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Sinnamary (1624-1848)

De
216 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 227
EAN13 : 9782296271241
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I

SINNAMARY

RENE-CLAUDE COËTA

SINNAMARY
(1624 - 1848)

Une cité et des hommes

Préface de Elie CASTOR

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

Ce livre a été publié grdce à l'aimable contribution de la Mairie de Sinnamary et du Conseil Général de la Guyanne.

En couverture: Vue du Camp de Sinnamary... (après 1767) (Coll. Archives Départementales de Guyane.) @ L'Harmattan, 1992 ISBN: 2-7384-1536-9

Ce livre est dédié à ma mère Marcelle, Marie pour sa précieuse collaboration pendant mes recherches généalogiques, et à la mémoire de mon ami Jonas ALEXIS sans qui vraisemblablement rien ne serait. René-Claude COËTA

BOUBACAR Joseph N'DIA YE Conservateur en Chef de la maison des esclaves de Gorée1 (REPUBLIQUE DU SENEGAL)

A mon frère COËTA René-Claude pour son pèlerinage à ce sanctuaire Mricain, pour un retour aux sources. Que ce lieu, patrimoine de ses ancêtres martyrs demeure, pour les générations futures, afin que l'histoire ne se répète pas. La lutte continue pour la réhabilitation de l'homme noir.

Fraternellement

Le 28 mai 1989

PREFACE

René-Claude COET A accomplit «Hic et nunc» un travail d'une grande qualité, contribuant à lever le voile sur une période trouble et passionnante de la Guyane et en particulier de la ville de SINNAMARY de 1624 à la libération des esclaves en 1848.

L I auteur nous livre ainsi toute la richesse et la complexité d'une
époque certes révolue, mais qui ne saurait laisser insensibles tous ceux et toutes celles qui, aujourd'hui, désirent retrouver les traces de leur passé et de leurs origines. Son travail minutieux de recherche et d'investigation, son désir de mieux comprendre ses propres origines, débouchent sur des reconstitutions généalogiques qui aideront de nombreuses familles de SINNAMARY à retrouver les traces de leurs ancêtres, à renouer avec le souvenir de ce passé enfoui dans leur inconscient collectif. Certaines pages sont aussi d'une grande beauté. Le chapitre consacré à «la situation du quartier à la veille de l'émancipation générale des esclaves» témoigne, s'il en était, de la qualité descriptive du style de l'auteur. Aussi, je dois, nous devons Sinnamariens, rendre hommage à René-Claude COET A pour cet ouvrage admirable de l'histoire de SINNAMARY et des hommes et des femmes qui en ont façonné l'âme, et qui ont, dans la sueur et le sang, fait émerger les fondements historiques de sa destinée contemporaine. Nous lui en sommes d'une grande reconnaissance, et nous invitons tous les guyanais à aller à la découverte de leurs racines. Elie CASTOR
Maire de Sinnamary Président du Conseil Général de la Guyane Député de la Première circonscription

INTRODUCTION

Ce livre n'est pas le travail d'un historien, il est en quelque sorte le fruit des recherches d'un passionné, lancé sur les traces de ses ancêtres, après bien des années de doute sur lui-même, et le monde qui l'entoure, à travers un long périple sur trois continents l'Amérique, l'Europe et l'Afrique. En effet mes premières démarches au Service de l'Etat Civil de Sinnamary, grâce à une étroite collaboration de la Mairie m'ont permis de consulter près de dix mille actes de naissance, de décès et de mariage. Pourtant après maintes reconstitutions de généalogie de ma famille, loin de satisfaire ma curiosité, ces laborieuses investigations n'ont fait qu'attiser ma perplexité devant un certain nombre d'interrogations qui se posaient à moi, cela avec d'autant plus d'acuité que la documentation sur la période esclavagiste est très rare dans le département. Je pris finalement la décision de me rendre dans un premier temps en France, puis au Sénégal sur les traces de KOÏT A mon tri-aïeul soldat Yoloff déporté de Géba en Afrique d'après les notes que j'avais relevées à Sinnamary. En compagnie d'un ami Jonas ALEXIS exalté tout comme moi à l'idée d'un tel retour aux sources, nous nous embarquâmes pour Paris. Nos investigations nous menèrent successivement au Centre d'Accueil et de Recherches des Archives Nationales (C.A.R.A.N.), à la bibliothèque Nationale, puis à Aix en Provence aux archives des Départements d'Outre-Mer. Une fois rendus sur place nous avons eu l'honneur d'avoir accès au registre d'affranchissement des esclaves de 1848 concernant le quartier de Sinnamary. Continuant sur notre lancée, nous prîmes l'avion pour le Sénégal. Après quelques

