//img.uscri.be/pth/2eefae6f41ec0de8c256cbd80ff3e73631db6bb7
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 20,59 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

L'AFRIQUE DÉSENCHANTÉE

De
378 pages
Analyser les sociétés et les stratégies de transition en Afrique, c'est scruter le désenchantement de ses mondes ruraux. Cette étude porte sur huit sociétés au Sud du Sahara. Dans cette réédition, " Gabriel Gosselin nous invite à un premier bilan comparatiste de la première génération d'opérations de développement rural (entre 1955 et 1968). Le titre de son livre, " L'Afrique désenchantée ", souligne bien l'esprit de sa conclusion " - J.Copans.
Voir plus Voir moins

L'AFRIQUE DÉSENCHANTÉE

Du même auteur Développement et tradition dans les sociétés rurales africaines, Genève, B.I.T., 1970, 343 p. Travail et changement social en pays Gbeya (R.C.A.), Paris, C. Klincksieck, 1972, 356 p. L'Afrique désenchantée, Paris, Anthropos, 2 volumes, 1978 et 1980,374 p. et 351 p. Changer le progrès, Paris, Le Seuil, 1979, 217 p. Une éthique des Sciences Sociales, Paris, L'Harmattan, 1992, 210 p.

Ouvrages dirigés Les nouveaux enjeux de l'anthropologie, L'Harmattan, 1993, 302 p. Paris,

La demande d'éthique, numéro spécial des Cahiers Internationaux de Sociologie, dirigé avec G. Balandier, Paris, vol. LXXXVIII, 1990. La réinvention de la démocratie - Ethnicité et nationalismes en Europe et dans les pays du Sud, dirigé avec A. Van Haecht, Paris, L'Harmattan, 1994, 236 p. Les sociétés pluriculturelles, dirigé avec H. Ossebi, Paris, L'Harmattan, 1994, 143 p.

(Ç)L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-1068-9

Gabriel GOSSELIN

L'AFRIQUE DÉSENCHANTÉE
Sociétés et stratégies en transition en Afrique tropicale

Vol. I

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Collection Études Africaines

Dernières parutions

Félix YANDIA,La métallurgie traditionnelle du fer en Afrique centrale, 2001. Facinet BÉAYOGUI, Guinée et Liberia xvr -XX siècles, 2001. Richard MBOUMA KOHOMM, Cameroun: Ie combat continue, 2001. Alain GONDOLFI, Autrefois la barbarie, 2001. A.C. LOMO MYAZHIOM, Mariages et domination française en Afrique noire (1916 -1958), 2001. A.C. LOMO MYAZHIOM, Sociétés et rivalités religieuses au Cameroun sous domination française (1916 -1958),2001. Célestin BLAUD, La migration pour études, 2001 Y. E. AMAÏZO, Naissance d'une banque de la zone franc : 1848-1901, 2001. A.Y. SAWADOGO, Le président Thomas Sankara, chef de la révolution burkinabé, 2001. Côme KINATA, Les ethnochefferies dans le Bas-Congo français: collaboration et résistance. 1896-1960., 2001. Théophile OBENGA, Pour le Congo-Brazzaville: réflexions et propositions, 2001. Derlemari NEBARDOUM, Contribution à une pensée politique de développement pour le Tchad, 2001. Fulbert Sassou ATTISSO, La problématique de l'alternance politique au Togo,2001. Jacques COLAS, Une case à Molimé, 2001. Abdou HAMANI, Les femmes et la politique au Niger, 2001. Barnabé Georges GBAGO, Le Bénin et les Droits de l'Homme, 2001. Paulette ROULON-DOKO, Cuisine et nourriture chez les Gbaya de Centrafrique, 2001. Edouard ETSIO (coord.), Congo 2000: état des lieux, 2001. Tidiane DIAKITE, Appel à lajeunesse africaine, 2001. François OSSAMA, Les nouvelles technologies de l'information - Enjeux pour l'Afrique subsaharienne, 2001.

Avant-propos de la seconde édition

Cet ouvrage en deux volumes est la réédition de ma thèse de Doctorat d'Etat soutenue en 1973, revue et corrigée, publiée en 1978 et 1980 aux Editions Anthropos (Paris), et aujourd'hui épuisée depuis longtemps. Mon premier terrain africain date de 1963 : il consistait en une étude sociologique du travail rural dans une population du nord de la Centrafrique, publiée en 1972 sous le titre Travail et changement social en pays Gbeya (R.C.A.), à la Librairie C. Klincksieck, dans la collection Recherches Oubanguiennes (toujours disponible et maintenant diffusée par le CID)l. Ce fut ma thèse de doctorat de troisième cycle, soutenue en 1964. De 1964 à 1966, j'étudiais de même le travail rural dans une population du Sud-Est de ce qui était alors la Haute-Volta (aujourd'hui le Burkina) : les Bisa. Un incendie, peu après mon retour en Europe, détruisait malheureusement toute ma documentation, m'obligeant à envisager autrement ce qui devait être une thèse d'Etat. Ce fut finalement la comparaison de huit études de projets de développement, dont ceux du pays Bisa et du pays Gbeya ;
1

131, Boulevard Saint Michel, 75005 Paris.

ce qui m'amena à analyser la place, le rôle et le devenir des traditions rurales dans ces projets. Tel est le contenu de ces deux volumes, avec d'importantes conclusions sur la comparaison des faits, le détour théorique pour les analyser, et les perspectives stratégiques ainsi ouvertes. J'ai effectué par la suite d'autres missions en Afrique tropicale, notamment pour le compte de l'Organisation des Nations Unies ou d'institutions de la famille de celle-ci. Au total, une dizaine d'années africanistes, entre 1963 et 1973, pour analyser une dizaine d'années de changements, entre 1960 et 1970 - c'est-à-dire la "première génération" des pratiques de développement des nouveaux Etats africains. Une époque marquée par l'espoir, malgré les "mauvais départs". Mais aussi une approche, des concepts et une théorisation pour analyser ce qu'aujourd'hui on observe aussi à l'Est de l'Europe: la "transition" (plus peut-être que le "développement", dont la sociologie est en crise depuis déjà longtemps, comme les sociétés qu'elle analysait). La problématique des rapports entre traditions et développement était ainsi transformée par et dans une théorie de la transition, dont les implications stratégiques montraient l'intérêt et le bien-fondé. Ce premier essai a été souvent suivi par d'autres chercheurs, dans le même champ ou non. Mais il n'était plus disponible; souvent demandé, parfois disparu des bibliothèques elles-mêmes, il peut être un instrument pour les doctorants et les jeunes chercheurs, pour les universitaires africains, tant sociologues qu'ethnologues - autant qu'un témoignage pour l'enseignement de cette période de l'histoire africaine.

C'est pourquoi, en accord avec les Editions L'Harmattan, je le republie tel qu'il était dans sa première édition: il n'y a guère de "mise à jour" possible, sauf à refaire une autre recherche, pour autre époque.

G. Gosselin Mai 2001

P.s. : Des "résumés", sous forme d'articles, en français et en anglais, peuvent être consultés de façon complémentaire: "L'Afrique désenchantée", L'Homme et la Société" (Paris), n° 45-46, juillet-décembre 1978, pp. 127-139. "The African Rural World. Its transformations and its role in development", Journal of Rural Cooperation (TelAviv), 1974, 2, pp. 17-40. Par ailleurs, une récente contribution tente une mise en perspective plus contemporaine: "Pour une sociologie des stratégies de transition Remarques d'un ex-africaniste du dehors", in Démocratie, culture et développement en Afrique Noire, C. Beauchamp dir., Paris, L'Harmattan, 1997, pp. 311-317.

