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Le Shanghai ouvrier des années trente

De
336 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 173
EAN13 : 9782296271890
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LE SHANGHAI OUVRIER DES ANNEES TRENTE

Collection CHEMINS DE LA MEMOIRE dirigée par Alain FOREST
Yves BEAUVOIS, Les relaJionsfranctrpolonaises pendanlla drôle de guerre. Robert BONNAUD ,Les tournants du XX~me si~cle, progrès et régressions. Monique BOURDIN-DERRUAU, ViDages médiévaux en Bas-Languedoc.

Genèsed'une.sociabilitéXe-Xlv!s.). (

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Tome 1 Du chliteau au viDage (Xe-XIIIe s.) Tome 2 La démocratie au village (}{[[le-XIVe siècle) Jean-Yves BOURSIER, La pOÜJiquedu l'CF, 1939-1945, le parti communiste français et la question nationale. Jean-Yves BOURSIER, Laguerre de partisans dans le Sud-Ouest de la France 1942-1944. La 35ème brigade FTl'-MOI, préf. de Claude Uvy. Yolande COHEN. Les jeunes, le socialisme et la guerre. Histoire des mouvements de jeunesse en France. Jacques DALLOZ, Georges BIDAULT, Biographie poÜJique. Sonia DAY AN-HERZBRUN, L 'inve~tion du parti ouvrier. Aux origines d~ la social-démocratie (1848-1864). Maurice EZRAN, L'Abbé Grégoire, défenseur des Juifs et des Noirs. Pierre FAYOL, Le Chambon-sur-Lignon sous l'Occupation, 1940-1944. Les résistances locales, l'aide interalliée, l'action de Virginia Han (aSS). Ronald GOSSELIN, Les abnanachs républicains, Tradilions révolutionnaires et culture politique des masses populaires de Paris (1840-1851). Toussaint GRlFFI, Laurent PRECIOZI, l'remi~re mission en Corse occupée avec le sous-marin Casabianca (1942-43). Béatrice KASBZARlAN-BRICOUT, L'odyssée mœneloulce à l'ombre des années napoléoniennes. Jacques MICHEL, La Guyane sous l'Ancien Régùne. Le désastre de Kourou et ses scandaleuses suites judiciaires. Michel PIGENET, Au coeur de l'activisme cOlmnuniste des années de guerre froide, .La manifestation Ridgway.. Henri SACCHI, La Guerre de Trente ans. Tome 1 L'ombre de Charles Quint Tome 2 L'empire supplicié Tome 3 La guerre des CardinaltX Christine POLETTO, Art et pouvoir à l'age baroque. Elizabeth TUTTLE, Religion et idéologie dans la révolution anglaise 16471649. Nadine VIVIER, Le Briançonnais rural aux XVIll~me et XlX~me si~cles. Sabine ZEITOUN, L'oeuvre de secours altX enfants juifs (O.S.E.) sous l'Occupation en France.

C>L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-1576-8

ALAIN ROUX

LE SHANGHAI DES ANNEES
COOLIES, GANGSTERS

OUVRIER TRENTE:
ET SYNDICALISTES

Publié avec le concours du Centre National des Lettres

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

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Cartejaponaise Shanghai. de Imprimée par les soins de la Librairie Japonaise de Shanghai, roe Wenlu, à Hongkou, le 5 février de l'ère S~owa (1932. C'est le nom du règne de l'Empereur' Hiro Hito). J'ai indiqué sur la carte, avec une lettre à côté d'un point noir, divers sites de grèves importantes. Je précise entre parenthèses un chiffre qui renvoie au dossier de cette grève d'après l'encarté ID 12 des 46 grèves importantes, pages 136 à 139.

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THE NEW MAP
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SHANOHAI
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La Centrale thennique

(Shanghai

Power, dossier n° 16). de tabac Nanyang

B: La poste (dossier n° 3). C: La Compagnie Française des Tramways (dossier n° 7). D: La cotonnière Shenxin n° 1 (dossier n° 9). E: La manufactme (dossier n° 11). F: H: Cotonnière J: Cotonnière Les manufactures G: Les tramways chinois de Nandao (dossier n° 18). Ewo nouvelle (dossier n° 22). I; Toyodo (dossier n° 40). id., usine ancienne (dossier n° 24). de tabac BAT (dossier n° 12).

INTRODUCTION Au départ de cet ouvrage, il y a un choc déjà ancien: celui que je ressentis adolescent à la lecture de .la Condition Humaine d'André Malraux, alors même que les journaux relataient .l'entrée des communistes chinois dans Shanghai en mai 1949. Cette ville m'apparut alors, par suite du télescopage entre le roman et la réalité, comme un de ces lieux formidables et mythiques où un nouveau monde naissait, bâti sur la justice sociale, l'égalité entre les hommes, la fraternité entre les travailleurs. Une image complexe résumait cette impression première .et fondamentale, faite à la fois de l'insurrection populaire victorieuse du 23 mars 1927 et de son écrasement le 12 avril suivant par les gangsters de Du Yu ,esheng qu'aidaient diverses unités de l'armée de Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek). Les ouvriers de Shanghai entraient de la sorte à la fois dans la saga de la révolution prolétarienne mondiale, aux côtés de ceux de la Commune, de Paris et des soviets de Petrograd, et dans son martyrologe. L'antique Chine, grâce à eux, rejoignait la modernité héroïque des combattants du drapeau rouge. Placée dans cette perspective, la Tragédie de la Révolution Chinoise! devenait une -tragédie optimiste- qui préparait l'inéluctable victoire de la Révolution. Je souscrivais alors à l'analyse d'une classe ouvrière shanghaïenne porteuse de son avenir révolutionnaire que l'on trouvait dans l'ouvrage classique de Jean Chesneaux sur Le mouvement ouvrier chinois de 1919 à 19212. Comme cet auteur, je pensais que le mouvement ouvrier shanghaïen, encore mal constitué lors du mouvement du 4 mai 1919 durant lequel il n'avait formé qu'une force d'appoint pour les notables patriotes et les intellectuels anticonfucéens, avait subi une transformation fondamentale à partir du mouvement du 30 mai 1925 .qui en avait fait une classe homogène encadrée par le Syndicat Général de Shanghai dirigé par les communistes. Cette puissante grève antiimpérialiste de Shanghai accompagnait et accélérait la naissance d'une conscience de classe qui s'affirmait encore durant l'expédition du Nord (beifa) et était couronnée par les insurrections ouvrières de l'hiver 1926-1927, finalement victorieuses'. Comme l'écrivait Chesneaux", la défaite du 12 avril 1927 devait être -interprétée en termes de stratégie politique-: elle était due principalement à des erreurs dans la ligne politique suivie par l'Internationale Communiste et le Parti Communiste Chinois. Toutefois, une autre image me troublait, au fur et à mesure que 7

l'histoire immédiate mettait en question cette vision téléologique du mouvement ouvrier tirée de la vulgate marxiste-léniniste: celle de l'entrée de l'Armée Populaire de Libération dans Shanghai le 25 mai 1949 alors que les usines y tournaient comme à l'ordinaire, sans que ce prolétariat légendaire se soit soulevé pour l'aider dans sa lutte ou, à tout le moins, pour l'accueillir dans l'enthousiasme5. Pendant quelque temps, je trouvai une explication à cette anomalie (selon moi) dans la politique de Mao Zedong, qui avait éloigné de la ville la base révolutionnaire pour l'établir au fond des campagnes les plus profondes, car il sous-estimait l'importance décisive de la classe ouvrière. Il ne s'agissait pas d'un effacement, mais, à nouveau, des conséquences négatives d'une stratégie politique. Mais une autre série de faits accentuait mes doutes sur la légitimité de ma lecture initiale du mouvement ouvrier shanghaïen. Ceci d'autant plus que l'ouverture des archives de la Shanghai Municipal Police à Washington en 1979, puis des Archives Municipales de Shanghai dans cette dernière ville6 en 1984, me donnait une connaissance de plus en plus précise des grèves et des conflits du travail dans les années 1927 à 19497. Il apparaissait, en effet, avec évidence, que l'on ne pouvait en rester à la vision d'une politique ouvrière du Guomindang uniquement répressive. Notamment, entre 1928 et 1931, après quelques mois d'une sanglante Terreur Blanche qui a coûté la vie à peut-être 5 ou 6000 militants des syndicats révolutionnaires shanghaiens, on assiste à un phénomène étonnant: des grèves éclatent qui sont souvent victorieuses et dont le niveau rejoint celui d'avant mars 1927. Celle des ouvriers des usines de cigarettes BAT à Pudong entre septembre 1927 et février 1928 est la plus importante grève de l'histoire de Shanghai, en dehors des «vagues ouvrières": le patronat anglais finit par céder devant un syndicat officiel honoré par le ministre T.V. Soong qui lui remet une décoration. Les Sept Grands Syndicats ne sont certainement pas des syndicats fantoches et les 100.000 membres des 141 syndicats officiels que regroupe un Syndicat Général de Shanghai, fondé à la fin de décembre 1931 et reconnu en octobre 1933, savent à l'occasion défendre vigoureusement leurs intérêts8, même s'ils se montrent d'une prudence politique extrême et si beaucoup d'entre eux se confondent avec l'administration, voire même les forces de police. Le Guomindang est, en effet, parvenu à faire fonctionner un système de médiation et d'arbitrage des conflits du travail, sous l'autorité du Bureau des Affaires Sociales. Ce dernier, fondé le 1eraoût 1928, est dirigé par Pan Gongzhan, de la clique CC". Il s'appuie sur une politique de collaboration capital-travail qui doit beaucoup aux idées et déclarations de Sun Yatsen, réintetprétées dans un sens conservateur par Jiang Jieshi. Certes la police n'est jamais bien loin lors des grèves, et la médiation réelle est très

.

