Un nouveau référentiel pour la culture ?

Un nouveau référentiel pour la culture ?

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Livres
256 pages

Description

Les mutations de ces dernières décennies sont autant culturelles que strictement économiques et sociales. Les modes de production et d’échange de nos ressources symboliques s’en trouvent profondément transformés et notre conception, héritée du XXe siècle, d’un art émancipateur largement questionnée.

En s'appuyant sur des expérimentations souvent peu connues, Philippe Henry illustre cette situation et analyse la question centrale de la construction de nos identités culturelles. La problématique de la diversité culturelle forme, selon lui, le nouveau socle d'une pensée et d'une action politique publique de la culture. Elle est néanmoins confrontée à des inégalités et des fractures culturelles aujourd'hui croissantes.

Il décèle de nouvelles modalités collaboratives et plaide pour la prise en compte d'une économie coopérative dans le champ de la culture, au même titre que pour l’affirmation d'une gouvernance participative.

Au final, Philippe Henry, l'un des sociologues majeurs de la culture de ces deux dernières décennies, nous livre un ouvrage de référence sur la mise en perspective des rapports qui se renouvellent sous nos yeux entre l’art, la culture et la société. Avec pour visée de vouloir inventer un monde moins insoutenable et plus humain.


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Date de parution 10 janvier 2014
Nombre de lectures 1
EAN13 9782916002446
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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«Dans nos sociétés qui se transforment, la question culturelle revient surtout au premier plan comme ce qui permet de faire cohérence et signification minimales pour continuer à vivre et travailler, à rêver et aimer.» Les mutations de ces dernières décennies sont autan t culturelles que strictement économiques et sociales. Les modes de production et d’échange de nos ressources symboliques s’en trouvent profondément transformés et notre conception, héritée du e XX siècle, d’un art émancipateur largement questionnée. En s’appuyant sur des expérimentations souvent peu connues, Philippe Henry illustre cette situation et analyse la question centrale de la construction de nos identités culturelles. La problématique de la diversité culturelle forme, selon lui, le nouveau socle d’une pensée et d’une action politique publique de la culture. Elle est néanmoins confrontée à des inégalités et des fractures culturelles aujourd’hui croissantes. Il décèle de nouvelles modalités collaboratives et plaide pour la prise en compte d’une économie coopérative dans le champ de la culture, au même titre que pour l’affirmation d’une gouvernance participative. Au final, Philippe Henry, l’un des sociologues maje urs de la culture de ces deux dernières décennies, nous livre un ouvrage de référ ence sur la mise en perspective des rapports qui se renouvellent sous nos yeux entre l’art, la culture et la société. Avec pour visée de vouloir inventer un monde moins insoutenable et plus humain. Philippe Henrymaître de conférences HDR à la retraite de l’Université Paris 8 - est Saint-Denis. Il poursuit ses recherches sur la spéc ificité de l’économie des biens singuliers dans le domaine artistique. Il a notamment publié en 2009Spectacle vivant et culture d’aujourd’hui. Une filière artistique à rec onfigurerPresses Universitaires aux de Grenoble. Photo de couverture : Friche Belle de Mai - Studio Public © Caroline DUTREY
Un nouveau référentiel pour la culture ?
Pour une économie coopérative de la diversité culturelle
Philippe Henry
éditions de l’attribut
Collection La Culture en Questions
éditions de l’attribut 32 rue Riquet 31000 Toulouse www.editions-attribut.fr
ISBN 978-2-916002-44-6 © Éditions de l’Attribut, janvier 2014, tous droits réservés.
Cette version numérique a été converti au format ePub par ISAKOwww.isako.com, à partir de l’édition papier du même ouvrage (978-2-916002-28-6)
À Jean-Claude et Gabi, compagnons de route trop vite disparus et à tous ceux et celles qui s’obstinent à vouloir inventer un monde moins insoutenable et plus humain.
