Le livre noir de l
300 pages
Français

Le livre noir de l'amiante

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Description

Ce poison que nous ingérons chaque jour...L'amiante tue chaque année plusieurs milliers de personnes en France. Cet essai jette une lumière crue sur les dérives du lobbying et la défection des politiques sur cette grave question de santé publique.Bien qu'interdit en France depuis 1996, ce minéral ne cesse de revenir à la une de l'actualité, tant dans l'Hexagone que dans de nombreux autres pays. Encore aujourd'hui, en effet, d'innombrables produits d'importation circulent, alors qu'ils contiennent des fibres d'amiante. Jouets pour enfants, aliments, boissons (et même le vin français !), matériaux de construction (20 millions de tonnes d'amiante sont encore disséminées dans les bâtiments)... De fait, près de 4 000 personnes décèdent chaque année des suites d'une trop longue exposition. Et pourtant, bien que manifestations, procédures, instructions, condamnations se succèdent, son commerce se poursuit sur tous les continents. Et les nouvelles plaintes ont beau s'entasser sur le bureau des juges, la justice française peine à s'émanciper des pressions gouvernementales.Par un langage clair et incisif, s'appuyant sur une analyse documentée et les témoignages d'acteurs décisifs (politiques, magistrats, toxicologues, victimes...), cet ouvrage offre un regard complet sur le sujet, tout en révélant les dessous inédits d'un dossier toujours brûlant...

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Date de parution 21 novembre 2018
Nombre de lectures 14
EAN13 9782809825527
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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E-ISBN : 9782809825527
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DU MÊME AUTEUR
L’Art de lancer une alerte – Stratégies, précaution s, enseignements(avec I. Badoureaux), Éditions Yves Michel, 2018. Les Crapules de la République(avec J.-L. Touly), First, 2017. L’armoire est pleine ! – Le scandale des rapports e nterrés de la République(avec J.-L. Touly), First, 2016. L’Affaire de la maladie de LymelC. Perrin), Actes Sud, 2016 ; réédition Babe  (avec Poche, 2018. Anna SagnaFrizzoni,Les QuinconcesL’Espal, théâtres du Mans, 2015. Griffonner, triturer, chantonner… Esthétique des ge stes machinaux, dansL’Autre de l’art – Art involontaire, art intentionnel en Europ e, 1850-1874, éditions du LAM, 2015. Les Recasés de la République(avec J.-L. Touly), First, 2015. Nanotoxiques – Une enquête, Actes Sud, 2014. Syndicats : Corruption, dérives et trahison(avec J.-L. Touly), First, 2013. 24 heures sous influence – Comment on nous tue jour après jour,Nouvelles éditions François Bourin, 2013. Menaces sur nos neurones– Alzheimer, Parkinson… et ceux qui en profitent (avec M. Grosman), Actes Sud, 2011 ; réédition Babel Poch e, 2014. Mon combat contre les empoisonneurs(avec A. Aschieri), La Découverte, 2013. Europe Écologie – Miracle ou mirage ?(avec J.-L. Touly), First, 2010. L’Argent noir des syndicats(avec J.-L. Touly et C. Montgermont), Fayard, 2008 . Lobbying et santé – Quand certains industriels font pression contre l’intérêt général, Mutualité française, 2009. Cocktail d’enfers), Éditionsle pseudonyme de R. Clounet, avec S. Pradina  (sous Pascal-Mutualité Française, coll. « Polar Santé », 2008. Profession corrupteur, Éditions Gawsewitch, 2007. Sarkozy vu par les Français, Éditions Pascal, 2007. Ségolène vue par les Français, Éditions Pascal, 2007. Alcool, quand tu nous abuses… (direction), Éditions Pascal-Mutualité Française, 2007. L’Eau des multinationales – Les vérités inavouables(avec J.-L. Touly), Fayard 2006. Silence, on intoxique ! Face aux lobbies, la longue bataille pour sauver notre santé (avec A. Aschieri), La Découverte, 2006. Le Dernier Mot(avec A.-F. Hubau), Librio-Flammarion, 2006. Le Dico de la santé − Déchiffrer le vocabulaire méd ical au quotidien(sous le nom de P. Simon, avec M. Langre), Librio-Flammarion et Mutualité Française, 2006. Les Sites pollués en France (sous le nom de P. Simon, avec F. Ogé), Librio-Flammarion, 2005. Les Droguesle nom de P. Simon, avec W. Lowenstein (sous et al.), Librio-Flammarion, 2005. Tabac – Arnaque, danger et désintoxication (avec M. Langreet al.), Librio-Flammarion et Mutualité Française, 2004. Repenser l’offre de soins – Pour une vraie politiqu e de santé publique, L’Atelier, 2000. La France toxique, Santé/Environnement : les risques cachés (avec A. Aschieri), La Découverte, 1999. Des lobbies contre la santé(avec B. Topuz), Syros-Mutualité Française, 1998. L’Affaire de l’amiante, La Découverte, mai 1996.
