L'informatique dans l'enseignement de l'histoire et la formation des historiens

Français
489 pages
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Description

Pour la première fois, des historiens (chercheurs et enseignants) et des spécialistes de l'informatique mettent en commun leurs expériences pour déterminer la place de l'outil informatique dans la discipline historique… Ce livre est articulé autour de trois grands thèmes : les premières expériences de l'utilisation de l'ordinateur par les historiens, les applications à la recherche, et celles spécifiques à l'enseignement secondaire et supérieur.

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Date de parution 01 janvier 2001
Nombre de lectures 335
EAN13 9782296162167
Langue Français
Poids de l'ouvrage 12 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L'INFORMATIQUE DANS
L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE
ET LA FORMATION DES HISTORIENSCollection Pratiques en Formation dirigée par
Daniel BERTAUX, Véronique BEDIN,
Catherine DELCROIX et Michel FOURNET
La collection Pratiques en Formation regroupe des
ouvrages qui traitent de l'évolution des différents types de
pratiques sociales, des contextes dans lesquels elles s'inscrivent
et de leurs méthodes d'observation. Les travaux retenus
répondent à trois objectifs majeurs: construire des cadres de
référence appropriés à l'analyse de pratiques contextualisés,
étudier les interactions entre individuelles et
organisationnelles dans des systèmes d'activités différenciés:
formation, travail social, pro fessionnalisation, développement
local; enfin, enrichir les savoirs et pratiques en formation tout
au long de la vie selon une approche pluridisciplinaire.
Déjà parus
Sous la direction de Michel FOURNET et Jean-Louis
MARTIN, La crise: rIsque ou chance pour la
communication?, 1999.
Ahmed CHABCHOUB, Ecole et modernité - En Tunisie et
dans les pays arabes, 2000.Sous la direction de
Jean-François SOULET
Eric CASTEX
L'INFORMATIQUE DANS
L'ENSEIGNEMENT DE L'HISTOIRE
ET LA FORMATION DES HISTORIENS
Actes du Ve colloque national de
l'Association Française pour l'Histoire et l'Informatique
3 & 4 novembre 1998 - Université de Toulouse-Le Mirail
Préface de Robert MARCONIS
Contributions de :
Hugues Alexandre Christine Ducourtieux Stéphane Potdevin
Dominique Allios Nicole Dufoumaud Kathleen Rogiers
Bruno Bonnefoi Jean-Daniel Fekete Gilles Rouet
Adeline Capoulade Patrick Lanneau Alain Ruggiero
Eric Castex Isabelle Mouret Fred Truyen
Martine Cocaud Loïc Piquiot Mireille Vial
Philippe Dautrey Marie-Anne Polo de Beaulieu
L 'Harmattan Inc. L'Harmattan Hongrie L'Harmattan ItaliaL'Harmattan
55, rue Saint-Jacques Hargita u. 3 Via Bava, 375-7, rue de l'École-Polytechnique '
(Qc) CANADAMontréal 1026Budapest 10214Torino75005 Paris
H2Y 1K9 HONGRŒ ITALŒFRANCE@ L'Harmattan, 2001
ISBN: 2-7475-0220-1Présentation du colloque
Jean François SOULET1
Eric CASTEX2
Le présent ouvrage a pour objet de publier les principales
communications du Ve Colloque de l'Association française
pour I 'Histoire et l'Informatique (AHI), consacré à la place de
l'outil informatique dans la discipline historique. En ce sens, ce
Colloque rompt avec les précédents qui ont essentiellement
posé une réflexion sur les outils: des bases de données (<< Base
de données, recherche documentaire multimédia» lIe colloque,
1995, Rennes) au réseau Internet (<< Internet pour l'Histoire »,
IVe colloque, 14 et 15 novembre 1997, Orléans la Source) en
passant par les cédéroms (<< Quels CD-ROMS pour
l'enseignement et la recherche? Nouvelles approches de
l'informatique en histoire », Ille colloque, 8 et 9 novembre
1996, Centre de Recherches Historiques et Juridiques de
l'Université Paris I).
Dans le prolongement du XIIIe Colloque International de
l'Association History and Computing, qui s'est déroulé du 20
au 23 juillet 1998 à Tolède (Espagne), le Colloque de Toulouse
s'attache plus aux implications directes que génère l'utilisation
1 Jean-François SOULET est Professeur d'Histoire à l'Université de
Toulouse-Le Mirail (31) et Responsable du Groupe de Recherche en Histoire
Immédiate dans la même université.
2 Eric CASTEX est Chargé d'Etudes dans le Service de la Formation
Continue de l'Université de Toulouse-Le Mirail (31)et Secrétaire général de
l'Association française pour I 'Histoire et l'Informatique.de l'informatique en Histoire, et ce, aussi bien dans les
établissements supérieurs que secondaires. Dès le départ, les
organisateurs ont choisi de diriger les réflexions dans trois
directions: les premières expériences, les applications à la
recherche et les applications à l'enseignement, qui
correspondent aux trois grandes parties de cet ouvrage. Trois
axes qui posent des questions telles que: Quand et comment
l'ordinateur s'est-il immiscé dans les disciplines historiques?
Comment les historiens ont-ils travaillé et travaillent-ils avec
l'ordinateur? Quel est le niveau de formation des enseignants
et des élèves ou étudiants, du Collège à l'Université? Quelle
formation pour quel enseignement des outils informatiques en
Histoire? Quelles expériences didactiques et méthodologiques
ont-elles été développées autour de I'Histoire et
l'Informatique? ...
Cet ouvrage -à l'image du colloque- ne se veut pas
exhaustif, mais plutôt représentatif des relations entre une
discipline relevant des sciences humaines et l'ordinateur, en
portant un éclairage sur les pratiques de formation,
d'enseignement et de recherche. Enseignants-chercheurs à
l'Université, professeurs du secondaire et doctorants se sont
réunis autour de ces questions afin de présenter des expériences
diverses et ainsi nourrir le débat à la fois didactique et
méthodologique.
On retrouvera dans les trois parties de cet ouvrage les trois
grandes directions données au Colloque:
. Les premières expériences
Cette première partie pose les bases d'une réflexion sur les
rapports entre Histoire et Informatique en rappelant, d'une part,
les premières utilisations de l'ordinateur par les historiens et le
repositionnement de cette discipline face à ce nouvel outil, et,
d'autre part, l'historique de l'ordinateur en bureautique.
8. Applications à la recherche
Afin d'approfondir cette question, trois sous-parties sont
proposées, l'une relative aux logiciels, la deuxième aux
cédéroms, et la dernière à Internet. Très technique, la première
sous-partie aborde la question de l'application à l'histoire de
logiciels utilisés dans des disciplines telles que la biométrie, la
télédétection ou la «lemmatisation ». Suit la présentation de
trois cédéroms et trois sites Web réalisés dans des
circonstances diverses et pour des objectifs variés: mise en
valeur de manuscrits médiévaux de musique, supports
méthodologiques à un doctorat d'histoire sur la poterie du
Moyen-Age, ainsi que sur le dépouillement de lettres de
rémission du XVIe siècle, regroupements de sources, travaux et
références accessibles sur Internet à tous les Médiévistes,
réalisation d'un site Internet pour un Département d'histoire,
ou encore conception d'un outil de production et de diffusion
de textes scientifiques.
. Applications à l'enseignement
L'intérêt de cette partie est triple: elle pose le rôle
pédagogique et didactique de l'outil informatique au collège et
au lycée par le biais de trois initiatives d'enseignants
d'histoire-géographie. Elle expose le problème de
l'informatique dans la formation des historiens et dans
l'enseignement de la discipline historique. Enfin, elle permet la
confrontation entre des expériences réalisées d'une part, dans
le secondaire et d'autre part, dans le supérieur.
Nous avons plaisir à rappeler que l'organisation de ce
colloque a été le fruit d'une étroite collaboration entre une
équipe de recherche, deux associations et un service
universitaire. Le Groupe de Recherche en Histoire Immédiate
(G.R.H.I., UA 1937), qui a été la cheville ouvrière de la
manifestation, anime depuis plus de dix ans une réflexion sur
les problèmes posés par la recherche en histoire très
9contemporaine et s'intéresse à l'application des Nouvelles
Technologies en Sciences Humaines, particulièrement à
l'utilisation de l'ordinateur en Histoire, tant dans le domaine de
la recherche que de l'enseignement. Partenaire à part entière
de l'organisation du colloque, ['Association française pour
['histoire et l'informatique (A.H.I.), branche de
l'Associationfor History and Computing se propose de soutenir
et de développer en France l'intérêt pour l'utilisation de
l'informatique dans tous les domaines de l'histoire, à tous les
niveaux, aussi bien pour l'enseignement que pour la recherche.
[ 'Association des ProfesseursLe second partenaire a été
d'Histoire et de Géographie (A.P.HG.), fondée en 1910 par
quelques professeurs, hommes et femmes de toute la France,
afin d' "étudier les questions relatives à l'enseignement de
l'histoire et de la géographie, grouper tous les renseignements
utiles pour la bonne organisation matérielle de cet
enseignement, défendre la liberté pédagogique et morale de ses
membres". L'association a posé, depuis 1979, dans le cadre
d'une de ses commissions (Commission technique
d'information et de communication de l'enseignement, TICE),
une réflexion de fond sur les différentes applications de
l'Informatique en Sciences Humaines. Enfin, un troisième
partenaire a étroitement œuvré à la réussite du colloque, le
Service de [a Formation Continue de l'Université de
ToulouseLe Mirail, très préoccupé par la Formation et le monde de la
Recherche.