Il n’y a pas de monde commun. Il n’y en a jamais eu. Le pluralisme est avec nous pour toujours. […] Le monde commun est à composer, tout est là. Il n’est pas déjà là enfoui dans une nature, dans un universel, dissimulé sous les voiles chiffonnés des idéologies et des croyances et qu’il suffirait d’écarter pour que l’accord se fasse. Il est à faire, il est à créer, il est à instaurer. Et donc, il peut rater. Bruno Latour,Manifeste compositionniste, 2010
Remerciements à Danielle pour ses précieuses remarques de première lectrice et son aide soutenue de correctrice.
INTRODUCTION
Les mutations économiques et sociales dans lesquelles notre société se trouve engagée sont à associer à des bouleversements culturels de très grande ampleur, qui à leur tour transforment profondément les modes de production et d’échange d e nos ressources symboliques. Notre e conception, héritée du XX siècle, d’un art émancipateur par appropriation sensible et réflexive d’œuvres inédites ou reconnues, chacune porteuse de sa propre autonomie singulière, s’en trouve largement questionnée. Le livre examine de près les transformations de la nature et du rôle de l’art – tant en termes de pratiques et d’usages de nos concitoyens que de nou velles démarches au sein des filières professionnelles ou des politiques publiques. Les tensions potentielles issues de la diversité des identités et des parcours culturels dans notre société sont au centre du propos, aussi bien que celles induites par une économie créative et culturelle se présentant comme le cœur d’un nouveau modèle de développement. Notre centre d’intérêt premier va aux démarches (pr ojets, organisations, politiques) dans lesquelles la dimension artistique est déterminante, sans pour autant être exclusive. Est donc privilégiée une entrée par les processus qui fondent leur identité sur la mise en relation – qui ne va jamais de soi – d’une pratique artistique, d’une réalité culturelle et territoriale et d’une pluralité 1 d’acteurs à concerner . Par les perspectives qu’elles ouvrent et les difficultés qu’elles soulignent, l’accent mis sur des expérimentations ne disposant pas de la plus grande notoriété permet également de donner un aperçu problématisé plus précis et opérationnel des enjeux culturels majeurs que nous avons à affronter. À l’horizon des analyses, se dessinent les contours d’une économie particulièrement inégalitaire, mais simultanément marquée de nouveau x agencements coopératifs, qui restent néanmoins largement à développer et consolider. Le chemin est en effet encore long et incertain si nous voulons réellement construire un monde où la pluralité des identités et des parcours culturels des personnes aille de pair avec au moins deux enjeux majeurs d’innovation sociale : celui de communautés culturelles diverses, mais en dialogue élargi les unes avec les autres et en capacité d’inventer une communauté de destin plus globale et apaisée ; celui, associé, de nouvelles modalités de gouvernance, où la participation d’un plus grand nombre et l’équité du partage des ressources disponibles ne soient pas de simples slogans de tribune ou des effets de mode passagers. L’approche est d’ordre inductif. Partant d’exemples ou de réalités observables, elle en propose une problématisation d’abord soucieuse d’articuler, dans un tableau d’ensemble, faits concrets et notions le plus possible opératoires. 2 Prolongeant et élargissant la réflexion engagée dans un ouvrage précédent , l’argumentaire s’appuie sur des cas souvent pluridisciplinaires, même si le monde des arts de la scène y conserve sa fonction d’illustration exemplaire de nombre de phénomènes. Néanmoins, cette référence pragmatique ne masque pas le contexte global de prédominance des industries culturelles et les 3 évolutions structurelles générées par la révolution numérique . Le propos s’organise en référence au cas français, sans faire l’impasse sur l’environnement européen et mondial dans lequel il s’insère. Au final, le texte développe une approche volontair ement généraliste et didactique. Il veut contribuer à une mise en perspective théorisée des rapports qui se renouvellent sous nos yeux entre l’art, la culture et la société. Il se soucie autant des difficultés évidentes de notre époque que des
