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L'ASIE ET L'EUROPE ACCÉLÉRATEURS DES ÉCHANGES MONDIAUX

De
209 pages
La mondialisation de la compétitivité s'est poursuivie alors que les nationalismes européens et asiatiques se sont renforcés pendant le vingtième siècle. C'est essentiellement en Corée, au Japon et en Chine que se jouera l'avenir du continent asiatiques, et en partie celui du monde au XXIe siècle. L'auteur expose l'idée d'une culture universelle. Cet ouvrage compare ainsi les cultures en Asie du Nord-Est et la théorie culturelle européenne. Ceci s'avère fondamental pour l'avenir des échanges économiques et culturels entre nos deux continents.
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KIM Hee eel

L'ASIE ET L'EUROPE ACCÉLÉRATEURS DES ÉCHANGES MONDIAUX

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Introduction

Concepts fondamentaux de quoi? Le titre de ce cours ne le dit pas. Ainsi reste obscur ce qui doit être ici conçu. On appelle « concepts », des représentations dans lesquelles nous amenons devant nous un objet ou des domaines entiers, les objets en leur généralité!. Je crois qu'il n'y a pas beaucoup de niveaux de théorie culturelle et d'harmonisation universelle y compris dans la civilisation, l'économie politique, la sociologie, l'histoire. Donc nous essaierons l'idée de la théorie de la culture universelle et du moderne. Je présenterai notamment la culture en Asie (Extrême-Orient) et la théorie européenne. Je divise ma thèse en quatre parties. La première partie concerne l'analyse des théories des vertus, de la dialectique moderne et du capitalisme, la théorie de la culture en Asie, la théorie de l'économie culturelle et les relations mondiales. Par exemple, ma thèse parlera de la conception de l'homme supérieur dans la société contemporaine. Selon la théorie de la vertu, les individus du monde moderne doivent agir en dehors de toute facilité devant les difficultés quotidiennes qu'ils rencontrent. « .. .11 faut considérer dans l'esprit le mouvement selon lequel l' étant devient l'universel pour l'esprit (comment l'esprit pose la chose) ou le mouvement selon lequel l'esprit rend l'étant universel, le pose comme ce qu'il est »2. C'est-à-dire; il faut essayer un mouvement de théorisation universelle avec sa vérité! J'expliquerai dans la deuxième partie le dialogue entre le moderne et la réalité du capitalisme. Par exemple, je présente le
1. 2. Martin Heidegger, « Introduction». Ibid. Concepts fondamentaux, Gallimard 1985,

concept de la bonne tactique - l'apport spirituel du bonheur! La vie dans la société capitaliste a besoin d'une ligne de conduite! « L'esprit sort de cet acte d'intuitionner et intuitionne son acte, intuitionner, c'est-à-dire l'objet en tant que rien, l'objet supprimé comme étant, l'image »3. Voilà, mon avis sur le travail de l'acte d'intuition, l'objet supprimé comme étant, l'image. Nous essayons d'établir un concept de prudence tactique par rapport à la méchanceté dans la société capitaliste. Je crois que la culture asiatique est très proche du niveau de la sagesse et de l'intelligence; la modernité de la société est importante pour la reconstruction de l'idée de la culture asiatique. J'expliquerai dans la troisième partie ce qu'est la théorie de la culture asiatique, par exemple, le concept de la confiance dans la vie quotidienne, de la noblesse, de la générosité, du cœur dans la culture asiatique. «L'intelligence est l'effective avec le temps limite. L'intelligence est effective,. elle est possibilité d'agir,. l'objet est en-soi ce que l'intelligence est, et c'est pourquoi il peut être supprimé. Mais l'intelligence n'a pas encore été active pour soi »4. Martin Heidegger a expliqué le soi-même. Je prends la théorie de la vie quotidienne de soi-même par rapport à la société réelle, mais aussi, j'explique le « soi-même». Ce n'est pas un autre, mais ill' est également. C'est-à-dire l'existence de soi-même, dans moi-même en même temps, réfléchit un autre soi-même parce que soi-même correspond à un autre soi-même du rôle naturel du cosmos. Cette intelligence est libre, mais inversement sa liberté est sans contenu, parce que précisément l'intelligence s'est libérée aux dépens du contenu, par la perte de ce contenu. Son mouvement est le mouvement opposé de s'accomplir non pas par introspection (forme et contenu; objectivité vide, universalité), mais par génération d'un contenu et notamment d'un contenu tel qu'en lui l'intelligence a la conscience de son faire, c'est-à-dire d'elle-même en tant qu'acte de poser le contenu ou de se faire le contenu.
3. 4. Ibid. Hegel, La philosophie de /' esprit (de la Rea/philosophie), 1805, PUF
1982, p. 27.

