LE PROBLÈME DU TEMPS CHEZ FERDINAND DE SAUSSURE

LE PROBLÈME DU TEMPS CHEZ FERDINAND DE SAUSSURE

-

Livres
145 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

On critique souvent la linguistique saussurienne à travers le filtre structuraliste, en disant qu'elle est à la fois anhistorique et antipragmatique, soit intrinsèquement intemporelle. Poser le problème du temps chez Saussure, c'est d'abord répondre à cette critique. Mais comme Saussure n'a jamais défini le temps en tant que tel, il faut relire ses cours de linguistique générale, ses recherches sur la langue germanique, ses recherches sur les anagrammes, à la lumière de cette catégorie phénoménologique. Parler, raconter, versifier, peuvent-ils se comprendre sans diachronie ?

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 avril 2002
Nombre de lectures 381
EAN13 9782296284678
Langue Français
Signaler un abus

YONG-Ho CHOI

LE PROBLEME DU TEMPS CHEZ FERDINAND DE SAUSSURE

Derniers titres parus
Marc ARABYAN Lire l'image: Emission, réception et interprétation des messages visuels Saussure: Sémir BADIR La langue et sa représentation

Yong-Ho CHaI Le problème du temps chez Ferdinand de Saussure Marie-Louise FABRE Suzanne: Les avatars d'un motif biblique
Pierre GARRIGUES et Marc ARABY AN Les grammairiens romains: Anthologie bilingue

R. KaREN et R. AMOSSY [éds] Après Perelman: Quelles politiques pour les nouvelles rhétoriques?
Robert LAFONT Schèmes et motivations: Le lexique du latin classique Robert LAFONT Praxématique du latin classique Robert LAFONT La source sur le chemin :Aux origines occitanes de l'Europe Homa LESSAN PEZECHKI Système verbal et deixis en persan et en français Marie C. POIX- TÉTU Le discours de la variante: Approche sémiotique de la genèse d'Anna, soror... de Marguerite Yourcenar Journaux deformation, Alain QUATREVAUX analyse de discours et communication orale littéraire

René RIV ARA La langue du récit: Introduction à la na rratolo gie énonciative

Francis TaLLIS [éd.] La locution et la périphrase du lexique à la grammaire

Sémantiques:

Un titre par mois dans les sciences du langage

@ L'Harmattan,

Paris, 2002

«
SOU

s
S

é
1 a

m
direction

a

n

t
de

q
Marc

u

e
Arabyan

s

»

y ong- Ho Choi

LE PROBLÈME DU TEMPS CHEZ FERDINAND DE SAUSSURE

Préface de Michel Arrivé

L 'Harmattan

France

L 'Harmattan

Québec

L'Harmattan

Hongrie

L 'Harmattan

Italie

5-7, rue de l'Ecole Polytechnique 75005 Paris FRANCE

55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

@ L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-2271-7

Préface

Y a-t-il un retour à Saussure? Je suis tenté, sur un détail, de discuter un peu - c'est une bonne façon de lui rendre hommage - le texte que je préface: Yong-Ho Choi fait du « retour à Saussure» le titre d'un de ses chapitres. Chicanons: le retour présuppose l'abandon. Or, d'abandon, je n'en ai point constaté au cours du siècle qui vient de s'achever: il suffit de citer les noms - pour rester en France - de Guillaume, Martinet, Benveniste et Tesnière, ou ceux de Barthes et Greimas, ou encore ceux de Lacan, Levi-Strauss et Merleau-Ponty 1. Singulier abandon! A moins qu'on ne tienne compte de l'incompréhension, sous ses diverses formes: à la supposer établie - c'est matière litigieuse -, elle n'a sans doute pas manqué. Mais à sa façon, elle continuait à marquer la présence de Saussure. Point de retour donc. En tout cas, pas au sens strict du mot. Car il est incontestable et là je tombe en plein accord avec Yong-Ho Choi - qu'on observe aujourd' hui non seulement la persistance, mais sans doute, et de façon indissoluble, l'extension et l'intensification de l'intérêt pour Saussure. Sous des formes différentes de celles qu'ont illustrées, jadis ou naguère, les noms que j'ai cités. Depuis quelques années, les ouvrages qui lui sont consacrés se multiplient. D'abord pour l'édition: après les travaux de Robert Godel, de Tullio de Mauro et de Rudolf Engler sont venus ceux d'Eisuké Komatsu et de George Wolf. On sait que s'annonce pour un avenir désormais très proche la

1

Pour chacun de ces noms, il serait aisé

-

mais trop long dans le cadre de
de Saussure dans les

cette préface - de donner les preuves de la présence œuvres désignées.