INTRODUcnON' Darts les ,sociétés rurales de l'Afrique contemporaine, quels rapports entretiennent les systèmes de travail institués pat la tradition' et ceux que les efforts de développement tentent d'implanter chaque jour davantage? Quels conflits le passage d.'un :système traditionnel à un syStèmemoderne iniplique-t-il ? Quelles sont les ruptUres et les diScontinuités, les similitudes et les transitions entre la tradition -perpétuée et la modernisation 'souhâitée ? QueUes options social~s, économiques, politiques une telle transformation suppose-t-elle ? Quel est enfin le détour théorique nécessaire pour rendre intelligible ce: passage d'un type de société à

un autre? Ce livre est tout entier orienté vers.l'analyseet la résolu'

'

tion des tensions sociales qu'engendre cette transformation fOJldamentale. L'ambition est si démesurée qu'on ne saurait prétendre .donner réponse à toutes lès questions ni proposer des solutions pour toutes les diffICultés. n est évident que nous n'ambitionnons pas, en particulier, de constroire à n~us seul la théorie exïgée, cette anthropologie' économique susceptible de rendre compte du passage à la modernisation. Nous serons pourtant amenés à émettre qQ.elques

hypothèses.

"

Interpellé et stimulé par l'anaiyse et la résolution de tensions pratiques, nous accentuerons plus, d'autre part, l'impact que les systèm.estraditionnels peuvent avoir sur les essais d~ développement que l'impact inverse si tant est qu'on puisse analyser l'un sans se soucier de l'autre. Ce parti pris expliquera les limites étroites a.ù nous avons enfermé'
..;....

,j

, , Gabriel'GOSSELIN

les, analyses et les conclusions de~ ~as qui serviront de base à, notre' essai d'interprétation. Pour aborder un sujet si vaste et si capital, il nous a pam nécessaire de' nous tenir d'abord assujetti à cette problématique.

* * *
~

doit être ej{p~iclté. développementest d'abord entendu,. Le

Dans cette perspective elle-même",un autre présupposé '

sous réserve des cntiques et modificatiQns ultérieures que l'on verra (1) - au sens classique et général d'aècroissement du prod~it social global, et de la productivité moyenne. Nous n'ignorons' pas que c'est là prendre la réalité au pied 'de la lettre, et de l~ façon la .plus conventionnelle. 'Si nous acce.ptons au, départ cet ,arbitraire, c'est parce qu'en fait le développement se donne un tel visage pour la plupart de ceux qui' staéb~ent à le vouloir, nationaux ou 'étrang~rs, ,cadres.politiques ou leaders locaux. Ce sont ies implications pratiques de ce fait collectif que nous cherchons à saisir .en premier lieu. L'adoption de cette idée du développement n'est bien sûr ni unanime, ID tp.eme générale. Dans l'Afrique rurale, nombreux sont les gèns'd'un certain âge, en particulier - et notamment ceUxqui exercent des pouvoirs fondés sur la tradition qui l~ignore~tQUla refusent. Si nous parlons cependant de fait collectif à ce propos, c'est, que de plus en plus rares so~t les.8e~ qui peu~ent encore ignorer le 4éveloppetmnf, ~èeux qui ~fusent finissant, en. se déterminant contre lui, 'par se déterminer encore en fonction de lui (Nous vertons, précisément, que se creu~e ici le fossé fondamental entre la tradition et le traditionalisme). Ce n'est pas' en effet la .moindre des ironies de l'.histoire présent.e que la revendication croissante d'égalité véhiculée pour les peuples du Tiers-Monde par cette idée-de développem~nt. : dans .le même moment la notion est de plus en plus contestée par le Vieux-Monde, qui l'avait créée naguère et mise en œuvre chez lui. La nostalgie des traditions et le retour de 'l'utopie, les revendications d~ l'individu et le regain de transcendances, tous les refus «ontologiques», nous

L'Afrique

DésenchJlntée

9

.disent ia volonté de dépassement et la recherché d'autres synthèses,. Ce faisant le Vieux.Mondè ne rompt pas avec la contradiction qui fît sa no.uveauté, celle de l'idéal égalitaire et des inégalit~s réelles (2). Comme s'il ne pouvait non plus sortir des rapports de force qui firent sa puissance, il l'exporte au moment qu'il en doute. Sans doute même cette e~portation de soi est-elle nécessaire pour accéder au doute: comme si le Tiers-Monde jouait un rôle de miroir indispen-

sable à une prise de conscience collectIve.
Nous élaborerons ultérieurement un modèle plus synthétique du développement. Nous ne voulions ici que souligner ce point: le caractère anachronique de notre projet n'es~ qu'apparent, parce que l~idée cl~ssique du dévelop-

'

pement ~'est pas purement et simplement «dépassée».. * * *

.

Outre l'accroissement du produit social global et de la productivité moyenne, cette idée çlassique du développement implique l'institution d'une ,participation' des populatiops concernées, ,non seulemênt et bien sûr' aux fruits de cet accroissement, mais à sa mise en œuvre .et ~ son con-

trôle. . Le concept de participation n'a guère de sens pour les sociétés tradltiQnnelles. JI implique en effet l'idée d'une ad~ésion ou d'une implication de l'individu,.au sein d',un projet qui le dépasse. Plus le projet est global, plus cette implication ou cette a~ésion sont évidentes et nécessaires. Aussi le concept est-il particulièrement pert41e~t pour l'analyse des expériences socialistes. Tout en gardant à la mémoire les limites de validité du concept, nous l'utiliserons cependant dans l'analyse de tout projet de développement où l'implication, voire l'adhésion, des gens concernés est provoquée de l'extérieur du projet lui-mêm'e. Bien des expériences instituées 'dans des pays qui ne se disent pas socialistes, ou qui s'affument libéraux; sont ainsi comprises dans, notre champ. De l'adhésion obligatoire ou imposée à l'im:plication volontaire ou spontanée, t~us les types de partici. ' .

pation sont envi~geables. Tout jugement de valeur à priori ,

10

Gabriel GOSSELIN

doit donc être écarté, en particulier toute idéalisation de la $Ociété traditionneUe ou toute malédiction d'un type ou

l'autre de modernisation.

'

Le passage d'un système traditionnel à un système moderne, où ,la participation est provoq~ée de l'extérieur peut emprunter différentes voies. La prèmière est celle de

la réinterprétation «matériene» : .on cherche ~conserver
_

les structures anciennes" tout en altérant leurs fonctions. La seconde est celle de la réinterprétatlon «fo~elle» : on veut trouver'aux fonctions anciennes des structures nouvelles (3). Une troisième voie peut tènter de changer en même temps , structures' et fonctions. QueUe que so~tla solution adoptée, les valeurs traditionnelles de~orit presque toujours céder devant des valeurs nouvelles, m~me si ces valeurs sont. les derniers éléments à changer, et même si certains mécalÛsmes institutionnels anciens, en revanche, peuvent être conservés

et réutilisés.

