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Histoire de la conquête du Mexique

De
288 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 149
EAN13 : 9782296299405
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HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DU MEXIQUE

@

L'Harmattan,

1995

ISBN:

2-7384- 3062- 7

Bernard GRUNBERG

HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DU MEXIQlTE

Éditions L'Harmattan
5-7~rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Du même auteur:

- L'univers
1984,415p.

des conquistadores. Les hommes et leur con-

quête dans le Mexique du xvr siècle, Paris, L'Harmattan,

- Heman
cartes).

Cortés, La conquête du Mexique, Paris, La Dé-

couverte, 1982, 2C édition, 458p. (introduction, notes et

- Bernal Diaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle Espagne, Paris, La Découverte, 1980, 2 volumes, 260 et 268p. (introduction, choix de textes et cartes).

A mes parents, à qui ce livre doit tant.

LE MEXIQUE

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INTRODUCTION

La conquête de l'Amérique est un phénomène original et probablement unique. Elle débute en 1492, lorsque Christophe Colomb, pour la première fois, foule le sol d'un Nouveau Monde avec quelques compagnons d'armes. Mais la conquête véritable ne débutera qu'une trentaine d'années plus tard, avec le Mexique. L'histoire de la conquête du Mexique se confond en fait avec la conquête de Mexico qui s'ouvre avec l'expédition de Francisco Hemândez de Cordoba et s'achève avec la reddition de Cuauhtemoc, le 13 août 1521. Cette date marque l'effondrement d'un jeune Etat, jusque là en plein essor, l'Empire aztèque. Les autres conquêtes (Michoacan, Jalisco, Zacatula, Colima, Panuco, Oaxaca, Isthme de Tehuantepec, etc.) ne seront que les prolongements de celle de Mexico. Cette épopée, courte dans le temps (1517-1521) mais fondamentale dans l'Histoire, méritait bien d'être retracée. Elle vit, en effet, l'affrontement de deux civilisations radicalement différentes: celles de l'Espagne et du Mexique. Elle marqua aussi le début de la disparition du monde précolombien et la naissance d'un monde colonial nouveau, dont les gènes furent un heureux mélange du vieux monde et du nouveau. 9

La conquête du Mexique a fait l'objet de nombreux écrits d'inégale valeur. Certains auteurs se contentent de reprendre, voire paraphraser, les différents récits; d'autres mêlent, sans aucune étude critique, les diverses chroniques; d'autres encore se réfèrent à des éditions peu fiables ou laissent libre court à la conception d'une histoire plus ou moins romanesque, voire fantaisiste, quand elle n'est pas franchement subjective pour servir de fondement à telle ou telle idéologie. D'autres enfin se situent au coeur de la "légende noire" ou, au contraire, encensent les exploits des conquistadores. Pour retracer ce dramatique épisode, nous avons choisi de n'utiliser que les docwnents contemporains, ou du moins, exclusivement ceux du XVIe siècle: chroniques des conquistadores eux- mêmes, témoignages indigènes (codex), histoires diverses (officielles ou particulières). Nous nous référerons également aux différentes archives, bien que les informations que l'on peut y recueillir soient éparses et peu nombreuses.

10

Chapitre I

A LA DÉCOUVERTE

DU MEXIQUE

Lorsque Christophe Colomb meurt en 1506, il emporte son erreur dans la tombe; seuls quelques géographes et marins (Santaella, Martyr de Anghieria, Vespucci,...) ont alors pris conscience que l'Amiral a découvert un monde nouveau. Dès 1506, à partir de Hispaiiola (Haïti), les Espagnols se lancent à la découverte des Antilles et conquièrent Puerto Rico (1508), puis la Jamaïque (1509) et Cuba (15II). Cependant, Ponce de Leon explore la Floride (1508-1512), Diego de Nicuesa prend pied au sud de l'Isthme de Panama et Alonso de Ojeda explore les côtes de Colombie (1509). En 1513, Balboa découvre le Pacifiquel. La colonisation des Antilles et de la Terre Ferme (régions de l'Isthme) s'avère décevante pour les colons espagnols: le travail forcé et les mauvais traitements ont décimé la population indigène des îles. Les rivalités entre les différentes factions pour le pouvoir politique, l'épuisement des placers d'or et le développement de l'émigration ibérique outre-Atlantique sont à l'origine, vers 1516, d'une nouvelle phase d'expansion vers l'ouest, c'est à dire le Mexique. A l'origine, les Espagnols n'avaient rencontré que des Taïnos, peuplades pacifiques, dont l'économie était fondée sur la culture du manioc et de la patate douce et sur la pêche. Plus au sud, dans les Petites Antilles, ils avaient eu à affronter les Caraïbes, peuple plus belliqueux, mais faiblement organisé, et avaient eu quelques contacts sur la Terre Ferme avec les Chibchas. Toutes ces populations vivaient au stade néolithique, regroupées en nombreuses communautés villageoises; elles ignoraient la roue, l'écriture, la métallurgie et ne possédaient pas de villes. La découverte du Mexique allait confronter les conquistadores à une II

autre civilisation, plus développée, plus structurée, plus policée et dangereuse, qui pouvait freiner et menacer l'implantation espagnole dans le Nouveau Monde.

