Elhadj Mahmoudou Bâ Fondateur d
295 pages
Français

Elhadj Mahmoudou Bâ Fondateur d'Al-Falah

295 pages
Français

Description

Elhadj Mahmoudou Bâ, né en 1908, revint chez lui en Mauritanie dans son village natal de Djeol après une longue formation religieuse. Il enseigne et interdit la mendicité à ses élèves ; une première dans l'histoire de l'école coranique traditionnelle. Il a construit écoles et mosquées, islamisé des groupes humains et contribué à l'expansion de l'islam. Mais comme personne avant lui, il a combattu l'ignorance, l'analphabétisme, l'esclavage et toute forme de discrimination raciale.

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Date de parution 06 mars 2020
Nombre de lectures 4
EAN13 9782140144806
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Exrait

raciale, purifié l’islam, et banni les connaissances occultes.
défis, face à l’alliance colon/religieux corrompus, qui voyaient sa réforme
fin. D’où le bras de fer permanent entre les deux antagonistes.
Etudes africaines
Série Histoire
Mamadou Samba S
Elhadj Mahmoudou Bâ Fondateur d’AlFalah
Marabout et combattant contre l’ignorance et l’analphabétisme
Elhadj Mahmoudou Bâ Fondateur d’Al-Falah
Marabout et combattant contre l’ignorance et l’analphabétisme
Collection « Études africaines » dirigée par Denis Pryen et son équipe Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
Dernières parutions
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Mamadou Samba SY
Elhadj Mahmoudou Bâ Fondateur d’Al-Falah
Marabout et combattant contre l’ignorance et l’analphabétisme
© L’HARMATTAN, 2020 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-19453-0 EAN : 9782343194530
AVANT-PROPOS
«Sada naama, naama, walla dejja dala naamoobe be ne naama hono no aadamuen.»Cette citation ci-dessus en langue peule était jadis une chanson célèbre et populaire des femmes foutankoobe (habitantes de Fouta). Elle se traduit en français à peu près ainsi : « Si tu veux manger, mange, sinon tu te tais et tu laisses ceux qui veulent manger le faire comme ils en ont l’habitude. » Elle est toute l’histoire qui enveloppe l’œuvre d’Elhadj Mahmoudou Bâ, laquelle est bâtie sur un combat qu’il livra sa vie durant contre plusieurs adversaires, de surcroît ligués systématiquement contre lui. Il s’agit du colon et des forces réactionnaires de Fouta, à savoir, entre autres, le magicien, le sorcier, le marabout « maraboutiste ». Tous étaient contre lui et ses écoles, parce que son action consistait à éliminer l’ignorance et l’analphabétisme, les moyens par lesquels ces forces corrompues exploitaient les masses analphabètes et d’initiés de faible foi, pour subsister. Avez-vous vu des marabouts, dits « grands marabouts », vivre de la sueur de leur front ? La réponse est bien sûr négative. Alors, où est-ce qu’ils trouvent ces moyens qui les mettent dans l’opulence à l’abri de tout besoin, si ce n’est que sur le dos de la société ? Nous relèverons certains de ces moyens qui sont divers et variés au cours de notre développement. Vous remarquerez que je fais ici la différence entre le marabout et le « maraboutiste » (dabotoodo) qui est la cible de mes critiques. Il pratique le maraboutage, activité prohibée par l’islam, qui consiste à exploiter des gens analphabètes ou des intellectuels de faible foi, âpres aux gains et perméables à la manipulation. Pour quel motif devrait-on s’opposer à celui qui base tous ses faits et dires sur le Coran et la Sunna ? La réponse est simple, tout croyant honnête peut y répondre : seul l’intérêt égoïste justifiait cette alliance colon/forces réactionnaires contre Mahmoudou Bâ. Ce duo se voyait menacé dans ses intérêts particularistes : le colon était angoissé à l’idée de perdre son empire colonial, et le marabout son empire religieux. Elhadj Mahmoudou Bâ voulait libérer les populations ouest-africaines de cette double colonisation en créant des écoles modernes partout en Afrique de l’Ouest et centrale, mais cette alliance réactionnaire ne le laissait pas faire parce qu’il voulait combattre l’ignorance et remettre en cause le modèle d’enseignement en place incarné par l’école coranique traditionnelle primitive, incapable d’évoluer et de se moderniser.
