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La classe ouvrière argentine (1929-1969)

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EAN13 : 9782296398245
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LA CLASSE OUVRIÈRE ARGENTINE
(1929-1969)

Tome 3

Collection

« Recherches & documents! Amérique latine» dirigée par Jean Lamorre

Déjà paru dans la même collection: Jean LAMORRE, José Marti et l'Amérique, Amérique unie et métisse, 1986, 263 p.

tome 1 : Pour une

GUY BOURDÉ

LA CLASSE OUVRIÈRE ARGENTINE
(1929-1969)
Tome 3

Préface de Frédéric Mauro

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

Thèse publiée avec le concours des organismes suivants:

-

Ministére de l'Éducation nationale, Direction de la Coopération et des Relations internationales. Ministère de l'Éducation nationale, Direction générale des Enseignements supérieurs et de la Recherche et de l'Université Paris X - Nanterre

~ L'Harmattan, ISBN:

1987

2-85802-838-9

CHAPITRE

VI I I

LES

GREVES

A. Le mouvement des grèves
1LES FLUCTUATIONS L'enregistrement DES GREVES

des gr~ves est effectué à partir de la

création du Département du Travail en 1907. On dispose d~s lors d'une série annuelle entre 1907 et 1933. Puis, à dater d'octobre 1934, une nouvelle série existe, dont les méthodes sont conformes aux recommandations de la Troisi~me Conférence Internationale du

Travail (Gen~ve 1926). Cette série se prolonge jusqu'à aujourd'hui. D'une mani~re générale, le Département, transformé ultérieurement en Secrétariat puis en Minist~re du Travail, recense les gr~ves,
les grévistes, sexe les "journées (hommes perdues", les "salaires les conflits perdus", selon le les

des participants

et femmes),

branches d'activité

(alimentation, chimie, métaux, bâtiment, texti-

le, etc.), les motifs des gr~ves (salaires, horaires, licenciements, activités syndicales, conditions de travail) et leurs issues (succ~s, échecs, transactions) (1). Il Y a là une documentation statis-

(1) Departamento del Trabajo. Boletin informativo,

BA

mai 1934, p. 39-19 (Cf. les sources) ; Departamento jo. Investigaciones Sociales 1934 , BA 1938, p. 9; de Trabajo. Conflictos deI Trabajo , BA 1960, fiches (questionnaire).

1933-1934 , deI TrabaMinisterio p. 20

1038

tique comparable à celle dont on peut disposer dans les pays industriels avancés, notamment la France, la Grande-Bretagne et les EtatsUnis à partir de la fin du XIX~siècle et du début du XXe siècle

(2). Le problème essentiel auquel le chercheur est confronté réside dans le fait que l'enregistrement des grèves ne concerne que la capitale fédérale. Vers 1930, la majeure partie de la classe ouvrière travaille encore dans les limites du district fédéral. Vers 1950, c'est déjà moins vrai: la classe ouvrière est concentrée dans la

métropole mais davantage dans les banlieues industrielles, sur le territoire de la province de Buenos-Aires,que dans le noyau central

de l'agglomération. Vers 1970, si la classe ouvrière se trouve encore largement installée dans le Grand Buenos-Aires (capitale et

dix-huit districts environnants), elle est également installée à
Rosario, C~rdoba, Bahia Blanca, Tnndil, San Nicolas et autres vil-

les de province.

En conséquence,

il ne faut

pas demander

à la sta-

tistique des grèves plus qu'elle ne peut donner:

à savoir un éclai-

rage indirect sur le mouvement des grèves, relativement exact au début de l'industrialisation de 1929 à 1949, très incertain au se-

cond stade de l'industrialisation de 1949 à 1969. En premier lieu, on peut considérer le nombre de grèves à Buenos-Aires entre 1929 et 1969 (3). D'une manière générale, la fréquence des conflits diminue: elle oscille entre 50 et 120 par

an dans les années 1930, entre 5 et 20 par an dans les années 1960. De fait, il faudrait distinguer deux périodes: entre 1929 et 1949,

les grèves sont fréquentes -environ 75 par an- ; entre 1949 et 1969,

(2) M. PERROT, "Les ouvriers en grève (1871-1890)" (France), Paris 1974, t. 1, ch. A, Les sources de l'histoire des grèves (en particulier p. 29-30, Comparaisons internationales). (3) Cf. taLl. p. iCI!C et grapi.. p. .,':Nombre de grèves à Buenos-Aires (capitale fédérale) 1929-1969, d'après les statistiques du Département-Ministère du Travail et de la DNEC-Ministère des Finances, in 0epartamento del Trabajo. Estadistica de huelgas , BA 1940, Cuadro 19, p. 20 (pour 1928-1933-1939) ; Ministerio de Trabajo. Conflictos deI trabajo , BA 1961, Cuadro 25, p. 103-104 (pour 1934-1960) ; BIT, Annuaire des Statistiques du Travail 1945-1946 , p. 258 ; 1947-1948, p. 274 ; 19491950, p. 379 ; 1953, p. 343 ; 1955, p. 399 ; 1957, p. 493 ; 1960, p. 519 ; 1962, p. 507 ; 1965, p. 692 ; 1966, p. 710 ; 1967, p. 718 ; 1970, 811 ; 1971, p. 740 ; 1974, p. 738.

1039

les grèves deviennent rares -environ 30 par an. Une telle observation n'est pas forcément significative car dans la première période, la classe ouvrière est nombreuse à Buenos-Aires-capitale ;

dans la seconde période, la classe ouvrière se trouve surtout dans les banlieues du Grand Buenos-Aires -hors du district fédéral. Dans le moyen terme, il est possible de distinguer des temps forts, où les grèves se multiplient, et des temps faibles, où les grèves déclinent :

Temps

forts

Temps

faibles

1928-1932 1935-1937 1942-1943 1946-1948 1956-1959 1964-1965

1933-1934 1938-1941 1944-1945 1949-1955 1960-1963 1966-1969

La périodisation que l'on vient d'établir est loin d'être exacte; il conviendrait de préciser des reprises et des rechutes.

Toutefois, l'impression reste de "pulsions", "d'accès" de grèves sur deux ou trois ans, suivis de "moments d'accalmie", de "sommeil" pendant deux ou trois ans également. Le mouvement des grèves aurait son rythme propre, sa "respiration" particulière.

1040 CONFLITS DU TRAVAIL DANS LA CAPITALE FEDERALE

1928

-

1972

(4)

Années

Nombre de grèves 135 113 125 43 105 52 42 69 109 82 44 49 53 54 113 85 27 47 142 64 103 36 30 23 14 40 18 21 50 56 84 45 26 43 15 20 27 32 27 6 7 8 5 16 12

Nombre

de

Nombre de
"journées perdues"

grévistes 28 109 28 271 29 331 4 622 34 562 3 481 25 940 52 143 85 438 49 993 8 871 9 718 12 721 6 606 39 865 6 754 9121 44 186 333 929 541 377 278 179 29 164 97 048 16 356 15 815 5 506 119 701 11 990 853 994 304 209 277 381
1 411 062

1928 1929 1930 1931 1932 1933 1934 1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966 1967 1968 1969 1970 1971 1972

224 457 699 54

800 022 790 531

1 299 061

44 779 742 256
2 642 576 1 344 461

517 228 241 224 247 634 87 41 509

645 703 099 599 598 339 229 384 024

2 047 601 3 467 193 3 158 947

510 352
2 031 827

152 243 313 343 59 294
1 449 497

144 120
5 3 6 10 1 1 167 390 245 078 661 775 294 509 286 138 520 170

130 236 42 207 144 203 235 1 6 2 68 61

044 462 386 216 230 596 913 547 609 697 912 532 259

268 812 636 590 1 003 2 15 150 32 159 153

749 396 303 511 710 702 502 256 849 277 047

(4) Source: BIT, 'Annuaire des Statistiques du Travail 1945-1946 p. 258 ; 1949-1950 p. 379 ; 1955 p. 399 ; 1960 p. 519 ; 1965 p. 692 ; 1970 p. 811 ; 1974 p. 738 (pour 1929-1972). Departamento del Trabajo. Estadistica de huelgas , BA 1940, Cuadro 19 p. 20 (pour 1928-1939). Ministerio de Trabajo. Conflictos deI trabajo , BA 1961, Cuadro 25 p. 103-104 (pour 1934-1960).