8

souvent l'œuvre de Du Yuesheng et des étranges syndicalistes de la Bande Verte. Raçket et syndicalisme font fréquemment bon ménage. Mais le patronat n'est pas toujours vainqueur, ni les ouvriers toujours vaincus, dans un jeu où l'on voit la législation sur les usines et sur les syndicats, mise en place entre 1928 et 1930, être parfois utilisée par la partie ouvrière lors d'un conflit: elle ne constitue donc pas une simple fiction. Il paraît donc nécessaire de réévaluer ce syndicalisme shanghaïen des années 1930, même si le succès du Guomindang dans le monde ouvrier ainsi constaté est dû pour partie aux luttes incessantes au sein du Guomindang9 et pOUf partie à l'attitude suicidaire et autiste d'un parti communiste en quête d'une impossible révolution sur le modèle bolcheviste. Ce pseudo-travaillisme du Guomindang montre que ce dernier ne s'est pas contenté, pour reprendre l'analyse classique de Gramsci sur l'hégémonie politique10, de »dominer" le monde ouvrier, mais qu'il a commencé aussi à le »diriger". Autour d'entreprises dominées par l'aristocratie ouvrière ou par des syndicats fortement implantés, une société civile timide et fragile faisait ainsi son apparition, si l'on donne à cette expression, trop rarement définie, le sens proposé par Marie-Claire Bergèrell de »société organisée et dotée d'institutions propres et autonomes" . Pourquoi ce relatif succès du Guomindang, si vite après la Terreur Blanche qu'il avait déchaînée? Ce livre se propose de répondre à cette question. Il m'a semblé que l'on pouvait, en effet, prendre quelque recul avec l'événement en cherchant à décrire au plus près le monde ouvrier dans sa réalité complexe et contradictoire au niveau où il se constituait, c'est-àdire dans les ateliers, les rues et les quartiers. J'ai donc pris deux guides pour effectuer cette enquête, même si mes propres insuffisances jointes à celles de la documentation disponible ne m'ont pas permis d'atteindre à la précision et à l'excellence des résultats auxquels ils ont pu parvenir l'un et l'autre. Michelle Perrot m'a conduit dans l'étude des» ouvriers en grève" et j'ai cherché à me rapprocher de sa méthode d'analyse12. Edward P. Thompson13 m'a fourni l'appareil conceptuel indispensable. C'est autour de sa définition de la classe ouvrière que j'ai, en effet, précisé ma propre problématique. Grâce à son œuvre, jointe à celle de Michelle Perrot, je. pouvais refuser l'ouvrier abstrait, construit de chiffres, de graphiques et de concepts et non pas de chair et d'os. A l' homo faberde l'économie marxiste, pendant antagoniste de l'homo oeconomtcus de l'économie politique classique, je préférais le coolie, l'ouvrière du coton, le mécanicien des compagnies de tramway. Je faisais mienne une déclaration de Thompson lors de sa polémique avec Louis Althusser14: 9

«La blessure que le capitalisme industriel et la société de marché infligèrent à la nature humaine consiste à concevoir les relations humaines comme étant essentiellement d'ordre économique. Dans son combat contre l'économie politique orthodoxe, Marx a dressé contre l' homo oeconomicus exploiteur, l' homo oeconomicus révolutionnaire. Mais, implicitement, et en particulier chez le jeune Marx, il est entendu que la blessure consiste dans la question même de l'homo oeconomicus.» Il peut, en effet, exister des sociétés où l'on rencontre des ouvriers mais non pas une classe ouvrière. Il peut aussi se faire qu'une classe ouvrière se dilue dans un ensemble plus vaste où elle perde son identité. La classe ouvrière ne peut donc se réduire à une panoplie de facteurs quantitatifs et figés. Il faut lui rendre ses autres attributs d'idées, de visions politiques, de traditions associatives et culturelles. Il n'était pas question, cependant, après m'être dégagé de ma vision dogmatique initiale, de céder à une autre tentation: celle qui substituerait à la réduction conceptuelle une réduction anthropologique et qui nierait ou mettrait entre parenthèses l'histoire. L'expérience historique, l'expérience de sa propre histoire est, en effet, partie prenante de la formation de la classe ouvrière et ne peut en être séparée sans fausser l'observation. Là encore je rencontrais Thompson15 : «On peut parler de classe lorsque des hommes, à la suite d'expériences communes (qu'ils partagent ou qui appartiennent à leur héritage), perçoivent et articulent leurs intérêts en commun et par opposition à d'autres hommes dont les intérêts diffèrent des leurs et, en général, s'y opposent... La classe est un rapport et non une
chose
».

Il m'a semblé que, pour mener cette enquête, pour serrer au plus près la réalité mouvante de ce «rapport» instable, les années 19321937 étaient des années privilégiées. En effet, elles ont fait l'objet en leur temps d'études sociologiques de qualité, ce qui est une exception. Et la dépression économique qui sévit alors ainsi que le reflux général du mouvement ouvrier font apparaître les structures profondes et les faiblesses du tissu social, beaucoup mieux que les grasses années d'expansion. La maigreur du corps social fait voir son squelette. J'ai conduit mon exploration durant six chapitres: - Les ouvriers du coton au travail (chapitre 1) et les ouvriers des autres entreprises au travail (chapitre 2). - Les ouvriers en grève dans le coton (chapitre 3) et dans les autres entreprises (chapitre 4). - Les ouvriers dans la ville (chapitre 5). - Les ouvriers et la politique (chapitre 6). 10

Ce parcours doit permettre de répondre à la question initiale: peut-on parler vraiment d'une classe ouvrière, même au sens restrictif donné à cette expression par Thompson, dans le Shanghai d'avant la Guerre du Pacifique?

Notes
l.Je fais référence au livre classique d'Harold Issacs publié en 1951: The Tragedy of the Chinese Revolution, 1925-1927. Traduit chez Gallimard en 1967. 2. Jean Chesneaux: Le mouvement ouvrier chinois, 1919-1927. Paris-La Haye 1962. 3. Voir Marie-Claire Bergère, Lucien Bianco et Jürgen Domes: La Chine au xx- siècle: d'une révolution à l'autre, 1895-1949. Fayard 1989. 4. Le mouvement ouvrier..., page 111. 5. Robert Guillain: Orient Extrême: une vie en Asie. Paris Le Seuil. 1986, pages 163-191 (. Les Martiens à Shanghai .). 6. Voir la bibliographie de cet ouvrage :Ies sources.

7. Ce qui donna lieu à ma thèse de doctorat d'Etat soutenue en octobre 1991 :
Ouvriers

et ouvrières
ouvrage

de Shanghai
à partir

à l'époque
de la deuxième

du

Guomindang,
partie de cette

1927-1949.
thèse, intitulée:

Le

Les ouvriers sous contrôle: 1932-1937.. Les première et troisième parties de la thèse seront également publiées ultérieurement sous des formes inégalement abrégées. 8. Les 7 Grands syndicats, appelés ainsi depuis février 1927, sont celui des Postiers, des ouvriers de la British American Tobacco Corporation, de l'usine de cigarettes Nanyang, des Presses Commerciales, des travailleurs du livre et de la presse, de la compagnie chinoise des tramways, des cheminots du NankingShanghai-Hangzhou-Ningbo. On y joint parfois le syndicat des travailleurs de l'eau et de l'électricité de Zhabei. Le syndicat de la Compagnie Française de l'Eau et de l'Electricité (Les. tramways de Shanghai '), de fondation plus récente, n'en fait pas partie, mais s'aligne sur leurs positions. Toutefois ce dernier syndicat présente la particularité d'être dirigé par un militant communiste, Xu Yamei, exclu du parti en juillet 1930. Voir l'article à ce nom dans Bianco et Chevrier: Histoire du mouvement ouvrier international: la Chine. Sous la direction de Jean Maitron. Editions Ouvrières et Fondation Nationale des Sciences Politiques. 1985. 9. Sauf durant quelques mois, les Sept Grands syndicats sont animés par des militants proches de l'YMCA et des. réorganisateurs. du Guomindang, liés à Wang Jingwei et à Chen Gongbo, et hostiles à Jiang Jieshi. 10. Antonio Gramsci: Introduction à l'Etude de la philosophie et du matérialisme historique. Voir François Ricci: Gramsci dans le texte, Editions Sociales 1977, pages 132 à 163. 11. Marie-Claire Bergère: Le retour du vieil homme» in XX' siècle janvier 1984. 12. M. Perrot: Les ouvriers en grève: France, 1878-1890. Paris 1974. 2 volumes. 13. E.P. Thompson: The Making of the English working class. Londres. Gollanes. 1963. Traduction française; La formation de la classe. ouvrière anglaise. Le Seuil 1988.

.

présent

est écrit

.

14.

Automne 1976, page 24. 15. Préface de La formation

.