Notre intention est de nous limiter autant que 'possible '.-àl'étude du travail traditionnel et des,cfforts de modenùsa~ tion rurale concernant les systèmes de travail. Nous appellerons travail l'ensemble des forces et des rapports de production. Une telle définiti~n ne vîse qu'à indiquer notre volonté de co~sidérer, outre l'organisation. de la production elle-même, les rapports sociaux noués à l'occasion de' l'effort productif. Nous appellerons système de travail l'ensemble des structures, des fonctions et des valeurs sociales qui concernent le travaïI. Un système de travail peut persister longtemps à travers des situations sociales différentes. C'est cette relative rigidité qui engendre des conflits entre la tradition et la modernisation. Notre problématique et nos analyses se centrent donc sur les divers types de modernisation qui instituent de',l'ex;. térieur des projets une participation à leur' mise en œuvre, dans le travail et les rapports sociaux qui lui sont liés. Plan de l'étude et exemples choîsis sont déterminés-par ce choix initial. D'autre part, et outre les càs que, nous avons pu analyser par nous-même, sur le terrain~ il nous, 'faut sélectionner parmi les travaux ef(ectués par d'autres chercheurs ou 'par des hommes' d'action .les études et les exemples qui ont un intérêt d~uble, du point ,de vue de l'analyse du

'

.L'Afrique-Désenqhantée

Il

travail traditionnel comme de celui du rapport entre ce dernier et la modernisation entreprise. Ces deux points de vue peuvent avoir faIt l'objet d'études du même auteur ou d'auteurs différents: l'important est qu'elles traitent du même exemple. n faut enfin que ces travaux soient d'une qualité qui les rende utilisables pour notre recherche, et qu'ils soient accessibles: ce ne, sont pas des conditions annexes (4). Les types de modernisatipn rurale. Du point de vue qui nOl1:S occupe, les divers types de modernisation peuvent être situés sur un continuum allant de fa participation spontanée la plus souple à la participation planifiée l~ plus rigide. pe plus, ce degré de contrainte varie souvent, pour un même projet. Il n~est généralement pas identique au moment de la création et en cours de fonctionnement. Il est plus ou moins fonction du développement de l'expérience elle-même. .Enfin les formes de cette contrainte sont multiples. Elles varient selon. les situations locales, politiq~es, économiques ou sociales; selon les habitudes des promoteurs du développement, nationaux ou étrangers; et selon les us et coutumes des populations concernées. Le degré de contrainte ne suffit donc pas à caractériser un projet de modernisation avec suffisamment de pertinence et de précision. Pour se faire, nous utiliserons une seconde variable, le degré de fonctionnalité. Les fonctions que se proposent de remplir de se~blables.expériences sont nombreuses : production (travail et. exploitation en commun, utilisation en commun de matériels), équipement et 'crédit, approvisionnement et commercialisation (collecte, transfonnation, écoulement), consommation, etc... Mais certains projets ne visent qu'un but ou une activité, tandis que. d'autres visent deux ou plusieurs buts, deux ou plusieurs activités à la fois. Nous appellerons les premiers: projets monovalents ou nnifonctionnels, et les seconds: projets polyvalents ou multifonctionnels. Une troisième variable, enfin, nous semble d'une importance relativement secondaire - et nous préciserons ulté-

12

Gabrièl GOSSELIN

~eurernent pourquoi. Il s'agit du niveau diintervention de la modernisation, national, régional ou local. ~récis.onscependant que nous considérons l'échelle locale comme celle de la petite région et~nique'!1ent homogène .(5). Il semble exister, en Afrique inter-tropicale, peu 'de~modemisations rurales ....;. dans le domaine du travail --- absolument .spon~anées ou volontaires. De .même il ne semble~ère exister de telles modernisatjons radicalement planifiées ou imposées. Ces deux constatations ne sont pas étrangères l'une à l'autre.. Il semble que 'ce sOitprécisément les systèmes traditionnels de travail qui, en raison de leur plasticité et de leur p'ermanence -' qualités qui sont celles de l'ensembJe de la société et .de la tradition elle-même . empêchent tout type extrême. Nous retiendons donc deux sortes de modernisation, que nous appellerons modernisations suscitées et modernisation. dirigéeS, chacune de ces catégories .pouvant être à son tour divisée en modernisations spécialisées et modemisa~

tions généralisées.

.

Mais ces quatre types concernent des régions et des milieux forts divers.. L'analyse gagnerait à les «croiser>~ avec différenfs typ~s de situations socio-économiques. .Au sein du milieu rural, qui nous intéresse seul ici, les problèmes et les difficultés varient grandement d'une région à l'autre~ Pour simplifier on peut se limiter, en première approximation, à distingUer les régions à cultures a~uelles d'auto-subsistance (savanes de l'intérieur) et\ les régions. à cultures. pérennes d'exportation (plantations côtières et zones d'altitude de l'Est africain) (6).. . Le premier mllieu est 'beaucoup)plus pauvre que le second. L'agriculture, on vient de le voir, y est encore en grande partie consacrée à la subsistance, et les cultures commerciales, quand elles existent, sont de très faible rapport (exemple: le coton en Centrafrique ou en Haute~Volta). Cette pauvre~é et ce caractère persistant d'auto-subsistance ont le plus souvent permis le ma~tien d':un certain .«collectivisme», dans le travail comme dans la détention (de la terre, de la force de travail ou des biens). En revanche le second milieu, celui des plantations, plus riche, déjà habitué à la commerciali~tion et à la cir-

L ~frique Désenchantée

13'

culation monétaire, est plus «individualiste» (exemple: le café et le cacao dans le sud de la Côte d'Ivoire, . du Ghana,

du Nigéria, du Cameroun).

I ~ Notre premier type de modernisation - suscitée et
spécialisée - concerne des exp~riencés unifonctionnelles, organisées avec une intervention extérieure )encore limitée. Nous considérons ici .la coopératiQn" entel1due dans son sens classique «d'auto-organisation dè producteurs associés». (7), telle du moins qu'elle est pratiquée en Afrique.noire, francophone ou anglophone. Nous considérons également les expériences pré-ciJopératives; dont le but final et avoué est la coopération, mais' qui, au cours d'une' phase' transitoire plus ou moins longue et détenninée, se soucient avant tout de former les futurs coopérateurs tout en assurant un minimum de rentabilité aux expériencès entreprises. Telles furent, par exemple, sous la coI,onisation française, les' Sociétés Indigènes de. Prévoyanc~ (8.1.P.) et surtQut les Sociétés' Mutuelles de Dévelop-. pement Rural (S.M.D.R.) ou de Production Rurale (S.M. P.R.) . Telles sont, actuellement, certaines des expériences de . sociétés de développement en pays francophones ou les Associ3:tionsd'Intérêt Rural sénégalaises, par exemple. En: Afrique inter~tropicale la plupart des mutu~lles - notam~' ment des mutueUes de crédit$- peuvent, d'autre p~, être considérées comme des précoopératives. Précoopération et coopération peuvent être ~ prat~qùées aux niveau~ local,
. .

régional oU national.

2- Notre, second type de modernisati\>n -- suscitée et généralisée c.oncerne .des expérienèes qui, sont égale~ent ,organisées avec une intervention extériehre limitée, mais 'qui sont multifonctionnelles. Il regroupe d..esentreprises de modernisation que nous appellera.ns :para-coopératives et communalistes. Nous appelons «communalisme» la volonté de moderniser en même temps les principaux secteurs de la vie de travail, donc de transformer g1o'balementl'organisation et les valeurs socio-économiques d'une petite région. fi pourra s'agir par exemple de mettre sur pied un système de développement rural intégré: introduction et diffusion de' la culture atteiée, de l'engrais, d'e méthodes culturales
~

.