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jours de recherches aux Archives Nationales, nous sillonnâmes Thies, Kaolac, Bignona, Géba, Marssassoum, Zaguinchor et enfin Kolda. Grâce à l'entremise de Monsieur Papa FALL sous-préfet de Marssassoum nous fûmes présentés à Solyman et Baba KOÏTA. Ce dernier une fois informé du but de notre voyage facilita notre introduction auprès des habitants de Dialambéré, petite localité de Casamance dans le sud du pays, où nous avons été reçus sous le Baobab2 du village. Moment sublime, intense d'émotion où après avoir longtemps parlementé et échangé nos sources par l'intermédiaire de Baba, le griot3 du village nous conta l'histoire des deux frères saraxolets Yassa KoÏTA et Habibuu son jeune frère. Comme chaque année au moment de la traite, ils descendirent, il y a de cela cinq générations de Diawara leur région natale, dans le nord du Sénégal vers le sud du pays, après avoir traversé le royaume du Waloo et du Gaabù, le Siné Saloom, la Gambie jusqu'en Casamance. Là ils se sépareront à Kandiadou sur le fleuve Sougrougrou4, pour ne plus se revoir chacun à la recherche de son destin. Habibuu après avoir guerroyé avec MOUSSAMaLO obtiendra de ce souverain l'autorisation de fonder un village en territoire peul auquel il donnera le nom de Dialambéré. Il épousera une femme de la région et laissera une grande descendance regroupée pour l'essentiel dans le village. Tandis que l'histoire conduira les pas de Yassa sur les rives du fleuve Géba au nord de la guinée Bissau à sa frontière actuelle avec le Sénégal. Capturé peu après lors d'une razzia, il sera vendu aux enchères et racheté par la compagnie N'GALAM pour le compte du gouvernement français, ces dernières précisions ayant été collectées après consultation du dossier d'un procès inhérent à cette affaire et conservé aux archives nationales du Sénégal contenant entre autre la liste des captifs confinés sur un navire négrier. De retour à Dakar une visite s'est imposée à l'lIe de Gorée où comme des millions d'autres Africains, KOÏTA fut embarqué pour l'Amérique via la Guyane en février 1840.

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Une fois revenu au pays, le volume d'informations que j'avais pu collectées durant mon voyage m'ayant incontestablement apporté un éclairage nouveau sur le passé, il m'est apparu indispensable de faire partager à mes compatriotes les résultats de mes travaux. Cette étude volontairement circonscrite à la période esclavagiste traite en premier lieu de l'histoire proprement dite de la commune de Sinnamary. Toutefois indissociable de celle de la Guyane dont il a fallu largement tenir compte, afin d'aider le lecteur à mieux appréhender les essais de généalogie effectués sur la genèse de cinquante noms de familles existant encore dans le département ou ayant laissé des descendants et présentés dans la deuxième partie de l'ouvrage. Ce livre abordant concrètement la réalité du monde colonial, aidera tout un chacun, du moins je l'espère à jeter un regard plus objectif sur cette période. Il met notamment l'accent sur le fait esclavagiste omniprésent, qui, placé à l'échelle de l'histoire du pays est en réalité très proche de nous et conditionne encore bien des aspects de notre comportement dans la vie de tous les jours. En tout état de cause, Sinnamary aujourd'hui résolument engagé vers un avenir spatial, brassera forcément en son sein des hommes et des femmes venus d'horizon les plus divers. Gageons que dans le cadre des perspectives de Sinnamary 2000 panoplies de mesures ambitieuses pour demain, confortée par une meilleure approche de ce qui fut. L'histoire permettra qu'un équilibre réel soit maintenu afin d'assurer une évolution de la cité, où chaque composante de la société trouvera sa juste place.