An

Interview

with

E.P. Thompson.,

Radical

History

Review,

vol. III,

n° 4,

de la classe ouvrière anglaise,

pages

14-15. 11

Précisions

sur le système de transcription du chinois dans le présent ouvrage

retenu

Il s'agit du système alphabétique devenu officiel dans la République Populaire de Chine, appelé pinytn. Je rappelle ici quelques conventions qui donnent à certains sons de cet alphabet une prononciation déroutante pour le lecteur français. e se lit

. ts.

ch se lit tch '. g est toujours dur.
h se lit comme le . ch. allemand ou la . jota. espagnole. j se prononce un peu comme le j anglais dans. jeer., sorte de

.

aspiré.

. t. suivi rapidement d'un. ch. pré-palatal. q se prononce. tch. aspiré. n n'est jamais nasalisé en finale, la nasalisation s'indiquant par ng (ainsi. shan. n'est pas nasalisé, tandis que. shang. est nasalisé). r se prononce. j '. u se prononce. ou', et ü se prononce. u '. x se prononce comme le . ch. allemand dans. ich '. z se prononce. dz '. zh se prononce. dj '. ui se prononce. ouei '. Toutefois, la première fois que l'on rencontrera un nom d'homme ou de lieu connu, j'indiquerai entre parenthèses la prononciation courante de ces mots si la transcription pinyin était d'aventure trop déroutante. Cette parenthèse ne sera employée que la première fois. A signaler que, à l'époque où se situe le présent ouvrage, Pékin (actuellement transcrit en Beijinf!) n'est plus la capitale, qui a été
transférée à Nankin (Nanjinf!), et a été débaptisé en

..

. Peiping.,

c'est-à-dire le .Nord pacifié.. Il faudrait normalement le rendre par Beiping. Cette transcription apparaît si rarement qu'il nous a semblé préférable d'employer systématiquement. Peiping '. Pour les noms de rue, je garde le nom anglais ou français d'alors pour ce qui concerne la Concession Française ou l'International Settlement, et donne le pinyin pour ce qui a trait à la ville sous administration chinoise. Je rappelle que lu signifie. grande rue. (Road), jte (. ka. en shanghaïen) signifie. rue. (Street) et Jtlong ou Ii signifie venelle ou passage. CH $: dollar chinois, en argent, ou yuan. 12

Chapitre premier

Les ouvriers au travail: le coton

Après avoir rappelé à grands traits quelques généralités nécessaires sur les effectifs, la répartition par âge et par sexe, les origines géographiques des ouvriers de Shanghai telles que l'on peut les trouver dans l'ouvrage fondamental de Jean Chesneauxl, je vais décrire en détail les conditions de travail dans l'industrie dominante à Shanghai, celle du coton. Je serai souvent aidé dans cette tâche par le travail d'Emily Hônig2 mais, surtout, par mes propres études des conflits du travail dans les ateliers et des dossiers établis lors des grèves. De la sorte, dès le début de mon enquête, je dirigerai mon regard non pas vers le monde froid de l'ouvrier conceptualisé, mais vers celui des ateliers, du vacarme assourdissant, du cambouis, de la poussière de coton qui envahit tout, des ordres hurlés et souvent ponctués de coups, de l'immense fatigue et de la lourde chaleur qui invitent à s'assoupir sur place, à même le sol, à la moindre pause des machines. Ce sera tant pis pour les amateurs de mythe et tant mieux pour les historiens du réel.

a) Effectifs et composition

du monde

ouvri~

shanghaien

On sait combien sont contestables les données que l'on peut réunir sur les effectifs ouvriers à Shanghai vers 1930: la plupart des entrepreneurs étrangers, jaloux d'échapper au moindre contrôle, refusaient de répondre aux enquêteurs dépêchés dans leurs entreprises. Quand bien même certains d'entre eux, ainsi que les industriels chinois, acceptaient de coopérer à cet effort de connaissance, leur bonne volonté se heurtait aux particularités du recrutement ouvrier, largement répandu alors à Shanghai, qui faisait appel 13

à des entrepreneurs de main-d'oeuvre (baogongtou), fournissant un effectif global pour un travail donné et recevant une masse salariale qu'ils répartissaient eux-mêmes ensuite à leur guise. Ce système ne favorise guère une étude précise des effectifs et, encore moins, de leur composition! De plus, la crise frappe toute l'industrie shanghaïenne à partir de l'hiver 1931-1932 et le chômage se développe dans des proportions spectaculaires: le Bureau des Affaires Sociales évalue le nombre des chômeurs à Shanghai en 1935 à 601 701', ce qui précarise encore davantage toutes les évaluations tentées. On retiendra néanmoins de ces études fragiles huit traits essentiels qui permettent de préciser ce que sont les ouvriers de Shanghai et, partant, d'apprécier les permanences et les changements dans les entreprises entre 1932 et 1937. Le premier trait est rimportance des effectifs.

A Shanghai travaillent 600 000 à 800 000 personnes, dont 3 à 400 000 ouvriers d'usines, soit 43 % des ouvriers chinois, qui fournissent 51 % de la production industrielle nationale. Si l'on veut dépasser ces généralités, on entre dans l'incertain: le Bureau des Affaires Sociales (B.A.S.) pour 1929 évalue le nombre des ouvriers à 237 522. Chen Da, pour la même année, nous propose 222 869 dont 125 884 femmes (53,04 %) et 20 637 enfants (de moins de 12 ans), soit 8,68 %4. Dans le China Yearbook de 1932, il propose un chiffre nettement plus élevé: 362894. D.C. Lieu5 donne 416386. Cet ensemble se décompose en neuf sous-ensembles inégaux. Celui du textile est, de beaucoup, le plus important. Il est dominé par l'industrie du coton. Une sourcé indique pour ce secteur, en 1928, 103669 ouvriers dont 75 % de femmes et 5 % d'enfants. Une autre7 fixe le total, pour 1929, à 110882. Fang Xianting (H.D. Fong) qui, pour ce secteur, est la meilleure référence8, indique comme effectifs 109865 en 1924, 117 922 en 1925, 124521 en 1927, 116678 en 1928 et 127604 en 1930, soit, à cette date, 50,6 % des travailleurs chinois du coton. Les évaluations pour la soie sont beaucoup plus incertaines, à cause notamment du caractère saisonnier des activités de dévidage et de moulinage des cocons et, aussi, de la gravité de la crise qui y balaie des dizaines de milliers d'emplois à partir de 1930. Si, en 1928, 94 filatures y employaient 60000 travailleurs dont 55313 femmes et enfants9, auxquels il faudrait joindre au moins 4 193 travailleurs du tissage moderne1o, le chiffre global des ouvrières dévideuses et moulineuses semble être tombé autour de 12000 dès 1932 pour remonter sensiblement vers 1936 alors que les effectifs des tisseurs atteignaient 20 à 30000. Le jute emploie 1 200 ouvriers à l'usine japonaise Toa Seima Kaisha, la laine 828 à la Weilun, et la bonneterie mécanique fait travailler 7 000 personnes environll. Le textile emploie ainsi entre 150 000 et 200 000 travailleurs.

14

Le deuxième groupe de travailleurs par l'importance est celui des métiers de l'alimentation, définis selon les critères d'alors du B.I.T. On y range 68 265 travailleurs, dont une partie seulement (40 %?) sont des travailleurs d'usine, les autres étant employés dans des échoppes d'artisans. On peut notamment y distinguer 15 â 20000 ouvriers des tabacs12, 2400 ouvriers des usines de poudre d'œuf13, 2 â 3000 ouvriers des minoteries. Le troisième groupe est formé par les travailleurs de la métallurgie et de la mécanique, importante spécialitéshanghaïenne, dominée par de toutes petites entreprises: le BAS, limitant ses investiga~ tions aux établissements de plus .de 30 ouvriers recense 7 646 travailleurs dans ce secteur14, employés dans les constructions navales (sept entreprises) et â l'Arsenal. Mais Murphey, étendant son investigation à la totalité des 2 164 entreprises. qui le composent, aboutit au chiffre de 41 585 travailleurs15. Le quatrième ensemble est celui des ouvriers de la chimie, fort de 36 470 travailleurs, dont 2 193 dans la pâte â papier, 7 857 dans les teintureries, 1116 dans l'impression sur coton, 858 dans l'impression sur soie, 2 900 dans les allumettes, 2 000 dans le ciment, 12884 dans le caoutchouc.16 Le cinquième ensemble. est celui des entreprises d'utilité publique, avec les 4 063 employés des transports urbains modernes, les 5629 travailleurs du gaz, de l'eau et de l'électricité, les 2800 postiers, les 2556 cheminots des lignes Shanghai-Hangzhou-Ningbo et Shanghai-Nankin, les 3 â 4000 travailleurs des trois municipalités, y compris ceux de la voirie, soit _20000 personnes environ. Le sixième ensemble est celui des ouvriers imprimeurs, au nombre de 12 000 dont 3 000 aux Presses Commerciales17. Ce noyau central de ces quelque 300 000 ouvriers d'usines ou travaillant dans des entreprises modernes est entouré de trois anneaux formés de travailleurs beaucoup plus traditionnels. Celui des commis du commerce, le plus souvent employés dans des petites boutiques â Nanshi, dans les rues marchandes du centre de la ville, ainsi que le long de Sichua.n Beilu (. Szetchuen North Road .), mais aussi, pour 2000 d'entre eux, dans les quatre grands magasins ultra-modernes de Nanking Road (Xinxin, Daxin, Yong'an et Xianshi). Ce secteur emploie sans doute 40 â 50000 personnes18. Celui des compagnons et des apprentis de l'artisanat, qui emploie des effectifs analogues, tant â Nanshi, où 6 000 compagnons et apprentis font des articles domestiques traditionnels, que dans la confection et l'habillement (30 386 travailleurs, indique un auteur)19 des quartiers du Centre et du Sud, ou dans des entreprises modernes le plus souvent de Zhabei et de Yangshupu (fabriques de meubles, d'instruments de musique, scieries...) Celui, enfin, immense et indéterminé, sans cesse grossi par le 15