14

Gabriel GOSSELIN

améliorées (production et équipements) ; organisation de l'approvisionnement en semences sélectionnées" de la commercialisation des cultures vivrières ou de rapport (distribution) ; encadrement et animation, etc... "Rentrent également dans ce cadre les expériences de «Com~unity Develop'ment» entreprises en pays anglophones. Les expériencespara-coopératives concernent des' groupements de fait, qui remplissent généralement une fonction simple analogue à celle. que pourrait remplir dans la même situation une coopérative,. mais qui n~ont pas de raison particulière de prendre la fo~e coopérative proprement dite. Ainsi peut-on considérer les «paysannats» créés par l'administration coloniale ,belge, puis franGaise - et qui ont disparu avec les S.I.P. etles SM.D.R. A l'heure actuelle, on peu~ considérer comme para-co9pératives, par exemple, certaines expériences pionnières entreprises à l'instigation de l'assistance technique israélienne, ainsi que certaines mutuelles - d'entraide dans le. travail en particulier. 3- Notre troisième type de modernisation - dirigée et spécialisée - a trait à des expériences unifonctionnelles, dans lesquelles l'intervention d'encadrements, de normes et de moyens extérieurs joue un rôle important. Nous considérons ici les grandes entreprises de colonisation agraire, d'origine coloniale ou non~ du type Office du Niger (Mali) ou Ghezira Scheme (Soudan). Nous envisageons également les cas de «coopération obligatoire~>, qui sont le plus souvent des «land'~settlement systems» (type SONADER) (8),

,

dans la palmerais du Sud Dahomey). Les rares exemples africains de réforme agraire proprement dite rentrent enfm dans cette catégorie (exemple du Kenya). 4- Notre quatrième" et dernier type delm9dernisatiQD dirlgé~ ~t ,gé1J,éralisée - a trait à des expériences dans lesquelles l'intervention extérieure aux communautés locales joue un rôle important, mais qui sont multi-fonctionnelles : Nous songeons ici à tous lessocialism,esempiriques' del'Afrique inter-tropicale. Nous parlons de socialisme, au pluriel, et d'empirisme: il s'agit en effet d'expériences' réce~tes, «en voie de se faire», bien souvent à la recherche de leurs assises idéologiques comme de leurs formules stratégiques, et qui sont tr-èsdifférentes selon les pays.
.

L'Afrique

J)ésenchantée

15

Sur les quatres types de modernisation rurale distingués, .un s~l, le dernier, concerne des ëxpérienc~s socialistes à proprement parler. Les trois premiers concernent des expé.riences de type libéral. Cette distinction recouvre incontestablement une différence qualitative, celle qui sépare le'plan global, coordoné dans le temps et dans l'espace, et l'improvisation hasardeuse de projets séparés, sournis à de multiples pressions et distorsions. Théorique, cette différence a des fondements et des effets pratiques certains,. Aussi pourrait-on penser que nos' études de cas sont hétérogènes et comparent ce qui n'est pas du m'ême ordre: des expériences locales de modernisation, en réalité 'plus. ou moms spécialisées, et des projets socialistes globaux, plus ou moins

nationaux dansleur réalisation. .

.

Ce .n'est pas que nous cherchions à établir un «équilibre» politico-scieirtIfique au sein de nos exemples. Mais sans oublier l'extension très différente des' ambitions et des réalisations, nous préférons ne pas mettre cette distinction au premier plan dès l'abord. Nous la retrouvons dans notre typologie parce que lès expériences sociali.stespré~: sentent à priori des caractéristiqu~s différentes des ~xpériences libérales. Mais nous ne voulons pas effacer les différences entre ces expériené.es libérales elles-~êmes au profit d'une simple dichotomie. D'a~tre part, et surtout, nous cherchons à savoir si les ,tentatives socialistes de modernisation rurale, dans l'Afrique inter-tropicale, font ou non appel aux mêmes .méthodes, voire aux mêmes institutions, et obtiennent .des résultats du même ordre que les tentatives libérales en ce dom.aine. L'idéologie proclamée modifie-t-elle de façon 'signific3tive l~s interventions et leurs effets au niveau local, où sont directement impliqués les systèmes traditionnels de travail? De quel ordre et de quel effet est alors l'ambition d'agir au niveau national'? Le projet comparatif de notre recherche, s'il impliquait la mise ,en rapport de modernisations opérant à 4es niveaux variables, à des échelles différentes, serait peu pertinent. En.réalité, notre intention est de comparer des phénomènes de 'même échelle, au niveau local. Ce choix 'n'est pas un compromis de circonstance. Il est exigé par notre volonté de mettre en rapport les systèmes de travail institués par la
, .

16
,

Gabriel GOSSELIN

tradition et ceux que les effort~ de développement tentent d'implanter. L'échelle des premIers est en effet ceUe de la société traditionnelle elle-même, généralement de faibles dimensions, ancrée dans une petite région, particulariste. Même si cette société est structurée à plus ample échelle (ethnie démographiquement importante, chefferie de vastes dimen~ sions, état traditjonnel), cette échelle ne' concerne qu'exce'ptionnellement les- systèmes de, travail. Le plus souvent, la langue, le nombre des habitants, la vie politique sont seuls' en cause. Même dans les cas exceptionnels, la dimen,s~on des systèmes traditionnels de travail les plus vastes est toujours ii1férieure 'à celle de la ,nation moderne (exem-, pIe du pays FON, au'Dahom~y)'{9). C'est pourquoi nous voulons étudier le rappo~ .de la modernisation rurale' et du travail traditionnel au niveau local ~on connaîtra plus en profondeur et plus en détails «ce qui se passe» réellement si l'on analyse l'impact de projets plus ou moins généraux à l'échelle de la vie traditionnelle. Notre choix n'est donc' pas «particulariste» ; ce n'est pas celui du «local» en lui-même, mais celui du ,«traditionnel», qu'implique notre projet tout entier ( 10). C'est aussi la raison pc;>urlaquelle notre troisième variable, le niveau d'intervention, joue un rôle secondaire dans la détermination de nos types de modernisation. Quel que soit ce niveau d'intervention en effet, et qu'il soit proclamé ou effectif, le but dernier de notre recherche nous fait une obligation d'analyser ia moderniSation à son échelon le pl,\!s «bas», le plus quotidien, qui est le plus proche des cadres habituels de vie des personnes concernées (11).
, , '

Les systèmes traditionnels de travail et leur transformation. De même qu'on peut distinguer divers types de,modernisation rurale, le travail traditionnel - dont la transformation systématique est le but premier de cette modernisation - peut être analysé en divers types d'organisation. La même typologie ne peut cependant permettre d'étudier les travailleurs africains dans. une économie d'auto-subsistance ~t dans une agriculture commerciale, celle-ci étant. le ,

L'Afrique I)ésenchantée

17

produit de la transformation inorganisée de celle-là sous certaines conditions favorables (12). 1- L'organisation socio-politique et territoriale peut fournir les éléments essentiels d'une typologie des situations de travail en économie d'auto-subsistance. La famille et le lignage, organisations primaires du travail. La famille restreinte forme en elle-même une cellule de travail. La première épouse joue le plus souvent un rôle économique autonome à l'intérieur de cette cellule domestique. Par son caractère marqué d'alliance entre deux groupes sociaux, le mariage traditionnel exclut en effet une stricte communauté de biens entre mari et femmes. D'une façon générale, la division du travail s'établit sur la base des sexes et, accessoirement, de l'âge. Cette répartition des tâches entre hommes et femmes est souvent justifiée religieusement. Elle est très souple: la division sociale du travail reste fonctionnelle. Mais elle n'est pas, arbitraire. Elle manifeste des conventions sociales cohérentes et maintient la hiérarchie dans la famille étendue et le lignage. Travail, mariage et statut sont étroitement liés. Le statut du travailleur évolue avec sa position matrimoniale et sa relation au chef de famille. L'autonomie dans le travail est signe de promotion sociale. Le village, organisation secondaire du travail. De multiples réseaux de solidarité structurent le village. Les groupes secondaires de travail s'organisent sur une base territoriale. La spécialisation est faible: les artisans sont aussi agriculteurs. L'organisation villageoise du travail agricole révèle de multiples formes de coopération. .. Une première forme réunit les habitants d'un même quartier, telle partie ou la totalité des hommes du village, afin d'effectuer un travail pour le chef du quartier ou du village. Régulière ou occasionnelle, il s'agit là d'une première forme de coopération prestataire. - Une deuxième forme de coopération prestataire -est effectuée par les classes d'âge, quand elles existent. Cellesci s'organisent en sociétés de travail à la demande du chef de village, d'un chef de quartier ou de famille étendue. Ces

