Profession d
151 pages
Français

Profession d'anthropologue en milieu congolais

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Description

Dans un pays comme la République démocratique du Congo, le grand public ne s'intéresse qu'à la rentabilité économique de la science. Pourtant, l'anthropologie a la cote sur le marché du travail. Un diplôme en anthropologie permet de postuler à plusieurs postes dans de catégories d'emploi différents en lien avec les sciences sociales, tout en favorisant l'autonomie. Devenir anthropologue est un atout quand on veut rester mobile et agir dans n'importe quel secteur de vie.

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Date de parution 18 août 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782806110947
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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quoi sert l’anthropologie ? Où mènent les études en anthropologie ? Comment convaincre ou se convaincre qu’un jour les diplômes d’anthropo logie permeTront de décrocher plus tard un emploi stable et non pas un emploi précaire ? Ces interroga tions hantent l’esprit des jeunes orientés dans la Ilière anthropologie dans les universités congolaises. Peu connue en République démocratique du Congo, le grand public a du mal à cerner les compétences, les métiers ou les débouchés qui correspondent à ceTe science. Pourtant, l’anthropologie a la cote sur le mar ché du travail. Devenir anthropologue est un atout quand on veut rester dynamique et agir dans n’im porte quel secteur du quotidien.
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Joël IPARA MOTEMA
PROFESSION D’ANTHROPOLOGUEN MILIEU CONGOLAIS
Rélexions prospectives
D/2020/4910/46
© Academia – L’Harmattan s.a. Gràd’PàcE, 29 B-1348 Louvain-la-Neuve
ISBN : 978-2-8061-0543-1
TOUs Es drOîts dE rEprOdUctîO, d’àdàptàtîO OU dE tràdUctîO, pàr qUEqUE prOcédé qUE cE sOît, sOt résErVés pOUr tOUs pàys sàs ’àUtOrîsàtîO dE ’édîtEUr OU dE sEs àyàts drOît.
www.editions-academia.be
Joël IPARA MOTEMA
PROFESSION D’ANTHROPOLOGUEEN MILIEU CONGOLAIS
Rélexions prospectives
Quand on n’est pas satisfait de soi-même, on se fait psychologue ; quand on n’est pas satisfait de sa société, on se fait sociologue ; quand on n’est satisfait ni de soi-même, ni de sa société, on se fait anthropologue.
Margaret Mead
À Anaël Ipara!
Avant-propos
Au départ de la présente réflexion, se trouve l’obser-vation sans cesse formulée par des anthropologues patentés autour de l’existence de peu de manuels et autres principes didactiques sur l’initiation des jeunes disciples à la profession d’anthropologue socio-culturel. Quant à cette dernière dénomination, certains penseurs la trouvent assez englobante et même assez générale de par son caractère fourre-tout qui fait de l’anthropologie une science à la base de toutes les disciplines des sciences sociales et humaines, des sciences de la nature et pourquoi pas des sciences bio-médicales. Cela est dû à n’en point douter, au fait que l’anthropologie sociale et culturelle doit se préoccuper de toutes les caractéristiques sur lesquelles se fonde la spécificité des groupes humains de ce vaste univers, à travers le souci qu’elle se fait d’étudier les phénomènes sociaux qui justifient et expliquent, pour une large part, tous les facteurs culturels. Fort de ce qui précède, nous nous sentons en droit d’estimer que l’anthropologue socio-culturel reste cet acteur-observateur qui se charge de scruter son milieu d’origine, c’est-à-dire un observateur qui obéit aux principes de rapatriement des terrains du lointain et de l’exotique vers ceux du proche et du local, c’est-à-dire encore au sein de sa propre culture pour déconstruirel’altéritédes primitifs et des sauvages, ainsi que le préconise Malinowski à travers son ouvrage féticheArgonaute du Pacific occidental, paru en 1922. Il s’agit là, d’une vraie œuvre fondatrice d’anthropologie de terrain (feldwork) que l’auteur avait consacrée au Trobriand, un peuple vivant au nord-ouest de la Nouvelle-Guinée.