10Préface
Propos d'un... géographe
Robert MARCONIS3
Professeur des Universités de Géographie
Université de Toulouse -Le Mirail
VèmeCe colloque national de l'Association «Histoire et
Informatique» permet de mesurer le chemin parcouru en
moins d'une décennie. D'abord réservé à quelques « initiés »,
l'outil informatique, comme toute innovation, a suscité des
réactions contradictoires. A l'enthousiasme militant des uns
répondait le scepticisme, voire une certaine condescendance de
beaucoup. Force est de constater que sa démocratisation, allant
de pair avec les progrès d'une micro-informatique devenue
personnelle et plus conviviale, a fini par imposer un débat de
fond à ceux qui redoutaient les chemins d'une «modernité»
pouvant remettre en question l'ordre établi. C'est-à-dire l'ordre
des « disciplines» d'enseignement et de recherche, et donc,
audelà, les hommes et hiérarchies institutionnelles qui en
contrôlaient l'organisation et le développement. Comme c'est
le cas dans toutes les sciences sociales, l'irruption de nouveaux
« outils », leur séduction et la diversité de leurs applications
suscitent en Histoire des interrogations qui dépassent le strict
domaine de la «technique ». C'est une invitation à une
réflexion épistémologique renouvelée, puisque ces outils
3 Robert MARCONIS est Professeur des Universités de Géographie à
l'Université de Toulouse-Le Mirai! (31), et Président de l'Association des
Professeurs d'Histoire et Géographie.finissent par remettre en question problématiques et
méthodologies, qu'il s'agisse de la recherche scientifique ou de
l'enseignement.
Qu'il soit permis à un géographe, qui a toujours milité pour
le maintien de liens étroits entre la Géographie et I'Histoire, de
proposer quelques pistes pour cette réflexion. En effet, depuis
un quart de siècle, largement induites par l'utilisation et la
généralisation des outils informatiques, les questions que se
posent aujourd'hui les Historiens ont provoqué dans la
géographie française, de vigoureuses controverses. On aurait
tort de n'en retenir que la vivacité, voire les excès, pour les
assimiler à des querelles de «chapelles» ou de personnes.
Peut-être confrontés plus tôt aux mutations du monde actuel et
à celles des outils qui permettent d'en rendre compte, les
géographes ont eu à débattre de problèmes majeurs qui
concernent désormais la production de la recherche historique,
la diffusion de ses résultats auprès du grand public, des élèves
et des étudiants.
Il Y a sans doute là matière à un dialogue constructif entre
nos deux disciplines, ce qui serait renouer avec une riche
tradition. Si les géographes ont beaucoup appris de 1'Histoire,
au point d'en juger parfois la tutelle excessive4, n'oublions pas
qu'ils ont aussi largement contribué au renouvellement des
interrogations et des méthodes de celle-ci; il suffit pour s'en
convaincre de relire quelques pages de Marc BLOCH, de
Lucien FEBVRE ou de Fernand BRAUDEL. Par la suite, les
deux disciplines ont connu des évolutions plus divergentes,
conduisant à une cohabitation plus institutionnelle que
scientifique. Si l'on excepte quelques conflits de préséance,
c'est dans une certaine indifférence, respectant une autonomie
de plus en plus grande des conjoints, que ce «couple»
spécifiquement français, s'est maintenu, surtout par la nécessité
de former pour l'enseignement secondaire des professeurs
4 R. Marconis, Introduction à la géographie, Coll. U, Armand Colin, 1995,
220 pages.
12également compétents en histoire et en géographie. Les
discussions autour de l'informatique sont peut être une belle
occasion de renouer entre les deux disciplines des liens plus
étroits.
La Géographie et le défi de l'informatique
Formés au moule des «humanités classiques », dans une
discipline rattachée à ce titre aux Universités de Lettres et
Sciences Humaines, les géographes français ont ignoré ou
boudé des techniques et des méthodes pourtant familières,
depuis longtemps, à leurs collègues allemands ou
anglosaxons. Soucieux de mesures, d'analyses spatiales fondées sur
une utilisation intensive des traitements statistiques, en quête
de modèles théoriques, ces derniers ont été des pionniers dans
l'utilisation de l'informatique: mieux formés dans le domaine
des mathématiques ou dans celui des sciences dites « dures »,
ils n'avaient pas le handicap de nombreux géographes français
mal préparés dans leurs études universitaires essentiellement
« littéraires» à la «révolution culturelle» qu'ils viennent de
vivre en moins d'un quart de siècle.
Privilégiant l'observation et la pratique du terrain, plus
soucieux du «concret» que de constructions théoriques, le
géographe français a longtemps privilégié dans ses recherches
la collecte du plus grand nombre de «données» sur un
territoire particulier. Travail long et souvent fastidieux,
supposant des compétences techniques variées, cette quête se
révélait très complexe puisque concernant des phénomènes qui
renvoyaient à de processus naturels (la géographie
«physique ») et à de multiples faits sociaux d'occupation de
l'espace (la géographie humaine, économique, sociale...).
Hétérogénéité des sources, difficulté à mesurer et à quantifier
ce que l'observation ou l'intuition suggérait, tout cela peut
nous sembler rétrospectivement avoir été traité avec un
outillage, qui pour être astucieux, s'apparentait souvent à du
13bricolage scientifique. Gardons-nous cependant de tout
jugement hâtif: ce travail d'artisan, préalable à toute typologie
et à l'édification d'une géographie générale, fut la matière de
véritables chefs d'œuvre, d'études «régionales» qui ont assuré
la renommée internationale de l'École française de géographie.
Il y a là, pour l'historien d'aujourd'hui, un matériau
exceptionnel pour une histoire contemporaine soucieuse
d'investir tous les domaines de la vie sociale.
Cette façon de « construire» le savoir géographique, cette
priorité accordée à la collecte de l'information a parfois donné
une image caricaturale de la discipline réduite souvent, dans
son enseignement, à de fastidieux inventaires ou à la
mémorisation de nomenclatures. Il n'en était pourtant rien, si
l'on veut bien relire les textes fondateurs, toujours soucieux
« d'expliquer» une réalité complexe où se mêlent étroitement
nature et culture.
Mais ce temps n'est plus. L'information est aujourd'hui
abondante, beaucoup trop parfois, et presque systématiquement
fournie à partir de bases de données complexes construites à
partir de sources multiples, qu'il s'agisse de l'observation de la
terre par les satellites, ce qui permet de transformer ensuite les
données chiffrées en « images », des fichiers alimentés et gérés
par de grands organismes publics ou privés... Reste cependant
posée une question cruciale, celle des conditions d'accès à ces
bases de données. Faut-il rappeler, en effet, qu'elles sont
souvent verrouillées, car jugées «stratégiques» par leurs
détenteurs, ou, quand elles sont utilisables, cela ne peut se faire
qu'à un coût souvent sans commune mesure avec les moyens
dont peut disposer un chercheur universitaire, même intégré
dans une équipe dotée de quelques ressources budgétaires! Ce
problème ne peut être ignoré par les historiens, car
progressivement enrichis, ces extraordinaires gisements
d'informations deviendront, à brève échéance, une source
essentielle pour leurs travaux. Mais la richesse de telles sources
dont nos aînés n'osaient même pas rêver - nos aînés, ... il y a
14trente ans à peine! - ne saurait nous faire oublier ce qui fait
leur spécificité. Elles ne rendent généralement compte que de
réalités naturelles ou sociales « quantifiables» : si beaucoup le
sont, et de plus en plus, d'autres, pourtant essentielles - dans le
domaines des mentalités, des « représentations». ..- échappent
à toute mesure sérieuse. Le géographe aujourd'hui, ne saurait
donc renoncer au travail de terrain, qui peut seul prendre en
compte ces éléments « qualitatifs ». Demain, l'historien devra
aussi se méfier et ne pas céder complètement à la fascination
d'une lecture de notre présent, trop exclusivement fondée sur
des données mesurées, sous peine de succomber à « l'illusion
quantitative» que dénonçait, dès 1972, le grand géographe
français Pierre GEORGEs.
De nouveaux horizons pour la recherche et
l'enseignement
Sans ignorer ces difficultés, le géographe peut donc espérer
disposer d'une masse considérable de données de qualité sur
les territoires qu'il étudie. Des généralement
collectées, fournies et stockées par d'autres, avec des moyens
puissants sans commune mesure avec ceux dont il dispose, et
souvent en fonction de préoccupations qui ne sont pas celles de
sa recherche. Pour le géographe, il serait vain de rivaliser sur
ce terrain avec ses outils qui sembleraient vite dérisoires: sa
priorité n'est plus aujourd'hui la collecte des données, mais
leur traitement... ce qui change tout. Il se voit ainsi contraint
de renoncer à ce qui fut longtemps sa démarche. Désormais son
travail est guidé par des problématiques qu'il convient
d'élaborer avec soin, d'expliciter, alors que précédemment
elles étaient presque toujours relativement floues, implicites ou
intuitives, tributaires d'observations empiriques ou de
5 P. George, «L'illusion quantitative en géographie», dans La Pensée
géographique contemporaine, Mélanges offerts à André Meynier, Presses
Universitaires de Bretagne, 1972.
