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Un golfe pour trois rêves

De
128 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1993
Lecture(s) : 108
EAN13 : 9782296274037
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Un golfe pour trois rêves

Collection «Comprendre le Moyen-Orient»

De la MéditelTanée orientale à l'ancienne Perse, lieu d'émergence

de

prestigieuses civilisations et berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est une région unique par l'importance extraordinaire de ce qu'elle a donné au monde. Aujourd'hui il est le théâtre de tant de drames enchevêtrés que les origines des conflits comme les enjeux en présence se perdent souvent dans le tumulte des combats: vu de l'Occident, il panu"!: eaucoup plus b «compliqué» que jamais, au point que beaucoup renoncent à y voir clair. Il est pourtant indispensable de chercher à comprendre ce qui s'y passe car le destin de cette région nous concerne directement: outre les liens religieux, culturels et politiques que l'histoire a tissés entre nous, les bouleversements constants qui la secouent affectent gravement nos ressources énergétiques, nos équilibres économiques et même notre sécurité. Loin des rigidités idéologiques et des conceptions a priori, cette collection entend contribuer à rendre plus intelligibles ces réalités apparemment insaisissables en publiant des ouvrages capables de susciter une véritable réflexion critique sur les mouvements profonds qui animent ces sociétés aussi bien que sur le jeu complexe des relations internationales. Elle est ouverte à tous ceux qui partagent cette nécessaire ambition intellectuelle.

Jean-Paul Chagnollaud

@ L'Harmattan,

1993

ISBN: 2-7384-1701-9

Noël JEANDET

Un golfe pour trois rêves
Le triangle de crise
Iran, Irak, Arabie
Réflexions géostratégiques sur un quart de siècle de rapports de forces

Editions L'Harmattan 5-7 rue de l'Ecole Polytechnique75005 Paris

«Comprendre le Moyen-Orient»
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud FiTouzeh Nahavandi, Aux sources de la révolution iranienne, Préface de Claude Javeau, 1988.
Doris Bensimon, Les Juifs de France et leurs relations avec Israël

- 1945-

1988, paru en 1989. Nadine Picaudou, Le mouvement national palestinien, Préface de Maxime Rodinson, 1989. Jacques Seguin, Le Liban Sud - Espace périphérique, espace convoité, Préface de Jacques Soppelsa, 1989. Jean-Paul Chagnollaud et Alain Gresh (DiT.), L'Europe et le conflit israélopalestinien: débat à trois voix, 1989. Habib Ishow, Le Koweit, évolution politique, économique et sociale, Préface d'André Bourgey, 1989. Sabah Naaoush, Les dettes extérieures des pays arabes, Préface de JeanPierre Chevalier, 1989. Gérard Heuzé, Iran aufil des jours, Préface de Paul Balta, 1990. Edgar Weber, Imaginaire arabe et contes érotiques, 1990. Ghassan El Ezzi, L'invasion israélienne du Liban, finalités et effets pervers Préface d'Eric Neveu, 1990.
Iolanda et Stéphane Jacquemet, L'olivier et le bulldozer

- Le

paysan

palestinien en Cisjordanie occupée, 1990. Liesl Graz, Le Golfe des turbulences, Préface de Jean Gueyras, 1990. Jean-Paul Chagnollaud,lntifada, vers la paix ou vers la guerre J, 1990. Fernande Schulmann,Les enfants du Juif errant, Itinéraires d'émigrés,199O. Andrea Giardina, Mario Liverani, Biancamaria Scarcia Amoretti, La Palestine, histoire d'une terre, 1990. Aïche Osmanoglu (princesse ottomane 1887-1960), Avec mon père le Sultan Abdulhamid de son palais à la prison, 1991. Raymond Stambouli, Les clefs de Jérusalem - Deux croisades françaises en Egypte (1200-1250), 1991. Mohamed-Chérif Ferjani, Islamisme, laïcité et droits de l'homme, Préface de Ali Mérad, 1991. Fadhel Abdelli-Pasquier La Banque arabe de développement économique en Afrique et la coopération arabo-africaine, Préface de Monique ChemillierGendreau, 1991. Semih Vaner (Dir.), Modernisation autoritaire en Turquie et en/ran, 1991. Yves Besson, Identités et conflits au Proche-Orient,1991. Lenka Bokova, La confrontation franco-syrienne à l'époque du mandat 1925-1927, Préface de Jacques Couland,1991. Falih Mahdi, Fondements et mécanismes de l'Etat en Islam: l'Irak, Préface de Georges Labica,1991.

