L'enseignement non gouvernemental en Chine

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La Chine, dont le système scolaire est le plus important du monde actuel, voit réapparaître, depuis le début des années 1980, son enseignement privé dit "non gouvernemental". Grâce à des politiques spécifiques, ces écoles se sont développées de façon spectaculaire. Quels parents font le choix d'envoyer leurs enfants dans ces écoles performantes ? Quelles sont leurs stratégies ? Quel rôle les capitaux familiaux jouent-ils dans l'accès à un enseignement de meilleure qualité ? Quel est l'impact de ces établissements "non gouvernementaux" ?

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Date de parution 01 mars 2010
Nombre de lectures 216
EAN13 9782296243927
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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INTRODUCTION
L’enseignement privé en Chine remonte à l’antiquité, à l’époque de
Confucius qui fut un des maîtres créateurs des premières écoles privées. Cet
enseignement coexista pendant deux mille ans avec l’enseignement officiel. Il
resta dominant à travers le temps jusqu’en 1949, année où la République
populairedeChinefutinstaurée.
Dès lors, ce pays le plus peuplé du monde a vécu une transformation
radicalejamaisconnueauparavant.Lespaysans,quireprésentaient87,54%de
la population nationale en 1952, devinrent les privilégiés de cette nouvelle
société, tout comme les ouvriers. La nationalisation s’est propagée et
l’enseignement privé n’a pas été épargné. Tout le système scolaire est devenu
public. Le progrès vers l’égalité fut spectaculaire: les ressources éducatives
étaient réparties d’une manière plus ou moins équilibréeet la scolarité était
gratuiteàtouslesniveaux.Lesécolespilotes,mieuxsubventionnées,restaient
limitées et peu médiatisées. Ainsi, malgré les conditions d’enseignement
insuffisantes,leprincipedel’égalitéétaitrelativementbienrespecté.
Trente ans après, ce système monopolisé et centralisé a rencontré de
sérieuses difficultés financières face à son effectif qui est le plus important à
travers le monde. Par ailleurs, son enseignement uniforme et planifié ne
favorisaitpasautantledéveloppementindividuel.Aveclapolitiqued’ouverture
et de réforme adoptée en 1978 qui consistait à moderniser le pays par le
développement économique et scientifique, le mécanisme de gestion privée
introduit a permis au secteur économique privé de se redresser, faisant preuve
d’unedynamiquerésistanteetd’unecompétitivitépuissantedansunemutation
délicate,tandisquelesecteurpublicatteignaitseslimites.
L’ouverturechangeprogressivementlesmentalitésdelapopulationsurtout
urbaine, la croissance améliore rapidement les conditions de vie et la
concurrence engendre à son tour la demande sociale d’un enseignement
diversifié.Lesnouveauxfortunés,lesfonctionnaires,lesgroupesd’intérêt,etc.
tentent de profiter de leurs avantages pour envoyer leurs enfants dans les
meilleuresécolesquisontnaturellementlimitées.Parailleurs,lesinvestisseurs
et créateurs particuliers agissent pour former ce marché prometteur de
l’éducation, et les écoles publiques cherchent à pratiquer des mesures souples
dans la gestion afin d’améliorer les conditions d’enseignement et les salaires
desenseignants.Danscecontexte,l’enseignementprivé,appeléofficiellement
«non gouvernemental», réapparaît au début des années 1980 avec un peu de
7retard par rapport à la genèse de l’économie privée. Il connaît un début
douloureuxetdésordonnéetuneprogressionrapideetagitée.
Cesecteurprivésembleêtredemandémoinspourlesraisonsidéologiques
que pour les performances académiques. Son originalité se traduit par son
épanouissementsansinfluencereligieuseniassistancefinancièred’Etat.
Dès sa genèse, le non gouvernemental est devenu une réalité à laquelle
toutes les familles devaient s’habituer. La société chinoise attache
traditionnellement une importance extraordinaire à l’enseignement, connu
comme«moteurdelamobilitésociale»:ilfautêtrebieninstruitpourréussir.
Or, avec l’apparition du marché de l’éducation, les disparités en éducation
risquentdesecreuser.Et lespremièresgénérationsdel’après-Maoquiétaient
imprégnées du principe d’égalité ont mal accepté le privé qui intervenait dans
cesecteuréducatifconsidérécommepurementpublic.Denombreuxdébatssur
sonbutlucratifounonn’ontaboutiqu’àuneambiguïtésansjugementofficiel
définitifjusqu’àprésent.Ainsi,la«Loisurlapromotiondel’enseignementnon
ergouvernemental» entrée en vigueur le 1 septembre 2003 ne s’est pas
prononcée sur le but lucratif ni sur la permission des bénéfices pour usages
personnels. Le véritable obstacle à son développement semble se trouver dans
la concurrence avec le secteur public adoptant un mécanisme de gestion
flexible, et surtout avec les écoles «Zhuanzhi» (établissements publics
transformésenétablissementsnongouvernementaux).
La multiplicité de ce type d’établissement rendrait difficile un contrôle
uniformeetcentralisé.Ilseraitdoncinappropriédel’aborderensedétournant
du sujet des inégalités, sujet qui constitue toujours un concept
sociologiquementcrucial,résistant àl’usuredutempsetquicouvreunespace
important dans les milieux à la fois académique et politique. Les inégalités
scolaires sont-elles réellement aggravées? Sont-elles liées aux aspects comme
la croissance du privé, les politiques éducatives en faveur de l’efficacité, la
flexibilité de fonctionnement autorisée dans l’enseignement public et le
changementdemécanismedegestiondanscertainesécolespubliques?
Son parcours et en particulier son essor connu ces dernières années
suscitentl’intérêtàplusieurségards.D’unpointdevuegénéral,l’enseignement
privé, élitiste et marchand, sert les enfants des familles aisées, et aide à
reproduire la hiérarchie sociale et donc à renforcer l’inégalité sociale. En tant
que fonctionnaire de l’Education nationale de Chine, j’ai pu observer une
situation ambivalente. D’une part, le non gouvernemental élitiste stimule le
choix de l’école payante. Les écoles publiques «pilotes» et semi-publiques
«Zhuanzhi»ainsisensiblementaméliorées,feraientrégresserlascolarisationà
la carte symbolisant ainsi le principe d’égalité au niveau de l’enseignement
obligatoire. Ces écoles de qualité au niveau du primaire et du secondaire
recruteraient des élèves brillants issus de milieux économiquement et
culturellement favorisés. Aidant à reproduire la hiérarchie sociale, l’école
privée ne semble pas être largement recommandée par certains chercheurs, en
particulier certains sociologues. (Mon présent travail a conclut déjà en 2003
8que la réforme de «Zhuanzhi» devait être revue, alors qu’elle n’a été
partiellement révisée ou suspendue qu’à partir de 2007 dans certaines grandes
villes.) D’autre part, cet enseignement pourrait être aussi non élitiste et
populariséàcertainsdegrés.Ainsi,mêmedanscertainspaysindustrialisés,les
écoles privées en milieu rural sont beaucoup moins caractérisées par la
prédominance des classes sociales supérieures. En Chine, il existe des écoles
non gouvernementales simples en zones éloignées rurales ainsi que des
urbainespourlesenfantsdesmigrantsquisemblentpermettrelerenforcement
delascolarisationobligatoirequelesecteurpublicn’estpascapabled’assumer
totalementàcausedediversescontraintes.Ilaideraitàapaiserlatensionentre
la demande sociale croissante et le budget public restreint et fournirait à un
grand nombre de démunis un enseignement peu onéreux. Les universités non
gouvernementales auraient admis des lycéens diplômés ayant échoué à
l’examen d’entrée à l’université publique. Aidant à alléger les charges
publiques,àdévelopperl’accèsàl’enseignementetàrenforcerl’innovationet
les performances scolaires, l’école privée paraît être encouragée plus par des
hommes politiques et des économistes que par des chercheurs et des
sociologues.
L’enseignement non gouvernemental chinois aide-t-il d’une part à
généraliserlascolarisationdesenfantsissusdesrégionséloignéesruralesetdes
famillesimmigréesurbainesetd’autrepartàsoutenirlesinégalitésdeschances
en matière d’éducation entre les différentes catégories sociales ? Le présent
travail essaie de justifier les deux hypothèses suivantes: Plus il y a d’élèves
issus des milieux favorisés qui ont pu réussir, à travers leurs conditions
familiales avantageuses, plus il y a un accès croissant aux écoles non
gouvernementalesdequalitécomme«Zhuanzhi»,anéantissantainsileseffortsentaux dans la réduction des inégalités des chances d’accès par la
scolarisation sectorielle. Un nombre considérable d’étudiants non-admis issus
de familles populaires ou économiquement favorisées s’orientent, par des
stratégies familiales contraignantes, vers les écoles non gouvernementales
supérieures, et de nombreux écoliers issus de familles paysannes vers les
primairesnongouvernementalesmodestesenzoneruraleouenville,obtenant
ainsideschancesdepoursuivreleursétudes.
