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LES FEMMES ET LA POLITIQUE AU NIGER

De
161 pages
La réalité concrète de la participation des femmes nigérienne dans la vie politique est pratiquement absente. L'avènement de la démocratie pluraliste a suscité, entre les femmes elles-mêmes comme en dehors d'elles, un débat sur le sens de l'expression des pratiques politiques des femmes. Ce livre se veut être une modeste contribution au débat qui s'instaure aujourd'hui.
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LES FEMMES ET LA POLITIQUE AU NIGER

Collection Études Africaines

Dernières parutions
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Abdou HAMAN!

LES FEMMES ET LA POLITIQUE AU NIGER

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0757-2

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AVANT- PROPOS
«Les Dieux ont créé la femme pour les fonctions du dedans, l'homme pour toutes les autres...Pour les femmes, il est honnête de rester dedans et malhonnête de traîner dehors.»
Xénophon, écrivain, philosophe et homme politique grec.

Partout dans le monde, c'est dans cette dialectique «dedans-dehors» qu'on considère les rapports entre l'homme et la femme. Il est indispensable de prendre cette réalité en compte quand on examine le rôle de la femme dans la vie publique. Le présent ouvrage vise à cerner la place et le rôle de la femme dans la vie politique du Niger. Il s'agit de savoir, dans quelles proportions et à quels niveaux, la femme nigérienne participe au processus de prise de décision politique.

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Que le lecteur se rassure. Nous sommes pleinement conscient que parmi les différents aspects de la participation de la femme à la vie politique, il en est qui sont de nature éducative, sociale, culturelle et économique. Cette conception holistique des droits de la femme a été proposée par la Déclaration universelle des droits de l'homme qui a placé tous les Droits de l'homme (civils, politiques, économiques, sociaux et culturels) sur le même pied d'égalité, soulignant ainsi leur interdépendance et leur indivisibilité. La Proclamation de Téhéran (1968), adoptée par la première conférence mondiale sur les Droits de l'homme, a réaffirmé, avec force, cette interdépendance, aujourd'hui universellement reconnue, de tous les Droits de l'homme. En effet, que seraient, par exemple, le droit de vote et celui de prendre part aux affaires publiques sans le droit au travail ou le droit d'expression? on pourrait multiplier les exemples. En avançant la thèse de l'indivisibilité de tous les Droits de 1'homme, la Proclamation de Téhéran sauvait la vision qui inspirait à cet égard la Déclaration universelle et qui, durant toutes ces années, avait été battue en brèche par les luttes idéologiques de la guerre froide. Dans le même ordre d'idée, les indicateurs du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) montrent une corrélation remarquable entre le degré des libertés politiques (droits civils et politiques) et le degré de développement humain (bien-être physique, mental et matériel). Il en résulte que la participation optimale de la femme à la vie politique peut être compromise si des dispositions ne sont pas prises pour réduire, voire corriger, les irrégularités extrêmes qui peuvent accompagner la croissance économique. Au début des années 70, ce qu'on appelle aujourd'hui les organes internationaux de contrôle de l'application des traités en matière de Droits de 1'homme ont commencé à exercer régulièrement leurs fonctions. Il n'est donc pas étonnant que,

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vingt ans après Téhéran, la Déclaration et le Programme d'action de Vienne, adoptés par la deuxième conférence mondiale sur les Droits de I'homme (Vienne, juin 1993) aient été marqués par une reconnaissance de la nécessité de mieux coordonner les différents instruments internationaux de protection des Droits de I'homme qui avaient vu le jour dans l'intervalle. La Proclamation de Téhéran correspondait à la phase d'élaboration de ces multiples instruments; la Déclaration et le Programme d'action de Vienne correspondaient à celle de leur mise en œuvre. Ils sont tous le produit et le témoin de leur temps. De même que la première a contribué à une vision globale de l'indivisibilité et de l'interdépendance de tous les Droits de l'homme, les deux derniers ont proposé une classification des Droits de I'homme par catégories afin de mieux assurer leur suivi dans la pratique, en portant une attention particulière aux groupes vulnérables qui ont le plus besoin de protection. En tout état de cause, nous avons opté, à tort ou à raison, pour l'atomisation du corpus juris des Droits de I'homme en entreprenant de traiter de la participation politique de la femme au Niger. Si l'on examine le chemin parcouru, de l'accession du pays à l'indépendance, le 3 Août 1960, à nos jours, on ne peut manquer de constater que l'ouverture de l'espace politique aux femmes a été à la fois lente et timide. Et pourtant, le dernier recensement général de la population de 1988 estime à trois millions six cent cinquante-huit mille trente (3.658.030)1 le nombre de femmes, soit 50,4 % de la population. Dans le même temps, beaucoup a été fait pour garantir les droits politiques des femmes afin de leur permettre de faire entendre leurs voix dans la vie politique. Cela veut dire que la sous-représentation de la femme nigérienne dans la vie poli1 Les chiffres les plus récents sont ceux du Recensement Général de la Population, 1988 (RGP 88). En attendant le recensement général de la population prévu pour 1999-2000, les projections les plus probables font état d'une tendance à l'augmentation du taux de croissance de la population féminine.

