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L'Afrique : du Sahel et du Sahara à la Méditerranée

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Livres
288 pages

Description

Cet ouvrage prépare à l’une des questions de géographie du CAPES d’histoire-géographie, également retenue comme question de géographie des territoires pour l’agrégation de géographie.
Conçu en conformité avec les recommandations du jury, ce livre aborde des problématiques communes à l’ensemble Sahel/Sahara/Afrique du Nord en tant que zone bioclimatique, ensemble géopolitique, aire culturelle et espace économique aux ressources convoités. La perspective dynamique dans laquelle est envisagée cette partie du continent africain réserve la place qui leur revient aux questions de développement, aux circulations ainsi qu’aux mutations des sociétés et des territoires, entre autres la croissance urbaine, mais aussi les adaptations de territoires ruraux. L’ouvrage, qui traite de façon transversale les thèmes suggérés par le texte d’orientation, s’attache aussi à montrer les différenciations internes par une approche multiscalaire. Les synthèses thématiques sont complétées par des études de cas et exemples précis localisés.
Le choix des auteurs conjugue l’expérience du pédagogue et celle du chercheur. Les auteurs associent ainsi un travail de première main, fondé sur leur maîtrise de la bibliographie et des sources disponibles ainsi que sur leur expérience de terrain, à un souci didactique d’autant plus présent que plusieurs d’entre eux ont été membres des jurys des concours. Ils présentent des analyses claires à partir de données très à jour et les illustrent par des cartes largement inédites qui tiennent une place importante dans cet ouvrage riche en tableaux et graphiques.

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Date de parution 08 novembre 2017
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EAN13 9782200620691
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Graphisme de couverture : Hokus Pokus Créations
Illustration de couverture :Médina de Bou Saâda, photographie de Philippe Lafond, tirée de Abdelkader DJEMAÏet Philippe LAFOND,Impressions d’Algérie, Paris, La Martinière, 2012.
© Armand Colin, 2017
Armand Colin est une marque de Dunod Éditeur 11, rue Paul Bert, 92240 Malakoff
www.armand-colin.com
ISBN : 978-2-200-62069-1
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Les auteurs
Introduction
Table
PARTIE 1 DES PROBLÉMATIQUES TRANSVERSALES ENTRE UNITÉ ET DIVERSITÉ
1 Populations, ressources et développement
1 Inégalités de peuplement, défis démographiques
2 Ressources naturelles et développement : l’eau et le soleil
3 Ressources du sous-sol, économies rentières et dé veloppement
Les auteurs
Ali Bensaâd8 Vincennes-Saint-est Professeur des universités à l’université Paris Denis et membre de l’Institut français de géopoliti que. Il a publié de nombreux travaux sur les mobilités transsahariennes. Florence Brondeausité Paris- est maître de conférences en géographie à l’univer Sorbonne et membre du laboratoire de recherche UMR 8185 ENeC Espaces, Natures et Cultures. Ses travaux portent sur l’interface en vironnement et développement, notamment au Mali. Philippe CadèneProfesseur de géographie du développement à l’  est université Paris Diderot et membre du CESSMA (université Paris Dider ot, INALCO, IRD). Ses enseignements et ses recherches portent sur les pay s émergents et en développement, en particulier du point de vue des d ynamiques urbaines. Jacques Charlier est Professeur de géographie à l’université de Lou vain-la-Neuve, spécialiste de géographie des transports maritimes et des ports. Il est membre titulaire de la Classe de sciences et techniques de l’Académi e royale belge des sciences d’outre-mer, dont il fut président en 2000 et en 20 12. Marc Côte, Professeur émérite à l’université de Provence, a fait toute une partie de sa carrière à l’université de Constantine. Spécialiste des pays du Maghreb, il est l’auteur d’un ouvrage de référence sur l’Algérie et son dern ier ouvrage porte sur le Sahara. Gérard-François