Autourdusujet,lequestionnementsefaitsuruneséried’éléments:leprivé
traditionnel, ses finalités, l’origine sociale à l’école antique, l’attitude des
empereurs vis-à-vis du privé, le concept de l’égalité dans l’Antiquité,
l’influenceoccidentaleàl’époquemoderne,lagenèsedel’actuelenseignement
nongouvernemental,sonévolution,sescaractéristiques,sesfonctionssociales,
ses usagers, les stratégies familiales, les inégalités des chances d’accès,
l’attitude gouvernementale, la réforme du secteur public, le rôle des capitaux
financier, culturel, social et sociopolitique, l’enjeu social face au risque de la
marchandisationdel’enseignement.
Pour mesurer l’ampleur des inégalités des chances liées au marché de
l’éducation et justifier sondouble rôle dans le développement de l’accès et de
9l’inégalité,leprésenttravails’estcentrésurtroisaspects:exploiterlesdonnées
sur les inégalités des chances d’accès à l’enseignement non gouvernemental à
travers l’origine sociale de ses usagers; analyser les facteurs institutionnels,
naturels et individuels générant ces inégalités; démontrer les risques que la
société prendrait en glissant vers un extrême, contribuant ainsi à la réflexion
sur les politiques concernées. Pour traiter le sujet d’une approche
méthodologiquement complète, l’enseignement non gouvernemental est
positionné dans un ensemble d’éléments sociaux, institutionnels, historiques,
culturels et politiques sous sa multiplicité à travers différents échelonset de
diverses régions. Les attentes sociales, les règlements scolaires, le passé
socio-historique, les mentalités culturelles traditionnelles, les attitudes
gouvernementalessontparticulièrementanalysées.
Mis à part de nombreux articles, il existe quelques ouvrages qui retracent
lesaspectssocio-historiquesdel’enseignementnongouvernemental.Ils'agitde
"Private Education in Modern China" (DENG Peng, 1997) et de "Social
Transformation and Private Education in China" (LIN Jing, 1999). Bien
qu’utiles, certaines informations contenues dans ces deux ouvrages semblent
aujourd’huidépasséesdufaitquelepaysconnaîtunchangementrapidequeles
auteurs n’ont pas pu suivre compte tenu de leur immigration aux Etats-Unis.
Quantàl’ouvrageenchinoisintituléEnseignementprivé,écoleprivéeetétudes
surl’enseignementnongouvernementalenChine(WANGBingzhao,2002),il
constitue une source importante dans l’exploration de l’enseignement privé
traditionnel. Or, peu de cette littérature aborde les questions sur les inégalités
deschancesaveclagenèsedusecteurprivéetlesfonctionssocialesdel’école
privée. La présente recherche serait ainsi parmi les premières à aborder
l’originesocialedel’enseignementnongouvernementalchinoisàl’aided’une
enquêtedeterrain,toutenactualisantl’évolutiondecesecteur.
Comptetenudel’ampleuretdelanouveautédusujet,ladocumentationqui
existeetcedelafaçonlapluscomplètequepossibleaétéconsultéeentermes
d’ouvrages,depériodiques,d’articles,derapportsetdedonnées,obtenusdans
les bibliothèques et les bureaux d’autorités locales et auprès d’établissements
scolaires.
L’enquête sur le terrain constitue une partie importante de ce travail, faute
de données suffisantes et de par la nécessité d’une recherche scientifique, elle
est aussi un défi permanent pour tous les chercheurs chinois qui doivent faire
face au refus de la visite des établissements, à l’accueil bureaucratique, aux
détours de questions tabou ou administrativement sensibles telles que les
recommandations utilisées par les élèves dans leur admission, les
«transactions» avec des autorités ou les parents d’élèves, etc. Aidé de mes
relations professionnelles, l’enquête a été ainsi menée, bien qu’avec quelques
difficultés, entre 2003 et 2006, portant sur 42 écoles dans cinq localités:
Beijing (grande ville politiquement et culturellement favorisée), Canton
(grande ville économiquement avancée), Xian (vieille ville géographiquement
reculée et culturellement privilégiée), Wenzhou (ville moyenne du Sud où la
10croissance économique est impressionnante) et Xuzhou (ville moyenne du
Nord où l’économie se développe moins rapidement que les régions du Sud).
Ces écoles choisies, dont 32 ont été invitées à remplir le questionnaire,
couvrent tous les degrés et les types d’enseignement, du préscolaire jusqu’au
supérieur. Géographiquement différentes, elles sont représentatives. Un
échantillon de 1509 personnes interrogées dont 1421 (94%) m’ont rendu des
questionnairesexploitables.L’enquêteaétéréaliséesousformed’entretienset
dequestionnairesauprèsdeschefsd’établissement,desdirecteursdesautorités
locales compétentes, des fonctionnaires, des chercheurs, des élèves et des
parentsd’élèves,ausujetdesélémentstelsquelasituationsocioprofessionnelle,
les motifs de choix, les modalités d’admission, les notes d’examen unique,
l’influenceparentalesurl’habitudedelecture,l’achatdeslivresetlesactivités
extrascolaires, etc. Les données du questionnaire ont été analysées à l’aide du
logicielstatistiqueSPSS.
Le sujet de l’origine sociale à l’école, faisant rappeler la lutte des classes
danslepassé,resteimplicitementuntaboudepuisquelquesdécenniesenChine,
pays davantage orienté vers le développement économique. Ce sujet devient
pourtant l’axe principal de la recherche et cela est basé sur des facteurs
objectifscommelaprofessionetleniveaud’instructiondesparents,lastructure
familiale,lesressourceséconomiques,lelieud’habitationetlanation,ainsique
sur des facteurs subjectifs comme les attentes des parents, les attitudes
éducativesdesparents,lesmodalitésd’enseignementfamilial.Laclassification
desmétiersestbaséesurladivisionfaiteen2002parl’Institutdesociologiede
l’AcadémiedessciencessocialesdeChinequisuggèredixcatégoriessociales.
Les inégalités sont appréhendées davantage à travers les comparaisons
entretypesd’écolesqu’entreleprésentetlepassé.Aveclesystèmedesécoles
pilotes, l’examen standardisé, les manuels scolaires peu différents, l’ultime
finalité de réussir à l’examen, les nombres différents de titres d’honneur pour
enseignants/élèves dans les écoles, il est pratique de repérer la qualité et le
classementdesécolesàdiverséchelons.
Dans le travail d’interprétation théorique des inégalités scolaires, sont ici
empruntées le concept de reproductionsociale des déterministes (P. Bourdieu)
et les stratégies familiales de la méthodologie individualiste (ex. M.
Duru-Bellat). Ces dernières montrent que les élèves et les familles comparent
les coûts et les avantages afin de choisir leurs stratégies individuelles. Les
stratégies variant selon l’origine sociale, relèveraient, au fond, de l’habitus
culturel familial. Deux théories, peu abordées en Chine, inspirent mes
réflexions sur l’origine des inégalités scolaires. Or, certains phénomènes en
Chine s’avèrent exclusifs: la sélection implicite à tous les degrés
d’enseignement, le déploiement familial de multiples efforts dans l’accès et
l’existence des patrons paysans aisés et culturellement moins favorisés en
Chine. Le système scolaire caractérisé par la méritocratie est basé largement
sur la mémorisation des savoirs qui nécessite un travail intense. De nombreux
enfants issus du milieu populaire, ont mieux réussi l’examen d’entrée à
11l’université, ceci a incité à revoir l’effet de «capital culturel» à travers des
indicateurs comme la situation socioprofessionnelle, l’influence des habitudes
de lecture des parents, le pilotage des parents dans les méthodes
d’apprentissage, etc. au lieu de ceux traditionnellement utilisés en Europe
comme pratiques du théâtre, des concerts, d’arts et de musique classique.
D’après mon observation, il est possible que la mobilisation de multiples
capitaux familiaux augmente les chances des enfants d’accéder aux écoles de
qualité. Le capital financier est représenté par les frais scolaires, les cours
privés et l’achat de livres extrascolaires; le capital social par les informations
possédées sur les écoles; et les «recommandations» pour avoir l’accès à
l’école de qualité font partie du capital sociopolitique auquel s’ajoute le statut
de citadins de grandes villes ou de privilégiés. Peu de chercheurs se penchent
sur ce capital sociopolitique qui est pourtant non-négligeable dans ce pays.
Mon travail tente de montrer qu’un fort capital culturel complété par d’autres
capitauxdontlesparentsdisposentsurleplanfinancier,socialetsociopolitique,
joueunrôledécisifdansl’accèsàdesécolesnongouvernementalesdequalité.
Le monde du vingtième siècle a été marqué par le développement de
l’enseignement public avec les fonctions de l’Etat renforcées. Les individus
aspirent à l’excellence, les groupes recherchent l’équité. Le système scolaire
doit offrir équitablement les chances d’accès à l’éducation, or ceci paraît plus
compliqué en ce début du nouveau siècle. Dans le contexte de la
mondialisation économique, la flexibilité de fonctionnement du public, la
diversité des établissements et la multiplicité de l’enseignement non
gouvernemental sont plus que jamais réaffirmées. Les pratiques à cet égard,
s’inspirantdesréformesmenéesparlespaysindustrialiséscestroisdécennies,
consistent à revaloriser l’excellence, le choix de l’école et l’expansion afin
d’améliorerlacompétitivitéfaceàlamondialisation.Ainsi,auniveaumondial,
le nombre d’effectifs dans le secteur privé atteint déjà 30% du total. La
modernité globalisée se fait quelquefois au détriment des cultures locales. Il
paraît crucial de trouver une alternative rationnelle pour satisfaire divers
besoins sociaux et réduire les inégalités à la fois, sans glisser vers l’extrémité
du pur socialisme ou celle du pur libéralisme. C’est dans ce double aspect:
«développer les chances» et «égaliser les chances», qu’un enjeu social
émergedansunpaysquicompteuncinquièmedesélèvesdumonde.
