Choisir son école

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Les enquêtes montrent que la plupart des parents souhaitent avoir le droit de choisir l’établissement de leur enfant. Beaucoup optent pour le secteur privé, mais d’autres contournent la carte scolaire du secteur public en exprimant des préférences pour certaines options ou en demandant des dérogations. Un autre type de choix est celui de parents qui, envoyant leurs enfants dans les établissements du quartier, s’y investissent fortement pour surveiller leur scolarité. Si l’on ajoute à cela le fait que les choix résidentiels sont souvent motivés par le désir d’habiter à côté d’un « bon » établissement, force est de constater que le choix de l’école est un phénomène social majeur.
On ne disposait cependant que d’analyses encore partielles des stratégies de choix des parents. Prenant appui sur une enquête par entretiens dans quatre communes de la périphérie parisienne, cet ouvrage s’intéresse plus particulièrement aux parents des classes moyennes. Il étudie finement les clivages entre les différentes fractions de ce groupe social autour de choix qui constituent pour leurs membres d’importants enjeux tant du point de vue des carrières scolaires de leurs enfants que de la protection de leur statut collectif.
Mobilisant une vaste littérature sociologique, l’auteur développe une analyse compréhensive originale. Elle intègre l’étude des différents déterminants des choix : les visées, valeurs, « bonnes raisons » et ressources des parents. Elle examine aussi comment ces choix se construisent dans les espaces familiaux et les réseaux de voisinage en interaction avec l’offre éducative et la régulation locale.

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EAN13 9782130739234
Langue Français

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2009
Agnès van Zanten
Choisir son école
Stratégies familiales et médiations locales
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130739234 ISBN papier : 9782130558163 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Les enquêtes montrent que la plupart des parents souhaitent avoir le droit de choisir l’établissement de leur enfant. Beaucoup optent pour le secteur privé, mais d’autres contournent la carte scolaire du secteur public en exprimant des préférences pour certaines options ou en demandant des dérogations. Un autre type de choix est celui de parents qui, envoyant leurs enfants dans les établissements du quartier, s’y investissent fortement pour surveiller leur scolarité. Si l’on ajoute à cela le fait que les choix résidentiels sont souvent motivés par le désir d’habiter à côté d’un « bon » établissement, force est de constater que le choix de l’école est un phénomène social majeur. On ne disposait cependant que d’analyses encore partielles des stratégies de choix des parents. Prenant appui sur une enquête par entretiens dans quatre communes de la périphérie parisienne, cet ouvrage s’intéresse plus particulièrement aux parents des classes moyennes. Il étudie finement les clivages entre les différentes fractions de ce groupe social autour de choix qui constituent pour leurs membres d’importants enjeux tant du point de vue des carrières scolaires de leurs enfants que de la protection de leur statut collectif. Mobilisant une vaste littérature sociologique, l’auteur développe une analyse compréhensive originale. Elle intègre l’étude des différents déterminants des choix : les visées, valeurs, « bonnes raisons » et ressources des parents. Elle examine aussi comment ces choix se construisent dans les espaces familiaux et les réseaux de voisinage en interaction avec l’offre éducative et la régulation locale.
Table des matières
Remerciements Introduction Choisir Choisir son école Une enquête sur le choix de l’école Première partie. Stratégies 1. Des visées individuelles Le développement réflexif ou se cultiver tout au long de la vie L’instrumentalisme ou s’armer pour l’avenir Le « moratoire expressif » ou s’épanouir au temps présent Conclusion 2. Des idéaux collectifs Égalité méritocratique et égalité démocratique L’intégration par cloisonnement et l’intégration par côtoiement Conclusion 3. De bonnes raisons Les théories sur le fonctionnement des établissements scolaires Les théories sur les apprentissages et la socialisation des enfants Conclusion 4. Des ressources plurielles Les multiples usages du capital culturel La puissance cachée du capital économique Conclusion Deuxième partie. Médiations 5. La négociation familiale La négociation du choix dans le couple La négociation avec l’enfant Conclusion 6. Les réseaux locaux L’appropriation de l’espace résidentiel et scolaire dans les quartiers favorisés Les quartiers « gentrifiés » entre logique d’enclave et logique d’ouverture Conclusion 7. L’offre éducative Polarisation de l’offre publique, différenciation de l’offre privée