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Tout a commencé en 1938 à l’occasion des obsèques d’Alpha Hachemi Tall à La Mecque où Elhadj Saidou Nourou Tall, cousin du défunt, rencontra Elhadj Mahmoudou Bâ qui lui servit de guide et d’interprète, après avoir mis entre parenthèses ses études comme cela était le cas pour tous les marabouts venus en Arabie saoudite en provenance de l’Afrique de l’Ouest qui n’avaient pas accès à la langue arabe, bien que maîtrisant le Coran pour certains d’entre eux. Les deux hommes se sont découverts lors de cette cérémonie funèbre et se sont appréciés mutuellement. En rentrant au Sénégal, Saidou Nourou Tall, séduit par le niveau académique et la sagesse de Mahmoudou Bâ, s’adressa à lui : « Après tes études, il faudra revenir au pays pour faire bénéficier de ton immense savoir à ton peuple, je t’attends au Sénégal. » Le jeune étudiant promit de le faire. Il aura tenu promesse, mais à son arrivée à Dakar, un désaccord profond surgit dans ses pourparlers avec la classe maraboutique de Fouta. Il n’était pas d’accord avec ce que celle-ci lui avait demandé. D’ailleurs, ce n’était pas une demande, cela semblait plutôt constituer une menace à peine voilée, puisque c’est à la forme impérative qu’elle fut exprimée. Même si c’est de façon indirecte, le message était on ne peut plus clair. Ces marabouts lui avaient dit : « Fais comme nous, sinon tu te tais et nous laisse faire… » Faire quoi ? Ils lui avaient dit implicitement de ne pas combattre l’ignorance, moyen par lequel ils exploitaient les peuples africains. Le religieux avait pour objectif de fermer la porte du savoir aux populations africaines, cela sûrement afin de les exploiter davantage. Évidemment, Mahmoudou Bâ rejeta cette offre malveillante. Rejet qui data le bras de fer entre lui et les forces réactionnaires de Fouta. La bataille fut rude et sans merci, permanente et violente au niveau du verbe qui est parfois plus dangereux qu’une arme blanche. Dans notre développement, nous relèverons les divers moyens par lesquels les forces réactionnaires et le colon arrivèrent partiellement à leurs fins. Les moyens du côté du colon, connus de tous, étant brutaux et inhumains : l’arsenal juridique coercitif et tracassier, la contrainte physique et morale, basés sur le racisme et le mépris que dénoncera et combattra sans complaisance Elhadj Mahmoudou Bâ. Du côté du religieux, on relèvera la tarbiyya. Un moyen d’éducation efficace pour fanatiser les masses afin qu’elles « gobent » tous les dires, jusqu’aux promesses d’aller au Paradis sans jugement, comme si elle possédait ce qu’elle promet ! Le réformateur falahi les combattra par le verbe et la plume, et jamais par le fusil et le sabre (ce que certains soi-disant djihadistes n’avaient pas hésité à faire), étant adepte du pacifisme et stratège hors pair. Il combattra seul l’adversaire pendant une décennie avant d’être épaulé par ses disciples bien formés et entraînés dans ce genre de lutte à dominance culturelle et psychologique.
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AVERTISSEMENT ET CLARIFICATION
Avant d’introduire mon texte, je tiens à apporter quelques clarifications à mes lecteurs et lectrices : ma démarche, dans cet avertissement, c’est de convaincre de mon impartialité, de mon honnêteté et de ma passion de dire ce qui me semble constituer vérité et utilité pour l’homme et la société, sans motivation de gain, de prestige, de notoriété, et encore moins de revanche contre qui que ce soit. Je mets en avant la raison. Ainsi, je ne cherche pas à me justifier, car je suis dans une démarche de vérité qui nécessite un surpassement, un oubli de soi, afin de décrire et d’analyser la société et l’homme sur la base des faits réels, présents, avec un regard neutre, un cœur dépouillé et un esprit critique et indépendant. Et tout cela, dans l’unique but de dire la vérité pouvant contribuer à faire triompher la justice dans le monde. Je ne dois des comptes à personne. C’est en parfaite harmonie avec ma conscience que j’avance ces propos dont j’assume la pleine et entière responsabilité. On s’accorde à reconnaître que critiquer comporte des risques, mais en ce qui me concerne, si ceux-ci contribuent à rendre l’homme meilleur dans sa manière de vivre et de se comporter, peu me chaut ce qu’ils me causent. Mes critiques à l’endroit de l’école coranique, je les ai conçues comme constructives, et non diffamatoires. Pour quel intérêt devrais-je le faire sachant que mon père dirigeait une école coranique à ma naissance, de laquelle d’ailleurs je tiens mes premiers souvenirs d’enfance ? Et pourtant, dans mes écrits, tout