Les Ignorances des savants(avec T. Ivainer), Maisonneuve et Larose, 1996. Le Griffonnage – Esthétique des gestes machinaux,Éditions François Bourin, 1993. Sciences – Le problème de la vulgarisationA. Cauquelin), (avec Encyclopaedia Universalia, Universalis, 1985.Le Dico de la santé − Déchiffrer le vocabulaire médical au quotidien (sous le nom de P. Simon, avec M. Langre), Librio-Flammarion et Mutualité Française, 2006. Les Sites pollués en Francele nom de P. Simon, avec F. Ogé), Librio- (sous Flammarion, 2005. Les Drogues (sous le nom de P. Simon, avec W. Lowensteinet al.), Librio-Flammarion, 2005. Tabac – Arnaque, danger et désintoxicationM. Langre (avec et al.), Librio-Flammarion et Mutualité Française, 2004. Repenser l’offre de soins – Pour une vraie politiqu e de santé publique, L’Atelier, 2000. La France toxique, Santé/Environnement : les risques cachés (avec A. Aschieri), La Découverte, 1999. Des lobbies contre la santé(avec B. Topuz), Syros-Mutualité Française, 1998. L’Affaire de l’amiante, La Découverte, mai 1996. Les Ignorances des savants(avec T. Ivainer), Maisonneuve et Larose, 1996. Le Griffonnage – Esthétique des gestes machinaux,Éditions François Bourin, 1993. Sciences – Le problème de la vulgarisationA. Cauquelin), (avec Encyclopaedia Universalia,Universalis, 1985.
INTRODUCTION
On connaît le chiffre : l’amiante tue chaque année environ 3 000 personnes en France. Soit 8 à 10 personnes par jour. Plus person ne ne le discute, sauf à la virgule. On sait aussi que cette hécatombe va se po ursuivre. En revanche, on ignore qu’elle va durer d’autant plus que les responsables continuent aujourd’hui de commettre des fautes. Et qu’ils vont continuer d’en commettre, du fait de l’impunité qui règne encore au sommet du pouvoir. Des fautes p ar la faiblesse des moyens accordés aux services de contrôle devant le franchi ssement massif de produits amiantés aux frontières, exportés par les nombreux pays où les fibres cancérogènes ne sont toujours pas interdites. Des fautes tout au ssi graves devant l’amiante toujours en place en France et dans l’UE, des faute s de prévention et de contrôle, notamment face aux contaminations par l’amiante de ce que nous buvons et de ce que nous mangeons. Des fautes en ne cadrant pas ass ez les diagnostiqueurs d’amiante, trop souvent incompétents ou qui se lais sent corrompre par les propriétaires pour fermer les yeux sur des endroits amiantés. Des fautes en laissant le corps des inspecteurs du travail en sous-effecti f face à la multiplication des chantiers de désamiantage réalisés sans respecter l es normes et sans protéger les ouvriers, alors que les rapports sur le sujet tiren t l’alarme depuis des années… Hécatombe ? Ce mot terrible ne convient pas. Il res te trop court. Il ne dit rien des souffrances endurées par les malades, ni de la resp onsabilité des industriels, des forfaits des politiques, des hauts fonctionnaires e t des experts qui ont retardé l’interdiction du poison en se prêtant au jeu du lo bby de l’amiante, malgré l’accumulation visible des victimes. Nous allons vo ir qu’il y a bien eu un déni organisé, des hypocrisies sur fond d’arrangements c oupables, des silences criminels et de la langue de bois aux sonorités mue ttes. Le tout emballé dans le papier cadeau d’une épidémiologie pliée aux ordres, privée des données de mortalité des directions d’entreprises, réduite à d es chuchotements mathématiques et à une rhétorique d’attente aussi filandreuse que l’amiante. Autant de méfaits qui imposent des mots plus justes que celui d’hécatombe, des mots qui ne gomment pas les bas calculs des respons ables, les sacrifices humains glissés sous le tapis, la volonté de maintenir le m arché malgré les milliers de morts que chaque année perdue allait rajouter. Quels mots ? Ceux que la justice a tant de mal à prononcer devant ce monstrueux dossier : mass acre programmé, tuerie de masse, assassinat collectif… C’est la rigueur même qui les impose quand on se pl onge sérieusement dans cette affaire pour en reconstituer le puzzle sans s e prêter au jeu des pressions. Les crimes apparaissent en examinant de près l’attitude des acteurs