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Indes

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EAN13 : 9782296227125
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INDE:

LES ANNÉES RAJIV GANDHI
( 1984-1989)

Photo de couverture: Roland et Sabrina MICHAUD

(Ç)L'HARMATTAN, 1990 ISBN: 2-7384-0869-9

Philippe HUMBERT

INDE:

LES ANNÉES RAJIV GANDHI
(1984-1989)

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

SOMMAIRE
Prologue..., Introduction ". ............................... .

9 13

Premtëre partie: La politique au jour le jour: tumulte et tohu-bohu
CHAPITRE I : 450 jours d'état de grâce (30 octobre 1984-26 janvier 1986) ....................................... CHAPITREII: Du doute à la crise (26 janvier 1986-25 juillet 1987) .. ". CHAPITREIII : La course de fond ..............................

21 49 73

Deuxième partie: Une société en mouvement
CHAPITREI : Des tigres et des hommes CHAPITREII : Une économie à trois vitesses CHAPITREIII : Des castes et des femmes 85 111 143

Troisième partie: Pistes pour un futur
CHAPITRE I: Un milliard de citoyens en quête d'enjeux CHAPITREII : Autopsie d'une crise CHAPITREIII : Vers quelle recomposition du paysage politique 179 205 219 7

Epilogue: Lexique..

L'Inde et nous

253
259

Annexes relatives à la deuxième partie, chapitre II Table des matières

263 279

8

PROLOGUE

1" décembre 1989: Vishwanath Pratap Singh est nommé Premier ministre et est chargé par le. président Mr. Venkataraman de former le gouvernement. Qui aurait pu imaginer une telle situation cinq ans plus tôt, au moment où Rajiv Gandhi était porté triomphalement au pouvoir? A peine rassurés par l'aisance de cette transition démocratique, tous les observateurs s'interrogent, où va nnde ? Le Bombay Stock Exchange perd 20 points d'indice le mardi 28 novembre. Chacun suppute déjà les chances de survie de la coalition au pouvoir, tiraillée entre le Parti militant Hindou BIP et les partis de la gauche communiste. Pour éclairer l'avenir, ne faut-il pas d'abord essayer de comprendre les causes, immédiates et lointaines, de la défaite du .Congress (1) et du changement de la situation politique. Plusieurs facteurs ont joué simultanément: croissance et une augmentation rapide des prix à la consommation, notamment des produits alimentaires; - l'accroissement de la violence d'origine religieuse, en particulier du fait des décisions opportunistes prises au sujet de la construction du temple d'A yodyha ; 9

- une répartition

trop inégale

des fruits

de la

- le discrédit du parti du Congress(l) et des institutions} usés par plus de JO mois de controverses à propos du contrat d}armement BOFORS. Au-delà de ce problème majeur de déficit d}explications} de mise en perspective des enjeux collectifs} bre/, de
politique} la défaite du Congress

(n

qui s) est jouée} comme

toutes les élections générales indiennes} dans l'Hindibelt} est due à la rupture} dans de nombreuses circonscriptions du Nord de l'Inde} de la coalition historique entre les paysans pauvres et les couches plus favorisées. Par ailleurs} dans les villes} les comportements politiques ont été moins monolithiques} plus diversifiés que par le passé. La surprise est aussi venue des Etats du Sud} de la défaite du Telugu Desam de N. T. Rao dans l'Andhra Pradesh et du DMK dans le Tamil Nadu. Contrastant avec la défaite des vedettes du populisme} les électorats ont été fidèles aux partis marxistes du Bengale} et aux nationalistes Sikhs du Penjab. La réalité politique est trop complexe} les renversements de situation trop raptdes} pour qu}un fil directeur unique puisse être dégagé à partir de cette consultation électorale. A titre d}hypothèse} on peut penser que ces élections traduisent une tendance qu}on qualifierait en Occident de « gauche» : la classe moyenne} au lieu de soutenir en bloc le Congress (l)} s}est éparpillée selon des critères plus politiques entre BJP}Janata DaI et Congress (l). De même} les couches paysannes pauvres du Nord ont souvent massivement rallié le Janata DaI} désertant un Congress (l)
jugé « pro-rich ~~.

