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Oedipe et personnalité au Maghreb

De
189 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 109
EAN13 : 9782296311992
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ŒDIPE ET PERSONNALITÉ AU MAGHREB
Eléments
,il'

d' ethnopsychologie clinique

Psychanalyse et civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour main tenir en éveilla créati vité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfennement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déj à parus: Rêve de Corps, Corps du Langage, par J. Nadal, M. Pierrakos, M.F. LecomteEmond, A. Ramirez, R. Vintraud, N. Zulli, M. Dabbah. Oralité et Violence, p~ K. Nassikas. Emprise et Liberté, par 1. Nadal, N. Rand el M. Torok, A. Eiguer, R. Major, R. Dadoun, M.F. Lecomte-Emond, H. Ramirez. La pensée et le trauma, par M. Bertrand. Mot d'esprit, inconscient et événement, par M. Kahn. La diagonale du suicidaire, par S. Olindo-Weber. Journal d'une anorexie, par K. Nassikas. Le soleil aveugle, par C. Sandon. Ferenczi et l'école hongroise de psychanalyse, par E. Brabant. Lesfantômes de l'âme, par C. Nachin. Psychanalyse en Russie, par M. Bertrand. Freud et le sonore, par E. Lecourt. Pour une théorie du sujet-limite, par V. Mazeran et S. Olinda-Weber Ferenczi, patient et psychanalyste, Collectif dirigé par M. Bertrand. Le cadre de l'analyse, Collectif, colloque du Cerc1e freudien. La métaphore en psychanalyse, par S. Fcrrières-Pestureau. L'expérience musicale. Résonances psychanalytiques, par E. Lecourt. Dans le silence des mots, par B. ROÙ1. La maladie d'Alzheimer, "quand la psyché s'égare.. .", par C. Montani. Lire, écrire, analyser. La littérature dans la pratique psychanalytique, par A. Fonyi. Métamorphoses de l'angoisse. Croquis analytiques, par J. Arditi-Alazraki. Idées en folie. Fragments pour une histoire critique et psychanalytique de la psychopathologie, par 1. Chazaud. Cet obscur objet du désir, C. Dumoulié. Les matins de l'existence, M. Cifali. Les psychanalistes et Goethe, P. Hachet. Le stade vocal, A. Delbe.

Collection ''l'sychanalyse et civilisations" dirigée par Jean NAD AL

Abdelhadi ELFAKIR

ŒDIPE ET PERSONNALITÉ AU MAGHREB Eléments d' ethnopsychologie clinique
'"

Préface du Professeur Henri SZ1.tUL~IAN

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de L'École Polytechnique 75005 Paris

1995 ISBN: 2-7384-3837-7

@ L'Harmattan,

Préface

L'o.uvrage qu'A.bdelhadi ELfiAKIR propose à l'atte11tion de ses lecteurs est porteur d'u11e très vaste ambition: il sTagit el1 effet d'un essai tout à la fois d'anthropologie, d'ethnopsychologie et d'élaboration psychanalytique sur les modes de résolution et de transforn1ation des problénlatiques oedipien11es au l\.faghreb. Ce livre est l'aboutissemel1t après réécriture complète d'un travail de thèse de doctorat SOtltenue par l'auteur à partir d'une recl,erche clinique conduite par lui d.ans le sud-est marocain. Ceci implique aussitôt que ELFAKIR ne nous propose pas seulement des spéculations théoriques n1ais des réflexions suscitées en lui après le recueil d'un n1atériel clinique et l'a11alyse des (ionnées ainsi rassemblées. Il n'en est que plus justifié dans sa récusation ferme d'autres recherches antérieures effectuées par des praticie11s identifiés aux modèles culturels occidentaux et dans sa différenciation de l'ethnocentrisme des chercheurs européens. Pour autant l'auteur s'appuie sur les méthodes de recherche les plus moderIles COl1struisant un dispositif parfaitement ngoureux. Il parviel1t ainsi à propos de J'Oedipe maghrébin à différencier l'universel et le cOIltingellt, la structure immuable et le drame individuel nlodelé par ses contextes. A quels résultats nous conduit-il? Le lecteur mesurera au fil des chapitres l'importance de ces nouvelles conclusions. Ainsi EIJFAKIR distingue-t-il trois mouvements dans la tra11sforn1ation de l'organisation oedipiel1.ne : d'abord une déprise de la captation par la mère par la mise en oeuvre de la métaphore paternelle; ensuite l'assomption du Père idéal, 7