flot des nouveaux arrivants chassés par la misère et les catastrophes naturelles, des «coolies extérieurs", travailleurs sans aucune qualification, à l'emploi précaire, qui luttent chaque matin pour un emploi sur les quais et dans l'immense secteur du transport traditionnel des marchandises et des gens. On parle ainsi20 de 316700 tireurs de rickshaws - ou pousse-pousse -, ceci alors que le nombre des véhicules de location, immatriculés et contrôlés, est limité, au moins dans les deux concessions, autour de 40 000, ce qui y fixe à 80 000 environ les effectifs des tireurs véritablement en activité. Même incertitude pour les effectifs des dockers, 40 à 50000 sans doute, des portefaix, du personnel des godowns et entrepôts, ou des maçons et briquetiers. Sans doute une foule de 200000 personnes, plus ou moins employées, elles-mêmes encerclées par une foule équivalente ou supérieure, selon la conjoncture économique, de chômeurs qui s'organisent en petites troupes de gens venus de la même région, et placés sous la direction d'un contremaître qui leur cherche chaque matin du travail. Un deuxième trait de ce monde ouvrier renforce encore la fragilité de son tissu: il est de formation récente, ce que montre l'étude de ses origines géographiques et sociales. Un rapport rédigé en mai 1926, après enquête par le Ministère de l'Agriculture et du Commerce (Nongshangbu),21 établit que 30 % des ouvriers de Shanghai sont d'origine locale, contre 27 % du Jiangsu et 34 % d'autres provinces. Le même rapport procède à un classement grossier des Qrigines géographiques des ouvriers selon leur spécialisation: métallurgie et mécanique: Shanghai, Pudong, Ningbo, Zhejiang, Guangdong, Wuxi verriers: Shanghai, Ningbo, Zhejiang tabac: Shanghai, Ningbo, Pudong, Jiangbei (c'est-à-dire le nord du Yangzijiang, appelé «Kompo" en dialecte, et aussi Subei, le nord du Jiangsu) et Zhejiang textile: Shanghai (30 %), Jiangbei (40 %), Zhejiang (30 %). minoterie: Shanghai, Pudong, Jiangbei imprimerie: Shanghai, Pu dong, Ningbo. Diverses enquêtes, effectuées en 1925 dans les cotonnières de Shanghai et utilisées par Jean Chesneaux dans son ouvrage sur le mouvement ouvrier22, indiquent sensiblement moins d'ouvriers nés à Shanghai. Ainsi, sur 2197 ouvriers d'une cotonnière japonaise présentée dans le premier Annuaire du Travail, 64,40% proviennent du Jiangbei et seulement 10,5 % de Shanghai. Moins de 10 % des 109 présidents des syndicats de Shanghai, désignés entre 1925 et 1927 et dont on connaît l'origine, sont nés à Shanghai. Présentant une cotonnière japonaise en 1925, l'enquêteur Udaka Yashushi23 établit que 231 ouvriers (dont 198 femmes) sur 1 919 (dont 1 340 femmes), 16

soit 12,03 % seulement, sont nés à Shanghai. Il est à noter que cette bigarrure des origines géographiques compromet durablement l'homogénéité de l'ensemble et fait. apparaître la classe ouvrière shanghaïenne comme une juxtaposition de petits groupes, unis beaucoup plus par leur origine géographique que. par leurcondition sociale. On constate ainsi dans l'enquête de Yang Ximeng, faite en 1928 auprès de 230 familles ouvrières de Caojiadu (Shanghai Ouest), que sur 174 hommes mariés pour lesquels on a des précisions sur l'épouse, 165 (94,82 %) ont pris femme dans la même province qu'eux. Il est clair, par ailleurs, que cette origine majoritairement provinciale des ouvriers de Shanghai signifie aussi une origine paysanne, ce que diverses enquêtes confirment24. 79 % de 189 ouvriers imprimeurs soumis à un questionnaire en 1935 répondent être nés dans une famille de paysans. En 1925, 65% des ouvriers mâles et 59,2 % des ouvrières d'une cotonnière de Shanghai sont nés dans des villages du ]iangbei,. comme 60 % des ouvrières employées dans le dévidage des cocons et le moulinage de la soie. La quasi-totalité des tireurs de rickshaws. et la grande majorité des portefaix et des dockers sont issus de cette même paysannerie du nord du Jiangsu. Les mêmes enquêtes montrent que la plèbe urbaine n'est le lieu d'origine que de 10 à 24 % des ouvriers de Shanghai. La troisième caractéristique du prolétariat shanghaïen est sa jeunesse. Sur ce point aussi, Liu Mingkui recourt au livre de Chesneaux, en ajoutant quelques données recueillies dans deux ouvrages de Nishikawa Kiichi25. Il semble ainsi que 60 % des ouvriers du coton aient moins de 25 ans, les hommes ayant en moyenne entre 23 et 25 ans et les femmes autour de 20 ans, avec de nombreuses fillettes et jeunes filles, entre 12 et 17 ans. A la cotonnière japonaise Dong Yang, les ouvrières ont de 12 à 25 ans, à la . Shanghai., entre 13 et 40 ans, avec de nombreux enfants de 9 à 12 ans. A la Gongda, la plupart des ouvrières ont de 14 à 25 ans. Trois pratiques contribuent à rajeunir le monde du travail. La première est le recours à l'apprentissage, ou au pseudoapprentissage26, dans l'artisanat et le commerce, mais aussi dans l'industrie mécanique et l'imprimerie. La deuxième est l'importance, dans l'industrie du coton, c;le ce type d'embauche appelée baoshengong (.location de son corps par contrat »), qui fait recruter des dizaines de milliers de jeunes ouvrières, âgées de 15 à 18 ans pour la plupart, dans les villages du ]iangbei et du Zhejiang par des entrepreneurs de main~d'œuvre. Au bout de trois ou quatre ans, elles retournent chez elles, faisant place à d'autres: cette nOria maintient un important volet de jeunes ouvrières qui ne seront jamais des ouvrières âgées. J'y reviendrai en détail en analysant l'embauche dans le coton. 17

La troisième pratique est celle des «ouvriers enfants» (tonggongren). Les sources principales sur ce problème sont les «minutes. de la Child Labour Commission du Shanghai Municipal Council qui fix€ des critères pour définir la catégorie, alors que divers auteurs, justement indignés par une situation qui rappelait celle de l'Angleterre de Dickens ou de la France de Louis Philippe, écrivaient sur le sujet des articles plus enflammés que soigneusement documentés. Liu Mingkui cite un texte du Parti Communiste Chinois qui parle de 150000 ouvriers-enfants à Shanghai en 1925, et un article d'Udaka Yashushi qui évalue leur effectif à 94 000: dans les deux cas, on mêle évidemment ouvriers-enfants et jeunes travailleurs. La Child Commission fixe la limite à 15 ans et, dans certaines enquêtes, distingue entre les travailleurs de moins de 12 ans et ceux de plus de douze ans. C'est ainsi qu'eUe chiffre les effectifs totaux des «ouvriers enfants., en 1924, à 21900, âgés de moins de 12 ans, dont 4 305 sont des fillettes et 17 595 des garçonnets. L'essentiel - 3 520 fillettes et 16731 garçonnets - travaille dans le textile et, notamment, la soie. Le quatrième trait commun à ce monde ouvrier est sa féminisation. Fang Fuan, en 1929, estime que sur 223650 ouvriers d'usine à Shanghai, il y a 56 % de femmes et 9,2 % d'enfants27. Dans le textile on compte, d'après Chesneaux28, 78,6 % de femmes (et d'enfants) dans le coton et 96,5 % dans la soie. L'enquête du Bureau des Affaires Sociales intitulée «Wages and hours of labor. évalue les effectifs des femmes dans les usines en 1928 à 126795 soit 57 % des effectifs ouvriers dont 113540 travaillent dans le textile où 90 % d'entre elles sont employées. En 1929, les chiffres sont devenus respectivement 173432 (64 % des ouvriers dont 152 340 dans le textile avec 88 % des ouvrières) et, en 1930, 148.188 (47 % du total) dont 145.117 (98 %) dans le textile. Les ouvrières sont la majorité des travailleurs dans le tabac et les allumettes (69 % de femmes et d'enfants dans les usines chinoises, et 62,7 % dans les usines étrangères). Le chiffre de 105502 femmes et fillettes de plus de 12 ans employées dans l'industrie shanghaïenne, établi par une enquête de 1924 (90 865 dans le textile, 2 472 dans la mécanique, 550 dans la chimie, 8341 dans les métiers de l'alimentation dont le tabac, et 3 228 dans diverses industries) est certainement dépassé vers 1928-1930. On constate ainsi une féminisation du monde du travail en croissance de plus de 50 %, qui est une des réponses patronales à la montée du syndicalisme après 1925, puis au développement de la crise économique: on remplace des hommes par des femmes, jugées plus dociles et toujours plus mal payées. Le cinquième trait de la situation ouvrière est l'importance du patronat étranger, principalement japonais, ce qui rend compte de la sensibilité ouvrière lors des crises sino-japonaises. Malgré la défaillance des informations29, on peut établir que le capital indus18