laisse à croire que j’ai pris parti pour Al-Falah et son fondateur, mais cela n’est qu’une apparence, car, outre la responsabilité qui m’incombe en tant qu’écrivain journaliste dont le métier est très exigeant par rapport à l’objectivité qui en est la première règle, je ne suis pas de ceux qui tournent le dos à la vérité. Mon sens de la responsabilité, de l’impartialité et de la transparence est tel que je prends toujours le dessus sur mes sentiments personnels. Écrivain journaliste de profession, d’une moralité rigoureuse, je ne me pardonnerais jamais de me transformer en un simple griot dont le métier serait d’être complaisant, aimable pour les uns, critique et calomnieux pour les autres, selon qu’il soit satisfait ou non du gain qu’il tire de sa prestation, ou de l’état des relations qu’il entretient avec les uns et les autres. Non, je ne suis pas celui-là. Je ne suis pas de ceux qui tournent facilement leur veste, faisant fi de leurs convictions au nom d’un intérêt quelconque, et
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ne suis pas non plus de ceux qui ne disent que ce que veulent entendre les uns, et qui, du coup, déplaisent aux autres. Je ne fais l’éloge et ne chante les louanges de personne, en calculateur. Je ne suis pas de ceux qui manquent de courage pour dire la vérité. Ce qui est tout à fait logique pour un journaliste, dont l’éthique recommande de rester, autant que faire se peut, impartial, indépendant et surtout objectif, quand bien même l’objectivité est ce vers quoi l’on tend sans jamais forcément y parvenir, si l’on admet qu’aucune science n’est exacte absolument, étant le produit de l’homme dont la part d’humanité est forcément présente dans ses dires et actes. La seule contrepartie dont j’ai besoin pour ce travail, ce sera la satisfaction de mes lecteurs et lectrices qui discerneront la vérité dans mes écrits qui leur donneront plus de clarté et d’éclairage sur l’œuvre et la vie d’Elhadj Mahmoudou Bâ, et surtout, sur l’impact positif et salutaire de ses enseignements sur les populations d’Afrique de l’Ouest et centrale. Certes, les marabouts et les « maraboutistes » sont ceux qui reviennent le plus dans mes phrases, et probablement ceux qui ont été la cible préférée de mes critiques, mais cela n’étonne pas quiconque sait que ce sont eux qui avaient fait alliance avec le Diable, le colon, pour solder la mission socioculturelle d’Elhadj Mahmoudou Bâ en échec, à tort. Que j’en parle abondamment, cela ne signifie pas pour autant que je prends parti pour le réformateur falahi, mais uniquement pour défendre l’intérêt général. Du reste, je rappelle que je suis de cette famille maraboutique, et de surcroît tooroodo, qui était synonyme de marabout avant que Mahmoudou Bâ, par ses enseignements, n’eût démystifié le sens rétrograde 1 donné à ce titre . Et d’ailleurs, le Tooroodo est issu de l’ethnie peule. C’est par la voie de la « toridisation » dont parle Yaya Wane (un chercheur) que ce Peul, après avoir versé dans la science islamique, a pris ce titre tooroodo. Je suis tooroodo, fils d’un marabout tooroodo. On ne peut rien contre les faits, peu me chaut que je sois tooroodo ou pas, ce qui compte et importe pour moi, c’est mon opposition contre la féodalité nourrice de la caste tooroodo, et mère de la hiérarchie sociale, qui rend les uns plus nobles que les autres. J’estime que les hommes sont nés libres et égaux à l’origine, ce sont les vicissitudes de la société qui ont engendré cette hiérarchisation sociale (ce n’est certainement pas J.-J. Rousseau qui me contredirait s’il était là !). En d’autres termes, si j’étais revanchard ou partial, je choisirais le camp de ces marabouts desquels je tiens mes racines. Ces marabouts en question n’ont pas porté préjudice aux populations africaines, moins que ne l’a fait le colon, en ce sens que s’ils avaient joué leur rôle d’enseignant, la colonisation n’aurait probablement pas existé. En effet, c’est l’ignorance qui accoucha de la colonisation, cause principale du sous-développement, lequel, à son tour,
1 Le mot marabout était associé au mottooroodo. Mais cela cessa d’être le cas avec la réforme prônée par Mahmoudou Bâ qui est un marabout nontooroodo. Le titre de marabout cessa d’être exclusif à la castetooroodo, tout marabout de quelque caste qu’il soit peut le porter s’il verse dans la science islamique.
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