tout à la fois écran pour les projections narcissiques et double homOSeX1.1el ces deux premiers mouvements sont ; universels; enfin avec le troisième apparaît la spécificité arabo-musulmane, la pulsion parricide étant défléchie contre le double fraternel et ses représentants dans la catégorie des pairs en mêl11e temps q11.estorganise une attitude de soumission à l'égard du Père idéal et de ses substituts. Ces résultats considérables ne sont pas seulement COllstatés par le travail clil1ique de l'auteur nlais également analysés dans une démarche à visée étiologique qui se tourne vers le père, les pairs et enfin la n1ère. Pour ce qui est du père, il convient de prendre en considération les bases culturelles, socio-écollomiques et politiques de la constructio11 de son image: aillsi le monothéisme allié au culte des saints, la fécondité comme idéal collectif conduisant à une représentation de la fOl1ction symbolique du père comnle profolldénlellt inscrite dans sa généalogie et fondamentalenlent attachée aux ancêtres et par-delà eux aux principes divins, à l'Un inaccessible et inégalable; son image tend donc à se confondre avec celle du patriarche, du saint et à se déssoudre dans l'autorité collective gouvernée par la parole divine (le Coran) à laquelle la soumission absolue est exigée par l'autorité islatnique. Pour les pairs, le travail permet de bien mesurer que l'agressivité, loin de prendre un.e direction verticale da11s un conflit inter-générationnel, se déploie horizontaleInent à l'intérieur d'une nlême génération. Il faut ~jouter que la coutume si prégnante veut que tout sujet soit soumis aux aînés et protecteurs des cadets. Aussi, à l'égard des égaux rivaux, l'hostilité peut certes se transcrire sous formes de réactiolls persécutives nlais tout autant se retourner en son contraire sous la forme d'attitudes de solidarité, d'entraide et de réparation. Enfin, en ce qui concerne la mère, le processus de séparation s'effectue à travers l'illtégration de l'enfant dans la fratrie et au-delà dans la classe des compagnons: 8

déjà pendant l'allaitement renfant n'est pas dans un rapport exclltsif à sa mère, mais pris aussi en charge par les autres femmes de la maison et pal' les soeurs et frères aînés. De telles constatations qui vont à l'enCol1tre des clichés habitu.els (longue période de portage et d'allaitement, corps à corps prolongé avec la mère, satisfaction ilnmédiate de tous les besoins de l'enfant) permettent de mesurer le rôle défensif de contreinvestissement du désir i11cestueux envers la mère, joué par cet environnement proximal. Un tel travail, tant par sa nléthode que par ses conclusions, se révèle profondément novateur. Il provoquera, je n'en doute pas, de 110mbreuses réactions voire controverses. Il a aussi une portée pratique immédiate dans de multiples champs anthropologiques. Je n'en citerai que deux: d'abord sur le plal1 thérapeutique, la nécessité de prendre en considération les spécificités de la COl1struction du. psychisme de l'homme maghrébin, à travers ses mythes et ses rites fondateurs vient à l'évidence s'opposer à la tel1dance réductionniste d'une psychologie et d'une psychopathologie construites sur des modèles puren1ent occidel1taux ; ensuite, les rivalités e11tre les états et à l'intérieur de ceux-ci entre les ethnies, les tribus, les classes sociales, les phi1osopl1ies politiques et religiettses qui alimentent si douloureusement l'actualité du Maghreb, seraient utilement éclairées par les données nouvelles apportées par ELF AKIR. J'an110nçais au début de cette préface
ambition: la pari a été tenu. une vaste

