Professionnaliser les enseignants de classes multilingues en Afrique

Professionnaliser les enseignants de classes multilingues en Afrique

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Un enseignement bilingue basé sur la langue maternelle des apprenants semble mieux adapté aux pays africains multilingues. La réussite de cette option suppose : - la modification et le développement de nouveaux programmes pédagogiques ; - l'élaboration de matériels éducatifs en langues africaines ; - la formation des enseignants à enseigner en deux langues. Voici un ouvrage de référence, fondamental sur ce thème.

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Ajouté le 01 avril 2010
Nombre de lectures 402
EAN13 9782296697867
Langue Français
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Contributions en français ThomasBüttner Youssouf MohamedHaidara NorbertNikièma RandimbyRafaralahy
Contributions en anglais CarolBenson Blasius Agha-ahChiatoh LesleyGeekie KathleenHeugh PeterPlüddemann KristinRosekrans Arieh (Ari)Sherris
Coordination MarieChatry-Komarek
Photos ManfredWehrmann
Les chapitres2,3,5,6,7, et8ont été traduits de l’anglais par MarieChatry-Komarekavec l’appui linguistique des personnes suivantes :
ThomasBüttner(Niger), PascaleForgerit(France), MichaelHolzhauer(Allemagne), LiseLezouret(France), DominiqueMonéger(Allemagne) et NorbertNikièma(BurkinaFaso).
BernardLièvre(France) s’est chargé de la relecture intégrale du manuscrit.
Nous tenons ici à remercier chaleureusement ces personnes ainsi que toutes celles qui nous ont encouragés à préparer ce livre.
Introduction
Introduction
Dans le premier chapitre de cet ouvrage, Norbert Nikièma fait un état des lieux de l’éducation bilingue et multilingue en Afrique de l’Ouest et constate pour l’école primaire «une évolution favorable à l’utilisation des langues africaines comme médiums d’enseignement.»
Pour ceux qui sont familiers avec les défis que représente l’emploi de la langue maternelle des apprenants en classe, cette phrase n’a rien d’anodin ; elle présuppose des changements d’attitude profonds de la part des principaux intervenants en éducation dans les pays multilingues du continent, c’est-à-dire des autorités politiques, des responsables éducatifs, de la communauté des donateurs et des parents d’élèves.
En effet, le passage d’un enseignement dispensé depuis des décennies dans la langue coloniale, que ce soit le français, l’anglais ou le portugais, à une éducation bilingue débutant dans une langue africaine, familière aux apprenants, ne va pas de soi. Il s’agit toujours et partout de trouver certains compromis entre des éléments qui s’entrechoquent, principalement entre des impératifs d’ordre politique, les résultats de la recherche dans le domaine de l’appren-tissage et les représentations, préférences et aspirations des élèves et de leurs parents ; notons par ailleurs que ces éléments se heurtent souvent aux réalités linguistiques, culturelles, matérielles et pédagogiques des pays concernés.
De fait, de nombreux efforts ont bien été accomplis sur le continent africain pour instaurer une éducation bilingue, surtout depuis la Conférence sur l’Edu-cation pour Tous del’UNESCOàJomtien, en 1990.Durant les deux dernières décennies, plusieurs pays ont effectué des travaux significatifs pour sensibiliser leurs populations aux avantages de cette nouvelle option pédagogique, modifier leurs programmes d’enseignement et élaborer des matériels éducatifs, mieux adaptés aux langues et cultures nationales.Par contre, ces mêmes pays ont longuement hésité à modifier la formation ‘traditionnelle’de leurs enseignants et préféré conserver un système de formation hérité de l’époque coloniale qui préparait et continue de préparer les enseignants à enseigner en français, en anglais ou en portugais.Cela explique que, même lorsqu’existaient de nouveaux
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programmes et des matériels éducatifs adaptés à la langue et la culture des apprenants, la mise en œuvre d’un enseignement bilingue ait eu peu de succès, parce qu’on l’a trop souvent laissée à l’improvisation des enseignants. Dans nombre de grands projets d’éducation bilingue, la formation des enseignants a également longtemps fait figure de parent pauvre : si des efforts considérables étaient consacrés à la révision des programmes et à la préparation de matériels éducatifs en langues africaines, en revanche la formation des enseignants s’y trouvait souvent limitée à quelques jours. Deux ou trois jours de ‘formation’, cela est fort peu pour remettre en question des convictions bien ancrées sur l’enseignement et l’apprentissage !
Depuis les années 2000, pourtant, on relève des initiatives intéressantes dans le sens d’une professionnalisation des enseignants de classes multilingues dans divers pays de l’Afrique anglophone et francophone. Ces expériences ont fait tache d’huile : c’est ainsi que des réseaux se sont tissés entre les expé-riences réalisées dans les écoles normales duBurkinaFaso et celles du Niger, entre celles réalisées auGhana et des projets d’enseignement non-formel en Ouganda et au Malawi, entre les travaux de recherche réalisés en Afrique du Sud et enEthiopie, et surtout entre les participants d’une vingtaine de pays qui ont joui d’une formation pointue dans le domaine de l’éducation bilingue auCap, entre 2002 et 2005.Jusqu’à ce jour, cependant, ces recherches et expériences dans le domaine de la formation des enseignants de contextes multilingues ont été relativement peu documentées.