1) L'EXPÉDITION DE HERNANDEZ DE CORDOBA
A la fin de l'année 1516 et au début de 1517, 110 hommes. pour la plupart sans fortune, venus de Terre Ferme, de Saint- Domingue et de Cuba. se rassemblent pour monter une expédition d'exploration et de razzia à l'ouest des Antilles; un bon nombre de participants sont d'ailleurs des vétérans de l'expédition de Pedrarias Davila, rapatriés de Terre Ferme à Cuba2. BernaI Diaz deI Castillo, conquistador et historien de la conquête du Mexique. prend part à cette entreprise et expose clairement les motivations des participants: <<nousrésolûmes d'aller à nos risques et périls découvrir des terres nouvelles où nous pussions trouver l'occasion d'employer nos personnes»3. L'expédition est montée sur le type de la compafiia, association de plusieurs personnes qui mett~nt en commun tout ce qu'elles possèdent et partagent les bénéfices non en fonction d'un contrat juridique, mais des lois et des coutumes. Un groupe d'aventuriers, composé de Francisco Hernandez de Cordoba, Lope Ochoa de Caicedo et Cristobal Morante, mettent chacun entre 1.500 et 2.000 pesos dans cette compafiia4. Ils achètent deux caravelles de moyen tonnage et reçoivent un troisième navire. un brigantin, de Diego Velazquez, gouverneur de Cuba, à la condition de razzier les îles entre Cuba et le Honduras notamment pour la capture d'esclaves et la recherche de l'o~. Les armateurs fournissent également des provisions pour le voyage (pain de cassave, pOrc salé) et des verroteries pour le troc. Les participants achètent à leurs frais des cordages, des haubans, des ancres et des barriques d'eau, en mauvais état, car ils ne sont pas riches. Ces hommes confient le conmlandement à Francisco Hernandez de Cordoba, un hidalgo natif de Cordoue, qui a participé avec Diego Velazquez à la conquête de Cuba en 1511 et qui a obtenu des encomiendas en récompense des services rendus. La petite troupe s'assure le concours de trois pilotes: Anton de Ala12

minas, le chef-pilote natif de Palos, qui a été mousse sur le navire de Christophe Colomb lors de son quatrième voyage, Camacho de Triana et Juan Alvarez, le manchot. Bernardino Iiiiguez est élu veedor; il aura la charge de recueillir le quint royal. La flotte se dote aussi d'un aumônier, Alonso Gonzalez. Avant de quitter le port de Ajaruco (près de La Havane), les hommes entendent la messe et se recommandent à Dieu et à la Vierge Marie6. Après avoir quitté le port le 8 février 1517, les trois navires longent la côte, doublent la pointe de Cuba et naviguent au hasard vers l'occident car ces parages n'ont pas encore été explorés et Alaminos ignore tout des courants et des vents qui y règnent. Après avoir essuyé pendant deux jours une terrible tempête, les membres de l'expédition aperçoivent une terre inconnue et voient se profiler, à la pointe du cap Catoche, une cité importante, comme ils n'en ont encore jamais vue, avec une pyramide; ils la baptiseront Grand Caire. Dans l'expectative, ils attendent un signe amical. Le 4 mars, les indigènes font les premiers pas; montés sur cinq grands canots, creusés dans des troncs, m:.lSà la rame et à la voile, plus d'une centaine d'hommes viennent à leur rencontre. Sans interprète, les Espagnols les invitent par gestes à monter à bord du navire de Francisco Hernandez de Cordoba. Ils sont alors frappés d'étonnement car ces Indiens ne sont pas ceux qu'ils cOlU1aissaient ans les îles antillaid ses: ils ont un aspect différent, sont vêtus de pagnes et leur semblent plus civilisés. En fait, ils vielU1entde prendre contact avec les Mayas7. Après le troc habituel, les Indiens repartent et le lendemain invitent les Blancs à venir dans leur village. Méfiants, les hommes descendent à terre, groupés, protégés par 15 arbalétriers et 10 escopétriers. Des bataillons indigènes, armés de lances, d'arcs, de frondes et protégés par des cuirasses matelassées de coton (escaupils) et des boucliers, surgissent de la forêt, qui longeait la côte et les dissimulait aux yeux de leurs adversaires, et leur portent un vigoureux assaut. La surprise causée par les armes à feu déroute les indigènes, qui rompent le combat rapidement, laissant une dizaine de tués, contre 2 morts et 15 blessés dans les rangs espagnols. Près du champ de bataille, les Espagnols découvrent, dans des oratoires, des idoles de terre cuite qui 13