15l'éventail des données collectées et recoupées de façon
artisanale.
L'empirisme ne s'impose plus pour construire le savoir, et
l'ont doit s'interroger sur sa pertinence dans l'enseignement et
les pratiques pédagogiques. Faut-il le regretter si l'on admet
que l'absence de fondements théoriques solides et des
méthodologies mal assurées, souvent faites d'emprunts à
d'autres disciplines, ont longtemps contribué à brouiller pour
les élèves et le grand public l'identité de la géographie.
Seraitce caricaturer si l'on disait que le géographe cultivant
l'intuition, finissait, lorsqu'il était doué, par nous proposer des
explications concernant l'organisation de l'espace, sans avoir
pris la peine de formuler au préalable quelques questions
claires qui avaient guidé ses recherches? Or, comment
« interroger» aujourd'hui une base de données sans avoir
défini une problématique, émis quelques hypothèses et décidé
d'une méthodologie? On comprend ainsi la place qu'occupe
aujourd'hui la réflexion sur la modélisation dans la démarche
géographique: «représentation formalisée et épurée du réel
ou d'un système de relations... le modèle est un "construit" qui
passe par la simplification l'abstraction: il peut avoir pour
buts l'action, la prédiction ou l'explication »6. L'observation et
la réflexion théorique permettent par exemple de construire des
« modèles» explicatifs généraux, dont la validité peut être
testée par le traitement informatique d'une masse importante de
données. Mais l'analyse rigoureuse de ces mêmes données peut
également conduire à la construction de modèles qui
s'efforcent de représenter la structure d'un système (une ville,
une contrée, un réseau...) et d'en expliquer le fonctionnement
et l'évolution, en identifiant les éléments qui le composent, leur
hiérarchie, les flux qui les unissent...
Qu'il s'agisse de recherche ou d'enseignement, cette
démarche hypothético-déductive, s'opposant à nos traditions
6 R. Brunet et al., Les mots de la Géographie, Reclus, La Documentation
française, 1992.
16empiriques et inductives, s'impose progressivement; cela ne
va pas sans susciter débats et controverses. S'y plier sans
réserve, n'est-ce pas éliminer du champ de nos explications ce
qu'il y a de contingent, la part de hasard ou d'imprévisible dans
la façon dont les sociétés organisent et gèrent leurs territoires?
N'est-ce pas courir le risque de laisser dans l'ombre bien des
phénomènes négligés par les bases de données, faute d'être
quantifiables - ou quantifiés -, ce qu'évitait naguère la
fréquentation et l'observation directe du «terrain» ? Mais y
renoncer, c'est-à-dire renoncer à trouver un certain ordre,
certaines logiques dans l'organisation de l'espace
géographique, conduirait, comme hier, à «picorer» dans le
désordre des bribes d'informations privilégiant souvent des
situations exceptionnelles, négligeant des phénomènes majeurs
pour s'attacher plutôt à l'exception, voire à l'exceptionnel,
c'est-à-dire aux «curiosités» ou aux spécificités locales ou
régionales. Les nouveaux outils dont nous disposons désormais
n'excluent pas cette tentation: tous ceux qui se laissent griser
en «surfant sur le Net» d'un site à l'autre, guidés par leur
seule fantaisie, ne peuvent l'ignorer. Cédant à la fascination de
nouveaux outils d'analyse, ils courent le risque de retomber
dans les errements d'une démarche dépourvue de toute rigueur
scientifique et soumise à toutes les manipulations. On imagine
à quels excès pourraient conduire de telles pratiques dans
l'enseignement, avec des élèves livrés à eux-mêmes pour
constituer un « dossier» sur un thème particulier. Les résultats
de ce travail « autonome », jouant adroitement sur le «
coupercoller» seraient sans doute beaucoup plus catastrophiques et
souvent plus dangereuses que les compilations de la mauvaise
géographie-inventaire d'antan, dont on a dénoncé à juste titre
l'inutilité et l'absence de vertu formatrice. N'oublions pas, en
effet, que nos « données », majoritairement informatisées, sont
de plus en plus des « représentations» de l'espace
géographique, qu'il faut utiliser avec la plus extrême vigilance.
Car ces représentations certes variées sont toujours sélectives,
qu'elles s'expriment par des chiffres, des cartes ou des images;
en très grand nombre, elles relèvent aujourd'hui de stratégies
17de marketing territorial développées par des États, des
collectivités territoriales, d'organisations politiques ou
d'entreprises.
Des questions voisines pour l'Histoire
Pour les historiens de l'immédiat ou du temps présent, le
débat est désormais ouvert: ils ont à traiter des informations,
stockées, codées, triées, dès qu'elles ont été collectées, dans
des bases de données informatiques par des administrations,
des entreprises publiques ou privées... Comment y accéder, les
conserver, les rendre accessibles... Quel crédit leur accorder?
Comment les compléter par d'autres données qui n'ayant pas
bénéficié d'un tel traitement, risquent d'échapper à une
investigation aussi rationnelle ou appellent des traitements
spécifiques (banques d'images, archives sonores...) Quelles
méthodes mettre en œuvre pour les exploiter et les confronter,
selon des problématiques historiques qui n'étaient pas celles de
leurs concepteurs?
Pour les historiens travaillant sur des périodes, plus
anciennes, d'autres questions se posent, en particulier celle du
traitement des fonds d'archives préalable à leur exploitation
avec les nouveaux outils informatiques. Que choisir dans la
masse des données disponibles? Quelles séries statistiques
reconstituer et stocker? Quels documents numériser et rendre
accessibles sur divers supports, y compris « en ligne» ? Certes,
ces matériaux sont connus, mais « retravaillés» en fonction des
nouvelles technologies, ils vont ouvrir de nouvelles
perspectives d'exploitation -statistique, graphique,
cartographique.. .-, comme en témoignent déjà les
communications présentées dans ce colloque. C'est à brève
échéance, tout le travail de I'historien qui va se trouver
fondamentalement modifié: au-delà de méthodologies
nouvelles, commencent à émerger de nouvelles
problématiques. Et dans ce contexte, il faudra rapidement
18repenser l'enseignement de la discipline tant dans ses contenus
que dans ses méthodes.
Le « territoire de l'historien », comme celui du géographe,
se trouve ainsi radicalement modifié par la révolution
informatique. A l'évidence, nous entrons dans une période où
nos disciplines ne peuvent faire l'économie d'une profonde
réflexion épistémologique et méthodologique. Mais dépassant
le cadre de la recherche scientifique et de l'enseignement,
relevant à l'évidence d'un vrai débat politique et civique, il faut
affronter une question lancinante: celle du choix et du contrôle
des informations qui sont et seront traitées pour constituer,
dans une perspective d'utilisation avec des outils
informatiques, la matière première de la recherche
scientifique? Dans la masse des documents d'archives
publiques ou privées, comment sélectionner ceux qui entreront
progressivement dans un réseau de banques de données
accessibles à tous? Quels sont ceux qui seront réservés à
quelques utilisateurs «privilégiés»? Qui en décidera? Au
nom de quels principes? Car tout cela a un coût et n'échappe
pas aux stratégies de marchés et de pouvoirs, dont on sait
combien elles sont attentives à la maîtrise de l'information sur
les hommes, leur présent et leur passé, sur les lieux aussi.
19Ouverture du colloque et introduction
L'informatique dans
l'enseignement de l'histoire
et la formation des historiens
René SOURIAC7
Professeur des Universités d'Histoire
Université de Toulouse-Le Mirail
L'Association pour I'Histoire et l'Informatique organise à
Toulouse son cinquième Colloque National. Vice-Président de
l'Université de Toulouse-Ie-Mirail et professeur d'histoire dans
cette même université, j'ai plaisir à accueillir l'ensemble des
intervenants et participants de ce colloque, et à remercier les
organisateurs de cette manifestation qui promet d'être riche et
féconde.
Nous voici, en effet, définitivement dans le monde de
l'Internet, des Cédéroms, des bases de données et autres
logiciels dérivés de l'application de l'informatique à la vie de
la planète. Depuis de nombreuses années déjà, les historiens
ont été sensibilisés aux évolutions que les technologies de
l'information et de la communication risquaient d'entraîner
dans leur propre discipline. L'historien est le spécialiste du
temps: le temps de I'histoire est sans doute en train de
s'accélérer une nouvelle fois grâce aux prodigieuses capacités
7 René SOURIAC est Professeur des Universités d'Histoire à l'Université de
Toulouse-Le Mirail (31), et Vice-Président du Conseil d'Administration de la
même université.des machines susceptibles d'accumuler des informations et de
les diffuser dans des délais de plus en plus brefs.
L'encyclopédisme qui marque notre civilisation occidentale,
qui s'est trouvé une première fois fortement propulsée de
l'avant à l'époque de l'imprimerie naissante et de
l'Humanisme, pourrait connaître aujourd'hui la plus
fantastique rampe de lancement que l'Humanité ait jamais
vécu. Cet encyclopédisme peut-il être notre avenir culturel?