8

LE PROBLÈME

DU TEMPS CHEZ FERDINAND

DE SAUSSURE

publication, par les soins de Rudolf Engler et de Simon Bouquet, d'authentiques inédits de Saussure, propres, sans doute, à renouveler partiellement la lecture de sa réflexion linguistique. Et je ne parle ici que du CLG : d'autres travaux, tout aussi louables, ont révélé d'abord les anagrammes, ensuite les études sur la légende germanique. Quant aux travaux d'analyse, ils connaissent actuellement une remarquable floraison: on pense immédiatement à Simon Bouquet, Claudine Normand et Johannes Fehr qui ont consacré chacun un essai au maître de Genève. Mais on oublie peut-être Sémir Badir qui peu après son bel ouvrage sur Hjelmslev, a écrit un livre sur Saussure: la langue et sa représentation 2. On ne parle pas encore de l'étude que Francis Gandon va publier sur les anagrammes lucréciens. Et on parle, hélas, à peu près aussi peu des deux beaux livres que Sungdo Kim et Yong-Ho Choi lui-même ont publiés sur Saussure - en Corée et en coréen, ce qui, sans doute, ne facilite pas leur diffusion en France. Comme son ami Sungdo Kim, Yong-Ho Choi appartient à ce que j'appellerais volontiers l'Ecole saussurienne de Corée. Elle me semble se caractériser notamment par un intérêt réparti à parts aussi égales que possible entre les trois éléments majeurs de la recherche saussurienne : la réflexion proprement linguistique menée notamment dans le CLG et dans les textes connexes, la recherche sur les anagrammes et le travail sémiologique sur la légende germanique. Autre caractère du saussurisme coréen: une interrogation constante, alternativement implicite et explicite sur la relation entre ces trois chantiers ouverts simultanément par Saussure. Sont-ils séparés par d'insondables fossés? Ou reliés, plus ou moins souterrainement, par de secrètes relations? L'ouvrage qu'on va lire fait porter cette interrogation sur un problème spécifique: celui du temps dans la pensée saussurienne. L'idée

de départ de l'auteur est de montrer que « l'image atemporellequ'on
a souvent attribuée à la pensée de Saussure dans le paradigme structuraliste ne tient plus» (p. 14). Bien au contraire: selon lui, le temps est « omniprésent» dans la réflexion saussurienne. Pour rendre cette démonstration pleinement convaincante, il s'attaque successivement

2

Pour les références de ces textes, je me contente de renvoyer à ['excellente bibliographie établie par Yong-Ho Choi.

PRÉFACE

9

aux trois types de recherche qui ont occupé le maître de Genève. Avec, à mes yeux, une égale pertinence. Je laisse au lecteur la tâche de découvrir les détails de l'analyse de Yong-Ho Choi. Non toutefois sans attirer son attention sur quelques points particulièrement remarquables. C'est par exemple l'attention qu'il porte à l'anecdote des photographies de Boguslawski : cet « original» - c'est le mot de Saussure - avait pris soin pendant vingt ans, le premier et le quinze de chaque mois, de se faire tirer le portrait dans la même pose. Les 480 photographies issues de cette étrange pratique furent exposées dans une ville russe. Pour unefois, Saussure trouve une « analogie» entre la langue et un aspect de la réalité mondaine: d'où l'intérêt fasciné qu'il marque pour l'anecdote. La comparaison - rarement commentée avant le livre de Choi - qu'il établit entre la langue dans son évolution et les transformations dont témoignent les portraits successifs de l'original russe manifeste de façon éclatante la problématique du temps et de son effet sur la langue. Pour la légende, j'ai repéré avec