<<avaient es figures diaboliques; d'autres présentaient des fonnes d féminines, avec des tailles élevées; il y en avait d'un fort mauvais aspect et se groupant de façon qu'on aurait pu dire qu'ils étaient sodomiteS»8. Dans le village déserté par ses habitants, à l'exemple du prêtre Alonso Gonzalez, qui dérobe un grand nombre d'objets précieux dans le temple indien9, ils font main basse sur tous les objets en or et repartent vers leurs navires avec leur butin et deux prisonniers indigènes, qu'ils baptiseront plus tard Melchorejo et Julianillo. Le pilote Alaminos, persuadé d'avoir découvert une île, décide d'en poursuivre l'exploration systématique. Pendant deux semaines, il naviguera le jour et mouillera près des côtes, le soir venu. Comme le Yucatan se situe dans la région la plus sèche, les hommes souffrent de la soif et ils ne peuvent s'approvisionner en eau car ils ne rencontrent aucun fleuve côtier. Le 22 mars, ils aperçoivent une ville qu'ils nomment San Lazaro (Campeche), en raison du jour de sa découvertelO. Prudents, ils débarquent à quelques encablures de la cité pour remplir leurs tonneaux. Des Indiens viennent à leur rencontre et leur demandent s'ils sont Castillans, témoignant par là-même d'un précédent contact avec des Espagnols, qui avaient fait naufrage au Yucatan quelques années auparavant; Cortés s'en souviendra plus tard et il fera rechercher les survivants éventuels, dont Geronimo de Aguilar. Les indigènes les invitent à venir dans leur ville: poussés par la curiosité mais toujours vigilants, les hornnles de Francisco Hernandez de Cordoba les suivent et arrivent près des temples mayas. «Sur les murs se voyaient des dessins figurant des serpents, à côté de peintures représentant des idoles, tout autour d'une sorte d'autel taché de gouttelettes de sang encore frais ... Nous restâmes stupéfaits d'étonnement en présence de ces choses que jamais on n'avait vues, ni jamais entendues jusqu'alors. Il est certain qu'ils venaient de sacrifier des victimes humaines à leurs idoles, afin d'en obtenir la victoire contre nos annes»)). Les Indiens leur donnent alors un court délai pour partir; en bon ordre, les Espagnols réembarquent. Les navires poursuivent leur route pendant près d'une semaine avant d'être pris dans une terrible tempête, qui menace de les fracasser sur la côte. Le danger passé, il devient urgent de refaire des provisions d'eau et, le 1er avril, ils aperçoivent une nou14

velIe cité (Champoton), où ils décident de faire relâche. Alors qu'ils remontent les barriques pleines sur les chaloupes, ils sont attaqués par une multitude d'indigènes. Le combat sera bref mais violent; devant un ennemi trop nombreux, c'est de justesse et en catastrophe qu'ils peuvent remonter sur leurs navires. Cette journée funeste aura coûté à l'expédition 57 hommes12.

CHRONOLOGIE

DE L'EXPEDITION

DE

F. HERNANDEZ DE CORDOBA (1517) 8 février 1 mars 4 mars 5 mars 22 mars 1 avril 4 avril 9/10 avril Il -avril 13/15 avril départ d'Ajaruco le Cap Catoche est en vue venue des canoës indigènes débarquement, combat, départ Canlpeche Champoton, combats, réembarquement lagune de Terminos (?) Floride, combats, réembarquement Florida Keys retour à Carenas
(d'après Bemal Diaz deI Castillo)

Après avoir pansé leurs blessures, les rescapés décident de brûler le petit brigantin, en trop mauvais état pour poursuivre a route, non sans en avoir retiré tous les cordages et toutes les voiles. Trois joumées de voyage anlènent les navires probablement dans les environs de la lagune de Tenuinos (rio Lagartos)13. Deux journées de repos seront nécessaires pour préparer le retour car désormais il n'est plus question de poursuivre l'exploration avec un équipage aussi diminué. Mais ils ne pourront pas rejoindre Cuba directement par l'est, parce qu'Alaminos ignore la direction à suivre. Il propose donc de passer par la Floride: il connaît cet itinéraire pour l'avoir déjà emprunté avec Ponce de 15

