Les métiers des jeux vidéo et de l'animation

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Doit-on forcément être un hardcore gamer pour travailler dans les jeux vidéo ? Quel type de formation suivre et comment la choisir? Dans quel type de société postuler? Comment créer sa boîte? Etc. Retrouver dans cet e-book, toutes les réponses à vos interrogations, pour vous aider à choisir votre formation et à réussir votre entrée sur le marché de l'emploi. Accédez en un clic aux nombreux conseils et témoignages qui vous aideront à percevoir la réalité du terrain et la variété des métiers et formations en rapport avec les jeux vidéo.

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École pour l'informatique et les nouvelles technologies
BTS
Métier
Journaliste
Licence professionnelle
Développeur
Testeur
École nationale supérieure des arts décoratifs
Écoles d'art en France
Diplôme universitaire de technologie - Services et réseaux de communication
Critique
Hardcore gamer
Critique (revue)
Formation
Emploi
Alternance
Chef de produit
École de commerce
École supérieure de génie informatique
Apprentissage
Créajeux
Game design
Institut supérieur de l'art digital
Studio
École nationale du jeu et des médias interactifs numériques
Secteur
Hautes études des technologies de l'information et de la communication
École des métiers du cinéma d'animation
Animation 3D
Concepteur de jeux
Stage (homonymie)
Étranger
Ingénieur
Jeu vidéo
Art
Gobelins
Animation
Scénariste de jeu vidéo
FAC
Producer
Scenario
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LISAA
Game Design Workshop
Hardcore Gamer
Supinfogame
Dut
Beaux Arts
création d'entreprise

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Ajouté le 03 mars 2014
Nombre de lectures 557
Langue Français
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549-014 22/10/13 11:17 Page1
e6 édition
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO
ET DE L’ANIMATION
L’auteur
RICHE EN CONSEILS ET Diplômé de
Sciences po ParisTÉMOIGNAGES, CE GUIDE VOUS
et du mastère
AIDE À PERCEVOIR LA RÉALITÉ médias de l’ESCP
Europe, Jean-DU TERRAIN ET LA VARIÉTÉ
Michel Oullion,
DES MÉTIERS ET FORMATIONS après avoir
travaillé DE CES SECTEURS.
vingt ans dans LES MÉTIERS le multimédia
et Internet, est
responsable deDoit-on forcément être un communication
interne au sein« hardcore gamer » ? d’un grand groupe
bancaire. DES JEUX VIDÉO
Quel est le niveau informatique
requis pour développer un jeu
vidéo ? ET DEQuel type de formation suivre et
comment la choisir ?
Dans quel type de société L’ANIMATIONpostuler ? À lire
sur le mêmeComment créer sa « boîte » ?
sujet...
} Les Métiers
d’InternetToutes les réponses à Producer
} Les Métiers vos interrogations pour
du cinémavous aider à choisir votre Testeur
} Le Grand Livreformation et à réussir
des métiersvotre entrée sur le marché Infographiste
de l’emploi.
3D
Chef de
12,90 € produit…
549
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATIONLES MÉTIERS
DES JEUX VIDÉO
ET DE L’ANIMATION
Jean-Michel OullionEP549_CV_JEUX_VIDEO_Mise en page 1 10/10/13 18:22 Page1EP549_CV_JEUX_VIDEO_Mise en page 1 10/10/13 18:22 Page1EP549_CV_JEUX_VIDEO_Mise en page 1 10/10/13 18:22 Page1Sommaire
Comment fabrique-t-on un jeu vidéo ? 12
Faut-il avoir fait des études
pour travailler dans les jeux vidéo ? 20
Devenir riche avec les jeux vidéo,
c’est possible ? 25
Doit-on forcément être
un hardcore gamer ? 32
Est-ce vrai qu’on passe son temps
à jouer dans un studio ? 35
Quel est le rôle du scénariste
dans un jeu vidéo ? 40
Comment devient-on game designer ? 44
Faut-il être un artiste
pour faire de l’infographie 3D ? 53
Comment se mettre au modelage
et à l’animation 3D ? 61
Quel niveau d’informatique faut-il avoir pour programmer un jeu
vidéo ? 68
En quoi consiste le métier
de producer de jeux vidéo ? 75
Testeur de jeu : une bonne porte d’entrée dans le secteur ? 85
Puis-je concilier mon goût
pour la musique avec les jeux vidéo ? 90
Comment vend-on un jeu vidéo ? 96
Faut-il être journaliste pour être critique de jeux vidéo ? 104
Comment choisir sa formation ? 110
6Peut-on faire des jeux vidéo
avec un BTS ou un DUT ? 115
Existe-t-il des écoles uniquement dédiées au jeu vidéo ? 122
En dehors des écoles de jeux vidéo, quelles sont les formations dans
le domaine de l’art et de la com’ ? 133
Quelles sont les formations en écoles
de commerce ou écoles d’ingénieurs appréciées dans ce secteur ?
144
Est-ce qu’on peut se former
au jeu vidéo à la fac ? 152
Dans quel type de société
faut-il postuler ? 166
Le stage est-il la bonne formule
pour entrer dans le secteur ? 173
Comment trouver un job
dans les jeux vidéo ? 176
Peut-on booster sa carrière à l’étranger ? 187
Le jeu vidéo est-il un secteur
qui recrute ? 195
Et si la solution, c’était de créer
sa « boîte » ? 204
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 7Introduction
Les guides de l’Etudiant répondent à vos questions sur
l’orientation. À partir d’une méthode simple : vous écouter.
Vous le constaterez aisément, les questions qui structurent
ce livre sont les vôtres. Nous les avons collectées au cours
des conférences organisées sur ce thème lors de nos divers
Salons, partout en France, et dans les forums ouverts
sur http://www.letudiant.fr. Pour y répondre, nous nous
sommes appuyés sur l’expérience d’enseignants, de
responsables de formation, mais aussi sur les témoignages
d’étudiants ou de professionnels. Pour vous guider au mieux,
nous avons complété le texte de repères utiles : les
principaux points à retenir, des références à d’autres
publications, des liens Internet… Dans un même ouvrage sont ainsi
rassemblés tous les ingrédients qui vont vous permettre
d’amorcer votre réfexion.
Parallèlement à cette lecture, vous pouvez suivre sur
www.letudiant.fr les dernières évolutions des flières ou des
métiers qui vous intéressent. Nous vous invitons en outre à
vous abonner à sa lettre d’information hebdomadaire
(gratuite) : elle vous signalera nos nouveautés et vous alertera
sur les étapes clés de l’orientation. Ce suivi est fondamental.