-

Préface
Objet et méthode

Depuis plus d'un quart de siècle, le Triangle que fonnent les capitales Téhéran, Baghdad et Riyad est le théâtre de changements de régimes, de renversements d'alliances, de manœuvres de déstabilisation en tous genres (y compris le telTorisme d'Etat) qui appellent une réflexion géostratégique: sous «l'écume des jours» le long du Golfe arabo-persique, essayons de retrouver la mer et ses amplitudes diurnes et nocturnes de marée. L'analyste étranger, en effet, ressent bien qu'au-delà de la volonté affichée de puissance, du recours constant à l' anne du pétrole (et donc du gaz) et enfin de l'exaspération des spécificités religieuses au sein de l'Islam et de la Communauté des croyants (Umma), des forces obscures dictent leur comportement aux dirigeants régionaux, que ce soit pendant la décennie 1970 ou celle de notre fin de siècle. On constate qu'avec des idéologies souvent opposées, des régimes politico-sociaux différents et des leaders charismatiques atypiques, les trois pays du Triangle de crise considéré poursuivQl1t des objectifs anciens avec de nouvelles annes. C'est à ce paradoxe constant, à ce mélange de continuité et de rupture caractéristique des pays de la région que nous allons consacrer cette analyse. 7

Un seul chapitre sera réservé à l'Etat de Koweit, fragile depuis son indépendance en 1961, situé au centre du Triangle. Lorsque la crise de juillet 1990 atteint son paroxysme, l'Emirat devient un simple «fusible» et son invasion quasi inéluctable. La méthode suivie sera celle des récentes écoles de géopolitique ou de géostratégie: il sera donc dressé le tableau, pays par pays, des menaces internes et des menaces externes, et on tentera d'évaluer la possibilité de chacun de se «projeter» dans l'espace de l'autre selon le concept du géographe allemand Ratzel. Comme outils d'analyse il est fait appel tour à tour aux «hauts faits» de l'Histoire Ancienne (qui justifient souvent la politique de force actuelle), à l'eau (Irak, pays des deux fleuves), à la démographie, à la spécificité ethnique ou religieuse, et enfin à la richesse énergétique (pétrole, gaz naturel).

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Introduction

«L'Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. Ses propriétés sont bien connues. Il fait rêver, il enivre les peuples, leur engendre de faux souvenirs, exagère leurs réflexes, entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos, les conduit au délire des grandeurs ou à celui de la persécution et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. L'Histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rigoureusement rien car elle contient tout et donne des exemples de tout». Cette pensée de Paul Valéryl s'applique parfaitement à l'Iran, l'Irak et l'Arabie Séoudite qui ne cessent depuis vingtcinq ans et plus de se livrer à des opérations occultes de déstabilisation ou bien à des guerres, comme ce fut le cas en septembre 1980 entre l'Irak et l'Iran, puis en août 1990 avec l'invasion du Koweit par les troupes de Baghdad. L'approche géostratégique de la situation en cette fin de siècle ne peut être directement abordée sans le rappel de quelques faits historiques anciens qui hantent les rêves des dirigeants actuels: - Sumer, Babylone, les abbâssides, «âge d'or» de l'Irak, - Persépolis, Suse, les achéménides, «âge d'or» de la dynastie des Pahlevi, - Mahomet, la révélation coranique, la garde des Lieux Saints, raisons d'être de la dynastie des Al Saoud.