LeOn quelques années auparavant. La traversée s'effectue en quatre jours et, le 9 ou 10 avril, ils touchent terre. Mais ils sont attaqués par les indigènes, le commandant est gravement blessé et ils réembarquent rapidement. Les navires font route vers Cuba, croisent les Florida Keys et arrivent à Carenas à la mi-avriI14. L'expédition se solde par un échec: près de 70 hommes ont été tués, les survivants sont tous blessés et Hernandez de Cordoba meurt des suites de ses blessures, une dizaine de jours après son retourlS. Mais «ce maigre butin fut tellement grossi par la renommée, que le bruit s'en répandit dans les îles entières de Saint-Domingue et de Cuba, et même en Castille. On disait que jamais pays meilleurs n'avaient été découverts, avec des habitations si bien bâties à chaux et à sable... Ce pays excita une admiration très grande»16. Le Yucatan est alors appelé l'Ile Riche. Diego Velazquez se hâte d'envoyer Gonzalo de Guzman, auprès des membres de l'Audience de Saint-Domingue, pour obtenir l'autorisation de poursuivre son entreprise17.

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2) L'EXPÉDITION

DE GRIJALVA

Quelques mois après la découverte du Yucatan par Francisco Hernandez de Cordoba, Ie gouverneur de Cuba, Diego Velazquez, et probablement les deux hommes d'affaires qui ont pris en charge une partie des frais de la première entreprise décident de lancer une seconde expédition. Les préparatifs s'échelonneront du début de l'année 1518 au mois d'avril. Quatre navires sont remis en état: les deux caravelles de la première entreprise et les deux autres bateaux fournis par les commanditairesl8. La flotte est composée de deux ou trois caravelles et d'un brigantin (un petit navire à faible tirant d'eau, qui permet une meilleure approche des côtes et la remontée des fleuves), nommés San Sebas-

tian, Trinidad, Santiago et Santa Maria de Los Remedios19.
Les volontaires pour ce nouveau voyage ne manqueront pas; les rumeurs flatteuses de l'expédition de 1517 et celles orchestrées dans le même sens par les principaux conill1anditaires pern1ettront la réunion de 240 h011ill1es2o. Parn1i eux, se trouvent des survivants de l'équipée de Francisco Hernandez de Cordoba, comme Bernai Diaz del Castillo; la plupart sont des hommes sans fortune, qui souhaitent tenter l'aventure pour découvrir des terres riches, idéales pour la colonisation. Le conill1andant de la flotte est un hidalgo, Juan de Grijalva, parent du gouverneur de Cuba. Né à Cuellar vers 1489, il est arrivé dans le Nouveau Monde en 1510-1511 et a participé avec Diego Velazquez à la conquête de Cuba; doté d'encomiendas, il a occupé un poste important à Trinidad (Cuba)21. Les trois autres capitaines sont choisis parn1i les plus entreprenants de l'île: Pedro de Alvarado, Alonso de Avila et Francisco de Montejo. Francisco de Penalosa sera nommé veedor et Antonio de Villafana trésorier2. Aux postes de pilotage, l'expédition reprend à son service les trois navigateurs de Francisco Hernandez, dont Alaminos, car ils sont les seuls à connaître la région à explorer et faciliteront par là-même l'entreprise23. Grijalva emmène aussi les deux Indiens capturés lors de l'expédition précédente; ils lui serviront d'interprètes24. Nous connaissons les buts de l'expédition avec précision car trois de ses participants vont relater leurs aventures: Bernai Diaz del Castillo, Bernardino Vazquez de Tapia (porte-drapeau des conquistadores) et Juan Diaz, le prêtre de l'expédition: Gri18

jalva doit découvrir des terres propres à la colonisation et, bien entendu, rapporter le plus d'or possible25. Le rassemblement s'effectue à Matanzas (près de La Havane). C'est là que se trouve le plus important dépôt de viande de porc salée et de pain de cassave. Après avoir été remplis de provisions, d'eau et de verroterie destinée au troc, les navires quittent Matanzas le 30 avril, font relâche à Carenas, puis prennent le large le 23 avril et, le Ier mai, doublent le cap de San Anton26. Déviés par les courants marins sur une route plus basse que celle empruntée par Fr. Hernandez de Cordoba, ils atteignent l'île de Cozumel le 3 mai, et la longent avant de trouver un bon mouillage au Sud. Deux canots indigènes viennent à leur rencontre, mais dans l'incapacité de communiquer avec les Indiens, dont ils ignorent la langue, les Espagnols, prudents, se contentent pendant deux jours de reconnaître les contours de l'île, qu'ils baptisent Santa Cruz, et la côte toute proche du Yucatan. Le jeudi 6 mai 1518, le conU11andantdescend à terre, escorté d'une centaine d'hommes armés; mais les indigènes ont pris la fuite et les conquistadores se dirigent vers le village de Cozumel, entraperçu quelques jours plus tôt. Puis, «le commandant monta sur une tour avec le porte-étendard, l'enseigne déployée. Il planta cet étendard sur une des façades de la tour, dans l'endroit qui convenait au service du Roi Catholique. Il prit possession, au nom de son Altesse, en présence de témoins, et rédigea un acte en foi et témoignage de ladite possessioll»27. Cet acte d'une grande importance tire sa légitimité de la donation pontificale, faite par le pape Alexandre VI, en 1493; il représente l'acquisition de la souveraineté sur un territoire détern1iné28.La prise de possession vise en premier lieu la terre; l'occupation totale n'est pas nécessaire. En effectuant cet acte politique, Grijalva espère en retirer une récompense royale et la possibilité d'accomplir la future conquête à sa guise et à son profit. Dans le village, les Espagnols rencontrent quelques prêtres, qui leur offrent des poules, du miel et du maïs. L'étonnement est grand dans la troupe à la vue de ce village, dont les rues sont pavées, les maisons construites en pierres. Impuissants à établir des rapports avec les Indiens du lieu, les conquistadores réembarquent et poursuivent pendant quelques jours l'exploration des côtes yucatèques. Ils atteignent la baie de l'Ascension29.Tou19