triel investi à Shanghai en 1928 dans les usines l'est pour 64,5 % dans des usines étrangères et pour 35,3 %dans des entreprises chinoises3o. Toutefois, on ne peut tirer de cela une indication précise sur l'importance des entreprises étrangères, car elles disposent de beaucoup plus de capitaux que les usines chinoises, qui souffrent de façon chronique de leur sous-capitalisation. C'est ainsi que, si 77 % des capitaux investis dans le textile sont d'origine étrangère, les cotonnières chinoises sont néanmoins.. à peine moins nombreuses que les cotonnières étrangères (28 contre 33 en 1930). Fang Fuan évalue grossièrement à 250 000 sur 350 000 les travailleurs d'industrie qui travaillent dans une entreprise chinoise, ce qui situe autour de 100000 (28 % du total) ceux qui travailleraient dans une usine étrangère, japonaise dans 3 cas sur 4. C'est considérable. Le sixième trait de ce monde ouvrier, établi par l'ouvrage de Chesneaux, est sa très faible qualification, ce qui découle de l'origine rurale, et de l'importance des femmes et des enfants. 58 % des hommes et 98 % des femmes objets des enquêtes à Caojiadu en 1928 sont totalement illettrés, ce que confirme, a contrario, la faiblesse de l'aristocratie ouvrière stricto sensu, évaluée en 1929 par le BAS31sur des critères européens, à 6,5 % des effectifs ouvriers. Le septième trait de la condition ouvrière est son extrême dureté. Les très bas salaires, les journées de travail de 12 heures, la rareté d'un encadrement compétent, remplacé par de simples surveillants qui recourent souvent aux châtiments corporels, l'absence de garantie d'emploi, de protection véritable contre la maladie et de sécurité pour la vieillesse, sauf dans quelques poches privilégiées d'emplois qualifiés, tout contribue à favoriser l'instabilité de l'emploi, l'absentéisme et le mauvais travail. Feuerwerker32 y voit avec raison un facteur qui retarde l'intégration du monde ouvrier en un ensemble homogène, car l'ouvrier garde nécessairement des liens avec la campagne, qui demeure un refuge en cas de difficultés, et ne peut envisager de demeurer longtemps à l'usine, à tout le moins dans la même usine. La prédominance dans les usines d'une main-d' œuvre jeune de femmes et d'enfants renforce cette caractéristique: le prolétariat shanghaïen est formé d'une majorité d'individus qui, après quelques années, s'orientent vers d'autres activités, retournent au village ou, pour les jeunes femmes, se marient et quittent leur travail. Il n'y a qu'une minorité de travailleurs qui ait un destin ouvrier, ce qui constitue un élément supplémentaire de dissolution du groupe, une difficulté de plus à la constitution d'une «classe ouvrière consciente". Je ne partage donc point l'opinion inverse de Jean Chesneaux qui voit dans «la rigueur de la condition ouvrière commune" un élément favorable à «l'unification et à la fusion de tous les éléments disparates (du monde ouvrier) en un véritable prolétariat»". La misère ne rassemble pas, mais divise, favorisant le 19

repli sur les structures archaïques de défense de petits groupes naturels ou volontaires, ainsi que la quête d'un protecteur, aiguisant les conflits horizontaux au sein des entreprises, sauf quand un grand projet commun ouvre un semblant de perspective qui, comme entre 1925 et 1927, est nécessairement politique. Il s'agit alors d'une exception à la règle. Il y a cependant un huitième trait, analysé par Jean Chesneaux, dans sa description du monde des travailleurs shanghaïens qui, à l'inverse, favorise la prise de conscience d'une identité et d'une force ouvrières: c'est la concentration de ce prolétariat. L'ouvrier shanghaïen, à la différence de celui de Canton ou de Pékin, travaille dans une usine plutôt grande. En 193134, les deux tiers des travailleurs sont employés dans des entreprises qui utilisent plus de trente personnes. Une statistique de 193335 établit que, sur 318625 ouvriers d'usine, 190014, soit 59,6 %, travaillent dans des entreprises de plus de cent ouvriers, dont 110 387 avec un patron chinois et 79627 avec un patron étranger (plus qu'à Tianjin: 53,7 %, qu'à Qingdao: 53,3 %, et qu'à Wuhan: 56 %). Shanghai compte, en 1928, 63 cotonnières qui emploient chacune en moyenne 2 063 ouvriers, 94 filatures de soie qui utilisent chacune les services de 607 ouvriers, six usines de tabac avec 2 500 travailleurs chacune. Les Presses Commerciales ont un effectif de 3000 hommes et l'arsenal de Jiangnan de 2 000. Les entreprises de construction navale et les entreprises de service public emploient chacune entre 800 et 2 000 travailleurs. Un ouvrier sur trois travaille dans une entreprise employant plus de 500 personnes, un sur quatre dans une entreprise employant plus de 1 000 personnes, ce à quoi il faut ajouter la concentration de ces usines dans les mêmes quartiers, voire dans les mêmes rues. La géographie urbaine contribue plus que la sociologie à unifier cet ensemble où, autrement, les facteurs de désagrégation interne sembleraient devoir l'emporter, surtout alors que la conjoncture politique est devenue défavorable, après le 12 avril 1927. On va maintenant examiner de façon plus précise dans les cotonnières comment ce tableau, établi vers 1925-1927, évolue avec les années, alors que se développe la crise économique et politique, entre la «guerre de Shanghai- de janvier 1932 et la bataille de Shanghai de l'été 1937. b) Usines et ateliers du coton: l'espace ouvrier

Il n'y a pas que l'imagerie révolutionnaire chinoise pour faire des travailleurs du coton le cœur rouge d'un prolétariat en attente d'insurrection libératrice, une sorte d'équivalent asiatique des métallurgistes européens des usines Poutilov, Fiat ou Renault. La masse des gens voit, elle aussi, dans ces vastes usines, qui, en moyenne, emploient 2 000 ouvriers et occupent 3 hectares, le lieu 20

où se forge la modernité du pays et son propre avenir. Ces sinistres usines de briques rouges36 des banlieues de Shanghai attirent les jeunes Chinois persuadés qu'ils y sortiront de la misère. Ainsi le North China Herald37 nous raconte, dans sa rubrique des tribunaux, un fait divers révélateur. Une certaine madame Zhang, originaire de Wuxi, vivant à Shanghai de ses activités d'entremetteuse, s'était rendue dans sa ville natale et y avait présenté à de jeunes ouvrières de la soie, tout juste arrivées de la campagne, la description de comme d'un lieu de vie Shanghai - à quatre-vingts kilomètres
~

agréable, où il était facile de gagner sa vie dans les usines de coton, dont les cheminées étaient aussi nombreuses que les arbres dans une forêt ». Séduites par ce discours, deux soeurs de 16 et 18 ans l'ont suivie sur les bords du Huangpu. Mal leur en a pris: la cadette fut vendue par l'ami de la dame qui avait violé l'aînée pour la livrer à la prostitution. Mais que pesaient ces risques face à l'attirance du lieu magique où l'on pourra changer son destin et fuir la misère des campagnes? Aussi faut-il présenter ces temples de la modernité que semblent être les usines de coton, et décrire l'espace qu'eUes délimitent et qu'elles organisent. Tout d'abord les quartiers où elles sont réunies. Si l'on met à part les quelques milliers de travailleurs des entreprises d'égrenage du coton et des usines de tissage à l'ancienne de Nanshi et de Zhabei, on a quatre quartiers de Shanghai où se rassemblent les cotonnières3S modernes. Comme l'écrit Marie-Claire Bergère'9, cette industrie tard venue, et qui a besoin d'espace et de la proximité des voies d'eau, s'est établie à la périphérie de la Concession Internationale, le long du Huangpu, de la crique de Soochow (Suzhou) et de la crique de Yangtzeepoo (Yangshupu). La principale concentration est à Shanghai Ouest, avec 35 usines et 55 185 ouvriers, soit 42,71 % du total, en deux sous-ensembles distincts, les quartiers B et C du tableau I, 1. Le plus important (quartier B) est dans la Concession Internationale et son extension de routes extérieures sous son contrôle (Extra Settlement Roads ou Out of limits - O.O.L.-Roads), entre Xiaoshadu et Putuo d'une part (Seymour Road, Gordon Road, début de Robinson Road) et ]essfield Park et Caojiadu d'autre part. Certaines rues, comme Macao Road, Markham Road ou Mokanshan Road sont presque entièrement bordées d'usines, le plus souvent de coton. L'autre sous-ensemble (quartier C) s'étend sensiblement plus à l'Ouest, dans la ville chinoise, au bout de ]essfield Road et de Brenan Road, dans le . village» de Zhoujiaqiao. On y trouve Il de ces usines de l'Ouest et 19946 de ces ouvriers (36,14 % de cet ensemble de l'Ouest, ou 15,43 % du total).40

.