tentatives déjà à l’œuvre pour l’amener à plus d’hu manité. Par là, il présente les contours et les tensions d’un référentiel d’appréhension des pratiques artistiques resituées dans l’environnement culturel d’aujourd’hui. Chacun des neuf chapitres commence par la présentat ion synthétique d’une démarche particulière, avant que ne soit développée une problématique de plus grande généralité renvoyant à 4 un niveau spécifique d’enjeux . e Le premier brosse un tableau d’évolutions culturelles majeures depuis la fin du XX siècle. Il prend appui sur l’exemple des friches culturelles, pour évoquer quelques-unes des transformations sociétales auxquelles nous sommes désormais confrontés et qui se laissent clairement lire dans le cas des musiques actuelles. Les trois chapitres suivants approfondissent une mise en perspective générale en s’intéressant à trois thématiques en forte interférence : l’hétérogénéité des préférences et des parcours culturels, qui transforme nos rapports à l’art et à la culture tout particulièrement chez les jeunes générations ; la montée en puissance et les limites de l’approche idéologique centrée sur les notions de diversité et de participation culturelle s ; la structure spécifique et foncièrement inégalitaire de l’économie artistique, toujours plus enchâssée dans les logiques de développement des industries culturelles et créatives. Cinq chapitres détaillent ensuite et problématisent les expériences, récentes ou plus anciennes, qui sont menées au titre d’une logique assumée de c oopération culturelle et d’économie plus contributive que strictement concurrentielle et compétitive. En partant du registre essentiel des projets élémentaires pour aller vers ceux plus larg es des organisations et de la gouvernance publique, seront successivement abordées : les démarches artistiques partagées ; les modalités de coopération au sein des organisations artistiques é lémentaires ; les formes territorialisées de coopération culturelle ; les tentatives de reconfiguration des politiques culturelles publiques ; les nécessités de transformation tant des systèmes d’éducation que de formation artistiques.
1 Nous conservons le qualifiant générique d’« artistique » pour désigner ces démarches, pratiques ou situations pourtant multidimensionnelles. Nous parlons ainsi également d’éducation artistique alors même que les démarches associées sont toujours plurielles et non dissociables d’environnements culturels particuliers. Symétriquement, nous utilisons le terme de « culturel » pour désigner les pratiques ou démarches dans lesquelles la dimension artistique n’est pas expressément revendiquée, même si elle peut aussi être présente – comme dans le terme de pratiques culturelles des jeunes ou moins jeunes générations. 2Henry, Philippe Spectacle vivant et culture d’aujourd’hui. Une filière artistique à reconfigurer, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 2009. 3 Nous utilisons les termes de champ culturel ou d’économie culturelle pour renvoyer à l’ensemble non dissocié des mondes de l’art de nature d’abord artisanale – dont les arts de la scène et partie des arts plastiques – et des industries culturelles – livre, cinéma et audiovisuel, musique enregistrée. Si besoin, le qualifiant d’artistique est employé pour désigner une spécificité propre à cette dimension. Enfin, celui de culturel apparaît quelquefois pour renvoyer à une réalité plus large – comme dans l’expression développement culturel. Nous indiquons dès la fin du chapitre 1 notre parti pris général quant à ce que nous appelons l’art et la culture. 4 Si l’argumentaire d’ensemble et la plupart des sections sont inédits, quelques-unes reprennent des études personnelles (aux chapitres 5 et 8 notamment), empruntent une partie factuelle ou s’inspirent d’articles publiés dans des ouvrages collectifs (aux chapitres 1 et 6). De très nombreuses communications, en particulier lors de journées d’étude et de réflexion professionnelles entre 2010 et 2013, alimentent également le propos.
