Enseigner les savoirs experts : le grand défi de l'éducation du futur

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Dès son invention, et aujourd'hui encore, l'école s'est mise au service du pouvoir politique en assurant aux élites la maîtrise et la transmission des savoirs experts (les seuls qui soient utiles), tout en tenant à l'écart de ces derniers l'immense majorité des populations, condamnées à ne maîtriser que des savoirs de base. Essentiellement utilitaires, ces derniers suffisent pour déchiffrer plus ou moins vite un texte court contenant quelques consignes, pour noter quelques éléments dont on souhaite se souvenir, ou encore pour effectuer les opérations arithmétiques de la vie quotidienne.
Mais c'est un usage savant des outils conceptuels, que sont la lecture et l'écriture par exemple, qui permet tout à la fois d'aller rechercher l'information là où elle se trouve, tout comme d'analyser la réalité en la structurant, l'organisant symboliquement grâce à l'écriture, pour construire les nouveaux savoirs dont l'humanité a besoin. D'autres comportements experts comme ceux liés à l'identité planétaire ou à l'apprentissage de la démocratie seront nécessairement, eux aussi, un jour, les savoirs du futur…
Dans cet ouvrage, on trouvera quelques approches concernant la maîtrise de ces savoirs experts avec le recours aux théories de la complexité, lesquelles alterneront avec des présentations très concrètes de situations de classe réalisant l'enseignement de ces mêmes savoirs.

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Date de parution 01 janvier 2016
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EAN13 9782849244463
Langue Français

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Enseigner les savoirs experts
Le grand dé de l’éducation du futur
La collection« Essai »se veut ouverte aux nouveaux regards portés sur les sciences, les faits de société et les questions contemporaines.
Dans la même collection :
Libéralisme et anti-libéralisme dans la pensée politique, Hatem Mrad Les violences faites aux femmes, Anne-Françoise Dequire (coord.) Les centres éducatifs fermés,Benaïssa Hallak Science et diplomaties, Pierre-Bruno Ruffini Des métallos aux jeunes dex cités, Éric Marlière Du refus d’être père,François Faucon L’islamisme radical et l’Occident,Sophie Viollet Polynésiens et Indiens d’Amérique du Nord, Mikko Heikinheimo Plaidoyer pour les cochons, Michelle Julien La condition politique des Français d’origine non européenne, Adda Bekkouche Le réveil du monde arabe : douze scénarios d’avenir, Gilles Chenève Pas simplement quand ils nous rasent,Christophe Médici Crises économiques et régulations collectives, Michel Leis Amnesty International : enquête sur une ONG génétiquement modifiée, Marc Girot L’Afrique des timocrates, Léon Koungou L’athéisme et la foi confrontés aux savoirs actuels, Thierry Karpiel La vache à lait : notre consommation, leur martyre, Michelle Julien Les jeunes et la discothèque, Éric Marlière École, violence et domination, Pierre Badiou & Dominique Vachelard Sociologie des immigrés âgés, Emmanuel Jovelin & Fatima Mezzouj Crise : une chance pour l’entreprise ?, Jean Burnod Intervenir auprès des mineurs étrangers isolés, Francisco Mananga Le management noir, Christophe Médici Le krach de la dette publique, Sébastien Groyer L’accueil des demandeurs d’asile, Carolina Kobelinsky L’immigration : problématiques et défis, Violette Daguerre L’Internet des objets, Geoffrey Zbinden Les droits de l’enfant : une fausse bonne idée, Philippe de Dinechin Hyperphagie : l’obsession de manger, François Faucon La nudité : pratiques et significations, Christophe Colera Écoterroristes ou écoguerriers ?, Roger Ribotto Le souverainisme : une idée certaine de la France, Philippe Boulanger La jeunesse qui range sa chambre, Grégory Kapustin Philosophie du ménage, Sébastien Groyer L’écologie profonde, Roger Ribotto La sexualité collective, Radu Clit Chirurgie esthétique : les conseils d’un chirurgien, Vladimir Mitz Psychologie de la fatigue, Jean-Louis Dupond J’accuse la dérive de la psychanalyse, Sylvie Lanzenberg
Image de couverture :Expertise concept image with business icons and copyspace© ar130405 © Éditions du Cygne, Paris, 2016