Je pense qu'il est très important d'établir le concept d'intelligence. J'expliquerai donc le concept du rôle - clair en retirant le contrôle de l'intelligence qui domine la manœuvre, et non l'hésitation du charisme tactique dans la société de masse. «Le noble amour, l'idéal de soi universel - barreaux de [' échelle céleste - dieu est amour, joie, puisque le naturel est reconnu, le chevaleresque tombe dans la conscience mystique qui vit dans un monde spirituel en tant que monde vrai, lequel s'approche à présent de l'effectivité de la conscience, et dans cette effectivité de la conscience est le présent en tant que présent. L'amitié est uniquement dans l'œuvre commune et tombe dans la période du devenir de l'être (Wesen) éthique »5. A mon avis, l'éthique est importante dans la société capitaliste. J'expliquerai la situation-noblesse de soi -même et les relations dans la société familiale, ainsi que le concept du transfiguré qui est chargé de la beauté-noblesse, situation à la fois personnelle et matérielle. «De cette lutte, chacun (des adversaires) sort comme celui qui a vu l'autre en tant que pour soi et c'est un savoir de la volonté,. et de cette lutte, la volonté d'un chacun surgit comme sachante, c'est-à-dire réfléchie parfaitement en soi dans son unité. » La quatrième partie, concerne la théorie de l'économie et des relations mondiales. Aujourd'hui, il est absolument vital d'avoir la stabilité intérieure et une ferme volonté, c'est-à-dire réfléchie parfaitement en soi dans sa pure unité. Donc, je pense que l'action de la volonté est une action économique, sociale et les relations du monde. J'expliquerai l'idée de bon temps, d'amusement, d'harmonisation, et de la pensée de noblesse; mais je parlerai aussi de la théorie du «juste profit» dans le système capitaliste par rapport aux esprits de la communication. «L'exigence de ['intellectuel est d'ordre rationaliste et répond au besoin de concevoir le monde comme doté de sens. Le salut qu'il cherche est toujours fondé sur une nécessité ou une détresse intérieures. L'intellectuel cherche par des voies diverses, dont la casuistique s'étend à l'infini à conférer de bout en bout un sens à sa façon de vivre,. il cherche l'unité avec lui-même, avec les autres hommes et avec le cosmos.

5.

Max Weber, Économie et société, Plon p. 324.

Max Weber souligne qu'un pareil entraînement casuistique de l'intellect peut étendre ses effets à la vie quotidienne, surtout s'il ne s'agit pas de simples devoirs culturels et rituels, mais d'une réglementation systématique, d'une éthique quotidienne» . Finalement aujourd'hui la société capitaliste est déjà technocratisée au ni veau mental mais aussi au ni veau intellectuel. La société moderne est aussi beaucoup technocratisée avec l'absence culturelle de rituels, d'éthique quotidienne. La société moderne est extrêmement industrialisée avec l'absence de vie mystérieuse et d'aspiration à l'utopie. « Or, les produits de l'intellectualisme se situent toujours à la surface des choses; ils n'ont pas de racine bien profonde et ne pénètrent pas dans les couches profondes de l'âme, jusqu'aux mystères cachés de l'univers» 6. A mon avis, nous travaillons pour la construction de l'équité sociale du mystérieux et de la réalité du régime monétaire.

6.

Freddy Raphael, Judaïsme et capitalisme essai sur la controverse entre Max Weber et Werner Sombart, PUF, 1982, p. 351.