Les médiations professionnelles et marchandes entre l’offre et la demande Conclusion 8. La régulation politique Quand les parents se placent du point de vue des politiques Quand les parents font de la (sub)-politique à l’échelle locale Conclusion Conclusion Les choix scolaires entre motifs individuels et effets contextuels Choix scolaires et identités de classes Les choix scolaires comme instrument de clôture sociale Annexe 1 Annexe 2 Bibliographie
Remerciements
e travail, engagé depuis dix ans, a bénéficié de l’appui, de l’aide, des conseils et Cdes critiques d’un si grand nombre de personnes que ma crainte est grande, au moment où j’achève la rédaction de l’ouvrage auquel il a donné naissance, d’oublier de marquer ma dette à l’égard de quelques-unes d’en tre elles. Par ordre chronologique, je tiens à remercier d’abord les responsables du programmePIR-Villes au ministère de la Recherche et du Plan urbanisme, construction, architecture (PUCA), du ministère de l’Équipement d’avoir financé les deux recherches sur lesquelles s’appuient les interprétations proposées ici et d’avoir suivi avec intérêt leur déroulement et les publications auxquelles elles ont donné lieu. Je souhaite également exprimer ma reconnaissance à l’égard de tous les parents qui ont accepté d’être les sujets de cette étude et avec lesquels j’ai tellement dialogué virtuellement en écrivant les chapitres qui composent cet ouvrage, et d’autres publications se référant au même corpusd’entretiens, que j’ai l’impression qu’ils font partie de mon entourage. Je tiens également à remercier tous les professionnels et responsables éducatifs qui ont accepté de partager leurs points de vue et leurs expériences et qui ont facilité mon accès aux terrains. Les enquêtes de terrain elles-mêmes reposent sur le travail de très nombreux collaborateurs. Quatre groupes d’étudiants du cycle du diplôme ou de master de Sciences Po ont réalisé une bonne partie des entretiens, recueilli de nombreux renseignements et enrichi par leurs travaux mes interprétations. Je dois particulièrement remercier Philippe Gombert, qui a effectué une partie des entretiens menés à Rueil et réalisé sa thèse dans le cadre de la première recherche et, davantage encore, Margaux Le Gouvello qui a accompagné ce travail depuis 2004 jusqu’à aujourd’hui, en réalisant d’abord, comme étudiante de master, des entretiens, puis comme assistante de recherche, la plupart des entretiens avec les responsables des associations de parents. Elle m’a également apporté une aide précieuse dans le travail bibliographique et la mise au point des références. Ma dette est plus grande encore à l’égard de Marie-France Grospiron, ingénieur d’études au CERLIS actuellement à la retraite, qui a effectué une première analyse, extrêmement riche, des entretiens, proposé de nombreuses pistes d’interprétation et relu attentivement les premières versions de plusieurs chapitres. La première recherche a été menée, au début, en collaboration avec Marco Oberti, actuellement professeur à Sciences Po, avec qui j’ai eu du plaisir à travailler et à échanger autour des liens entre la ségrégation urbaine et la ségrégation scolaire. La deuxième a été menée en collaboration avec Maroussia Raveaud, maître de conférences à l’Université du Maine, qui a enrichi par son regard comparatiste l’analyse des entretiens menés à Montreuil et à Vincennes, et avec Stephen Ball, professeur à l’Institut d’éducation de l’Université de Londres, collègue et ami, dont les recherches ont de longue date exercé une grande influence sur mes travaux. Cette deuxième enquête s’est déroulée parallèlement à la recherche européenne Reguleduc,coordonnée par Christian Maroy, professeur à l’Université catholique de Louvain et au sein de laquelle
j’ai collaboré avec Bernard Delvaux, chercheur associé à l’équipe du GIRSEF de cette même université. J’ai beaucoup appris dans les échanges avec ces deux collègues autour des marchés scolaires. L’enquête française au sein de ce projet a été menée avec la collaboration de Sylvie Da Costa et d’Elena Roussier-Fusco, alors doctorantes, dont le travail dans les établissements a servi de toile de fond à une partie des interprétations présentées ici. Sylvie Da Costa m’a aussi apporté une aide précieuse dans la préparation des annexes lors de la rédaction finale du manuscrit. Dans la dernière phase d’écriture, j’ai bénéficié de la lecture attentive, critique et stimulante de plusieurs chapitres par Éric Mangez, maître de conférences à l’Université catholique de Louvain, d’Hugues Draelants, chargé de recherche FNRS à l’équipe GIRSEF de cette même université, ainsi que d’Yves Grafmeyer, professeur à l’Université de Lyon 2. J’ai pu également bénéficier d’échanges très fructueux avec des collèges étrangers travaillant sur des sujets proches, notamment, dans la période plus récente, avec Philippe Brown, professeur