Dumont, économiste, démographe et géographe, est Professe ur à l’université Paris-Sorbonne. Président de la revuePopulation & Avenir, vice-président de l’Académie de géopolitique de Paris, il a consac ré plusieurs chapitres d’ouvrages et articles à la sous-région couvrant l’Afrique du Sah el à la Méditerranée. Brigitte Dumortier, agrégée de géographie, ancienne élève de l’École normale supérieure, ancien membre du jury d’agrégation, est maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne, où elle participe à la préparation aux concours, et membre du CESSMA (université Paris Diderot, INALCO, IRD). Florence Fournet est he pour leentomologiste médicale à l’Institut de recherc développement au sein de l’Unité mixte de recherche maladies infectieuses et vecteurs : écologie, génétique, évolution et contrô le. Elle travaille depuis plusieurs années en Afrique de l’Ouest sur des questions de s anté urbaine et a coordonné plusieurs projets sur les disparités socio-spatiale s de santé. Pascal Handschumacheré mixteest géographe de la santé à l’IRD au sein de l’Unit
de recherches SESSTIM. Il travaille sur les relatio ns entre processus de production et de transformation des territoires et risques sanita ires. Il a coordonné plusieurs projets de recherche interdisciplinaires et apporte une con tribution à diverses formations de master en géographie et en santé publique. Roland Pourtier est héon-Sorbonne.Professeur émérite à l’université Paris 1 Pant Spécialiste de géographie tropicale et du développe ment, de géopolitique de l’Afrique (Afrique centrale), il est ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, e agrégé de géographie, docteur de 3 cycle, docteur d ’État. Il a été président de l’Association de géographes français (2001-2015), e t est membre de l’Académie des sciences d’outre-mer. Soulaimane Takarliolitique et est titulaire du master de géographie « Culture, P Patrimoine » de l’université Paris-Sorbonne. Après un mémoire de recherche consacré aux rivalités conflictuelles dans la vallée du Mzab ses recherches portent sur la recomposition politique de l’Algérie et l’impact de s réformes territoriales.
* Introduction
Brigitte Dumortier
On distingue classiquement l’Afrique du Nord, qui désigne les pays africains riverains de la Méditerranée, de l’Afrique subsaharienne, c’est-à-dire l’Afrique au sud du Sahara dite aussi Afrique noire. Le qualificatif de subsaharienne montre l’appréhension du Sahara comme une coupure entre deux Afriques, tandis que l’expression Afrique noire renvoie à un peuplement subsaharien différent de celui l’Afrique du Nord, composante du monde arabe. Chacun de ces deux grands ensembles latitudinaux, dont le premier est englobé dans une aire géopolitique et 1 géoéconomique plus vaste, la région MENA (Middle East and North Africa, Afrique du Nord et Moyen-Orient) , est à son tour subdivisé en sous-ensembles.
Au sein de l’Afrique du Nord, le Maghreb, l’Occident arabe comme son nom l’indique (le Couchant), est constitué de trois pays présentant une assez grande homogénéité géographique et historique auxquels s’ajoutent la Mauritanie au sud et la Libye à l’est dans la conception unitaire du Grand Maghreb. Pivot du monde arabe, l’Égypte, quant à elle, est structurée par l’axe nilotique qui se prolonge au Soudan en re amont de la 1 Cataracte jusqu’à Khartoum. Le Nil sépare le désert libyque à l’ouest qui fait partie du Sahara, du désert arabique à l’est, prolongement au-delà de la mer Rouge des déserts d’Arabie auxquels se rattache également le Sinaï.
Pour le sud du Sahara, prévaut un découpage qui, si l’on excepte l’Afrique australe, c’est-à-dire le sud du continent, se décline d’ouest en est : Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, Afrique orientale, la Corne de l’Afrique constituant une entité distincte. La liste des États rattachés à l’Afrique de l’Ouest et de ceux d’Afrique centrale fait apparaître des regroupements de territoires plus ou moins hérités d’une administration coloniale marquée par le diptyque Afrique-Occidentale française (AOF)-Afrique-Équatoriale française (AEF).
