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La vie quotidienne en Afrique Noire

De
238 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296161740
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PATRICK MERAND

LA VIE QUOTIDIENNE EN AFRIQUE NOIRE
A travers la littérature africaine d'expression française

Librairie -Editions l'Harmattan 5, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Couverture: photo d'une jeune femme africaine du Nord-Cameroun (P. Mérand). Les cartes de l'Afrique ont été réalisées par George Mills, à l'exception de celle reproduite de la revue Europe Outremer.

tS.B.N.

2-85802-020-5

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Avertissement

Une « Vie quotidienne en Afrique Noire» écrite par un Européen, cela peut paraître étrange pour certains, ambitieux et irritant pour dlautres. L'e livre nlest pas une nouvelle tentative de «folkloriser» ou « d'exotiser» l'Afrique. Il se veut seulement une approche de la réalité africaine appréhendée dans ce qu'elle a peut-être de plus méconnu: la vie de tous lesjours. Les informations coniénues dans ce livre sont extraites de la littérature africaine. C'est sans doute le meilleur garant d'authenticité. En effet, que d'anecdotes et de récits ont été transmis depuis des dizaines d'années pour soidisant montrer le vrai visage de l'Afrique mais en fait pour se moquer ou se sentir supérieur. En partant de la seule production littéraire africaine nous pensons pouvoir échapper à ce mal encore présent dans bien des esprits: décrire l'Afrique non pas telle qu'elle est, mais telle que l'Europe voudrait qu'elle soit. Puisse cet ouvrage contribuer à faire fondre bon nombre de préjugés dont l'Europe est toujours friante mais dont l'existence perturbe fondamentalement les relations entre nos deux continents. P.M.

5

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SEYCHElLES 18 Jum 1916

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Carte reproduite avec l.aimoble autorisation de la revue « Europe Outremer », n° exceptionnel: l'Afrique d'expression française et Madagascar, 16e édition_

6

Introductioll

La rencontre de l'Afrique et de la littérature en langue française a eu lieu dans trois domaines importants: la littérature romanesque coloniale, les études ethnologiques et la littérature africaine francophone~ Les premiers récits de voyages des explorateurs, des militaires, des commerçants permirent de soutenir l'ambitieuse tâche de la colonisation. Pour « civiliser» des populations (<<des peuplades ») lointaines, ne fallait-il pas convaincre le grand public que le continent noir était partagé entre la sauvagerie et la barbarie? Vinrent ensuite les ethnologues qui, sous couvert de recherche scientifique, inventorièrent l'Afrique. Les groupes humains furent mis sur fiches, les objets d'art transportés dans les musées parisiens. La science devenait complice d'une ambitieuse mission de « pacification» et de « civilisation ». Les ethnologues «étaient là, aux aguets, à la recherche de rites, prompts à dévisser le capuchon de leur stylo, à pister le sauvage, le bon sauvage de leur enfance, vierge des stigmates du temps: le « bamboula» et à écrire un livre, un grand livre qui n'a jamais été écrit sur ce pays et dont le titre ricochait aussitôt sur le zinc du toit avec les bouchons de champagne, parlant de ce continent dont ils étaient ti>USaptes à saisiretà expliquer, tout de go, l'unique de l'inexprimable. » (I)
(I) Oyono Ferdinand (Cameroun), Ch:'min d'Europe, 10/18, 1960.

7

L'ethnologue est un philosophe occidental: il est faussé dans ses rapports avec « ses» populations par le fait qu'historiquement et politiquement les relations entre l'Afrique et
l'Europe ont été du type P

fant, Professeur - Elève, Patron - Employé pour ne pas dire Profiteur - Exploité. Il existe néanmoins des ethnologues sérieux et sincères mais l'Africain se montre. méfiant :envers ces chercheurs qui tirent de fines, trop fines peut-

-

E, c'est-à-dire Pare,nt - En-

être - conclusions.

-

....

« Trop souvent, en effet, on nous prête des intentions qui ne sont pas les nôtres, on interprète nos coutumes ou nos traditions en fonction d'une logique qui, sans cesser d'être logique, n'en est pas une de chez nous. Les différences de psychologie et d'entendement faussent les interprétations nées de l'extérieur. » (2) En ce sens, par son manque d'interprétation et son souci de laisser les Africains porter leurs propres jugements, ce livre est à l'opposé même d'une étude ethnologique.