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tique pourrait s'expliquer de manière «historiciste», c'est-àdire en faisant appel à des matériaux concrets et en reconstituant ainsi une chronologie. Mais elle pourrait aussi s'appuyer sur des considérations personnelles, générales et interprétatives. Nous avons choisi l'approche concrète parce qu'une telle démarche fournit des données statistiques précises, susceptibles de convaincre et donc de favoriser un changement rapide de situation. Comme point de départ de cette réflexion, il nous semble qu'il est pratiquement impossible de traiter de ce thème sans commencer par présenter les transformations institutionnelles et politiques intervenues au Niger. En effet, lorsqu'il s'agit d'une question comme celle de la représentation politique des femmes, l'hétérogénéité des régimes qui se sont succédé oblige à prendre conscience de la relativité de toute généralisation, car chaque régime a sa particularité. Nous situerons ensuite l'évolution du rôle politique des femmes au Niger avant d'établir leur représentation politique. A partir du constat significatif de la sous-représentation des femmes dans les sphères du politique, nous examinerons la législation qui assure l'égalité politique entre les sexes. En effet, alors que, sur le plan légal, les droits politiques des femmes se sont étendus depuis l'indépendance du pays, paradoxalement, il n'y a pas eu, dans la pratique, d'influence significative sur la représentation politique des femmes. Il reste encore à mentionner un aspect essentiel de notre démarche. Si la représentation politique des femmes a obtenu des résultats, même timides, avec l'avènement de la démocratie pluraliste, il y a encore beaucoup d'obstacles à franchir. C'est la raison pour laquelle l'analyse des contraintes liées au phénomène doit être une partie intégrante et très importante de cette étude. Cette analyse permettra de rechercher de nouvelles stratégies d'actions susceptibles de provoquer une prise de conscience accrue sur la question afin que nous puissions,

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hommes et femmes, progresser ensemble vers la démocratie et la paix. Notre propos est simple. La réalité concrète de la participation des femmes nigériennes dans la vie politique est pratiquement absente des travaux de réflexion théorique ou, dans de rares cas, abordée de façon très vague. Fort heureusement, l'avènement de la démocratie pluraliste a suscité, entre les femmes elles-mêmes comme en dehors d'elles, un débat sur le sens et l'expression des pratiques politiques des femmes. Il est normal qu'un tel débat s'instaure aujourd'hui. Ce livre se veut être une modeste contribution au débat, car toute promesse d'un monde politique nouveau, pour se réaliser, a besoin d'un discours d'ensemble sur la représentation politique des femmes et son opportunité face à l'attente et au désarroi que suscite en nous la lutte des femmes pour leurs droits. Cet ouvrage a profité de discussions que nous avons eues avec plusieurs amis. Il a également bénéficié d'informations et de données statistiques qui nous ont été généreusement communiquées par le conservateur des Archives nationales, la Direction des affaires politiques et juridiques (Dapj) au ministère de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire et des Organisations internationales. Cela dit, nous assumons entièrement les opinions et les lacunes qui y sont contenues.

Il

INTRODUCTION
Les femmes et la politique au Niger: quelle politique? Telle est la question préliminaire qu'il y a lieu de poser. La réponse à cette question permettra de circonscrire le cadre conceptuel de l'étude et, ultérieurement, de dégager les nouvelles perspectives qui en résultent. Nous partons du constat que nous ne savons que peu de choses sur le rapport des femmes à la politique. En effet, on ne s'intéresse à cette question que depuis peu et on ne dispose, aujourd'hui encore, pour effectuer un travail sérieux que de données et de techniques qui négligent les différences entre hommes et femmes. Ainsi comprend-on pourquoi la science politique a toujours pris pour objet d'étude la vie publique, domaine où les femmes ne sont ni nombreuses, ni véritablement admises. De surcroît, le contenu des notions véhiculées en ce qui concerne l'attitude des femmes vis-à-vis de la poli-