1041

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1042

En second lieu, on peut examiner le nombre des grévistes à Buenos-Aires entre 1929 et 1969 (6). La mesure de l'extension des grèves est peut-être plus significative que celle de la fréquence. De 1929 à 19~'4, sauf un bref moment en 1935-1936, le nombre des grévistes ne dépasse pas 50 000 par an. De 1945 à 1949, le flux des grévistes s'élève de moins de 50 000 à plus de 500 000 pour retomber à moins de 50 000. De 1949 à 1959, l'accalmie se prolonge -moins de 100 000 grévistes le plus souvent. De 1956 à 1960, le nombre des grévistes monte en flèche jusqu'à 850 000 en 1956, 1 400 000 en 1959. Enfin, de 1961 à 1966, le nombre des grévistes se stabilise entre 150 000 et 200 000 par an, puis devient presque nul de 1966 à 1969. L'évolution globale est, bien entendu, conforme à l'essor de la population active industrielle (secteur manufacturier) qui s'accroit

de 219 518 en 1935 à 445 127 en 1946 mais redescend à 356 944 salariés en 1963 pour ta capitale fédérale; qui passe de 117 795 sala-

riés en 1935 à 326 623 salariés en 1946, à 546 992 salariés en 1963 pour les banlieues situées dans la province de Buenos-Aires il faut souligner un autre phénomène: (7).Mais

de 1934 à 1944, le nombre

moyen des grévistes par grève se situe souvent entre 200 et 600 ;de 1945 à 1955, le nombre moyen des grévistes s'élève lors des "poussées grévistes" jusLju'à 2 500, 3 000, 6 000, 8 000 ; de 1956 à 1960, et au-delà jusqu'en 1966, le nombre moyen des grévistes peut atteindre 5 OOO,jusqu'à 15 000, 30 000 grévistes (8). En d'autre termes, dans la première étape de l'industrialisation, de 1929 à 1943, les con-

flits se déroulent dans des entreprises peu concentrées, mobilisent peu d'hommes; dans la période du péronisme, de 1945 à 1955, les et dans la période

conflits prennent une ampleur plus sensible; de la seconde industrialisation

dépendante, de 1956 à 1969, les con-

flits entrainent des masses ouvrières plus considérables, concentrées dans des usines de taille importante.
.'

(6) Voir

tableau i'. 1n/l :Conflits du travail dans la capitale fédérale (1928-1972), d'après BIT; et graphique' '. Nombre de grévistes à Buenos-Aires 1929-1969, d'après BIT. industrial" 31 décembre 1946, BA 1952, Cuadro 1 p. 18-19 ma;

(7) "Censo

"Censo nacional economico 1962-1964", 4e partie, nufacturera, Cuadro 1 p. 5-17 (extraits).

Industria

(8) Voir tableau
Ministerio

P.

ri; Grèves à Buenos-Aires
.

1934-1960,

d'après

de Trabajo

1043

GREVES

A BUENOS-AIRES MOYENNE, MOYENNE

(CAPITALE

FEDERALE) DE GREVISTES, PERDUS

1934-1960

DUREE

NOMBRE MOYEN DES SALAIRES

(9)

Années

Durée moyenne (en jours)

Nombre moyen de grévistes par cas

Moyenne des salaires (pesos m.n.) perdus

par cas
(valeurs déf1ationnées)

1934 1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960

28,4 50,7 15,7 10,4 25,8 12,2 17,7 37,5 15,9 12,9 4,5 Il,5 6,1 6,4 11 ,4 17,5 20,9 9,3 19,8 10,8 12,1 12,0 6,1 Il,2 22,5 7,1 12,8

618 756 784 610 202 402 240 122 353 80 338 940 2 352 8 459 2 701 810 3 235 711 1 130 138 6 650 571 16 423 5 432 3 302 31 357 5 002

109 838 214 645 62 022 38 802 32 148 26 231 21 958 25 146 34 817 6 212 12 815 51 053 71 856 368 848 177 497 112 489 724 653 33 574 65 993 10 405 528 367 52 562 630 952 355 552 410 812 1 176 349 288 704

(9) Source:

Ministerio de Trabajo. Conflictos BA 1961, p. 105.

del

trabajo'

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1044

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1045

En troisième lieu, on peut s'intéresser au nombre des "journées perdues" (produit du nombre de grévistes par le nombre de journées de grèves) entre 1929 et 1969 (11). D'une part, le nombre moyen de grévistes dans chaque conflit a tendance à augmenter, comme on vient de le voir, du fait de la concentration industrielle. D'autre part, la durée moyenne, calculée en jours, ne montre pas une évolution continue: elle oscille souvent entre 10 et 20

jours, avec des périodes plus "tendues" en 1935, en 1941, en 1950, en 1958, et des périodes plus "faciles" en 1946-1947, en 1956, en 1959, etc. (12). L'évolution du nombre des journées de grève donne, en définitive, la courbe la plus significative. On peut distinguer les fluctuations suivantes : de 1929 à 1934, le mouvement des grèves est assez heurté en pleine dépression économique; de 1935 à

1937, une première vagué âe grèves se dessine -qui correspond à l'époque des Fronts Populaires; de 1938 à 1944, en revanche, le moude 1945

vement s'apaise au temps de la seconde guerre mondiale;

à 1950-1951, au moment de la victoire péroniste, le mouvement des grèves prend son essor; de 1950-1951 à 1955, à l'époque des diffi-

cultés péronistes, le mouvement des grèves est contenu, faible; de 1956 à 1960, sous le régime Aramburu puis sous Frondizi, le mouvement des grèves prend une ampleur sans précédent, atteint des sommets jamais égalés; s'essouffler de 1961 à 1969, le mouvement des grèves parait

sous Guido, Illia et Ongania (mais il faudrait faire

entrer en ligne de compte les grèves des banlieues de Buenos-Aires et des villes de province qui n'apparaissent pas sur ce graphique).

(10) Voir tableau p. 1043:Conflits du travail dans la capitale fédérale 1928-1972, e1:graphique, p. 1046: ~ombre des journées perdues à Buenos-Aires (capLcaLe tédérale) 1929-1969,d'aprèsBIT (11) Voir tableau p.~O~) : Grèves à Buenos-Aires (capitale fédérale) 1934-1960, Durée moyenne, nombre moyen de grévistes, moyenne des salaires perdus, d'après Ministerio de Trabajo. N.B. Il s'agit de grèves de plus d'une journée, c'est-à-dire des "huelgas" et non des "paros".