La parole est à l'Afrique Depuis quelques dizaines d'années, il existe une connaissance de l'Afrique par les livres donnée par les Africains eux-mêmes. Cette littérature est directement écrite en français. Le premier roman écrit par un Noir d'expression française est publié en 1921 : la même année il reçoit le prix Goncourt et provoque un scandale par son introduction passionnée contre le colonialisme. C'était Batoua/a, de René Maran, Antillais. En 1928, paraît le premier grand roman d'un Africain du continent: Karim, d'Ousmane Socé, Sénégalais. A partir de cette date les publications vont se succéder à un rythme croissant, mais ce n'est véritablement qu'après la guerre que naît la littérature africaine de langue française. Beaucoup d'Européens se montrent très critiques à l'égard des auteurs africains contemporains: selon eux, la
(2) Bâ Amadou Hampaté (Mali), Aspects, de la civilisation africaine, Présence Africaine, 1972.

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littérature africaine n'aurait pas la qualité du « modèle» français. Quelques précisions sont nécessaires pour nuancer ce jugement. Les littératures en langue française écrites en dehors de l'hexagone sont peu connues en métropole. Les Canadiens, les Belges, les Suisses qui écrivent directement en français ont du mal à s'imposer au public français: ils ne disposent pas des moyens publicitaires accordés par les grandes maisons d'édition p~risiennes, le contenu de leurs écrits ne correspond pas aux problèmes de la société française. Ils sont classés dans la rubrique « littérature régionale » et ne peuvent prétendre à la gloire. Il est néanmoins exact de dire que, parmi les romans africains publiés depuis 1945, un certain nombre n'atteint pas la valeur littéraire que le lecteur est en droit d'attendre. Il serait vain de vouloir défendre à tous prix de mauvais romans mais il faut admettre que la littérature africaine est très jeune: une trentaine d'années. Après certaines tentatives malheureuses d'imitation du roman français, elle trouve maintenant une voie originale. Pour comparer les productions littéraires françaises et africaines, il faudrait prendre, dans chaque continent ce qui est propre pour chaque culture : littérature écrite pour la France, mais littérature orale pour l'Afrique, en version originale.

Les Africains parlent de l'Afrique Cette Vie quotidienne en Afrique Noire repose essentiellement sur les informations contenues dans les romans, contes, légendes, nouvelles et récits africains. L'Europe a assez parlé de l'Afrique sans que les Africains s'y reconnaissent nécessairement. Pourquoi ne pas profiter des écrits parus depuis la guerre pour balayer les idées fausses issues de la longue période coloniale? « Il appartient en effet aux Africains de parler de l'Afrique aux étrangers, et non aux étrangers, si savants soient-ils de parler de l'Afrique aux Africains. Comme le dit un proverbe malien: "Quand une chèvre est présente, on ne doit pas bêler à sa place" . » (3) (3) Id. 9

Les auteurs africains fournissant l'essentiel de cette étude sont originaires de quatorze pays différents. Il ne faudrait pas en déduire que tous les habitants de ces pays vivent de façon identique.. Sans négliger les particularismes, une approche globale de l'Afrique peut permettre cependant d'appréhender le monde noir. De même qu'il existe une personnalité de base européenne, de même l'Afrique Noire se retrouve dans des valeurs communes. Sans doute nous est-il arrivé parfois de malmener quelque peu la réalité. Que le lecteur africain se souvienne alors de Mongo Béti : « L'offense quand elle est fille non de la malveillance mais de l'ignorance mérite non la haine mais la sollicitude. » (4)

(4) Beti Mongo

(Cameroun),

Remember

Ruben,

t0/18,

1975.

10

1
La nature et J1-environnement

« vous croyiez à la sécheresse, Dieu a fait pleuvoir,. qui veut mentir n'a qu'à parler du temps» (Proverbe haoussa),

Les imageries d'EpinaI ont présenté la nature africaine sous deux visages: soit une terre aride constamment brûlée par le soleil, soit une immense forêt vierge mystérieuse et tropicale. En fait, tout le monde ne connaît qu'un mot, ne correspondant à rien de précis: la brousse. Aucune autre région au monde n'a été autant uniformisée, standardisée que la nature africaine. Quelle erreur! Les paysages côtiers de la Côte d'Ivoire, du Togo ou du Bénin n'ont rien à voir avec la savane des terres ou la désertique nudité des portes du Sahara. Les montagnes du Fauta Djalon, le massif de l' Atakora ou le Mont Cameroun ont peu de ressemblance avec les forêts gigantesques du Gabon. Les bords des grands lacs car l'Afrique a aussi ses grands lacs -les rivages bordés de villages de pêcheurs sont autant de paysages différents qu'une terminologie volontairement particulariste a enfermés sous l'unique vocable de « brousse». N'est-il pas surprenant d'entendre parfois que telle grande ville ou capitale est cur,steuite en pleine brousse! La majorité des Africains vit en dehors des centres urbains. Le cœur de l'Afrique bat à l'écart des villes, dans les villages et hameaux où les traditions sont encore vivantes, où les hommes se connaissent et forment de véritables communautés.
Il

L'AFRIQUE

NOIRE FRANCOPHONE
(pays cités dans le livre)