Peut-être n}est-ce pas trop tôt pour voir là certains signes d}une modernisation de la politique indienne où des classes sociales} c}est-à-dire des groupes sociaux défendant des intérêts économiques et partageant des valeurs communes} apporteraient leur support à des partis politiques différents.

10

Dans certaines régions de l'Inde du Nord) là où les facteurs régionaux ne sont pas trop perturbateurs) il se dessineune situation dans laquellela couche« capitaliste»
de la population soutient le Congress

(n

la classe moyenne

se disperse entre le Congress (1)) la coalition «centregauche» de lanata DaI et le BIP) et les couches paysannes pauvres apportent leur soutien aux fractions populistes du lanata DaI. Ce mouvement est encore à peine esquissé mais déjà) là où il se manzfeste) il exerce des effets dévastateurs pour le Congress (1)) du fait de la rupture de la coalition gandhienne historique) associant les « harijans » aux élites de la société. Il pourrait préfigurer un vaste reclassement des forces politiques indiennes) le lanata DaI constituant un «centre-gauche ») y compris avec des disszdents du
Congress (1)) rejetant le Congress (1) au « centre-droit ») et

encadré par le BIP à droite et les partis communistes à gauche. C est ce que V.P. Singh a en tête quand il parle du « realignment of Indian Politics ». Le maintien de cette tendance dépend beaucoup du nouveau gouvernement et de sa capacité à répondre aux attentes de ses électeurs. Une mise en perspective) par un retour en arrière sur les 5 ans qui viennent de s)écouler depuis le 30 octobre 1984) est de nature à éclairer les cheminements du futur dans l'Inde politique de demain. Tel est l'objet du présent ouvrage.

11

CHINE TIBET

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INTRODUCTION
Les tambours retentissent de leur rythme saccadé; les trompettes hurlent dissonantes; un cheval blanc et son cavalier enturbanné avancent dans la lueur des lampes au gaz juchées sur la tête des porteurs au milieu d'un cortège désordonné, vers l'entrée des jardins du Taj Mahal Hotel à New Delhi. Les tentes et les buffets sont dressés et garnis de guirlandes d' œillets, les musiciens sont en place sous les projecteurs près de la piscine. Les voitures déftlent sous le porche et déchargent les couples d'invités, femmes en sari ou en penjabi *, hommes en safari * ou en jodhpuri *, sous le salut des majestueux portiers sikhs. A quelques mètres, sur le trottoir, une femme assise sur ses talons allume un petit feu de brindilles pour faire chauffer une gamelle. Un homme somnole sur un charpoy *, des enfants jouent. Derrière on devine dans la pénombre la tente qui abritera leur sommeil. D'un côté, le cadre habituel d'une réception de mariage, de l'autre, le campement provisoire de la famille d'un ouvrier du bâtiment occupé sur un chantier voisin. Ces deux mondes coexistent dans une apparente indifférence, séparés par la distance sociale et culturelle, plus encore que par l'écart des revenus. Scène symboli13

que et quotidienne des villes de l'Inde. Deux vIsages parmi beaucoup d'autres. Il y a cent langues en Inde. Il y a cent témoignages. Il y a cent futurs imaginables. Cent lectures possibles d'une société où se côtoient constamment le réel et le détachement sans qu'on puisse les dissocier. Comment trouver un fil directeur dans ce pays aux multiples facettes? Pays de contrastes géographiques, entre le Nord-Ouest désertique des confins avec le Pakistan, et le Sud humide, tropical, des rizières. Pays frappé tour à tour et souvent simultanément par la sécheresse et les inondations, où le château d'eau de l'Himalaya domine les plaines surchauffées du Gange. Pays de contrastes, de castes, de religions, où coexistent le luxe ostentatoire des nouveaux riches, et la misère des « slums» *. Un témoignage sur l'Inde ne peut pas être global, analytique et complet. Trop d'événements, trop d'évolutions simultanées dans trop de lieux différents et dans trop de sens contradictoires. L'approche choisie dans cet ouvrage est résolument « indienne ». Dans ce pays déjà asiatique où l'exposé cartésien est sans effet, les réalités sont abordées d'une manière oblique, par allusions, volontairement gonflées ou au contraire atténuées au point d'être inaudibles pour quiconque ne sait pas entendre. Un certain flou enveloppe opinions, affirmations, perspectives. Toujours, le temps glisse. Il faut aller au-delà du «dit », des apparences. La première réalité qui s'offre à l'observateur est celle d'une scène politique foisonnante. La politique est omniprésente, dans la presse, dans les médias. Chaque 14