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Ainsi, le métier de l’anthropologue socio-culturel s’offre à nous comme une nouvelle approche de lecture des phénomènes qui prennent naissance dans nos milieux. Bien plus, elle est une démarche qui permet de déconstruire des mythesstructures de terrains traditionnels chers aux de anthropologues de l’époque pré-coloniale comme à la génération des années 1960 et 1980 qui consacrent leurs études spécifiquement sur les phénomènes d’attirance, de différence, de ressemblance que sur le rapport de compréhension étant donné que les comparaisons, dans la plupart de cas, ne proposent pas les mêmes résultats pour la simple et bonne raison que les sociétés sont distinctes au point de vue de leurs structures organisationnelles aussi bien dans l’espace que dans le temps. Parallèlement à ce mouvement de fond, l’anthro-pologue socio-culturel revendique la compréhension de son terrain-objet d’étude; c’est-à-dire la connaissance synthé-tique et exclusive de toute autre, mais contestant cette compréhension par le dehors qui réduit la connaissance de l’autre au savoir exclusif d’un observateur, détenteur de la vérité qui cherche moins à faire advenir à l’autre ce qu’il ne savait pas vérifier sur le savoir des autres. En dépit de tout le bonheur qu’offre une telle approche anthropologique de chezsoi, force nous est de relever quelques aléas de l’ordre de l’empathie, de l’auto-anthropologie de soi, des excès de la compréhension… Il va sans dire que les objets soumis à l’observation soulèvent des questions épistémologiques liées auxméthodes ettechniques utilisées. Par ailleurs, Gaston Berger (2010), ouvre une nouvelle artère qui doit être considérée comme le domaine d’explication de la science de l’homme à venir et vise à préparer à travers une approche rationnelle et holistique, le futur de l’être humain.
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De ce point de vue, l’anthropologie prospective ne se propose pas la prédiction de l’avenir (ce qui relève depuis la nuit des temps, de l’art de divination et plus récemment, de la futurologie). En effet, lorsque les lignes de l’épistémé anthro-pologique de l’ordre de l’objectivation de l’explication externe versus revendication d’une participation observante, voire d’une implication de l’anthropologue socio-culturel, persistent, il y a lieu de distinguer l’anthropologie de la modernité et l’anthropologie exotique de l’anthropologie du quotidien et de l’anthropologie du phénomène anodin afin de poser comme postulat l’anthropologie prospective telle que l’a défini Pierre-Joseph Laurent (2019) duLaboratoire d’anthropologie prospective de l’Université catholique de Louvain. Pour ce chercheur, l’anthropologie prospective se propose d’étudier les contemporains dans leurs nouveaux réseaux de développement. Ainsi compris, l’anthropologie prospective se doit d’élaborer divers scénarios possibles de leurs perceptions du moment sur base de l’analyse des données disponibles. Ce qui en anthropologietraditionnelle, était regardé comme l’effort de la proximité acquise parl’observation participantepermettant au chercheur de regarder lesautressociétés avec toute la distance nécessaire même si cela reste difficile à réaliser. À une époque où l’on parle à la fois demondialisation de la culture et de respect desAutres, l’anthropologie est plus que jamais nécessaire et possible. Elle est nécessaire pour analyser lacrise du social généralisée à l’ensemble de l’univers. Elle est possible dans la mesure où sa pratique, sa démarche et son objet lui permettent de s’adapter à toute réalité sociale. La présente réflexion est un opuscule d’anthropologie qui ne prétend pas interdire à l’étudiant la lecture de 9
classiques, mais la recommande en revanche vivement! Autrement dit, c’est un condensé de nos lectures et des enseignements donnés. C’est un guide qui écarte au maximum, les termes trop techniques pouvant décourager les jeunes étudiants. De manière spécifique, il explique la manière dont l’étudiant ou l’apprenant doit cerner au mieux la profession d’anthropologue. Notre seule prétention à travers cette réflexion est celle d’initier progressivement les jeunes chercheurs aux lisières de l’univers anthropologique en milieu congolais. L’ouvrage est ainsi élaboré, à partir de l’observation concrète des difficultés que ces derniers rencontrent dès leurs premiers pas à l’université. Notre ambition à travers cette analyse est moins de proposer des recettes toutes faites qu’un effort de cerner la manière dont l’étudiant désireux se familiariser avec la profession de l’anthropologue.
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