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IRAK Age d'or mythique et poussées de mégalomanie
Aussi bien sous la monarchie hachémite que sous le régime républicain baathiste qui lui a succédé en Irak, dirigeants, responsables de médias, historiens thuriféraires ainsi qu'enseignants zélés ont multiplié les rappels de deux «âges d' or» (civilisation mésopotamienne, Califat abbâsside) pour mieux présenter Saddam Hussein comme I'homme nouveau, fondateur d'un Irak qui connaîtra un autre «âge d'or» tant au plan intérieur qu'extérieur (rassembleur de la nation arabe, éventuellement vainqueur d'Israël). Il est exact que la Mésopotamie du 6ème millénaire avant Jésus Christ constitue déjà un centre de civilisation unique en son genre puisqu'il bénéficie de deux richesses sur un seul site: «pays des deux fleuves» (Mésos et Potamos), il représente une surface d'environ 370.000 km2, et permet à l'homme d'établir des cités-états où l'agriculture se développe grâce à l'irrigation pérenne par construction de canaux à ciel ouvert. L'argile fertile des alluvions, l'emploi rationnel d'une main d'œuvre servile, tout concourt à faire de Samarra, Suse et Ur des lieux d'une organisation - sophistiquée pour l'époque - de l'espace économico-social. Il convient à ce propos d'avoir présente à l'esprit la thèse de Karl Wittfogel sur le «despotisme asiatique»2, «étude comparative du pouvoir totalitaire» où l'on constate qu'à 11

Babylone, Sumer ou Ur s'édifie au fil des ans une société hydraulique où s'exercent simultanément le «pouvoir total, la terreur totale, la soumission totale et enfin la totale solitude» du sujet par rapport au système où il vit. Le fait patent est qu'à cette époque l'organisation rationnelle d'une société hydraulique entraîne la création rapide d'une bureaucratie de type capitaliste assise sur une main-d'œuvre assujettie au travail, sur l'image terrifiante de l'autorité et le rôle prépondérant dévolu à la théocratie et à ses prêtres. Inventeurs de l'écriture cunéiforme, de notions basiques de mathématiques appliquées et d'astronomie pratique, constructeurs de temples (ziggourat), hydrauliciens ingénieux, les hommes du pays des deux fleuves, surtout pendant la période babylonienne, marquent une phase de l'histoire de l'Humanité alors que dans les autres continents le développement balbutie. Il est également exact d'affirmer qu'à cette époque la Mésopotamie constitue un trait d'union entre l'Inde et la Méditerranée, un lieu exceptionnel d'échanges commerciaux où affluent les bois et les minerais travaillés, en contrepartie d'objets nés d'une civilisation qui sait combiner à merveille l'argile, le roseau et le bitume (liant et isolant à la fois). Déjà le «Chatt El Arab» (bassin alluvionnaire du Tigre et de l'Euphrate se jetant dans le Golfe) joue le rôle de veine jugulaire des transports maritimes durant ces deux millénaires. Si l'on y ajoute la période fastueuse des abbâssides (7501258) où le monde arabo-musulman fixe son centre à Baghdad jusqu'à la conquête de la capitale par les hordes mongoles d'Houlagou, force est de constater que l'appareil de propagande baathiste et ses thuriféraires habituels, dans un pays qui a naturellement le culte du chef, ne pouvaient qu'exalter ces deux «âges d'or» et en promettre un troisième pour la fin de ce millénaire, avec l'Irak tout à la fois doté d'immenses richesses énergétiques (pétrole-gaz), d'un potentiel hydraulique (donc agricole) et d'une démographie en phase avec le P.N.B. marchand du pays. Par le biais d'achats massifs à crédit d'armement à des fournisseurs en situation de concurrence et de compétition permanentes, Baghdad croit 12