jour apporte son lot de révélations, de controverses, de polémiques, de rebondissements inattendus qui se succè. dent les uns aux autres. A cet égard, la période nouvelle ouverte dramatiquement le 30 octobre 1984 est exceptionnelle. La première partie de cet ouvrage présente par grands tableaux successifs, le film des événements politiques depuis les jours dramatiques du début de novembre 1984 ; 1985, l'année triomphante de Rajiv Gandhi, puis les incertitudes de 1986, la crise de juin-juillet 1987 et la course d'attente qui précède les élections générales de 1989. Au-delà du tumulte politique, l'Inde évolue à sa manière, lente, régulière, parfois secrète. Est-ce bien vrai? Lente? En 60 mois, d'octobre J984 à octobre 1989, ce sont plus de 75 millions d'habitants supplémentaires qui sont venus s'ajouter à la population. Régulière? L'économie progresse depuis près de 40 ans au taux moyen annuel de 3,5 % mais l'accident climatique de 1987, la sécheresse la plus sévère du siècle déjoue les calculs des planificateurs. Secrète? Les coutumes, les traditions sont sousjacentes, sous le vernis de la modernité et prêtes à resurgir. En septembre 1987, des milliers de Rajpoutes, caste guerrière du Rajasthan, défilent dans J aïpur pour défendre la tradition du Sati *, celle des veuves qui s'immolent dans le brasier au côté du mari défunt. Mais un nombre égal de femmes et d'hommes protesteront en sens mverse. Démographie, Economie, Société, la deuxième partie de l'ouvrage a pour objet de discerner dans ces trois domaines les évolutions perceptibles et porteuses d'avemr. A travers ces témoignages apparaissent progressIve. 15

ment les contours d'une nouvelle classe moyenne, et plus généralement de nouveaux comportemer.ts politiques, moins liés aux clivages traditionnels des castes et des
.

religions.

La troisième partie de l'ouvrage met ces changements en perspective au sein de l'iconographie politique indienne et dans le jeu des partis politiques: la coalition historique, celle qui voit les « harijans » jouant les forces d'appoint des grands capitalistes et des propriétaires fonders du Congress (I) * ne va-t-elle pas apparaître comme « contre nature» ? Une recomposition politique n'est-elle pas en train de se dessiner, à l'occasion des élections générales de 1989, conduisant à une« modernisation» de la politique, ou bien les «vaches sacrées» vont-elles encore l'emporter?

16

PREMIÈRE PARTIE

LA SCÈNE POLITIQUE: TUMULTE ET TOHU-BOHU
REPÈRES
Mercredi 30 octobre 1984, 9 heures 16 du matin, Indira Gandhi, 67 ans, Premier ministre de l'Inde, la fille de J. Nehru, Premier ministre de 1950 à 1964, quitte sa résidence, au 1 Safdarjang Road, à New Delhi, pour se rendre à son b\lreau situé à quelques dizaines de mètres, où l'attendent Peter Ustinov et une équipe de télévision irlandaise. 21 coups de feu claquent. Indira Gandhi s'écroule près du portail, mortellement blessée. Les tireurs, deux gardes du corps sikhs, Beant Singh et Satwant Singh lèvent les bras et se rendent. Beant Singh déclare: «J'ai fait ce que j'avais à faire, maintenant vous faites ce que vous devez faire. » Transportée au All India Institute of Medical Sciences, Indira Gandhi est déclarée morte à 14 heures 30. Un nouveau chapitre de la vie politique de l'Inde, déjà riche en rebondissements et tragédies s'ouvre.
17