Les dynamiques actuelles invitent à une autre lecture qui prenne en compte la géohistoire aussi bien que la réactivation contemporaine des circulations transsahariennes et qui privilégie l’analyse d’un fonctionnement réticulaire plutôt que la pérennisation de découpages aréolaires. Se dégage alors un continuum de la Méditerranée au Sahel en passant par le Sahara conçu dès lors non pas comme une césure, mais comme un lien. Cet ensemble occupe grosso modo le tiers septentrional de l’Afrique, tiers dont la plus grande partie est occupée par le 22 Sahara (9 millions de km , soit environ 16 fois la superficie de la France et trois fois celle du Sahel) dont le paysage ne se compose pas que des champs de dunes (erg) chers à l’imaginaire occidental du désert, mais comporte de vastes épandages caillouteux (reg), des plateaux pierreux (hamada) et deux massifs qui culminent autour de 3 000 m, le Hoggar (2 918 m) dans le Sud algérien et le Tibesti (3 415 m) aux confins du Tchad et de la Libye.
Si le terme Sahara (en arabe : désert) est entré depuis longtemps dans le lexique géographique, le terme Sahel (en arabe : rivage) est d’un usage plus récent dans la géographie francophone. Sahel est utilisé au sens propre dans la toponymie maghrébine : le Sahel tunisien est une région littorale de l’est du pays qui ouvre sur le golfe d’Hammamet et le golfe de Monastir ; le Sahel d’Alger est un chaînon collinaire de l’ouest de la capitale, entre la Méditerranée et la plaine de la Mitidja. Mais, le terme Sahel est aussi utilisé de façon métaphorique. Il désigne alors les franges méridionales du Sahara. La limite du Sahara est assez facile à préciser au nord. Au Maghreb, les territoires nationaux englobent des régions méditerranéennes et des portions du Sahara. Le désert vient butter sur les chaînes des Atlas dont les alignements se relaient du Maroc à la Tunisie et s’étale jusqu’à la côte en Libye et en Égypte. Au sud, en revanche, on passe sans solution de continuité du climat saharien au climat sahélien qui passe de même au climat soudanien par une transition progressive (climats sahélo-soudanien et soudano-sahélien). La limite entre Sahara et Sahel, tout comme la limite méridionale du Sahel, ne se marque donc pas par une discontinuité brutale.
Le tiers septentrional de l’Afrique souffre d’un déficit hydrique, saisonnier dans les territoires au climat méditerranéen et permanent au Sahara et au Sahel. La question de la mesure de l’aridité ainsi que celle de la délimitation des zones désertiques et steppiques selon des e critères bioclimatiques a fait l’objet de nombreux travaux tout au long du XX siècle, tandis que les travaux actuels de climatologie dynamique et de physique de l’atmosphère ou les recherches des botanistes et des agronomes ne répondent pas qu’au désir de faire progresser la connaissance scientifique, mais aussi à la nécessité d’anticiper l’impact du changement climatique global dans des régions et pour des populations particulièrement vulnérables.
• Dès 1900, le botaniste et climatologue allemand Köppen avait proposé une classification des climats, ultérieurement affinée par Geiger. Dans ce système, chaque climat et ses nuances sont identifiés par un code à trois lettres. La première correspond à un des cinq types de climat retenu, la deuxième au régime des précipitations, la troisième aux caractéristiques thermiques. De la Méditerranée au Sahel, on rencontre au nord un climat tempéré de type Csa (méditerranéen) qui cède la place au sud à un climat aride de type Bwh encadré de deux zones semi-arides (Bsk), les montagnes introduisant localement une variante plus froide (Bwk).