Une dizaine de spécialistes internationaux se sont joints pour combler au mieux cette lacune et partager leurs expériences.Ce qui les rassemble dans le présent ouvrage, c’est leur profond engagement pour améliorer la qualité de l’éducation enAfrique, leurs vastes connaissances de la recherche dans ce domaine, leur grande empathie envers les enseignants africains et leurs élèves, en même temps que leur longue expérience de terrain.Dans cet ouvrage, ils présentent leurs travaux, les confrontant aux résultats de la recherche inter-nationale en éducation bilingue et multilingue de par le monde.Les expériences acquises depuis le début de la présente décennie dans le domaine de la formation des enseignants en contextes multilingues décrits ici frappent par leur ampleur et l’espoir qu’ils éveillent pour une éducation de qualité enAfrique.En même temps, la fine ironie qui teinte certaines contributions rappelle l’écart indéniable qui existe entre, d’une part, les résultats de la recherche internationale et les attentes qu’ils suscitent et, d’autre part, les représentations et convictions des
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Introduction
enseignants africains, qui font parfois douter qu’on puisse changer sous peu la situation actuelle de l’enseignement primaire sur le continent.
Cet ouvrage comprend quatre grandes parties, divisées à leur tour en un total de dix chapitres que nous présentons succinctement.
La première partie ‘Formation des enseignants africains : une brève analyse de la situation’ se compose de deux chapitres. Dans le premier d’entre eux, Norbert Nikièma (Université de Ouagadougou) fait un tour d’horizon de l’enseignement primaire dans un grand nombre de pays de l’Afrique de l’Ouest francophone. Il montre la complexité des modèles bilingues à l’école, s’attardant sur ceux que l’on relève le plus souvent dans la région et analysant leurs qualités et faiblesses respectives afin d’en tirer les premières consé-quences pour améliorer la formation des enseignants. L’information détaillée que nous offre l’auteur constitue une solide référence pour qui s’intéresse à la situation actuelle de l’éducation en Afrique de l’Ouest. Dans le second chapitre, Kathleen Heugh (Université d’Australie du Sud/University of South Australia)retrace l’histoire de l’éducation sur le continent africain, reven-diquant une longue tradition de l’écrit et de l’éducation dans les langues africaines qui devrait contribuer à se fier davantage au savoir et au savoir faire endogènes.S’appuyant sur la recherche en matière d’éducation bilingue et sur son expérience pratique, elle formule des considérations pratiques et indique quels pourraient être les contenus clés de programmes de formation des enseignants enAfrique, offrant ainsi une référence de valeur pour ceux qui sont chargés de planifier de tels programmes. Une série de réflexions sur la nécessité de former les formateurs et d’informer les planificateurs, accompagnées de suggestions précises, complète ce chapitre avec bonheur.
La deuxième partie, intitulée ‘Stratégies et méthodes de formation des enseignants’, comprend trois chapitres.Dans le premier d’entre eux,Lesley Geekie interroge le lecteur :Qu’attend-on des enseignants de langue ? L’auteure analyse les représentations qui sont liées à l’apprentissage des langues enAfrique dans le cadre de programmes bilingues, pour ensuite présenter les diverses stratégies utilisées habituellement pour le dévelop-pement professionnel des enseignants.Atravers des témoignages nombreux et vivants, elle en constate les limites avec un certain humour, sans pour autant cesser d’encourager les enseignants et leurs formateurs à œuvrer pour un enseignement bilingue de qualité, en utilisant le mieux possible les
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stratégies de formation qu’elle a si bien décrites et analysées. Dans le chapitre suivant, ThomasBüttner (Programme de Soutien à l’Education deBase au Niger, financé par l’UnionEuropéenne) explique comment utiliser la péda-gogie active au service de l’enseignement bilingue. L’humour – et une gentille ironie – dont fait preuve l’auteur montrent sa profonde connaissance du milieu de même que son empathie pour les enseignants nigériens. Il attire l’attention sur les habitudes, convictions et attentes particulières des élèves-maîtres, souvent ignorées des spécialistes de l’éducation, et justifie du même coup la pertinence d’une ‘pédagogie active’pour amener les jeunes ensei-gnants à préparer un enseignement vivant, bien adapté à leurs futurs élèves. L’auteur du dernier chapitre de cette partie, Arieh (Ari)Sherris, assistant de recherche auCentre deLinguistiqueAppliquée de Washington (Center for Applied Linguistics) s’appuie sur ses expériences internationales et, plus particulièrement, sur les travaux qu’il a réalisés auGhana, pour aborder la question du leadership et celle de la formation entre enseignants.Il adapte les enseignements tirés de la recherche sur le thème du changement, principalement celle menée parMichaelFullan, aux particularités et exigences des classes pluriculturelles et multilingues. Ses constats devraient être une inspiration pour ceux qui veulent abandonner la hiérarchie oppressive d’une école ‘traditionnelle’sclérosée en faveur d’une collégialité profonde permettant aux enseignants d’explorer leurs pratiques pour mieux les modifier.