Les 1, 2, et 3 novembre, des émeutes anti-sikhs font rage à Delhi; des milliers de sikhs sont massacrés, en représailles, par leurs concitoyens hindous. Le fils d'Indira Gandhi, Rajiv, un nouveau venu à la politique, qui n'a abandonné sa carrière de pilote d'Indian Airlines qu'à la mort accidentelle de son frère Sanjay en décembre 1980 est nommé Premier ministre le soir même de l'assassinat de s,a mère. Par une procédure exceptionnellement rapide, coupant court à la solution provisoire du Premier ministre par intérim, ce qui avait été le cas lors de la mort de J. Nehru en 1964 et de L.B. Shastri en 1966, le Congress (I) Parlementary Board, quoique réduit à deux membres présents sur 9 (effectif théorique) - Mukherjee et Narasimha Rao - désigne Rajiv Gandhi comme nouveau chef de parti, recueille le soutien du viceprésident et propose, via une lettre du secrétaire général du All India Congress (I) Committee au président de l'Inde, Zail Singh, de nommer immédiatement Rajiv Gandhi Premier ministre, ce qui est fait le jour même à 18 heures 30. Des élections nationales ont lieu le 24 décembre. Le Congress (I), le parti politique de J. Nehru et d'Indira Gandhi, remporte un triomphe électoral sans précédent. 30 avril 1988. Que lit-on dans la presse indienne? Le Joint Parlementary Committee a remis son rapport sur l'affaire Bofors, ce nom quasiment inconnu en 1984, mais qui n'aura guère quitté la première page des journaux depuis avril 1987. Le nombre des meurtres politiques commis au Penjab la veille s'élève à 17. Le budget 1988-1989 présenté le 25 mars 1988 par le ministre des Finances N.D. Tiwari, fait ressortir un déficit record. Les analystes économiques se demandent: l'Inde va-t-elle tomber dans la « trappe» de la dette intérieure? 30 octobre 1989. Toute l'Inde politique est en effervescence car les élections générales sont avancées par 18

surprise aux 24-26 novembre. Le pacte électoral de l'opposition arrivera-t-il à tenir? Bofors est toujours là et chaque journée apporte un lot de « révélations ». Depuis le 30 octobre 1984, l'Inde, ce pays qui a la politique pour passion, où la politique est à la fois un spectacle pour les foules, les « Chiefs Ministers» de deux importants Etats du Sud - T.N. Rama Rao dans le Tamil-Nadu et M.G. Ramachandran, décédé en décembre 1987, dans l'Andhra Pradesh -'-, sont d'anciennes vedettes du cinéma, un métier pour des dizaines de milliers de politiciens à tous les niveaux de cette immense démocratie élective, enfin la préoccupation majeure du microcosme de New Delhi, l'Inde va vivre encore plus passionnément la politique. Certes, chacun des 21 Etats qui forment l'Union indienne est le siège d'une incessante lutte pour le pouvoir, un lieu d'intrigues où se mêlent les poisons des ambitions sans cesse renaissantes, et les délices des combinaisons subtiles entre l'idéologie, l'esprit de lucre, les relations entre castes - ou selon le langage codé officiel, entre « communautés» - les conflits d'intérêts professionnels et économiques. Les Etats du Sud sont les plus subtils à ces jeux: ne compte-t-on pas 23 partis politiques au Kerala, cet Etat populeux où la densité moyenne de la population dépasse 650 hlkm2 mais dont le taux d'analphabétisation est le plus faible du pays. Au-delà de la scène des Etats, l'attention des spectateurs-acteurs du plus grand théâtre politique du monde va être polarisée pendant cette période par un homme, Rajiv Gandhi, l'héritier de la dynastie des Nehru qui en 1988 aura gouverné l'Inde presque sans interruption depuis le 14 août 1947, jour de l'Indépendance. A mi-1985, Rajiv Gandhi est au sommet de sa popularité. Deux aps après, en juih 1987, il est menacé d'être chassé du pouvoir sous le prétexte ignominieux de 19

corruption. Le 15 janvier 1985, India Today, Ie grand magazine de langue anglaise titre à propos de la victoire de Rajiv Gandhi: «Un mandat historique» (<< An historic mandate»). Le 15 février 1987, la couverture d'India Today est: « Le désordre de Rajiv » (<< The Rajiv Mess »). Dans cette période commencée le 30 octobre 1984, deux dates clés s'imposent comme des césures dans le temps politique: le 26 janvier 1986, le 25 juillet 1987.

