Ecole des filles, école des femmes

Ecole des filles, école des femmes

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Livres
266 pages

Description

Les résultats des enquêtes internationales sur les acquis scolaires des élèves montrent de meilleures performances globales des filles - un écart qui se creuse encore lorsqu'on s'intéresse à l'expression de la motivation ou des projets professionnels. Pourtant l'autocensure féminine perdure à l'entrée des filières prestigieuses, notamment dans les études scientifiques ; et les garçons montrent davantage de facilité à transformer leur capital scolaire en ressources professionnelles, au moment de l'insertion comme en cours de carrière.

Les auteurs de cet ouvrage actualisent, approfondissent et renouvellent le débat sur la sur-réussite féminine à partir de trois questionnements clairement délimités :

- Dans quelle mesure certaines trajectoires académiques laissent entrevoir un phénomène d'autosélection mais aussi de déperdition proprement institutionnelle des filles ?

- En quoi les stéréotypes féminins dans l'espace scolaire régulent aussi les interactions des filles entre elles et avec les professionnels de l'enseignement ?

- Que révèle la place des femmes dans l'institution scolaire sur leurs trajectoires professionnelles et à quelle légitimité sociale répond l'activité éducative lorsqu'on lui assigne une main d'oeuvre massivement féminine ?

Au final, les contributions de ce volume montrent l'intérêt de poursuivre, développer et affiner les analyses sur les rapports sociaux de sexe dans la sphère éducative. Il nous appartient de prendre conscience de leurs effets inégalitaires, à la fois tempérés et renouvelés par la démocratisation ségrégative des cursus.

