Hatier Pédagogie - Lire, écrire. Tome 1 : Entrer dans le monde de l

Hatier Pédagogie - Lire, écrire. Tome 1 : Entrer dans le monde de l'écrit

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Français
192 pages

Description

Pour conduire sans précipitation les enfants débutants à une première maîtrise de l'écrit. Cette série propose des types d'activités pouvant être menées de façon cohérente et continue, quels que soient les manuels ou les méthodes choisis.

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Date de parution 01 avril 2014
Nombre de lectures 82
EAN13 9782218952623
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Le monde de l'écrit
Apprendre à lire, c'est entrer dans le monde de l'écrit. Avant de parvenir à la maîtrise de la lecture, l'enfant fait un véritable parcours, depuis l'étape où il sait voir qu'il y a quelque chose d'écrit sur un objet, à celle où, sans encore savoir vraiment lire, il est capable de saisir un bon nombre de messages, du seul fait qu'il est familier du contexte dans lequel ceux-ci apparaissent1. Beaucoup d'enfants apprennentainsi dans leur famille que les écrits existent, que les adultes en usent et il y a là de quoi déclencher une curiosité précoce à l'égard des signes graphiques et des messages qu'ils portent.
Cette curiosité s'éveille très diversement, car un enfant qui ne sait pas lire peut ne même pas se rendre compte que quelqu'un lit, tant c'est un acte silencieux, invisible et rapide. Pour que cette prise de conscience ait lieu, il faut que les adultes manifestent qu'ils lisent, accompagnant par exemple de gestes perceptibles la focalisation de leur regard ou commentant leurs actes de lecture ordinaire à haute voix (« Voyons quel est le nom de cette rue ? Qu'y a-t-il dans cette boîte de conserve ? Que dit le programme de télévision pour ce soir ? »). La vie quotidienne peut ainsi se mettre à fourmiller d'occasions propices à stimuler la curiosité des futurs petits lecteurs ; mais celle-ci s'épanouit ou s'éteint selon que l'entourage sait plus ou moins bien être attentif à leurs questions, leurs découvertes et leurs premières remarques
2. À leur arrivée en grande section d'école maternelle ou au cours préparatoire, les enfants ont donc, avec les écrits qui nous environnent, des familiarités très inégales. Tout laisse penser que l'apprentissage est facilité par une familiarisation préalable et les parents y sont d'autant plus vigilants qu'ils sont plusdiplômés3. Si l'on veut prévenir l'échec et mettre en place des conditions favorisant pour tous l'entrée dans l'écrit, force est de penser une pédagogie de la lecture qui tienne compte des expériences culturelles disparates des élèves et qui ne suppose pas déjà acquis ce qui n'est qu'en voie de constitution.
Une des premières tâches de l'école est donc de mettre en place une pédagogie de la culture écrite en tenant compte très concrètement des expériences enfantines. Les acquis extra-scolaires effectués à la maison, dans le quartier ou la rue peuvent et doivent servir de point d'appui pour les apprentissages faits en classe. Mais on ne peut miser d'emblée à coup sûr sur ces pré-savoirs : pour beaucoup d'enfants, ils ne sont guère élaborés. Pour d'autres, il existe un tel clivage entre l'école et la vie quotidienne qu'ils ne songent même pas à utiliser leurs savoirs empiriques dans la classe.
L'objectif de ce chapitre est de décrire des activités scolaires qui permettent très tôt aux enfants de tous les milieux sociaux de poursuivre hors de la classe leurs investigations dans l'écrit, d'accroître leur curiosité, d'élargir leurs compétences, d'enrichir leur questionnement. Les séquences pédagogiques que nous présentons ont été réalisées avec des enfants d'un quartier populaire. À partir d'elles, chacun pourra adapter, transformer, inventer d'autres séquences susceptibles de convenir aux lieux et aux publics avec lesquels il travaille. En ce domaine, aucune progression
a priori n'est envisageable puisque chacun doit justement s'adapter aux réalités locales et tirer profit de ses ressources propres.