,

2

18

Gabriel GOSSELIN

«parties» de travail se terminent par un repas cérémoniel offert par le demandeur. - Une troisième forme de coopération a pour fondement la réciprocité: entraide entre' membres d'une classe d'âge, par exemple. - Enfin, une dernière forme de coopération~ réciproque elle aussi, est fournie par l'aide mutuelle et volontaire que se prêtent amis, voisins ou alliés. Dans tous les cas, la coopération réciproque. peut être immédiate et stricte, ou espacée et souple. Formes tertiaires d'organisation du travail. Au-delà de la famill~ et du village, l'organisation du travail est beaucoup moins structurée, du moins dans les sociétés sans «chefferle» ni état d'importance. - Des sociétés de travail peuvent regrouper plusieurs villages ou plusieurs familles de villages différents. Une telle coopération est le plus souvent réciproque. - On observe d'autre part une certaine division ethnique du travail entre peuples pasteurs, agriculteurs ou commerçants. Mais c'est surtout au sein des «chefferies» et ~tats traditionnels importants que sont organisées des formes tertiaires de travail. - Dans les «chefferies», le travail s'organise autour du chef, souvent par le canal des dignitaires et des fonctionnaires. De nombreuses associations à caractère économique sont également marquées par ce caractère prestataire accentué. - Plus la structure sociale et politique est centralisée, plus sont combattues les formes primaires et secondaires d'organisation du travail. Elles sont élargies et utilisées au profit de l'au,torité centrale et de son administration. La montée d'un groupe dominant rènforc'e ce caractère d'exploitation du «travailleur de base». - Dans les états que certains auteurs ont cru pouvoir baptiser «féodaux», les prestations en travail vont des «clients» aux «patrons», des protégés aux titulaires de fiefs territoriaux. Là où la centralisation est la plus poussée, les travailleurs sont déclarés «biens de l'état». Tout travail devient un «service public», orienté et contrôlé, monopo-

L'Afrique Désenchantée

19

lisé par les corporations du souverain.

et administrations

à la dévotion

Primaire, secondaire ou tertiaire, l'organisation du travail en économie d'auto-subsistance est collective. Rite et rythme soulignent ce caractère. La «coopération» n'est pas celle d'individus conjugant leurs efforts pour réaliser un projet défini et limité, dont chacun tirerait profit. Il s'agit bien davantage d'une occupation du sol et d'un travail communs, qui visent à être utiles au groupe, tout en respectant jusque dans la redistribution les statuts sociaux reçus. La «coopération» en ce sens est une notion secondaire. Elle supposerait une volonté de rassembler des énergies plus ou moins centrifuges. Il existe en fait plusieurs formes de «collectivisme tra; ditionnel» dans le travail : Un collectivisme prestataire dans lequel l'aîné, le chef ou le souverain centralise les prestations et effectue les redistribu tions. - Un collectivisme mutuel, pour lequel la réciprocité, plus ou moins rigide, est la règle. - Enfin, un collectivisme communautaire, qui se fonde non sur le travail passé ou présent, mais futur. Il est la règle pour les réserves en terre de la famille étendue, du lignage ou du village, qui gardent un caractère plus indivis que le reste des terres, sur lesquelles se superposè une pyramide de droits fonciers divers. Cette dernière forme de collectivisme est celle qui tend le plus à être reprise et réinterprétée, actuellement, dans le cadre de modernisations de type «communaliste» et de réformes agraires. Quel qu'il soit, le collectivisme n'est pas seulement une institution: c'est aussi une valeur sociale. Le travail en effet n'est accompli ni en vue d'un profit, ni dans l'attente du prestige que celui-ci procurerait. Il ne peut en lui-même être source de richesse ou de promotion sociale, car il est effectué pour le compte du groupe, chacun participant en définitive à tout gain individuel dans le respect des statuts établis. Est riche celui qui est l'aîné, qui centralise prestations et redistributions. Celles-ci, effectuées selon les besoins et le statut plus que selon le travail, ne sont que le moyen par lequel s'exprime la dépendance. Cette

-

20

Gabriel GOSSELIN

richesse en hommes est la seule qui compte. Elle commande - et elle est comm~ndée par - la détention des produits du travail, qui permet d'honorer le rang social. 2- Ces valeurs et cette organisation du travail subsistent encore dans les régions où croît l'agriculture commercillle, et la tendance corrélative à la constitution d'un salariat rural. La transformation a commencé avec l'impôt colonial et le travail forcé. La politique de mise en valeur, les tentatives des paysannats, des sociétés de prévoyance, de développement ou de production rurale, n'ont pas toujours facilité les changements. Mais elles ont renforcé l'implantation de cette agriculture commerciale. Or la valorisation des produits agricoles valorise en même temps chacun des facteurs de leur production: le travail et la terre. Celle-ci perd de sa valeur sacrée, devient l'objet de contrats, moyen de rapport et de profit qui exige esprit d'entreprise, moyens techniques et information économique. L'appropriation individuelle apparaît. Mais le changement est loin d'être radièal. La terre est souvent protégée de l'aliénation définitive par un ensemble d'habitudes, d'intérêts et de règles. Les principes ne sont pas clairement établis et les contestations sont monnaie courante. La travail évolue de même. Mais le salariat n'est pas totalement installé. Les anciens réseaux socio-économiques, politiques, religieux même, retiennent encore le travailleur africain et freinent son passage au salariat. Son employeur garde encore à ses yeux quelque chose de prestige de l'aîné ou du chef. Le salariat n'existe donc encore qu'à l'état de tendance dans l'agriculture commerciale africaine. - Les migrations de travailleurs sont une des premières manifestations de cet état de choses. Le salaire d'appoint, le salaire en nature, la «target economy» précèdent le salariat proprement dit. Le salaire reste conçu, par l'employeur et par le travailleur, comme proportionnel aux besoins, non au travail. La société traditionnelle continue de prendre en charge les besoins que le secteur écon~mique moderne ne peut satisfaire. A la diversité des situations anciennes tendent cependant à se substituer, dans l'agriculture commerciale, des rapports sociaux empruntant au salariat une uniformité croissante.

L'Afrique Désenchantée

21

Il est vrai que les plantations, en milieu purement africain, se distinguent des autres cultures commerciales par la pérennité de l'occupation du sol et la supériorité de leur rapport monétaire. Il est également vrai que les récentes politiques de développement national ont des effets différentiels sur l'organisation du travail et le statut des travailleurs. Mais il semble que l'essentiel reste malgré tout lié à la logique interne de l'agriculture commerciale. Du moins .est-ce l'approche qui nous semble la plus féconde pour une analyse cas par cas. Dans cette perspective, c'est la relation entre les anciens rapports de travail, liés à l'économie de subsistance, et les nouveaux rapports, liés à l'agriculture commerciale, qui apparaît comme le dualistpe fondamental et général qui doit d'abord être interprété. Deux conceptions de la richesse se heurtent: l'une est liée au statut et se compte en hom-

mes ~l'autre est liée à l'utilité et se compte en biens.
Le collectivisme prestataire est parfois utilisé dans l'agriculture commerciale. Les nouvelles activités agricoles sont alors, par ce biais, le germe d'une exploitation des jeunes par les anciens. Les formes d'organisation villageoise du travail sont souvent utilisées de même. Parmi celles-ci, cependant, les formes d'entraide connaissent parfois une évolution plus «progressiste» : elles incorporent souvent les éléments «inférieurs» - manœuvres, jeunes - pour une entraide à caractère économique plus marqué. Leur caractère «démocratique» est généralement prononcé, et il arrive qu'elles s'opposent aux formes prestataires. de travail qui favorisent les notables. Les rapports de travail entre peuples différents sont également en transformation. Les relations entre planteurs autochtones et émigrés étrangers sont à analyser sous cet angle. D'autre part la rationalisation du travail pastoral semble rencontrer de plus vives résistances socio-culturelles que celle du travail agricole: les pasteurs sont en général moins attirés que les agriculteurs par l'économie commerciale. Enfin le rôle des croY3:nces et des rites religieux, anciens et nouveaux, est loin d'être négligeable dans la vie de travail