Figure I. 1– La répartition des climats selon la classification de Köppen-Geiger
• Dans une communication à l’Association des géographes français en 1926, Emmanuel de Martonne souligne l’intérêt de connaître « l’extension des régions privées d’écoulement régulier vers les océans ». Il poursuit en affirmant que la mesure « la plus pratique est  (P représentant les précipitations en millimètres, T la température moyenne en degrés centigrades à laquelle on ajoute 10 pour 3 éviter les valeurs négatives). C’est cette fonction que nous appelons indice d’aridité » . En 1942, il publie une carte mondiale des indices 4 d’aridité dans les Annales de géographie . Le tracé de « lignes d’équiaridité » fait apparaître l’immensité et la continuité des étendues arides de l’Atlantique à la mer Rouge (indice d’aridité entre 5 et 10) ainsi que l’existence au sud d’une bande semi-aride (indice d’aridité entre 10 et 20) de largeur variable et aux limites assez sinueuses qui correspond au Sahel. • Alors que l’approche de de Martonne met en relation aridité et hydrologie en insistant sur l’extension de l’aréisme dans la partie de l’Afrique qui nous occupe, celle de Gaussen met en relation sécheresse et biogéographie. Partant du principe que pour la végétation, c’est la répartition de l’eau et de la chaleur au cours de l’année qui importe, Gaussen met au point une définition des mois secs selon la formule 5 P , on distingue au sein de la zone désertique, où la courbe des températures est toujours positive et au-dessus de celle des précipitations (12 mois secs), les régions où il peut ne pas pleuvoir pendant plusieurs années (Sahara central), celles où il pleut tous les ans en hiver (Sahara du nord) et celles où il pleut tous les ans en été (Sahara du sud). La zone subdésertique se caractérise par plus de 8 mois secs, tandis que la zone méditerranéenne se caractérise par la sécheresse estivale avec en Afrique un climat dit xéroméditerranéen qui enregistre 7 à 8 mois secs (Marrakech) et un climat dit thermoméditerranéen qui compte 5 à 6 mois secs (Tunis).
• De même que Gaussen, Emberger adopte un positionnement reliant végétation et climat pour son quotient pluviothermique,
(P représentant les précipitations annuelles en mm, M la moyenne des maxima du mois le plus chaud en kelvins et m la moyenne des 6 minima du mois le plus froid dans cette même unité) . Il applique sa méthode au Maghreb où, en associant un groupement végétal à chaque climat, il définit six étages bioclimatiques dont le Maroc présente une séquence complète : saharien, aride, semi-aride, subhumide, humide et de haute montagne Ces classifications, sur lesquelles nous ne reviendrons pas dans le corps de l’ouvrage, méritaient d’être rappelées. Cependant, force est de constater que les limites fondées sur ces différentes approches climatiques ou bioclimatiques ne se superposent pas et que certains 7 8 auteurs, tel Capot Rey ou Rauss pour le Sahara, adoptent une délimitation fondée sur l’aire écologique de telle ou telle espèce végétale, 9 par exemple l’olivier pour la zone méditerranéenne, le palmier dattier pour la zone saharienne ou le cram-cram pour la zone sahélienne.
Pour borner ces zones, on a aussi invoqué les genres de vie, dans une vision dichotomique des pasteurs nomades et des cultivateurs 10 sédentaires . Ainsi la définition du Sahel ne repose pas sur une délinéation tranchée et l’on peut se contenter d’une délimitation moins sophistiquée. Ainsi, François Bost définit le Sahel comme une bande de transition, d’environ 5 500 kilomètres de longueur sur 400 à 500 de 11 largeur, dont l’extension approximative est comprise entre les isohyètes moyens de 200 et 600 mm annuels . Une fois admis que les limites du Sahel, espace de transition, sont irrémédiablement floues, on se doit d’ajouter qu’elles sont mouvantes du e fait d’une grande variabilité interannuelle des précipitations. Le Sahel a connu au cours du XX siècle quatre graves épisodes de sécheresse : 1909-1913, 1940-1944, 1969-1973, 1983-1985. Ces très grandes sécheresses sur plusieurs années consécutives ont eu pour conséquences des famines qui ont fait de nombreuses victimes. Au-delà de ces paroxysmes de sécheresse, le climat est entré dans une phase d’aridification depuis la décennie 1970 et les isohyètes sont descendues de 100 à 150 km vers le sud.