Pays

Capitale

Population Superficie (en (en km2) millions) 3 113.000

Densité

Chef d'Etat

Bénin

Porto-Novo (95.000 h) Yaoundé (170.000 h) Brazzaville
(300.000 h)

26

LieutenantColonnel Mathieu Kérékou. M. Ahmadou Ahidjo Commandant Marien Ngouabi M. Félix Ouphouët Boigny M. Omar Bongo M. Ahmed SékouTouré Général Sangoulé Lamizana Colonel Moussa Traoré LieutenantColonnel Seyni Kountché Empereur Jean Bédel Bokassa M. Léopold Sédar Senghor Général Félix Maloum Général Gnassingbé Eyadéma Lieutenant Général Mobutu SéséSéko

Cameroun ,#-:fCongo Côted'Ivoire Gabon

7,5 1,3 7

475.000 344.000 332.000 268.000 246.000 274.000 1.240.000 1.267.000

15,7 3,8 21 3,5 22 22,6 4,3 3,8

Abidjan
(900.000 h)

Libreville
(110.000 h)

0,95 5,5 6,2 5,5 4,8

Guinée
HauteVolta Mali Niger

Conakry (500.000 h) Ouagadougou
(130.000 h)

t

Bamako (350.000 h) Niamey (150.000 h) Bangui (350.000 h) Dakar
(700.000 h)

Centra-

3,2 4,2 4,2 2,2

622.000 197.000 1.284.000 56.000 2.345.000

5,2 21 3,3 39 10,6

friq ue Sénégal
Tchad Togo Zaïre

N' Djaména (150.000 h) Lomé
(150.000 h)

Kinshasa (2.200.000 h)

25

12

Il est impossible de décrire les multiples visages de la nature africaine. Pourrait-on le faire pour l'Europe? Résistant à la tentation facile de donner des comparaisons approximatives qui trahiraient la réalité, disons que la nature africaine ne ressemble à aucune autre: l'Afrique est originale.

LE CLIMAT

Quatre saisons dans un été De même qu'il est impossible de comparer les paysages africains à ceux des autres continents, de même le climat d'Afrique ne peut être réduit aux deux seules expressions que l'on a coutume d'entendre: la saison sèche et la saison des pluies. Selon les régions, la tendance dominante est nettement différente. Les zones côtières ont un point commun : cette touffeur caractéristique qui surprend le voyageur venu du Nord ou le touriste qui descend de l'avion. La forte humidité et la chaleur constante produisent une atmosphère délétère difficilement supportable. Dans les zones sahéliennes et dans. toutes les régions de savanes, la chaleur et la sécheresse de l'air produisent une sensation aussi désagréable pour l'organisme. L'Afrique jouit donc d'un climat dur. Quelques rares régions bénéficient de conditions plus propices où l'air sec et frais s'associe à longueur de journée à un ciel imperturbablement bleu: ces régions de rêve existent sur les hauteurs, dans les chaînes de montagnes... et dans l'imagination de tout Européen contemplant la bruine d'une journée d'automne. Il y a quatre saisons en Afrique: la petite et la grande saison sèche, la petite et la grande saison des pluies. Cette appellation correspond bien à la réalité. Il est impossible de situer chacune d'elle sur le calendrier pour l'ensemble de l'Afrique, mais d'une façon générale les périodes de grands froids en Europe coïncident avec les grosses chaleurs de la saison sèche et vice versa. Les grands froids n'existent pas en Afrique: pour trouver la neige, il faut monter sur les sommets les plus élevés. Un été européen donne une idée de 13

l'ensemble des quatre saisons africaines: fortes chaleurs, orages violents, nuits fraîches, chutes brutales de température et sécheresse.

.'

Une terre surchauffée de soleil L'association immédiate des mots chaleur et Afrique noire n'est pas excessive. Il est vrai que pendant plus de huit mois de l'année, le point commun de tous les pays africains, e"est cette chappe de ciel bleu qui écrase les hommes, les animaux et les plantes, ce soleil qui brille douze heures par « qui brüle la peau, pénètre le corps, chauffe le sang, cogne sur le crâne comme pour l'ouvrir et étaler au grand jour les pensées de chacun..,» (1) Il ne faudrait pas croire que les hommes s'habituent facilement à cette chaleur. Les agriculteurs africains qui passent leurs journées dans les champs, la houe à la main, et qui creusent une terre dure comme du ciment rêveraient facilement d'un temps gris et maussade qui leur épargnerait pour quelques jours la puissance accablante du soleil. « Le soleil chauffait à blanc, nous brülait le corps; persévérants dans leur tyrannie, ses rayons devenaient un calvaire. Je haletais, mesurais mètre après mètre ma progression, calculais la position du soleil, inventoriais les douloureuses boursoufflures de mes paumes teintées de sang. » (2) La chaleur étouffante est impitoyable. Il semble même que les plantes réagissent avec colère: « Les gousses des bois de fer éclataient dans la forêt et éjectaient avec fracas leurs graines. Au sein de la savane asséchée et blondie, les tiges des grandes herbes
(I) Bernard DADIE (Côte d'Ivoire), Le pagne noir, Présence Africaine, 19S5, p. 56. (2) Alioum FANTOURE (Guinée), Le cercle des tropiques, Présence Africaine, 1970, p. Il.