admiration l'analyse du symbole comme « être inexistant» : d'une
façon qui se révèle à la fois paradoxale et au plus haut point pertinente, Choi précise qu'« "être inexistant", ce n'est pas" être sans existence" ». Là encore je laisse le lecteur en proie avec les angoisses que ne peut manquer de faire naître le paradoxe saussurien. Non sans le rassurer: les analyses de Choi l'aideront à lever le paradoxe, sur lequel bien des dents - parfois parmi les plus aiguës - se sont cassées. Quant aux anagrammes, c'est la mise en relation de la «consécutivité» et du «caractère linéaire du signifiant» qui m'a semblé constituer le fragment le plus original de la réflexion. Sous ces deux termes apparaît explicitement - à propos du temps - la relation, partout ailleurs souterraine, qui s'établit entre le CLG et la quête des anagrammes. On s'en rendra compte très vite en lisant l'ouvrage: la familiarité de l'auteur avec la pensée de Saussure est étonnante. Elle en vient même à atteindre l'écriture, qui prend parfois l'apparence d'un pastiche - involontaire, à ce qu'il me semble - de l'auteur étudié. Ainsi Choi fait un emploi très saussurien du verbe courir: « l'allitération court sur l'ensemble du vers» (p. 120). Et il m'est parfois arrivé d'hésiter fugitivement à attribuer tel segment du texte à

Choi ou à Saussure: « La langue ne constitue un système clos que

10

LE PROBLÈME

DU TEMPS CHEZ FERDINAND

DE SAUSSURE

dans les conditions

qui fragilisent

cette clôture»

(p. 94). Saussure?

ou Choi ? Vérification faite, c'est bien Choi. Voici donc une excellente préface. manquera Il n'aura monographie sur le temps chez Saussure. C'est sans doute la conclusion que le lecteur pressé tirera de ma pas tout à fait tort. Mais s'il en reste là, il saussurien du livre de Choi. Mais il en vient : le trait le plus spécifiquement

On le repère à tout moment de façon souterraine. paifois à s'expliciter,
«

par exemple dans ce passage programmatique

Si la linguistiquesaussurienneest accusée d'être à lafois anhistorique

et an ti-pragmatique, cela revient à dire tout simplement qu'elle possède un modèle atemporel de la langue. La présente étude al' ambition de défendre, en arguant de l'omniprésence du temps chez Saussure, l'idée de celui-ci contre cette accusation» (p. 33).

On le voit clairement: le problème du temps est posé comme inséparable de celui qui est désigné ici par le mot « pragmatique ». Il s'agit évidemment, de façon inévitablement anachronique, de ce que Saussure nomme la parole. C'est un fait que les deux problèmes sont liés de façon si « serrée» - on sait le sort que Saussure réserve à cet adjectif - qu'ils ne sont pas séparables. Et du coup c'est un geste unique que de récuser l'instance du temps dans la réflexion saussurienne et d'effacer ce que l~ texte même de la vulgate érige au statut d'objet de la linguistique: la parole. Par la critique justifiée qu'il fait de ce geste, Yong-Ho Choi, en ce point comme dans l'ensemble de son livre, marque qu'il a profondément saisi ce qui fait la spécificité de la pensée linguistique (et sémiologique) de Saussure: la totale cohésion qui s'institue entre toutes les composantes de sa réflexion. Monographie, avez-vous dit? Ce serait une condamnation définitive: une monographie sur Saussure manquerait ce qui fait la spécificité de la réflexion saussurienne. On peut, certes, l'aborder par plusieurs entrées. Choi a emprunté celle du temps - ce n'est pas la plus mal choisie. Il nous livre ainsi une véritable introduction à la lecture de Saussure.
Michel Arrivé
Université Paris X - Nanterre