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1047

Il faut maintenant essayer de déterminer les facteurs qui influent sur le mouvement des grèves. On peut retenir la courbe des "journées perdues" comme la plus révélatrice de l'évolution des conflits. La comparaison du mouvement des grèves et de l'évolution des soldes de la balance commerciale ne donne pratiquement aucun résultat (13). La comparaison des mouvements des grèves et de la valeur de la production manufacturière n'est pas plus explicite (14). Ne

se dégagent ni des corrélations positives ni des corrélations négatives. C'est qu'en réalité, le mouvement des journées de grèves est un indicateur très sommaire qui ne vaut de surcroit que pour la capitale fédérale; et le mouvement du commerce extérieur (exporta-

tions, importations, soldes) comme l'évolution de la valeur de la production manufacturière font intervenir les fluctuations monétaijeux des taux de change- et ne

res -mécanismes inflationnistes, reflètent que partiellement

la conjoncture économique. Si l'on né-

glige les comparaisons terme à terme, on peut constater, de manière grossière, que les vagues de grèves surviennent dans des périodes de relative expansion industrielle en 1935-1937, en 1945-1948, en 1956-1959 ; tandis que les périodes de reflux des grèves correspondent parfois, mais pas toujours à des difficultés économiques, en 1940-1941, en 1949-1953, en 1960-1963. IL existe toutefois des décalages chronologiques, des différences d'échelle dans les fluc-

tuations comparées du mouvement des grèves et du mouvement de la production industrielle.
(13)

Voir tableau :.:.
extérieur 1935-1965, Voir tion N.B. tableau~'" industrielle

i':: mouvement des grèves et le commerce Le
d'après BIT et FIAT. des grèves et la producBIT et C. DIAZ ALEJANDRO. : Le mouvement 1935-1965, d'après

(14)

Cf. également Departamento deI Trabajo. Estadistica de huelgas , BA 1940, p. 24 (pour les fluctuations parallèles du commerce extérieur et du mouvement des grévistes,
1929-1939 ) .

1929 1930 1931 1932 1933 1934 1935 1936 1937 1938 1939

Grévistes 100,0 103,7 16,3 122,2 12,3 91,7 184,4 302,2 176,8 31,3 69,7

Commerce extérieur 100,0 74,5 63,7 51,4 48,9 61,7 66,5 67,1 93,7 69,3 75,2

1048

LE MOUVEMENT ET LE COMMERCE 1935-1965

DES GREVES EXTERIEUR (15)

Journées de grèves à Buenos-Aires

Solde de la balance commerciale (en millions de dollars)

1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965

2 642 1 344

576 461

517 288 241 224 247 634 87 41 509 2 047 3 467 3 158
2 031

645 703 099 599 598 339 22S 384 024 601 193 947
-

159 189 286 - 37 104 49 133 186 372 419 429 586 103 90
160

300 400 800 200 600 300 300 300 500 200 400 700 900 900
000

510 352
827

152 243 313 343 59 294
1 449 497

144 120
5 3 6 10 1 1 167 390 245 078 661 775 294 509 286 138 520 170

142 - 304 - 455 334 69 - 223 - 138
312 227 156

800 800 000 800 000 000 500
300 100 200 100 800

33 500
- 478 - 131

268 812 636 590

749 396 303 511

395 900 298 700 305 800

(15) Source:

BIT, Annuaires des Statistiques du Travail 19451946, p. 258 ; 1955, p. 399 ; 1960, p. 519 ; 1966, p. 710 (d'après statistiques de la DNEC, Argentine). FIAT, "Argentina econàmica y social", BA 1973, t. 2, Cuadro 375, p. 462-463 (extraits) (d'après statistiques de la BCRA).

1049

LE MOUVEMENT ET LA PRODUCTION
1960

DES GREVES INDUSTRIELLE
100 (16)

=

Journées de grèves à Buenos-Aires

Production manufacturière ,BCRA,Valeur)

Production manufacturière ,CONADE,Valeur)

196ï-

1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960

1962 1963 1964 1965

159 81 31 14 15 14 15 38 5 2 31 123 209 190 31 123 9 19 4 87 9 311 204 375 606 100 107 16 49 38 36

38 40 42 45 47 46 48 53 55 61 58 63 73 71 66 67 69 67 67 72 80 84 90 99 91 100 110 105 100 115 128

34 36 38 40 41 41 43 45 47 52 51 56 64 67 67 69 70 69 69 ,75 84 89 95 102 95 100 108 101 95

(16)

Source:

BIT, Annuaire des statistiques du travail 1945-1946, p. 258 ; 1955, p. 399 ; 1960, p. 519 ; 1966, p. 700 (et calculs de l'auteur). C. DIAZ ALEJANDRO, "Essays on the Economic History of the Argentine Republic", London 1970, Annexes statistiques, tableaux 39 p. 443, 40 p. 446, Valeur de la production industrielle d'après les calculs de la BCRA et du CONADE.

1050

La comparaison terme à terme de l'emploi dans l'industrie et du mouvement des grèves ne donne pas non plus de résultats probants (17). Ce qui se comprend aisément puisque, dans la période de l'industrialisation substitutive, les usines et les ateliers ac-

cueillent sans cesse plus d'ouvriers, alors que les conflits du trùvail mobilisent des travailleurs pendant des accès de colère de quelques mois ou de quelques années. De toute manière, dans le court terme, l'emploi et le chômage demeurent mal connus. On peut toutefois remarquer que les vagues de grèves à Buenos-Aires en 1935-1937, en 1945-1948, en 1956-1959 se situent plutôt dans des phases d'expans ion économique, versement, les temps où l'emploi morts dans abonde, où le chômage est rare. In-

les conflits

du travail,

notamment

de 1939 à 1941, de 1950 à 1953, de 1960 à 1963, se placent dans des phases de rp~ession économique, où l'emploi se contracte, où le chômage s'étend. La relation entre l'offre d'emploi et la montée des

grèves, entre la contraction de l'emploi et le reflux des grèves ne s'établit pas de manière mécanique. Mais elle existe. C'est un fait bien connu qu'au cours d'une dépression économique, l'ouvrier n'engage le combat contre son patron que lorsqu'il est acculé à la "défensive" ; qu'en période de boom économique, l'ouvrier peut exiger plus du patron et passe fréquemment à "l'offensive" (18). Cependant, les statistiques disponibles ne sont pas assez précises pour permettre de vérifier ces tendances à l'aide de chiffres, d'indices,
de courbes.

(17) Voir tableau p.

L'évolutionde l'emploi et le mouvement

des grèves 1929-1964, d'après BIT. Cf. également FIAT, Argentina, Sintesis economica y financiera n° 1, décembre 1960, p. 70 (statistiques des travailleurs occupés de 1937 à 1959). (18) Cf. M. PERROT, "Les ouvriers en grève", France 1871-1890, Paris
1974, t. l, p. 150-160.

1051
L'EVOLUTION DE L'EMPLOI ET LE MOUVEMENT DES GREVES (19)

Emploi ouvrier à Buenos-Aires

1937
1929 1930 1931 1932 1933 1934 1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945

= 100

Journées de grèves à Buenos-Aires 1929/1945 = 100

79,3 80,0 77,6 74,7 77,9 82,8 89,8 94,8 100,0 102";7 104,8 102,5 107,1 111,5 115,6 123,1 123,0 Emploi dans l'industrie manufacturière 1948 100

77 ,5 118,7 9,2 220,4 7,6 125,9 448,5 228,1 87,8 38,8 40,9 38,1 42,0 107,6 14,8 7,0 86,3 Journées de grèves à Buenos-Aires 1946/1954 = 100 139,7 236,5 215,5 34,8 138,6 10,3 21,3 4,0 98,9
1955/1964 = 100

=

1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954

93,5

~ 97,0
97,6 93,7 88,0 88,8
1958

100,0

= 100

1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964

99,2 102,9 101,7 100,0

~
88,0 85,2 81,1 72,1 69,3

4,7 171,2 112,3 206,9 333,9 55,0 58,8 8,9 26,9 21,0

(19)

Source:

BIT, Annuaires des statistiques du Travail 1945-1946, p. 45 ; 1948-1949 p. 49 ; 1955 p. 48 et 52 ; 1966 p. 348 et 349 (calculs de l'auteur pour les journées de grèves). N.B. De 1929 à 1945, il s'agit de l'emploi manufacturier à Buenos-Aires; de 1946 à 1964, de l'emploi manufacturier en Argentine (en fait, surtout à
Buenos-Aires) .