-Yo

Jour,

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craquaient avec un bruit suraigu. Le sable du sentier était en feu, et de loin en loin, créait des mirages. » (3) Le sol latéritique fait vibrer l'air chaud et le moindre mouvement produit un nuage de poussière rouge qui vient se coller à la peau, aux murs des maisons, sur les arbres. Une lé.genderaconte que le sol d'Afrique a été mangé et digéré par les termites ce qui explique la couleur rouge et le peu de fertilité de la terre.
« La latérite qui recouvrait le village, fendillée en maints endroits, brûlait elle aussi, communiquant sa chaleur à la boue des murs non crépis, et au chaume des cases. Tout scintillait; tout chauffait; le village grillait et étouffait. Il y avait vraiment du soleil et du feu dans l'air: on était à la fin de la saison sèche. » (4)

Un déluge d'espérance Après tant de chaleur et de sécheresse, les pluies sont accueillies avec une joie débordante. Chaque année, vers les mois d'avril, mai ou juin selon les pays, c'est l'incertitude .: la pluie viendra-t-elle assez tôt pour féconder les champs ensemencés ? Ces pluies salvatrices se font annoncer avant de déverser leur déluge de vie: le ciel se noircit et de subites rafales de vent secouent sans pitié arbres et maisons Qui semblent pris au dépourvu. En quelques secondes l'air se rafraîchit, le sable et la poussière tourbillonnent dans les rues, sur les routes et dans les champs puis quelques grosses gouttes s'étoilent sur le sol, immédiatement aspirées par la terre encore brûlante: « Les premières gouttes mitraillèrent et se cassèrent sur le minaret [...] Le tonnerre cassa le ciel, enflamma l'univers et ébranla la terre et la mosquée. Dès lors, le ciel, comme si on l'en avait empêché depuis des mois,
(3) Guy MENGA (Cameroun), La palabre stérile, C.L.E., 1968, p. 7. (4) Id.

15

se déchargea, déversa des torrents qui noyèrent les rues
sans égouts. » (5)
.

à détruire:

Dans les habitations en banco, c'est la joie et l'inquiétude. Joie de voir enfin la pluie qui irriguera les champs, inquiétude due à la puissance de ce premier assaut. Chacun sait que le coup d'envoi de la saison des pluies est brutal mais il paraît chaque aI.\née aussi féroce, aussi acharné . « Tout craquait et geignait sous les rafales et le tonnerre. On eût dit que des myriades de seaux d'eau se déversaient sur le toit de vieille tôle qui s'aplatissait sous le choc. » (6) Après cette brutalité qui dure quelques minutes ou quelques heures, la pluie s'apaise enfin, non sans avoir emporté quelques toits, endommagé quelques maisons vétustes. « La tornade soufflait toujours en deux temps, à la fin de la saison sèche. A la première phase, chargée de pluie et d'éclairs, succédait une phase purement pluvieuse. » (7) Les agriculteurs attendent surtout cette seconde phase car il arrive que la tornade détruise plus qu'elle n'arrose. La terre est recouverte d'une croûte et n'a pas le temps d'avaler les trombes d'eau. De nombreux champs sont noyés après avoir manqué d'eau: si la sécheresse s'installe plus longtemps que de coutume, la crainte est dans tous les esprits: en admettant que la pluie finisse par tomber, elle emporte dans un torrent de boue les jeunes pousses jaunies, et par la même occasion tout l'espoir des paysans. Les torrents d'un jour font le grand nettoyage aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Le ravinement creuse des fossés là où il n'y avait que lézardes. Chaque fissure du sol se transforme en un lit d'une rivière éphémère. Maisons et rues changent d'aspect: « Et quand viennent les pluies, on patauge dans une
(5) Ahmadou KOUROUMA (Mali), Les soleils des indépendances, Seuil, 1970,p. 25. (6) Ferdinand OYONO (Cameroun), Le vieux nègre et la médaille, 10/18,
1972, p. 131. (7) Id., p. 134.