Il me semble que dans la volonté de l'association qui
patronne ce colloque, de faire le point sur les avancées et les
moyens dont dispose aujourd'hui la discipline dans ce
domaine, il y a cette question: où se situer par rapport au flot
d'informations utilisables, comment y accéder, et surtout
comment s'en servir pour faire de la recherche et de la
formation? Les thèmes retenus pour ces journées de travail
sont, à cet effet, aussi variés que des informations sur les outils,
I'historique de leur développement et de leur usage, des prises
en considération d'expériences diverses, cherchant à évaluer
les possibilités que donnent les différents procédés de
traitement de l'information. Le programme est riche, il est
informatif, mais il est également réflexif, dans le sens où sont
posées des questions d'ordre épistémologique sur les rapports
entre l'histoire et l'informatique. Et sans déflorer plus avant le
contenu des travaux, vous me permettrez d'avancer deux
approches qui me viennent souvent à l'esprit quand il s'agit de
nouvelles technologies - elles ne le sont plus ni dans les faits ni
dans les textes puisqu'il s'agit aujourd'hui des TICE
(Technologies de l'Information et de la Communication pour
l'Enseignement). La première réflexion est ancienne
puisqu'elle découle de la lecture d'un ouvrage de Michel de
CERTEAU8, paru en 1975, c'est-à-dire au moment où on
commençait à peine à parler dans nos disciplines de
l'introduction de l'informatique et de l'ordinateur dans les
méthodes de la recherche. Ce livre c'est L'Ecriture de
8
Michel de Certeau, L'Ecriture de 1'Histoire, 1975.
22I 'Histoire, livre assez compliqué mais qui permettait quand
même de voir où en était la réflexion épistémologique à cette
époque-là. Michel de CERTEAU constatait que l'usage de
l'ordinateur allait transformer profondément les démarches des
historiens. Je ne sais pas trop où nous en sommes aujourd'hui
mais je pense quand même qu'il avait tout à fait raison car,
finalement, l'informatique et l'usage de l'ordinateur devaient
changer certaines des procédures, nécessiter en particulier, et
c'était ce qu'il soulignait, un questionnement et une série
d'hypothèses pour construire l'objet de la recherche beaucoup
plus affinés que ce que l'on pouvait faire auparavant; car la
mise en oeuvre de la documentation et la mise en oeuvre par de
nouveaux outils de cette exigent de I'historien
qu'il sache où il veut aller dans le domaine de la recherche. Et
Michel de CERTEAU souhaitait en quelque sorte un effort de
rationalisation dans notre discipline, et en soulignait
l' importance.
La deuxième réflexion est d'ordre beaucoup plus récent
puisqu'elle est liée à l'organisation au printemps 1998, dans
cette université même, de journées consacrées au Multimédia.
Ces journées, qui s'efforçaient de faire le point sur ce que
l'ensemble de l'Université était déjà en train de faire sur le plan
du Multimédia, ont mis en évidence d'une part
qu'effectivement il y avait beaucoup de choses déjà qui se
faisaient ici, mais d'autre part et surtout, la prodigieuse
capacité des technologies de la communication à mobiliser les
savoirs, à mobiliser les informations. Mais nous sommes
universitaires: évidemment il faut bien qu'information et
formation marchent ensemble, mais ce n'est pas exactement la
même chose. Et, dans la présentation des productions qui
avaient été données pendant cette semaine-là, ont été définies
des prises de position ou des considérations qui pouvaient
apparaître très opposées mais qui peut-être ne le sont pas
complètement. Pour les uns, par exemple, à travers cette
profusion d'informations, émerge l'idée que c'est à chacun,
avec l'outil, de construire son cheminement, pour arriver en
23bout de compte, à travers la multiplicité des informations, à
structurer son savoir: l'exemple en avait été pris à travers
l'analyse d'une oeuvre d'art; effectivement une oeuvre d'art
cela signifie et cela peut signifier beaucoup d'approches
possibles et peut-être pas un parcours très schématique. A
l'opposé, des scientifiques sont venus aussi présenter leur
utilisation de l'informatique dans l'enseignement et on trouve
ici quelque chose de tout à fait différent: un parcours
parfaitement balisé à travers la multitude des informations.
C'était un cours de physique qui nous a été présenté, pour
aboutir auprès des étudiants à ce que l'enseignement et la
structuration de cet enseignement soient faits. Alors nous
sommes confrontés à une question didactique essentielle et je
pense qu'elle est au cœur des débats impulsés par ce colloque.
L'enseignement supérieur a pour finalité d'amener les
étudiants à maîtriser les savoirs. Les outils sont évidemment
essentiels et sont d'une très grande utilité; mais la question
demeurera toujours d'articuler l'usage des outils et les savoirs
eux-mêmes qu'il faut constituer, et je suis sûr que ce colloque
nous conduira tous vers une meilleure approche de ce qui est
essentiel, c'est-à-dire en fin de compte, la formation des
étudiants auxquels nous sommes tous adonnés.
24I. LES PREMIERES EXPERIENCESA propos des premières utilisations
des ordinateurs par les historiens -1960/1975
Alain RUGGIER09
Introduction
Le recours à l'informatique a-t-il été un élément
déterminant de la modification de nos approches et de nos
pratiques dans le domaine de la recherche historique? De nos
jours, peu de chercheurs se passent de l'utilisation d'un
microordinateur, souvent portable et l'expression courante
globalisante et simplificatrice utilise le mot «informatique»
pour désigner même ce qui correspond dans certains cas à une
utilisation d'un traitement de textes grâce à un
microordinateur. Les problèmes de mise en forme de l'exercice
académique que représente un mémoire ou plus encore d'une
thèse ne sont certes pas négligeables et au cours d'un de nos
précédents colloques, Giulio ROMERO PASSERIN
D'ENTREVES avait présenté une série de remarques autour de
l'interrogation: une thèse 100% informatique est-elle
possible?lO qui montrait bien l'importance du traitement de
textes dans notre travail quotidien. Il ne s'agit donc pas pour
moi de nier la place grandissante que tient dans notre façon de
9 Maître de conférencesen histoire contemporaine,Départementd'histoire,
Université de Nice-Sophia Antipolis.
10
Giulio Romero Passerin d'Entreves, « La thèse, l'historien et l'ordinateur.
Une thèse 100 % informatique est-elle possible? », Actes du Deuxième
Colloque National de l'Association Française pour l 'Histoire et
l'Informatique, Nice, 12 et 13 juin 1995, Cahiers de la Méditerranée n° 53,
Décembre 1996, pages 199-209.travailler l'utilisation de traitement de textes. Cet usage
«primaire» d'un micro-ordinateur va certainement au-delà
d'un simple transfert des intervenants et des supports
nécessaires à la mise en forme, à la mise en page d'un texte
présentant les résultats d'une recherche; ceux qui pratiquent cet
exercice depuis longtemps savent bien que ce n'est pas la
même chose de rédiger un texte manuscrit, se présentant
définitivement d'une façon telle que la personne chargée de
dactylographier et de mettre en forme le texte puisse ne pas
avoir d'hésitation ou au contraire de rédiger dès l'origine du
travail un texte d'abord brouillon qui se complète peu à peu
avant de devenir sans autre intervention que celle de l'auteur
(relecture exceptée) le texte qui sera présenté ou jury ou au
comité de rédaction de la revue auquel il est destiné. Sans
doute ce travail de plus en plus individualisé a-t-il évolué, sans
doute aussi n'écrivons nous pas de la même façon dans les
deux cas, au point que ceux qui sont venus tardivement au
traitement de textes avouent souvent ne saisir le texte que
lorsqu'il se présente aussi achevé que dans la version qui était
précédemment fournie à la personne chargée de le
dactylographier. L'analyse des modifications du contenu même
des textes que peut provoquer l'écriture directe sur fichier
pourrait faire l'objet d'étude... mais ne concerne que l'examen
de la seule mise en forme.
De façon plus fondamentale, en effet, le recours plus
minoritaire à l'ordinateur pour l'essence même de la recherche
a dû exercer, a exercé, une influence sur la façon dont on écrit
en histoire comme dans d'autres disciplines.
Une des premières utilisations qui a été faite reposait sur
l'exploitation de la documentation chiffrée existante; certes
cela faisait longtemps que les historiens utilisaient des chiffres,
mais l'ordinateur par sa capacité de calcul donnait une autre
dimension aux études possibles. A cette époque (c'est-à-dire
les années soixante) il faut se rappeler que les calculs
représentaient une difficulté redoutable dans notre discipline
28comme dans les autres d'ailleurs. La journée de location d'une
machine à calculer permettant de faire les quatre opérations en
1970 se montait encore à 200, 250 francs dans une ville de
province, ce qui, comparé aux salaires moyens en représentait
une fraction non négligeable. Dans ces conditions les calculs
manuels restaient la règle, parfois complétés par le recours aux
règles à calculs et autres auxiliaires... Et pourtant le recours
aux informations numériques participait à une des évolutions
importantes de notre discipline dans un grand mouvement
hérité du marxisme, qui mettait au centre de nos
préoccupations le social et donc l'économique. Une autre façon
d'illustrer les conditions de travail des chercheurs des années
1967-70 est de signaler que les investissements lourds de
certains laboratoires en Sciences Humaines étaient composés
d'une caisse enregistreuse, mécanique ou électromécanique qui
permettait, selon un calendrier répartissant le temps
d'utilisation de la machine entre les chercheurs, de procéder
aux séries de calculs dont ils avaient besoin...
A tous les chercheurs engagés dans cette voie, les progrès
de l'électronique allaient apporter progressivement la
possibilité de travailler sur des ensembles documentaires de
plus en plus vastes. L'accès aux ordinateurs des grands centres
de calcul a d'ailleurs précédé la généralisation à des prix de
plus en plus bas des calculatrices à piles qui, à la fin des années
70, ont permis de s'affranchir des caisses enregistreuses,
beaucoup plus lentes.