~

1052

La comparaison du coût de la vie et du mouvement des grèves est peu pertinente si l'on se contente de rapprocher les deux évolutions à partir d'indices se référant à une base (en l'occur-

renee, 1943 = 100) (20). Ce qui s'explique par le fait que le mouvement des grèves a des cycles plus ou moins réguliers alors que le coût de la vie enregistre une croissance continue à cause de l'inflation. Mais, si l'on confronte le mouvement des grèves et le taux d'inflation (pourcentage de hausse ou de baisse d'une année

sur l'autre), on commence à percevoir des liaisons entre les deux phénomènes (21). En période de poussée des prix des articles courants, le mouvement des grèves tend à s'amplifier. Par exemple: en 1935-1936, en 1945-1948, en 1956-1960. Ainsi, en 1959, quand
l'inflation atteint son p::>int culminant -+ 113 %-, le mouvement des

grèves est à son apogée -10 078 138 journées. En revanche, quand les prix êe calment, sont à peu près stables ou augmentent moins rapidement, le mouvement des grèves s'apaise également: par exem-

pIe, de 1938 à 1941, en 1943-1944, en 1953 et 1955. Mais les exceptions sont nombreuses où les prix montent sans que les grèves suivent: par exemple, en 1949, en 1951-1952 et surtout de 1962 à 1965.

En définitive, il apparait que la hausse du coût de la vie provoque des conflits sociaux, notamment dans la première période de l'industrialisation, de 1929 à 1949 ; que la relation coût de la vie-mouvement des grèves s'établit mal dans encore dans les années 1960, dans 1950,moins la seconde nettement, période

et se distingue

les années

de l'industrialisation,

de 1949J1969. C'est d'une part que le mou-

vement des grèves dans la capitdle fédérale devient moins significatif de l'ensemble des grèves en Argentine; d'autre part, que l'in-

flation se transforme en un mal endémique auquel les travailleurs
s'accoutument, contraints et forcés.

(20)

Voir

tableau

p.

1 [1C,'): Le

coût

de

la

vie

et

le

mouvement

des

grèves 1934-1~bU, d'après Ministerio de Trabajo et FIAT. p. Hl ",'\ Le taux d'inflation et le mouvement (21) Voir tableau : des grèves 1936-1966, d'après BIT et C. DIAZ ALEJANDRO.
Voir également graphique p. 1 (] ~j: Taux d'inflation 5 vement des grèves 1936-1966 à Buenos-Aires. et mou-

1053

LE COUT DE LA VIE ET LE MOUVEMENT DES GREVES

1934

-

1960 (22)
Coût de la vie dans la capitale fédérale

Journées de grèves à Buenos-Aires

1943 1934 1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960
(22) Source:

= 100

1943

=

100

850,9 3 029,4 1 541,3 593,4 262,1 276,3 257,4283,8 727,2 100,0 47,4 583,5 2 347,3 3 974,8 3 621,4 585,0 2 329,3 174,5 359,2 67,9 1 661,7 165,2 5 923,8 3 886,9 7 159,4 11 553,6 1 904,7

74,9 79,4 86,1 88,4 87,8 89,2 91,2 93,6 98,9 100,0 99,7 119,4 140,5 159,5 180,4 236,5 296,9 405,8 562,9 585,3 607,5 682,3 773,8 965,1 1 269,9 2 713,7 3 454,4

':1inisterio

de

Trabajo.

Conflictos

del

trabajo'

, BA

1961, Cuadro 25, p. 103-104 (et calculs de l'auteur). Cf. également FIAT, Argentina, Sintesis economica y financiera , BA 1960, n° 1, p. 68.

1054

LE TAUX D'INFLATION ET LE MOUVEMENT DES GREVES 1936

-

1966

(23)

Journées de grèves à Buenos-Aires

Coût de la vie à Buenos~Aires %

Mouvement des prix

%
2,3 13,5

1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966

1 344 517 228 241 224 247 634 87 41 509
2 047 3 158

461 645 703 099 599 598 339 229 384 024
601 947

8,5 2,6
-

0,7
1,6 2,2 2,6 5,7 1,1

- 6,3
2,6 6,6 9,6 25,5 10,1 8,2 9,0 15,8 3,5 15,5 23,0 20,2 49,1 31,2 11,6 3,2 8,9 26,0 24,1 31,0 133,5 15,7 8,3 30,4 28,7 26,2 23,9 20,0

-

0,3

3 467 193 510 2 031 152 313 59
1 449

352 827 243 343 294
497

144 5 167 3 390 6 245
10 078

120 294 509 286
138

1 661 520 1 775 170 268 749 812 396 636 303 590 511 1 003 710

19,7 17,7 13,5 13,1 31,1 25,5 36,7 38,7 4,0 3,8 12,3 13,4 24,7 31,6 113,7 27,3 13,5 28,1 24,1 22,1 28,6 32,3

(23) Source:

BIT, Annuaire des statistiques du travail 1945-1946 p. 258 ; 1949-1950 p. 379 ; 1955 p. 399 ; 1960 p. 519 ; 1966 p. 710. C. DIAZ ALEJANDRO, "Essays on the Economie History of the Argentine Republic", London 1970, Statistical Appendix, table 124 p. 528 (d'après DNEC et BCRA).

1055

TAUX

D'INFLATION

(COÛT

DE lA VIE)

A BUENOS-AIRES

90 80 70 60 50 40 30 20 10 0

1936

1941

1946

1951

1956

1961

1966

MOUVEMENT

DES JOURNÉES

DE GRÈVE

A BUENOS-AIRES

10.000.000 9.000.000 8.000.000 7.000.000 6.000.000 5.000.000 4.000.000 3.000.000 2.000.000 1.000.000

1936

1941

1946

1951

1956

1961

1966

Source:

BIT et C. Diaz Alejandro, voir référence p. prkédente

1056

La juxtaposition des séries de salaires nominaux et de journées de grèves à Buenos-Aires ne fournit aucune indication, pour les raisons précisées à propos de la confrontation prix-grèves: le mécanisme de l'inflation déforme les évolutions (25). En revanche, la comparaison des salaires réels et des journées de grèves parait plus significative -car le phénomène de l'inflation est largement annulé par la relation prix-salaires. Que l'on considère le
salaire réel calculé en indice (1960

=

100)

ou que

l'on

s'en

tien-

ne aux fluctuations du salaire réel d'une année sur l'autre (en pourcentage), il est possible de faire des rapprochements (26). Ainsi,

de 1946 à 1949, le salaire réel et le mouvement des grèves augmentent parallèlement; de 1949 à 1952, le salaire réel et le mouve-

ment des grèves fléchissent parallèlement. On peut supposer, dans cette période péroniste, que la poussée des grèves est -en partieresponsable de l'amélioration du salaire réel, du pouvoir d'achat, au moins vers 1946-1949 ; que l'affaissement des grèves et le recul du salaire réel sont peut-être liés. Cependant, passée la période incertaine de la fin du péronisme (1953-1955), on assiste à une évolution qui parait contredire la précédente. De 1955 à 1957, le salaire réel et le mouvement des grèves ont encore des courbes parallèles. Mais de 1958 à 1960, alors que le salaire réel s'effondre, le mouvement des grèves grimpe de manière vertigineuse. On peut supposer une réaction ouvrière à la dégradation du pouvoir d'achat au temps du gouvernement Frondizi. Plus tard, sous lIlia, de 1963 à 1966, le salaire réel récupère et le mouvement des grèves s'atténue -mais la statistique des grèves à Buenos-Aires n'est plus très significative du mouvement général sur le territoire argentin. En conséquence, en 1946-1949, puis en 1958-1961, on discerne bien une relation entre le mouvement des grèves et l'évolution du salaire réel, mais dans le premier cas, la corrélation est positive -et suggère des grèves offensivesnégative (25) (26) -et suppose des

; dans le second cas, la corrélation est
grèves défensives.