8Vous le savez : bien s’orienter, c’est d’abord bien s’informer.
Parce que notre enseignement supérieur est d’une
redoutable complexité. Parce que la richesse des flières demeure,
pour beaucoup, un trésor caché. Parce que la puissance des
représentations est parfois terrifante et qu’elle stérilise l’ima -
gination.
Ce livre est donc une porte d’entrée. À vous d’enrichir votre
projet en rencontrant des étudiants et des responsables
de formation, dans leurs établissements ou lors des
manifestations qui ponctuent l’année – l’Etudiant en organise
plus de 60 sur l’ensemble du territoire. À vous de piocher
dans notre liste d’établissements (plus de 5 000 !) en vous
connectant sur www.letudiant.fr pour découvrir leurs offres
en détail. À vous aussi de confronter vos projets à vos
capacités, vos désirs à la réalité, et si ces désirs vous semblent
fous ou diffcilement formulables, prenez conseil auprès de
spécialistes (les nôtres vous aident de manière individualisée
à travers notre offre « l’Etudiant Coaching Orientation »).
Bonne lecture, et à bientôt !
Emmanuel Davidenkoff
Directeur de la rédaction de l’Etudiant
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 9Comment fabrique-t-on un jeu vidéo ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p. 12
Faut-il avoir fait des études pour travailler
dans les jeux vidéo ? ..................................................... p. 20
Devenir riche avec les jeux vidéo, c’est possible ? .............. p. 25
Doit-on forcément être un hardcore gamer ? ..................... p. 32
Est-ce vrai qu’on passe son temps à jouer dans un studio ? p. 35Travailler dans
les jeux vidéo :
la réalité
du terrain1 Comment fabrique-t-on un jeu vidéo ?
Quiconque a joué à un jeu vidéo sait qu’il existe une grande
diversité de genres pour séduire tous les publics : les jeux
de plateformes, les shoot them up (jeux de destruction), les
beat them up (jeux de duel), les FPS (First Person Shooter,
jeux de tir en vue subjective), les jeux de stratégie, les
simulations, les jeux d’aventure, les RPG (Role Playing Game,
jeux de rôle vidéo), etc. La plupart de ces catégories se
chevauchent souvent, donnant naissance à des jeux hybrides
mêlant les éléments de plusieurs genres populaires.
Créer un jeu vidéo, de l’idée de départ jusqu’à sa mise sur le
marché, est une entreprise collective de longue haleine qui
mobilise une équipe de concepteurs, d’artistes et de
techniciens – parfois plusieurs dizaines de personnes – sur une
longue période, plusieurs mois, voire plusieurs années sur
les très grosses productions.
UN PROJET EN QUATRE ÉTAPES
L’équipe de production comprend des personnalités
polyvalentes et travaille sous la baguette d’un chef d’orchestre,
le chef de projet, qui est le garant de la bonne fn du projet.
La réfexion marketing en amont
Tout jeu naît d’une idée. Mais comme toute idée ne fait
pas forcément un bon jeu, elle est décortiquée par des
responsables marketing qui en souligneront les faiblesses. Le
12concept est passé au fltre de questions cruciales telles que :
pour quel public de joueurs est-il conçu ? Est-ce un concept
à la mode en ce moment ? S’agit-il d’un jeu complètement
inédit ou d’une variation d’un jeu déjà existant ? Sur quelles
innovations technologiques s’appuiera-t-il ? S’y ajouteront
une foule d’autres questions destinées à trouver tous les
arguments pour… renoncer au projet.
La conception
Le synopsis. Si l’idée est acceptée, commence alors la phase
de conception, celle où l’on confe à un scénariste le soin
de rédiger un synopsis, c’est-à-dire un bref développement
écrit, à partir de l’idée initiale. Ce document n’est pas encore
le scénario, mais un résumé du concept en quelques pages.
La recherche graphique. Ce travail peut s’accompagner d’une
recherche graphique sur papier afn de donner une première
vision d’un univers et des personnages. Lorsque le jeu ne
comporte pas d’histoire à proprement parler, c’est plutôt le game
designer qui intervient pour conceptualiser les futurs niveaux
du jeu. Cette phase, qui peut s’étendre sur plusieurs mois,
consiste donc à jeter les grandes lignes du jeu, à en défnir son
atmosphère générale ainsi que la personnalité des
personnages principaux lorsqu’il s’agit d’un jeu basé sur une fction.
Le scénariste ou le game designer prendront des options
sur le point de vue du joueur et la tonalité du jeu
(angoissante, humoristique, réaliste ou délirante).
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 13Un comité éditorial étudie ces ébauches. C’est lui qui rend un
verdict positif ou négatif. Il faut savoir qu’une production
peut s’interrompre à tout moment. Lors de cette première
phase, les enjeux sont considérables : on peut décider de
l’opportunité ou non d’investir plusieurs dizaines de
millions d’euros dans un projet !
La préproduction
La nomination d’un chef de projet. Dès que le feu vert est
donné, on désigne un chef de projet qui forme son équipe
en fonction des besoins. Pour affner cette tâche, le chef de
projet doit souvent attendre que le projet soit bien avancé.
Dans un premier temps, il aide le scénariste à accoucher
d’une histoire cohérente. Dans la plupart des cas, la
rédaction du scénario donne naissance à une représentation
graphique (le story-board) qui permet de visualiser les
principales scènes d’action. Les éléments narratifs sont
décryptés sur le plan technique par un responsable informatique
(lead programmer) et sur le plan visuel par un directeur
artistique. Chacun s’assure dans son domaine que ce que
prévoit le scénario est réalisable ou, au contraire, anticipe
les éventuels problèmes de réalisation.
La « démo d’évaluation ». En parallèle, pour valider l’idée de
départ, on travaille à la réalisation d’une maquette
fonctionnelle – aussi appelée « démo d’évaluation » –, autrement dit
une séquence jouable de quelques minutes qui offre une
première esthétique du jeu et une idée assez fdèle du
14design de navigation. À cette fn, le chef de projet élabore
un cahier des charges, qui deviendra la « bible » contenant
l’ensemble des tâches à réaliser, ainsi que le rôle de chacun.
Une « bible qui grossit ». De son côté, le game designer est
chargé de conceptualiser et de rendre cohérent le jeu. Son
travail sera consigné dans la « bible », de même que celui
du concepteur de niveaux de jeu (level designer) qui décrit
les principales étapes du jeu, les obstacles rencontrés, les
ennemis à combattre, les récompenses attribuées, etc. Le
directeur artistique (lead artist) fournit ses ébauches sur les
décors, les personnages, les objets du jeu. Lors de la
préproduction, un sound designer peut déjà intervenir pour
esquisser le style musical et l’ambiance sonore du futur jeu.