www.editionsducygne.com ISBN : 978-2-84924-446-3
Dominique Vachelard
Enseigner les savoirs experts
Le grand déï de l’éducation du futur
Éditions du Cygne
Du même auteur :
École, violence et dominationPierre Badiou), Éditions du (avec Cygne, Paris, 2011
Transformer l’école, l’utopie du quotidien, Chronique Sociale, Lyon, 2008
Une logique de la lecture, L’Harmattan, Paris, 2003
Introduction
Un ouvrage de plus sur l’école ? Que dire de cette noble institution, vieille de plus de trois siècles si l’on considère sa forme actuelle, et qui a réussi l’ex-ploit de servir trois régimes politiques différents, de l’empire en passant par la monarchie, jusqu’aux diverses républiques, sans grand besoin de transformation ? Admettons qu’il y a déjà, là, matière à se poser des questions sur le rôle véritable qu’elle joue dans l’espace social et sur la nature des relations qu’elle entretient avec le pouvoir central. Surtout si l’on considère les bouleversements sociaux et écono-miques qu’elle a accompagnés, sans grande mutation, en un peu plus d’un siècle : faire face à l’ère industrielle en formant des travailleurs aptes à occuper les emplois utiles à l’économie du pays et capables de faire de l’écrit un usage utilitaire ; participer à la période impérialiste occidentale ainsi qu’à son pendant, la décolonisation ; forger un idéal patriotique susceptible de convaincre jusqu’à l’abnégation les combattants de toutes les e guerres du XX siècle ; assurer la scolarisation massive des géné-rations de l’après-guerre ; accompagner la transition vers une mondialisation où le prot l’emporte de plus en plus sur l’hu-main et où l’éducation devient une marchandise… Il est nécessaire de rappeler qu’historiquement, cette école est l’héritière directe de celle des frères des écoles chrétiennes fondée en 1680 par Jean-Baptiste de La Salle. Celle-ci avait pour mission de s’occuper des enfants les plus misérables, de les rassembler en un lieu sous surveillance où ils pourraient recevoir un enseignement des règles morales et religieuses ainsi que des bases de la lecture et du calcul. Les enfants étaient regroupés par classes de niveau d’âge et l’enseignement était simultané, ce qui
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était une avancée par rapport au fonctionnement précédent où le maître s’occupait individuellement d’un enfant pendant que les autres restaient inactifs. C’est sur ces bases que s’est mise en place et s’est développée l’institution telle que nous la connaissons aujourd’hui. Au début e du XIX siècle, une nouvelle forme d’éducation, venue d’An-gleterre, se développe avec succès avec les écoles mutuelles qui atteindront le nombre de 2 000 après 1830. Elles seront inter-dites, tout d’abord par la papauté, puis par Guizot, ministre de Louis-Philippe, qui lui préfère l’enseignement simultané des écoles lassaliennes, qu’il institue alors comme pédagogie ofcielle. Ce sont l’idéologie et la méthodologie qui seront reprises par l’école de Jules Ferry, et on peut mesurer, aujourd’hui dans 1 notre pays, la puissance du paradigme scolaire : les individus s’accommodent très bien de cette école telle qu’elle fonctionne, telle qu’eux-mêmes l’ont connue et à laquelle ils sont particuliè-rement attachés, sans se préoccuper particulièrement ni de sa performance ni de ses missions. Toute la communication au sein de notre système contribue à cette propagande : les discours des gouvernants, la majorité des intellectuels qui se préoccupent de pédagogie, et les disciplines scolaires elles-mêmes, y participent. Ainsi, l’enseignement de l’histoire est conçu de telle façon que nul ne songerait que l’école de la république puisse être suspectée de trahison vis-à-vis du peuple qu’elle est censée servir loyale-ment en assurant à chacun la réalisation de l’idéal démocratique issu de la Révolution Française : liberté, égalité, fraternité. Nul ne penserait non plus à remettre en cause le statut de bienfaiteur du peuple qui est généralement attribué à Jules Ferry lui-même e pour les lois scolaires qu’il a fait voter à la n du XIX siècle. Et pourtant, si on peut dire que la Révolution Française n’a rien fait de mieux que les autres révolutions en changeant simple-ment d’épaules le joug de la domination, une simple lecture de