Cet accès aux ordinateurs ne pouvait se faire compte tenu
du coût de l'heure d'utilisation qui était encore de l'ordre de
2000 à 2500 francs au début des années 70 que par
l'intermédiaire, la médiation de divers intervenants: un
laboratoire de rattachement qui avait réussi à obtenir des
subventions essentiellement en heures d'utilisation des
machines et surtout la participation du personnel d'un centre de
calcul à l'élaboration du programme d'utilisation de chaque
précieuse minute... Parallèlement, les laboratoires de recherche
29tels que celui de la VIe section de l'Ecole Pratique, bientôt
devenue EHESS ou encore ceux du CNRS disposaient d'une
conjonction particulièrement favorable: accès plus facile aux
machines, proximité de spécialistes informaticiens,
regroupement de chercheurs pouvant échanger idées et projets.
Aussi n'est-il pas étonnant que dans ces conditions les
premières réalisations d'études s'appuyant sur la capacité de
calculs des gros ordinateurs soient venues de ces équipes. Les
grandes étapes de ces avancées sont retracées notamment dans
l'introduction de l'ouvrage de Jean Luc PINOL et d'André
ZYSBERG, Le métier d'historien avec un ordinateur (1995)
ou encore dans le rapport de Jean-Philippe GENET publié dans
le bulletin de l'EPI en 1988, et puisqu'elles relèvent d'un
domaine connu, plus qu'un historique, les lignes qui suivent
s'attachent davantage à souligner ce que ces premiers usages
ont entraîné comme modifications des pratiques dans notre
discipline.
On peut schématiquement regrouper les apports essentiels
de l'utilisation de l'ordinateur selon quatre registres
principaux: le traitement en masse de l'information, le recours
à des spécialistes d'autres disciplines, les modifications dans
l'ordonnancement des étapes d'une recherche et, conséquence
des registres précédents, la modification du statut du
documentll .
II Procédant à une rétrospective de même type en 1991, José Iguarta orientait
sa réflexion dans cinq directions assez sensiblement différentes: la
comparaison des recherches à l'aide d'un ordinateur et des recherches
manuelles (et il proposait un intéressant tableau des étapes selon les
méthodes utilisées), le coût des recherches ayant recours à un ordinateur (y
compris le coût en temps), les dangers inhérents à l'usage de l'ordinateur et la
marche progressive vers davantage de souplesse dans la conception des bases
et la présentation des données: José Iguarta, «The computer and the
historian work », History and Computing, vol. 3, n° 2, 1991, pages 73-83.
30I-Le traitement en masse d'informations
C'est cet aspect qui avait d'abord attiré les historiens: en
effet la possibilité de traiter en nombre des informations ne
pouvait que changer à la fois la nature des questionnements que
le chercheur pouvait avoir à l'égard de sa documentation et lui
offrir des exploitations plus fines pour analyser des structures
(des fortunes, des mutations de biens par exemple) ou pouvoir
traiter dans une continuité chronologique, ce qui ne faisait que
l'objet de quelques «arrêts sur images» souvent illustratifs,
mais qui pouvaient correspondre à des années exceptionnelles.
Il faut préciser cependant que, dans cette perspective, l'accès
des chercheurs aux possibilités techniques nouvelles est resté
longtemps très inégal et correspondait aux possibilités des
centres de recherches auxquels ils étaient rattachés: chaque
article relatant une expérience pour ne pas dire une
expérimentation comporte ainsi la mention de l'organisme
financeur et du centre de calcul qui avaient permis d'utiliser
cette technique coûteuse. C'est ainsi que sont remerciés aussi
bien le CNRS que l'université du Wisconsin, co-responsables
12
ou encore ledes recherches menées sur le catasto florentin
Centre Européen de Traitement de l'Information Scientifique
dépendant de l'Euratom qui a permis de réaliser l'une des
premières études menées par des historiens avec un ordinateur,
étude décrite dans un numéro des Annales remontant à 196113.
Au début, les méthodes utilisées ne se distinguent pas toujours
nettement de la mécanographie, technique ancienne pour
laquelle quelques services de l'Etat avaient une expérience
largement maîtrisée, ceux de l'I.N.S.E.E. notamment qui, bien
12Christiane Klapisch et Michel Demonet, «a uno pane e uno vino », la
famille rurale toscane au début du XVe siècle », Annales E.S.C., n° 4-5,
Juillet-Octobre 1972, pages 873-901.
13Jean-Claude Gardin et Paul Garelli, « Etude des établissements assyriens
en Cappadoce par ordinateurs», Annales E.S.C., n° 5, Septembre-Octobre
1961, pages 837-876 ; Cet article montre déjà un lien entre branches de la
mathématique (théorie des graphes) et recherches en sciences humaines, mais
sur ce point, les points de rencontre entre méthodes mathématiques et
recherches historiques ne sont pas très nombreux.
31avant les spécialistes des Sciences Humaines passent
progressivement des batteries de trieuses à cartes perforées aux
premiers ordinateurs utilisés en 1962 pour le recensement
14.industriel et le recensementde la population
L'exemple des programmes de recherches menées par les
équipes du Centre de Recherches Historiques montre que
progressivement l'ordinateur prend une place de plus en plus
grande en tant qu'outil de traitement de données nombreuses.
L'illustration en est donnée par les célèbres enquêtes
collectives lancées au Centre de Recherches Historiques de
l'EHESS entre 1965 et 1970. En effet 5 sur 10 des enquêtes
menées sont dans ce cas: le dépouillement au 1/10 des
recensements militaires de 1868, 1887 et 190615,la constitution
d'une banque de données à partir des 200 volumes de la
Statistique Générale de la France, les recherches sur les loyers
parisiens du XVe au XVIIIe siècles, le dépouillement des
registres de commande des livres de la Bibliothèque royale et
l'exploitation des données météorologique des archives Vicq
d'Azir. Il s'agit là d'un cas exceptionnel en raison de la
concentration de chercheurs et de moyens dans le plus grand
centre de recherche historique en France. Les proportions
restent différentes si on examine les programmes des centres de
recherches provinciaux, qui, il est vrai reposent dans la plupart
des cas davantage sur des recherches plus individuelles. Par
ses liens privilégiés avec la VIe section de l'Ecole Pratique des
Hautes Etudes, puis l'EHESS, le Centre d'Histoire
Quantitative de Caen est un peu à part parmi ces centres
provinciaux dont l'existence a permis à des chercheurs comme
Jean-Pierre BARDET d'accéder à des capacités de calculs
indispensables pour travailler sur la population d'un ensemble
urbain tel que Rouen:
14Alain Desrosières, Jacques Mairesse et Michel VoIle, « Les temps forts de
la statistique française depuis un siècle », Pour une Histoire de la Statistique,
Paris, I.N.S.E.E.-Economica, page 516.
15Lutz Raphael, « Le Centre de Recherches historiques de 1949 à 1975 »,
Cahiers du Centre de Recherches Historiques, Avril 1993, n° 10, page 60.
32« Au stade actuel de la connaissance, il est indispensable
d'accepter le défi que nous lancent les énormes documentations
urbaines, c'est l'unique façon de progresser. L'ordinateur rend
tout à fait possible le maniement de ces données gigantesques..
Il permet non seulement les calculs qu'on effectuait
traditionnellement, il autorise aussi d'indispensables mises en
matrice de renseignements multiples, il accepte même, et c'est
récent, de dresser les cartes automatiquement »16. Ces
remarques datent de 1973 et elles sont suivies en 1974 du
constat que «l'aide du Centre de Recherches d'histoire
quantitative a permis de mener dans les meilleurs délais une
collecte aussi importante: elle aboutit aujourd'hui à plus de
50000 fiches perforées qui sont en cours de traitement »17.
L'année suivante d'autres enquêtes qui utilisaient le nouvel
outil informatique sont programmées, dont celle menée par
Claude QUETEL exploitant les archives de l'asile du Bon
Secours de Caen grâce au langage de programmation
FORCOD C de Marcel Couturier, autre illustration des liens
unissant le C.R.H.Q. de Caen et de le C.R.H. de l'Ecole des
Hautes Etudes.
Ce traitement en masse d'informations était attendu par les
chercheurs qui pouvaient ainsi sortir du cadre somme toute
restrictif des monographies de communes de petites
dimensions: le cas de la démographie historique qui s'empare
à partir du milieu des années soixante-dix de l'outil
informatique est révélateur. Enfin comme le soulignait
JeanPierre BARDET dans l'exposé déjà cité de son programme de
recherche de la population rouennaise, les chercheurs
s'intéressant aux milieux urbains pouvaient espérer traiter des
dizaines de milliers d'informations. Néanmoins, le coût de
16« Espace et Société à Rouen au XVIIe et XVIIIe siècles, Etude de M.J.P.
Bardet», Centre d'Histoire Quantitative, Université de Caen, E.R.A. 98,
Rapport d'activité, Juin 1973, page 2.
17Centre d'Histoire Quantitative, Université de Caen, E.R.A. 98, Rapport
d'activité, Juin 1974, page 19.