La troisième partie, intitulée ‘Apprendre en deux langues’, qui traite quelques-uns des contenus clés des programmes de formation pour enseignants bi-lingues, est composée de deux chapitres.Dans le premier d’entre eux, Blasius Agha-ahChiatoh (Université deBuea,Cameroun) aborde le problème d’un emploi systématique de l’oral en langue maternelle dans le primaire ; il note le peu d’attention généralement accordé à cet aspect et fait des suggestions précises pour améliorer la formation des enseignants dans cette matière, souvent négligée et considérée comme allant de soi.Dans le chapitre suivant, Kristin Rosekrans, chargée de programmes de lecture et écriture auCentre deDéveloppement de l’Education de Washington (EducationDevelopment Center)présente les travaux réalisés auGhana pour lancer un programme de lecture multilingue, démarrant à la fois dans l’une des onze langues natio-nales reconnues d’enseignement et en anglais, langue officielle du pays mais étrangère à la plupart des apprenants.La description détaillée des travaux réalisés et des résultats de la recherche sur lesquels ils s’appuient livre une
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grande quantité d’informations fondamentales pour qui s’emploie à former les enseignants de manière à ce qu’ils sachent comment développer au mieux les compétences orales et écrites des apprenants dans leurs deux langues d’apprentissage.
La quatrième et dernière partie de cet ouvrage, intitulée ‘Programmes de formation pour un enseignement bilingue/multilingue de qualité’, comprend trois chapitres. Dans le premier d’entre eux, CarolBenson del’Université de Stockholm (Center for Teaching & Learning, UPC) etPeterPlüddemann de l’Université duCap (Project for the Study ofAlternativeEducation in SouthAfrica/PRAESA) nous présentent un programme de formation pour formateurs d’enseignants en contextes multilingues enAfriqueAustrale, réalisé auCap entre 2002 et 2005.Ce qui retient l’attention, comme dans les autres contributions de cet ouvrage, c’est l’engagement des auteurs et leur générosité à partager au mieux une expérience remarquable : rassembler des spécialistes de l’Afrique anglophone, francophone et lusophone pour réfléchir ensemble à des stratégies et méthodes destinées à améliorer la qualité de l’éducation sur l’ensemble du continent africain.Cette contribution a sans aucun doute une place importante parmi les travaux qui contribueront à instaurer enAfrique une éducation qui puisse «promouvoir l’accès, la démo-cratisation et la participation», comme le formulent les auteurs.Dans le chapitre suivant,YoussoufMohamedHaidara, chargé de la coordination des activités de formation et des orientations en politique éducative dans le ProgrammeHarmonisé d’Appui au Renforcement de l’Education auMali (USAID/PHARE), décrit la longue marche de son pays vers un enseignement bilingue et multilingue, qui vise à un partenariat linguistique solide entre la langue officielle, le français, et les langues nationales. S’appuyant sur une véritable vague de fonds qui a permis de modifier en profondeur les matériels éducatifs et les pratiques d’enseignement de son pays depuis 1979, l’auteur retrace les principaux travaux effectués depuis lors et formule une série de suggestions concernant les méthodes et contenus de formation pour les enseignants maliens ainsi que des recommandations importantes pour un enseignement de qualité au niveau de la sous-région.Enfin, dans le dernier chapitre de cette partie et de l’ouvrage, Randimby Rafaralahy de l’Unité d’Appui Technique à l’EducationPour Tous àMadagascar (UAT/EPT) présente les grands traits de la réforme de l’enseignement dans son pays, opérés depuis 2002 par leMinistère de l’Education, et tire les principales
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conséquences de ces innovations pour la formation des enseignants du primaire. Il est d’avis que la création d’un système éducatif plus flexible et plus décentralisé devrait être un gage de réussite dans la mesure où il permettrait aux enseignants davantage d’initiative et de responsabilité.
Cette brève présentation des différents chapitres montre le principal objectif de l’ouvrage : lire la réalité pour mieux diriger l’action, contribuer à la réflexion pour tenter d’améliorer la qualité de l’enseignement bilingue et multilingue enAfrique.C’est un livre qui est pensé à partir de l’action et qui se dirige vers elle, offrant ainsi certaines perspectives pour motiver les enseignants et leurs formateurs.
Les auteurs des diverses contributions et la coordinatrice de ce projet éditorial sont conscients du fait que cet ouvrage devrait constituer une référence de valeur pour tous ceux qui œuvrent dans le domaine de l’enseignement bilingue et multilingue enAfrique. Ils espèrent qu’il sera une inspiration, non seulement pour les autorités politiques et éducatives des pays multilingues du continent et les enseignants de classes multilingues et leurs formateurs, mais aussi pour la communauté de chercheurs et de donateurs, convaincus des avantages émotionnels, cognitifs et sociaux d’une éducation démocratique, débutant dans la langue de l’apprenant.
MarieChatry-Komarek
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