Figure I.2– La tendance à l’aridification en Afrique de l’Ouest
Il reste à ajouter que la notion bioclimatique de zone saharienne et de zone sahélienne se double aujourd’hui de la notion géopolitique et géostratégique de bande saharo-sahélienne. Cette zone dont on ne saurait minimiser l’instabilité, est réduite à l’image d’une zone grise livrée au terrorisme et aux réseaux criminels et échappant au contrôle des pouvoirs centraux de vastes États. Cette image renvoie à l’insécurité qui règne dans la région, dont le ministère des Affaires étrangères prend acte dans ses mises en garde : « Les ressortissants français qui se trouveraient dans ces zones doivent savoir que leur sécurité et leur vie sont explicitement et directement menacées […] 12 aucune personne, aucun groupe, aucune organisation ne peut prétendre garantir leur sécurité. » La représentation véhiculée par les médias est à nuancer, comme le font à propos du Sahara deux géographes familiers du terrain : « Sous les feux de l’actualité la plus vive, le Sahara endosse aujourd’hui les caractéristiques de l’espace trouble, tour à tour présenté comme espace de transit des migrants subsahariens en route vers l’Europe, comme espace de trafics multiples ou comme champ d’extension des mouvements islamistes combattants et aujourd’hui zone de conflits ouverts. Cela n’est pas faux. Pour autant, le Sahara ne peut être réduit à sa seule dimension de zone grise et incontrôlée : ce n’est pas un immense espace en dehors de toute règle, il y a des États, des frontières, des forces de 13 l’ordre » . Cela vaut aussi pour le Sahel où l’on pourrait ajouter la présence d’opérations militaire internationales en partenariat avec les gouvernements en place. La délimitation géopolitique du Sahel est aussi floue que ses limites climatiques. Des regroupements d’États à géométrie variable tantôt le rétractent, à l’exemple du G5 du Sahel qui associe cinq États d’Afrique de l’Ouest, tantôt le dilatent, à l’instar de la Communauté des États sahélo-sahariens qui compte 28 membres.
L’ouvrage est centré sur les territoires au nord d’une ligne Dakar-Djibouti. Cela englobe les cinq riverains de la Méditerranée (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Égypte) et les États avec lesquels ils partagent une frontière au sud (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Soudan) ainsi que l’Érythrée. Il va de soi que les États d’Afrique du Nord ne sont pas exclusivement méditerranéens (la Libye l’est même fort peu) et qu’à l’inverse leurs voisins du sud ne sont pas exclusivement sahariens ou sahéliens. En effet, les régions les plus méridionales du Mali, du Niger et du Tchad échappent à l’aridité ou à la semi-aridité qui prévaut dans celles du nord. Des États situés plus au sud ne sont que partiellement
sahéliens (Sénégal, Burkina Faso) ou sont juste effleurés dans leurs confins septentrionaux par le Sahel (Nigeria, Cameroun). Les territoires aux marges du Sahel n’ont été pris en considération que quand les analyses le nécessitaient et certains thèmes ont conduit à évoquer au passage le Soudan du Sud ou la Somalie. L’ensemble des territoires africains du Sahel à la Méditerranée, partageant des traits naturels et culturels communs, mais possédant aussi des caractéristiques distinctives, s’inscrit dans une dialectique de l’unité et de la diversité qui ressort des trois premiers chapitres de l’ouvrage. • Les besoins en eau de l’Afrique du Sahel à la Méditerranée ne cessent d’augmenter. Une gestion durable de l’eau est donc au cœur des problématiques de développement. En revanche, le fort ensoleillement offre de bonnes potentialités énergétiques. Par ailleurs, tous ces pays possèdent des richesses minérales qui ne se limitent pas aux hydrocarbures. La prédominance d’économies rentières dépendantes de l’extérieur pose la question de la contribution des ressources du sous-sol au développement et celle du rôle controversé des firmes transnationales. Au total, les niveaux de développement diffèrent entre certains États d’Afrique du Nord qui peuvent espérer rejoindre la