21

Tableau I, 1: L'lmplantadon
A: SbangJ1ai
Nom en 1930 (ancien nom) Ewo (ancienne) (Yangtzeepoo) Ewo (nouvelle) (originellement Jardine and Matheson) Sous-total Dakang (Dai Nippon) Donghua Tongxing (Tokwa) n02

des usines

à Shangal

entre

1930 et 1937

Est:

Yangshupu
Nationalité

ou 4e arrondissement
Adresse de l'usine Effectifs (f: femmes, e: enfants, h: hommes) BOOh., 3000 f., 120 e.

anglaise

620 Yangtzeepoo

Road

anglaise 2 japonaise id. id. id. id. id. id. id. id. id. id. id. 12 chinoise id. id. id. id.

à l'est de la précédente, même rue, en face de Wetmore Road

1 200 h., 2600 f. 7720 (14,05 %)

2 Tengyueh

Road

3693 2757

1687 Ward Road

2086 YangtZeepoo Road, ou 90 East YangtZeepoo 2043 280 Pingliang 4 YangtZeepoo Road Road Road Road 2 BOO 305 h., 2 004 f. 1866 1616 4129 avec la 5 et la 6 845 h., 5655 f. Road 2300 30 272 16 Washing Road 1316 Ward Road (Gaolangqiao) 22 Lay Road 36 YangtZeepoo 12 Lay Road Lay Road! Yangtzeepoo Lay Road. 590 Linching Road Road Road 3747 1 642 2128 3144 1 557 3150 no 850 16938 <30,8 %) (55,11 %)

Gongda n° 1 Gongda n02 (ancien Laogongmao) Shanghai n° 1 (ancien Da Chun) Shanghai n° 2 (ancien San Tai) Shanghai n° 3 Shanghai n° 4 Shanghai n° 5 Shanghai n° 6 Yufeng (ancien Dong Yang) Sous-total Heng Feng (ancien Hua Cheng) Shenxin n° 5

1161 YangtZeepoo 1970 YangtZeepoo id. 15 Lay Road 19 Lay Road 6 Linching Road 95 YangtZeepoo

Shenxin n06 (ancien Hu Sheng) Shenxin n07 (ancien Oriental Cotton) Weitong Yong'an Zhenhua Zhengde Sous-total nOl

id. id. id. 8

22

B: Shanghai Ouest: Dans la Conœssion Internationale Roads, de Xiaoshadu à Cao Jiadu, 3c et 6c arrondissements Nom de l'usine Gongyi (Ewo) Nationalité anglaise Adresse 150 Robinson Road

et extra
(qu)

Settlement

Effectifs 2151

Xihe 1 et 2 (Kiwa) (ancien Baocheng, devient Rihua 2, 5, 6) Rihua 3 et 4 Naigai Wata Kaisha (NWK) nOl et 2 NWK n° 3 NWK n° 4 NWK n° 5 et 6 NWK n° 7 NWK n° 8 NWK n° 9 NWK n° 12

japonaise id. id. id. id. id. id. id. id. id.

71, 68, 86 Robinson Road 98 Robinson Road 62 Robinson Road West Soochow id. id. id. 145 Gordon Road 69 Markham Road 14 Macao Road Road

400 h.,. Z 600 f. 1 534 1400 750 1400 900 et 800 930 700 1400 470 Shanghai, sans pour la 15. Il à Osaka dans liste de Fong 1670 14954

Dans Fong (1931), on trouve référence à des usines NWK n° 13, 14 et 15, à autre précision sur l'adresse, avec 900 ouvriers pour la 13 et la 14 et 1100 s'agit sans doute d'une question de numérotation car la 1. et la 2 sont situées Yan Zhongping Zhongguo mianfangzhi p. 351, et n'apparaissent pas dans la Tongxing sous-total Hengzhang Xinyu n° 1 (Pu Yi n° 1) Xinyu n° 2 (Pu Yi n02) Shenxin n° 2 Shenxin n09 (ex San Xin dérnénagée) Tongyi Xiefeng Yong'an n03 (ex Hong Yu) sous-total n° 1 id. 15 chinoise id. id. id. id. id. id. id. 8 844 Markham Road 37 West Soochow Road 8 Robinson Road Yichang Road 181 Gordon Road

2277 1 280 1 129 456 h., 1586 f. 5200 3700 300 3740 17830

Macao Road (tout Ie côté nord de la rue) 10 Mokanshan Road

223 Penang Road 15 Markham Road

Sources (pour tout Ie tableau A, B, C, D, E, P): H.D. Pong, Cotton Industry and Trade in China, Tianjin, Nankai Institute 1931, chapitre VII. Le tableau: «A revised List of Cotton Mills in China» indique le nombre d'ouvriers en 1930 avant la crise. J'ai révisé ces chiffres uniquement quand l'tlsine a disparu, a été vendue et réorganisée. Révisions d'après la presse. Zhu Bangxing et autres (pseudonymes), Shanghai Chanye yu Shanghai gongzhi (industries et ouvriers à Shanghai) Hong Kong 1939, réédition à Shanghai en 1984, p. 21 à 24, avec les adresses. 23

c: Sha lIi Ouest hors Concession. 10" arrondissements
Nom de l'usine Fengtian Anlu Chongxin Dafeng Dafeng Minsheng Shenxin n° 1 Shenxin nOS Yongyu Yongyue Zhentai impression (Toyodo) Nationalité japonaise chinoise id. id. id. id. id. id. id. id. id.

Zhabei

Ouest, Xinzha, Zhou ]iaqiao.
Adresse Effectifs 3900 91 h., 13 e. 2300 792 2180 1000 4604 lu ? 1 196 2760 1 110

6" et

200 Jessfield 34 Brenan

Road Road (Bailinan)

37 Guang lu (Tanziwan) 16 Guangfu lu id. Hualun lu (Warren Road) HuaJun lu Bailinan/Yuyuan Guangfu id. en face de St John's University, de l'autre côté de la crique lu

sous-total B et C

37

55185

D:

Pudong

se arrondissement
Printing anglaise chinoise id. Hengyuan) japonaise 4 Lujiazui Luziazui Yangjiaqiao (au nord) (au ? sud) 2000 75 h., 739 f., 23 e. 100 1771 1771 6479 (5,1 %)

Lunchang China and Finishing Hengda Yingzhou Rihua (ancien nOl et 2 sous-total

E:

Wusong

8e arrondissement
Da chinoise japonaise Hua id. Wenzaobang 3799 5500 2300

Yong'an (ancien Zhong Hua) Yufeng Rihua Feng) (Toyo) n08 (ancien

F: Nansbi
Tongchang Xiangchang

et Concession

Française,
.. chinoise id.

Ie', 2e et

9" arrondissements
700 154 h., 145 f.

24

RécapituJatJf: A: 22 usines, 54936 ouvriers (42,52 %) dont 7720 dans 2 usines anglaises (14 %), 30278 dans 12 usines japonaises (55,11 %) et 16938 dans 8 usines chinoises (30,82 %). B et c: 37 usines avec 55185 (42,71 %) ouvriers dont 2151 dans 1 usine anglaise, 17320 dans 16 usines japonaises 01,38 %) et 35714 dans 18 usines chinoises (64,71 %). Total: 66 usines avec 129 498 ouvriers. dont 11 871 dans 4 usines anglaises (9,1 %), 57239 dans 31 usines japonaises (44,2 %) et 60 388 dans 31 usines chinoises (46,6 %).

L'autre gros ensemble, le troisième (quartier A de notre tableau) est celui de Yangshupu, c'est-à-dire de la partie de Shanghai-est qui se trouve dans la Concession Internationale. Les cotonnières se pressent selon deux axes: l'un, formê parla longue rue de Yangtzeepoo, est orientê ouest-est, l'autre lui est perpendiculaire, avec les rues Lay Road et Seoul Road qui longent les deux rives de la crique de Yangshupu, et se prolongent par diverses rues ouest-est (Pingliang, Hojian, Ward Roads). On a un ensemble de 54936 ouvriers et 22 usines, où les entreprises japonaises sont les plus nombreuses. Pu dong, de l'autre côtê du Huangpu, forme le quatrième quartier (quartier D) où l'on trouve des cotonnières, mais il est peu important en comparaison, moins même que le lointain faubourg de Wusong. Dans cet espace massivement occupê, chaque usine comporte un ensemble d'ateliers qui, du moins pour les grosses cotonnières faisant la filature ainsi que le tissage, sont semblables dans leur disposition, ce qui accentue la tendance à l'unification de ces ouvriers, dêjà produite par leur concentration. On peut, comme le fait Emily Honig, prendre comme exemple l'usine Shenxin nOI de Zhoujiaqiao, qui est bien connue41 et y repêrer les diffêrents postes de travail. La première opêration se fait entre le quai de la crique de Suzhou et l'usine proprement dite. Des coolies, recrutês par l'usine, appelês en anglais. bamboo coolies. et en chinois gonglantou (gangbang en shanghaïen) transportent, par êquipes de deux, au moyen d'une perche posêe sur l'êpaule, les gros ballots de coton êgrené de cinq cents livres. Les opêrations dans les divers ateliers d'une. filature sont décrites dans le tableau ci-dessous (Tableau l, 2). Tableau
Dêfloition: loosening, ouverture,

l, 2: L'organisation

du travail dans Wle filature
qingmian.

1. ATELIER DE NETTOYAGE opération préparatoire du travail de filature, scuthing, blowing, cleaning, mixing. nettoyage, mélangeage.