DYNAMISME ÉCONOMIQUE ET CULTURE TRADITIONNELLE

Accumulation économique

Accumulation dans son sens le plus courant est synonyme d'amoncellement, d'augmentation progressive d'un bien activité, se protéger du froid... ils sont incontestablement des besoins physiologiques, c'est-à-dire que tout organisme doit s'alimenter de façon à assurer sa survie. Les besoins physiologiques eux-mêmes ont une composante culturelle et historique. Le besoin social est l'ensemble des besoins dont la satisfaction est considérée par les membres d'une collectivité donnée comme indispensable pour assurer un niveau et un style de vie adaptés au niveau de développement et au statut du groupe. Bureaucratie, capitalisme et modernité sont très relatifs. En principe, ils se basent sur le fondement d'une sélection ouverte selon la qualification professionnelle: dans le cas le plus rationnel ils sont nommés (non élus) selon une qualification professionnelle révélée par l'examen, attestée par le diplôme. Si l'expression «capitalisme bureaucratique d'État» a été forgée pour qualifier les pays de l'Est dans les économies de marché; l'utilisation des postes-clés de l'État et des grandes entreprises par « l'élite du pouvoir» est aussi une forme de système bureaucratique qui s'harmonise avec la propriété privée.

Changement social dans la société coréenne

Le changement social est «toute transformation observable» dans le temps qui affecte d'une manière qui ne soit pas que provisoire ou éphémère, la structure ou le fonctionnement de l'organisation sociale d'une collectivité donnée et modifie le cours de son histoire, les classes sociales. La stratification coréenne concerne l'inégale distribution des droits et des privilèges, devoirs et responsabilités, gratifications et privatisation, pouvoir social et influence parmi les membres de la société. La reconnaissance des différences est le fait de tous les sociologues: différences de revenus, de patrimoine, de pouvoir, de prestige, de culture. .. et de la place dans la production. La croissance est un mouvement de transformation structurelle, elle est repérable, non seulement par les revenus, mais aussi par les mutations sectorielles. Ainsi, la croissance modifie la part relative des différents secteurs. Des industries nouvelles apparaissent, la valeur ajoutée par le salarié s'accroît. . .

Le rôle de l'État et le dynamisme L'État contemporain ne fixe pas seulement des règles d'ordre public, il intervient aussi dans la vie économique, sociale et politique. Ce n'est pas pour autant que disparaît le caractère privé et capitaliste de la vie économique. La propriété privée ne s'évanouit pas avec le développement des interventions publiques. Ces théories relèvent d'un ensemble d'éléments qui transforment le capitalisme. 1. De grandes unités économiques, «monopoles» et entreprises multinationales, contrôlent une part croissante de la vie économique. 2. L'État est au service des monopoles et l'État est le système des occasions notables de profit liées à la masse de ses commandes. L'État coréen est au service des monopoles notables de profit dominant lié à la masse démocratique.

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3 . Les entreprises publiques sont victimes par rapport aux entreprises privées d'une sous-rémunération de leur capital du fait des choix de l'État qui limite souvent les prix payés par les industriels.

Le rôle de l'État et de la concurrence Si l'État influence la politique des entreprises, l'inverse peut également être constaté. Le rôle du Ministère de l'industrie et du commerce ne doit pas être surestimé. Cette institution permet de regrouper des administrations qui sont souvent séparées dans d'autres pays, entraînant un manque de liens entre la politique commerciale et la politique de la concurrence par exemple.

L'économie

coréenne

C'est sur les chaebols que les différences entre les firmes américaines ou européennes d'une part et coréennes d'autre part semblent les plus évidentes. Les avantages du conglomérat: La structure conglomérale a de nombreux avantages: capacités de financement par l'intermédiaire des banques du groupe, contrôle de la distribution et politique d'internationalisation par le biais de la structure comme possibilités accrues de reconversion. En effet ces groupes essaient de s'orienter vers la création de nouvelles activités: les services, les biens de consommation du futur, etc. Ainsi certaines sociétés d'électronique ont rejoint la structure conglomérale. L'objectif de ces conglomérats n'est pas la maximisation du profit à long terme, mais la survie du groupe dans son ensemble à long terme.