Voir tableau p. 105 "':Salaire nominal, salaire réel et mouvement des grèves à Buenos-Aires, 1935-1959, d'après BIT. n Voir tableaup. 1C58 =t graphique p. '" : Salaire réel et grèves à Buenos-Aires, 1940-1965, d'après BIT et C. DIAZ ALEJANDRO.

1057

SALAIRE

NOMINAL,

SALAIRE

REEL

ET MOUVEMENT 1935 - 1959

DES GREVES

A BUENOS-AIRES

1943
Années Journées de Salaire

=

100

(27) Salaire réel Manoeuvre Manoeuvre sans avec avantages avantages
s c-c (. <I..W'.

grèves

Ouvrier
Qualifié

nominal Manoeuvre

Ouvrier
Qualifié

5r,CÀ~

1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 , 1958
1959

3 029,4 1 541,3 593,4 262,1 276,3 257,4 283,8 727,2 100,0 -~47,4 583,5 2 347,3 3 974,8 3 621,4 585,0 2 329,3 174,5 359,2 67,9 1 661,7 165,2 5 923,8 3 886,9 7 159,4
11 553,6
!

78,3 80,7 84,2 85,8 89,3 90,2 90,9 93,7 100,0 104,9 116,5 129,1 168,0 225,2 284,5 337,9 384,5 498,1 521,4 586,4 599,0 842,7 864,1 I 1 267,0
I

71,6 77,7 80,1 83,2 83,6 84,3 91,7 92,4 100,0 107,4 117,6 133,8 172,1 245,6 305,9 375,0 447,1 573,5 598,5 701,5 722,1 988,2 1 013,2 1 489,7 2 527,9

98,6 93,7 95,2 97,7 101,1 98,9 97,1 95,8 100,0 105,2 97,6 91,9 105,3 124,8 120,3 113,8 94,8 88,5 89,1 96,5 87,8 108,9 89,5 99,8 77,9

90,2 90,2 90,6 94,8 93,7 92,4 98,0 93,4 100,0 107,7 98,5 95,2 107,9 136,1 129,3 126,3 110,2 101,9 102,3 151,1 105,8 127,7 105,0 117,3 93,2 106,7 136,9 172,7 164,1 160,2 139,7 133,3 133,8 151,1 138,5 167,0 137,3 151,4 121,9

2 114,6

(27) Source : BIT, "Annuaire des statistiques du Travail" 1945-1946 à 1966 (et calculs de l'auteur). FIAT, Argentina, Sintesis Economica y Financiera' n° l, BA 1960, p. 69 et 70.

1058

SALAIRE

REEL

ET MOUVEMENT

DES GREVES

1940-1965

(28)

Journées grèves

de

% de changement du SR horaire

Salaire

réel

(1) 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963
1964

(2)

Ouvrier (3) 142,3 137,0 131,0 137,9 144,8 134,3

(indice) Manoeuvre

(3) 107,7 114,8 106,9 117,2 124,1 111,4 109,8 126,1 157,7 147,8 145,3 127 ,1 117,8 118,2 133,5 122,2 147,8 121,4 135,9 107,8 100,0 109,1 106,5 107,4
116.,0

224 599 247 598 634 339 87 229 41 384 509 024 2 047 601 2 467 193 3 15~ 947 510 352 2 031 827 152 243 313 343 59 294
1 449 497 -

5,6 25,3 23,5 4,9

126,8 147,8 175,0 166,7 159,3 131,4 123,3 124,1 134,7 122,2 152,2 124,6 139,1 108,6 100,0 111,1 108,7 109,4
116,0

4,4
7,0

-

- Il,3 7,8 6,9

144 120
5 167 294 3 390 509 6 245 286 10 078 138

-

1,1

0,5 7,2 4,7

-

20,5 3,2 9,7

1 661 520
1 775 170

268 749 812 396
636 303

.

1,9

0,7
7,0

1965

590 511

5,1

121,1
.-------..
..

122,7
I i

(28) Sources:

(1) Journées

de grèves

à Buenos-Aires,

d'après

BIT,

"Annuaire des statistiques du Travail" 1945-1946 p. 258 ; 1949-1950 p. 379 ; 1957 p. 493 ; 1960 p. 519 ; 1967p. 718. (2) Changement annuel, en pourcentage, dans le salaire réel horaire, d'après C. DIAZ ALEJANDRO, op.cit., Statistical Appendix, Table 123, p. 527 (d'après DNEC). (3) Salaires réels de l'ouvrier et du manoeuvre, Indice 1960 = 100 (non compris le coefficient familial), y social", d'après FIAT, "Argentina economica BA 1973, t. l, Cuadro 136, p. 174 (d'après DNEC-INDEC).

1059

170 160 150 140 130 120 110 100

Salaire

réel de l'ouvrier

base 1 00 = 1960

1940

1945

1950

1955

1960

1965

+ 30 + 20 + 10 o
-10
- 20 1940 1945 1950 1955

Fluctuations

du salaire

réel

en pourcentage

1960

1965

10000.000

Journées de gr.ve à Buenos-Aires

5000.000 4.000.000 3.000.000 2.000.000 1.000.000

1940

1945

1950

1955

1960

1965

Source:

voir réMft1nce page prkédente

1060

Un autre facteur -de taille- pèse sur le mouvement des grèves: il s'agit de l'organisation des syndicats (30). Toutefois,

on ne dispose pas de séries continues permettant de comparer les syndicats et les grèves, les syndiqués et les grévistes. On doit donc s'en tenir à des considérations vagues, générales. En 19351937, les syndicats se multiplient, se fédèrent, recrutent des adhérents, tiennent des réunions. C'est aussi le moment où les grèves s'accroissent -avec un décalage sensible, l'agitation des syndicats précédant de quelques mois le déclenchement des grèves

(31). En

1945-1948, la constitution de l'édifice des syndicats péronistes, le renforcement des fédérations, la création des délégations régionales coincident avec une poussée des grèves -qui aboutissent à des conquêtes sociales considérables (32). De 1958 à 1962, sous Frondizi, peut

le flux des grèves, qui prend des dimensions impressionnantes,

et doit être mis en rapport avec la dégradation du pouvoir d'achat (hausse du coût de la vie, essoufflement du salaire nominal, chute du salaire réel) ; mais aussi avec la renaissance des syndicats, la relative tolérance du gouvernement Frondizi, la reconstruction

(30) Cf. M. PERROT, "Les ouvriers en grève (France 1870-1890), Paris 1974, t. 1, p. 60-62 (grèves-syndicats), p. 180-182 (grèves-poli tique) .

N.B. M. PERROT note en p. 199 : "Ainsi, les grèves ne se déclenchent pas au hasard. Prises isolément, elles peuvent sembler accidentelles; dans leur masse, elles paraissent dotées d'une forte nécessité. Des fluctuations régulières animent leurs courbes hebdomadaires, mensuelles et saisonnières. Au sein d'une croissance globale, les oscillations annuelles offrent plus de complexité. Maitresse des principales fluctuations et de la nature même de la grève, la conjoncture économique ne saurait seule expliquer la profondeur de certaines retraites, l'ampleur de certaines offensives. Les circonstances politiques pèsent ici très lourd et fournissent la clef des poussées majeures". Globalement, cette appréciation générale portée sur les grèves en France de 1864 à 1914 (ou 1871 à 1890 si l'on adopte une chronologie restrictive) vaut également pour les grèves en Argentine de 1929 à 1969 (ou à Buenos-Aires de 1934 à 1960 si l'on s'en tient à la chronologie la plus courte et la plus sûre).