Le futur de l’enseignement non gouvernemental chinois intrigue de
nombreux chercheurs. Une récente visite sur le terrain faite en août 2009 a
permis de voir que les prédictions du présent travail se sont révélées
convenables.
Dans le présent travail, le premier chapitre tracera le parcours
socio-historiquedel’enseignementprivétraditionneletàdécriral’évolutionde
l’enseignement non gouvernemental. Le deuxième chapitre montrera la
multiplicitédescréateursetdesdemandeurs.Letroisièmechapitreaborderala
différenciation des établissements non gouvernementaux et traitera du
phénomène du choix de l’école. Le quatrième chapitre analysera les stratégies
12habituelles et multi-référentielles des familles économiquement ou
culturellement favorisées dans l’accès à un enseignement non gouvernemental
dequalité,àtraversl’originesocialedesesusagersetleursmotifsdechoix.Le
cinquième chapitre examinera les stratégies restreintes des familles
défavoriséesdanslechoixdunongouvernemental,justifiantl’existencedeces
écoles qui, contrairement au chapitre précédent, fournissent des chances
d’accès à l’enseignement. Le dernier chapitre indiquera l’enjeu social et
remettraencauselaréformequiapourconséquencederenforcerl’écartentre
établissements,aidantlamarchandisationdel’enseignement.
13Tableau0.1 Etablissementsscolairesvisités
sec./ pré- pub. Zhuan priv. enfants
Villes sup. pub. priv. Total
prim. scol. pilote zhi assisté migrant
Wenzhou 1 9 1 2 1 1 2 5 0 11
Canton 1 6 1 0 1 1 1 4 1 8
Xian 1 6 0 1 0 1 1 4 0 7
Beijing 3 7 0 0 4 2 1 1 2 10
Xuzhou 0 6 0 1 1 0 2 2 0 6
ss/total 6 34 2 4 7 5 7 16 3 0
Total 42 42 42
Graphique0.1 Villesenquêtéesen2005et2006
14CHAPITREI
L’ENSEIGNEMENTPRIVEDANSLEPASSEETLAGENESEDE
L’ENSEIGNEMENTNONGOUVERNEMENTAL
1. LASITUATIONSOCIO-HISTORIQUE
1Le passé éclaire le présent. Une réalité présente ne peut être comprise et
intelligible si l’on n’évoque pas l’influence du passé qui continue à jouer un
rôle,toutens’actualisant.L’enseignementnongouvernementalaàpeinetrente
ans.Pourétablirunpanoramadetoussesélémentsfacilitantlacompréhension
desdiversproblèmes,ilestdoncnécessairedefaireunedescriptiongénéralede
son évolution ancestrale, cette description restant toujours la solution pratique
2duproblèmedel'interprétation.
De façon générale, l’évolution de l’enseignement privé est fortement
affectéeparcertainsfacteurs:cetenseignementconnaîtdifférentespériodesen
fonction des situations politique et économique du pays ; ses diverses formes
qui existent chaque pays durant une même période sont dues aux conditions
historiques et politiques. Son parcours dépend donc beaucoup des interactions
entre le pays et le monde extérieur. On constate une caractéristique commune
qui est la coexistence équilibrée entre le secteur public et le secteur privé.
Quandleprivéestprospère,c’estsouventlemomentoùlepublicn’inspireplus
confiance ; quand le public connaît une croissance rapide, le privé est
habituellementenrécession,ceciconstitueunerègleintrinsèque.
1.1. L’enseignementprivétraditionnel(770av.J.-C.-1840ap.J.-C.)
1.1.1. Leprivéantique,appareilidéologiqueetculturel
1.1.1.1. Leprivéetleconfucianisme
De par la longévité de sa civilisation, la Chine possède un des systèmes
d’enseignementlesplusanciens.SimaQian,historiendudeuxièmesiècleavant
J.-C. pensa que l’enseignement avait déjà atteint un certain niveau sous
1 LEFEBVRE Henri, "Perspectives de la sociologie rurale", Cahiers internationaux de sociologie, 1953,
XIV,reprisdansDururalàl’Urbain,Paris:Anthropos,1970,p.63-78.
2 PHAROP.,Problèmesempiriquesdelasociologiecompréhensive,Revuefrançaisedesociologie,1985,n°1,
p.120-149.
15l’époque de Yu (2000 av. J.-C.). Sous l’époque de Zhou (841-476 av. J.-C.),
naquit un enseignement gouvernemental composé de l’école nationale et
3d’écoleslocales.
La production de la conscience ne se développa qu’au sein des clans
familiauxdemêmesangetdesfamillesdelanoblesse,sansserépandredansla
èmesociétépopulaire.Lesystèmesocialdel’époquedeXizhou(9 siècle-256av.
J.-C.)futcomposédetroiséléments,àsavoir,lapropriétédusolappartenantà
l’Etat, le régime du clan patriarcal et l’enseignement donné dans
4l’administration. L’enseignement privé n’existait pas encore. A l’époque du
Printemps et de l’Automne et des Royaumes des Combattants (722-256 av.
J.-C.),lasociétéconnutdefortesmutations.Amesuredel’utilisationdesoutils
agricoles en fer, de la charrue à bœuf et du développement des irrigations
agricoles, la productivité s’améliora rapidement. La détentiondes terres par le
roi et l’Etat pratiqué à l’époque de Xizhou se détériora et la privatisation des
5terres évolua. Lesritesfurentprofanés;lapolitiqueetlaculture, notamment
les arts musicaux de l’époque déclinèrent. La société passa de l’esclavagisme
au féodalisme, l’enseignement au sein de l’administration perdit
progressivement son fondement, et beaucoup furent démoralisés,
abandonnèrentleurschampsetsemirentàlapoursuitedessuccèsetdesprofits
6immédiats dans l’enseignement . Ainsi, la catégorie d’intellectuels appelés
«shi»(leslettrés)fitsonapparition.Avecledéclin del’enseignementd’Etat,
la culture et les connaissances furent accessibles à la société civile et se
popularisa. L’enseignement privé opéra sa genèse. Les «shi» militaires se
transformèrent en «shi» civils. Ils ne se limitèrent plus aux familles et ne
s’attachèrent plus aux clans forts. Ils formèrent un groupe qui, à travers leur
moralité, leur comportement et leurs compétences, exercèrent une influence
collective.Ilsvirentleurschancesdansl’enseignementprivé,destinéaussiàla
classe moyenne. Dès lors, étant accessibles par différentes catégories sociales,
7ilsfurentreconnusenfonctiondeleurscompétencesetdeleurpersonnalité.
Confucius (551-479 av. J.-C.) brisa le système d’éducation destiné
uniquementàlaclassenobleencréantunepremièreécoleprivéed’unegrande
8envergure,quiétaitdésormaiségalementouverteàlaclassepopulaire.
3DENGPeng, Private Education in Modern China, High Point University in North Calorina, Westport:
Praeger,1997,p.16.
4 HouWailuetal.,Zhongguosixiangtongshi(Histoiregénéraledespenséeschinoises),Volume1,Edition
duPeuple,1957,p.25-26.
5 ZHOU Zhenfu, Shijing yizhu (Interprétation du Canon des poèmes), Volume 5. Beishan, Beijing:
CompagniedeslivresZhonghua,2002.
6 WANG Xinshen, Hanfeizi Jijie (Interprétation des Sélections de Hanfeizi), volume 11,
Waichushuozuoshang, Epoque de la dynastie des Qing, réédition en 1998, Beijing: Compagnie des livres
Zhonghua.
7 LINChuili,Xianqinsixuexingqideyaosujiyingxiangfenxi(Lagenèsedel’enseignementprivéavantla
dynastie des Qin et analyse de son influence), Journal des sciences de l’éducation, l’Univ. normale de la
Chinedel’Est,2005,n°5.
8 YANG Huanying, Kongzi zai jiaoyushi shang de yingxiang he diwei (Influence et importance de
Confucius dans l’histoire de l’éducation chinoise),Recherche sur Confucius, 1987, n°2; JIN Zheng, Keju:
wenguanzhiduyukongzi(Keju:lemandarinatetConfucius),Culturetraditionnelleetmodernisation,1993,
n°3.