jours convaincu d'explorer une grande île, le chef-pilote Alaminos remonte plus au nord, croise à nouveau Cozumel et tente de retrouver le chemin emprunté en 1517. A la mi-mai, ils sont à l'île des Femmes, croisent le cap Catoche et continuent à naviguer sur les traces de la première expédition, toujours de jour et près des côtes. La dernière semaine de mai, ils arrivent à Campeche. Se souvenant du bon accueil des indigènes, Grijalva décide de descendre à terre mais avec précautions. Une centaine d'hommes bien équipés prennent position près d'un point d'eau et pointent cinq fauconneaux (petits canons) en direction de la cité indienne. L'arrivée de nombreux bataillons indiens rend l'affrontement désormais inévitable. Dans un premier temps, les habitants de Campeche prient les Espagnols de quitter leur territoire, mais ceux-ci ont besoin de refaire des provisions d'eau et ne veulent pas réembarquer dans l'immédiat. La bataille sera terrible, tant la détermination des deux camps est grande. Submergés par le nombre, les conquistadores ne devront leur victoire momentanée qu'à l'appui décisif de l'artillerie, dont le rôle essentiel aura été de semer la panique dans le camp indigène, qui ne connaît pas cette arme nouvelle30. Conscient de la difficulté de sa position, Grijalva ne tarde pas à repartir. Reprenant le voyage vers le sud, les conquistadores croisent devant Champoton, mais le commandant, qui se souvient de la défaite cuisante essuyée par son prédécesseur, préfère continuer. Le 31 mai, ils atteignent Puerto Deseado (aujourd'hui Puerto Real, sur la lagune de Tenninos); ils vont s'y établir pendant plus d'une semaine pour caréner un navire endommagé et se reposer. Puis, ils repartent vers la région de Tabasco. Ils atteignent le rio San Pedro y San Pablo puis explorent l'estuaire d'un fleuve important, qu'ils nomment rio Grijalva (rio Tabasco). Désormais les conquistadores sont entrés dans l'empire aztèque et les premiers contacts sont établis avec les indigènes. Grijalva, par l'entremise de Julianillo et Melchorejo, les deux Indiens capturés lors de l'expédition de Fr. Hernandez de Cordoba, «leur fit dire que nous venions de pays lointains, que nous étions sujets d'un grand empereur du nom de don Carlos [Charles Quint], ayant pour vassaux plusieurs grands seigneurs; qu'eux aussi le devaient prendre pour maître, et qu'ils s'en trouveraient bien; qu'ils voulussent bien du reste nous donner des poules à manger, en échange de nos 20