(31) Departamento del Trabajo. Investigaciones sociales' 1939,

BA

1940, p. 47-49, Huelgas, huelguistas, etc. ,1935-1939 ; p. 5052,~uniones sindicales, 1935-1939.

1061

de la CGT (33). Mais les conflits entre syndicats et gouvernements peuvent aussi contribuer à accélérer ou à freiner les grèves. Par exemple, de 1949 à 1953, la répression et l'encadrement des syndicats pal' le gouvernement péroniste jouent un rôle dans "l'apathie" sociale de cette période. De 1966 à 1969, la répression du gouvernement Ongania, malgré le mécontentement que suscite le plan de "rationalisation" de Krieger-Vasena, parvient à réduire les conflits

sociaux -du moins jusqu'à l'explosion du "cordobazo".

(32) CGT, "Anuario deI Trabajo", BA 1948, Programme syndical dans le cadre du plan quinquennal 1947-1952, p. 346-350. (33) CGT, "Memoria y Balance", BA 1963-1964, p. 524-525, Les revendications de la CGT; L'action de la CGT p. 301-303. Cf. également G. DUCATENZEILER, "La classe ouvrière organisée
et la politique, 1953-197::''', Nanterre 1975, p. 99-109.

1062

SYNDICALISATION,
JOURNEES

GREVES

ET GREVISTES,
PERDUES

DE TRAVAIL

1 9 3 6

Branches

Nombre de syndiqués

Nombre de grèves

Nombre de grévistes

Nombre de journées

%

%
2 12 3 19 16 9 7 37 1 3 109 0,01
-

%
256
-

perdues 4 032
-

%
0,002
-

I. Chimie 2. Eau-Gaz-Electricité
3. Services sanitaires

166

0,001 ~0,001

0,03
-

1 218

0,003 0,006 0,012 0,018 0,020 0,028 0,030 0,030 0,033 0,033 0,106 0,211 0,460 0,992

4. Métaux 5. Arts graphiques 6. Textiles 7. Spectacles publics 8. Bois 9. Confection 10. Cafés-H~telsRestaurants Il. Services portuaires 12. Alimentation 13. Construction 14. Commerce-BanquesServices

1975 3700 5 SSO

0,11 0,02 0,17 0,14

655 5 559 8928 1076

0,007

"992' 0,065 100007 0,104 102 958 D,OU 28 457 ~7

0,003 .0,074 0,076 0,021 , 0,165

5 170
8827 9 428 9519 10 272 10 278 32 688 64 976 141 562 307 339

0,08 32 632 1 510 33 709 200 913 85 438

0,381 222 0,017

0,06 0,33 0,01 0,02 0,95

il 953

0,008 0,632 0,001 0,014 0,996

0,394 849 815 0,002 0,010 1 200 18 840

IS. Transports terrestres Total

0,995 1344461

1063

SYNDICALISATION, ,JOURNEES

GREVES

ET GREVISTES, PERDUES

DE TRAVAIL

.--------------1 9 4 5

Branches

Nombre de isyndiqués
I

Nombre de grèves

Nombre de grévistes

Nombre de journées

%
5884 812 6 351 5992 3.713 O,Oi8 0,002 0,019 0,018 0,011 2 7 2 2

%
0,05 273

%
0,017

perdues %
957 Q,007

I. Chimie
2. Eau-Gaz-Electricité 3. Services sanitaires 4. Métaux 5. Arts graphiques 6. Textiles 7. Spectacles publics 8. Bois 9. Confection 10. Cafés-HôtelsRestaurants 11. Services portuaires 12. Alimentation 13. Construction 14. Commerce-BanquesServices
I

D,OS 0,17 0,05

5211 3000 213

0,331 0,190 0,013

15 211 ~663 2904

0,113 0,183 0,021

15 873 8885 14 410 6139 9611 97 428

0,0 0,021 0,044 0,018 0,029 0,298 6 4 4 4 40 0,15 0,10 D,ID 0,10 0,90 1 886 3092 331 783 15 735 0,119 0,196 0,021 0,049 4912 54276 1864 5332 0,036 0,403 0,013 0,039 0,995 2 7 0,05 0,17 70 876 0, 0,055 881 23 479 0,006 0,174

!

14 346 0,043 <
29 849 100 023 326 314 0,091 0,334 0,994

15. Transports terrestres Total

0,995 134 979

Source: C. Durruty, C1ase obrera rd. Pasadc y Presente, 19GQ, pp. 115-

1064

2- LES fORMES

DES GREVES

Il convient maintenant d'abandonner la dimension diachronique pour éclairer la dimension synchronique des grèves. Les services du Département-Secrétariat-Ministère du Travail recensent les

conflits, en procédant par enquêtes, pal' l'envoi d'un questionnaire aux entreprises. D'une faç.on générale, sont enregistrés les références des établissements (nom, adresse, raison sociale, branche d'inde plus

dustrie), les formes des conflits (arrêt bref [paroJ,grève d'un jour [huelgaJ,grève

sur le tas, grève de solidarité, etc.),

la durée des conflits (date du déclenchement, longueur, date du dénouement), les causes des conflits, le mode de résolution (accord,
arbitrage), les résultats (succès, échecs, transactions)

. Mais

les publications issues de ces enquêtes paraissent irrégulièrement: elles sont nombreuses entre 1937 et 1945, puis entre 1961 et 1967 ou 1972. D'un bout à l'autre de la période, les données répertoriées ne sont pas tout à fait identiques. Surtout, l'enregistrement ne concerne que la capitale fédérale, ce qui en limite fortement la portée, notamment à partir des années 1960. C'est pourquoi, faute de pouvoir dresser des tableaux statistiques complets et significatifs pour l'ensemble de la période 1929-1969, on comparera les situations à deux périodes assez éloignées et assez connues: 1) Vers

1934-1939 (à la rigueur jusqu'en 1942) à la veille ou au début de la seconde guerre mondiale; 2) vers 1957-1960 (accessoirement jus-

qu'en 1966), en particulier à l'époque du gouvernement frondizi '

(36 )I
(37)

Questionnaire officiel inMinisterio de trabajo, Conflictos del trabajo , 1961, p. 20. Cf. Departamento deI trabajo. Estadistica de huelgas, BA 1948, 78 p. Departamento del Trabajo. Investigaciones Sociales, BA, (en particulier. 1941 (1942), 1942 (1943) ; Ministerio de trabajo. Conflictos del trabajo (1957-1960) , BA 1961,107 p; 'Secretaria deI Trabajo. Conflictos deI trabajo (1964-1966), BA 1967, 55 p. dactylographiées.

1065

, trainés dans les luttes. Ce qui donne indirectementune idée de la
ves sont rares dans les petits ateliers de moins de dix ouvriers; elles sont fréquentes dans les entreprises moyennes de dix à cinquante ouvriers;

On peut évaluer les conflits en fonction des effectifs en-

dimension des entreprises affectées. Ainsi, de 1934 à 1939, les grè-

et elles existent quelquefois dans de grandes usi-

nes de plus de cinq cents ou mille ouvriers (38) :

FREQUENCE DES GREVES

Grévistes entrainés Moins de 10

1934 3 23 5 1 3 1 6 42

1935 5 33 4 3 10 7 7 69

1936 13 43 15 7 14 8 9 109

1937 9 45 7 10 3 3 5 82

1938 6 18 5 10 2 2 1 44

1939 2 19 10 10 4 4 49

11

- 50

51 -100 101-200 201-500 501-1000
Plus de 1000

Total

Vingt ans plus tard, la distribution des grèves selon le nombre de grévistes mobilisés montre que la taille des entreprises s'est légèrement accrue; mais atteste que les conflits touchent

en priorité les petites et moyennes entreprises de dix à cent ou deux cent cinquante ouvriers et les très grandes firmes de plus de
mille voire cinq mille ouvriers (39) :

(38) Departamento de Trabajo."Estadistica de Huelgas",
tableaux p. 63-70 (calculs de l'auteur). del trabajo

BA 1940,

(39)

BA

Ministerio de Trabajo."Conflictos 1961, p. 53, Cuadro Il.