La production
C’est la phase « industrielle » du projet. Les éléments de
conception ont été validés et leur réalisation est répartie
entre les différents intervenants. Avec le prototype comme
modèle, les artistes et les développeurs se mettent au travail.
Les graphistes. Ils réalisent tous les écrans du jeu (décors,
personnages, objets), tandis que les animateurs les mettent
en mouvement dans un environnement 3D.
Les programmeurs. De leur côté, ils élaborent simultanément
le code informatique du jeu et l’interactivité du programme
d’après le cahier des charges, puis les intégrateurs – souvent,
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 15ce sont les mêmes – intègrent tous les éléments (fichiers
images, sons, vidéo, etc.) dans une architecture centrale.
Le scénariste. Il rédige les dialogues complets du jeu qui sont
traduits dans toutes les langues prévues, puis enregistrés
dans un studio après un casting voix, alors qu’un
compositeur crée une musique inédite pour le jeu.
Le chef de projet. Il songe déjà au plan de communication
et commence en amont à échanger avec des journalistes,
fournit des visuels pour le marketing et participe au choix
du titre du jeu et à son packaging.
LES VERSIONS INTERMÉDIAIRES D’UN JEU
La division du travail n’offre pas toujours une vision
d’ensemble claire du projet. C’est pourquoi, pour mesurer
l’avancée du projet, on se réfère aux étapes majeures que
sont les versions intermédiaires du jeu.
Alpha et bêta
La version « alpha ». C’est une version peu avancée – moins
de la moitié du jeu fnal – mais jouable, qui permet
d’effectuer les premiers tests techniques et de modifer le gameplay
en fonction des réactions des premiers utilisateurs du jeu.
La version « bêta » fait suite. Elle correspond à un jeu complet,
jouable de bout en bout mais qui n’a pas été testé.
D’ailleurs, les tests interviennent assez tôt dans le processus de
16production sous la forme d’échanges permanents entre
les testeurs et les développeurs.
Gold Master
Au fnal, on aboutit à une version jugée fable et commercia -
lisable, qu’on appelle Gold Master. C’est cette version unique
que le chef de projet envoie à l’usine de pressage pour
duplication et emballage dans le packaging fnal. Pour certaines
versions (jeu sur consoles Wii, Playstation ou XBox), l’envoi
au pressage est précédé d’une phase préalable de validation
(approval) par Nintendo, Sony ou Microsoft.
UNE AUTRE CONCEPTION :
LESJEUX EN LIGNE OU SUR MOBILE
Ces dernières années, deux types de jeux ont connu un
vif succès : les jeux en réseau et les jeux pour téléphones
portables et smartphones. Selon les projections du cabinet
PricewaterhouseCoopers, le marché mondial des jeux tous
segments confondus (pour consoles de salon, consoles
portables et PC, etc.) devrait atteindre 87 milliards de
dollars en 2014, dont 30,6 milliards pour les jeux en ligne et
13,1 milliards pour les jeux sur mobile.
Les jeux en réseau : du travail en permanence
Ces jeux recrutent tellement de passionnés qu’on a dû
inventer une nouvelle expression pour les designers, celle
de « jeux en ligne massivement multijoueurs » (ou MMOG,
Massively Multiplayer Online Game). Dans la réalité, ce sont
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 17des milliers, voire des dizaines de milliers de participants qui
s’activent en même temps, dans le même monde virtuel.
Le MMOG comprend plusieurs sous-genres. Le plus populaire
d’entre eux est le MMORPG (Massively Multiplayer Online
Role Playing Game), jeu de rôle qui se joue à plusieurs
milliers de joueurs, mais il y a également le MMOFPS (Massively
Multiplayer Online First Person Shooter), jeu de tir collectif,
et le MMORTS (Massively Multiplayer Online Real-Time
Strategy), jeu de stratégie en temps réel à grand nombre
de joueurs. Aujourd’hui, le jeu World of Warcraft, également
connu sous les abréviations WoW, WOW ou wow, est le jeu
en réseau le plus populaire au monde (fn 2013, environ
7,5 millions de joueurs abonnés ont un compte actif).
Des jeux qui supposent moins de travail au niveau de la
distribution. Il faut cependant « marketer » le jeu, en plus de suivre
des étapes de travail supplémentaires : la maintenance (avoir
des serveurs qui fonctionnent), l’évolution, la régulation et
l’animation du jeu ensuite. Il revient aux community
managers (ou game masters) de veiller au bon déroulement des
sessions de jeu et au respect des règles par les joueurs.
Les jeux sur portable : un nouveau flon pour
les créateurs
Pour toucher un très large public qui ne joue
qu’épisodiquement, rien ne vaut le téléphone mobile. De l’avis des
spécialistes, la marge de progression de cette nouvelle
18branche reste énorme. Certes, les graphismes et
l’animation restent en deçà des prouesses technologiques
des consoles, mais l’engouement est là et la technologie
s’améliore sans arrêt. Le succès des smartphones et des
tablettes a propulsé sur le devant
À retenirde la scène de « petites applis » qui
1\ Créer un jeu demande arrivent à intégrer des animations
du temps !
en 3D et un univers sonore sophis- 2\ La création d’un jeu
est un travail d’équipe.tiqué. La nature communicante par
3\ Les jeux pour mobiles essence des téléphones leur permet
sont en pleine expansion.
d’héberger de plus en plus des jeux
multijoueurs. Si de tels programmes sont à la portée d’une
toute petite structure – une personne parfois –, leur
production requiert, en général, six à huit mois de travail.
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 192 Faut-il avoir fait des études
pour travailler dans les jeux vidéo ?
Longtemps a prévalu l’idée que, pour faire carrière dans les
jeux vidéo, les diplômes étaient accessoires. Aujourd’hui, la
passion du jeu ne suffit plus. « Désormais, des formations
spécialisées permettent de se former à des métiers précis du
secteur comme, par exemple, animateur 3D, game designer,
programmeur de jeu, ergonome, etc. », rappelle quand même
Carole Faure, directrice du MBA spécialisé Video Game
Management à l’institut de l’Internet et du multimédia
Léonard-deVinci. Et s’ils deviennent une espèce en voie de disparition, les
autodidactes enthousiastes n’ont pas dit leur dernier mot.
LE NIVEAU EXIGÉ EST DE PLUS EN PLUS ÉLEVÉ
Compte tenu des enjeux financiers et commerciaux, les
entreprises recherchent plutôt des personnes bien formées,
capables de participer effcacement à un processus de
production de plus en plus industrialisé. Les professionnels du
jeu redoutent les « bidouilleurs » solitaires, diffciles à enca -
drer. Aussi, pour les professionnels, un diplôme est-il un
gage d’un certain savoir-faire.