Description de l'opération: Les coolies déposent les ballots de coton égrené sur le sol. Ils sont ouverts après que des ouvriers ont brisé d'un coup de piochon le cerclage métallique. La bourre est battue dans des rnac:hines avec des bras, des règles, des cylindres hérissés de dents, avec passage sur des 25

grilles ou des tôles perforées. On élimine les impuretés, coques, poussière terreuse. La bourre passe par un manchon diviser en rubans plus ou moins homogènes. Postes de travall: coolies transporteurs, bamboo-coolies: ouvreurs/brise-balles/baneurs : zhebaogong nettoyeurs de déchets: dalaji graisseur: jiayou. On trouve des graisseurs dans tous préciserai plus ce poste. Effectifs Usines Shenxin Shenxin n09 n° 2 japonaise BAS' 60 81 19 824 2 26 26 Hommes Femmes Total 67 60 83 45 850

débris de feuille, et commence à se gonglantou les ateliers. Je ne

% 1,29 3,78 3,74 3,90 1,83

Yong' an n° 3 Usine Sélection

.

cf. tableau

I, 4, page 33

Origine

géographique Hommes Femmes Total 0 Yangzhou 2 0 7 9 du 7 3 0 0 9 4 3 1 10 7 3 1 1 2 12 15 3 2 19 24

Shanghai Jiangbei Yancheng autres total Jiangnan (sud Yangzij iang) Anhui Zhejiang inconnu

2. ATELIER DE CARDAGE ET DE DÉMÊLAGE Déftnition: on passe de la bourre au ruban carding process, stripping, grinding. débourrage, peignage, cardage. de carde, shumian

Description de J'opération: On fait passer la bourre sur des tambours munis de pointes métalliques qui ordonnent les fibres de coton en assemblages de 26

fibres parallèles sans torsion. Il faut garnitures des tambours et des peigneurs la machine (lap waste ou pigunhua).

nenoyer toutes les trois heures les de la carde et enlever les déchets sous

Postes de travail: shumiangong, moche, grinding, cardeur. Shagangsi, stripping, nenoyeurs-débourreurs. Ces derniers .sont en Chine des ouvriers qualifiés, qui, par équipes de deux, ouvrent le capot de la carde et enlèvent la charpie (pigunhua) avec une brosse, sans endommager les tambours ou .les dents. On les appelle communément pigun. Tuihuajuan: ils transportent les rubans de cardes (huajuan) lovés dans des bidons de trois pieds de haut remplis toutes les quarante-cinq minutes. Ce sont des coolies. On remarquera que, sauf pour les débourreurs (pigun). qui sont des hommes très qualifiés, ces ateliers sont peuplés de coolies. C'est là que se trouve la masse des. ouvrières de location. (baoshengong), des ouvrières en formation ou à l'essai. Effectifs: Nom de l'usine Shenxin Shenxin Shenxin Yong'an Usine n09 n° 2 sud n° 2 nord n° 3 japonaise 8 16 81 70 20 40 2 0 Hommes Femmes Total 122 28 56 83 70 % 2,36 3,56 4,3 2,86 3,64

Origine

géographique

Hommes Shanghai Jiangbei Yancheng Jiangnan Anhui Zhejiang Henan Shandong Yangzhou 6 2 23 6 6 3 1 2

Femmes 0 0 0 0 0 0 0 0

Total 6 2 23 6 6 3 1 2

3. ATELIERS D'ÉTIRAGE

ET D'AFFINAGE

Déftaition: passer du ruban de carde au fil gros. bîngtiao puis zhengmian (mianxian, cufang) doubling process, puis cabling et roving, winding étirage, doublage, affinage, régularisation. 27

Description des opérations s On fait passer le ruban de carde entre deux paires de cylindres fortement pressés, les bancs d'étirage (. drawing frame '), ce qui en fait, après trois passages, un ruban encore trop fragile, malgré le . doublage.
après son passage au banc de doublage

(. doubling

frame '), et deux

cents

fois

trop gros pour être filé. Il est lové dans des pots. Les ouvrières enlèvent les pots pleins, rattachent les mèches cassées, et remplacent les pots vides à l'arrière. Elles ont en général 25 ans. Ce ruban passe alors au boudinoir (. cabling frame '), qui tord et divise les rubans. Si le fil casse, la machine s'arrête et l'ouvrière roule le fil entre les doigts, noue et coupe les bouts qui dépassent, puis relance la machine au moyen d'un levier. Un moulinet enroule ce fil grossier autour d'une bobine. Ces bobines, accumulées dans des chariots à claire-voie, sont placées sur des bancs à broche (roving frame, shengdingta,', bancs de gros (cu/anti) d'abord, puis bancs intermédiaires. Il en .sort un fil grossier enroulé sur des bobines Postes

. Enleveuses., doffer, luosha. . Bobineuses tier,ou piecer, ftetougong. " Dobbin boys. (baüongguan), petits garçons

de

travail:

.

qui enlèvent

et transportent

les

bobines. On parle aussi de récupérateurs coolies transporteurs (banyungong)

.

de déchets de coton. (shouhuihua), de et d'. humecteurs de fil. (leanshuigonti).

Effectifs

:

Nom de l'usine Shenxin n09 Shenxin n° 2 Yomz'an n° 3 Usine japonaise
Origine géographique:

Hommes 50 88 104

Femmes 218 400 253

Total 571 268 488 357

% 8,00 12,76 21,99 18,60

Shanghai

Jiangbei

: Yangzhou Yangcheng Autres villes Total Jiangbei Jiangnan: Nankin Jiangyin Changzhou Wuxi Suzhou Divers Anhui Zhejiiang Shandong Henan Hubei Hunan

Hommes 3 1 3 65 69 3 1 2 3 0 1 14 1 3 1 0 1

Femmes 35 31 4 124 159 35 13 5 6 3 10 14 2 2 0 1 1

Total 38 32 7 189 228 38 14 7 9 3 11 28 3 5 1 1 2

28

4. FILAGE DE FINS
Définition: ]ingfang, fin du procesSus avant fine yarn, filage de fin. commercialisation ou tissage.

Description: . La bobine de fil gros montée sur le banc de broches pour .le fin, avec son garde-fil Ga -queue de cochon.) et son anneau circulaire avec curseur, entraîne dans un mouvement. rapide le fil qui se tord et se renVide autour de sa bobine.. Les ouvrières doivent faire preuve de dextérité, avoir une excellente vue et exercer une attention constante, les fils cassant souvent à ce stade de l'opération. Une bonne ouvrière fait un noeud en 10 secondes, une débutante en une minute. Par contre, aucune qualification n'est nécessaire. C'est là que l'on trouve les fillettes de 12 à14 ans et les ouvrières ont 18 à 19 ans au plus. Postes de travail : jietougong: piecing, renvideuses, bobineuses.

Effectifs : Nom de l'usine Shenxin n09 Yong'an n° 3 Shenxin n° 2 Usine japonaise BAS. sélection Hommes
.

Femmes 724 626 507 10232

Total 1545
.804

80 76 74 718

..

702 581 10950

% 29,93 28,48 33,42 30,27 23,61

. cf. tableau I, 4
Origine géographique:
Hommes Shanghai 1 0 1 52 53 2 0 3 1 0 2 7 0 3 1 0 1 Femmes 47 17 2 196 215 18 6 13 5 37 11 22 1 4 2 26 0 Total 48 17 3 248 268 20 6 16 6 37 13 29 1 7 3 26 0

Jiangbei : Yangzhou
Yangcheng Divers TotaT Jiangbei NanKIn Jlangym Changzhou Wuxi Suzhou Divers Jiangnan Anhui Zhejiang Shandong Hubei Hunan Pas clair

29

5. FINITION,

WANCHENG

DéfInition: quand la filature n'est pas associée à des ateliers de tissage, on dispose d'un atelier où l'on fait subir divers traitements aux fils pour les préparer à la vente. Dans l'usine japonaise de référence pour ce tableau, ces opérations employaient d'importants effectifs, du même type que dans les ateliers de fins, soit 36 hommes et 455 femmes, dont 427 (73 %) étaient originaires du Jiangbei, 69 (11,69 %) du Jiangnan, 16 (2,71 %) de Shanghai et 53 (8,9%) de l'Anhui, 455 (77,11 %) étant des femmes et 36 (6,10%) des hommes. Sources du tableau l, 2 Elles sont données dans la note 41 de ce chapitre. La description du travail et des postes de travail provient de l'ouvrage d'Emily Honig, de celui de Zhu Bangxing et de ma correspondance avec Georges Poull et Colette Maillot, respectivement ingénieur et ouvrière du textile vosgien à la retraite. Les effectifs sont tirés de Zhu Bangxing, sauf pour l'usine textile japonaise. Ils sont de 1938. Les origines géographiques par poste ne se trouvent que dans un seul exemple de l'ouvrage de Liu Mingkui. Il est tiré de Shino rodo mondai d'Udaka Yasushi, publié en 1925 à Shanghai. L'usine japonaise étudiée n'est pas désignée par son nom. L'extrême indigence des sources sur cette importante question a amené Liu Mingkui à citer longuement l'enquête d'Udaka Yasushi. Je suis cet exemple.

Le tissage comporte, lui aussi, toute une série d'opérations correspondant â des postes de travail bien précis. Le tableau ci-dessous ( tableau I, 3 ) permet de les préciser. Il a été établi avec les mêmes sources que Ie tableau I, 2.
Tableau I, 3: Opérations et postes de travail:
le tissage

du coton

1. LA PRÉPARATION (zunbeJ) Définition: Le fil de trame (weixian) allant directement de la filature à l'atelier de tissage, où il alimente les navettes, seul le fil de la chaîne (jing:x:ian) doit être préparé en vue du tissage. Cette préparation se fait en 4 temps. Nous avons négligé un cinquième temps, très particulier, qui est la teinture. 1re :ze 3c 4c opération: opération: opération: opération: bobinage, reeling, yaosha. ourdissage, warping, zhengjing. encollage, sizing, jiangsha. rentrage, drawing-in, chuan jing.