(1957-1960)",

1066

FREQUENCE DES GREVES

Grévistes entrainés

1957 2 15 10 1 9 5 9 1 1 3 56

1958 2 28 14 11 7 6 3 6 5 1 1 84

1959

1960

1 11
-

10

100

10 6 4 4 5 6 1 2 7 45

1 3 2 3 2 10 2 2 1

101 - 250 251 - 500
501 -1000 1001-2500 2501-5000 5001-10000 10001-25000 25001-50000

Plus de 50000 Total

26

On peut aussi examiner l'âge et surtout le sexe des grévistes. Entre 1934 et 1939, la prépondérance masculine ne fait aucun doute: plus des neuf-dixièmes des grévistes sont des hommes; quel-

quefois des femmes s'engagent (par exemple en 1936) ; les apprentis et les aides-ouvriers sont peu nombreux dans les luttes (40) :

PROPORTIONS

DE GREVISTES

(%)

----------------------..--..----

Hommes 1934 1935 1936 1937 1938 1939 Moyenne 1934/ 1939
(40) 'Departamento
p. 42-43.

Femmes 8,97 5,37 18,64 4,05 4,84 12,83 10,75

Mineurs 1,72 1,04 1,30 1,24 0,30 0,02 1,14

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0
-----

89,31 93,59 80,06 94,71 94,86 87,15 88,1

de Trabajo."Estadistica

de Huelgas",

BA

1940,

1067

Vers 1957-1960, les proportions sont sensiblement comparables: environ neuf hommes pour dix grévistes, quelquefois une

femme, très rarement un ou une adolescent(e) (41)
PROPORTIONS DE GREVISTES (%)

:

Hommes 1957 1958 1959 1960 Moyenne 1957/ 1960 78,08 90,38 92,38 86,67 89,72

Femmes 15,12 8,33 6,83 13,31 8,61

Mineurs 6,79 1,28 0,78 0,01 1,66

Total 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

La grève est donc une affaire d'hommes (proportionnellement plus nombreux comme grévistes que comme travailleurs). Parfois, à intervalles plus ou moins réguliers, la grève mobilise des femmes (notamment dans le textile et la confection,par exemple en
1957 ou en 1960 ).

Quels sont les mobiles des conflits?

De 1934 à 1939, les

cas de grèves se répartissent ainsi selon leurs causes (42) :

(41)

Ministerio

de

Trabajo.'

Conflictos

deI

trabajo",

BA

1961,

p. 60-61 (Il ne s'agit que des grèves de plus d'un jour) (calculs de l'auteur).

(42) Departamento del trabajo.'Estadistica de huelgas", BA 1940,
p. 45-46.

1068

PROPORTIONS

DES GREVES

SELON

LEURS

CAUSES

(%)

Types de revendications Augmentations salariales Salaires et autres demandes Durée du travail Organisation du travail Liberté syndicale
Diverses

1934 21,4 21,4

1935 21,7 34,8

1936 33,0 25,7 2,8

1937 57,3 7,3 1,2 1,2 28,0 4,9 100,0

1938 31,8 11,4 2,3 18,2 31,8 2,3 100,0

1939 81,6

2,0

Il,9 42,9 2,4 100,0

8,7 23,2 Il,6 100,0

5,5 27,5 5,5 100,0

12,3 4,1 100,0
----------

et inconnues

Total

-------------------

Plus significative que la fréquence des grèves qui joue sur des petits nombres, la distribution des grévistes qui concerne
des grands nombres (43) :

PROPORTIONS DES GREVISTES (%) SELON LES CAUSES DES GREVES

-----------.----Types de revendications Augmentations salariales
Salaires

1934 2,6 73,4 20,2 3,8 0,1

1935 4,3 93,5 0,7 0,9 0,5

1936 7,4 87,2 0,1 0,6 2,3 2,4

1937 80,8 12,8 0,0 0,4 4,5 1,5

1938 22,8 58,1 1,6 5,6 Il,7 0,3

---1939 95,0 0,2 3,8 1,0

et autres demandes

Durée du travail
Organisation du travail Liberté syndicale

Diverses et inconnues Total

100,0 100,0 100,0 100,0 100,0 100,0

D'une manière générale, à cette époque, plus de la moitié des grèves (entre 40 % et 80 %) et les quatre-cinquièmes des gré-

vistes (entre 75 % et 95 %) sont mobilisés pour obtenir des amélio-

(43) "Departamento del Trabajo. Estadistica de huelgas", BA 1940, p. 45-46.

1069

rations de salaires;

mais souvent, aux exigences sur les salaires

sont liées d'autres demandes (sur les conditions de travail, les relations dans l'entreprise, etc.). Les conflits portent rarement sur la durée du travail (respect de la journée légale, réduction des horaires, etc.), ce qui est normal en ces temps de dépression et de chômage. Les grèves, à l'occasion, peuvent naître de revendications sur les conditions de travail (tours, machines, hygiène, sécurité), par exemple en 1934. Et, quelquefois, les grèves portent sur des questions de discipline dans l'établissement (amendes, sus-

pensions, renvois) et de liberté d'association, de droit syndical -lequel n'existe pas juridiquement avant le péronisme, environ 25 à 30 % des grèves et 5 % des grévistes (44). Vingt ans après, les mobiles ont-ils changé? Entre 1957

et 1960, les cas de conflits (arrêts brefs et grèves de plus d'un jour) se distribuent de la sorte (45) :

PROPORTIONS DES GREVES SELON LEURS CAUSES (%)

Types de revendications
Salaires Salaires

1957 32,1 5,9 20,2

1958 27,1 6,2 18,6 5,4 42,6 100,0

1959 57,0 7,9 10,5 6,1 18,4 100,0

1960 66,0 1,6 14,3 3,2 14,3 100,0

1957/1960 43,3 5,9 15,9 6,9 27,9 100,0

et avantages uniquement

Licenciements
Organisa1:ion du travail

13,1 28,6 100,0

Autres motifs Total

La moitié des grèves éclatent sur des questions salariales; un cinquième sur des questions de discipline et de conditions de travail; un quart pour des motifs peu différenciés. La répartition

des grévistes est plus probante (46) :

(44) Cf. pour les détails sur les causes des grèves :Departamento deI trabajo. Investigaciones sociales 1941, BA 1942, Cuadro 34 p. 89 ; 1942, BA 1943, p. 97. (45) et (46) 'Ministerio de 1960)", BA 1961, p. 44 N.B. Il s'agit de tous jour et grèves de Trabajo."Conflictos deI trabajo (1957(et calculs de l'auteur). les conflits (arrêts brefs de moins d'un plus d'un jour).