33l'utilisation des machines restait élevé et réservé à des
traitements en masse d'informations dans le cadre de
programmes de recherches dûment définis et financés. Certes,
quelques tentatives plus isolées peuvent être citées comme
celle de Jesus IBARROLA travaillant sur les structures sociales
à Grenoble au milieu du XIXe siècle, d'après les registres de
succession, ou parmi d'autres celle d'étudiants niçois sur des
sujets tels que les structures sociales ou l'immigration18.
Le domaine recouvert par le terme global de "démographie
historique" est un de ceux dans lequel le plus grand nombre de
recherches utilisant l'ordinateur est progressivement engagé
dans les années 70: d'abord pour rassembler et traiter la masse
documentaire existant sur une région, puis après une phase de
tentatives plus ou moins couronnées de succès, c'est vers la
reconstitution de famille de façon automatique que les
chercheurs s' orientèrent19.
18Ces recherches menées dans le cadre de mémoires de maîtrises étaient
dirigées par le professeur Paul Gonnet qui sut, dans une université récente et
encore de petite dimension, réunir une équipe, trouver des financements et
faire accéder ses étudiants au Centre de Calcul de l'Observatoire de Nice
(organisme qui utilisait d'abord un LB.M. 1130, puis un LB.M. 7040) par
l'intermédiaire du C.U.M.F.I.D. (Collectif des Utilisateurs de Machines à des
Fins d'Information et de Documentation), organisme pluridisciplinaire qui,
grâce à sa secrétaire, Madame Jan, fournissait la logistique et la répartition du
temps d'utilisation des ordinateurs. C'est également par l'intermédiaire du
C.U.M.F.I.D. que deux chercheurs du département de Lettres, Michel Launay
et Etienne Brunet, futur créateur du logiciel Hyperbase, avaient mis en fiches
et exploité de façon pionnière les écrits de Rousseau.
19Après quelques articles publiés dans la revue Population au milieu des
années 1960 et rédigés par des démographes de l'LN.E.D., des articles
consacrés à ce type d'utilisation de l'ordinateur se concentrent en 1972 dans
un numéro spécial des Annales consacré au thème « Familles et Société »:
Yvette Daubeze et Jean-Claude Perrot, «Un programme d'études
démographiques sur ordinateur », pages 1047-1070, P.R.S. Schofield, «La
reconstitution par », pages 1071-1 082, Antoinette Chamoux, « La des familles, espoirs et réalités », pages 1083-1 090, Annales
E.S.C., n° 4-5, Juillet-Octobre 1972.
34Trier, classer, compter
Une des conséquences du coût encore élevé des recherches
menées avec l'aide d'ordinateurs, du temps passé à préparer les
informations (préparation des bordereaux de saisie, perforation
puis vérification des fiches) conduisit nombre de chercheurs à
faire trier par la machine des fiches qui ne correspondaient pas
à la totalité de l'effectif de l'ensemble étudié et les années
1960-1970 sont aussi celles de la généralisation des procédés
de sondage dans les Sciences Humaines: c'est le cas de l'étude
de Jesus IBARROLA qui utilisait un procédé au 1/10 reposant
sur le numéro d'ordre des registres. Une autre tentative plus
originale est constituée par l'utilisation de procédés de
représentation graphique permettant d'ordonner, de classer, de
trier sans avoir à passer par un ordinateur: un des meilleurs
exemples en est donné par la présentation parue en 1968 de
graphiques qui permettaient la comparaison des flottes
française et anglaise20. Les promoteurs de la méthode
contournaient ainsi le prix de revient du classement par
ordinateur grâce à des procédés que l'évolution technique
vouait peu à peu à l'abandon, mais qui ont eu le mérite de faire
avancer la réflexion sur la façon de trier, de classer, d'ordonner
les données sans compter ce que la normalisation des
représentations graphiques doit à l'équipe de l'E.H.E.S.S. et en
particulier à Jacques BERTIN et à Serge BONIN21: ces acquis
seront particulièrement précieux lorsque les cartes dressées
automatiquement par ordinateur sortiront de l'exception de
laboratoire pour devenir un mode de présentation des
informations couramment répandu. Jacques BERTIN lui-même
20Jacques Bertin, Roland Lamontagne et Françoise Vergneault, « Traitement
graphique d'une information. Les marines royales de France et de
GrandeBretagne 1647-1747 », Annales E.S.C., n° 5, Septembre-Octobre 1968, pages
991-1004.
21Jacques Bertin, « Graphique et Mathématique. Généralisation du traitement
graphique de l'information », Annales E.S.C., n° 1, Janvier-Février 1969,
page 100; des ouvrages postérieurs plus synthétiques présentent un
panorama plus complet de la « grammaire graphique» : Jacques Bertin, La
graphique et le traitement graphique, Paris, Flammarion, 1977 et Serge
Bonin, Initiations à la graphique, Paris, EPI, 1983.
35insistait en 1968 sur l'importance des bouleversements que
l'informatique allait apporter: « Qu'on ne s'y méprenne pas:
l'utilisation rationnelle des méthodes mathématiques et
graphiques de traitement, en permettant au chercheur de
manipuler aussi aisément, sinon plus aisément des masses
d'informations plusieurs milliers de fois plus importantes
qu'actuellement va bouleverser et remettre en cause la plupart
des disciplines classiques ».
Les possibilités de traitement en masse des informations
ouvraient donc des perspectives intéressantes aux chercheurs
en permettant des recherches sur des ensembles, des groupes de
grande dimension avec des résultats inégaux quant aux
modifications de perspective que ces travaux ont apportées.
Parfois les acquis apportaient davantage de précisions quant à
l'évolution des prix sur une longue durée, ce qui est le cas de
l'enquête sur les loyers qui pondérait les connaissances
antérieures à la publication des résultats. Mais dans d'autres
domaines, les acquis ont modifié la vision que l'on pouvait
avoir d'un ensemble: c'est ainsi que pour citer deux des
travaux qui représentent des repères chronologiques importants
dans notre discipline et pour ne donner que deux exemples
d'informations obtenues grâce à eux, on peut noter que la série
de publications relatives au conscrit français a définitivement
donné une image d'ancêtres qui ne se portaient pas si bien que
cela; de façon plus précise encore le travail d'André
ZYSBERG sur les galériens montrait et dans quelles
proportions qu'il n'y avait pas majoritairement parmi ces
.22galériens des protestants refusant d'abjurer. . Ces
modifications de perception, dont il faudrait retracer une
22 Il n'est évidemmentpas question ici de limiter les informationsissues de
ces travaux au sous-groupe des galériens refusant d'abjurer mais simplement
de signaler une des modifications de perspectives auxquelles conduit le
traitement en masse de l'information. Les premiers résultats étaient publiés
dès le milieu des années 1970: André Zysberg, «Société de galériens au
XVIIIe siècle », Annales E.S.C., n° 1, Janvier-Février 1975, pages 43-67. Le
traitement des informations avait été réalisé avec le langage FORCOD C de
Marcel Couturier.
36histoire plus complète, constituent une importante avancée de
nos connaissances, avancée qui n'aurait jamais pu exister sans
l'utilisation des ordinateurs.
II-La fréquentation de spécialistes d'autres
disciplines?
L'informatique n'est pas la seule cause de cette
fréquentation: le recours aux spécialistes d'autres domaines est
une démarche logique chaque fois que la résolution de
problèmes précis dépasse la compétence de I'historien et
l'interdisciplinarité est au cœur des conceptions de «l'Ecole
des Annales ». Néanmoins, le début de l'utilisation de
l'informatique demandait la fréquentation des spécialistes de ce
nouveau domaine qui appartenaient eux-mêmes à des champs
disciplinaires très éloignés des nôtres: spécialistes des
«sciences dures », dont quelques-uns venaient de bifurquer
vers l'informatique, économistes, électroniciens,
mathématiciens etc. Examiner les solutions qu'ils adoptaient
pour résoudre des problèmes de plus en plus complexes de
traitement de l'information, leur expliquer ce que nous
voulions faire, quel était le but de nos recherches, quels étaient
les résultats escomptés, a obligé les premiers chercheurs en
histoire s'intéressant aux ordinateurs à expliciter les différentes
étapes de leurs démarches23 - et donc à les clarifier d'abord
pour eux-mêmes - à modifier certaines approches à la suite des
différentes confrontations. C'est dans les petits groupes de
chercheurs aux origines et aux préoccupations très diverses qui
gravitaient autour des centres de calcul et de leur personnel
spécialisé, que la formation des premiers historiens utilisateurs
de l'informatique s'est faite24.C'est un élément important qui a
23 Ce qui était évident pour les historiens pouvait ne pas l'être pour les
informaticiens: la confusion commise par ces derniers entre «sous» et
« deniers» a ainsi retardé l'exploitation des résultats de l'enquête sur les
loyers parisiens. ..
24Mais ils restaient très isolés au sein de notre discipline: cherchant une
formule aimable à l'intention d'un jeune doctorant qui venait de lui être
37rapproché, en histoire comme dans d'autres disciplines, les
méthodes, les règles de constitution d'un ensemble
documentaire et les façons de l'analyser, d'un cas plus général
relatif au traitement de l'information. Ces considérations
somme toute positives ne doivent pas masquer que cette étape
de l'utilisation de l'ordinateur «était caractérisée par une
technologie encore lourde et centralisée qui restait l'apanage
des informaticiens. Il s'est établi une coopération et une
communication plutôt ponctuelle qui n'a jamais remis en
question la frontière entre ces spécialistes et les chercheurs
historiens du Centre de Recherches Historiques qui
collectivement ne se sont pas incorporés ces nouveaux savoirs
mettant en jeu une formation mathématique qui
traditionnellement leur fait plutôt défaut. Ainsi dans les
grandes enquêtes, la partie statistique était toujours attribuée à
des spécialistes non-historiens »25.