Professeur Henri SzrULMAN

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Introduction

La détection par Freud en lui-même et chez ses patients des fantasmes oedipiens, a non seulement permis la déco\lVerte de l'inconscient et par là-mênle la psychanalyse, n1ais elle a fourni le fondement conceptuel pour l'essor ultérieur de cette discipline. Dès le début de la psychal1alyse, Freud n'a-t-il pas clamé haut et fort qltïl n'est pas psychanalyste celui qui ne place pas l'Oedipe au centre de sa dénlarche thérapeutique et sa réflexion théorique? Encore aujourd'hui, le débat est loin d'être clos autour de la pertinence conceptuelle de l'Oedipe. Celui-ci reste sans nul doute le phénomène psychique le plus débattu en psychologie clillique et pathologique toutes tendances confondues. En psychologie clinique d'une manière générale, et en psychanalyse en particulier les accords, les divergences et même les oppositiollS entre spécialistes, se mesurent à l'aune de la place accordée à l'Oedipe à l'intérieur de leurs systèmes de référence. En ce qui nous concerne, notre choix du complexe d'Oedipe con\me sttjet de réflexion n'est nullemel1t sans raison. Il en a même, à n'en pas douter, plusieurs: - D'abord, sur un plan théorique, l'Oedipe en effet, est le point nodal dans la COIlstruction de la personnalité. L'aborder de front c'est non seulement disposer d'une voie royale dans la saisie de cette construction, mais aussi mettre à son profit, en tant que chercheur, une clef conceptuelle sans l'aide de laquelle la psychologie clinique, que nous faisons ici notre, n'aurait de cJinique que le nom. - Aussi, cette réflexion sur l'Oedipe n'est pas sans être en rapport avec nos préoccupations personnelles, préoccupations conscientes et intellectuelles certes, mais aussi inconscientes sans aucun doute. Les avatars de llotre histoire personnelle ne sont évidemment pas pour rien

Il

dal1S notre élection de la problématique comme objet de recherche.

oedipienne

Il va sans dire que toute recherche ell sciences humaines en général, et en psychologie cli11ique en particulier, ne peut qu'être marquée par son temps et les débats d'idées qui l'agitent. Elle n'est pas 110n plus sans être guidée et traversée de part etl part par les préoccupations personnelles intimes qui hantent à son insu le chercheur. Ainsi, toute recherche comporte en effet une grande part de recherche de soi. On n'y recherche souvent qu'à retrouver, d'ulle manière ou d'une autre, ce qU'Oll a déjà rencontré dans sa préhistoire personnelle. Devant ce type de "choix d'objet" particulier, étrangement familier, le minimum qu'on puisse attendre alors d'une réflexion réussie, hormis des résultats valables sur le plan scientifique, est qu'elle puisse provoquer chez le chercheur une prise de conscience de son implication inconsciente. Car dans une recherche de ce type, les hypothèses qu'on échafaude et les questions que l'on pose remettent en chantier ce qui est parfois, sinon le plus souvent, déjà là comme réponses latentes à des questionnements que 1'011 n'a pas cessé de se poser depuis l'orée de sa conscience. Et que dire alors d'un travail sur l'Oedipe si ce n'est qu'il est l'objet par excellence où peut s'opérer une collusion difficilement démélable entre présupposés théoriques, procédés méthodologiques et résidus subjectifs incontrôlables du chercheur. On est certainement travaillé par les effets imaginaires de SOil Oedipe avant même et encore pendant l'abord du thème de l'Oedipe en tant qu'objet de recherche scientifique ou généralement comme sujet de curiosité intellectuelle. Les résultats d'une recherche dite scie11tifique sur l'Oedipe ne peuvent bien sûr qu'être catastrophiques s'ils portent fâcheusement les traces non seulement des fantasmes refoulés du chercheur, ,mais aussi de l'idéologie sociale prédominante dans laquelle prend racine et s'entretient le nlodèle de soi ethnique préconscient, ethllocentrique par essence. Nous avons tenté, tant soit peu, d'élucider cette 12

question à travers les analyses de quelques chercheurs ayant abordé directement la problématique oedipienne au Maghreb. La quasi-totalité de ceux qui ()nt tenté d'aI1alyser le complexe d'Oedipe a.u Maghreb ont commis la méprise de ne pas faire la part entre ce qui est structurel, donc universel pour l'être humain et ce qui est contingent et donc variable dans le temps et l'espace de la socio-culture maghrébine. Ainsi il leur a échappé souvent dans leurs analyses de faire la distinction pertinente entre les aspects f011dame11taux dans la problématique oedipienne au Maghreb et ceux liés aux processus brutaux d'urbanisation et d'acculturation. On ne peut donc peser avec justesse les incidences des transformations que subit, à travers sa configuration oedipiellne en l'occurrence, le rapport personnalité-culture au Maghreb à l'époque actuelle de son histoire, si on ne tient pas compte, dans leur universalité et spécificité à la fois, des liens d'ancrage et des mécanismes d'articulation qui ont fondé ce rapport et le fondent encore. Ces liens et mécanismes qui fondent et régissent ce rapport dans les milieux ruraux et traditionnels, continuent malgré tout à le régir bien que d'une manière voilée dans les milieux urbains où les repères sociocttlturels sont en pr()ie à de troublants bouleversements. Rappelo11S alors une évidence. C11aque fois que la question de l'articulatio11 entre complexe d'Oedipe et culture est poséef elle doit impérieuSelneJ1t être envisagée à travers ses trois dimensio11s : structurelle, dramatique et mythique. L'aspect structurel de cette articulation réside dans le fait que le psyc11ique aussi tJien que le culturel SOl1tconsubstal1tiellement liés à finterdiction de l'inceste. L'interdit que met el1 oeuvre le complexe de castration dans l'organisation oedipienl1e témoigne de l'impossibilité intrinsèque des désirs oedipiens d'inceste et de meurtre. Par l'avènelnent oedipien, l'infans accède au langage et à J'ordre de la culture. La structure oedipienne tient au niveau psychique la fonction de jointure entre 13