perles. Deux d'entre eux nous répondirent (l'un était leur chef, l'autre un de leurs papes, sorte de prêtres chargés des idoles ...); ils nous dirent qu'ils fourniraient les provisions que nous demandions et qu'ils échangeraientleurs produits avec les nôtres; mais qu'ils avaient déjà un souverain et qu'ils ne comprenaient pas qu'à peine débarqués nous leur en offrissions un autre avant de les connaître; que nous prissions bien garde de ne pas leur faire la guerre comme à Potochan [Champoton], parce qu'ils avaient équipé contre nous deux xiquipiles de gens de guerre provenant de tous ces districts (chaque xiquipil se composait de 8.000 hommes) ...»31 . L'entrewe des deux camps montre bien l'incompréhension réciproque qui s'est établie. Pour les Espagnols, il faut avant tout soumettre les indigènes et amener ces populations à reconnaître la souveraineté de l'Espagne, par la force, si nécessaire. Les Mexicains ne peuvent comprendre l'attitude des nouveaux venus et seule la guerre et la pacification les obligeront à se soumettre. Pour l'instant, et les conquistadores le savent bien, ils ne sont pas en position de force, ils doivent donc se limiter aux seuls échanges économiques: or, ravitaillement. C'est encore à l'embouchure du fleuve Tabasco qu'ils vont entendre parler pour la première fois de l'existence de l'empire aztèque: «ils apportaient aussi des couvertures et des chemisettes en usage parmi eux, nous priant d'accepter de bonne grâce et disant qu'ils n'avaient plus d'or à nous offrir, mais que, plus loin, dans la direction du soleil couchant, il en existait beaucoup; et ils ajoutaient ;"Culua, Culua, Mexico, Mexico", sans que nous sussions encore ce qu'était Culua ni même Mexico»32. Le mal est fait car désonnais Mexico sera synonyme d'or et de richesse; la conquête a désormais trouvé son moteur essentiel. Au bout de deux ou trois jours, l'expédition reprend la route; elle passe devant la barre de Dos Bocas, le rio Tonala, puis au large de Coatzalcoalcos. Les Espagnols aperçoivent au loin la Sierra Nevada, aux sommets recouverts de neige. Le capitaine Pedro Alvarado passe devant le navire an1iral et explore le fleuve qui porte son nom33. Grijalva le rejoint et manifeste sa mauvaise humeur devant l'attitude de son capitaine qui a pris des initiatives et a transgressé ses ordres. C'est sur les bords de la lagune de Alvarado que les Espagnols vont rencontrer pour la pre21

mière fois un envoyé de Motecuhzwna. Le puissant souverain aztèque a déjà appris l'arrivée des Espagnols34:un teÀ1eindigène rapporte le discours prononcé par un habitant de la côte devant Motecuhzuma: «Sire, que Votre Majesté me pardonne mon audace. Je suis originaire de Mictlancuauhtla: comme je me trouvais sur les bords de l'Océan, je vis flotter au milieu de la mer une montagne, ou une grande colline, qui naviguait d'un côté, puis de l'autre sans toucher le rivage; et cela, au grand jamais, nous ne l'avons VU»35. L'empereur fait vérifier la nouvelle par ses propres gens qui, à leur retour, confirment l'information et décrivent les Espagnols entraperçus: «ils étaient vêtus chacun d'une casaque, tantôt rouge, tantôt bleue, tantôt gris-brun et vert, et d'une couleur sale ressemblant à nos manteaux ordinaires ou du moins aussi laide, tantôt enfin vermillon; sur la tête ils portaient des foulards rouges et c'étaient des calottes écarlates, ou d'autres couvre-chefs, très grands et arrondis, qui ressemblent à des poêlons; il doit s'agir de parasols [en réalité, des chapeaux] et leur peau est très blanche, et plus que notre peau; de plus, ils portent pour la plupart la barbe longue et leur chevelure descend jusqu'aux oreilles»36.Intrigué, hésitant, le souverain ne sait que faire, d'autant que les signes qui ont précédé la venue des Espagnols sont défavorables et que ressurgit le mythe du retour de Quetzalcoatl, dieu civilisateur mexicain. Quetzalcoatl, littéralement le serpent à plumes, était, à l'origine, le dieu de la végétation, de l'eau et du renouveau. Aux XIVe et XVe siècles, les Aztèques en firent le dieu de la caste sacerdotale, de la pensée spirituelle et des arts. Parallèlement, à la même époque, se créa une confusion entre cette divinité et un héros historique du Xe siècle. Celui-ci, roi de Tula, s'était rendu célèbre par son goût des arts, ses vertus morales et son pacifisme; il avait interdii les sacrifices humains et développé sa cité en faisant venir de nombreux artisans de tout le pays. Mais il avait été battu par un rival, qui préconisait le retour aux valeurs guerrières et aux sacrifices. Découragé, il était parti vers l'est. Dans la pensée collective, Quetzalcoatl devint un dieu barbu, à face blanche, qui ne devait revenir panni les siens que pour supprimer les sacrifices humains et l'oppression aztèque et pour ran1ener l'âge d'or. Il faut probablement voir, dans la représentation de ce dieu au visage blanc et barbu -caractères qui ap22

paraissent très tardivement -, une confusion entre les hommes blancs venus de l'est (les Espagnols) et le mythe du retour du grand dieu mexicain37. Sont-ce des hommes ou des dieux? Si le doute envahit l'esprit des indigènes, le représentant local de l'empire aztèque a, lui, déjà fort bien compris l'attrait de l'or sur les conquistadores et semble rejeter l'aspect divin des nouveaux arrivants. Lorsque Francisco de Montejo, capitaine de Grijalva, descend à terre pour faire du troc, il n'aura aucun mal à y parvenir, surtout que le gouverneur indigène de l'endroit ordOlme aux habitants des alentours d'échanger l'or qu'ils possèdent contre les marchandises espagnoles. Les conquistadores obtiendront en six jours plus de 15.000 pesos en or, de petite qualité il est vrai. Avant de repartir, Grijalva prendra possession de cette nouvelle terre au nom du roi
d'Espagne38.