CHAPITRE 1
DES FRICHES CULTURELLES AUX NOUVEAUX ENJEUX CRÉATIFS
SYSTÈME FRICHE THÉÂTREFRICHE LA BELLE DE MAI
Avec le soutien de l’adjoint à la culture de la municipalité de Marseille Christian Poitevin, une première expérience de friche culturelle est menée dès 1990 par Philippe Foulquié et Fabrice e Lextrait dans une ancienne minoterie du 15 arrondissement. Ces derniers convainquent le propriétaire de la Société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes (Seita) de laisser s’installer en 1992 leur associationSystème Friche Théâtresur l’îlot 3 du site industriel (SFT) e du 3 arrondissement de la Belle de Mai, géré depuis 1935 par cette société et qui a définitivement fermé en 1991. L’ensemble présente une juxtapositio n hétéroclite de bâtiments de hauteur et volumétrie très diverses, issue des aménagements su ccessifs du site (anciens entrepôts, hangars, locaux techniques ou administratifs…), la Tour étant le seul vestige d’une raffinerie de sucre e présente au milieu du XIX siècle avant l’installation de la fabrique de taba cs et allumettes en 1868. Dès 1996, leProjet Culturel pour un Projet Urbainde SFT pose les artistes en tant que partie prenante du développement économique. La friche apparaît comme une association de producteurs artistiques et culturels, qui invitent eux-mêmes de s artistes en résidence longue et les accompagnent dans leur projet L’emblème général est « l’artiste, la ville, sa ville ». L’objectif premier est d’accompagner et de produire des démarches d’auteur nouant des rapports nouveaux entre publics, lieux et langages artistiques. Les disciplines accueillies sont variées : musique, théâtre et danse, expositions et ateliers en arts plastiques Les relations aux publics (50 % de jeunes) ou aux nouvelles technologies et au multimé dia sont déclarées centrales. L’enjeu constant – pas simple à réaliser – est de mettre en synergie la variété et la multiplicité des projets présents sur l’îlot. Un intérêt constant est porté à sa dimension architecturale et urbanistique. Une dizaine de producteurs est investie depuis longtemps dans le projet global et constitue les premiers partenaires de SFT. Le site est enclavé au Sud-Est du quartier populaire et ouvrier de la Belle de Mai, marqué par une forte présence de personnes âgées. Devenu presque exclusivement ouvrier et majoritairement e peuplé par des Italiens immigrés au cours du XIX siècle, ce quartier a été particulièrement touché par la crise des années 1980. L’ensemble du site de la Seita est acquis en 1998 par la ville de Marseille pour en faire un district (cluster) culturel, mais sans qu’il y ait de véritable pilo tage global du projet. À terme pourtant, il doit constit uer un ensemble urbain d’activités 2 de 120 000 m centré sur la culture : archives et patrimoine pour l’îlot 1, industries et économie culturelles pour l’îlot 2, pôle simultanément local et international de culture vivante pour 2 l’îlot 3 (45 000 m ). Le site est situé au Nord-Ouest de la gare Saint-Charles et bordé sur un de ses côtés par les voies de chemin de fer. Il est intégré en 1995 dans le périmètre d’aménagement Euroméditerrannée et en forme sa pointe Est. En 2007 et pour l’îlot 3, l’association de type loi de 1901 – qui porte SFT et le projet culturel d’ensemble de la friche – est complétée par une Société coopérative d’initiative culturelle (Scic). Elle a pour objet l’aménagement architectural et urbanistique de l’îlot et l’accompagnement vers l’autonomie de certains grands projets (le lieu de diffusion et de production musicales leCabaret aléatoire, le restaurantLes grandes tables). SFT, qui emploie 39 salariés en 2008, conserve la régie de la plupart des spectacles sur l’îlot (saufCabaret Aléatoire) et l’action culturelle dans la