Des salariés jeunes et très diplômés
Une première enquête de l’AFJV (Agence française du jeu
vidéo) en 2008 sur les ressources humaines dans les jeux
vidéo révèle qu’environ 75 % des travailleurs dans les jeux
vidéo ont entre 23 et 33 ans.
20Les salariés du jeu vidéo ont pour particularité d’être peu
expérimentés puisque, toujours selon l’AFJV, environ 22 %
d’entre eux travaillent dans le jeu vidéo depuis un an ou
moins, contre 45 % avec une expérience d’au moins trois
ans. Les travailleurs hyper-expérimentés (plus de quinze ans
d’expérience) sont largement minoritaires (3 %).
Pour en savoir plus, consultez www.afjv.com.@
Les autodidactes sont très minoritaires
Une seconde enquête, menée en 2009 par le SNJV (Syndicat
national du jeu vidéo) sur la formation initiale dans l’industrie
des jeux vidéo en France, confrme qu’il s’agit d’un « secteur
hautement qualifé, à la recherche de profls expérimentés ».
Selon cette enquête, 75 % des salariés du secteur ont une
formation supérieure : si 42 % des salariés sont embauchés
avec au moins un master ou un diplôme d’école
d’ingénieurs ou d’école de commerce, si 22 % sont recrutés au
niveau licence générale ou professionnelle, seulement 8 %
sont embauchés au niveau bac et 7 % sans aucun diplôme.
À l’embauche, le niveau d’études apparaît comme un
paramètre important pour 63 % des recruteurs. S’y ajoute
l’expérience, jugée comme un critère primordial par 58 %
des personnes interrogées. Dans le jeu vidéo, diffcile donc
d’échapper au duo formation-expérience.
Pour en savoir plus, consultez www.snjv.org.@
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 21 TOUS LES CHEMINS MÈNENT AU JEU VIDÉO
Demandez aux professionnels du jeu comment ils sont
arrivés à leur poste actuel. Tous ou presque vous diront qu’ils
sont tombés dans la marmite du jeu vidéo lorsqu’ils étaient
petits. C’est le syndrome Obélix.
Entre hasard et passion
Ce sont les jeux de rôle et l’envie d’écrire qui ont conduit
Carole Vaudry, qui a été game master chez Aeria Games et
Frima Studio, vers les jeux vidéo : « J’ai fait une prépa
littéraire, avec grec ancien et latin, une licence d’histoire et une
licence LEA (langues étrangères appliquées), puis j’ai entamé
une maîtrise d’histoire, restée inachevée. Dans le même
temps, je nourrissais une passion pour l’univers des jeux de
rôle – j’ai été abonnée à Dragon Magazine par exemple.
Sur Internet, j’ai joué à des RPG et me suis inscrite à divers
forums Harry-Potter. C’est via ces derniers que je me suis liée
avec des gens ayant des projets de jeux (Samoth, Lumos).
Comme j’ai toujours aimé écrire, j’ai décidé de participer
à ces projets. Côté études, je souhaitais faire de l’écriture
mon métier et j’ai alors opté pour le master professionnel
J-Infocom à l’École de journalisme et de communication de
Marseille. Alors que je commençais la formation, j’ai réalisé
que les jeux vidéo pouvaient m’apporter plus qu’un simple
loisir. Grâce à un contact de mon frère, j’ai pu effectuer un
premier, puis un second stage dans le monde des jeux. Le
master intègre également une formation de chef de projet
Web, qui a enrichi mes compétences. »
22Le doigt dans l’engrenage
« C’est une véritable passion qui date de la première fois où j’ai
vu qu’on pouvait jouer sur un écran, se souvient David Jeanne,
game designer chez Brain Candy et consultant ergonome chez
Bertin Technologies. Mes premiers souvenirs remontent à une
soirée passée devant un jeu à la Asteroïds sur Atari et un vieil
Oryc Atmos que mon père avait pris à la maison. J’ai ensuite
été bercé par les ordinateurs d’Atari, les Nintendo, les
Playstation et toujours avec un PC à côté pour les jeux moins adaptés
aux consoles. Rien ne valait une séance devant Dungeon
Master, une nuit à découvrir le voyage scénaristique de Final
Fantasy 6 ou un tournoi de Mario Kart. Ensuite, je suis tombé dans
les jeux de rôle ; j’ai passé pas mal d’années à expérimenter
cette nouvelle forme de jeu aux possibilités virtuellement sans
limites. Au-delà de l’aspect vidéoludique, j’ai passé du temps
en milieu associatif “rôliste” et grandeur nature, ainsi qu’avec
Rêves et Veillées, une entreprise de création de jeux
événementiels et en réalité alternée (ARG, Alternate Reality Game)
avec lesquelles j’ai participé à la création de systèmes de jeux. »
ENCORE UN PEU DE PLACE POUR LES AUTODIDACTES
Si vous n’avez aucun diplôme, devez-vous renoncer à travailler
un jour dans les jeux vidéo ? Pas forcément. Certes, vous ne
partirez pas en position de favori par rapport à d’autres candidats
mieux armés sur le plan des diplômes, mais rien n’est perdu.
C’est notamment l’avis de Thibaud de la Touanne, associate
producer chez Ubisoft Montréal : « La plupart des sociétés
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 23demandent des diplômes dans leurs annonces, c’est bien
sûr un plus, surtout si c’est une formation directement liée
aux métiers du jeu vidéo. Mais je pense qu’il est encore tout
à fait possible pour un graphiste ou un programmeur de se
constituer en autodidacte une démo qui pourra convaincre.
D’ailleurs, le meilleur graphiste que je connaisse est
autodidacte. Mais il faudra travailler très dur, parce que le niveau
est de plus en plus élevé ! »
De son côté, Nicolas Bonvalet, cofondateur de Game
Consulting, estime que « les graphistes, qui forment une
communauté active, savent souvent
À retenir se former seuls. C’est plus compliqué
1\ Les jeunes diplômés sont pour les développeurs et le suivi de
de plus en plus demandés.
projets pour lesquels la compétence 2\ Nombreux sont ceux
qui ont été guidés “management” est nécessaire. Cela
par leur passion (même si
dit, les portes ne sont pas fermées si celle-ci ne sufft pas).
l’on se comporte en professionnel et 3\ Les portes ne sont pas
totalement fermées que l’on dispose d’une base de
comaux autodidactes.
pétences convenable. Il est vrai qu’il
faut tenir compte de la culture du CV, très forte en France :
les recruteurs devraient savoir prendre plus de risques ».