Novembre 2001

Présentation

Pour présenter la perspective dans laquelle cette étude se situe, j' aimerais évoquer rapidement l'itinéraire de ma propre histoire intellectuelle, ce qui permettra à mon lecteur de comprendre par quel biais tout à fait personnel j'en suis arrivé à me poser le problème du temps chez Ferdinand de Saussure. Poser ce problème pose d'autant plus problème en effet que l' histoire des idées du xxe siècle semble justement empêcher de le faire, tant elle est nourrie de l'idée que le fondateur du structuralisme a pour ainsi dire « tué le temps». Et je n'ai pas trouvé d'autre solution pour rendre raison du problème que je propose de discuter ici, sinon de partir, non pas de ce qu'on dit de Saussure, mais de ma découverte naïve de son œuvre. Tout a commencé par mon voyage à Genève, il y a huit ans. J'étais alors uniquement curieux de savoir comment était né chez Saussure son intérêt pour les anagrammes. On sait que ces recherches sur les anagrammes sont liées aux recherches sur la métrique védique qui les ont précédées. Mais je ne pouvais pas non plus m'empêcher, après Starobinski (1971) 1, de me demander s'il y aurait pas aussi un lien entre elles et le cours de versification française. Je me suis donc mis à fouiller les notes du Cours de versification française conservées à la bibliothèque universitaire et publique de Genève. Ma maîtrise du français n'étant pas parfaite, tant s'en faut, il se trouve que cela m'a rendu service dans ce travail de décryptage. En effet, j'ai été arrêté par des aspects banals, trop périphériques sans doute pour être perçus immédiatement par de meilleurs locuteurs.

MSM, 158.

12

LE PROBLÈME

DU TEMPS CHEZ FERDINAND

DE SAUSSURE

Toujours est-il qu'au cours de ce travail, j'ai été amené à m'interroger sur des fragments de phrase, sur des mots, et en m'interrogeant à les faire valoir. Par exemple, j'ai ainsi pu ensuite observer que dans ses recherches sur la légende, Saussure, au lieu de parler des effets du temps, préfère parler des épreuves du temps. Cette observation m'a donné la conviction que chez Saussure, le temps n'est pas reçu sans inquiétude phénoménologique. Un des intérêts de Saussure, c'est d'avoir dispersé à travers ses très nombreux manuscrits un vocabulaire plein d'inspiration, et enrichi sa pensée et sa terminologie d'une grande imagination poétique. Je dirais même que sa rigueur scientifique est soutenue par la vigueur de son imagination: on a donc raison d'être plus ou moins « acrobatique» en lisant et relisant Saussure. Et c'est ce que j'ai essayé de faire en ouvrant les notes du Cours de versification française. Lisant ces manuscrits, je n'ai trouvé aucune suggestion concernant la technique anagrammatique, mais j'ai découvert en revanche que la métrique pouvait être comprise comme un « double compte ». Pour me faire bien comprendre, j'aimerais citer ce passage qui me semble digne d'être médité: La métrique est un comptage en partie double et la clarté de la métrique dépend uniquement de la conséquence avec laquelle on observe cette
vérité - Il y a un schéma métrique à réaliser (chose abstraite), et il y a d'autre part des mots concrets qui s'apprêtent plus ou moins à entrer dans ce schéma. La question est depuis le commencement de savoir dans quelle position se trouvent les mots vis-à-vis du vers: car s'il n'y avait pas cette question, cela prouverait qu'en alignant les mots d'une manière quelconque on tombe toujours sur un schéma métrique, et qu'il n'y a donc ni difficulté à faire un vers ni intérêt.

Saussure nous explique qu'il y a d'un côté un « schéma abstrait à réaliser» et de l'autre « des mots concrets». De cette explication simple et claire, j'aimerais retenir deux éléments lourds de conséquence: D'une part, il faut noter que tout acte impliquant de compter présuppose nécessairement celui qui compte, à savoir un sujet de comptage. Il y a bien là une problématique de la subjectivité. Ce n'est pas un hasard si Saussure s'interroge d'une façon plus ou moins dramatique dans ses analyses d'ordre poétique sur l'inten-