et le contenu des documents faisant état de la progression de la mort alité liée à l’amiante, en particulier les mensonges des médecins du travail, des dirigeants d’entreprises impliquées et des responsables nationaux qui ont, c hacun à leur niveau, contribué de concert à masquer la réalité. Ce massacre, loin d’avoir cessé avec le décret de 1 996 interdisant l’amiante, va durer encore longtemps. Non pas pendant des décenni es, comme beaucoup ont pris e l’habitude de le répéter, mais durant tout le XXI siècle, et probablement plus, pour toutes les raisons que nous exposons dans ces chapi tres ; à commencer par le maintien du commerce de l’amiante dans de nombreux et puissants pays et par la
circulation planétaire des produits qui en contienn ent. S’y ajoute la déficience de la prévention dans les pays qui, comme la France, préfèrent souvent les minauderies aux vrais plans d e gestion du risque et accumulent encore les retards de toutes sortes. Loi n d’être une affaire réglée, les fibres meurtrières sont devant nous. Leur commerce se poursuit au sein même de l’Hexagone : les Français y restent très exposés, l a plupart du temps à leur insu ; par exemplevias que les grandesl’eau qu’ils boivent et des vins de garde bichonné enseignes leur vendent toujours, malgré la loi inte rdisant le commerce des produits amiantés. Et au mépris des études scientifiques con firmant l’impact du cancérogène sur les organes du système digestif. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, 107 000 personne s par an meurent de l’amiante, signale l’OMS. Soit plus de 1 million par décennie, au bas mot. Un minimum qui ne compte pas toutes les pathologies liées au minéral, dont nous allons voir qu’elles sont plus diverses et touchent plus d’organes qu’on ne le dit. Sans pouvoir compter non plus l’exacte mortalité des victimes de l’amian te dans les pays où les autorités refusent d’en tenir le registre. Le professeur Jukk a Takala, ex-directeur de l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA), dont la compétence est reconnue dans le monde entier, affirme d’ailleu rs que l’évaluation de l’OMS pourrait être sous-estimée de 40 %. Autrement dit, le temps de latence du cancérogène a vant l’apparition de la maladie (qui peut prendre jusqu’à quarante ans, voi re cinquante ans) n’a été qu’un facteur du prolongement de la tuerie. Un facteur qu i, à présent, sert aussi à dissimuler la culpabilité des responsables et à flo uter les conséquences de leurs atermoiements actuels. Les ambiances de déni et les expositions à l’amiante continuent de fait à allonger la cohorte de décès, par des demi-décisions ou des réglementations trop partielles, si lentes qu’elles feront scandale à leur tour, un jour ou l’autre. Contre toute attente, en effet, l’empoisonnement co llectif ne cesse pas. Les contorsions et l’inertie des décideurs le prolongen t. La duplicité de ceux qui « gèrent » aujourd’hui les risques de l’amiante en place dan s les pays de l’Union européenne est plus retorse qu’elle n’en a l’air. Des responsa bles continuent de commettre l’irréparable, aussi bien au niveau mondial que nat ional et territorial. Et cela, alors que certains d’entre eux ont déjà été condamnés par la justice à des peines de prison ferme, notamment en France ; mais il vrai qu ’il s’agit toujours de coupables locaux. Et juste des entrepreneurs. Il est vrai aussi qu’on ne compte toujours pas d’él us dans le filet des juges. Le constat est ironique puisque le Conseil d’État lui- même a jugé, en 2004, que l’État 1 était coupable . L’État n’est-il dirigé par personne dans ce dossi er ? En l’occurrence, le jugement du Conseil d’État a fait grimacer des p ersonnalités de premier plan. À vrai dire, des générations de ministres du Travail (pour ne citer qu’eux !) se retrouvaient ainsi sur la sellette, ce jugement rap pelant que la faute de l’État dans les expositions professionnelles à l’amiante s’étai t répétée depuis des décennies, considérant que « le caractère nocif des poussières d’amiante était connu depuis le e début du XX siècle et que le caractère cancérigène de celles-c i avait été mis en évidence dès le milieu des années 1950 ». Nous verr ons d’ailleurs que les ministres de la Santé eux-mêmes pourraient avoir à expliquer pourquoi ils n’ont pas protégé la population, alors que les preuves de décès de perso nnes exposées à l’amiante 2 dans un cadre non professionnel sont apportées depu is les années 1970 Pour autant, nous allons voir qu’il faut tout de mê me rétablir une juste vision des