Il

Le dualisme La définition même du dualisme est complexe. Il serait plus exact d'évoquer les dualismes de l'économique coréenne. Le premier au sens large désigne l'opposition entre le secteur traditionnel ou précapitaliste et le secteur moderne. Le second pris dans un sens plus étroit, traduit la cœxistence de grands groupes industriels avec un vaste secteur de petites et moyennes entreprises. La Corée est confrontée au développement. La Corée est confrontée au même choix que les anciens pays traditionalistes ou les pays en voie de développement: se replier sur le nationalisme par l'exaltation des valeurs passées et le rejet de l'Occident ou, au contraire, accepter une «modernisation» accélérée des structures économiques et institutionnelles qui signifie aussi un ralliement aux normes occidentales et, tout particulièrement, américaines.

Uneforme de société unique au monde (Les Sogo Shosha) Les chaebols ne se cantonnent pas à des activités purement commerciales et ne sont pas de simples sociétés d'« importexport ». Elles offrent à leurs clients tout un ensemble de services: recherche des débouchés, marketing, transport, stockage, assurances, financement. Même si leur champ d'action est international, les chaebols sont avant tout des sociétés coréennes au service d'autres sociétés coréennes. L'entreprise produit, la c hae bo l se charge de tout Cette séparation entre production et commercialisation, fonctions qui dans nos économies sont le plus souvent prises en charge par la même, pour la compétitivité.

Les chaebols coréens Les chaebols coréens sont des conglomérats industriels, généralement sous contrôle familial. Ils regroupent de 20 à 60 sociétés. Les plus grands, classés ici par ordre décroissant de leurs chiffres d'affaires, sont: Samsung, Hyundai, LG, Sunkyong. 12

Ces groupes représentaient à eux seuls un chiffre d'affaires d'environ 130 milliards de dollars en 1990 et réalisaient plus de la moitié des exportations coréennes. A l'heure actuelle, le gouvernement coréen s'inquiète du poids de ces chaebols et d'une diversification jugée excessive. Il révise le traitement fiscal qui les favorisait, limite leurs accès au crédit, et encourage le développement des petites entreprises. Contraints par le gouvernement, les chaebols ont annoncé, au début des années 90, un certain recentrage sur l'électronique, l'automobile, ou d'autres activités, mais cette restructuration apparaît très limitée. En Corée, ce sont les chaebols qui ont imposé de grands choix stratégiques: 1) orientation vers l'industrie lourde dans les années 60, 2) développement d'une production d'automobiles. Les résultats obtenus ont été spectaculaires: depuis le début des années 60, le PNB réel a cru à un rythme voisin de 7% en Corée du Sud et de 8% à Taiwan. Les trois grands secteurs de r économie (industrie lourde, industrie légère, agriculture) ont connu une croissance relativement harmonieuse, en liaison, d'ailleurs, avec les services (notamment commerciaux et financiers). Ces résultats montrent que la dynamique de la croissance externe n'est pas vouée à perpétuer la division internationale du travail existante: la part des produits primaires dans les exportations coréennes est passée de 40% en 1965 à 7% en 1989, alors que la part des machines passait de 3% à 38% (Banque mondiale). Si, en 1952, Taiwan n'exportait pas de produits industriels, aujourd 'hui, elle n'exporte pratiquement plus que ce type de produits. Fondée autrefois sur une main-d'œuvre bon marché, la spécialisation s'est orientée, dans les deux pays, vers des activités de plus en plus utilisatrices de capital et de main-d' œuvre qualifiée. Les exportations de biens d'équipement croissent plus vite que les importations.