Les écrits, innombrables, se répartissent en deux domaines. Le premier est celui des écrits informatifs ou commémoratifs, ce que les spécialistes nomment « épigraphie ». L'espace urbain en porte aujourd'hui une telle quantité qu'endresser l'inventaire est hors de portée de jeunes enfants4. En revanche, apprendre à regarder autour de soi pour y reconnaître des messages simples peut être une activité passionnante. Dans les lieux fréquentés quotidiennement, dont les usages sont connus, les messages rencontrés (affiches, enseignes, écriteaux, pancartes, etc.) peuvent facilement devenir parlants, pour peu qu'un adulte y aide. Plus tard, l'école fera explorer des lieux plus complexes et plus spécifiques (centre commercial, gare, poste, aéroport, mairie, etc.) À la maison aussi de nombreux objets domestiques sont porteurs d'écrits de ce type (traditionnels, comme sur les emballages de produits alimentaires, modernes, comme les écrits sur écrans cathodiques), qui sont particulièrement intéressants pour les pédagogues.
À côté de ce premier domaine, qui constitue un univers commun à tous les enfants, le monde des écrits au sens propre du terme5 est partagé de façon beaucoup moins égalitaire puisque les familles où abondent livres et journaux côtoient celles où les imprimés les plus familiers sont les prospectus, qui inondent les boîtes à lettres, et les « papiers » administratifs à la complexité redoutable. Faire entrer les enfants dans l'univers de l'imprimé est une entreprise de très longue haleine puisqu'il s'agit de la culture écrite elle-même. Mais indépendammentdes contenus des textes (des histoires ou des savoirs imprimés), il est important de présenter aux enfants, surtout à ceux qui les fréquentent peu chez eux, comment sont conçus et fabriqués ces objets étonnants que sont les livres et les périodiques.
Nous présenterons donc des suggestions pour traiter des écrits de l'espace urbain et de l'espace domestique, avant d'aborder, dans un autre chapitre, l'initiation au monde propre des écrits, par le biais des livres et des journaux.
1. LES ÉCRITS DE L'ESPACE URBAIN
Ce sont ceux que nous trouvons dans la rue, dans les lieux publics. Ils sont donc toujours « en situation ». Travailler ces écrits, c'est habituer les enfants à se servir des indications fournies par l'environnement, pour se préparer à lire, comme le fait tout bon lecteur. Ils offrent l'avantage d'être souvent courts, portés par des objets fixes (mobilier urbain, immeubles publics ou commerciaux) et d'avoir des fonctions faciles à expliciter (désignation, injonction, information)6
. Ils appartiennent à la vie de tous les jours et les enfants en ont souvent un usage implicite sans en avoir pour autant une maîtrise explicite. Toute activité autour de ces matériaux vise donc autant à enclencher des curiosités nouvelles qu'à donner aux enfants de nouveaux savoirs7.
L'écrit dans les rues du quartier
OBJECTIFS
- Découvrir et relever des écrits dans la rue.
- Les identifier hors contexte.
- Observer ce matériau « d'écrit réel » en classe.
D'autres objectifs pédagogiques qui ne concernent pas spécifiquement l'écrit, que nous ne développerons donc pas ici, sont également visés (comme c'est le cas dans de nombreuses activités scolaires) : découvrir le quartier, apprendre les conduites dans la ville quand on se déplace en groupe, s'orienter, parler aux autres de son espace de vie et de ses habitudes familiales, etc. Plus tard, une autre sortie permettra de travailler la représentation des itinéraires suivis, de situer les lieux d'habitation des enfants par rapport à l'école et d'élaborer un plan du quartier (avec les problèmes d'échelle, de mise à plat, etc.).
MISE EN ŒUVRE
Date : Octobre ou début novembre, selon la compétence des enfants en écriture. Il faut qu'ils puissent copier sans trop d'effort ce qui est écrit dans la rue, mais lorsque les enfants savent déjà un peu lire, l'activité n'a plus son caractère de découverte passionnante.
Organisation : Deux formules sont possibles. Soit la classe reste classiquement en grand groupe, même si chaque adulte accompagnateur a la responsabilité particulière d'un petit groupe d'enfants ; soit chaque adulte explore, avec quatre ou cinq enfants, une partie seulement de l'itinéraire prévu (préparer un plan polycopié de l'itinéraire et marquer en couleur le territoire dont chacun s'occupe). Les points d'arrêt ne sont donc pas les mêmes pour tout le monde. Si les accompagnateurs sont en nombre suffisant, l'instituteur est libre pour circuler d'un groupe à l'autre, répondre aux questions, rappeler les consignes, etc.