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boue gluante. Raison pour laquelle les quelques maisons blanchies à la chaux se voient maculées de larges éclaboussures rouges. » (8) Pour les enfants, c'est une aubaine car, comme tous les enfants du monde, ils éprouvent un plaisir tout particulier à patauger dans l'eau, à faire des barrages aussitôt emportés, à suivre un bateau de leur faprication pour terminer par une dispute générale où tout le inonde est copieusement arrosé ou prend un bain forcé. L'eau est un bien précieux. L'Afrique n'est pas encore à l'ère du gaspillage. L'eau qui ruisselle serait définitivement perdue si les femmes ne disposaient pas dès les premières gouttes de pluie de grandes jarres aux coins du toit de la "maison. Cela évite quelques aller et retour au puits ou à la fontaine la plus proche. En outre, l'eau de pluie est de loin plus pure et plus limpide que celle qui reste au fond du puits après les huit mois de continence du ciel. Les cultures se mettent à pousser, chacun s'en va travailler au champ. La nature tout entière reprend vie et se métamorphose : « Avec.la pluie, la fécondité était revenue. La nature s'était tant hâtée d'enfanter, qu'en peu de jours l'œil ne découvrait plus un endroit nu. Le revêtement en vert s'était produit d'un élan fiévreux, avec des odeurs enivrantes. Il n'y avait plus ni savane, ni brousse, ni forêt... C'était un tout. Un fouillis, une mêlée de troncs, de tiges entrelacées: une étreinte. Tout était vert. » (9) Les routes réagissent aussi à ce phénomène naturel : les pistes se couvrent d'une épaisse couche de glu terreuse qui peut attraper les automobiles comme des mouches sur du papier collant. Dès qu'un véhicule circule, le moindre trou se transforme rapidement en ornière et les routes deviendraient impraticables sans les « barrières de pluie». Il s'agit de véritables barrières laissant passer les voitures de tourisme mais impérativement fermées pour les camions. Elles ne s'ouvrent à nouveau que lorsque la route est dure et
(8) René PHILOMBE p.6. (9) Ousmane SEMBENE (Sénégal). L 'harmattan, p. 12. Présence Africaine. i964, (Cameroun). Lettres de ,na canlbuse, C.L.E.. 1970,

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sèche pour ne pas être trop rapidement détériorée. Il peut arriver que le chauffeur de camion parvienne à soudoyer le gardien d'une barrière afin de gagner du temps. Il en résulte une plolifération de fondrières au moment de la saison des pluies. Certains villages alliant le goût de la plaisanterie au sens des affaires mettent à profit ces inconvénients climatiques. Francis Bebey raconte comment les habitants d'une ville camerounaise, loin de réparer la route pendant une pluie, s'acharnaient à laisser bien intact le tapis de boue gluante: « La rue de notre village devint, elle aussi, un vivant facteur de notre économie [...]. Des hommes bien intentionnés se firent un devoir d'entretenir la boue de la mauvaise saison. La nuit, ils creusaient dans la rue de véritables fossés, qu'ils recouvraient ensuite de terre, habilement, et la rue reprenait au matin l'air tranquille et l'allure engageante d'un chemin propre et bien tenu. Dans ces conditions, les voitures qui arrivaient s'enfonçaient automatiquement dans la boue, et le conducteur devait nécessairement payer, et payer cher, pour sortir de là. » (10)

Fait-il froid sous les tropiques?
La saison des pluies a pour conséquences immédiates de rafraîchir momentanément l'atmosphère; le thermomètre descend brusquement de quelques degrés, tout en se maintenant aux alentours de 200. Entre chaque averse le soleil réchauffe le sol détrempé et provoque une condensation qui fait penser aux saunas. Le degré hygrométrique monte à son maximum, très proche des 100 f1Jo, rovoquant une sensap tion d'étouffement désagréable. La fin de la saison des pluies est souvent fraîche, en particulier dans les régions un peu montagneuses comme, par exemple, le pays bamiléké à l'ouest du Cameroun décrit par un Africain qui semble nous dépeindre les steppes de Sibérie: « C'était au mois de septembre. Le brouillard s'accrochait çà et là, comme des haillons, aux toits des
(10) Francis BEBEY (Cameroun), pp. 147-148. Le jilsd'Agatho Moudio, C.L.E., 1967,