Les limites du « modèle NP! » Certaines faiblesses peuvent être relevées et aucun des pays de la NPI n'est à l'abri de ralentissements conjoncturels (Corée 13

du sud et Singapour en 1985-1986), voire de crises plus durables. Taiwan et, surtout, la Corée du Sud, qui ont surpassé le Japon dans les produits industriels «bas de gamme» pourraient, à leur tour, se voir concurrencer par les « tigres» du Sud-Est asiatique. La hiérarchisation Japon-« dragons» - Corée-« tigres» exerce, certes des effets stimulants sur les économies asiatiques, en contraignant chaque zone à hâter ses restructurations, mais elle favorise également une concurrence sauvage et destructrice: guerre des prix, surproduction (acier, composants électroniques, matériel de communication). La Corée du Sud s'efforce ainsi d'élever le contenu de ses productions techniques avancées. Elle délocalise de plus en plus sa production «banale» (textile, par exemple) dans les pays asiatiques moins avancés. Elle suit, avec retard, la voie choisie par le Japon, tout en bousculant ce dernier. Mais, en rivalisant encore davantage avec les anciens pays industriels, les NPI asiatiques s'exposent à une riposte protectionniste de la part des Occidentaux et, peut-être du Japon, car ces pays restent très dépendants de leurs concurrents industriels pour leurs exportations et le recentrage vers les autres États asiatiques reste très limité. Orientée vers l'extérieur, leur économie est particulièrement sensible à la conjoncture internationale. Ces pays - notamment Taiwan - sont certes parvenus à substituer le marché américain (environ la moitié des exportations) au marché japonais (le Japon reste un fournisseur dominant), mais les débouchés sont encore trop concentrés. L'adaptation de la Corée du Sud devrait elle-même se révéler plus délicate: équilibre précaire de la balance des opérations courantes (mais, en 1980, le Japon n'était-il, pas déficitaire ?), rigidités économiques, sociales et politiques... Dans le domaine social, le retard se comble moins vite qu'ailleurs et les tensions qui en résultent pourraient remettre en cause le fonctionnement du modèle NPI.

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La zone Pacifique

S'achemine-t-on vers la constitution d'une zone asiatique? Pas dans l'immédiat: parler aujourd'hui de « zone asiatique» ou «Pacifique» est prématuré. En Asie du Sud-Est, l'intégration économique est très éloignée du niveau de l'intégration européenne. Il n'existe aucune structure similaire à la CEE ou à la CSCE. Fondée en 1967, l'ASEAN regroupe les « tigres », c'est-à-dire la Malaisie, l'Indonésie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, Brunei. Elle exclut le Japon et les quatre «dragons ». L'intensité de la coopération a été très inégale et le commerce à l'intérieur de la zone a plutôt stagné; sur ce point, les performances de l'ASEAN sont très éloignées des performances communautaires (cf. tableau ci-dessous). La coopération se limite à des accords commerciaux préférentiels qui ne concernent qu'une part limitée du commerce extérieur de ces pays qui ont néanmoins décidé, en 1992, de se constituer en zone de libre-échange.

Échanges à l'intérieur de l'ASEAN et de la CEE en pourcentage des exportations totales
1960 21.7 34.6
1970 1980 1983 1987

ASEAN CEE
Source:

14.7 48.9

17.8 52.8

23.1 52.4

17.7 58.8
1991.

D'après Banque mondiale, Rapport sur le développement,

Le premier ministre de Malaisie, Datuk Seri Mahathir a proposé, fin 1990, la création d'une vaste union douanière asiatique regroupant l'ASEAN, l'Indochine, les trois Chines, le Japon et la Corée du Sud (mais excluant le Pacifique «blanc»). La réprobation des États-Unis et la défection du Japon, qui ne souhaitait pas assumer le leadership de cette organisation, ont (provisoirement ?) condamné cette proposition. Les pays de l'ASEAN forment, depuis 1989, une zone de coopération: l'APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) avec les États-Unis, le Canada, l'Australie, la N ouvelleZélande, la Corée du Sud et le Japon. 15