De conserve, les 4 navires reprennent leur exploration et, fmjuin, ils arrivent à l'île des Sacrifices où, mieux qu'ailleurs, les conquistadores vont apprendre à cOlmaître la religion des Mexicains39. Parvenus dans l'île, les Espagnols se dirigent vers un temple et, pOUSSl;Sar la curiosité, entrent dans la salle des cérép monies où «il y avait deux jeunes Indiens morts, enveloppés dans une couverture peinte. Au delà des étoffes, on voyait deux autres Indiens, morts depuis vingt jours; il y avait près de ces cadavres et de l'idole, un grand nombre de têtes, d'ossements humains, beaucoup de fagots de pin et quelques grandes pierres sur lesquelles on tuait les Indiens»40. Désireux d'en savoir davantage, Grijalva fait venir un indigène, qui lui explique que «les Indiens tranchaient la tête aux victimes sur cette grande pierre, qu'ils déposaient leur sang dans le vase et qu'ils arrachaient le coeur de la victime pour l'offrir à l'idole après l'avoir brûlé; ensuite ils coupaient les mollets, les bras, les jambes pour les mangem41. Effrayés par l'aspect terrible de la religion indigène, les conquistadores quittent l'île des Sacrifices et débarquent, peu après, dans un site portuaire favorable: San Juan de Ulua. Les Indiens se montrent très accueillants à l'égard de leurs visiteurs; le troc s'organise, surtout pour la recherche de l'or; le commandant se renseigne d'ailleurs sur l'emplacement des mines d'or. Au sein de la troupe, l'opposition à Grijalva, menée par 23

Pedro de Alvarado et Alonso de Avila, se développe car ces derniers souhaitent engager la colonisation42. Après quelques jours de repos, incapable de se décider à lancer les bases d'une colonisation espagnole dans ces contrées, Grijalva, au profond dépit de ses hommes, décide de poursuivre le voyage. Cependant l'état de l'expédition, amoindrie par la perte d'une dizaine d'hommes, par de nombreux cas de maladies et l'épuisement des vivres, force le commandant à renvoyer Pedro de Alvarado chercher du renfort à Cuba; en même temps, Grijalva se débarrasse ainsi d'un adversaire potentiel. Alvarado repart avec les blessés, les étoffes de coton et l'or acquis43. Pendant ce temps, Diego Velazquez envoie Cristobal de Olid sur un petit navire à la recherche de l'expédition de Grijalva, dont il est toujours sans nouvelle. Mais le mauvais temps contraint Olid à faire demi-tour, d'autant plus que le navire a perdu ses ancres44. Peu après, Pedro de Alvarado arrive avec l'or et le rapport de Grijalva. Les trois caravelles vont poursuivre leur voyage vers Almeria (Nautla), le fleuve Tuxpan et atteindre le rio Panuco. Là, les combats avec les indigènes sont très violents; hésitant sur la route à poursuivre, Grijalva semble, cette fois, vouloir se lancer dans la colonisation malgré l'avis défavorable de ses capitaines, qui songent à revenir chez eux. Mais comme les courants et les vents deviennent contraires, que les provisions s'épuisent et que l'hiver approche, le pilote Alan1inos convainc sans peine son commandant de retourner à Cuba. Le chemin du retour reprend en partie celui de l'aller. Les conditions favorables les mènent en quelques jours au rio Tonala, où ils font une halte pour caréner un de leurs navires, qui fait eau. Puis ils atteignent la lagune de Terminos, Champoton et Can1peche à la fin de septembre, avant d'arriver à Santiago de Cuba vers la fin du mois d'octobre ou le début de novembre45. Mais Juan de Grijalva n'est pas encore de retour que le gouverneur de Cuba monte une troisième expédition, encore plus importante que les précédentes, car il entrevoit probablement des possibilités d'enrichissement rapide avec la recherche de l'or. Il en est convaincu lorsque le bilan de l'entreprise de 1518 fait apparaître une somme de 20.000 pesos46. Et, méfiant vis à vis de son parent, qui a manqué d'esprit d'initiative et sur qui pourrait rejaillir tout l'hOlmeur de la découverte du Mexique (car désor24