Les scénaristes de jeux vidéo sont encore parfois des
autodidactes ou issus d’autres univers que le jeu vidéo. Enfn, il
reste le métier de testeur pour lequel, comme le souligne
Vincent Lerenard, responsable qualité chez Wengo, « le seul
prérequis est une excellente culture du jeu ».
243 Devenir riche avec les jeux vidéo,
c’est possible ?
« Il y a une idée reçue sur le travail dans les jeux vidéo
qui m’agace, clame Christophe Kohler, lead programmer,
c’est celle qui affrme que le jeu vidéo est une passion et
donc qu’il est normal que les salaires soient bas et que les
employés enchaînent les heures supplémentaires. » Si cette
image tend à s’estomper avec le temps, elle reste malgré
tout tenace, d’autant qu’il s’avère diffcile d’obtenir des don -
nées fables sur les salaires dans le jeu vidéo. Alors, devenir
millionnaire grâce aux jeux vidéo ? Possible, mais réservé à
une élite.
LA PASSION AVANT LE SALAIRE
Peut-on devenir riche dans le jeu vidéo ? Alain Puget,
fondateur d’Alkemy Games, répond spontanément : «
Indéniablement, oui. Le jeu vidéo est-il le domaine le plus sûr pour
devenir riche ou même seulement gagner un salaire
confortable ? Très certainement, non. Il est de notoriété publique
que les salaires de l’industrie du jeu vidéo sont assez faibles,
surtout quand on les met en relation avec les compétences
ou le talent exigé par les studios. »
« C’est possible de devenir riche dans les jeux vidéo, estime
David Talmat, directeur marketing jeux vidéo chez Ankama,
il sufft de voir les bénéfces engrangés par certaines pro -
ductions, mais aussi les bonnes surprises de certains jeux
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 25indépendants par le biais de Kickstarter ou d’un très bon
bouche-à-oreille. Cela dit, il faut soit avoir une idée géniale,
soit faire partie des happy few qui touchent directement
les dividendes des superproductions. Sinon, on se trouve
plus dans un secteur de passionnés, qui ne sont certes pas
bénévoles, mais pour qui l’aspect lucratif passe souvent au
second plan. »
Une chose est sûre : on ne devient pas millionnaire à tous
les coups dans les jeux vidéo. La logique qui s’y applique
– et la politique de rémunération n’y échappe pas – est
proche de celle des métiers du spectacle ou de la musique.
Autrement dit, quelques happy few s’en sortent très bien,
mais la grande majorité des employés sont soumis à un
régime salarial peu motivant. À y regarder de plus près,
même certains postes a priori bien payés le sont déjà moins
lorsqu’on met dans la balance le nombre d’heures de
travail à fournir.
« À compétences égales, un infographiste dans le secteur
de la publicité, par exemple, gagnera bien mieux sa vie que
dans le jeu vidéo. » De même, un programmeur de jeux
vidéo, sauf exception, sera toujours moins payé qu’un
programmeur informatique « classique ».
LE JEU VIDÉO PEUT RAPPORTER GROS
Cela dit, si votre but premier est de gagner beaucoup
d’argent, il vous reste quelques possibilités.
26Les grands groupes
Vous pouvez intégrer un grand groupe pour profter des
retombées d’éventuels succès planétaires. « Le jeu vidéo est
une industrie regroupant quelques grosses sociétés cotées
en Bourse, rappelle Frédérique Barbier, spécialisée en
recrutement de profls digitaux au sein du cabinet de recrute -
ment Blue-Search. Les fuctuations de celle-ci, mixées avec
l’actualité tant éditoriale qu’économique des éditeurs, font
que les stock-options attribuées aux salariés peuvent être
parfois très lucratives. »
Une spécialité recherchée
Par ailleurs, vous serez d’autant mieux rémunéré que vous
occupez un poste stratégique ou exercez un métier en
situation de pénurie – comme spécialiste de la
programmation sur téléphone portable par exemple. Lorsque des
profls hyperspécialisés sont rares, les sociétés se les dis -
putent et surenchérissent, notamment en ce qui concerne
les salaires : « Le jeu vidéo est un univers qui souhaite fdé -
liser les profls, souligne Frédérique Barbier. Certaines socié -
tés accompagnent donc le recrutement ou l’évolution des
salariés par des hausses de salaires assez signifcatives. »
S’expatrier
Les salaires des travailleurs nord-américains du INFOS PLUS
jeu vidéo sont supérieurs de plus d’un tiers à ceux Sur le même
sujet, lire aussi de leurs homologues européens. La Californie,
la question
qui abrite de grands studios de jeux ou d’ani- 25 up. 187.
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 27mation (Electronic Arts, Take Two, Pixar, Dreamworks), ou
Montréal, la plaque tournante du jeu vidéo au Canada, font
aujourd’hui fgure d’eldorado pour l’emploi dans le jeu vidéo.
Les nouveaux circuits de distribution
Enfn, il ne faut pas négliger l’apport des nouveaux circuits de
distribution qui permettent aux producteurs de jeux vidéo,
même les plus modestes, de sauter les intermédiaires et de
toucher directement, via le réseau, leurs clients. Selon Anne-Marie
Joassim, directrice du cabinet Answers : « Le modèle
économique traditionnel du jeu vidéo est très fortement challengé
par de nouveaux modèles économiques directement
accessibles aux développeurs : dématérialisation, casual gaming
en ligne, jeux et applis sur mobiles, iPad, jeux pour réseaux
sociaux, etc. Autant de relais de croissance qui ne nécessitent
pas d’investissements lourds comparés aux coûts de
développement de jeux sur consoles de nouvelle génération. »
Le grand fou sur les grands chiffres
Reste qu’il est très difficile d’avoir une idée des fortes
sommes qu’on peut gagner dans le jeu vidéo. Autant les
gains d’un acteur de cinéma, d’un chanteur ou d’un sportif
sont souvent médiatisés, autant les hauts salaires des jeux
vidéo sont tenus secrets. Ce qu’on sait, en revanche, c’est
que les salaires vont de pair avec la popularité et le flux
d’argent brassé par l’industrie du jeu. Les rapports annuels
des grandes sociétés nous apprennent ainsi combien
gagnent les grands patrons du jeu vidéo.
28En 2009, Satoru Iwata, le boss de Nintendo qui a lancé
la DS (Dual Screen) et la Wii, a perçu près de 1,7
million d’euros, alors que le P-DG d’Activision, Bobby Kotick
aurait engrangé 11,6 millions de dollars (salaires, primes et
stock-options). Une note confdentielle a divulgué en 2012
que Vince Campella et Jason West, les créateurs de la série
Call of Duty Modern Warfare avaient touché en 2010 près
de 16,5 millions de dollars, bonus compris !