Opérations: 1. Le bobinage. Les f1ls de chaîne passent dans des bobinoirs qui en font de gros cônes. Le travail est le même que dans les ateliers de gros et de fin: nouer, couper les excroissances, charger, décharger les magasins de la machine. C'est un travail non qualifié. 2. L'ourdissage. Les opérations se passent dans une grande pièce aérée. C'est là que l'on confectionne la chaîne. Une toile d'araignée de fils tendus à travers la pièce à partir des rateliers où l'on a placé les cônes venus du bobinage permet de les dérouler tous ensemble, de tester leur résistance et de les renvider sur un gros rouleau appelé ensouple (warping beam). Les ouvrières, peu nombreuses et assises sur un tabouret, sont adroites et attentives, car elles doivent rattacher un fil au milieu d'une nappe de fils.

30

3. L'encollage. C'est le travail le plus pénible. On place côte à côte dans l'encolleuse les ensouples de différentes couleurs, où les fils sont rangés selon l'emplacement qu'ils auront dans le dessin du tissu. On fait passer les fils de l'ensouple dans un bain rempli de colle liquide et bouillante pour durcir le fil. Ils remontent vers le haut de l'encolleuse, où ils sèchent, puis redescendent. Il fait souvent 40°. 4. Le rentrage. Des ouvrières sont assises sur des bancs de bois, dans une pièce bien éclairée et très calme. Le départ de la nappe de fils qui traversent la pièce se situe au niveau du visage. L'ouvrière doit faire passer chaque ftl dans des lisses fixées sur un cadre de bois, la lisse. étant une sorte de petite lamelle métallique percée d'un trou. Il y a 1000 à 1200 fUs par cadre. Il faut beaucoup d'attention et d'habileté manuelle, tout se passant à la main. A Shanghai ce travail est confié à des ouvrières expérimentées, à Tianjin à des ouvrières enfants... Cet ensemble rentré dans l'ensouple s'appelle un équipage. Postes de travail: 1. yaoshagong, bobineuse, reeler. 2. tongbinggong, winding, ourdisseuse et ou rameuse, qui est une assistante. 3. jiangshagong, encolleuse, sizer. 4. chuanjinggong, rentre use ou lisseuse. Effectifs: Opérations bobinage, yaosha Usines Shenxin n° 2 atelier sud atelier nord y ong'an n° 3 Shenxin autres opérations Shenxin Yong'an 2. LE TISSAGE (zhibu) Opérations: n09 n09 n03 26 Hommes 14 34 68 870 212
.

luo jing,

warp-winder,

gamisseuse

Femmes 338 308 770

100

1. Nouage: Sur chaque métier à tisser (il y en a 1 200 en moyenne par usine) on
rattache chaque ensouple avec son équipage à celle qui. vient de se vider. nouage se fait fil à fil. L'ensemble est souvent lourd; le travail est effectué un homme, le régleur ou accordeur. 2. Tissage: la tisseuse, qui peut s'asseoir, surveille 2 à 4 métiers et répare les cassés. La navette effectue 200 passages par minute. 3. Chargement des canettes à la main par des trameurs. Ce sont souvent fillettes. Postes de travail: 1. Lizong, tunner, accordeur ou régleur. 2. Zhibugong: Tisserande: l'ouvrière la plus qualifiée, .Le par fils des

. meneuse. lors des grèves. 3. Jianwei: trameuses. 4. En plus, il y a des réparateurs de canettes (xiusuo) et des réparateurs de métiers (xiuche). 31

qui est très souvent

une

Effectifs: Shenxin n° 9: 410 (sans précision de sexe). 7,94 % des effectifs totaux de l'usine. Yong'an n° 3: 22 hommes et 130 femmes. 5,37 % des effectifs.

3. FINITION

(zhengla'

Définition et postes de travail: Avant de commercialiser un produit, il faut procéder à diverses opérations qui sont toutes faites par des ouvriers non qualifiés. L'épluchage: huabu, libu: le tissu est déroulé sur un plan incliné devant une ouvrière qui, avec une paire de ciseaux, coupe les irrégularités. S'il y a une défectuosité importante, elle la signale avec un fil de couleur, à l'intention de la . rapiéceuse. (xiubu). Il y a aussi des. plieuses. (zhebu), des empaqueteurs (dabao), des préposés à l'impression de la marque (yinbu), des préposés à l'expédition, des essayeurs et des contrôleurs. Effectifs: Shenxin Yong'an Shenxin

n° 9: 90 empaqueteurs et 119 contrôleurs. n° 3: 72 empaqueteurs et 11 expéditionnaires. n° 2: 50 hommes à l'empaquetage.

MAINTENANCE ET SERVICE GÉNÉRAL (baoquan) (pour les filatures comme pour les usines de tissage)

Postes de travail: On trouve:
à la Shenxin n° 9: 58 réparateurs de machine, 85 employés à la maintenance, 33 électriciens et 73 employés aux affaires générales. 122 à l'entretien et 15 - à la Shenxin n02 on a 65 hommes à la maintenance, préposés au nettoyage des machines. - à la Yong'an n03 on a 14 électriciens, 32 réparateurs et 96 préposés à la maintenance. Origine géographique: A l'usine. japonaise citée par Liu Mingkui, on trouve: - 66 coolies transporteurs: 28 sont de l'Anhui, 25 du Jiangbei, les autres sont de simples unités. - 29 travailleurs de l'énergie (chauffeurs de chaudière): 8 sont de l'Anhui, 12 du Jiangbei. 14 forgerons: 3 sont de Shanghai et 9 du Jiangnan, 0 du Jiangbei, 0 de l'Anhui.

-

-

-

17 menuisiers:

6 du Jiangnan,

3 de

l'Anhui,

5 du Jiangbei.

19 préposés

à l'entretien:

8 du Jiangbei,

8 de l'Anhui.

32

Tableau I, 4: Division dans une sêlection d'usines

du travail selon les sexes de coton de Shanghai en 1929
Femmes nbre (%) 26 (3 %) 0 56 (12 %) 220 (77 %) 2046 C99%) 5138 C97%) 6 (1 %) 273 (85 %) 9 330 (98,9 %) 0 35 (5%) 289 9199 136 (29 %) 0 4 (1 %) 37 (36 %) 610 (SO%) 0 0 0 169 (12 %) 8 (53 %) 328 (82 %) 268 (43 %) 0 1 200 190 108 <33 %) 132 (74 %) 4827 0 54 (10 %) 0 14 (5 %) 34 702 (75 %) 1555 (84 %) Enfants nbre (%) 0 0 0 0 0 89 (2 %) 92 (20 %) 0 101 (1 %) 388 (68 %) 105 (17 %) 0 0 0 0 0 0 76 (10 %) 0 25 C9%) 0 285 (20 %) 0 0 314 (49 %) 0 0 0 31 (10 %) 0 0 0 49 (10 %) 0 0 <3%)

Atelier

Hommes nbre (%) 824 (97 %) 216 (100 %) 417 (88 %) 163 65 11 66 373 (23 %) (1 %) (1 %) (79 %)

Total 850 216 473 163 285 2057 5293 471 321 9438 568 631 289 9199 470 62 420 102 763 1780 288 789 1 365 15 398 630 65 1 200 190 327 178 5737 57 515 497 271 46373

Filature;
nettoyage, blowing, qingmian Cardage, carding, shumian débourrage, stripping Cardage Autres (coolies) Boudinage, rowing, zhengmian contremaîtres' Étirage, drawing, bingliao Boudineur(se), roving, luosha Autres (coolies) Filage, spinning, fingfang contremaîtres' Bobineur(se), piecer, fietou Enleveur(se), doffer, luosha Autres (coolies) Bobinage, reeling contremaîtres' Bobineuse, reeler, yaosha Autres (coolies) Emballage, baling, dabao pese ur, weighting Lieur(se) , bundling Autres (coolies) Récupération des déchets de coton, waste cotton picking Mécanique, mechanical réparateur, repairer Mécanicien, mechanics Forgeron, smiths Coolies Tissage, weaving ourdissage, warping, zhengftng contremaîtres' Ourdisseur(se), warping Ourdisseur(se) en second, warp winding, luojing Encolleur, sizing, jiangsha Trameuse, warp winding fiangwei Rentreuse, drawing in, chuan jing Autres (coolies) Tissage, weaving, zhibu contremaîtres' Tisserand(e) weaving, zhibugong Autres (coolies) Finition et atelier de mécanique finishing and mechanichal finition finishing Mécanicien forgeron, mechanical smiths Coolies Total

48 (15 %) 7 (0,1 %) ISO (32 %) 491 (78 %) 0 0 334 (71 %) 62 416 (99 %) 65 (64 %) 77 (10 %) 1780 263 (91 %) 789 911 (68 %) 7 (47 %) 70 (18 %) 48 (8%) 65 0 0 188 (57 %) 47 (26 0/0) 910 (16 %) 57 412 (SO%) 497 257 (95 %) 10116 (22 %) I, l,

Soun;es: les mêmes que pour les tableaux

I, 2 et I, 3. 33