l'ordre symbolique langagier et les divers systèmes culturels. Pour acquérir son statut de sujet membre d'une société humaine, l'infans doit être enserré dans l'ordre symbolique langagier constitutif de la culture. Or la fonction médiatrice de l'instiuttion familiale qui garantit l'efficace de l'ordre symbolique n'est pas sans être enrobée dans des systèmes socio-économiques, des systèn\es de parenté et des systèmes de représentations qui, par leur articulation dialectique, donnent aux relations de filiation, aux idéaux collectifs et aux rapports intersubjectifs des styles spécifiques. Dans ce sens, l'Oedipe en tant que structure universelle et drame individuel, ne peut être valablement appréhendé qu'en tenant compte aussi de sa part mythique et rituelle qui le fonde et dont il perpétue la pertinence. C'est bien là l'objectif que nous nous sommes fixé dans la présente étude qui est à l'origine une recherche de thèse présentée en 1989. Depuis cette date et pendant nos activités de formation et d'enseignement, nous avons pu mesurer l'intérêt que la problématiq,ue traitée ici suscite encore et tO\ljours chez les praticiens et les professionnels de la santé, de l'éducation et du travail social aussi bien dans les pays du Maghreb que dans les pays d'immigration. Ainsi, l'intérêt de cette question doublé de son actualité nous a encouragé à proposer au lecteur ce travail complètement refol1du, en espérant que l'esprit de cette réflexion non seulement retienne son attention mais interpelle son sens critique.

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PREMIÈRE PARTIE L'ŒDIPE AU MAGHREB, ETHNOPSYCHOLOGIE CLINIQUE ET ETHNOCENTRISME

I)al1S une recherche de portée scientifique, la personnalité d.u chercheur et son nl0dèle de soi ethnique 11edoiv"ent llornlalemellt illterférer 111dal1s les procédés de recllerche l1i dans les résultats. Et pourta11t, dans les recherches en sciences httmaines, ces facteurs interfèrent le plus sou.vent pour leur dt1nner lIne orientation telle qu'il de.vient difficile de repérer ce qui est relatif à l'objet étudié dfUIl côté et ce qui émane de l'implication du chercheur, de l'autre. En psychologie clillique et plus enc()re en ethrtopsychologie cliniqtlel l'irnbricatioll nOIl repérée et ellcore moills cOlltrôlée de ces deux facteurs est malheureusenlent très fréquel1te. Aussi impartiale soitelle, la rigueur scientifique de ce gellre de travaux lle peut nier ni évactter la mallipulatioll par le cllercheur des d01111éesdans le but d'abréagir son angoisse en cllerchallt du lnême coup à redorer le blason de son modèle de soi ethnique. Dans ce chapitre nous all()ns essayer de suivre les traces d'uIle telle COllfusion à travers les travaux de deux auteurs qui ont pris la problématique oedipienne au IVlaghreb conlme objet privilégié de leurs recherches. Il s~agira du travail de Abdelwaha-b Bouhdibal/ en tallt que chercheur m.aghrébin d'une part et de celui de N[ichel 'fllée2, cherclleur frallçais, d'autre part. [,'tl11 et l'autre se sont pe11chés sur cette question essentiellement à partir de textes écrits. 1vlieux que toute autre, cette particularité 110US offrira un avalltage précieux dal1s llotre tentativ'e de débllsquer les réactiollS contre-traIlsférelltielles de ces auteurs mises au service de leurs tentations ethnocentriques. Nous allons essayer d'examiner, tant soit peu, les incidences fâcheuses que ces dérives peuvent avoir non
1_ Bouhdiba, La sexualité en Islam, Paris, PUF, 1975 2_ Thée, ldentité sexuelle, ideutificatio11S sexuées. Doctorat de nlédt~cj.ne. Université Claude-Bernard,_ Lyon I, 1974 17

seulement sur les résultats de chacune de ces recherches en particl1lier, mais surtout - ce qui est encore pltlS grave à
110tre sellS

- sur les considérations

portées

sur la

personnalité maghrébine

et son organisation

oedipienne.