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maisons, rendant Nkongsamba cet après-midi-là plus triste et plus déprimante que jamais [...] Le froid était redevenu tout d'un coup comme une colère longtemps contenue et déversait sur la ville une sorte d'apathie que seules auraient pu dissiper les flammes de l'enfer [...] Je grelottais. Mes mains m'appartenaient seulement parce que je les voyais encore au bout de mes bras: elles étaient crispées. » (11) Une autre époque de l'année est particulièrement redoutée : celle de l'harmattan, ce vent sec qui descend du Sahara jusqu'à la côte. Certains disent que l'harmattan est un vent froid, d'autres un vent chaud. Tous ont raison: les nuits d'harmattan sont froides, comme le sont les nuits du désert, mais dès neuf ou dix heures du matin la chaleur sèche venue du Nord s'abat en quelques instants. Ce vent transporte le sable du désert et, en période d'harmattan, la nature est enveloppée d'un voile poussiéreux. C'est un temps redouté par les habitants: la sécheresse de l'air fendille les lèvres, le nez pique. « L'harmattan soufflait depuis des semaines. Frais le matin, l'air s'échauffait avec le soleil et nous brûlait pendant le jour par ses incessantes caresses. La peau à cette époque se pêle comme prête à subir une métamorphose... A une telle période où même les choses perdent leurs formes originelles, où les arbres se débarassent de leurs feuilles mal fixées, où même le bois des meubles se gondole et où les feuilles s'écornent, un mot mal placé provoque des disputes et des bagarres. » (12) A l'approche de Noël, l'harmattan donne l'envoi de la grande saison sèche. Mais avec les chaleurs accablantes, les matinées n'incitent pas à se lever tôt: « Le mois de janvier battait son plein avec des alternatives de froid intense et de grandes chaleurs. Au matin un brouillard ténu s'attardait quelque temps aux abords des concessions et fumait doucement,comme à regret. Alors, les cases étaient secouées de toux stri(11) Joseph-Jules MOKTO (Cameroun), Ramitou, mon étrangère,C.L.E., 1971, p. 7. (12) Alioum FANTOURE (Guinée), Le cercle des tropiques, Présence Africaine, 1972, p. 331.

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dentes et les courettes des maisons voyaient surgir tardivement le peuple grelottant de leurs habitués. » (13) Quelle que soit la saison, la durée des journées est sensiblement la même tout au long de l'année. Plus on se rapproche de l'équateur, plus les journées atteignent un équilibre parfait: douze heures de jour et douze heures de nuit. Le soleil se couche vite en .Afrique, en une vingtaine de minutes, vers dix-huit heures, au plus tard dix-huit heures quarante-cinq. On dit que: « La chute du jour est aussi rapide que celle d'un oiseau atteint en plein vol par un chasseur adroit. » (14) Puis vient la nuit. La Croix du Sud veille sur le repos des hommes et des animaux: « Toute la brousse dormait. Les animaux repus ne faisaient entendre aucun cri... Seules quelques herbes remuaient, mais pas pour longtemps. La paix devenait si profonde qu'aucun être ne voulait la troubler. Les lucioles tentaient d'incendier cette immense forêt verte qu'elles piquaient de feux clignotants, de lueurs fugaces, d'étoiles filantes. » (15)

LA FAUNE

Les grands fauves sont-ils passés dans la légende?
Il est impossible de prononcer le mot Afrique sans qu'aussitôt l'interlocuteur européen n'imagine un troupeau d'éléphants sauvages ou de girafes, paissant calmement sur une immense prairie roussie par le soleil, hippopotames et
(J 3) Abdoulaye SADJI (Sénégal), Maïrnouna, Présence Àfricaine, 1965, p. 47. (14) Aké LC)BA (Côte d'Ivoire), Kocournbo, l'étudiant noir, Flammarion, 1974, p. II. (15) Bernard DADIE (Côte d'Ivoire), Le pagne noir, Présence Africaine, 1955, pp. 129-130.

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caïmans se baignant toujours langoureusement dans le lit d'une rivière... La réalité de l'Afrique de l'Ouest et du Centre est tout autre. Bien plus nombreux sont les Européens qui ont vu des lions, des éléphants et des girafes dans un parc zoologique que les Africains qui ont eu l'occasion d'en voir dans leur milieu naturel. Les rapports des hommes avec les grands fauves sont différents de ceux du touriste avec un animal repu qui dort paisiblement dâns sa cage. Les parcs zoologiques n'ont jamais eu la prétention de vouloir donner une image de la réalité quotidienne: pourquoi l'Europe a-t-elle imaginé que les troupeaux d'éléphants foisonnaient en aussi grand nombre en Afrique que les moutons dans les Causses? Les grands animaux qui symbolisent l'Afrique - les lions et les éléphants en particulier - ont connu des massacres sans précédent jusqu'au début du XXe siècle. ~es fourrures et les défenses d'ivoire suscitaient la convoitise d'explorateurs plus préoccupés par l'appât du gain que par la protection des espèces. Devant les bénéfices énormes que rapportait l'abattage d'un éléphant, les populations locales succombèrent à la tentation d'aider ces tristes aventuriers dans leur carnage. Au moment où les hommes étaient éparpillés aux quatre coins du monde et décimés par l'esclavage, la faune subissait un sort identique à ses maîtres. Certaines espèces sont toujours menacées de disparition mais les organisations internationales ont pris des mesures pour enrayer ce fléau. L'abattage d'animaux sauvages est maintenant soumis à des règles strictes. Il est impossible pour le touriste amateur de safari de tuer « son» éléphant et de revenir avec les défenses. Un guide de chasse détaché par l'administration est indispensable pour traquer le gros gibier. Pour chaque animal abattu, le chasseur doit verser une somme forfaitaire à peu près identique dans tous les pays variant de 50.000 à 500.000 francs CFA.L'acquittement de cette somme ne donne pas droit à emporter l'animaI, qui reste la propriété du pays. Pour rapporter fourrure ou défenses, le chasseur doit être en règle avec la douane. Pour éviter que les fauves ne soient décimés par les braconniers et pour empêcher qu'ils ne détruisent les cultures, les états africains ont créé des réserves où la faune vit en liberté, sous la protection de gardes forestiers. La réserve la plus importante de l'Ouest africain se situe dans une zone 21