Il faut néanmoins nuancer le propos par la présence au sein
même du Centre de Recherches Historiques de chercheurs
voulant dépasser cette distribution des rôles, tel André
ZYSBERG. Il faut souligner le rôle original et dynamique de
Marcel COUTURIER, créateur des langages FORTAB et
FORCOD, certes « classé» parmi les « spécialistes»
informaticiens, mais qui prépara et soutint une thèse de 3e
cycle d'histoire sur la population de Châteaudun, montrant
présenté par son directeur de recherches, Ernest Labrousse lui déclara en
1973: «Ah vous programmez, Monsieur: vous êtes I'historien de
demain! » : au-delà de la formule de circonstance, on peut retenir à la fois le
caractère encore inhabituel de la démarche d'appropriation de l'outil
informatique par les chercheurs de notre discipline, mais aussi les grandes
difficultés que rencontraient les historiens dans l'élaboration d'un langage
commun lorsqu'il s'agissait de définir avec le personnel d'un centre de calcul
le cahier des charges débouchant sur la programmation de la machine. ..
25Lutz Raphael, « Le Centre de Recherches Historiques de 1949 à 1975 »,
Cahiers du Centre de Recherches Historiques, Avril 1993, n° 10, page 60 ;
dans le cas niçois présenté plus haut, il faut bien reconnaître que le collectif
interdisciplinaire a débouché sur des contacts de chaque chercheur bien ancré
dans son domaine disciplinaire avec les premiers « informaticiens» et non
sur une approche interdisciplinaire du traitement de l'information.
38ainsi qu'il maîtrisait toute la chaîne des informations, depuis
les documents d'archives jusqu'à la rédaction du discours
historique, qui se fondait sur l'exploitation du fichier
informatique qu'il avait constitué26.
La possibilité de traitement en masse des informations
ouvrait également des perspectives nouvelles dans des
spécialités telles que l'analyse des données ou l'application de
la linguistique aux nombreux documents écrits. Des relations
privilégiées s'instaurèrent avec des spécialistes tels que
Philippe CIBOIS ou Philippe DAUTREY, mais il faut
reconnaître que la plus grande part des études ayant recours à
l'informatique n'étaient pas sous-tendue par un raisonnement
mathématique complexe, contrairement à d'autres branches des
Sciences Humaines «consommatrices» dès cette période de
méthodes statistiques plus sophistiquées27: dans la très grande
majorité des cas les historiens français ont utilisé l'ordinateur
pour compter, trier et classer28. Dans ce type d'approche, ce
dont avaient besoin les chercheurs de notre discipline se
limitait surtout à trouver des interlocuteurs informaticiens pour
traduire leur questionnement en langage-machine, plus que
26Marcel Couturier, Recherches sur les structures sociales de Châteaudun
1525-1789, Paris, S.E.V.P.E.N., 1969.
27 On peut néanmoins évoquer l'article déjà cité en note 4 de Jean-Claude
Gardin et Paul Garelli (qui concerne des recherches déjà entreprises en 1955
grâce à l'aide de la mécanographie), la première partie de la thèse de Jean
Sentou, Fortunes et groupes sociaux à Toulouse sous la Révolution,
Toulouse, Privat, 1969 (qui avait utilisé les logarithmes) ; il est vrai que le
recensement des méthodes utilisées reste difficile car, avec Jean-Luc Pinol et
André Zysberg, « on pourrait s'interroger sur les raisons pour lesquelles, à
quelques rares exceptions prés, les historiens français ont rarement éprouvé le
besoin d'expliciter leur démarche, bref de faire visiter l'atelier ou la cuisine:
la plupart du temps, le lecteur, une fois passé le rite de l'introduction en
forme d'action de grâce (merci à mes bons maîtres et aux directeurs de
dépôts d'archives qui ont facilité ma tâche) est prié de passer au salon))
(op.cit. page 5).
28Alors que les chercheurs étrangers, notamment anglo-saxons ont eu recours
plus précocement aux diverses formes d'analyse mathématique des
informations traitées (et notamment l'analyse des correspondances en
composante principale).
39d'utiliser des approches empruntées à d'autres domaines de
recherche. Les conséquences de la fréquentation de spécialistes
d'autres disciplines sur les méthodes employées par les
historiens - sous réserve de quelques cas isolés - sont donc
restées longtemps assez limitées29.
III-La modification des étapes d'une recherche
C'est un autre aspect de l'utilisation des machines qui
paraît tout aussi important et qui correspond à la façon
différente d'aborder le métier d'historien, à partir du moment
où l'informatique devient un outil dont l'usage se répand peu à
peu dans le domaine de la recherche dans notre discipline.
Jusque là, les manuels destinés aux étudiants proposaient en
effet de formuler d'abord des hypothèses, puis d'aller vérifier
ces hypothèses en les confrontant aux références absolues qui
les valideraient ou qui les infirmeraient: ces références
absolues étaient évidemment les documents d'archives.
Or, les chercheurs qui utilisaient les ordinateurs, ceux qui
travaillaient en équipe ou ceux encore plus rares qui tentaient
d'approcher des machines de façon isolée, ne plaçaient pas les
étapes du travail dans cet ordre. Il s'agissait d'abord de
constituer un fichier, puis d'exploiter par questionnements
successifs le contenu de ce fichier, enfin de construire un
discours à partir de cette exploitation.
Pour ce qui concerne la première étape, la constitution de
fichiers, on pourrait disserter longuement sur les multiples
problèmes techniques, de conception de la structure de ces
fichiers, sur les dérives qui donnaient une telle place à cette
constitution de fichier dans l'ensemble d'une recherche, à tel
point que l'on peut parfois se demander avec Jean-Luc PINOL
29 De nos jours, les méthodes d'analyses des textes développées par les
littéraires sont devenus par contre fréquemment utilisés par les historiens.
40et André ZYSBERG si ce n'était pas devenu une fin en soi30.
Toujours est-il que cette étape représentait un important
investissement en temps: que fallait-il retrancher aux
informations primitives lorsque chaque fiche mécanographique
n'offrait que 80 caractères alphanumériques? (c'est-à-dire le
syndrome de Procuste selon les auteurs précités). Comment
organiser la présentation des informations? Quel bordereau de
saisie préparer pour que le personnel chargé de perforer les
fiches mécanographiques commette le moins d'erreurs
possib le ? etc.
La deuxième étape, celle de la préparation du
questionnement demandait également un important
investissement en temps, mais les choix faits par les chercheurs
se rapprochaient de l'émission/vérification des hypothèses.
Certes, par rapport aux allers-retours entre nos hypothèses et
les documents que préconisaient nos maîtres, ce qui impliquait
une construction progressive de la matière à analyser, la
démarche de celui qui utilisait un ordinateur l'obligeait à
rassembler un ensemble homogène d'informations comme
démarche préalable constituant son «fichier ». Le volume
même de cet ensemble homogène conduisait
souvent à ne pas suivre les autres pistes possibles.
Le chercheur a donc progressivement modifié l'ordre dans
lequel les étapes se succédaient et ce faisant le fichier constitué
devient l'élément de base de toute recherche. Les conséquences
sont nombreuses et cette façon de procéder à partir d'un
ensemble documentaire que l'on appelait alors « fichier », pas
encore « base de données» devint de plus en plus courante au
point que même ceux qui n'avaient pas recours à l'outil
informatique ont peu à peu organisé leur travail en constituant
aussi un ensemble documentaire préalablement établi sur
30 J.L. Pinol et A. Zysberg, Le métier d 'historien avec un ordinateur, op.cit.
page 6.
41lequel fonder leur questionnement31. Le questionnement se fait
ainsi non plus sur les sources originelles, mais sur les éléments
rassemblés dans cet ensemble de « données ».
C'est ce renversement dans l'ordre des étapes d'une
recherche dans notre discipline qui me paraît le troisième des
apports importants de l'informatique. Sans doute peut-on
opposer à ce schéma très simpliste la très grande variété des
recherches possibles et le fait que certains constituaient déjà
dans un premier stade un corpus, avant que l'usage des
ordinateurs soit même envisagé. Inversement, la place du
processus de pensée lié à l'informatique, qui n'a cessé
d'augmenter dans tous les domaines autour des années
197075, produit une façon de raisonner plus généralement répandue,
qui ne peut que renforcer cette façon de travailler.
IV-La place du document dans cette façon de mener
des recherches
La deuxième modification dans l'approche des documents
lorsqu'on utilise l'informatique est aussi progressive.
L'utilisation de a-t-elle changé le statut du
document? Dans ces années de premières utilisations la
réponse devient de plus en plus nettement « oui» puisque, au
lieu de rechercher la preuve par le document, il s'agit
maintenant d'analyser un ensemble documentaire cohérent, la
cohérence étant la condition presque obligatoire de l'utilisation
de l'outil informatique. Lorsqu'il constitue sa base
documentaire le chercheur s'interroge donc sur deux aspects de
chaque document:
- entre-t-il dans la cohérence de l'ensemble documentaire
comme un des éléments d'un ensemble cohérent? (ce qui
31 Est-il excessif de voir dans l'organisation du contenu des mémoires de
D.E.A., déclaration d'intention de thèses futures, dans la part que prend
l'inventaire des ressources qu'il faudrait exploiter pour traiter du sujet choisi,
un exemple de raisonnement hérité de ces pratiques, à savoir commencer par
constituer un corpus homogène?