catégorie des pays émergents dans la prochaine décennie et des États du Sahel qui font partie des Pays les moins avancés (PMA) selon les classements onusiens. Les États d’Afrique du Nord et du Sahel contrastent aussi considérablement selon des critères géo-démographiques. Le chapitre inaugural brosse donc un tableau d’ensemble des problématiques de développement dans leur relation tant avec les ressources qu’avec la population. • La dimension culturelle, objet du chapitre 2, montre elle aussi la combinaison de facteurs d’unité et de facteurs de diversité. L’appartenance au monde musulman, qu’elle résulte de la conquête militaire au nord ou des échanges commerciaux au sud, est un facteur d’unité sous le signe de l’islam sunnite, malgré la présence ponctuelle de groupes adhérant à un rameau minoritaire de l’islam, forme de dissidence de populations montagnardes, insulaires ou oasiennes, ou l’existence de communautés chrétiennes en Égypte. Les coptes, comme les autres chrétiens arabes du Moyen-Orient, illustrent la résistance à l’islamisation de populations très anciennement évangélisées qui ont néanmoins adopté la langue des conquérants arabes. L’homogénéité religieuse ne va pas de pair avec une homogénéité linguistique. En Afrique du Nord, la langue est un facteur d’unité, à nuancer du fait de la dissociation en arabe entre la langue écrite et les dialectes oraux ainsi que de la question berbère. Au sud du Sahara règne une grande diversité linguistique. Une multitude de langues, souvent transfrontalières, sont pratiquées, tandis que les langues européennes sont un legs colonial où le français prédomine, ce qui invite à questionner la notion de francophonie. • La santé, traitée au chapitre 3, fait écho au premier chapitre. Ce thème spécifique, se révèle, en effet, un excellent marqueur des dynamiques démographiques et des différences de niveau de développement. C’est aussi un révélateur de l’évolution des modes de vie avec la progression des maladies chroniques et le recul relatif des maladies vectorielles. Celles-ci sont décrites en tant que maladies tropicales dans des classiques comme lesde géographie tropicale, Leçons  recueil des enseignements dispensés par Pierre Gourou au Collège de France de 1947 à 1960 et publiées en 1971 à l’époque où s’amorçait un changement de paradigme avec le passage de la géographie tropicale à la géographie du développement qui fait une place à l’étude des systèmes sanitaires et de l’accès aux soins, thème abordé par les auteurs du chapitre. La deuxième partie montre la tension entre deux dynamiques antagonistes, celle de l’intégration et celle de la fragmentation. • Le chapitre 4 s’intéresse à la question des flux de personnes et de biens à travers le Sahara, facteur d’intégration entre les deux rives de ce désert où les caravanes de dromadaires, vaisseaux du désert selon l’expression consacrée, ont laissé la place aux convois de camions. Après une longue éclipse, ces échanges connaissent une nouvelle intensité qu’il s’agisse de flux migratoires ou d’échanges commerciaux licites et illicites. La fragmentation du Sahara entre plusieurs États n’entrave pas les trafics de carburant, de cigarettes, de drogue, d’armes ou d’êtres humains du fait de la porosité des frontières, malgré une surveillance accrue dans le cadre de la lutte contre le terrorisme que ces trafics contribuent à financer. La politique de contention des migrants subsahariens menée par l’Union européenne avec la collaboration des autorités d’Afrique du Nord ainsi que le différentiel de développement entre le Sahel et le Maghreb ont contribué à la fixation de migrants venus du sud du Sahara dans les villes de la côte, mais aussi à leur installation dans celles du désert. La transformation de territoires traditionnels d’émigration en terres d’immigration ou de transit exerce divers impacts abordés à l’issue de l’analyse de flux, d’itinéraires et de réseaux en perpétuelle recomposition. • À l’intégration informelle par les marges dans un processus de mondialisation par le bas décrite au chapitre 4 s’ajoute une