couvrant approximativement le sud-est de la Haute- Volta, le sud-ouest du Niger, le nord du Togo et du Bénin. Le parc du W et de la Pendjari contiennent certainement les plus beaux spécimens d'animaux sauvages. Le Zaïre, l'Empire Centrafricain, le Tchad, le Sénégal ont aussi des réserves comme tous les pays d'Afrique mais l'image stéréotypée des grandes étendues peuplées d'animaux presti~ieux correspond davantage aux réaJitésde l'Afrique de l'Est (Ke-

nya, Tanzanie).

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Dans l'ensemble des réserves, la chasse est interdite: le visiteur s'acquitte d'un droÎt de circulation en voiture et obtient, de ce fait, la garantie d'apercevoir des antilopes, des gazelles, des cobs, des biches, et s'il a de la chance, des lions ;~t des éléphants. Il ne verra jamais de tigre puisque cet animal vit exclusivement en Asie. En saison des pluies, les hautes herbes et l'abondance des marécages empêchent d'approcher les animaux qui, craintifs, préfèrent s'éloigner des sentiers et éviter les téléobjectifs des amateurs de photographie.. . Le massacre des animaux est terminé. Les espèces sont conservées mais les mesures qui furent prises eurent des impacts imp'ortants sur la population: l'interdiction de chasser le grand fauve a privé certaines populations de leur consommation de viande. Les Africains sont des chasseurs par nécessité. Les moyens réduits mis en œuvre pour traquer le gibier avaient permis un renouvellement des espèces. Ce n'est plus le cas actuellement où l'armement moderne ne donne plus aucune chance aux animaux. Le manque de gibier oblige certaines sociétés à changer radicalement leur mode de vie. La création de réserves ne s'est pas fait sans heurts. Leur emplacement a été choisi en fonction de la densité d'animaux, des conditions favorables à leur vie, et de l'absence relative de villages. Il y eut quand même quelques villages installés sur l'emplacement prévu pour la réserve. Quand il faut choisir entre la sauvegarde d'une race animale ou celle d'un village de quelques centaines d'habitants, le choix est rapidement fait: que les hommes s'en aillent ailleurs! Les espèces sont toutes protégées. Les animaux ont parfois pris la place des hommes mais, pour organiser une industrie touristique lucrative, certains grands principes moraux sont vite oubliés. Ces animaux sauvages ne font donc plus partie de la vie quotidienne sauf, bien entendu, quel22

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ques espèces prolifiques et particulièrenlent nuisibles: singes, sangliers, rats des champs... Le lion, roi des animaux, est passé dans la légende aussi bien en Afrique qu'en Europe puisqu'il représente dans les deux continents le symbole de la puissance, de la force et de l'autorité. Plusieurs pays européens, qui n'avaient pas hésité à dénigrer l'Afrique, avaient pourtant choisi le lion comme emblème de leur puissance depuis des siècles.

Des animaux quotidiens échappés du folklore
Si un Européen demandait à un Africain quels sont les animaux qu'on rencontre en Afrique, il risquerait d'être déçu par la réponse: des poules, des canards, des lapins, des chèvres et des moutons, beaucoup de chats, de chiens, des serpents, des écureuils; c'est-à-dire tous les animaux que nous connaissons bien en Occident. Au hasard de l'énumération, quelques noms inconnus éveilleraient la curiosité: les varans, sorte de gros lézards qui peuvent atteindre un mètre de long, les agoutis ou rats palmistes, les pythons et, partout en Afrique, les infatigables margouillats qui passent leurs journées à se poursuivre et à faire des tractions sur les avant-bras. Ces gros lézards, verts pour les femelles, bleus et orange pour les mâles, sont pourtant très utiles car ils se nourrissent d'insectes nuisibles. Les animaux de la ferme - volaille, chèvres et moutons, porcs sont connus de tous dans ce continent essentiellement rural. Les moutons ont peu de laine, les chèvres sont courtes sur pattes, les porcs sont noirs, les bœufs ont souvent une bosse et sont appelés zébus, mais la faune de tous les jours, celle que côtoie la population ressemble étrangement à celle de tous les autres pays du monde. L'Afrique a même transmis à l'Europe un animal inconnu jusqu'à l'arrivée des explorateurs : les Anglais ont voulu souligner son origine africaine en l'appelant « poule de Guinée », les Français l'ont baptisé « pintade».