victoires judiciaires des victimes, victoires large ment sous-estimées dont nous soulignerons l’ampleur, même si elles concernent su rtout des directions locales. Le « bas du panier », comme on dit, mais qui n’est pas moins rempli de « crabes » et dont les fautes criminelles sont démontrées. Sur le plan judiciaire, les choses sont d’ailleurs loin de s’achever. À côté des nouveaux p rocès qui se préparent, de nouvelles plaintes arrivent sur le bureau des juges , par centaines, même si l’on en parle peu et si la justice française peine à s’éman ciper des injonctions gouvernementales favorables aux dirigeants des gran des entreprises. L’affaire de l’amiante s’est imposée en France comm e le dossier phare éclairant le rôle exécrable du lobbying des industries toxiques en santé publique ainsi que la manière terriblement malsaine dont les gouvernement s gèrent la prévention sanitaire. Une gestion à reculons, n’évoluant que s ous la pression du scandale et celle, opposée, des industriels. L’enjeu du dossier est considérable. Il permet de p rendre conscience qu’il n’existe pas de véritable politique de prévention tant que l es citoyens ne s’en indignent pas avec force en saisissant les médias et les tribunau x. Et tant que les lobbies industriels profitent de l’impunité. Au-delà des faiblesses de la prévention et de l’emb arras de la justice sous l’étreinte de l’exécutif quand il s’agit de juger l es grands responsables nationaux, le scandale de l’amiante révèle aussi la faiblesse du suivi médical des personnes exposées et la reconnaissance des victimes faitea minima. Autre point positif : le dossier de l’amiante est d evenu aussi une référence centrale des réformes en matière de responsabilité des entreprises et de ce qui reste à accomplir en matière de santé publique. Il a eu un rôle déterminant dans l’élaboration des lois protégeant les lanceurs d’al erte et dans l’intégration du principe de précaution à la législation et à la Constitution française. Des acquis que les 3 lobbies patronaux combattent toujours et rêvent de supprimer . Autant d’aspects éclairants sur les blocages intent ionnels de notre société qui freinent la protection de la population contre les risques liés au marché des substances toxiques. Et nous allons voir combien le louvoiement des autorités conditionne le droit des générations futures à ne p as mourir de respirer ou de manger. Bien sûr, le dossier de l’amiante a des spécificité s. Sa première particularité tient à la nature du minéral. Ce poison que nous avons sort i du ventre de la Terre est quasi indestructible. Il résiste au temps, comme le rappe lle son étymologie ;amiantus signifie « incorruptible », « indégradable ». On ne pouvait mieux le nommer. « Amiante », le mot masculin (sa féminisation est cou rante mais inexacte) que la langue française a conservé, se révèle ironiquement d’une grande pertinence quand on sait que la cancérogénicité de ses fibres tient justement à leur durée, leur quasi-indestructibilité dans l’organisme, leurbiopersistance. Quand elles sont inhalées ou ingérées, elles pénètrent nos organes en profondeur , se fichent dans nos chairs ou voyagent parmi nos cellules, résistant à la dégrada tion là où d’autres substances seraient dissoutes, et exerçant ainsi leur effet ca rcinogène durant des décennies. Et c’est aussi le problème environnemental que nous de vons désormais résoudre : une fois dispersées dans l’environnement, elles y survi vent mieux que tout autre et 4 restent redoutables . Ainsi, l’amiante n’a pas fini de s’inviter dans not re vie quotidienne à notre insu. Ce serial killeruillement son heurecapable de se cacher partout, d’attendre tranq  est sous la forme de poussières invisibles à l’œil nu, puis de profiter d’un simple