Il s'agit de la dernière initiative en date pour relancer la coopération économique entre les deux rives du Pacifique. Elle pourrait être étendue aux questions de sécurité. Pour l'instant, le caractère opérationnel de cette organisation n'est pas démontré. L'ampleur du commerce intrazone est généralement considérée comme un élément qui favorise l'incitation à créer une zone économique. Au-delà des seuls pays «pauvres» de l'ASEAN, la part du commerce intérieur à l'Asie dans le commerce total de ces pays a doublé entre 1970 et 1989, pour dépasser 40%, soit davantage que le commerce intra-européen à la veille du traité de Rome. A ces flux commerciaux internes correspondent également des flux croissants d'investissements directs. Les pays asiatiques ont des intérêts communs évidents. Très dépendants pour le reste de leur commerce des marchés « riches» d'Europe ou d'Amérique, ils sont fortement incités à se regrouper pour résister avec davantage de puissance aux pressions américaines et européennes. Mais l'intégration est un processus long qui est à peine engagé en Asie. Les entreprises de ces pays sont souvent en concurrence directe, et toute avancée pourrait se heurter à des réactions défavorables. Afin de se défendre contre la concurrence du Japon, la Corée souhaitera conserver une protection pour ses secteurs «émergents» ; inversement, le Japon pourrait s'inquiéter de la concurrence coréenne sur des produits comme les composants électroniques ou les matériels de communication, pour ne pas parler de la construction navale.

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CROISSANCE ASIATIQUE ET DEMANDE EFFECTIVE: Une perspective économique

L'industrialisation en Asie s'est développée au point de concerner aujourd'hui plusieurs centaines de millions de personnes, du Japon à la Thaïlande et à la Malaisie, en passant par les régions de la côte chinoise. Il s'agit là d'un phénomène qui a radicalement transformé la structuration géographique de l'économie mondiale. Le biais normatif demeure important dans nombre d'ouvrages contemporains traitant de l'économie de l'Asie. Contrairement à l'approche «Dobb-/ndia », les analyses contemporaines considèrent que l'insertion dans le marché mondial - « marché» qui n'est d'ailleurs jamais défini ni sur le plan analytique, ni sur le plan institutionnel - a constitué l'objectif principal de la politique économique ainsi que la pierre de touche de l'acceptation sociale de ces politiques. L'insertion de la Corée dans le système de la double hégémonie a compromis, dans sa phase de croissance accélérée, un mécanisme financier instauré dans les années 60, notamment durant le contrat du Vietnam. Les prêts japonais étaient en effet établis sur la base de contrats fournisseurs qui contraignaient la Corée à trouver des marchés extérieurs de façon à obtenir le cash-flow nécessaire à l'obtention de nouveaux prêts. L'Asie possède aujourd'hui un réseau de relations productives et techniques très avancé et structurellement cohérent. Le centre du système est constitué par le Japon qui est, de loin, le principal fournisseur de biens de capital. On peut, à partir de ce schéma, donner une représentation générale du développement de l'Asie. Les pays de cette zone, en dépit de la forte expansion du commerce régional, restent

liés pour tout ce qui concerne la restructuration de leur industrie au Japon. Celui-ci, au terme d'une longue période de croissance protégée ou les exportations ont représenté moins de 10% du PNB, a réussi à développer un très large éventail de « machinesoutils» qui couvre l'ensemble de son économie. Les autres économies, par contre, présentent des taux d'ouverture élevés (30 % pour Taiwan, 35% pour la Corée) qui les obligent à se réapprovisionner en permanence en biens de capital auprès du Japon. Cette caractéristique explique la nature structurelle du déficit des pays d'Asie à l'égard de Tokyo, malgré une baisse du poids relatif du Japon dans leurs importations totales. L'Asie du Nord-Est est en train de s'établir comme le véritable centre du pouvoir de la zone Asie-Pacifique. Le Japon figure au milieu de ce centre grâce à ses capacités économique, financière et technologique, et à son statut de membre du G 8 et il le sent de plus en plus. Ainsi 65% des crédits d'aide publique au développement dispensés par Tokyo en 1993, invite le Japon à approfondir encore son rôle et la Corée n'hésite pas à proposer ses suggestions pour le devenir économique du Vietnam ou de l'Inde. Si l'on y ajoute la crainte du protectionnisme exacerbée par la consolidation de la Communauté européenne et la création de l'ALENA, la conjoncture semble créer toutes les conditions pour que le Japon renonce définitivement à la ligne tracée par Yikichi Fukazawa, le grand penseur de l'ère Meiji, qui lui enjoignait de «quitter l'Asie pour aller vers l'Ouest », et se réapproprie une identité asiatique. Cette tendance est très perceptible dans les discours officiels, où se multiplient les références à l'Asie, mais aussi bien au-delà. Ainsi le voyage de l'astronaute Chiaki Mukai, qui a d'effectué un vol de deux semaines à bord de la navette spatiale américaine, est présenté avec insistance par les médias comme celui de « la première femme asiatique dans l'espace ».