DES SALAIRES MOYENS, TRÈS MOYENS
La dernière étude digne de ce nom sur les salaires dans les
jeux vidéo en France date de 2012. Entre mars et juillet 2012
de cette année, le SNJV a envoyé un questionnaire aux
équipes dirigeantes (directeur, DRH, DAF) de 240
entreprises de jeux vidéo en France. Le taux de réponse, de
42 %, a débouché sur le constat que certains métiers sont
incontournables dans le secteur, quelle que soit la taille de la
société : chef de projet, lead programmeur, game designer,
directeur technique et programmeur gameplay.
Sur le plan salarial, les rémunérations ne dépassent guère
2 500 euros par mois pour nombre de métiers et le salaire
à l’embauche tourne autour de 1 400 euros par mois. Bref,
l’industrie du jeu vidéo n’est pas ce qu’on appelle une
industrie payante.
Pour les postes de management, un bac+4 minimum est privilégié,
avec des salaires allant en moyenne de 27 K€ à 36 K€ pour
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 29un chef de produit, de 30 K€ à 45 K€ pour un chef de projet
jusqu’à de 40 K€ à 60 K€ pour un directeur de production.
Les métiers du design sont moins bien lotis : de 24 K€ à 30 K€
pour un designer sonore, de 24 K€ à 35 K€ pour un
scénariste, de 25 K€ à 33 K€ pour un game designer (jusqu’à
45 K€ en moyenne pour un lead game designer).
Quant aux métiers de l’image, les rémunérations dépendent
surtout de la spécialisation : de 28 K€ à 36 K€ pour un
spécialiste graphique bac+2, de 24 K€ à 35 K€ pour un
animateur, de 30 K€ à 40 K€ pour un lead graphiste et de 35 K€
à 58 K€ pour un directeur artistique (toujours en moyenne,
certains directeurs artistiques peuvent frôler les 100 K€ !).
Enfin, côté technique, un testeur niveau bac peut toucher
entre 22 K€ et 28 K€, un programmeur spécialisé de niveau
bac+5 (IA, outils, etc.) peut espérer en moyenne au
minimum 25 K€ et au maximum 40 K€, un programmeur
gameplay de 27 K€ à 37 K€, un programmeur moteur de
30 K€ à 40 K€, un lead programmeur de 32 K€ à 42 K€
et un directeur technique de 44 K€ à 54 K€ (avec une fois
encore, certains qui sont rémunérés au-delà de 100 K€).
Le salaire d’un programmeur peut sensiblement augmenter
s’il appartient à une entreprise de plus de 100 employés,
située de préférence en Île-de-France et s’il est diplômé
bac+3 au minimum.
30De manière générale, les trois catégories À retenir
professionnelles dont les salaires sont 1\ Le jeu vidéo est un
secteur peu généreux en les plus élevés sont les programmeurs,
termes de salaires.
les employés du département
com2\ En Amérique du Nord,
mercial-marketing et ceux du départe- les acteurs du secteur des
jeux vidéo sont mieux payés ment gestion-management. Toutefois,
qu’en France.
les deux dernières catégories ont en 3\ Certains secteurs
moyenne des revenus plus élevés grâce (gestion-management,
commercial-marketing) offrent à l’apport conséquent et quasi systéma- des salaires plus élevés.
tique des primes.
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 314 Doit-on forcément être
un hardcore gamer ?
Pour nombre de candidats soucieux de débuter dans le
secteur des jeux vidéo, ce modèle inquiète : faut-il forcément
être un joueur intensif pour pouvoir prétendre faire carrière
dans les jeux vidéo ?
PAS BESOIN D’ÊTRE UN JOUEUR INVÉTÉRÉ
Pour le grand public, celui qui se divertit avec les jeux vidéo
est un joueur. Pour les initiés, c’est un gamer.
Un hardcore gamer n’est pas un pro gamer
Le hardcore gamer, qu’il ne faut pas confondre avec le pro
gamer (qui joue de manière professionnelle pour gagner de
l’argent), est un inconditionnel du jeu vidéo qui, au-delà du
simple plaisir de jouer, s’investit durablement pour satisfaire sa
soif de compétition et de performance. Amateur de diffcultés
en tout genre, le hardcore gamer privilégie les jeux de tir (FPS,
First Person Shooter) ou de combat, les jeux de stratégie en
temps réel et les jeux en réseau de type MMORPG (voir p. 16).
L’avis des professionnels
De l’avis des professionnels, il semblerait que la pratique
acharnée ne soit pas un prérequis. Pour Christophe Kohler,
spécialiste du développement des jeux vidéo, « en théorie,
pour être programmeur, il n’est pas nécessaire d’être un gros
joueur ou même de jouer tout court. Il m’est arrivé de voir
32des programmeurs débutants qui n’avaient jamais joué de
leur vie et qui ne connaissaient pas ce domaine ».
Anne-Marie Joassim, directrice du cabinet Answers Recruitment, va
dans ce sens : « Hardcore gamer ? Défnitivement, non ! Une
très bonne culture vidéoludique est nécessaire dans certains
métiers de la production et appréciée dans certains métiers
de l’édition. En dehors de cela, je ne vois qu’un métier pour
lequel il faudrait être hardcore gamer, c’est celui de game
master dans l’univers des MMORPG (Massively Multiplayer
Online Role Playing Game), sinon on risque vraiment de
s’ennuyer dans l’exercice de son activité ! »
Mickaël Pointier, lead programmer chez Funcom
(Norvège), se montre plus circonspect : « En fait, cela dépend
du type de boulot. Celui qui travaille dans un domaine
créatif (design, art, scénario, quêtes, scripting) a besoin de
se tenir au courant des évolutions du
À retenir
game design, des styles graphiques
1\ Le hardcore gamer
“tendance”. Mais cela n’implique pas joue pour son plaisir alors
que le pro gamer joue forcément qu’il joue beaucoup. Jouer
pour gagner sa vie.
un peu, consulter des sites de jeu vidéo,
2\ Il est important d’avoir
regarder les vidéos des jeux concur- une culture du jeu vidéo, ce
qui n’implique pas forcément rents et tout simplement regarder les
d’être un hardcore gamer.
