'est en train de, et va continuer à vivre la société mondiale pendant cette phase de transition démographique. C'est ici que se trouve la question qui est à la base de toutes les interrogations sur l'avenir du Tiers-Monde et particulièrement du Sahel. Sera-t-il en fait possible, compte tenu de la limitation de la croissance des ressources disponibles, des mutations socialement envisageable s, du repli du monde riche face aux sombres perspectives de l'économie mondiale, d'éviter que les risques de catastrophes dont l'hypothèse est ici écartée, ne deviennent réalité? La situation actuelle en Ethiopie, au Mali, au Mozambique, ne montre-t-elle pas que les menaces de famine pronostiquées en Afrique par René DUMONT les années 62 [2], se sont effectivement concrétisées? Toute la dès question du développement tourne aujourd'hui, au Sahel, autour de ce point: est-il possible de conjurer la menace de catastrophe que les énormes distorsions sociales et économiques causées par de telles perspectives de croissance démographique dans un contexte de régression économique font peser sur cette région du monde?

1) Thomas FRElKA, Long-term prospects for world population growth. Population and Development Review, vol.7, n03, 1981, p. 489 à 511. 2] « Famine mondiale en 1980» est le tiU'e du dernier chapiU'e de L'Afrique noire est mal partie paru en 1962. Voir aussi: Nous allons à la/amine par B. ROSIER et René DUMONT, paru en 1966.

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CHAPITRE DEUXIEME

L'urbanisation du Sahel
2.1. EVOLUTION DE LA DEMOORAPHIE URBAINE AU SAHEL 2.2. UNE HISTOIRE RAPIDE DE L'URBANISATION DU SAHEL 2.3. LES TRAITS SAILLANTS DE LURBANISATION DU SAHEL