mais tout le monde convient qu'il ne s'agit plus d'une île mais d'un continent), il va nommer un nouveau conm1andant: Heman Cortés. Les expéditions de Francisco Hernandez de Cordoba et de Juan de Grijalva ont permis la découverte du Mexique, notanm1ent grâce au pilote Anton de Alan1inos. Elles ont établi, pour la première fois, un contact direct entre les principales civilisations mésoaméricaines (Mayas et Aztèques) et le monde hispanique. CHRONOLOGIE DE L'EXPÉDITION DE JUAN DE GRIJAL VA (1518) fin avril 1 mai 3 mai ml-mal 28-29 mai 31 mai mi-juin départ Cap San Anton Cozumel exploration côtière jusqu'à Bahia de Ascencion île des Femmes Campeche Puerto Deseado Rio San Pedro y San Pablo Rio Grijalva Coatzalcoalcos Rio Alvarado île des Sacrifices San Juan de Ulua Aln1cria (Nautla) Tuxtla Tampico (panuco); retour Rio Tonala Champoton Campeche

fin juin

fin septembre

fin octobre ou Santiago de Cuba début novem(d'après B. Diaz dei Castillo et Juan Diaz) bre 25

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Chapitre II

LES PRÉLIMINAIRES

DE LA CONQUÊTE

1) HERNAN CORTÉS47 Il est né en 1485, à Medellin, petite ville d'Estrémadure, au moment où les Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, achèvent la Reconquista et l'unité nationale, alors que commence à se faire sentir le début de la Renaissance espagnole. Ses parents, Martin Cortés de Monroy et Catalina Pizarro Altamirano, sont hidalgos. En 1499, Cortés entre à l'université de Salamanque, la plus prestigieuse université espagnole de cette époque. Il y passera deux années à faire ses humanités et à étudier le droit. A seize ans, il abandonne ses études et mène une vie oisive agrémentée d'aventures galantes48. L'Espagne n'offrait aux hidalgos que trois voies possibles: "l'Eglise, la mer ou la maison du roi"; aussi s'embarque-t-il en 1504 pour l'Amérique. Arrivé à Saint-Domingue, il est tour à tour colon, chercheur d'or, notaire public. Après quelques temps de misère relative, il s'attache au service de Diego Velazquez, avec lequel il part pour Cuba (1511), et se lance dans la pacification de l'île49.Secrétaire du gouverneur de Cuba et trésorier du roi, il se brouille avec son protecteur, qui le met en prison50. Son mariage avec Catalina Xuarez le réconcilie avec Diego Velazquez, qui lui donne une encomienda. Sa participation à la pacification de l'île le place en grande estime auprès du gouverneur, qui le dote plus richement encore et lui offre le poste d'alcade de Santiag051. Il mène pendant quelques temps une vie de colon fortuné, et reste donc à l'écart des premières entreprises de découverte. Mais sa nomination au poste de commandant de la 27

troisième expédition va désormais lier son sort à la conquête du Mexique.

2) LA PRÉPARATION

DE L'EXPÉDITION

Le gouverneur de Cuba n'a pas attendu le retour de Grijalva pour monter sa troisième expédition. Les premières nouvelles que lui rapporte Alvarado le confortent dans son idée de lancer une entreprise de grande envergure. Il dépêche Juan de Salcedo auprès des Hiéronymites de Saint-Domingue pour obtenir l'autorisation de poursuivre la découverte et la conquête des terres nouvelless2. Puis, le gouverneur de Cuba envoie en Castille son chapelain et homme de confiance, Benito Martin, pour obtenir l'autorisation légale d'«aller découvrir et conquérir le Yucatan et Cozumel» auprès de Juan Rodriguez de Fonseca, évêque de Burgos et président du Conseil des Indes, qui étend alors sa toute-puissance sur l'ensemble des affaires du Nouveau Mondes3. Ce dernier, protecteur de Diego Velazquez, avec lequel il est d'ailleurs associé pour le partage des bénéfices, lui octroie, le 13 novembre 1518, les pouvoirs de conquérir, coloniser les nouvelles contrées récemment découvertes et d'y commercer. Ces capitulations, qui d'ailleurs n'arriveront qu'après le départ de Cortés, sont très instructives: elles concèdent à Diego Velazquez le droit de découvrir, à ses frais, toutes les îles et terres non encore découvertes (en respectant le traité de Tordesillas). Le gouverneur de Cuba obtient le titre d'adelantado; il pourra conquérir toutes ces régions en respectant les instructions sur le bon traitement des Indiens, leur pacification et leur conversion. Pour éviter le dépeuplement des colonies de Saint-Domingue, Puerto Rico et Cuba, la couronne n'autorise que l'enrôlement de 200 Espagnols de ces îles, sous réserve qu'ils ne soient ni endettés ni passibles de peines de prison. L'expédition devra comporter un médecin, un pharnlacien et deux chirurgiens et, sur chaque navire, se trouvera obligatoirement un prêtre pour donner les Saints Sacrements; tous ces gens seront payés par la couronne. Pour aider les conquistadores, la courOlme fera venir de Séville 20 arquebuses de deux arrobes chacune. La monarchie veillera à la concession d'une bulle pontificale qui absoudra tous 28