État de crise En Asie sont apparus de nouveaux acteurs à la croissance rapide: la Corée du Sud (le poids d'une Corée réunifiée demain serait important) et les états chinois: Taiwan, Singapour, Hong18

Kong, qui ne font que préfigurer ce que, d'ici quinze à vingt ans, et à une échelle autrement considérable, seront la Chine, la Malaisie, la Thaïlande et, l'Indonésie. La nature des relations des états d'Asie orientale entre eux et avec le Japon est une des questions essentielles de l'avenir, sans compter l'impact qu'ils auront de plus en plus sur le marché mondial. La pensée de cette région où le Japon, bientôt suivi par la Chine, dispose déjà des moyens d'être une superpuissance est le défi des décennies à venir. Plusieurs pays d'Asie orientale sont désormais des pays industriels (la Corée du Sud, les états chinois: Taiwan, Singapour, Hong-Kong) ou sont en train de le devenir (Thaïlande, Malaisie, Indonésie - cette dernière avec de sérieux problèmes démographiques). Entre 1965 et 1990, leur contribution au PIB mondial est passée de 5 à 21 %, et leur part dans les exportations de produits manufacturés de 10 à 24%. La Chine notamment, si sa remarquable croissance économique se poursuit (10% par an officiellement), pèsera d'ici une quinzaine d'années un poids régional considérable. Quant à la croissance du PNB de la Corée du Sud, de Taiwan, de la Malaisie, de Singapour et de la Thaïlande, elle oscille entre 6,8% et 7,8% (1992). La crise, contrairement à la perception des Occidentaux, n'est pas mondiale. L'industrialisation des pays d'Asie s'accompagnera comme naguère au Japon - d'une remise en cause du statu quo économique: leurs exigences seront probablement moins brutales que celles des pays producteurs de pétrole dans les années 70, mais beaucoup plus profondes. Voilà qui va graduellement modifier l'ordre international actuel. Les pays du Nord n'auront pas d'autre solution que de maintenir la croissance économique en jugulant à tout prix l'inflation, tout en évitant le protectionnisme à l'égard des nouveaux pays industriels, ce qui requiert à la fois compétitivité et capacité d'adaptation. L'Asie va être le théâtre des mutations politiques les plus considérables: Chine, Corée, Taiwan, États de l'ASEAN (à l'exception des Philippines) vont prendre une part grandissante dans l'équilibre régional et dans l'économie mondiale. Déjà aujourd 'hui, ils ne sont pas, contrairement à l'Occident et une majeure partie du Sud, en crise, mais dans une phase de croissance remarquable, amorcée pOUf certains depuis une 19

cinquantaine d'années. Sans tapage, cette partie de l'Asie s'est mise au travail et laisse loin derrière elle qui en Afrique ou en Asie occidentale ont été plus verbeux qu'efficaces. La Chine de demain obligera à des réaménagements considérables.

Le nouvel ordre asiatique Le vent du Sud De tous les pays nouvellement industrialisés que compte l'Asie, les NPI possède les économies les plus dynamiques; or leur appartenance à l'ethnie chinoise leur permet d'exercer sur la Chine continentale une influence beaucoup plus directe que le Japon ou les États-Unis. Taiwan et le Fujian Quant à Taiwan, son influence se fait sentir dans la province du Fujian, qui abrite la zone économique spéciale de Xiamen (Amoy). En plein essor économique, le Fujian et le Guangdong se montrent bien décidés à faire valoir leurs propres intérêts et à affirmer leur autonomie. Le fait qu'ils exercent une pression foncièrement économique et s'inscrivent sur un vecteur ethnique proprement chinois rendent leur pénétration dans la société continentale pratiquement irrésistible. Les trois Chines Avec l'importance croissante des facteurs économiques, il devient de plus en plus difficile d'ignorer que « trois Chines» coexistent en Asie orientale. En termes démographiques, la République populaire domine certes largement avec 1,2 milliard d'habitants, contre 20 millions pour Taiwan et 6 pour HongKong. En ce qui concerne le PNB par habitant, en revanche, Hong-Kong se place en tête avec 12 000 dollars, suivi par Taiwan avec 8 500 dollars, la RPC arrivant loin derrière avec seulement 350 dollars. Sur le plan politique, les observateurs de 20