16Avec la création des premières écoles privées à l’époque des Printemps et
des Automnes (722-481 av. J.-C.) où les seigneurs et les mandarins se
précipitèrentàfaireformerdes«shi»auservicedeleurgouvernanceetdeleur
9hégémonie, naquirent de nombreux courants de pensées. Selon Mao Lirui,
sous l’époque des Royaumes combattants (403-221 av. J.-C.), l’enseignement
privédevintunemodesocialeet«CentCourantsdepensées»s’opposèrentet
s’enrichirentconsidérablementetfurentreprésentésparleursécolesprivées,en
10s’appuyant sur leurs propres spécialités . «Six grands courants de pensées»
(le Confucianisme, le Mozi, le Taoïsme, le Légisme, le Ying-Yang et le
11Ming) exercèrent une influence considérable sur les sciences humaines dans
l’histoire chinoise. L’école confucianiste et l’écoleMozi furent les plus
12influentes et possédèrent de nombreux disciples . Confucius attacha une
grande importance à la bienveillance et aux rites, les «Liujing» (Six textes
classiques: « Shi»-livre des Odes, «Shu»-livre des documents antiques,
«Li»-livredesrites,«Yue»-livredelamusique,«Yi»-livredesmutationset
«Chunqiu»-annales des printemps et automnes) servirent de manuels et les
«Liuyi»(Sixarts:lesrites,lamusique,letir,l'équitation,l'écriture,leschiffres)
durent être appris. Le courant Mozi prêta une importance particulière aux
connaissancesscientifiquesetauxtechniques,toutens’intéressantauxcombats
et aux discussions. Le taoïsme y opposa l’éducation artificielle (forcée) et
préféralanature(autoformationetconscience),ayantpourmanuelprincipalle
«Daodejing» (Livre de la Voie et de la Vertu). Le légisme réaffirma
l’importance de l’enseignement de la loi, tout en enseignant les connaissances
pratiquessurlajuridiction,l’artdelaguerreetlaculture.
Les contributions de Confucius ont été significatives. Il collectionna,
préserva et diffusa systématiquement la culture et l’histoire de la Haute
13Antiquité chinoise . Ses pensées éducatives contribuèrent à l’apparition du
14premierouvragedidactique«Xueji»ainsiqu’àl’enseignementenChine .Les
manuels qu’il édita furent le plus longuement utilisés dans le monde. Les
premiersmanuelsrelativementcompletsdansl’histoiredel’éducationchinoise
reviennent à ses « Six textes classiques». Ces ouvrages didactiques traitent
essentiellement des rapports sociaux et de l’éthique, et abordent aussi de très
9 MAO Lirui, Zhongguo gudai jiaoyushi (L’histoire de l’éducation antique chinoise), Beijing: People’s
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10 BAN Gu, Hanshu: yiwenzhi (Livre des Han: textes littéraires). Epoque de la dynastie des Han, Sun
Kaitai, “Chunqiu zhanguo shiqi de baijia zhengming (Les cent courants de pensées sous l’époque du
printempsetl’automne”,Connaissanceslittérairesethistoriques,1998,n°2.
11 SimaQian,Shiji(Lesmémoireshistoriques),EpoquedeladynastiedesHan,ZhonghuaBooksCompany,
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12 ZHANGShuangdietal.,Lushichunqiuyizhu(Interprétationdesannalesdesprintempsetdesautomnes
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13 XIA Zhentao, Zhongguo Renshilun Sixiang Shigao (Mémoires historiques sur les pensées
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14 DING Mingkuan, Jianping kongzi de jiaoyu sixiang (Remarques sur les pensées de Confucius sur
l’éducation),RecherchesurlespenséeséducativesdeConfucius,EditionsEducationdupeuple,1985,p.112;
HAN Yanming, LI Rumi, Kongzi jiaoyu guanli sixiang tanwei (Etudes préliminaires sur les pensées de
Confuciusdansl’administrationdel’éducation),RecherchesurConfucius,1998,n°4.
17nombreux autres domaines, entre autres la philosophie, l’histoire, la politique,
l’économie, la culture ou l’art musical, couvrant presque toutes les
connaissances et pensées accumulées avant son temps. Seuls les techniques et
l’artisanat de la production agricole et les savoirs des sciences naturelles ne
sont pas inclus: Confucius et ses disciples méprisèrent le travail manuel en
faveur de la spéculation et préconisèrent que l’homme de «bienveillance» ne
15jouait pas avec les techniques . Avec cette influence, l’enseignement antique,
impérial en particulier, était rarement concerné par l’apprentissage des
techniquesetdel’artisanat.
Concernant les méthodes pédagogiques, Confucius influença les
générations suivantes en travaillant sur les relations entre l’enseignement et
l’apprentissage, l’apprentissage et la réflexion, les théories et les pratiques, et
eninventantdesméthodescomme«enseignerdemanièresdifférentesselonles
16différentes aptitudes des élèves» . Il s’interrogea déjà sur la signification de
l’enseignement que le maître assume en tant qu’enseignant, ce qui était
17d’avant-garde dans l’histoire mondiale de l’enseignement de l’Antiquité .Il
fut le premier dans l’histoire mondiale de la pédagogie à avancer la méthode
heuristique qui consiste à «enseigner en inspirant les élèves afin de dépasser
18desrèglesconventionnellesetdelesmotiverversladécouverte» .Iltravailla
dansl’héritagedupasséetlatransmissionversl’avenir,enfondantlespensées
pédagogiquestraditionnelles.
Quantauxrelationsentremaîtreetélèves,lemaîtresedoitdeperfectionner
sans être ennuyeux et enseigne les savoirs sans lassitude. Il garde l’honnêteté,
labontéetletraitementégalitaireenverssesdisciples.Croyantque«parmiles
trois personnes, il y en a certainement une auprès de qui les deux autres
19peuvent apprendre », il préconise les échanges, les discussions et la
20non-dépendance entre maître et élèves . Cette relation jadis nouvelle entre
maître et élèves pourrait être liée à l’émancipation des pensées après la
décadencedesrites.
L’essence de Confucius se trouve dans sa finalité de l’éducation: former
l’homme pour qu’il puisse devenir l’homme de «bienveillance» (ren). La
«bienveillance» désigne le degré supérieur que l’homme ainsi que la société
doivent s’efforcer d’atteindre, sans pour autant faire à autrui ce qu’il ne veut
15 Lunyu:weizheng(LesEntretiensdeConfucius:lagouvernance),ChinaBooksCompany,1980,p.67.
16: Yongye (Les entretiens de Confucius: Harmonie); ZHANG Rui, Quanmian pingjia kongzi de
jiaoyu sixiang (Evaluation complète des pensées confucéennes), Recherche sur les pensées éducatives de
Confucius,EditionEducationdupeuple,1985,p.17;CHENJingpan,Kongzidejiaoyusixiang(Lespensées
éducativesdeConfucius),SélectiondesessaissurlespenséeséducativesdeConfucius,Changsha:Editions
del’éducationduHunan,1985,p.30.
17 XU Mengying, Kongzi zai zhongguo jiaoyushi shang zuida de gongxian shishenme?(Quelles sont les
contributionslesplusimportantesdeConfuciusdansl’histoiredel’éducationchinoise?),Recherchesurles
penséeséducativesdeConfucius,People’sEducationPress,1985,p.69-70.
18 LIU Epei,Lun kongzi qifashi jiaoyu de xianshi yiyi (La signification actuelle de l’enseignement
heuristique de Confucius), la collection des essais sur Confucius, Editions Sciences de l’éducation, 1987,
p.330.
19 Lunyu:Shuer(LesEntretiensdeConfucius:êtretransmetteur)
20 XunzitraduitetannotéparWANGJie,EditionsHuaxia,2001.
1821pas qu’on lui fasse à lui-même . La bienveillance de la société est la
responsabilitédel’homme quis’ysacrifiepourquelasociété atteignecetétat
22bienveillant . Sa pensée de «bienveillance» correspond aux intérêts et aux
besoins de la classe régnante dans le maintien de l’ordre et de l’harmonie
sociale. L’équilibre entre classes sociales n’est obtenu que par l’unification de
la moralité intérieure et de comportements standardisés et l’ajustement des
sentimentsetdesmentalitésindividuelles.Aveclamodérationdesoi-mêmeet
la renaissance des rites d’antan, toute la société atteindra la bienveillance
humaine. Cette devise élimine la poursuite humaine de la force surnaturelle,
affaiblit le culte et la croyance superstitieuse, permet d’être réaliste dans le
monde afin de réussir sa vie. Une telle idéologie a permis aux propriétaires
fonciers d’acquérir le pouvoir que conférait l’instruction et de générer des
hommes de talent, ce qui servait à la classe gouvernante. Les gouvernants
ultérieurs ont ainsi valorisé le confucianisme et bâti partout les temples de
Confucius,«grandmaîtresuprêmeancestral».Aveccettefinalité,sespensées
ont formé la base permanente de l’enseignement traditionnel, son dogme
«instruiredesjeunespourdevenirunhommedebien»aétéinstitutionnalisé.
Formant ses 3000 disciples de diverses classes sociales, il a bouleversé le
monopoledel’enseignementparlesnoblesetdurégimehéréditairedesnobles.
S’attachant au système structuré de la gouvernance de l’Etat et répondant au
changement, le confucianisme constituait la force légitime de la société face
aux autres courants, y compris le bouddhisme, et demeurait dominant au
traversdufleuvehistoriquedupays.
ApartirdeladynastiedesHan,l’empereurWudifondaen124av.J.-C.le
Collègeimpérialetordonnaen136av.J.-C.de«proscriretouteslesécolesde
23penséesetdenes’entenirqu’àlaseuledoctrineconfucéenne» .Lerestedes
grands courants de pensée fut éliminé. A la fin du règne des Han de l’Ouest,
l’enseignementprivé«confucianisé»arrivaàsonapogée.