1. Un paradigme est une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent de vision du monde.
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quelques-unes des interventions de Jules Ferry, devant les élus du peuple, suft à comprendre l’idéologie et les intentions qui animaient le personnage. Ainsi, pour ce qui concerne la politique étrangère :« Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civi-2 liser les races inférieures. [...] »Et pour ce qui concerne la politique intérieure, et notamment la réforme du système scolaire, pour qu’il devienne gratuit et obligatoire :« Il est nécessaire que le riche paye l’enseignement du pauvre, et c’est par là que la propriété se légitime», afrme celui qui entendait surtout, grâce à ses lois scolaires, «clore l’ère des révolutions». e Au cours du XX siècle, marqué essentiellement par la volonté de démocratisation de l’école, même si les programmes de celle-ci ont été plusieurs fois aménagés pour les ajuster aux besoins des époques successives, on peut dire que ni les missions, ni le fonctionnement de l’institution, ni même sa performance globale n’aient été véritablement affectés par l’une ou l’autre de ces réformettes. Il est d’ailleurs paradoxal de constater que ce dispositif ait pu être l’objet d’autant de réformes tout en semblant parfaitement résistant à quelque changement que ce e soit : pas un ministre de l’éducation de la V République qui n’ait cherché à donner son nom à une réforme de l’enseigne-ment, tout en laissant dans l’opinion le sentiment d’un immense immobilisme. Le hiatus fondamental réside probablement dans les contra-dictions entre les annonces faites par le pouvoir central sur la mission de l’école, qui est de former le citoyen de demain en lui donnant les moyens de son émancipation, c’est-à-dire les outils pour exercer sa liberté de choisir, d’une part, et d’autre part la réalité sociale du résultat de son fonctionnement : un échec scolaire massif et une pérennisation des inégalités sociales. Échec massif si on considère le peu d’individus formés à la maîtrise des savoirs experts (on peut estimer ce taux à 15 ou 20%
2. Discours de Jules Ferry devant les députés, 28 juillet 1885
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de notre population). Pérennisation des inégalités en ce sens que le savoir est généralement distribué en fonction du rang social : les catégories les plus élevées trouvant dans leur environnement familial et social des raisons d’utiliser et donc de construire des savoirs de cette nature alors que la masse des opprimés doit se satisfaire de savoirs de base. Ce qui tient ces derniers éloignés de toute véritable possibilité d’accès à l’information utile, tout comme de la possibilité de prendre des décisions, autre que celle de déléguer leur suffrage à un représentant des mêmes élites, qui saura maintenir en l’état la répartition des pouvoirs et des ressources disponibles. C’est certainement là qu’il faut chercher les raisons d’être de cet écrit : ce conit entre la vision idéale d’une écoledupeuple, assurant sa formation aux savoirs les plus experts, et la réalité d’une écolepourle peuple, implicitement chargée de la confor-mation de ce dernier aux impératifs économiques et politiques de la société. Face à cette institution, instrument de domestication des individus (sa vocation première était la morale, l’ordre, la disci-pline), existent depuis longtemps des propositions alternatives pour l’éducation des enfants ; on peut les rassembler au sein d’un mouvement que l’on appellel’éducation nouvelle. Dans ces groupes de militants pédagogiques, des enseignants, assistés parfois de chercheurs, vivent l’espoir de transformer l’école pour la rendre moins inhumaine, moins inégalitaire, moins injuste et plus efcace pour assurer la transmission des seuls savoirs utiles à l’humanité : les savoirs experts. Et nous entendons ici par savoirs experts, avant tout, la maîtrise savante de la lecture et de l’écriture qui rendent ef-caces à la fois l’accès à l’information et la possibilité, grâce à l’écriture, de penser le monde qui nous entoure et de construire des savoirs nouveaux. Outils conceptuels dont la maîtrise savante seule autorise la construction de tous les autres savoirs. Il convient de rappeler que l’ensemble des savoirs tels que nous les pensons aujourd’hui sont nés de l’invention de l’écriture
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