Apprendre et enseigner le français en France

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Comment l'enseignant peut-il concrètement gérer des classes avec des élèves d'origines culturelles différentes, hommes et femmes, jeunes et vieux, migrants économiques et réfugiés ?... Il n'est pas possible pour l'enseignant de ne pas prendre en compte la diversité de leurs appartenances, mais il lui est tout aussi impossible d'avoir toutes les connaissances qu'exigerait a priori un tel "échange équitable". Voici un véritable manuel de formation à l'enseignement apprentissage du "français langue seconde en France".

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Date de parution 01 avril 2006
Nombre de visites sur la page 185
EAN13 9782336254739
Langue Français

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PREFACE
C'est pour moi un grand honneur de préfacer le
dernier ouvrage d'un homme d'expérience, de réflexion et
de conviction tel que Gilles Verbunt. Ce qui me l'a valu,
c'est sans doute mon statut de didacticien des
languescultures et de formateur d'enseignants, et c'est sur lui que
je voudrais m'appuyer dans les quelques lignes qui
suivent.
Cet ouvrage me paraît fournir à la réflexion
didactique actuelle un certain nombre d'apports de toute
première importance et actualité!:
1) Il replace la question de l'interculturalité _!trop
souvent pensée depuis trois décennies en didactique des
langues-cultures comme un contact entre cultures
d’origine, avec les risques de «!culturalisme!» que cela
implique!_ par celle d'un contact entre des enseignants et
des apprenants dont ces cultures ne sont que l'un des
éléments d'une relation humaine heureusement bien plus
complexe, parce qu’en particulier dépendante de la
singularité de l’échange situé.
2) Il enrichit de ce fait la «!dimension affective!» de
la classe de langue !— qui est, selon une typologie Apprendre et enseigner le français8
classique dans ma discipline, l'une des trois dimensions
fondamentales avec le communicatif et cognitif! — de
toute la profondeur d’un «!humanisme!» dans le sens le
plus fort du terme, qui amène Gilles Verbunt jusqu'à faire
de la classe de langue-culture, avant l'enjeu de
l'enseignement-apprentissage de la langue et même celui
de la découverte d'une autre culture sociale, le lieu d'une
rencontre humaine où l'enseignant a tout autant à
apprendre de ses «!apprenants!». Ce texte introduit par là
dans la réflexion en didactique de langues-cultures les
notions modernes, déjà bien implantées sinon mises en
oeuvre par ailleurs, d'!«!échange équitable!» comme
condition d'un «!développement durable!» solidaire.
3) Il aborde la question de la relation langue-culture
française avec la perspective, trop peu présente dans la
réflexion française en didactique des langues-cultures
jusqu’à présent, d'un étranger venu s'installer et enseigner
le français langue étrangère-langue seconde (FLE-FLS) en
France!: Gilles Verbunt a lui-même vécu dans les
premières années de son arrivée en France cette même
sensation d'!«!étrangeté!» que vivent les apprenants
étrangers en France...!: il s'en souvient très bien et le
rappelle très bien!!
En tant que directeur de recherches «!corrigeant!» les
textes de mes apprentis-chercheurs (mémoires et thèses),
j'ai été particulièrement sensible (parce que je m’y suis
retrouvé d'un seul coup «!touché-coulé!», comme on dit
dans le jeu de bataille navale...) à ce passage où il moque
gentiment cette priorité que les Français accordent à la
linéarité de l'écriture aux dépens d'autres structures
discursives tout aussi efficaces!: en France on approfondit
linéairement (on «!creuse!»... au risque de s'enterrer toutPréface 9
seul!!) alors que dans d'autres pays on s'!«!élève!» en
spirale en se resituant constamment vis-à-vis de ses
lecteurs par rapport à sa problématique générale!; dans un
cas ce qui s'impose est une logique formelle de
progression rhétorique («!Où est-ce que j'en suis dans mon
propre discours en fonction de ses propres règles?!»), dans
l'autre une logique pragmatique de pertinence et
d'efficacité par rapport à un projet que je cherche à faire
partager à mes destinataires («!Où est-ce que j'en suis dans
le parcours que je propose à mes interlocuteurs, en
fonction de leur accord prévisible?!»).
Mais quant à l'intérêt de ce regard extérieur,
l'ouvrage de Gilles Verbunt fourmille d'autres exemples
sûrement plus parlants pour tous les Français, enseignants
ou «!amis!», et qui leur feront prendre conscience qu'en
tant que natifs, précisément parce qu'ils ont grandi dans
cette langue-culture qu'ils enseignent, ils ont difficilement
conscience de ses spécificités-étrangetés aux yeux de leurs
apprenants, et qu'ils ont de ce fait des efforts tout
particuliers à faire de décentration à la fois linguistique et
culturelle. Sur ce point essentiel, cet ouvrage de Gilles
Verbunt me paraît constituer un très efficace outil de
formation initiale des enseignants de langue-culture
française en France.
4) Il renouvelle la thématique de la «!centration sur
l'apprenant!». Celle-ci est très présente en didactique des
langues-cultures depuis maintenant trois décennies, mais
je n'ai jamais vu avant ce texte de Gilles Verbunt aussi
clairement affirmé et aussi efficacement illustré le fait que
cette centration sur l'apprenant implique nécessairement
une «!décentration de l'enseignant!» à la fois par rapport à
sa propre langue et par rapport à sa propre culture. Apprendre et enseigner le français10
La question reste posée de savoir où doit se situer,
pour l'enseignant, le curseur entre le respect de la
langueculture de ses apprenants et l'exigence de décentration
(partagée...) vis-à-vis de cette langue-culture nécessaire
aux apprenants pour leur intégration ou du moins leur
insertion en France.
Je ne pense pas que Gilles Verbunt me contredise si
je dis ici que la réponse est forcément contextuelle... parce
qu'éminemment humaine.
Christian Puren
Professeur des Universités à l'Université
Jean Monnet de Saint-Étienne
CELEC-CEDICLEC EA 3069
Novembre 2005Introduction
Voici le témoignage d’un voyageur qui aime visiter
les langues, d’un jeune Néerlandais qui a quitté les
PaysBas il y a plus de quarante ans, après avoir goûté quelques
années aux métiers de journaliste et d’enseignant, et s’est
aventuré en France pour finalement y prendre sa retraite.
Aventure passionnante, exaltante et pénible. Exaltante,
parce que de nouveaux horizons pleins de promesses de
développement personnel se dessinent. Pénible non
seulement parce que la maîtrise imparfaite de la langue
française complique la vie quotidienne, mais aussi à cause
du manque de reconnaissance sociale!: toute ma
connaissance et toute mon expérience pédagogique
antérieures avaient subi un sort semblable à celui des
actions d’Eurotunnel en bourse. Aux Pays-Bas, j’avais
préparé et acquis un diplôme pour enseigner le français!;
en France, je me suis trouvé dans la situation d’enseigner
d’autres langues aux petits Français, puis le français aux
adultes immigrés, pour enfin, dans le cadre de la formation
continue, parler souvent de la langue française et aider les
futurs formateurs en FLE (Français Langue Étrangère) et
FLS (Français Langue Seconde) à se préparer à leur tâche.
Pendant tout ce temps, en écrivant et en parlant, j’ai
bénéficié moi-même de l’aide d’amis et de collègues qui