Sous les dynasties des Wei, des Jin, du Sud et du Nord (220-589) qui
connurentlesdivisionsetlesfusionsdesnations,leprivéseredressaavecses
caractéristiques spéciales. Les trois pensées (confucianiste, taoïste et
bouddhiste) jadis interdépendantes, fusionnèrent et la pensée métaphysique
naquit.Sousl’époquedesJin,lesdisciplesconfucianistesfurentnombreux:le
24maîtreSongQianeneuttroismille .
Sous la dynastie des Tang, l’enseignement impérial fut développé et le
système d’examen national pour entrer dans l’administration «Keju» fut
amélioré. Les empereurs eurent l’esprit ouvert et laissèrent l’enseignement
privé croître et se populariser dans une large mesure. Parmi les candidats à
l’examen, les «Shengtu» (issus de l’enseignement impérial/public) furent
25beaucoup moins nombreux que les «Xianggong» (privés) . De nombreux
21 Ibid.
22 Lunyu:Weilinggong(LesEntretiensdeConfucius:LeprinceLingduroyaumeWei).
23 Hanshu:wudijizan(LivredesHan:EmpereurWudi).
24 JinShu,volume94,Yinyizhuan(HistoiredesJin:êtreermite),ZhonghuaBooksCompany,1974.
25 WANGBingzhao,2002,op.cit.p.193.
19grands maîtres comme Liu Zongyuan, Han Yu, etc. rejetèrent les pensées
bouddhistes et préconisèrent la restauration de la tradition des
confucéennes.
Sous l’époque des Cinq Dynasties et Dix Royaumes (907-960), un grand
nombre d’académies Shuyuan furent créées par les confucianistes grâce à un
environnement favorable à la culture après les guerres. Proches de la nature,
elles enseignèrent les pensées confucéennes. Certains maîtres eurent jusqu’à
26unecentained’élèves .
AumilieudeladynastiedesSongduNord(960-1127),conscientsdurôle
de l’enseignement confucéen dans la stabilisation de l’ordre social et la
protection du pouvoir autoritaire impérial, les empereurs revalorisèrent
l’« école du principe confucianiste» (lixue: une métaphysique dite
néo-confucéennedéveloppéesouslesSongenintégrantdesélémentstaoïsteset
bouddhistes,centréesurlajusticenormale(tianli)etlaréflexibilité,s’attachant
à la nature et à la loi naturelle (tiandao) dans les discussions et réflexions. Il
s’agit d’un système logique et strict comportant l’ontologie du monde, le
système de la vie et l’évolution du tout sur la Terre, la théorie du bon et du
mauvais dans la nature de l’homme, les études sur la gouvernance par la
recherche des principes. La réalisation de l’état spirituel du grand maître est
considérée comme l’objectif définitif de la vie), ceci correspondit aux intérêts
du règne impérial. Ce furent les maîtres Cheng Hao (1032-1085),Cheng Yi
(1033-1107) et Zhang Zai qui s’inspirèrent de l’enseignement des anciens
maîtresetabandonnèrentlesméthodestraditionnellesd’enseignementcentrées
sur la transmission des notes et des explications des livres antiques pour
argumenter de manière plus convaincante la rationalité des éthiques et des
Trois rapports cardinaux (roi et sujets, père et fils, femme et mari) et Cinq
vertus constantes (humanité, bienséance, rectitude morale, connaissance et
sagesse,honnêtetéetloyauté)deConfucius.
ÀladynastiedesYuan,l’enseignementprivédeMiaoxuefutorganisédans
les temples. Il combina les études sur les grands courants ancestraux avec le
27 28lieud’études(lestemplesoulessalles) ,centrantsurlesétudesconfucéennes .
Cet enseignement put exister et fonctionner grâce aux donations populaires et
collectives.
Confucius mondialement influent (selon Zhu Qianshi de l’Université de
Beijing, les «Quatre livres» ont déjà été traduits par l’italien Mathieu Ricci
(1552-1610)enlatinen1593),resteinséparableavecl’enseignementprivé.Ses
textes canoniques considérés comme les pièces maîtresses de l’enseignement
sont étroitement liés à l’histoire des écoles privées antiques. Lui vouant un
26 Ibid.op.cit.,p.7.
27 WANG Jianjun, Cong miaoxue dianli kan yuandai shizuchao he chengzongchao de ruxue zhengce (Les
politiquesconfucéennessouslerègnedesempereurs ShizuetChengzongdela dynastie desYuanà travers
les cérémonies de l’école du temple),Collection des essais sur l’histoiredes Yuan et l’histoire des nations,
2003,n°16,EditionsNanfang.
28 SHENWanli,Yuandaimiaoxuekaobian(Etudessurl’écoledutemplesousladynastiedesYuan),Journal
del’universitédelaMongolieintérieure,2003,n°2.
20culte, la Chine antique politiquement centralisé, fut dotée d’un système
d’enseignementprivélargementrépandu,qu’ilsoitdestinéauxenfantsouaux
adultes.
Les types et appellations d’écoles privées furent nombreux. Le nom de
«Sishu », le plus populaire (école privée ou plus précisément école de petite
taille et gérée par le précepteur) fut la première appellation connue dans
l’AntiquitépourdésignerlesécolesprivéescommecelleouverteparConfucius.
Le nom de « Shuyuan » signifie l’académie de lecture créée depuis les Song.
Elle fut aussi une forme de «Sishu», mais au degré supérieur. L’école de
«Mengxue » (ou Tongmeng, Mengyang), fut apparu à la Dynastie des Han
pour les enfants qui apprenaient les caractères et les mots. Elle relevait d’un
enseignementdudegréinférieur.L’écolede«Shexue»,connuepoursanature
29mixte publique et privée , fut établie sous la dynastie des Yuan, dans chaque
communautécomposéede50familles.Ellefutrelancéeen1384souslesMing
et même ordonné par l’empereur Yongzheng des Qing à s’intégrer dans
l’enseignementimpérial.Ilexistaitd’autresappellationscommeJiashu,Zushu,
Xueguan,Yixue,Yishu,Shuwu,Shutang,etc.
1.1.1.2. LeprivédudegréinférieuretlesécolesMengxue
L’enseignement de base Mengxue commença sous la dynastie des Han,
arriva à maturité sous les Song, et s’étendit sous les Yuan, Ming et Qing. Ces
écolesscolarisèrentdesenfantsàpartirde8ou9ans.Laplupartfurentcréées
30parlesecteurprivé .Ellesfurentaussiappelées«Mengguan»souslesMing
etlesQing.AtraverslescaractèresetlesmotstirésdeXiaojing(lesTextesde
piété filiale) et de Lunyu (les Entretiens), elles transmirent l’éthique
confucianiste, préparant ainsi les enfants dans la maîtrise des rites féodaux
commelasubordinationetl’obéissancedanslasociétéhiérarchisée.
31Ilexistediverstypesdemanuelsscolaires :l’apprentissagedescaractères
intégrant les diverses connaissances générales comme «Sanzijing» (textes
canoniques dont chaque locution est composée de trois caractères),
«Baijiaxing» (cent caractères qui représentent cent noms de famille),
«Qianziwen»(textecomposédemillecaractères);l’apprentissagedespoèmes
et des vers comme «Qianjiashi» (les poèmes de mille auteurs), «Tangshi
Sanbaishou» (trois cent poèmes des Tang), «Guwen Guanzhi» (les textes
antiquesconnus),«TangsongBadajiaWenchao»(lestextestranscritsdeshuit
grand auteurs des Tang et des Song); les connaissances historiques comme
«Mengcius» édité par Li Han des Jin; la culture générale comme
29 SUN Changying, Zhongguo lishi shang sixue ruogan tedian tanxi (Analyse de certaines caractéristiques
del’enseignementprivédansl’histoirechinoise),Recherchesurl’enseignementnongouvernemental,2001,
n°8.
30 WANG Bingzhao, Zhongguo sixue sili xuexiao minban jiaoyu yanjiu (L’enseignement privé, l’école
privéeetétudessurl’enseignementnongouvernementalenChine),Jinan:EditionsEducationduShandong,
2002,p.192,848p.
31 MAO Lirui, Histoire générale de l’éducation chinoise, Jinan: Edition de l’éducation du Shandong,
1987,p.449.
21«Mingwumengqiu»écritparFangFengchendesSong;lamoraleetl’éthique
féodale «Xinglizixun» élaborés sous les Song et des Ming, combinant l’ordre
éthiqueetréglementairedelasociétéféodaleaveclaformationidéologiqueet
formant ainsi la base d’orientation pour moraliser l’enseignement destiné aux
32enfants .
S’agissantdesméthodesutilisées,l’enseignementfutcomposédelalecture,
de l’écriture et de la composition, s’attachant à la procédure de l’écriture, aux
33réquisitions pratiques, aux instructions concrètes et aux exercices constants ,
influençant l’enseignement actuel. La priorité fut donnée au rôle magistral du
maître:lapunitionfutfréquenteenverslesélèves.Quantauxqualificationsdes
maîtres, à partir des Tang et des Song, un nombre considérable était des
34candidatsayantéchouéàl’examenKeju .
1.1.1.3. LeprivédudegrésupérieuretlesacadémiesShuyuan
L’enseignement du degré supérieur fut la forme originelle de
l’enseignement privé. Il naquit avant l’enseignement de base Mengxue et
montra sa diversité. Il aurait déjà existé à l’époque du Printemps et de
l’AutomneetdesRoyaumesdesCombattants(722-256av.J.-C.).L’écolecréée
35par Confucius releva d’un enseignement supérieur . L’école Jixia Xuegong,
créée par le royaume Qi et gérée par les particuliers, fut également un
enseignementsupérieur.SouslesHan,laMaisond’étudesdestextesclassiques
(Jingguan)futunlieufixeoùlesgrandsmaîtresrassemblèrentleursdisciples.