20

Chapitre I 450 JOURS D'ÉTAT DE GRÂCE

(30 Octobre 198426 Janvier 1986)
Peu avant les élections générales de décembre 1984, Rajiv Gandhi avait déclaré: «Après ces élections, il n'y aura plus d'opposition. » En janvier 1985, la réalité n'est guère éloignée de cette prévision triomphaliste et l'héritier de la dynastie des Nehru peut savourer sa victoire. Le parti du Congress (I) a balayé tous ses adversaires. Grâce aux effets d'amplification du mode de scrutin majoritaire uninominal à 1 tour, il obtient, avec presque 50 % des voix, une majorité absolue (401 sièges sur 508) au Lok Sabha, la chambre basse du parlement de New Delhi. La prédominance du Congress (I) est particulièrement nette dans l'Hindi Belt, la ceinture des Etats s'étendant du Rajasthan à l'Ouest, au Bihar à l'Est, dans la plaine du Gange. Les quatre partis d'opposition qui ont une audience nationale: le Janata (IO sièges), le Congress-S (4 sièges), le Dalit Mazdoor Krishak Party - DMKP - (3 sièges)et le Bharatiya Janata Party -:- BJP - (2 sièges), n'obtiennent en tout que 19 sièges,1soit moins que les deux grands partis régionaux, le Telugu Desam (28 sièges) dans l'Andhra Pradesh et le CPIM - Parti Communiste 21

RÉsULTAT DU CONGRESS (I) PAR RF.GIONS À LA SEPTIÈME GÉNF.RALES (1980 ET 1984)

ET HUITIÈME

ELECTIONS

Source.' ASIan Survey, mars 1986.

7' Elections générales

8' Elections généraJes

ToI/Il del siègel NonhwesternBelt (Punjab, Jammu et Kash. mir)' Hindi Belt (Himachal, Pradesh, Rajas. than, Haryana, Delhi, Ma.
dhya, Pradesh, UP, Bihar) Western Belt (Masharasthra, Gujarat)

% des sièges 14

Total des sièges 4,0

%. des sièges

19

..
214

"
53,4

225

147

41,7

74 70 77

64 68 25

18,2 19,4 7,1

67 30 36

16,7 7,5 9,0

Decaan Belt
(Andhra,Karnataka,Goa)

Eastern Belt
(Orissa, W. Bengal, As-

sam)" Tamilnadu Kerala Total

39 20 524

20 5 343

5,7 7,7

25 13 385

6,2 6,0

'

,

sièges ,.Hors électionsdesau petits Etats et territoires. Les Penjab, Jammu, Cachemire ont été repoussées.

et Assam en 1984 et en Assam en 1980

Marxiste - (22 sièges) dans ses places fortes du Bengale, auxquels s'ajoutent 20 sièges gagnés par des candidats indépendants et autres. Le parti du Congress (1) a gagné 80 % des sièges pour l'ensemble desquels il avait présenté des candidats. Dans plusieurs Etats, il obtient 100 % des sièges; ainsi dans l'Haryana, le Madhya Pradesh, le Rajasthan, l'Himachal Pradesh, et à Delhi. Sa supériorité globale est nette à la faveur d'un «swing» (déplacement de voix) de 7 % d'une ampleur inhabituelle dans la vie politique indienne. 22