22

Gabriel GOSSELIN

nouvelle. C'est ainsi que l'Islam semble avoir permis le maintien de comportements traditionnels et essentiels, tandis que le christianisme engendre de's conflits de valeurs inédits. Les utilisatiqns de l'argent gagné montrent bien le sens donné à l'agriculture commerciale. La monnaie est parfois stockée pour elle-même et son prestige sociologique. Elle sert aussi à des investissements cérémoniels. Dans ce cas elle n'a donc pas acquis encore sa pleine valeur d'échange, et on peut interpréter ces usages comme autant "de handicaps pour le développement. Le particularisme paysan - et la dispersion des travailleurs sur de grands espaces - ne favorisent guère les tentatives d'organisation nouvelle du travail. On a souvent souligné que les récents liens de travail ne résistent pas aux divisions anciennes. Pourtant cet obstacle peut être le tremplin d'une intégration d'un genre nouveau, qui limite l'emprise du salariat en suscitant des formes d'organisation du travail originales. De nouveaux types sociaux naissent des transformations de l'agriculture commerciale: planteurs et autres détenteurs de terre, manœuvres et autres détenteurs de leur seul travail. Symboles de l'Afrique nouvelle, ces types de travailleurs peuvent se manifester comme son «fer de lance» : pour la construction d'une indépendance économique, la formation de nouvelles catégories de travailleurs ruraux est peut-être plus décisive que l'accroissement des ouvriers des mines et de l'industrie. Les diverses situations sociales et économiques traditionnelles, telles qu'elles se sont peu à peu transformées au sein d'une économie monétaire croissante, recouvrent partiellement notre distinction sommaire, principalement agrogéographique et économique, entre savanes de l'intérieur et plantations côtières (ou zones d'altitude de l'Est africain). Les zones de savane sont en effet restées plus traditionnelles que les régions de plantation, qui participent davantage à l'économie commerciale. Mais la savane aussi est atteinte par le mouvement, auquel résistent également bien des populations des régions de plantation. Notre étude comparative devra donc n'utiliser ces deux types de situations agro-économiques que comme cadres

L'Afrique Désenchantée

23

d'approche, et se référer contamment à une analyse plus approfondie de chaque contexte traditionnel en cours de transfonnation. Aper~u général de l'étude Le plan de notre recherche peut, accessoirement, se présenter sous la forme d'un tableau dans lequel chaque case représente un problème à trois variables: modernisation rurale en question, situation socio-économique, système traditionnel de travail ( 13). Chaque chapitre analyse et interprète un exemple différent. Le problème qui est au centre de nos préoccupations ne recouvre pas toujours, loin de là, ce qui constitue pour chaque population concernée la problématique essentielle de sa tradition. Mais il est commun à chacune, ce qu'implique évidemment notre intention comparative. Bien plus, il tend à ,se présenter pour chaque population comme la clé théorique et pratique de la plupart de ses difficultés actuelles. De même en effet qu'à la diversité des situations traditionnelles de travail tendent à se substituer, on l'a vu, des rapports sociaux empruntant au salariat une uniformité croissante, de même il est clair - ce sera du moins notre hypothèse de base - qu'aux différentes problématiques, de la tradition, qui sont aussi des problématiques de la différence, tend de plus en plus à se substituer la logique unificatrice et totalisante du développement. Si notre problème est au cœur du devenir présent des sociétés rurales africaines, notre recherche ne tente pas pour autant de se présenter comme une étude d'actualité, encore moins de circonstance. Elle ne veut pas tenir sa justification des événements, ni son intérêt de la fraîcheur de ses informations. Elle voudrait, bien au contraire, rendre possible l'interprétation des' événements et permettre de donner un sens aux informations les plus brûlantes. Cette

Berspective explique les décalages de dates entre les diverses
expériences de développement analysées - et, par conséquent, l'état contemporain des divers systèmes traditionnels de travail. Certaines de nos études de cas sont même antérieures à la décolonisation, tandis que d'autres lui sont pos-

~

24

Gabriel GOSSELIN

térieures ou s'étendent sur les deux périodes. Sur ce plan également, nous avons recherché la diversité. Ce qui, pour chaque cas, a motivé notre choix et celui de la période considérée, ce sont l'intérêt d'un projet, ou d'une phase d'un projet, par rapport à un système social lui-même «en situation» - et la pertinence du problème ainsi posé par rapport à notre problématique initiale. Si les dates entre lesquelles se situent nos études de cas sont variables, l'extension spatiale et démographique de celles-ci ne le sont pas moins, et pour les mêmes raisons. Huit à dix millions de paysans sont concernés par nos divers exemples, sinon par les projets de développement. qu'ils analysent (14) : 150 000 BISA (Haute Volta, 1961-1967) ; 600 000 BAMILEKE (Cameroun, 1955-1962) ; 80 000 GBEY A (Centrafrique, 1963-1966) ; 5 millions d'IBO (Nigéria OrientaL 1946-1956) : 550 000 Mossi du YATENG A (Mali et Haute Volta, 1947-1965) ; 700 000 FON, ADJA et NAGO (Dahomey, 1961-1966) ; 500 000 SbRER (Sénégal, 1962-1966) ; et un million de SUKUMA (Tanzanie, 19601970) . A cette diversité temporelle, spatiale, démographique et ethnique sont liées d'autres différenciations: géographiques (dans le cadre de l'Afrique intertropicale) : cinq cas en Afrique de l'Ouest, deux en Afrique équatoriale, un, en Afrique de l'Est; linguistique (et derrière ce critère se profile une autre caractéristique, plus importante pour notre propos: le type de colonisation)/: cinq études concernent des pays francophones, deux des pays anglophones, un des pays est bilingue; politique enfin - et ce critère se retrouve dans nos typologies elles-mêmes: cinq pays étudiés sont à quelque degré libéraux, trois autres s'affirment socialistes. Les expériences analysées révèlent en outre des potentialités très variables. Une première série de cas apparaît ainsi pleine de promesses: en Haute Volta, en Centrafrique, au Dahomey et au Sénégal. Les deux premiers projets sont le fait de sociétés d'intervention étrangères, les deux autres sont liés à des initiatives et des institutions nationales; les premiers sont le fait de pays libéraux, le dernier d'un pays socialiste; dernière corrélation, enfin, non moins instructive: les projets de sociétés d'intervention étran-