Lesmanuelstraitentdesrapportssociauxetdel’éthique,etabordentaussila
philosophie,l’histoire,lapolitique,l’économie,lacultureoul’artmusical.Les
contenus ont pour origine les pensées de grands courants nés à l’époque des
PrintempsetdesAutomnes.
Destinées aux adultes autodidactes, les méthodes d’enseignement furent
variées. Mis à part l’autodidaxie assistée, d’autres méthodes apparurent :
l’apprentissageparlesvoyagesàl’époquedeConfucius,l’enseignementselon
lescapacitéssouslesHan,laconfessionbouddhisteetlescoursdonnésparles
grands disciples bouddhistes sous les Wei, les Jin et le royaume du Sud et du
Nord, la compétition de la poésie exaltante et l’apprentissage par objets
36concretssouslesTang ,lacombinaisondelamoralitéetdel’utilitarismesous
37les Song, la mise en pratique des pensées classiques sous les Qing . Il est à
32 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.127.
33 SUNChangying,2001,op.cit.
34 WANGop.cit.,p.202.
35 LIU Rao, Woguo minban gaodeng jiaoyu de xianzhuang, wenti yu fazhan qushi (La situation, les
problèmes et les tendances du développement de l’enseignement supérieur non gouvernemental,Recherche
surl’éducation,2004,volume25,n°9,p.71-76.
36 SUNChangying,2001,op.cit.
37 ZHANGChuansui,Zhongguojiaoxuelunfazhandeshijihuiguyuzhanwang(Rétrospectiveetperspective
surledéveloppementdelapédagogie),Recherchesurl’éducation,2002,n°3.
2238mentionner les discussions libres organisées par l’école Jixia Xuegong ainsi
quelesdiscussionsacadémiquesentrelesdifférentscourants,pratiquéesparles
académiesShuyuan,contribuantàlalibérationdespensées,àlamultiplication
desidéesetaudéveloppementdel’enseignement.
L’enseignement de degré supérieur reflétait l’idéologie principale et
l’environnement social de son époque. Dans la dynastie des Han de l’Est
(25-220), l’enseignement intégrait les éléments antiques et nouveaux face aux
mutations sociales. Sous les Wei, les Jin, le Royaume du Sud et du Nord
(220-589), trois grands courants comme le confucianisme, le taoïsme et le
bouddhisme se développèrent rapidement grâce à la détente sociale. La
dynastie des Tang (618-907) valorisa la poésie, les textes canoniques et les
affaires politiques sous la prospérité culturelle. Lors des Ming (1368-1644),
l’écoleZhuxueetl’écoleWangxues’opposèrentsurlamodernisationdestextes
canoniquesdeConfuciusdansunesociétéauchemindecroisement.
On ne peut pas parler de cet enseignement sans évoquer les académies
Shuyuan qui jouent un rôle irremplaçable dans la popularisation de la culture
39générale et l’amélioration du niveau d’instruction de la population .Ces
académiesfurentinitialementunesorted’institutionsnationalesderédactionet
40derévisiondeslivresetneservaientpasdelieud’enseignementàsacréation .
Elles firent leur apparition à la fin des Tang et à l’époque des Cinq Dynasties
41(907-960), prospérèrent sous les Song , mais déclinèrent sous les Ming et les
Qing.Lebudgetprovintdel’aidefinancière,desdonations,del’autosuffisance
réaliséegrâceàlapossessiondeschampsàcultiver.
Audébutdeleurévolution,lesShuyuanmanquèrentdel’indépendanceen
contenu et de caractères académiques et ressemblèrent à l’enseignement
42traditionnel ordinaire . Sous les Song et les Ming, elles connurent une
43croissance rapide , et remplacèrent même l’enseignement impérial local
pendantuncertaintemps.SixacadémiesShuyuan(Bailudong-actuellementle
mont Lu du Jiangxi, Yuelu -le mont Yuelu de Shanhua du Hunan, Yingtian
-ShangqiuduHenan,Shigu-lemontShigudeHengyangduHunan,Songyang
-Dengfeng du Henan et Maoshan -Maoshan du Jiangsu) furent connues et
44attractives .LesShuyuanaidantàredresserleslettresetàcesserlespratiques
38 LIUJie,Jianlunjixiaxuegongyuwoguozunshizhongdaochuantong(EcoleJixiaXuegongetlatradition
durespectdesenseignantsetdesconnaissances),RecherchesurGuanzi,2001,n°3.
39 TAOChengetal.,YongzhengJiangxiTongzhi(HistoirechroniqueduJiangxisousl’empereurYongzheng),
Shanghai:Maisond’éditiondeslivresclassiques,1986.
40 WANGXiaolong,ZHANGQiuhong,Songdaishuyuanjiaoyuyusongdailixuedechuanbo(LesShuyuan
et la diffusion des pensées de l’école de principesousla dynastie des Song),Recherche surl’enseignement
nongouvernemental,Xian,2004,n°3.
41 FANGYanshou,Zuxishuyuanyumenrenkao(AcadémieShuyuandeZhuxietsesdisciples),Shanghai:
maisond’éditiondel’UniversiténormaledelaChinedel’Est,2000.
42 LI Dongyang, Huailutangji (La collection de l’Académie de lecture de Huailu), volume 65: La
reconstruction de l’Institut de lecture de Wending dans le district de Hengshan, Taiwan: Maison d’édition
commerciale,1986.
43 Tuo Tuo, Song Shi (Histoire des Song), volume 434: la biographie de Lu Zuqian, 13ème siècle,
Rééditionen1985,CompagniedeslivresdeChine.
44 CHEN Lai, Zhuxi zhexue yanjiu (Etudes sur la philosophie de Zhuxi), Beijing: Editions des sciences
socialesdeChine,1987.
2345militaire et martiale , les pensées de Confucius furent largement diffusées et
46l’enseignementtraditionnelconnutalorssonapogée .
Les Shuyuan combinèrent l’enseignement avec les réflexions. Sous la
dynastie des Song, elles furent caractérisées par la simplicité structurelle (un
seul organisateur, chef de file de l’école, assumant l’enseignement), la gestion
auto disciplinaire ( Les enseignants et les élèves venaient librement,
l’organisateur était recommandé démocratiquement et devait être remplaçable
périodiquement,lesélèvesparticipaientàlagestion),laréglementationscolaire
(avec contrat d’apprentissage, règle scolaire ou contrat d’enseignement: «les
Règlements de l’Académie de Bailudong» élaborés par Zhu Xi comprenaient
cinq objectifs de l’enseignement, cinq étapes d’apprentissage, ainsi que les
pensées et les conduites morales) et la détente environnementale. Leur
pédagogie fut marquée par les règles destinées à la fois aux élèves et aux
enseignants, les méthodes comme l’autodidaxie, les discussions libres
minutieusement organisées ainsi que le respect pour le maître et l’amour pour
l’élève.
A l’exception de certaines époques, elles servirent plus à la transmission
des pensées et aux échanges académiques qu’à la préparation du Keju, alors
quel’enseignementactuelglisseverslafinalitéuniquederéussiràl’examen.
1.1.1.4. LeprivérevitaliséparlesgrandesfamillesdusudsouslesMing
etlesQing
ApartirdesSong,furentgénéraliséeslesorganisationsbaséessurfamilles
47etlesclansafindeseprotégerdesagressionsextérieures. Dansdesprovinces
48duSudcommeleJiangsu,l’Anhui ,desvillagesoudesruesprirentlenomde
49grandesfamilles .Lanationétantcomposéedupouvoirimpérialetdessujets,
50la famille avait des règlements similaires . Pour maintenir leur dominance,
51renforcerleurcélébritéetexercerleurinfluencedanslasociété ,degénération
en génération, les grandes familles nées dans le Sud de la Chine grâce à une
52économie relativement développée , eurent besoin de généraliser
53l’enseignement en leur sein en assumant l’enseignement de leurs enfants ou
45 LU Zuqian, Donglaiji (La collection de Donglai), volume 6: Institut de lecture de Bailudong, 12ème
siècle,Rééditionen1986,Maisond’éditioncommercialedeTaiwan.
46 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.28.
47 Kangxi Huizhou fuzhi (Chronique historique de Huizhou sous l’empereur Kangxi), volume I: les
coutumes,Jiangsugujipublishinghouse,1998,p.160.
48 WANGBingzhao,op.cit.,p.60.
49 LI Mingwan, TAN Junpei, Tongzhi Suzhou fuzhi ( Chronique de Suzhou sous l’empereur Tongzhi),
volumeIII,EpoquedesQing,JiangsuGujiPublishingHouse,1991.
50 LIUGuangan,LunMingqingdejiafazugui(LesrèglementsdesfamillessouslesdynastiesdesMinget
desQing,LesSciencesjuridiquesenChine,1988,n°1.
51 CHEN Kuilong, Mengjiaoting zaji (Mélanges au Pavillon de Mengjiao), volume II, Epoque des Qing,
rééditionen1985,Beijing,Maisond’éditiondelivresclassiques,p.122.