1070

PROPORTIONS DES GREVISTES (%) SELON LES CAUSES DES GREVES

Types de revendications
Salaires Salaires

1957 83,6 0,4 2,3 2,0 11,7 100,0

1958 57,4 2,0 12,2 1,0 27,3 100,0

1959 91,6 0,4 0,3 0,8 6,9 100,0

1960 81,1 0,1 5,9 0,1 12,7 100,0

1957/1960 84,6 0,6 2,8 0,9 11,0 100,0

et avantages uniquement

Licenciements Organisation du travail Autres motifs Total

Dans la proportion de plus des huit-dixièmes

(85 %), les

grévistes ont pour objectif d'obtenir des améliorations économiques, surtout des augmentations salariales accompagnées de modifications d'échelles, de catégories, etc. à travers les conventions collectives. Rarement, pour environ un dixième (10 à 15 %)/les grévistes se mobilisent contre des suspensions, des licenciements, ou pour des aménagements des conditions de travail. En définitive, autant qu'on puisse en juger par des statistiques sommaires, le salaire est le mobile profond omniprésent des luttes, d'un bout à l'autre de la période. Toutefois, vers 1934-1939, les revendications sur

les libertés syndicales et vers 1957-1960, les réactions défensives contre les licenciements jouent des rôles secondaires.

Les fluctuations saisonnières des grèves sont difficiles à repérer. Pour la période 1934-1939, les conflits se distribuent
ainsi (47) :

(47) "Departamento del Trabajo. Estadistica de Huelgas", BA 1940, Annexes 1 à 6 p. 63-70 (comptages de l'auteur [en ne tenant compte que de la date de début du conflit]).

1071

Mois

1934

1935

1936

1937

1938

1939

Total 1934

Moyenne

,--_._--- 1939
55 20 37 42 28 32 38 34 29 31 36 13 395 9,1 3,3 6,1 7,0 4,6 5,3 6,3 5,6 4,8 5,1 6,0 2,1

J F M A M J Jt A S 0 N D Total

6 2 6 2 3 2 4 1 3 4 7 2 42

9 2 9 2 5 6 2 5 4 7 14 4 69

16 7 7 11 7 13 9 16 6 8 6 3 109

5 6 7 13 8 5 13 8 6 4 6 1 82

11 0 4 3 1 2 6 2 7 3 2 3 44

8 3 4 11 4 4 4 2 3 5 1 0 49

Pour la période 1957-1960, les grèves (de plus d'un jour)

se répartissentde la manière suivante (48) :

Mois J F M A M J Jt A S 0 N D Total

1957 7 1 2 6 6 4 8 8 11 9 12 9 83

1958 15 12 10 13 10 11 19 13 11 8 9 6 137

1959 6 3 7 10 4 7 3 4 7 6 1 6 64

1960 6 4 3 5 5 4 3 6 0 4 1 0 41

Total 1957 34 20 22 34 25 26 33 31 29 27 23 21 325

-

Moyenne 1960 8,5 5,0 5,5 8,5 6,2 6,5 8,2 7,7 7,2 6,7 5,7 5,2

(48) "Ministerio del Trabajo. Conf1ictos del trabajo", BA 1961, Cuadra 14, p. 57-59 (comptages de l'auteur) (Il ne s'agit que
des "hue1gas", grèves de plus d'un jour comptées plusieurs fois si elles s'étalent sur plusieurs mois). Voir tableau en P. 1077.

1072

Quoique les comptages ne soient pas tout à fait identiques, quelques constantes apparaissent d'une période à l'autre: conflits sont assez bien étalés sur l'ensemble de l'année; fluctuations saisonnières ont peu d'amplitude. 1) Les les

2) Un maximum appa-

rait en janvier correspondant aux revendications pour la fixation du salaire annuel. 3) Un minimum se dessine en février et partie1lement en mars, mois d'été donc de vacances dans l'hémisphère austral. 4) Un second maximum se situe en avril, mois de la rentrée, d'un autre "rendez-vous social". 5) Les grèves diminuent ensuite en mai-juin, se redressent en juillet (troisième maximum) puis décroissent plus ou moins régulièrement d'août à novembre. 6) Un minimum se marque en décembre, peut-être dû au procédé d'enregistrement, peut-être dû à une pause de fin d'année.

1073

GRÈVES

CUMULÉES

SELON

LES MOIS

60

période 50 40 30 20 10

1934-1939

J.

F.

M.

A.

M.

J.

JI.

A.

s.

o.

N.

D.

60

période
50 _

1957-1960

40 30 20 10

J.

F.

M.

A.

M.

J.

JI.

A

s.

o.

N.

D.

Source.- Departemento

del Trabajo - Estadistica de huelgas. B.A. 1940 - Contlictos del trabajo. B.A. 1961 p. 57-59..

1074

On peut considérer l'ampleur moyenne des conflits sur une trentaine d'années, de 1934 à 1964 (50). On ne distingue pas d'évolution continue, de la crise de 1929/1933 à la crise de 1959/1963. Toutefois, il convient de remarquer que, dans une première époque, de 1929 à 1943, les conflits mobilisent des effectifs relativement réduits -entre 100 et 800 grévistes par grève-, en moyenne 400 grévistes par grève. Dans une seconde époque, de 1944 à 1955, au temps du régime péroniste, les conflits entrainent des effectifs plus larges -souvent entre 500 et 8 000 grévistes-, en moyenne 2 500 grévistes par grève. Dans une troisième époque, de 1956 à 1969, sous les régimes militaires et radicaux, les conflits deviennent des mouvements de masse, avec des effectifs très fournis -souvent entre 3 000 et 30 000 grévistes-, en moyenne 8 750 grévistes par grève. Une telle évolution s'explique non seulement par le fait que la dimension des établissements industriels s'est accrue
en raison

d'un processus de concentration mais aussi par le fait que la grève s'est généralisée. Au moment de la grande dépression, dans les années 1930, la grève n'affecte que des petites entreprises artisanales isolées, ici une fabrique alimentaire, là un chantier du bâtiment. Au temps du néo-libéralisme, dans les années 1960, la grève les che-

concerne souvent des branches entières -les métallurgistes,

minots, les travailleurs du pétrole, etc.- qui revendiquent à l'appel de leurs fédérations syndicales pour le renouvellement des conventiop
~011ectives.

(50) Voir tableau ,d'après 'Ministerio de Trabajo. Conflictos dei Trabajo , BA 1961, Cuadro 26 p. 105 ; Conflictos deI trabajo, BA 1967, Cuadro 26.

1075

LES GREVES DUREE MOYENNE (jours) MOYENNE

1934

-

1966
-

- NOMBRE
DES

MOYEN DE TRAVAILLEURS AFFECTES PAR GREVE
PERDUS (pesos m.n.) PAR GREVE (51)

SALAIRES

Années

Durée moyenne (jours)

Moyenne des salaires Nombre moyen de travailleurs affectés perdus (pesos m.n.) par grève par grève

1934 1935 1936 1937 1938 1939 1940 1941 1942 1943 1944 1945 1946 1947 1948 1949 1950 1951 1952 1953 1954 1955 1956 1957 1958 1959 1960 1961 1962 1963 1964 1965 1966

28,6 50,7 15,7 10,4 25,8 12,2 17,7 37,5 15,9 12,9 4,5 Il,5 6,1 6,4 Il,4 17 ,5 20,9 9,3 19,8 10,8 12,1 12,0 6,1 11 ,2 22,5 7,1 12,8 7,4 6,3 3,9 4,4 2,9 4,3

618 756 784 610 202 402 240 122 353 80 338 940 2 352 8 459 2 701 810 3 235 711 1 130 138 6 650 16 5 3 31 5 5 2 10 5 571 423 432 302 357 002 499 826 361 342

3 792 948

7 2 1 1

416 185 375 UO 906

342 874 901 345 196

758 575 868 526
1 202 712

214 568 442 752 1 763 815
2 12 6 3 482 739 253 886 364 552 983 050

25 070 777 1 159 739

2 279 436 359 435
18 252 083 1 21 12 14 40 815 795 281 191 635 567 062 866 012 682

9 972 938

6 3 6 4

586 622 194 076

556 687 630 074

6 362 8 738

3 995 375 9 177 359

(51) Source : Secretaria de Trabajo. Conflictos deI Trabajo, BA 1967.