L'Afrique Désenchantée

25

gères, en pays libéraux, concernent des régions beaucoup plus pauvres que les zones concernées par les projets nationaux des pays socialIstes. Une deuxième série 'de cas se révèle beaucoup plus difficilement «reconvertible». Si la première série est, en effet, postérieure aux indépendances, les efforts de développement analysés au Cameroun, au Nigéria oriental, à l'Office du Niger et même, à un degré moindre, en Tanzanie, sont les héritiers d'un passé colonial marqué. Ce facteur semble plus décisif dans l'application de leurs difficultés actuelles que les liaisons précédemment établies à propos des projets postérieurs aux indépendances. La reconversion d'entreprises anciennes, établies sur d'autres bases et dans d'autres contextes, semble donc plus difficile que la création de projets nouveaux. Les huit cas étudiés sont en eux-mêmes d'une grande variété. S.A.T.E.C. en Haute Volta et B.D.P.A. en Centrafrique (15) cherchent à structurer localement les fonctions de commercialisation et d'approvisionnement, de crédit et d'équipement; tous deux cherchent à vulgariser de nouveaux modes de production, notamment la culture attelée, à encadrer les paysans dans des structures pré- ou para-coopératives, à étayer leur intervention au sein d'institutions plus vastes, tels les Offices Régionaux de Développement. Au Cameroun, la mise en place d'un système de crédit mutuel devient un objectif essentiel. En Nigéria oriental, il s'agit d'un effort de «community development». L'Office du Niger, au Mali, est une énorme entreprise de colonisation agraire et d'irrigation. Au Dahomey, nous avons analysé un projet de réforme agraire - sans le nom - et de coopération de production. Les expériences étudiées en pays socialistes ne sont pas d'un type radicalement différent: coopération et animation au Sénégal; groupements 'mécanisés, mouvement coopératif et politique UJAMAA en Tanzanie. A chacune de ces tentatives de développement correspond un contexte traditionnel spécifique, et la diversité des situations ainsi étudiées n'est pas le moindre intérêt de nos études de cas. Les Bisa de Haute Volta sont très attachés à des traditions relativement préservées. Les Gbeya de Centrafrique, au contraire, ont vu celles-ci malmenées et'

26

Gabriel GOSSELIN

transfonnées par de multiples vicissitudes historiques, au point de ne plus savoir très bien se situer par rapport à elles. Les Bamiléké du Cameroun, comme les Ibo du Nigéria oriental, présentent des traditions encore homogènes, vivantes et souples: plus que celles d'autres populations, peut-être, ces traditions Bamiléké et Ibo manifestent une rationalité originale, en particulier dans le domaine de l'activité économique. L'Office du Niger, au Mali, est un véritable laboratoire de changement et de développement. On peut y observer le devenir de la tradition Mossi, émigrée du Yatenga (HauteVolta), aux prises avec un modernisme et un dirigisme accentués. L'ancienneté de l'expérience elle-même nous instruit sur les phénomènes de changements de génération, très importants pour notre propos. La zone d'élection de la SONADER, au Dahomey, est habitée par des populations Fon, Nago, et Adja. Partout, et dans l'Ouémé particulièrement, la tradition est déjà transfonnée par une circulation monétaire ancienne et importante. Parce qu'elle s'insère dans un milieu qui n'est plus traditionnel, l'expérience dahoméenne nous pennet une prospective expérimentale, rarement possible en Afrique inter-tropicale: nous sommes au seuil du développement lui-même.. L'originalité du pays Sérèr, au Sénégal, c'est d'être l'objet d'une intervention locale étroitement conditionnée par des finalités et des institutions nationales, d'une part, par des perspectives et des actions globales, multifonctionnelles, d'autre part. Le pays Sukuma, en Tanzanie, doit enfin sa seule richesse potentielle à son altitude, qui lui pennet l'élevage du bétail. L'association de l'agriculture et de l'élevage semble seule capable, en éffet, et plus que la motorisa~ion, de développer l'une et l'autre activités. La mise en oeuvre d'une politique originale sur un tel terrain est des

plus suggestive. * * *

.

Malgré la variété des expériences de développement analysées, mafgréla spécificité des contextes traditionnels où ces expériences se poursuivent, nos études de cas nous

L'Afrique Désenchantée

27

mèneront à des conclusions q~i, pour l'essentiel, convergeront. Il faut cependant, avant d'aller plus loin, lever une ambiguité : celle qui s'attache à des affirmations ou con... elusions constatant «l'opposition» de la tradition et du développement, à des schématisations ou .abstractions analysant la tradition «contre» le, développement, celui-ci «contre» celle-là. Cette dichotomie et ce manichéisme sont bien évidemment hors de notre propos. En vérité, il nous faut distinguer le plan de l'histoire vécue et celui de l'interprétation de l'histoire. Si le premier est le théâtre de conflits, réels ou idéologiques, ceux-ci s'analysent en termes de contradictions à partir de modèles idéaltypiques construits à cette fin. Cette élaboration est seule susceptible de conduire à une théorisation du passage d'une formation sociale à une autre qui ait une portée stratégique. C'est pourquoi nos conclusions générales se développeront sur ce triple plan des faits historiques comparés, du détour théorique nécessaire à leur interprétation et des indications stratégiques qui en découlent. L'incompatibilité des modèles de la tr~dition et du développement est une tautologie théorique. A ce niveau, le problème est celui de la caractérisation des formations de transition et du passage d'un mode de production à un autre. Cependant, si l'analyse des conflits observés ne peut trouver sa cohérence, sa signification et sa direction que dans une telle interprétation des contradictions, elle nous montrera bien évidemment que celle-ci opère sur des réalités ambiguës, nuancées et complexes. Sur ce plan, nous parlerons donc des traditions, de leur diversité et de leurs problématiques~ différentes; nous parlerons aussi des modernisations, de leur variété et de leurs différents types. Pour résumer nos conclusions stratégiques, quitte à les caricaturer, nous dirons que les valeurs, les structures et les fonctions traditionnelles suscitent plus de difficult~s qu'elles ne fournissent de facilités dans le cadre de politiques qui cherchent à faire participer les populations à la mise en œuvre, au contrôle, et aux fruits d'un développement qui
' '

28

Gabriel GOSSELIN

les concerne mais qui les dépasse. Ajoutons toutefois une double nuance: les mécanismes institutionnels anciens peuvent malgré tout fournir des instruments appréciables, dans un premier temps du moills.

* * *
Pour clore cet aperçu, rappelons, que notre projet luimême nous recommande de partir de l'analyse des essais de modernisation, pour déceler ensuite les influences traditionnelles sur ces essais. Aussi n'avons-nous étudié, dans nos parties consacrées aux aspects traditionnels, que les éléments nécessaires pour apprécier l'expérience de développement analysée au préalable. Cette perspective explique les limites de nos analyses sociologiques et ethnologiques, que l'on évaluera encore mieux quand on se souviendra que l'aspèct essentiel, pour nous, des projets de modernisation rur~e, réside dans la participation des populations concernées et dans les institutions qui sont censées favoriser cette participation. A cette double limitation, il convient d'ajouter celle que nous indiquions précédemment: autant que possible, nous nous sommes efforcés d'approfondir surtout les aspects et les implications de la modernisation qui concernent les activités productrices et distributives et, parallèlement, les structures, fonctions et valeurs du travail traditionnel. Soulignons, d'autre part, qu'on ne trouvera pas de conclusions générales étoffées pour chacun des cas étudiés. Les seules conclusions que nous ayo'ns tirées pour chaque exemple sont étroitement orientées, et limitées, par notre sujet: elles sont représentées par les dernières parties de nos différents chapitres. Et c'est après ceux-ci que nous avons regroupé les enseignements théoriques et pratiques induits de la comparaison des divers cas. Il faut enfit1,/préciser que nous n'avons pas voulu analyser en tant que tels les aspects politiques du développement. fi est cependant évident qu'il s'agit là d'un angle capital. Bien d~s a'nalyses souffrent~ en particulier. de la méconnaissance des rapports qu'entretiennent le «niveau central»

L'Afrique Désenchantée

29

et le «niveau local». A cet égard, une étude.fondamentale reste à faire: celle. des relations réciproques, complexes et ambiguës, entre les paysanneries et l'état moderne (16). S'il ne peut ignorer la dimension politique, nationale et locale, on a vu que notre projet s'oriente cependant en fonction d'une autre problématique. Ceci explique les limites particulières où sont tenues nos analyses des structures politiques, traditionnelles et modernes.' C'est le risque des études comparatives comme la nôtre: chaque cas, chaque question traités apparaissent sommaires pour le spécialiste de ce cas ou de cette question. Mais la comparaison en elle-même nous paraît avoir un effet heuristique irremplaçable, quand elle est orientée par une hypothèse théorique pertinente.