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I Oedipe maghrébin face à sa "Jocaste"

Le conte de Jalvdar constitue l'un des récits les plus riches des Mille et Une Nuits. Il expose amplement à notre sens, la constellation oedipienne type du jeune maghrébin. De}Juis son OU\lerture jusqu'à sa fin, ce conte ne fait pratiquement riell d'autre que relater les manifestations spécifiques de l'()edipe au Maghreb et les rapports structuraux que celui--ci entretient avec son champ socioculturel. (~'est à Bouhdiba, sociologue tunisien, que revient le mérite de l'avoir repéré et soumis à une analyse aussi bien fine que cliniquement fécollde. Dans ce conte, l'auteur a perçu un contenu imaginaire recelallt un matériel clinique d'une importance telle qu'il n'a pas hésité à le comparer au complexe d'()edipe. Pourtant, une partie infime de ce conte est seulement parvenue à attirer l'attel1tiol1 de Bouhdiba comme étant l'unique fragment à contenir un matériel oedipien. Il s'agit limitativement du paragraphe décrivant la relation de Jawdar à sa mère. Mais comme l'auteur traite de la question oedipienne qui ne se limite tout de même pas à la relation duelle mère / enfant, 110tre examen de la position de l'auteur et de son analyse trouve là sa réelle justificatioll. ~1aints exemples dans l'analyse de Bouhdiba nous offrent l'occasion d'affirlner avec Devereux que "peu de Kens examinent les complexités de leur propre culture ou sorlt même capables de le faire, car leurs défel1ses culturelles les aident et les forcent à la fois à en scotomiser certaines
implications latentes" 1.

effectivement avec le travail de Bouhdiba sur l'Oedipe face à des scotonlisations doublement présentes puisqu'incombant d'une part à 1 _ Devereux, De ['angoisse à la lnéthode, Paris, Flamarion, 1980, p.77
19

Nous nous trouvons

l'imbrication de sa subjectivité propre et d'autre part à l'influence de la composante culturelle constituant sa personnalité ethnique. l'Jatre propos est de faire valoir tant les aspects à portée culturelle et ethnique que ceux a:yant trait à l'inconscient propre du chercheur et qui agissent corrélativemel1t sur l'orientation de son analyse. Remarquons d'abord que Bouhdiba survole, sans en dire mot, tout le début du conte qui regorge pourtant d'éléments fort intéressal1ts. Convaincu enfin que le message essentiel du conte se réduit au contenu du seul paragraphe déjà signalé plus haut, Bouhdiba se détourne immédiatement du récit encore loin d'être achevé et d'avoir livré l'essentiel de ses secrets, ferme sa parenthèse pour i11viter le lecteur à admirer avec lui cette fable qui, "traduit fidèlement la relation préférentielle qui s'établit entre l'enfant et sa mère"l. l\vant d'entreprendre notre examen des effets de la contre-attitude de l'auteur dans son anal~yse de l'Oedipe, rappelons tout d'abord que celui-ci réduit de manière manifestement injustifiée le matériel oedipien relaté par le conte à la seule relation mère / enfant. Du vécu oedipien de Jawdar amplement relaté dans le récit, Bouhdiba n'en retient que ce fragment ne concernant par dessus le marché qu'un bref moment du rapport du fils à sa mère, et il qualifie ce qui se déroule dans cette séquence de "colnplexe de Jawdar" qu'il met en parallèle avec le con1plexe d'Oedipe. "Il nous paraît, ajoute~t-il, fort lé:?itime de voir dans le complexe de Jawdar la for1ne spécifique de la culture arabo-musulmane du compLexe d'Oedipe"2. Si 110US avons ptl suivre l'allteur sans grande difficulté jusque-là et partager son raisonnement, celui-ci devient intenable une fois que le pas suivant est franchi: l'auteur avance brusquement et affirme que Jawdar désig11e Hun type de comportement dépOllillé de toute culpabilitéH3. Si ()edipe, le meurtrier et l'incestueux, est
l .. Bouhdiba, ()p. cit., p.275 2 - Ibid. p. 277 3 - Ibid. p. 277

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