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Date de parution 24 avril 2017
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EAN13 9782807309548
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Perspectives en éducation & formation
Collection dirigée par Philippe Jonnaert, Montréal Comité scientifique international Dan Baba Tahirou, Niamey ; Jean-Marie De Ketele, Louvain-la-Neuve ; Maurice Sachot, Strasbourg ; Jacques Tardif, Sherbrooke. Animée par Philippe Jonnaert (Université du Québec, Montréal), voici une collection en sciences de l’éducation créée pour soumettre à la critique des praticiens les réflexions théoriques et les résultats de recherches et de travaux actuels et pour offrir aux enseignants et aux professionnels de l’éducation des outils pour leur pratique quotidienne et une réflexion sur ces derniers.
Nous remercions le laboratoire Triangle (UMR 5206) et l’Institut français d’éducation pour l’aide apportée à la publication de cet ouvrage.
PRÉSENTATION DES AUTEURS
Viviane Albenga est maîtresse de conférences en sociologie du genre à l’IUT de Tours, chercheure associée à Sciences Po. Sa thèse,Lecteurs, lectures et trajectoires de genre, soutenue en 2009 à l’EHESS a obtenu le prix 2010 de la re Ville de Paris (1 ex aequo) en Études Genre. Véronique Barthélémyest maîtresse de conférences en sciences de l’éducation à l’Université de Lorraine (ESPE de l’Académie de Nancy-Metz). Ses travaux visent, d’une part, la mise en évidence des pratiques des acteurs dans le pilotage des établissements scolaires et plus particulièrement de la vie scolaire et, d’autre part, l’évaluation de dispositifs. Pierre Bataille est sociologue, post-doctorant du Fonds national suisse de la recherche scientifique à l’Université de Lausanne et au Pôle de recherche national LIVES, membre du LabSo (Laboratoire de sociologie). Soutenue en 2014 à l’UNIL, sa thèse proposaitUne analyse sociologique des parcours de vie des ancien. ne. s élèves des Écoles normales supérieures de Saint-Cloud, Fontenay-aux-Roses et Lyon (1981-1987). Pierre-Yves Bernardest maître de conférences à l’Université de Nantes et chercheur au Centre de recherche en éducation de Nantes. Ses travaux reposent sur une approche socio-économique des questions éducatives. Spécialiste du décrochage scolaire, de sa genèse à la fois comme problème public et comme expérience scolaire d’une partie de la jeunesse, il a également mené des travaux sur les effets des politiques publiques en matière de formation professionnelle initiale. Marianne Blanchardmaîtresse de conférences en sociologie à l’Université est Toulouse 2/ESPE Midi-Pyrénées et chercheuse au CERTOP. Sa thèse portait sur les écoles de commerce en France, et elle s’intéresse désormais aux parcours étudiants dans l’enseignement supérieur. Hélène Buisson-Fenet est sociologue, chargée de recherche CNRS au Laboratoire Triangle (UMR 5206 – ENS Lyon), et a coordonné le réseauSociologie de l’éducation et de la formation de l’Association française de sociologie avec Yves Dutercq. Son champ de recherche est celui des politiques éducatives ; ses travaux portent principalement sur les transformations de l’administration scolaire (reconfigurations professionnelles, rôle des outils de comptabilité et de gestion) et, plus récemment, sur l’analyse comparée de l’évaluation des établissements et du pilotage scolaire contractualisé. Séverine Depoillyest maîtresse de conférences en sociologie à l’ESPE de l’Académie de Paris-Sorbonne, et membre du Laboratoire CIRCEFT-ESCOL de l’Université
Paris 8. Elle travaille sur les scolarités différenciées des filles et des garçons de milieux populaires. Marie-Carmen Garciaprofesseure de sociologie à l’Université Paul Sabatier est Toulouse 3, membre du laboratoire PRISMHH-SOI. Elle travaille sur les formes contemporaines de féminisme ainsi que sur les violences liées au genre en milieu scolaire. Agnès Gindt-Ducros est médecin de santé publique et sociologue. Enseignante-chercheure à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes, elle est responsable de la formation statutaire initiale des médecins de l’Éducation nationale. Ses travaux de recherche en sociologie portent sur la profession de ces médecins et sur la question de la santé en milieu scolaire. Elle est chercheure associée à l’UMR CRAPE Centre de recherches sur l’action politique en Europe de l’Université de Strasbourg. Carine Guérandelmaîtresse de conférences en sociologie à l’IUT « Carrière est sociale » de l’Université de Lille 3. Membre du Laboratoire « Centre de Recherche Individus, Épreuves, Sociétés » (CeRIES), ses recherches portent sur les thématiques du corps et du sport, de la socialisation sexuée et de la jeunesse populaire urbaine. Elle étudie notamment la mixité en milieu scolaire en se focalisant sur l’éducation physique et sportive en zone d’éducation prioritaire. Christian Imdorfprofesseur boursier du Fonds national suisse en sociologie à est l’Université de Berne. Ses champs de recherche concernent le genre en éducation, les transitions de l’école à l’emploi, la sélection sociale au sein de la formation professionnelle, les nouveaux dispositifs de la formation par alternance, l’insertion professionnelle des jeunes concernés par le travail précaire. Aude Kerivelsociologue, chargée de recherche à l’IRISS (Université du est Luxembourg), collaboratrice scientifique à l’Université du Luxembourg. Elle travaille notamment pour le ministère de la Jeunesse en France et enquête actuellement sur les premières expériences de discrimination au moment du stage de troisième et sur la colonie de vacances comme potentiel lieu de mixité et de rencontres. Abir Kréfamaîtresse de conférences en sociologie à l’ENS Lyon. Ses travaux est croisent les apports des sociologies du genre et des sexualités, de la culture et des intellectuels, de l’engagement et des mobilisations collectives. Elle a notamment co-dirigé, avec Isabelle Charpentier et Christine Détrez,Socialisations, identités et résistances des romancières du Maghreb(Paris : L’Harmattan, 2013). Nicky Le Feuvre, de nationalité britannique, est professeure de sociologie du travail à l’Université de Lausanne (Suisse). Ses recherches portent sur le processus de féminisation des échelons supérieurs du marché du travail, dans une perspective comparative européenne. Elle dirige le projetGender & Occupations du Pôle de recherche national LIVES (www.lives-nccr.ch) et pilote le volet suisse du projet européen GARCIA (www.garciaproject.eu) sur les inégalités de genre dans les débuts des carrières académiques en Europe. Christophe Michaut est maître de conférences en sciences de l’éducation et chercheur au Centre de recherche en éducation de Nantes. Spécialiste de l’organisation pédagogique des universités et de la tricherie scolaire, il a réalisé plusieurs recherches avec Pierre-Yves Bernard sur l’expérience scolaire, la certification et l’insertion professionnelle des jeunes en situation de décrochage scolaire.
Marie-Pierre Moreaureader en sociologie de l’éducation (Froebel College) à est l’Université de Roehampton (UK) et co-directrice du Centre Paulo Freire au Royaume-Uni. Ses recherches portent sur la mise en perspective des carrières enseignantes en France et en Grande-Bretagne, et plus largement sur la comparaison internationale des inégalités au sein des professions enseignantes. Christine Morin-Messabel est maîtresse de conférences en psychologie sociale à l’Université de Lyon 2 et membre du Laboratoire GREPS (Groupe de recherche en psychologie sociale). Ses recherches portent en particulier sur les stéréotypes de sexe, en lien avec des problématiques de formation des enseignants dans le cadre des politiques d’égalité des chances filles/garçons. Arnaud Pierreldoctorant en sociologie au GRESCO à l’Université de Poitiers. est Après avoir travaillé sur les étudiants en écoles de commerce et sur les classes préparatoires scientifiques, il effectue une thèse sur l’apprentissage dans l’enseignement supérieur en France. Xavier Ponsmaître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil, chercheur au est LIPHA (Laboratoire interdisciplinaire d’étude du politique – Institut Hannah Arendt) et chercheur associé à l’Observatoire sociologique du changement (OSC, Sciences Po). Ses travaux de sociologie de l’action publique portent principalement sur les transformations des modes de gouvernance des systèmes éducatifs, les réformes des administrations scolaires et les modes de structuration du débat public en éducation. Aline Schochest sociologue et chercheuse à la Haute École spécialisée de la Suisse du Nord-Ouest (Fachhochschule Nordwestschweiz FHNW). Elle travaille sur les thématiques de la sociologie de l’éducation, la sociologie du genre, l’inégalité sociale et la didactique des disciplines. Karin Wohlgemuth est sociologue et travaille à l’Office statistique du canton d’Argovie, service spécialisé de l’éducation. Elle a récemment achevé sa thèse de doctorat à l’Université de Bâle sur le passage à la formation en prenant en compte la perspective de genre. Elle s’intéresse aux inégalités dans l’éducation, à la sociologie du genre et aux méthodes de recherche aussi bien qualitative que quantitative. Emmanuelle Zolesiomaîtresse de conférences en sociologie à l’ESPE de est Clermont-Auvergne, et membre du Laboratoire ACTE (Activité, Connaissance, Transmission, Éducation). Ses principaux thèmes de recherche concernent la transmission et l’incorporation de dispositions professionnelles et sexuées, ainsi que les constitutions de ressources ou contre-handicaps face à la disqualification sociale.
INTRODUCTION
Hélène Buisson-Fenet et Christine Morin-Messabel
Les travaux sur la construction et la reproduction des identités féminines et masculines, sur la division sexuelle du travail et de la vie domestique, sur l’accès et la distinction sexuée à l’espace public et à la sphère politique ont progressivement permis d’institutionnaliser en France un champ des « études sur le genre » désormais bien identifié. Son premier congrès, organisé à l’École normale supérieure de Lyon en septembre 2014, en est l’un des indices les plus révélateurs. Il s’est ouvert sur un symposium centré sur le genre dans l’institution scolaire, et plus précisément sur « l’école des filles, l’école des femmes ». Dix ans après la réédition de l’ouvrage éponyme de la sociologue de l’éducation Marie Duru-Bellat (2004), il s’agissait d’actualiser un ouvrage de synthèse essentiel sur les carrières scolaires féminines, sur la construction scolaire des différences sexuelles et ses effets sur la formation et l’insertion professionnelle des jeunes femmes, sur l’éducation comme cadre d’activité et champ professionnel à dominante féminine.
1. UN RETARD ANALYTIQUE
Car il faut le rappeler et l’écrire à nouveau pour mieux s’en étonner : alors que l’éducation pouvait apparaître comme le champ privilégié de l’observation des constructions et des inégalités sexuées, alors que les principaux cadres théoriques de la sociologie contemporaine se sont édifiés à partir des analyses sur l’éducation – en particulier l’éducation scolaire –, les travaux français ont beaucoup attendu avant de proposer une lecture sociologique du genre à l’école. Marie Duru-Bellat l’explique par la priorité conférée aux déterminants sociaux comme facteur essentiel et souvent unique des analyses bourdieusiennes et boudoniennes, celles-là mêmes qui vont monopoliser le champ sectoriel jusque dans les années 1980. Cet « effet de clôture théorique des paradigmes dominants », tout particulièrement dans le champ de l’éducation scolaire, modifie les voies de renouvellement et les effets de cumulativité : la psychosociologie de la culture et surtout la sociologie du travail et de la formation, où s’affirme souvent le féminisme militant de certains auteurs, sont autant de sources d’analyse et de réflexion sur la place des femmes dans les secteurs de l’ingénierie et des formations industrielles (Daune-Richard et Marry, 1990), la segmentation sexuée du marché du travail (Maruani, 2005 ; Kergoat, 2012), l’analyse