autres jouer peut largement suffre. En
revanche, pour un technicien qui travaille sur des aspects
qui n’ont pas d’impact sur le gameplay (bibliothèques
de chargement de disque, gestion de mémoire, outils de
conversion de fchiers, etc.), le fait de ne pas jouer n’a pas
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 33la moindre espèce d’importance ! Cela dit, si l’on n’aime pas
jouer, autant aller dans une banque ou dans les assurances,
on gagne mieux sa vie avec des horaires plus réguliers ! »
Nicolas Bonvalet, fondateur de Game Consulting, abonde
dans le sens de Mickaël : « Il faut jouer à la fois pour se tenir
au courant de l’actualité mais aussi pour décompresser dans
la journée ! Pour moi, un game designer qui ne joue pas est
comme un écrivain qui ne lirait pas. On a donc besoin
d’expérience de jeu en permanence. »
BAIGNER DANS LA CULTURE VIDÉOLUDIQUE
Et si l’essentiel, en défnitive, n’était pas de se créer, puis d’en -
tretenir sa propre culture des jeux vidéo ? Selon Thibaud de
la Touanne, associate producer chez Ubisoft Montréal, « pas
besoin d’être un joueur intensif, mais être plutôt
un joueur curieux, s’intéresser à un maximum
INFOS PLUS
de genres de jeux, sur le plus de plateformes
Sur le même
possible. Plutôt que de passer 1 000 heures sur sujet, lire aussi
la question World of Warcraft, jouer une heure ou deux
11up. 75.
sur un jeu aide à développer un regard critique,
à trouver des idées… ». « Jouer régulièrement permet de
mieux comprendre et ressentir les mécanismes des jeux,
confrme Christophe Kohler, et donc de prendre conscience
des tâches de ceux qui s’occupent du game design, de la
création des décors, des éléments sonores et de toutes les
composantes d’un jeu. »
345 Est-ce vrai qu’on passe son temps
à jouer dans un studio ?
Il est temps de battre en brèche un fantasme largement
répandu auprès de tous les jeunes candidats aspirant à
travailler un jour dans le secteur des jeux vidéo. Aude Zapater,
qui a été chef de produit jeux vidéo durant deux ans, est
catégorique : « Contrairement à une légende urbaine
solidement ancrée, on ne passe pas son temps à jouer ! Je pense
qu’entre la réalité et ce que les gens imaginent du milieu du
jeu vidéo, il y a un large écart. En revanche, les horaires sont
souvent extensibles dès que l’on entre dans une phase
critique de développement ou de sortie d’un produit. »
Pourquoi croyez-vous qu’on demande des passionnés ? Parce
que ce sont eux qui supportent le mieux les nuits blanches
passées à vérifer tous les niveaux d’un jeu. Si l’on ne joue pas
tout le temps, en revanche, on travaille beaucoup !
VOUS AIMEZ LA PIZZA ?
Les horaires, parlons-en justement. Pour paraphraser une
formule souvent employée dans le milieu, « quand on
travaille dans le jeu vidéo, il ne faut pas espérer avoir une
vie de famille et il faut aimer les pizzas » ! Si vous préférez
travailler au rythme d’horaires fxes et décents, dites-vous
que le jeu vidéo n’est pas fait pour vous. En effet, la notion
d’heures de travail par semaine n’a plus guère de sens
lorsqu’un projet est à boucler à une date prévue.
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 35L’échéance approche, les retards souvent s’accumulent et on
traverse alors des périodes surchargées où l’on mange sur
place (junk food arrosée de Coca et de café) et où l’on reste
jusque très tard dans la nuit pour revenir le lendemain matin
afn de corriger quelques bugs résiduels dans le jeu. Il faut
être passé par ces phases intenses et févreuses de bouclage
pour se considérer comme un vrai professionnel du jeu.
VAINCRE LE STRESS PAR LA CONVIVIALITÉ
Dans de telles conditions de stress, il importe de travailler
avec des personnes fables et conviviales. D’où l’importance,
au départ, du recrutement qui doit mettre l’accent aussi
bien sur les compétences que sur le profl psychologique :
goût du travail en équipe, capacité à se surpasser dans les
moments diffciles, dynamisme, humeur égale, etc.
Des horaires extensibles
En dehors de ces périodes de bouclage, l’ambiance demeure
très conviviale en partie grâce à une organisation des bureaux
en open space (pas de cloisons, tout le monde se voit ou
presque). D’ailleurs, les professionnels du jeu avouent souvent
avoir choisi cette voie non par appât du gain mais pour bénéf -
cier d’une ambiance de travail unique en son genre. Angélique
Vergara, game designer chez Lexis-Numérique, le confrme :
« L’ambiance est jeune, délurée, et ne s’attache pas
forcément aux codes de la société. Par exemple, on ne vous fera
aucune réfexion sur votre tenue vestimentaire, vos piercings et
tatouages ou votre langage un peu déplacé. Les esprits sont
36ouverts. Il n’est pas rare de voir les gens travailler pieds nus !
Le rythme de travail est souvent intense, en dents de scie.
En temps de production, il ne faut pas compter les heures
sup’ car les projets doivent sortir en temps et en heure. Les
périodes de productions sont souvent situées en été et jusqu’à
octobre car les jeux doivent sortir à Noël pour la France, donc
vous pouvez dire au revoir aux vacances en pleine saison.
Sinon, on ne vous reprochera jamais de jouer aux jeux vidéo
pendant les heures de repas car tout le monde le fait – ou
quasiment. » En d’autres termes, la décontraction, pas si
commune dans le monde du travail, est accompagnée d’horaires,
voire d’une saisonnalité du travail, également peu communs.
Décortiquer les jeux des autres À retenir
1\ L’ambiance, dans les Chacun donne son avis sur les jeux
réasociétés de jeux vidéo, lisés par les collègues quand il n’observe est souvent conviviale.
2\ La décontraction est pas les productions de la concurrence. « Il
bienvenue, les heures sup aussi !est indispensable de tester les jeux avec le
3\ On joue mais pas
regard que le joueur fnal aura, explique seulement pour le plaisir :
l’étude de la concurrence Marie Bouchaud, ergonome chez
Ubifait partie du travail.
soft. C’est un véritable exercice où il faut
remettre en question ses choix. On passe donc beaucoup de
temps devant nos jeux et ceux de la concurrence, mais pour
chacun d’entre eux, il y a une large partie consacrée à rédiger
leur analyse. » Le jeu fait partie du travail. Il arrive toutefois que
les pauses déjeuner se transforment en immenses batailles en
réseau. Cela n’empêche que la partie « analyse » est
nécessaire et moins divertissante que la partie en elle-même.