NOTES DE L'INTRODUCTION

(1) Outre la seconde partie de nos conclusions, cf. notamment J. Freyssinet, Le concept de sous-développement, Paris, Mouton, 1966, 368 p. (2) Sur l'idée de «progrès» et l'idéal égalitaire qu'elle véhicule pour les masses modernes, cf. notamment E. Weil, «Les masses et les individus historiques», l'Encyclopédie Française, Paris, t. XI, p. 11-10-11 à 11-12-15. (3) Pour ces deux modes de la réinterprétation, cf. R. Bastide, «La causalité externe et la causalité interne dans l'explication sociologique», Cahiers Internationaux de Sociologie, Paris, vol. XXI, 1956. (4) Les cas analysés à partir d'enquêtes personnelles de première main sont ceux du pays BISA (Haute-Volta) et du pays GBEY A (Centrafrique). Pour cette raison, nous avons fait figurer en annexe aux chapitres correspondants des documents inédits qui viennent étayer nos développements. On verra néanmoins que ces études tiennent compte également de tous les travaux disponibles par ailleurs. (5) Le choix de ces variables, les distinctions qu'elles introduisent et la ty~ologie à laquelle celles-ci conduisent ne sont considérés ici qu'à titre d'hypothese de travail. L'étude elle-même. nous mènera à les confirmer, à les modifier, ou à les infirmer. Mais une telle clarification dans le foisonnement des projets nous semble dès le départ nécessaire. (6) Il va de soi qu'on distingue ainsi deux types de situation socio-économique en fonction de deux types d'économie dominante, mais qu'il existe des cultures d'exportation dans les zones du premier type comme il existe, bien évidemment, des cultures d'auto-subsistance dans celles du second. (7) Ou de consommateurs: mais ce type de coopération n'intéresse pas notre projet. (La formule est de H. Desroche). (8) Société Nationale de Développement Rural. (9) Le cas d'un projet de modernisation organisé à une échelle plus réduite que celle du système de travail traditionnel semble rester théorique. (10) Il nous faudra cependant tenir compte, dans nos analyses des réalités locales, du caractère national ou régional de certaines expériences. (11) Loin de simplifier la tâche, cette optique fondamentale exige une sélection encore plus sévère des travaux utilisables. Pour saisir l'impact des efforts de modernisation au niveau local, il nous faut en effet des études un tant soit peu monographiques (quatrième condition...). Celles-ci seront d'ailleurs plus difficiles à trouver pour examiner l'aspect local de la modernisation que pour analyser le travail traditionnel. (12) Pour une analyse plus approfondie des systèmes traditionnels et de leur transformation, nous nous permettons de renvoyer à notre article «Pour une anthropologie du travail rural en Afrique noire», Cahiers d'Études Africaines, Paris, vol. III, n 12, 1963. pp. 511-550.
.

(13) Ce tableau. est annexé à la présente introduction, ainsi qu'un schéma

de localisation des expériences étu4~ées.

Gabriel GOSSELIN

31

(14) En réalité, ce chiffre global n'a guère de sens. Outre qu'il totalise des populations à des dates différentes, le nombre exact ou même approché des gens effectivement concernés par chacune des expériences de développement est impossible à évaluer - comme le montrefont nos analyses ultérieures. (15) SATEC : Société d'Aide Technique et de Coopération~ BDPA :Bureau pour le Développement de la Production Agricole. Societés d'état françaises. (16) a. le premier paragraphe de la troisième partie de nos conclusions générales.

32

Gabriel GOSSELIN

~~~6. = 0 '"":f"+ Er f"+9=, /.) ~g~~~ ~,Ç/.) Ç ~.~ . ~af»' \:1. f»' Q~ ~S6.a ~~.a <b,: ~=,='::+ ~S"~ 8~

f"+ ~""".

~8)~~ ~(JQ

~~~~~..~,

qg.

;.

~.
....

~~E; ::s= Q.S"~ ,-.~ saë.i ~~a.~ f6~ ..c _.
~~~' ~=' =0 ~= ~g5 <=' ='~ Ç/.)~ Ç/.)~ ~=
Ç/.) Ç/.)

~a ~8.
= if
~c-to.

=

,-.~ (j

Ê3i
= ___

='

.

N

<~~

o~.

a~ Q
IX'~' =ëe:
f"+

~;~
":-'~CI'l

(j::p o ~, ~O~CI'l ~O~
~'o ~'
f"+

~""". =~ 6.~'~~~, ? ~~~tr:J o~

~>

~'=

ah~~~.
I~

~,

=

..

f
= ;

;.'<

~i8

~= ~7111 ~gr!
~g~~
~a't:j """.~ ..c~~

Q = ~&.

o. '*

~

= a.~=~

~g5 . ,-.~' cg ~zao
s.~

~G1 ~::tGlIX' = 8 ;, ~, = .

~
t:=' t!1 ~ ~ ~ 6 t!1

cm:~.~ ---

;

ë

>
.
~='

= 0 ~.... ='
Ç/.)~Ç/.)

-. '*~,

~~' S:

= ~6.~ ..
='

~~,

='~ ~='

~o~~, a= ~-~ ëfe. ....OCl'l 5c5~ o "8, a et'g, ~Iioit~

~~~8~ '-'~CJ\ ~.

~,(j

::r~"" o ....= =o~
~='

Sg 85"

=Ç/.)

~='

':<

~=. ~~(j)~
~'*

~<m

za= dQ. ~~.

~aD. ~o.~ ~=' ~.~ri' ~~..

f
;.
=

~i=?O
~,<O~ Ç/.)

~6."8, Ç/.)~.... ==.... ë. di' CD """."c ~1»0= ~~g. CD CD' ,-.=CD

Ç/.)t'f'1 CD, ~~--.J ~. o~ ~, .Q ().~ ~& g~,~ ClJeD ,-.~o

sa

~ë.~.

;a .

g.;,
Ç/.)

i:
3'

~CDCD . I»

..

Ë~" ~~E!.
~':-'

L'Afrique Désenchantée

33

.
REUNION

A

3

CHAPITRE PREMIER L'ACTION DE LA S.A.T.E.C. EN PA YS BISA (Haute-V olta)

I. L'ACTION

DE LA S.A.T.E.C.

EN HAUTE-VOLTA

1) Premières interventions

et réorientation

,

Commencée en juin 1961 dans la région de Ouagadougou, l'action de la S.A.T.E.C. s'est étendue à la région de Koudougou depuis 1964. L'interv'ention a primitivement pour objectif de créer des groupements capables de développer le' crédit grâce à la caution mutuelle de leurs membres, de généraliser l'utilisation d'une houe améliorée à traction asine, d'organiser l'approvisionnement et la commercialisation. 'Ces groupements doivent donc servir de relais pour la vulgarisation de techniques agricoles perfectionnées, la diffusion de semences améliorées et désinfectées, la commercialisation des cultures vivrières et le développement ultérieur des cultures

de rapport (coton, arachides, riz).

I

En fait, et pendant les années 1962 et 1963 , l'action de la S.A.T .E.C. consiste essentiellement à fonder de petits groupements villageois, dont la fonction principale est de servir de mutuelles de crédit, et dont le rôle est pré-coopéra tif. A la fin de 1965 avait été créées près de 550 sociétés, représentant environ 75% du nombre total des coopératives voltaïques. Les 8 500 à 9 000 adhérents de ce mouvement ne constituaient cependant guère plus de 50% du nombre total des coopérateurs voltaïques. La taille des groupements S.A.T .E.C. demeurait en effet restreinte (16 membres en