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tique conduit à poser une question fondamentale: existe-t-il une manière féminine de penser et de faire la politique? En d'autres termes, les femmes ont-elles élaboré tout au long de I'histoire une pensée politique différente de celle des hommes? Et s'il en était ainsi, comment se caractérise t-elle ? Pendant longtemps, les travaux 1 consacrés aux femmes permettent de montrer que la science politique n'a recours qu'à une même analyse, axée sur les quelques différences qui peuvent être décelées entre les rapports des hommes et ceux des femmes avec la politique: les femmes participent moins souvent que les hommes à la vie politique, elles sont rarement assez nombreuses dans les organisations politiques pour y exercer une influence etc., l'objectif visé étant l'assimilation ou l'intégration de la vie politique des femmes au modèle des hommes. Depuis quelques années, le mouvement féministe réagit violemment contre cette démarche. En témoignent ces propos de Irène Diammond et Nancy Hartsock: «les travaux récents consacrés aux femmes montrent que la science politique ne s'est jusqu'à présent attachée à étudier qu'une moitié de l' humanité. .. Il convient, par conséquent, d'élargir le champ d'étude de cette science. Si sont pris en considération les intérêts des femmes, si les femmes sont représentées dans la vie publique, il pourrait bien en résulter une profonde transformation de la vie publique elle-même2.» Pour ces politologues féministes, la solution est de reconnaître le rôle politique indéniable des femmes et d'étudier de près les modalités et les
1 Voir notamment:
- Mossuz- Lavau, J. ; Sineau, M.N.d, 1983, Les femmes françaises en 1978 : insertion sociale, insertion politique, Paris, CNRS, centre d,étude de la vie politique française contemporaine, Multigraphié, 361 p ;
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Jaquette,J.S, 1974,Womenin politics, U.S.A,John Wiley and Sons (A Wiley -

inter science publication). 2 Diammond, I. ; Hartsock, N., 1981, Beyond interests in politics: a comment on «When are interests interesting? The problem of political representations of women». American political science review, vo1.75, p. 717.

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orientations politiques qui ont leur préférence. Mais même lorsque le rôle politique des femmes fait l'objet d'une étude, les approches elles-mêmes sont souvent génératrices de problèmes accusant la propension à déprécier tout ce qui est perçu comme s'écartant de la norme masculine. C'est dire que les rapports des femmes avec la politique sont aujourd'hui encore mal connus. Ils sont d'autant plus mal connus que les nouveaux courants de pensée en sciences sociales issus des thèses féministes et des études sur les femmes en général, ont déjà remis en question la notion traditionnelle de «politique» en raison de son étroitesse et de son parti pris sexiste. Il y a donc lieu de reformuler la notion de «politique», tendance qu'on peut d'ailleurs constater dans les recherches les plus récentes en la matière 1. Le développement de ces nouvelles recherches aboutit à deux (2) conclusions fondamentales: a) les femmes souffrent d'une sorte de retard politique qu'elles devraient rattraper grâce à une participation aux différentes formes de l'action politique; b) les femmes conçoivent et pratiquent la politique dans des conditions et selon des modalités spécifiques qui ne coÏncident pas avec celles des hommes. De ces deux (2) conclusions, la deuxième est celle qui pose les questions les plus fécondes et les plus prometteuses pour l'avenir, car elle remet implicitement en cause les limites entre le politique et le non-politique, ce qui peut favoriser une restructuration de l'activité politique dont dépendra notre conception globale de la société future. Mais d'un autre point de vue, cette perspective a l'inconvénient d'axer la réflexion sur la problématique de la politique qui doit être d'abord redéfinie pour permettre d'exposer, ensuite, l'expérience des femmes dans toute sa complexité.

1 AMY, D, 1993, Teaching the moral analysis of policy issues. News for teachers of political science, in American political science Association, vol. 36, n° 1.

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La première conclusion part de l'idée que la politique se conçoit comme un ensemble de pratiques institutionnalisées dont la plupart des femmes sont absentes et qu'elle est assimilée à la lutte pour le pouvoir politique, chasse gardée des hommes. En tant que telle, cette conception de la politique s'exprime à travers des pratiques dont les cadres institutionnels sont clairement délimités. Comme on le voit, il n'est pas facile de penser la politique au féminin, car toutes les deux (2) conclusions ne sont pas dépourvues de conséquences. En fin de compte, il ne s'agit pas, dans le cadre de cette étude, de dresser un bilan qualitatif ou quantitatif de ce qui manque aux femmes pour qu'elles s'intègrent, que ce soit au niveau de la forme ou du contenu, à la vie politique nationale. Il ne s'agit pas non plus de se demander ce que signifie pour les femmes «faire la politique», à partir de leur propre expérience. Le problème consiste à constater la sous-représentation des femmes nigériennes dans les sphères de la politique, répertorier les éléments qui expliquent cette sous-représentation et élaborer les stratégies à partir desquelles les femmes pourront envisager de se réaliser politiquement. Encore nous faut- il préciser ce que nous entendons par «politique», notion souvent trop vague ou trop précise. Pour être plus clair, derrière le terme «politique», nous considérons les manifestations et pratiques qui se rapportent au Gouvernement, au Parlement, aux Partis politiques, au champ électoral et, d'une façon générale, à la gestion de la Cité 1. En identifiant le politique au monde public et au pouvoir assimilé essentiellement à l'Etat, nous sommes tout à fait conscient de ne couvrir qu'un tableau incomplet de la partici-

1 Pour le calcul de l,Indice de Participation de la Femme (IPF), le PNUD ne retient que la représentation des femmes au Parlement. Pour notre part, nous avons décidé d'élargir le champ d'application de la participation politique des femmes, car la seule occupation des fonctions parlementaires ne peut suffire pour apprécier la participation des femmes à la vie politique.

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