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 37Quel est le rôle du scénariste dans un jeu vidéo ? ............. p. 40
Comment devient-on game designer ? .............................. p. 44
Faut-il être un artiste pour faire de l’infographie 3D ? ........ p. 53
Comment se mettre au modelage et à l’animation 3D ? ...... p. 61
Quel niveau d’informatique faut-il avoir pour programmer
un jeu vidéo ? .............................................................. p. 68
En quoi consiste le métier de producer de jeux vidéo ? ...... p. 75
Testeur de jeu : une bonne porte d’entrée dans
le secteur ? ................................................................... p. 85
Puis-je concilier mon goût pour la musique avec
les jeux vidéo ? ........................................................... p. 91
Comment vend-on un jeu vidéo ? ................................... p. 96
Faut-il être journaliste pour être critique de jeux vidéo ? .. p. 104Les
métiers6 Quel est le rôle du scénariste
dans un jeu vidéo ?
C’est par lui que tout commence : c’est l’inventeur de
l’idée originale, celui qui imagine un concept, une histoire,
un univers et des personnages à partir des idées qu’il veut
défendre. Hormis les simulations sportives et quelques jeux
d’arcade qui nécessitent surtout de bons game designers, les
jeux ne peuvent pas se passer d’un scénariste.
PENSER EN MODE INTERACTIF
Le scénariste de jeux vidéo doit bâtir une fction dans laquelle il
décrit l’intrigue, les personnages, les décors, et c’est souvent lui
qui rédige les dialogues. Mais son travail ne s’arrête pas là : il
lui revient de prévoir les réactions des personnages, les
déplacements et les possibilités offertes au joueur dans le jeu, mais aussi
les variations d’ambiance et surtout les conditions indispensables
pour franchir les obstacles et progresser dans l’histoire.
Le scénariste conçoit le déroulement du jeu pour éviter toute
impasse. L’interactivité ajoute une diffculté supplémentaire.
Un flm est linéaire et le spectateur suit l’histoire qu’on a
construite pour lui. Dans un jeu, le fait que le joueur puisse
décider de se déplacer à gauche plutôt qu’à droite conduit
à imaginer une histoire en termes de lieux, d’exploration de
ces espaces ainsi qu’à l’action qui s’y déroule. Tout l’art du
scénariste consiste à créer des univers forcément limités tout
en donnant au joueur l’impression d’une liberté infnie.
40Le métier de scénariste mêle des périodes d’écriture, seul
face à son ordinateur, et des périodes de confrontation des
idées avec l’équipe. Le talent individuel est indispensable,
mais il faut savoir se fondre dans un collectif.
PRIORITÉ AUX JOUEURS
Il est fondamental de savoir à qui l’on s’adresse si on ne veut
pas décevoir son public. Un scénariste doit autant savoir
s’adapter qu’il doit être capable d’aller chercher les
informations qui nourriront son scénario.
Connaître son public
Le plaisir du joueur doit rester le moteur de l’écriture.
Comme l’explique Carole Vaudry, game master qui est
passée chez Ankama, Frima studio et Aeria Games, « il
ne faut pas forcément penser à ce que l’on voudrait voir,
mais d’abord aux joueurs eux-mêmes. Ils sont la donnée
majeure : le jeu vise-t-il des néophytes, des joueurs
chevronnés ou bien les deux ? Comme dans beaucoup de métiers, il
faut prendre du recul et penser d’abord à l’utilisateur ».
Rester cohérent
Se documenter en amont est tout aussi essentiel : « C’est
indispensable pour construire des histoires cohérentes,
notamment si vous vous inspirez de plantes et d’animaux
réels, poursuit la jeune femme. Une culture rôliste (jeux de
rôle) peut aussi aider, car quantité d’acteurs du jeu vidéo
viennent de ce milieu. Par exemple, pour le jeu en ligne
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 41Dofus, pour lequel j’ai participé à la création des quêtes du
roi Allister, j’ai dû tenir compte des caractéristiques et de
l’histoire du personnage. J’ai pioché dans le background du
jeu et cherché des personnages préexistants. À partir de
là, j’ai créé de nouveaux personnages, objets et dialogues,
et, bien entendu, les quêtes correspondantes. » Comme au
cinéma, la création est éclatée : la ligne de partage entre le
scénariste et le game designer est parfois assez mince.
LE RÉCIT MAIS AUSSI LES DIALOGUES
Avant d’écrire la moindre ligne de dialogue, le scénariste
doit défnir le profl psychologique du personnage. Ainsi,
un personnage plutôt inquiet ou peureux fera sans cesse
allusion à des choses qui lui font peur. Dans les dialogues,
l’information prime sur tout, mais le style est très important
car il contribue à l’ambiance générale du jeu. Quand les
dialogues sont uniformes d’un personnage à l’autre,
l’atmosphère du jeu s’en ressent.
Le scénariste bénéfcie d’une large marge de manœuvre,
mais il doit jouer avec les contraintes techniques : toute
parole prononcée entraîne des conséquences sur les
animations 3D, un travail précis sur la synchronisation labiale
et un jeu de comédien bien défni. Selon le budget et les
délais de production, le scénariste peut être amené à
opérer des coupes franches dans son travail. C’est parfois dur
pour l’ego ! Mais le plus souvent, une large partie de sa
création est utilisée.
42 UN MÉTIER OUVERT À TOUS
Scénariste de jeux vidéo est une profession ouverte à tous,
aux débutants comme aux autodidactes. On y trouve des
spécialistes de l’écriture : écrivains, journalistes,
concepteurs de jeux classiques, historiens, etc. Par exemple, Carole
Vaudry est titulaire d’une licence d’histoire et d’un mastère
de journalisme orienté Web.
S’il n’existe pas de cursus spécifque pour former les scéna -
ristes, ceux-ci doivent avoir une connaissance approfondie
des jeux vidéo ainsi qu’une bonne connaissance des arcanes
de la création et de la production. Pour cela, un bac+3 en
sciences humaines, une école de cinéma ou de game design
(design narratif) peuvent constituer un
À retenir
plus. Sachez cependant qu’il est très
1\ L’interactivité avec les
diffcile de vivre uniquement des fruits joueurs est une des diffcultés
majeures du scénariste.de cette activité en France. La
rému2\ Les scénaristes doivent nération s’effectue généralement en
savoir s’adapter à leur public.
avances et en droits d’auteur, c’est-à- 3\ La rémunération se fait en
dire en pourcentage sur les ventes. droits d’auteur et il est diffcile
de ne vivre que de cela.Tout reste affaire de négociation en
fonction du projet et de l’expérience du scénariste. De plus, il
ne faut guère en attendre de la célébrité : hormis ses fans, qui
a entendu parler de Corey May, le scénariste de la fabuleuse
saga Assassin’s Creed ?
LES MÉTIERS DES JEUX VIDÉO ET DE L’ANIMATION 43