Profession criminologue
72 pages
Français

Profession criminologue

-

Description

Dans l’imaginaire collectif, le criminologue est un être étrange qui pourchasse des tueurs en série. Bien que cette représentation ne soit pas totalement erronée, elle ne constitue pas l’essence du travail du criminologue. En fait, ce professionnel peut être impliqué dans chacune des étapes du système de justice, à savoir : 1) le support aux enquêtes ; 2) le traitement des criminels violents ; 3) l’évaluation des risques de récidive; 4) le suivi de criminels lors de leur réinsertion sociale ; 5) le support aux victimes d’actes criminels. L’auteur met en lumière les activités d’un criminologue impliqué dans la protection du public, mais respectant également les droits des criminels.
Jean Proulx est professeur titulaire à l’École de criminologie de l’Université de Montréal, dont il est l’actuel directeur.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2011
Nombre de lectures 13
EAN13 9782760625679
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Jean Proulx
OFESSîON P
Les Presses de l’Université de Montréal Extrait de la publication
Criminologue
Extrait de la publication
Profession criminologue
Extrait de la publication
j e a n prou l x
Profession criminologue
Les Presses de l’Université de Montréal
Extrait de la publication
Introduction
ans l’imaginaire collectif, le criminologue est D un «profileur» qui poursuit des tueurs en série. Mythe ou réalité? Il est vrai que certains criminolo-gues, œuvrant au sein d’une organisation policière, peuvent établir des profils comportementaux et de personnalité afin d’aider des enquêteurs à élucider des meurtres, notamment lorsqu’il s’agit de meurtres à caractère sexuel. Cependant, cette tâche spécifique n’est que très occasionnelle, même au sein des orga-nisations policières, en raison de la rareté de ce type de crimes. En eet, on compte environ 23 meurtres sexuels par année au Canada. Ceux-ci ne constituent qu’environ 4% du total des homicides commis au cours de cette période. De surcroît, les meurtriers sexuels en série ne représentent qu’une faible pro-portion des meurtriers sexuels. Ces statistiques nous confrontent à un autre mythe, soit celui d’une épi-démie de meurtriers sexuels en série. En fait, la seule épidémie avérée est celle d’articles de journaux, de films et de séries télévisées sur les tueurs en série. Une fois établi que le criminologue est rare-ment un «profileur» qui traque des tueurs en série, on peut néanmoins s’interroger sur les sources de cette fascination pour ce métier. Tout d’abord, il y a
Extrait de la publication
8
Jean Proul x
certainementleseorts déployés pour comprendre, pour élucider les mystères entourant ce monstre qu’est l’auteur de crimes à première vue incompré-hensibles. Quelle est la personnalité de ce criminel? Est-ce une personne timide, angoissée, inhibée, pour qui le meurtre sexuel est la seule manière d’exercer un pouvoir sur une autre personne? Au contraire, est-ce un être égocentrique et extraverti qui consomme de manière abusive alcool et drogue et utilise la violence, même meurtrière, pour assouvir ses désirs sexuels? Au-delà de la personnalité du meurtrier, quelle est son histoire? Provient-il d’un milieu familial vio-lent? A-t-il de nombreux antécédents de crimes? En bref, le «profileur» tente de comprendre les facteurs de personnalité, développementaux et situationnels qui expliquent ses crimes. Ces tâches, nous le verrons tout au long de cet ouvrage, se situent au cœur de l’activité professionnelle du criminologue, qu’il soit clinicien, analyste ou chercheur, et ce, peu importe le type de crimes analysés. On pourrait même sou-tenir que le criminologue «profileur» n’est qu’un utilisateur des théories et des modèles élaborés par les criminologues chercheurs et les criminologues cliniciens. En eet, c’est à la lumière de leurs tra-vaux qu’il conçoit sa compréhension des facteurs et des processus qui ont culminé en un meurtre sexuel. Par-delà le défi intellectuel, une autre raison qui explique la fascination pour le métier de «profileur» est le danger potentiel lié au fait de côtoyer un meur-trier sexuel. D’emblée, il faut souligner que le crimi-nologue «profileur» n’est pas un policier. Son rôle se limite à l’étude de la scène de crime et à l’élabora-tion d’un profil psychologique et comportemental du meurtrier. Aussi, dans certains cas, il peut suggérer des stratégies d’intervention aux policiers qui tentent sans succès de soutirer des aveux à un suspect. De