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Pour connaître les multiples variétés d'animaux qui peuplent l'Afrique, il n'existe que deux moyens: ou bien consulter un livre de zoologie africaine, ou bien plus amu23

sant pour le non-spécialiste - se plonger dans la lecture des contes et des légendes. Les histoires d'animaux se pressent dans l'imagination des conteurs; chaque animal est affublé d'une personnalité caricaturale pour mettre en scène les tableaux de la société des hommes: le lièvre, la tortue, l' araignée, le caïman, l'hyène, le charognard, le crapaud, le héris'son, l'écrevisse, le silure, le chameau, le singe... sont les truculents et savoureux personnages des recueils de contes de Birago Diop, de Bernard Daclié, d'André Raponda-Walker, de Boubou Hama, et de tant d'autres. L'Afrique est une terre de prédilection pour les insectes, qui trouvent dans la forte chaleur les conditions propices à leur reproduction. Les moustiques sont particulièrement redoutés car la piqûre de l'anophèle transmet le paludisme. Vendant la saison des pluies, écraser un moustique gorgé de sang devient le geste machinal des étrangers, comme des Africains, car c'est une période où les insectes profitent de l'eau accumulée dans les fossés et toutes les excavations pour proliférer. Il serait facile de citer les désagréments occasionnés par des dizaines et des dizaines d'espèces volantes ou rampantes, mais il faut se garder de prendre à la lettre les récits épiques des étrangers Européens: le sol est loin de fourmiller de scorpions, serpents et autres dangers permanents. Certains coléoptères sont d'une rare beauté, tant par la variété de leurs couleurs que par leur dimension peu commune: il faut savoir se méfier sans craindre constamment un éventuel danger!

VILLAGES ET VILLES La quiétude des campagnes
Les villages africains diffèrent d'une région à l'autre: habitations à flanc de montagne du pays dogon au Mali, grandes concessions mossi ou lobi en Haute-Volta, maisons à étages somba au Bénin, ou tamberma au Togo... La petite case ronde au toit de chaume n'est qu'un des multiples aspects de la réalité: coiffée d'un toit conique, elle est surtout 24

construite par les habitants de la savane: baoulé, sénoufo... Les villages peuls et haoussas sont établis selon des techniques propres aux peuples nomades: maisons légères, armées d'une charpente en bois lié. Les cases rectangulaires au toit en tôle ondulée sont de plus en plus répandues, car faciles de construction, elles résistent de plus aux fortes pluies: « Les cases rectangulaires aux murs en banco ou en briques séchées, les toits de paille ou de tôles de zinc ondulées, je les ai vus et revus pendant toute mon enfance : aujourd'hui je leur trouve un charme infini, une attitude de fierté dans la misère; oui, fiers dans la misère sont aussi les centaines d'hommes qui vivent dans mon village. Leur vie n'est pas plus absùrde que celle de l'homme des villes; elle est plus paisible,
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moins spectaculaire. » (16)

La pauvreté apparente, la pauvreté matérielle est partout présente dans ces villages disséminés à l'écart des. grandes routes, loin de la consommation à outrance. Ce n'est certes pas un paradis terrestre: il ne suffit pas de tendre le bras pour cueillir des fruits délicieux. Au contraire le travail est dur, très dur pour nourrir une famille que l'on voudrait plus nombreuse mais qui est sans cesse décimée par la mortalité infantile ou les maladies endémiques. La lutte à mains nues avec la nature n'est pas un repos quotidien; ces villages privés parfois du nécessaire ou de l'indispensable mais qu'est-ce que l'unique nécessaire? - sont très isolés: « Il n'y avait ni école, ni dispensaire, et pourquoi faire un commissariat? Les autorités y venaient une fois pour l'impôt, bon an, mal an. » (17) Le point de tous les villages africains, c'est peut-être le calme qui règne dans les ruelles privées de voitures, les enfants qui jouent sous le regard amusé ou agacé des vieillards assis devant leur porte et fumant la pipe, pendant que les poules et les cabris cherchent avec difficultés leur pitance dans une terre bien dure.
(16) Victor ALADJI (Togo), Akossiwa, mon amour, C.L.E., 1971, p. 9. (17) Ousmane SEMBENE (Sénégal), Véhi-Ciosane, Présence Africaine, 1966, p. 22.

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