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Des analyses de motivation publiées par la presse indienne, il ressort que Rajiv Gandhi a bénéficié d'un ensemble de facteurs favorables. Un vote de sympathie De la part d'une opinion traumatisée par le meurtre d'Indira Gandhi. La presse titre le 15 janvier 1985: « Indira Gandhi est plus puissante morte que vivante. » Oubliés l'autoritarisme de« Madame », les accusations de «régime dynastique », l'affaiblissement des institutions, les méthodes honnies de Sanjay Gandhi, le fils cadet, animal politique redouté, mort dans un accident d'avion en décembre 1980, oubliés les troubles de conscience créés par l'opération « Blue Star» * et la prise d'assaut par l'armée indienne du Temple d'Or d'Amristar, sans doute pas par la minorité sikh, en tous cas par la masse des électeurs hindous et musulmans. En votant pour le fils aîné d'Indira, l'Inde a voulu effacer sa culpabilité collective. Un vote pour l'unité et l'intégrité nationale Les souvenirs du cauchemar de la partition, de la rupture dramatique d'août 1947, des massacres le long des routes de l'exode rendent insupportable toute menace pour l'unité de la nation indienne. La sensibilité de ce thème a été bien comprise par le Congress (I) dont la campagne d'affiches et de publicité, conseillée pour la première fois par des professionnels des relations publiques, l'agence Rediffusion, utilisait massivement le slogan « Give Unity a Hand» tandis que Rajiv Gandhi déclare en décembre 1984: «L'intégrité et l'unité de l'Inde sont les préoccupations essentielles pour notre parti aujourd'hui. » Le sujet précis du Penjab était également au centre du discours, maintes fois répété de Rajiv Gandhi, qui n'avait pas de mots assez durs pour critiquer les partis 24

d'opposition de ne pas avoir condamné la résurgence de l'Anandpur Sahib Resolution du parti nationaliste sikh Akali de 1973 qui exigeait une autonomie substantielle pour le Penjab. En votant pour Rajiv Gandhi, les électeurs ont entendu décourager les séparatistes sikhs qui auraient armé le bras des assassins. La leçon est destinée aussi à tous ceux qui auraient des visées autonomistes: le Cachemire jaloux de sa spécificité, les Etats du Nord-Est, aux confins de la Birmanie (Mizoram, Tripura, Assam, Nagaland) dont l'identité régionale est mal affirmée. Pour les mêmes raisons, Rajiv Gandhi apportera en 1987 une aide massive au gouvernement du Sri Lanka dans sa lutte contre les séparatistes tamouls, les fameux « tigers» de Jaffa. Une aspiration au changement et à la modernité L'Inde évolue, favorisée par trois années de récoltes records, depuis 1981 - phénomène naturel certes, mais que la croyance populaire met au crédit du gouvernement d'lndira Gandhi - par une inflation maîtrisée aux alentours de 8 %, performance quasi unique dans le monde en voie de développement -. La classe moyenne d'agriculteurs riches, d'entrepreneurs, de commerçants s'élargit, se renforce, diffuse de nouvelles valeurs - un appétit de consommation parfois ostentatoire pour la voiture, la «Hifi », les voyages à l'étranger et aspire à une plus grande liberté d'entreprendre, de produire, de circuler. Rajiv Gandhi, ce pilote épris d'électronique, et comme le dit la presse naïvement «le seul homme politique indien et peut-être du monde sachant se servir d'un micro-ordinateur », a senti ces frémissements. Il mène une campagne à l'américaine, parcourt 50 000 km en 25 jours, tenant 250 réunions publiques, étant entendu et vu directement par 20 millions d'électeurs. L'analyse détaillée des résultats montre d'ailleurs que le «swing» a 25

affecté presque toutes les régions sans distinction et toutes les communautés, notamment la musulmane, sikhs exceptés. Surtout il promet un gouvernement qui va travailler plus vite et mieux. Il va s'attaquer rapidement au problème du Penjab. Il va lutter contre la bureaucratie et la corruption. La victoire de Rajiv Gandhi est celle d'un homme jeune (il a 40 ans), neuf en politique, d'allure moderne et qui s'appelle GANDHI! Par là, il réunit les aspirations à la fois populistes des couches paysannes et déshéritées, et les espoirs des nouvelles couches sociales. Il rassure les tenants de la continuité et incarne aussi le changement. Sa popularité parmi les fractions les plus dynamiques de la société indienne au début de 1985 est extrême: il est le « jeune leader », la référence constante de tous les discours, dont les faits et gestes sont suivis minute par minute par toute la presse. Il incarne l'Inde moderne, celle du XXIe siècle. Il va aller de succès en succès pendant une période de grâce qui va durer 1 an, sur les thèmes mêmes de sa campagne électorale: - Un nouveau style de gouvernement. - La moralisation de la vie politique, avec «1' antidefection Bill ». - L'atténuation des conflits régionaux: le Penjab et l'Assam. - La libéralisation et l'honnêteté dans la vie économique. A travers Rajiv Gandhi, la classe moyenne indienne affirme son poids politique. Elle fera reculer les doctrinaires des « droits de réservations» du Gujarat.