52 HONGMai,Rongzhaisuibi,Sibi,volume5:Raozhoufengshu(LescoutumesdeRaozhou),Epoquedela
dynastiedesSongduSud,Shanghai:GujiPublishingHouse,1978.
53 WANG Rigeng, Mingqing keju zhidu dui minyingjiaoyu de cujin (Le système de sélection Keju et sa
contributionaudéveloppementdesécolesprivéessouslesdynastiesdesMingetdesQing,JournalofXiamen
24même en créant leurs propres écoles, ceci servit directement à la réussite de
leurs membresàl’examen nationalKeju.Lesjeunesissusdegrandesfamilles
du Sud firent ainsi mieux que ceux du Nord où l’on trouve plutôt de petits
54propriétairesterriens .
Ilexistaitdenombreusesappellationspourlesécolescrééesparlesgrandes
familles comme Jiashu, Zushu, Sishu, Xueguan, Yixue, Shuwu, Shutang,
Shuyuan,etc.Denombreusesécoles«Shexue»furentcrééessouslesMingpar
de grandes familles ou des associations des personnes fortunées à caractère
55local .
LapréparationduKejuétantprioritairepourlesfamilles,lesécolescréées
parlesgrandesfamillesàJiaxingdanslaprovinceduZhejiang,participèrentau
56Keju avec un taux de réussite très élevé . Dans certaines écoles,
57l’enseignement se divisa en degré inférieur «Shuwu» (primaire) et degré
supérieur «Shutang» (préparation au Keju). La plupart furent du degré
58inférieur . Les livres de Confucius comme Sanzijing, Baijiaxing, Qianziwen,
Sishu et Wujing furent des manuels. Les frais d’études et de participation à la
sélection provenaient de diverses sources telles que les donations, les champs
59 60agricoles servant de garanties pour ces frais . A partir des Song , de grandes
familles de l’Anhui louaient des champs contre des ressources consacrées à
61l’enseignement .
1.1.1.5. Le privé au service du règne impérial sous l’obscurantisme des
empereurs
Le premier empereur féodal Shi Huangdi des Qin, qui unifia la Chine en
221 av.J.-C., ordonna, par règlements, de supprimer les différentes écoles de
62penséeetl’enseignementprivé .Illançaunecampagnequiconsistaitàbrûler
University(ArtsetSocialSciences),2001,n°4.
54 SUYaochang,Huanandifanglishidebianqianyushijietixililun(Lesmutationsdupassédanslarégion
du sud de la Chine et la théorie du système mondial), Editions les livres classiques de Zhongzhou, 1987,
p.58.
55 WANGBingzhao,2002,op.cit.p.95.
56 PAN Guangdan, Mingqing liangdai de Jiaxing wangzu ( Les prestigieuses familles à Jiaxing sous les
MingetlesQing),EditionsLibrairiedeShanghai,1991.
57 Unité de recherche sur l’histoire des Shuyuan de l’Institut des sciences de l’éducation du Jiangxi,
Jiangzhou chenshi dongjia shutang yanjiu ( Etudes sur l de lecture de Dongjia créé par la famille
ChenàJiangzhou),1989.
58 WANGBianzhao,2002,op.cit.,p.68.
59 LIJiang,CAOGuoqing.Mingqingshiqizhongguoxiangcunshehuizhongzongzhuyitiandefazhan(Le
développementdeschampscollectifs desclans familiauxenzonerurale souslesdynasties desMinget des
Qing),Archéologiedel’Agriculture,2004,n°3.
60 FANZhongyan,Fanwenzhenggongji (SélectiondeFanwenzheng):baoxiansiji(Templepourhonorer
les compétents) , volume II: Qian Gongfu Yitian ji ( Les champs de la culture pour l’école), Epoque des
Song,WEN Juan, Fanzhongyan jiaoyu shijian shulun (Pratiques éducatives de Fan Zhongyan), Revue
académiquedeChuanshan,2006,n°1.
61 WU Jingxian, Anhui shuyuan zhi (La chronique des Shuyuan dans la province de l’Anhui), Revue
hebdomadairedeXuefeng,volumeII,1932,n°48.
62 Groupe de rédaction de Hanfeizi, Hanfeizi: Heshi (Hanfeizi: la Famille He) , Epoque des Royaumes
combattants,rééditionen1982,Jiangsu:EditionsdupeupleduJiangsu.
2563 64les livres et un an plus tard fit enterrer vivants les confucéens à cause de
leurs divergences politiques, ceci dans le but de protéger l’autorité de son
gouvernementetdefacilitersonrègne.Ladernièredynastie(lesQing)interdit
les associations, détruit les livres dissidents et emprisonna les lettrés. Ces
65actions rarement vues dans l’histoire, firent régresser l’enseignement privé
66malgrélaplacedominantequ’ilavaitacquise .
Après le renversement de la dynastie éphémère des Qin, l’empereur
Xiaowu en tira la leçon et valorisa en 136 av. J.-C. uniquement le
67confucianismeaudétrimentdesautrescourants afindeconsolidersonrègne.
L’empereur Wudi de la dynastie des Jin de l’Ouest interdit en 267 les écoles
68astrologiques , car un grand nombre d’écoles des Ying et Yang, de l’art
69astronomique et de l’astrologie des constellations s’inspirèrent souvent du
changement météorologique pour interpréter les êtres humains y compris les
70gouvernants . La dynastie des Wei du Nord interdit en 447 les écoles
71bouddhiques à cause d’une résurrection des Hu à Lushui et favorisa
l’enseignementimpérial. MêmedansladynastiedesTangoùl’environnement
politique était plus que jamais favorable à l’enseignement privé,ent astrologique et surtout l’art militaire furent interdit par
72l’empereurGaozong en653.L’empereurTaizongdesSongstipulaen977un
73règlementsévèreeninterdisantleslivresastrologiquesetoccultes ,considérés
74commeenseignementobscuretstupide,sansfondementréel .SouslesMing,
parcraintedediscussionspolitiques,lesShuyuanfurentstrictementcontrôlées
ou même détruites pendant trois périodes: celle de l’empereur Shizong en
751537 , pour dissiper les critiques politiques, celle où Zhang Juzheng fut
76chancelier de l’empereur pour contrer les propos outranciers et celle où le
Chancelier Wei Zhongxian dicta le pouvoir pour vengeance politique
63 SIMAQian,Shiji(Lesmémoireshistoriques),volume6:Qinshihuangbenji(L’empereurShihuangdela
DynastiedesQin),DynastiedesHandel’Ouest,EditionsZhonghuaBooksCompany.
64 Shiji(Lesmémoireshistoriques).op.cit.
65 Shiji(Leseshistoriques),op.cit.
66 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.18
67 Hanshu:wudijizan(LivredesHan:l’EmpereurWudi)
68 Jinshu:shizuwudiji(LivredesJin:l’EmpereurWudi)
69 FANG Ye, Wenbaiduizhao Houhanshu, chuanshi cangshu (Histoire de la dynastie des Han ultérieur),
EditionsChinabookscompany,1965,p.2734.
70 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.35.
71 Shiji(Lesmémoireshistoriques),op.cit.
72 LIU Junwen, Tanglushuyi (Les règlements de la dynastie des Tang),tom.9, Beijing: Zhonghua Books
Company,1983.
73 Tuo Tuo, Songshi (Histoire de la dynastie des Song), vol. 4, Epoque de la dynastie des Song, Beijing:
ZhonghuaBooksCompany,1985.
74 LITao,Xuzizhitongjianchangbian(Lemiroircompréhensifpouraideràgouverner),volume18,Epoque
deladynastiedesSongduSud,Beijing:ZhonghuaBooksCompany,1986.
75 ZHANGTingyu,Mingshi:xuanjuzhi(HistoiredeladynastiedesMing:Sélectionetrecommandationdes
personnescompétentes),EpoquedeladynastiedesQing,Beijing:ZhonghuaBooksCompany,1974.
76 HUANG Yizhou, Jingji zazhu: lunshuyuan (Mélanges de Jingji: les Shuyuan) Epoquede la dynastie
desQing,citeparZHANGLiuquan,Zhongguoshuyuanshihua-songyuanmingqingshuyuandeyanbianjiqi
neirong (Histoire des académies de lecture-les mutations et les contenus des académies de lecture sous les
Song,Yuan,MingetQing),Beijing,Sciencesdel’éducation,1981.
2677personnelle .
Les mesures obscurantistes conduisirent les empires vers le déclin,
freinèrent l’épanouissement des pensées académiques et approfondirent les
incompréhensionsmutuellesentrelegouvernantetlepeuple.
Or, la plupart du temps, les attitudes impériales furent favorables à
l’enseignement privé. Durant l’époque des Printemps et des Automnes, il fut
encouragé pour ensuite se populariser rapidement, ceci satisfaisant les
différents groupes sociaux demandeurs de personnes qualifiées au service de
leur lutte politique. L’école Jixia Xuegong, présidée par Henggong du
RoyaumedeQi,futunexemple:degrandssavantsfurentnommésauxpostes
78de grands maîtres respectés comme Zou Yan et Chun Yukun aux postes de
79mandarins supérieurs «Shidaifu» , des traitements privilégiés furent accordés
80au personnel et les activités académiques renforcées . Ceci permit de former
les personnes qualifiées et de transmettre les connaissances. L’enseignement
81privé devint ainsi largement dominant sous les Han de l’Est . Sa prospérité
était liée à la tolérance culturelle, religieuse et académique et à la politique
souple, lors des transformations sociales profondes. Son sort dépendait
largement des décisions des empereurs qui l’encourageaient ou l’oppressaient
selonlesbesoinsdeleurgouvernance.