intégration institutionnelle sur laquelle s’ouvre le cinquième chapitre. Elle est portée par les gouvernements avec le soutien à la fois de l’Union africaine qui ayant renoncé au projet panafricain encourage les Communautés économiques régionales et de l’Union européenne qui y voit un gage de stabilité, de sécurité et de croissance. Cette intégration est toutefois en panne en Afrique du Nord du fait du conflit entre le Maroc, qui entend conserver sa souveraineté sur le Sahara occidental, et l’Algérie, qui soutient le Front Polisario. Aux conflits entre États, dont ceux qui opposent la Libye à ses voisins, s’ajoutent les revendications autonomistes ou indépendantistes de certaines régions. Pour clore cette lecture géopolitique, le chapitre aborde le devenir différencié des transitions démocratiques en Afrique du Nord et les menaces que fait peser la nébuleuse djihadiste implantée dans la zone saharo-sahélienne. L’Afrique du Sahel à la Méditerranée est le théâtre de nombreuses mutations, présentées dans la troisième partie. Ces mutations, dont la moindre n’est pas l’ouverture, inégale, à la mondialisation touchent les territoires ruraux comme les territoires urbains. • Le chapitre 6 porte sur les villes, d’origine et d’ancienneté différentes, plus nombreuses et plus peuplées au nord qu’au sud du Sahara. Les taux d’urbanisation diffèrent notablement d’un État à l’autre, les systèmes urbains sont inégalement structurés et les villes sont inégalement réparties au sein des espaces nationaux. Mais toute la zone connaît, à des rythmes différenciés, une forte croissance urbaine, démographique et spatiale, qui a un impact majeur sur les sociétés. Ces villes, où les activités de services prédominent et dans lesquelles le secteur informel est très présent, connaissent les problèmes des villes du Sud en ce qui concerne la pauvreté, le logement, les infrastructures et l’accès de tous aux services élémentaires. Elles sont le lieu où ont éclaté les contestations politiques depuis 2011 et dans les zones de conflits les forces en présence se disputent le contrôle des villes. • Les études d’histoire urbaine ont souvent insisté sur le développement des villes littorales dans le contexte d’économies coloniales extraverties. De fait, l’étude des façades littorales de cette partie de l’Afrique qui ouvre sur la Méditerranée, mais aussi sur l’océan Atlantique et la mer Rouge, montre l’éclatement des dispositifs de transport et des équipements portuaires, héritage de la période coloniale. Le chapitre 7, consacré aux ports, expose leur diversité de puissance et de fonction, l’importance des terminaux pétroliers et minéraliers et la place encore modeste, mais en expansion, des trafics conteneurisés, révélateur, parmi d’autres, du degré d’insertion d’un territoire à la mondialisation. De ce point de vue, on assiste à l’émergence de deux pôles portuaires d’importance sur les deux grands passages que sont le détroit de Gibraltar et le canal de Suez. • Le chapitre 8 s’intéresse aux vallées des grands fleuves à travers le cas du Niger et celui du Sénégal, dont il évoque les aménagements hydrauliques. Il offre l’occasion de réfléchir aux problématiques du développement rural et aux évolutions des systèmes de culture en lien avec les mutations des sociétés rurales. Il permet aussi d’aborder la question des relations entre nomades et sédentaires, avec le déplacement vers le sud des pasteurs du fait de la sécheresse. Il se penche enfin, dans un contexte où la sécurisation alimentaire des grandes villes sahéliennes devient un enjeu de taille, sur les investissements directs étrangers agricoles qui entraînent des recompositions géographiques majeures. La dernière partie de l’ouvrage présente deux études de cas, la première à l’échelle nationale, la seconde à l’échelle locale. • Le Tchad est une bonne illustration des problématiques de la région. L’organisation zonale du pays reflète le caractère de zone de transition du Sahel puisqu’une bande sahélienne qui occupe presque la moitié du territoire national sépare une zone saharienne au nord