26

I - UN NOUVEAU STYLE DE GOUVERNEMENT
En janvier 1985, le tout Delhi administratif est saisi d'une activité vibrionnaire. Dès sa prise de fonction, Rajiv Gandhi a donné le mot d'ordre: « Un gouvernement qui travaillera plus vite.» Les comités interministériels se réunissent à un rythme accéléré et se saisissent des sujets les plus divers. Dès la première semaine, Rajiv Gandhi installe un comité de réflexion de trois personnes sur le Penjab, invite les chefs de file du mouvement d'étudiants de l'Assam, met en place une commission d'étude sur l'éducation, crée une commission sur l'aménagement du Gange central, etc. On rapporte que Rajiv Gandhi suit personnellement et quotidiennement grâce à son ordinateur les performances de ses ministres! Les délais de réponse administratifs sont « dramatiquement» réduits. De nombreux secrétaires de ministères ces puissants satrapes, qui tiennent en fait les administrations sont changés. Des objectifs très ambitieux sont définis dans tous les domaines de l'action gouvernementale. Les hommes forts comprennent, S.B. Chavan, au ministère de l'Intérieur (Home), Narasimha Rao, exministre des Affaires étrangères et de l'Intérieur de Madame Gandhi et V.P. Singh aux Finances. A l'inverse, des ministres influents de Indira Gandhi, comme Pranab Mukerjee, ministre des Finances, sont invités sans cérémonie, à quitter leur fonction.

-

-

L'autorité de Rajiv Gandhi impressionne l'opinion et son parti. Moins bureaucratique et plus efficace, le gouvernement se veut également honnête. Le mot « clean» est à la mode. D'emblée, V.P. Singh * est le hérault de la campagne contre la corruption. Issu d'une famille de « Rajah» de Mandra près d'Allahabad, V.P. Singh est une figure respectée du Congress (I). Il a été promu « Chief Minister» de l'Etat d'Uttar Pradesh par Indira Gandhi, poste de confiance dans cet Etat berceau
* V.P. Singh: Vishwanath Pratap Singh. 27

électoral de la dynastie Nehru-Gandhi, le plus peuplé des Etats de l'Union, au cœur des Etats à majorité hindoue du Nord, là où se font et se défont les fortunes politiques. La démission surprise de V.P. Singh en juillet 1982, sous prétexte qu'il n'avait pas su enrayer des activités des « dacoits » * locaux avant la date limite qu'il s'était fixée lui-même a beaucoup contribué à son prestige d'homme rigoureux et à principes. Réhabilité en janvier 1983 par Madame Gandhi, il devient un ministre du Commerce intègre, qui s'illustre en retirant 193 licences d'importations à des chefs d'entreprise peu scrupuleux. De nouveau envoyé dans l'Etat d'Uttar Pradesh, il prépare brillamment les élections de décembre 1984. Nommé ministre des Finances, il est l'un des hommes forts du cabinet. Peu après sa prise de fonction, il déclare: « Nous avons commencé à identifier les gens corrompus, occupant des postes stratégiques. La corruption et l'inefficacité seront pourchassées, l'honnêteté et l'efficacité récompensées. » A. Nehru est un autre « poids lourd» du cabinet. TIest d'abord le cousin de Rajiv Gandhi et porte le nom prestigieux de l'ancien Premier ministre de l'Inde en vertu d'une filiation directe avec le fondateur des Nehrus. TIne porte pas les stigmates des politiciens de la vieille garde; au contraire, il a 1'« aura» du professionnel qui a réussi dans les affaires en devenant, après des études au fameux collège de la Martinière et au Lucknow Christian College, président à 36 ans de l'entreprise de peinture Jenson et Micholson India Ltd. TIa le sens du marketing et invente un slogan qui fera son succès: Whenever you see color, think of us. Entré en politique en 1980, il est élu député dans l'Uttar Pradesh. Avec lqi, pense-t-on, les règles du « management» moderne'vont entrer dans la politique! 28