PRÉSENTA

TION

13

tionnalité d'un sujet poète 2. D'autre part, la définition de la métrique comme double compte implique, outre cette problématique de la subjectivité, celle de la réalisation, à savoir de l'énonciation. Saussure nous enseigne que c'est par le « double compte» que le « schéma abstrait» se voit rempli des « mots concrets ». Si l'on fait l'économie de ce processus de remplissage, «on tombera toujours sur un schéma métrique» ; par voie de conséquence « il n'y aura donc ni difficulté à faire un vers ni intérêt». La dichotomie abstrait / concret ne doit pas être prise là au sens d'opposition pure et simple mais au sens d'opération. C'est précisément l'idée de double compte qui rend opératoire cette dichotomie. On voit là une problématique de l'énonciation au sens de Benveniste, que je cite: « L'énonciation est cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d'utilisation» (1974-1980). La linguistique de la parole ne pourrait-elle pas trouver sa possible forme de théorisation dans cette notion?

Je pense que l'on peut généraliser cet enseignement. On peut par exemple considérer la langue comme étant d'un côté un schéma grammatical à réaliser et de l'autre des mots concrets, l'acte de parole consistant précisément à réunir ces deux côtés: il y a certainement une dimension générative chez Saussure. Mon intérêt pour le problème du temps n'est venu qu'après cette réflexion sur la métrique comme double compte, de sorte que même si le Cours de versification française n'a pas grand-chose à voir avec le problème du temps en général, c'est par lui, à parler franchement, que je me suis intéressé au problème du temps chez Saussure. Il faut pourtant avouer que cela n'a pas été suffisant, ou pour mieux dire décisif. J'ai eu besoin en effet d'une sorte de confirmation, d'une indication selon laquelle on pouvait avoir de bonnes raisons de poser la question du temps chez Saussure, et je l'ai trouvée dans cette remarque de Michel Arrivé: Il convient avant tout de résister à la tentation de poser le temps comme refoulé de la réflexionsaussurienne.Non, le temps n'est pas refoulé.Il est

2

Voir infra « IX. L'anagramme et le temps».

14

LE PROBLÈME

DU TEMPS CHEZ FERDINAND

DE SAUSSURE

même omniprésent,surtoutquand il paraîtévacué (1990, 45). La présente étude est née précisément du souci de prendre au sérieux ce passage: « Le temps n'est pas refoulé; il est même omniprésent ». Si tel est bien le cas, l'image a-temporelle qu'on a souvent attribuée à la pensée de Saussure dans le paradigme structuraliste ne tient plus. Cette image correspond à l'idéologie structuraliste et non à Saussure lui-même. L'erreur du structuralisme, semble-t-il, consisterait à priver la pensée saussurienne de dynamique en faveur du systématique et ainsi à ne pas comprendre le dynamisme de sa pensée linguistique. Pour ce propos, je me réclame cette fois-ci de l'autorité du maître genevois: Il n'y a pas d'exemple d'immobilité absolue. Ce qui est absolu, c'est le principedu mouvementde la languedans le temps. (CLGIE,319 N 23.1) Aujourd'hui, il y a plusieurs façons de reconstruire les idées de Saussure. Les uns accordent une importance particulière au principe de l'arbitraire pour fonder les canons de la linguistique; les autres mettent en valeur le théorème du point de vue. S'il y a des gens qui veulent élever, parmi tant d'autres, la dichotomie langue / parole au premier rang, d'autres penchent pour la dichotomie synchronie / diachronie. Mais jusqu'à présent personne, à ma connaissance, n'a tenté de reconstruire les idées de Saussure sur le modèle de ce que celui-ci appelle le «principe absolu ». Le temps n'est pas simplement « omniprésent» - il est surtout omnipotent dans le royaume de la langue:
Le temps altère toute chose; il n'y a pas de raison pour que la langue échappe à cette loi universelle. (CLGIE, 1, 172) On a donc de bonnes raisons de relire Saussure à partir de cette « loi universelle », de ce « principe absolu ». C'est ce que je propose de faire dans le présent volume.

* * *

Pour conduire cette étude, j'ai choisi trois textes de Saussure - le Cours de linguistique générale, les Recherches sur la légende germanique, et les Recherches sur les anagrammes - dans lesquels j'ai