l'Asie se sont longtemps demandés s'il fallait choisir Pékin au détriment de Taipei, autrement dit opter pour une Chine ou pour deux. Puis, quand l'intérêt s'est porté sur l'économie de la région, ils se sont fixés sur la croissance fulgurante du Japon et, plus récemment sur celle des quatre « dragons» - la Corée du sud, Taiwan, Hong-Kong et Singapour - qui faisaient figure de futurs partenaires du monde industriel. Du coup, on n'a pas suffisamment tenu compte de l'interaction et de l'interpénétration des trois Chines, phénomène particulièrement évident dans l'influence qu'exercent Hong-Kong sur le Guangdong et Taiwan sur le Fujian, et qui se traduit par l'expansion de l'ensemble de la sphère chinoise. Intégrer la sphère chinoise Déterminer la meilleure manière d'intégrer harmonieusement les trois Chines au système international devrait être une des grandes priorités de la politique étrangère de l'Asie, en particulier au Japon. Il s'agit en fait, à l'heure où les trois Chines renforcent leurs influences mutuelles et leurs liens d'interdépendance, de reconnaître la réalité de la gigantesque sphère chinoise en voie de formation et de trouver comment l'intégrer au concert des autres nations aussi bien en Asie qu'ailleurs. Au cours des prochaines années, en revanche, les relations sino-japonaises devront se fonder sur la notion d'une sphère chinoise englobant la RPC, Hong-Kong et Taiwan. A cet égard, une manifestation importante s'est tenue à Séoul en novembre 1991 : la Conférence ministérielle sur la coopération économique dans la zone Asie-Pacifique (APEC), à laquelle la RPC, Hong-Kong et Taiwan ont été admis sur un pied d'égalité. L'émergence d'une zone économique chinoise comprenant la RPC, Hong-Kong et Taiwan pourrait avoir d'importantes répercussions au niveau international. En premier lieu, il faut considérer qu'elle compte près du quart de la population mondiale. A titre d'exemple, si la Chine poursuit son évolution actuelle, il en résultera des effets désastreux en termes de pollution et de destruction de l'environnement. L'empressement que manifeste la RPC à favoriser les investissements de Hong-Kong et de Taiwan tranche avec sa

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réserve à l'égard des opérations en association japonaises.

avec les firmes

Régionalisme asiatisme

contre mondialisme:

la crainte d'un nouvel

Pour comprendre l'opposition véhémente de Washington à la proposition de M. Mahathir (régionalisme contre mondialisme), il faut envisager la situation du point de vue américain. Les États-Unis ont déjà beaucoup souffert de la concurrence du Japon et des « quatre dragons». Il est donc bien naturel qu'ils s'alarment de la moindre manœuvre des pays du littoral occidental du Pacifique tendant à les mettre hors course ou à contester leur suprématie. Le choix que fera le Japon entre le régionalisme et le mondialisme est une question vitale pour le reste du monde. Que les partisans du nouvel asiatisme me permettent ici de les inciter à la prudence. Dans cette nouvelle ère d'incertitude, les États-Unis continueront sans doute, malgré des difficultés économiques grandissantes, d'afficher une position interventionniste manichéenne sur des questions aussi globales et universelles que celle des droits de l'homme. C'est en tout cas ce que suggère l'importance manifestement disproportionnée que les Américains ont attaché aux violations des droits de l'homme en Chine.

Un mondialisme

pour tous

En revanche, de très profondes divergences sociales et économiques divisent les pays d'Asie. Il nous manque encore les fondations indispensables à la construction d'une « maison commune asiatique ». Si l'Asie veut entrer dans le XXIe siècle en montrant une Asie ouverte, il faut qu'elle prenne conscience de la possibilité d'une interaction politique et économique d'un nouveau genre.

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