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PREMIERE PARTIE

CHAPITRE I PREMIERE TENTATIVE DE PEUPLEMENT DE LA GUYANE (Sinnamary - 1624)

Grisés par le mythe de l'Eldorado, la région des Guyanes est prospectée dès les années 1530 par de nombreux conquistadors à la recherche du fameux trésor des Incas. Les côtes de la Guyane française à proprement parlé, sont visitées par des français qui s'y rendent principàlement dans le but de pratiquer des échanges commerciaux avec les autochtones du pays: les indiens. La véritable première tentative de peuplement de la colonie commence avec l'arrivée en 1624 d'un originaire de Lyon nommé CHANTAIL établi précédemment à l'Ile de Saint-Christophe. Il est accompagné des nommés: GUIRY, SERRANT et CHAMBAUT qui sont tous ses parents. Installés sur les rives du fleuve Sinnamary qui leur paraissent propices à un établissement durable, ils reçoivent peu après le renfort d'un ancien officier de la milice de SaintChristophe BURGAU accompagné de quelques compagnons en fuite après une tentative de soulèvement. Plusieurs autres colonies viendront se greffer sur les précédentes, mais obligés de lutter incessamment contre les hollandais et les anglais installés au Surinam puis contre les Indiens Galibis, les colons français n'ont pas le temps de s'adonner à la culture. Incapables de s'approvisionner en vivres, les quelques rescapés dans la plus profonde détresse seront la proie de la maladie et la misère. Ainsi prendra fin cette première tentative de colonisation en 1643.

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Arthur, historien de cette époque, soutient que c'est pendant cette période que la femme d'un certain débauché de réputation du nom de François d'AUBIGNE mit au monde à Sinnamary une fille à qui il donnera le prénom de Françoise. Celle-ci grâce à une vive intelligence et un coup de pouce du destin deviendra la célèbre Madame DE MAINTENON que le Roi LOUIS XIV épousera en 2ème noce en 1684, elle est alors âgée de 59 ans.

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CHAPITRE II L'OCCUP ATlON HOLLANDAISE

Entre 1643 et 1654, deux tentatives de peuplement de la Guyane seront vouées à l'échec: la première constituée par la compagnie du Cap de Nord et l'autre à l'initiative de la compagnie de la terre ferme de l'Amérique ou la France équinoxiale. Les survivants contrairement aux succès de leurs voisins hollandais et portugais se montrent incapables de donner une impulsion au développement de la colonie. En 1656 un groupe de hollandais accompagné de 60 juifs et 80 esclaves noirs chassés de Pernambuc au Brésil relâchent par hasard dans les eaux guyanaises. Devant l'état d'abandon des lieux ils prennent la liberté d'occuper Cayenne et ses environs et se lancent dans les cultures d'exportation telles que le coton, le roucous, l'indigo6 et la canne à sucre qu'ils pratiquent avec le plus grand succès. A Paris, le sieur Lefebre DE LA BARRE, maître de requête et intendant du Bourbonnais, frappé par le désintéressement de la France à l'égard de la colonie de Cayenne, propose à COLBERT, contrôleur des finances, de créer la compagnie de la France équinoxiale "afin de faire voir aux nations de l'Europe que les Français aussi étaient capables de faire réussir les entreprises les plus difficiles à Cayenne". COLBERT l'appuie dans sa démarche et le 11 mai 1664, il mouille devant Cayenne. Les hollandais capitulent dans l'honneur devant la supériorité numérique française. Maître de la colonie, DE LA BARRE renvoie les colons français qui ne veulent point s'atteler

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