à l’Université de Cardiff, avec Stephen Ball, professeur à l’Institut d’éducation de l’Université de Londres, avec Michèle Lamont, professeur à l’Université d’Harvard et avec Annette Lareau, professeur à l’Université de Maryland, qui ont effectué des séjours à Sciences Po au cours des deux dernières années. À ces échanges s’ajoutent de très nombreuses discussions avec des collègues, des étudiants et avec divers acteurs du système éducatif qui m’ont encouragée à approfondir certains points. Ce livre n’aurait pu exister sans les trois lieux qui ont permis sa production. Le premier est l’Observatoire sociologique du changement. Je remercie vivement son directeur, Alain Chenu, pour ses encouragements. J’ai également bénéficié des échanges stimulants avec tous les collègues qui en font partie et d’un appui constant du personnel administratif. Je tiens notamment à remercier Mireille Clémençon qui a assuré avec une très grande disponibilité, rigueur et efficacité la mise au point du manuscrit dans sa forme définitive. Le deuxième, ce sont les Presses Universitaires de France dont je tiens à remercier l’ensemble des membres, avec qui je travaille avec plaisir depuis plusieurs années, Michel Prigent, son directeur, pour sa patience et sa confiance à mon égard et surtout Serge Paugam qui a encouragé, suivi et lu ce travail, publié dans sa collection. Le troisième lieu, c’est chez moi et je conclus en remerciant mes enfants, Kevin et Axel, qui m’ont obligée à me poser des questions sur le choix en tant que parent et avec qui j’ai échangé informellement autour de certaines interprétations. Les mots me manquent enfin pour remercier mon mari, Patrick Rayou, pour son soutien sans faille et ses multiples relectures et suggestions d’amélioration.
Introduction
Choisir hoisir est un des actes par lesquels se manifeste le plus clairement la liberté Cindividuelle. Le choix est classiquement l’expression d’une volonté. Il permet de donner une forme concrète à des intentions. Ces dernières sont guidées par des visées égoïstes, qui servent nos intérêts personnels, mais aussi, bien que de façon variable selon les personnes et les domaines concernés, par des principes « désintéressés »[1]. C’est aussi l’expression d’une rationalité, car choisir suppose d’opérer des distinctions en mobilisant des capacités de jugement et des catégories de classement. C’est, enfin, une démonstration de pouvoir car le choix implique la mobilisation de ressources inégalement réparties entre les personnes. Choisir est aussi, et indissociablement, un acte social. L’individu lui-même est une construction socio-historique. Il est l’aboutissement d’une longue évolution des modes d’organisation sociale et des mœurs permettant aux êtres humains de se concevoir comme des êtres libres à l’intérieur de chaînes d’interdépendance[2]. Il est également le produit de transformations économiques qui se sont traduites, dans certains contextes nationaux, par une abondance de biens permettant de s’exprimer en tant que consommateur[3]. Il est en outre le produit de l’avènement sur le plan politique, dans un nombre limité d’États-nations, de sociétés démocratiques dans lesquelles non seulement l’électeur est la source du pouvoir, mais où les responsables politiques doivent, de façon plus prononcée que par le passé, s’efforcer de prendre en compte les expressions plurielles des intérêts, des singularités et des conceptions du bien commun[4]. Le choix est aussi social dans son exercice concret. Dès lors que l’on se place du point de vue anthropologique et sociologique, le modèle d’unhomo oeconomicus faisant des choix indépendamment de ses semblables vole en éclats. Nous ne choisissons pas seuls, même quand nous avons la certitude d’agir de façon autonome. Les autres exercent une influence plus ou moins visible sur nous dès que nous venons au monde. La socialisation primaire dans la famille engendre deshabitus, dont les effets sur les choix vont se faire sentir tout au long de la vie[5]. La socialisation secondaire dans les différents types d’univers – scolaires, professionnels, résidentiels, associatifs… – que nous rencontrons dans nos trajectoires de vie, modèle à son tour nos projets[6]. Les autres constituent aussi des groupes de référence dont, par nos choix, nous cherchons à imiter les pratiques, afin de nous intégrer à des « cercles sociaux »[7]. Le choix participe aussi d’une construction identitaire. Celle-ci repose dans les sociétés individualistes sur la quête d’une autoréalisation personnelle au nom d’un nouvel idéal d’authenticité, qui reste néanmoins soumise au regard et à l’appui d’autrui[8]. Bien que cela puisse paraître paradoxal à ceux qui se placent du point de vue purement égoïste, le choix peut exprimer parallèlem ent des formes de solidarité, fondées sur des principes moraux auxquels les individus restent attachés, mais qui,