Profession criminologue
9
nouveau, la fiction médiatique présente une image erronée des dangers auxquels sont confrontés les cri-minologues «profileurs». Mais qu’en est-il des crimi-nologues cliniciens, ceux dont le rôle est d’évaluer et d’aider des criminels impliqués dans une démarche de réinsertion sociale? Pour la majorité des criminologues cliniciens, la pratique professionnelle implique un contact direct avec des criminels. Bien sûr, très peu d’entre eux sont des meurtriers sexuels. Toutefois, le parcours de bon nombre de ces infracteurs inclut des crimes violents (par exemple: agression sexuelle, violence conjugale, vol à main armée) et des crimes de moindre gravité, tels des fraudes ou des vols d’automobiles. De plus, sur le plan psychologique, dans une large proportion, ces criminels se distinguent par leur hostilité, leur impulsivité et leur recherche d’un pouvoir absolu sur autrui, ainsi que par un rejet de toutes normes ou contraintes, qu’elles soient légales, sociales ou liées au cadre thérapeutique. En conséquence, on peut aisé-ment concevoir que la proximité physique et psycho-logique entre le criminel et le criminologue clinicien comporte certains risques pour ce dernier. Quelle est la nature des dangers auxquels sont confrontés les criminologues cliniciens dans leurs tâches quotidiennes? Tout d’abord, il y a le risque d’être victime de violence physique de la part d’un criminel sous sa supervision. Toutefois, cette vio-lence est relativement rare. Personnellement, en 23 ans de pratique clinique, je n’ai été frappé qu’une seule fois. En fait, c’est la violence psychologique qui prédomine dans le répertoire des dangers qui pèsent sur le criminologue clinicien. Celle-ci peut prendre diérentes formes et inclut la menace de coups, les insultes, les sarcasmes, mais surtout une profonde méfiance teintée d’hostilité, laquelle constitue la
10
Jean Proul x
trame émotionnelle centrale du criminel dans son rapport au criminologue. Cette méfiance se dissimule parfois sous les traits d’une pseudo-coopération dont les finalités sont purement utilitaires pour le criminel (par exemple, participer à un programme de traite-ment pour toxicomanes, afin de présenter l’image d’un détenu qui désire changer, et ce, afin d’obtenir plus rapidement une libération conditionnelle). Les psychothérapies constituent un contexte parti-culièrement propice aux manifestations de violence psychologique. Prenons l’exemple d’un suivi hebdo-madaire avec un groupe de huit criminels. Chacune des rencontres pourrait être comparée aux échanges qui surviennent sur la patinoire lors des joutes théâtrales d’une ligue d’improvisation. À chaque ren-contre, tout est possible, il n’y a pas de texte appris, de règles précises. Un des participants me fit un jour la remarque suivante:
Toé, Proulx, tu passes deux heures par semaine avec nous autres, moé j’ai sept jours pour penser à comment je vais te faire chier et t’ écraser la semaine suivante. T’es mieux de tenir ta tuque, mon gars, parce que t’auras pas de cadeau.
Est-ce à dire que nos rapports avec les criminels se limitent à un jeu de pouvoir dont on tente de sortir vainqueur? Évidemment non. Au contraire, un des objectifs principaux du traitement est d’aider le criminel à concevoir les rapports interperson-nels autrement que sur le mode du pouvoir. Pour y arriver, dans un premier temps, il faut nommer ce mode relationnel pathologique, ce qui implique que l’on doit y être confronté directement et à répétition dans les rencontres de suivi thérapeutique, qu’elles aient lieu individuellement ou en groupe. Dans un deuxième temps, il faut proposer des modes de rap-ports interpersonnels dans lesquels priment à la fois le respect d’autrui et le respect de soi-même. À cet
Extrait de la publication