1.1.2. Leprivéauservicedesclassesdominantes
1.1.2.1. Le privé aidant la genèse de diverses pensées et savoirs
académiques
Lesmaîtresdel’enseignementprivéontcrééleurspropresécoles,transmis
et perfectionné leurs pensées par l’enseignement et les discussions, renforçant
le développement académique. Le confucianisme complété par d’autres
pensées a exercé une profonde influence sur la Chine et le monde entier
pendantplusdedeuxmilleans.
L’enseignement privé antique avait aussi ses propres orientations
académiques, mis à part son but de sélection méritocratique. Le pragmatisme
était moins enraciné dans les mentalités. Confucius instruisit les disciples afin
de réaliser les objectifs de la formation morale, de l’harmonie familiale, de la
bonne gouvernance de l’Etat et de la paix. Mengzi préconisa la bienveillance,
afinqueleshommesapprécientlaprimautédesintérêtspublics,s’efforcentde
sauver le monde et de servir le peuple et soient prêts à se sacrifier à des fins
77 SUNChengze,Chunmingmengyulu,rééditionen1983,Maisond’éditiondeslivresclassiquesàBeijing,
EpoquedeladynastiedesQing,BeijingGujipublishinghouse,1992.
78 XUGan,Zhonglun:wangguo,EpoquedeladynastiedesHan,Beijing:Zhonghuabookscompany,1985.
79 SIMA Qian, Shiji(Les mémoires historiques) : tianjingzhongwan shijia,Beijing; Zhonghua books
company,1982.
80 LINChuili, Xianqinsixuexingqideyaosujiyingxiangfenxi(Facteursdelagenèsedel’enseignement
privéavantladynastiedesQinetanalysedesoninfluence),Journaldel’Institutdessciencesdel’éducation
del’UniversiténormaledelaChinedel’Est,2005,n°5,op.cit.
81 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.31.
27collectives.LeLixue(l’écoleduprincipe)deCheng,sousladynastiedesSong,
lapenséedelacombinaisondelamoralitéetdel’utilitarismedeYeChen,sous
lesSongduSud,leShijing(lesétudessurlesexpérienceshistoriques)deSong
YanwuetYanLi,souslesMing,toutescespenséesfurenttransmisesàtravers
l’enseignement privé comme les Shuyuan, centre de l’enseignement et des
discussions académiques. L’enseignement privé assuma aussi la fonction de
transmission de la culture générale tandis que l’enseignement royal s’orienta
82uniquement vers la sélection . Il forma des hommes compétents ayant une
éthique sociale, favorisant les intérêts collectifs au détriment des droits
individuels,aidantlesempereursdansleurrègne.
Le privé contribua à la culture chinoise basée sur les réflexions
philosophiques et éthiques. Il servit aussi aux sciences et aux technologies.
Déjà, la pensée de Mozi comporta des savoirs scientifiques primitifs sur la
philosophie, l’astronomie, les mathématiques, la physique et le mécanisme,
83indiquant que «l’univers couvre l’est, l’ouest, le nord et le sud» ; durant
deuxmilleans,denombreusesinventionspurentapparaîtrecommelepapier,la
boussole, l’imprimerie, la poudre à fusil. Avec les connaissances scientifiques
antiques chinoises, l’origine occidentale des sciences modernes pourrait être
84miseencause .Néanmoins,l’enseignementtraditionnelprivétransmitsurtout
les pensées confucéennes basées principalement sur l’homme, la société et la
bienveillance.
L’enseignement impérial, situé surtout dans les grandes villes et servant
aux classes nobles ou aristocratiques, ont été détérioré par les guerres
constantestraversantlesdynasties.Leprivéapurésisterauxmutationsgrâceà
son rôle indispensable: des «shidafu» (mandarins intellectuels) en poste y
transmettaient des pensées et des connaissances; des intellectuels libres,
démissionnaires ou non-admis dans la sélection Keju, y donnaient des cours
pour se satisfaire et vivre; les élèves s’instruisaient et se préparaient à la
sélectiondesmandarins.
1.1.2.2. Le privé préparant l’examen d’entrée dans l’administration
(Keju)
La sélection fut pratiquée par les classes dominantes pour obtenir des
85personnes qualifiées répondant aux besoins de leurs dynasties .Les
intellectuels furent aussi influencés par la pensée de Confucius qui dit: «Que
86celui qui excelle dans l'étude exerce une charge» . Cette charge signifie le
82 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.145.
83 MoZi:jingshuoshang(Mozi:exposéducanon)
84 XINGZhaoliang,CongEinsteindelunduandaoNeedhamnanti:congkexuexingtaidejiaodujinxingde
lilunsikao(FromEinstein'sArgumentstoNeedhamThesis——sometheoreticalthoughtsfromtheangleof
theformationofscience),Histoiredessciencessousladiversitéculturelle:collectiondesessaisdela10ème
conférence internationale sur l’histoire des sciences dans l’Asie de l’Est, Shanghai, Université de Jiaotong,
2005.
85 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.129.
86 Lunyu:zizhang(LesEntretiensdeConfucius:Zizhang,n°19),Beijing:Zhonghuabookscompany,1980.
28serviceadministratifàrendreàlasociétéetàl’empereur.Avecceprincipe,la
sélection méritocratique fut établie. Servir l’administration sous-entend
l’honneuràsoi-mêmeetàsesparents,lafortuneetunstatutsocialélevéetle
87pouvoir. Ainsi, de nombreux intellectuels formés au sein du privé furent
attirésparcettevoie.
La sélection par recommandation des intellectuels compétents fut un
catalyseur de la genèse de la sélection par l’examen. En 178 av.J.-C.,
l’empereur Wendi des Han ordonna déjà la recommandation des «shi»
88 89(intellectuelscompétents)pourleservir .AvecDongZhongshu,souslesHan ,
lescontenusdelasélectionfurentcentréssurlespenséesconfucéennes.Selon
uneétudesurl’histoiredesHan,prèsdetroiscents «shi»furentsélectionnés
90comme «Xiaolian» avec plus de 70% issus de l’enseignement privé ,
montrantlerôleduprivédanslasélectiondesmandarins.
Lacombinaisoncausaledel’enseignementetdupouvoiradministratifétait
àl’époqueleseulprocessuspourlamobilitésocialejusqu’en1952,annéeoùle
lien traditionnel entre l’enseignement et les fonctionnaires civils a été coupé
par la nécessité de la cause communiste et la formation des ingénieurs et des
91techniciens .
LefameuxsystèmeKeju,adoptéaprèslesdynastiesdeSongetYuan,parle
Viêt-Nam,leJapon,laCoréeetaffectantlaFranceetlesEtats-Unis,bâtitune
justice méritocratique pour une société hiérarchisée. Il germe sous les Han,
apparaîtsouslesSui,s’établitsouslesTangetestabolien1905,constituantun
outilessentieldanslasélectiondesfonctionnairescivils.
Avant le «Keju», le système de sélection fut héréditaire (par les liens du
sang) et fut pratiqué dans les époques des Xia, Shang et Zhou, écartant les
chances de mobilité ascendante des catégories populaires. En 134 av. J.-C.,
l’empereur WudidesHanautorisachaquecomtéàrecommanderunmandarin
92sous le programme Xiaolian intégré dans le système de recommandation à
travers l’observation (Chaju), système formel, régulier, permanent et
indépendant de la volonté superflue des empereurs. Il exista d’autres
93programmes de sélection comme «Chalian», «Guanglusixing», etc. La
systématisation de la sélection apporta la paix sociale et la stabilité de
l’ascendance,etpermitd’unifierlapolitisationetl’idéologie.Maiscesystème
étant une recommandation par le haut, resta injuste au détriment de la classe
87 WANGBingzhao,2002,op.cit.,p.144.
88 BANGu,Hanshu:wendiji(Livre des Han:l’EmpereurWendi),EpoquedeladynastiedesHan,Beijing:
Zhonghuabookscompany,1962.
89 BANGu,Hanshu:dongzhongshuzhuan(LivredesHan:biographiedeDongZhongshu),Epoquedela
dynastiedesHan,Beijing:Zhonghuabookscompany,1962.
90 HUANG Liuzhu, Qinhan shijin zhidu (Le système de sélection des personnes compétentes sous la
dynastiedesQinetdesHan),Xian,Maisond’éditiondel’UniversitéduNord-OuestdeChine,1985,p.102.
91 LIUJingming,Jiaoyuyushehuifencengjiegoudebianqian:guanyuzhonggaojibeilingzhiyejiecengde
fenxi (L’éducation et les mutations de la stratification : analyse de la classe professionnelle moyenne et
supérieureducolblanc),Journaldel’UniversitéduPeupledeChine,2001,n°1.
92 BAN Gu, Hanshu: wudiji (Livre des Han: Empereur Wudi, volume 6), Beijing: Zhonghua books
company,1962.
93 HUANGLiuzhu,1985,op.cit.,p.198.
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