ville. La Scic signe avec la municipalité un bail emphytéotique de 45 ans. Sa montée en puissance ne va pas sans poser le problème de l’articulation des deux structures et plus largement de la gouvernance à moyen terme de l’ensemble de l’îlot. Dès 1999, un début de transformation architecturale et physique est réalisé, mais l’aménagement reste sommaire et parcellaire jusqu’en 2002. Entre 2001 et 2008 et sous le label « L’air 2 ne pas y toucher », trois schémas directe urs d’aménagement de l’îlot se succèdent, conçus collégialement avec les résidents. En 2007, SFT participe à la candidature de Marseille - Aix-en-Provence pour 2013 au titre de C apitale européenne de la culture. C’est l’occasion pour la Scic, sous l’impulsion de Patrick Bouchain, de rassembler les fonds pour la première réhabilitation à grande échelle de l’îlot qui débute en juin 2011 et se concrétise par 2 l’opération Tour-Panorama livrée fin 2012 : elle co mporte 7 500 m de nouveaux espaces de travail (espaces d’ateliers ou bureaux d’administration) à partir de la réhabilitation des anciens 2 2 magasins, ainsi que 3 500 m d’espaces d’exposition, tandis qu’un Toit-terrasse de 7 000 m et son belvédère ouvre une véritable place publique entre ville et ciel. À l’automne 2013, deux nouvelles salles de spectacle ont été inaugurées, a vant que n’ouvre en 2014 l’Institut méditerranéen des métiers du spectacle. L’économie de SFT repose très majoritairement sur des subventions publiques (municipalité, État, autres collectivités territoriales), peu d’interlocuteurs ayant néanmoins une vision globale du projet. Avant la nouvelle répartition des tâches avec la Scic, les recettes propres représentent entre 25 et 30 % d’un budget oscillant entre 2,5 et 3 millions d’euros. Le budget cumulé global des activités et organisations sur l’îlot dépasse largement les 10 millions d’euros. En 2012, 70 structures artistiques et culturelles professionnelles, soit près de 500 personnes, travaillent à l’année sur l’îlot pour y développer des projets particuliers. Plus de 1 000 artistes et plus de 300 compagnies ou artistes résidents sont accueillis chaque année. De nombreux ateliers artistiques sont développés, en particulier dans le cadre du jumelage entre la friche et le réseau d’éducation prioritaire Saint Mauront. Ces dernières années, le nombre annuel de visiteurs et publics des événements proposés sur l’îlot est esti mé à plus de 150 000. Mais les publics apparaissent d’abord spécialisés sur des champs artistiques spécifiques, même si certains projets favorisent le mélange. L’ouverture du restaurant (2006), l’installation d’ un « street park » (2009), d’une crèche associative (2012), d’un marché paysan hebdomadaire, d’espaces jardinés, d’une aire de jeux en forme de train, d’une librairie diversifient les fo nctions présentes dans l’îlot. Le réaménagement d’une villa dans sa partie Nord (villa Simon) offri ra une capacité d’hébergement et de « villégiature » pour des écrivains. Hors site, l’aménagement d’une ancienne maternité en École d’art doit à terme engendrer un flux piétonnier acc ru au travers de l’îlot et participer à son ouverture physique sur son quartier. Des partenariats se dessinent ou se développent aussi avec des e organisations en proximité du 3 arrondissement ou des environs qui disposent d’espaces de travail et d’accueil du public (Les Bancs publics, leComptoir Toussaint-Victorine, ie L’embobineuse,KLAP Maison pour la danse – Kelemenis & C, leThéâtre Gyptis).
LES FRICHES CULTURELLES, ENTRE ENJEUX ARTISTIQUES ET CULTURELS
Commencer notre propos par la question des friches culturelles revient à souligner combien la nature et le rôle des pratiques artistiques – et pl us largement culturelles – sont en voie d’être profondément reconfigurés et sont partie intégrante de la mutation de nos sociétés qui se dessine e depuis les deux dernières décennies du XX siècle. Dans leur diversité, ces démarches continuent à illustrer la montée en puissance de nouveaux enjeux de développement tant individuels que collectifs, de nouvelles conflictualités résultantes, de nouvelles nécessités quant à la gouvernance des organisations élémentaires, des secteurs d’acti vité ou de la société toute entière. Ces expériences doivent également être resituées dans l’environnement d’une nouvelle économie des biens symboliques qui contraint très profondément les volontés militantes en faveur d’un monde plus équitable et partagé. Si cette économie est bien source de capacités inédites d’expression et de communication, elle est très loin de permettre le développement et la pérennité des différentes démarches d’abord fondées sur l’expérimentation artistique. Le monde des musiques actuelles