42constitue en quelque sorte l'aspect collectif de la validité de
chaque document).
- quelle valeur accorder aux informations fournies par chaque
document? (ce qui constitue la validité individuelle du
document).
Cette interrogation a été du reste formulée récemment de
façon plus rigoureuse par Isabelle BOYDENS : «Une donnée
est valide si sa valeur correspond aux conditions requises
définies dans le domaine de définition. Les valeurs d'une
donnée sont homogènes si conformément au domaine de
définition, elles sont de même nature et de même type. Les
valeurs de plusieurs données sont cohérentes si elles n'entrent
pas en contradiction avec la logique interne des données
définies dans le domaine de définition des données
considérées. L'ensemble des valeurs (ou l'état) d'une base de
données est consistant à un instant t s'il satisfait à toutes les
contraintes d'intégrité du domaine de définition des données
considérées. Un système informatique est complet si
l'ensemble des contraintes d'intégrité définies dans le domaine
de définition des données permet à tout moment d'affirmer et
de démontrer qu'une valeur ou un ensemble de valeurs sont
admis ou non dans le système »32.
Cette dernière formule souligne nettement qu'un traitement
informatique ne peut s'appliquer qu'à un ensemble cohérent et
donc par répercussion, que l'indispensable analyse critique de
la documentation doit se placer avant la transformation de
l'information primitive en «donnée» ou en «méta-source »,
pour utiliser une expression popularisée par Jean-Philippe
Genet.
32Isabelle Boydens, « Informatique et qualité de l'information. Application
de la critique historique à l'étude des informations issues de banques de
données », Belgische Tijdschrift voornieuwste Geschiedenis-Revue belge
d'Histoire contemporaine, XXIV, 1993, n° 3-4, page 405.
43Cet effort d'analyse critique appliqué à la constitution de
vastes ensembles documentaires a permis de mettre en
perspective les différents «composants» de cet ensemble, et
souvent de repérer les aberrations qui pouvaient exister d'un
document à l'autre, et donc de s'interroger plus fréquemment
sur la façon dont l'information primitive avait été construite.
C'est ainsi que, dans cette mise en perspective, peu à peu, les
rapports, les estimations statistiques, c'est-à-dire le type de
documents qui n'étaient pas loin de constituer, il y a une ou
deux générations, des preuves absolues de raisonnements
portés sur des époques, des régimes ou des évolutions,
apparaissent comme des constructions bien imparfaites,
lorsqu'une fois repérées, les aberrations conduisent à exercer à
l'égard de ces documents des investigations poussées.
Prétendre que seule l'utilisation de l'informatique a
entraîné ce renversement de perspective est certes exagéré.
Toujours est-il que, là encore, c'est au cours des années de
développement des nouvelles techniques de traitement de
l'information que ce genre de préoccupations est devenu
courant. Les formes de raisonnement introduites par
l'utilisation des ordinateurs, la culture individuelle et collective
relative à l'information et à son traitement ont également joué
un rôle diffus, commun à l'ensemble des disciplines et dont les
retombées sont difficiles à apprécier. De plus, la matière
analysée et traitée n'est plus celle que fournit le document brut,
mais la « méta-source» qui en a été extraite (pourrait-on aller
jusqu'à dire « distillée» ?) selon les critères de cohérence et de
pertinence qui viennent d'être soulignés. La "méta-source"
désigne bien ce qui est devenu l'ensemble des données
soumises au questionnement. Ce glissement des sources
originales vers cet ensemble cohérent, mais intermédiaire, ne
peut que conduire à un effort supplémentaire d'analyse critique
des sources avant qu'elles soient transformées en « données ».
La multiplication de ces "bases de données" a fait l'objet de
nombreuses présentations depuis plus de vingt ans. Peu à peu,
les critères de cohérence, de pertinence, qui viennent d'être
44évoqués, sont devenus plus rigoureux, que ces bases soient
davantage organisées à partir des sources originelles ou au
contraire conçues à partir des hypothèses ou de l'organisation
du travail du chercheur33. Il faut néanmoins souligner que
quelle que soit la catégorie à laquelle appartient chaque base,
dès son achèvement elle contient ce qui constituera désormais
l'essentiel des informations qui seront exploitées par le
chercheur: le document originel est donc devenu une pièce de
l'ensemble construit par le chercheur au lieu d'en constituer à
la fois le point de départ et la preuve par sa seule existence. ..
Conclusion
Ce n'est certes pas une révolution de nos pratiques que
cette courte rétrospective permet de mettre en évidence. Grâce
à l'ordinateur, ce sont des champs nouveaux qui sont
progressivement devenus accessibles aux chercheurs, de plus la
rigueur et I'homogénéité des tâches liées à son utilisation ont
débordé au-delà du cercle de ses utilisateurs. Une des
caractéristiques de l'époque dont il vient d'être question, celle
d'avant les micro-ordinateurs et des réseaux commerciaux qui
les mettent à notre disposition, paraît avoir été - malgré les
grandes difficultés d'accès aux machines qui gênaient le travail
quotidien - une époque de relative inventivité de la part des
chercheurs. Inventivité quant à l'inscription dans l'organisation
de leur recherche de tris, de classements, de calculs réalisés
grâce à l'outil nouveau, dans le questionnement des sources et
dans la conception du «programme », cette succession de
commandes qui permettait l'exploitation de l'ensemble
documentaire qu'ils avaient rassemblé. Cette inventivité
existait, même si la plupart d'entre eux ne rédigeaient pas
directement les instructions de programmation et s'arrêtaient
33 La distinction entre ces deux grandes familles de bases de données a
notamment été mise en évidence de façon très explicite par Charles Harvey et
Jon Press, «The Business Elite of Bristol: a Case Study in Database
Design», History and Computing, vol. 3, 1991, n° 1, pages 1-12.
45au « cahier des charges », préparant le travail du programmeur,
et au contrôle de l'organigramme représentant les différentes
étapes du traitement des données. Presque chaque opération
demandant une nouvelle programmation, l'adaptation du
traitement au problème posé se faisait ainsi sur mesure. Dans la
plupart des cas, ce sont toute une série de procédures et de
démarches différentes qui deviennent dominantes à partir de la
généralisation des micro-ordinateurs qui ne se programment
plus en FORTRAN (très peu adapté aux traitements qui nous
intéressaient certes, mais si répandu dans les centres de calcul
scientifiques...), en COBOL, en BASIC ou en LSE. Le passage
à la micro-informatique a permis un accès direct du chercheur à
la machine, une multiplication des recherches utilisant cet outil,
mais aussi par rapport à la situation antérieure et au passage
obligé par un centre de calcul, centre de ressources techniques
mais aussi humaines, un isolement accru du chercheur. De la
même façon, et si l'on exclut les langages de programmation
développés par Marcel Couturier et plus près récemment le
langage et la bibliothèque de logiciels KLEIO de l'Institut Max
Planck de Gottingen, les historiens, comme les représentants
d'autres disciplines se sont trouvés rapidement confrontés aux
logiciels commerciaux, à leur utilisation standardisée. L'usage
de ces logiciels largement répandus se fait le plus souvent sous
la forme d'une commode «boîte à outils », dans laquelle on
puise au gré des besoins. Mais justement, ces commodes
assistants, que nous utilisons quotidiennement, correspondent
souvent à une utilisation plus « spasmodique» de l'ordinateur,
chaque fois qu'une difficulté est à résoudre et sans toujours
conduire à une conception d'ensemble de l'usage de
l'ordinateur dans une recherche34. Certes ce qui nous est ainsi
34 Chacun peut, a contrario, citer des travaux dans lesquels la part de
conception originale est importante mais ils ne constituent pas l'essentiel.
Dans ce domaine, la publication du mémoire de maîtrise de Guénaël Amieux,
Méthode d'analyse informatisée d'une source documentaire numérisée, les
représentations des marchés financiers dans lejournal « Le Monde»
19871995, Toulouse, G.R.H.I., 1998, fournit un bon exemple d'étude dans
laquelle l'auteur conçoit une démarche d'exploitation globale et donc se situe
)).à l'opposé de l'utilisation de l'ordinateur comme« boîte à outils
46permis représente un progrès important dans nos capacités de
traitement de nos informations, mais il faut bien reconnaître
que le prix à payer est souvent relatif au temps d'acquisition
des commandes du logiciel, au temps d'acquisition d'une
maîtrise suffisante de l'outil et souvent au temps passé à
résoudre de multiples problèmes: conflits de logiciels, ou de
différentes versions de logiciels, blocages intempestifs ou
autres incidents jalonnent ainsi les mois de travail sur
l'ordinateur que représente une recherche, qui dans le meilleur
des cas seulement, est conduite sur la même machine...
Réglant au mieux ces multiples désagréments ou
dysfonctionnement, le chercheur a rarement l'occasion
d'exploiter toutes les possibilités des outils qui lui sont
proposés, mais qu'il a commencé à utiliser et qui façonnent
ainsi la forme de ses données, sans trop lui laisser le temps de
refaire d'autres choix. Rares sont les études menées à partir
d'une conception plus ancienne de l'utilisation de
l'informatique, c'est-à-dire celle qui consiste à utiliser un
langage de programmation pour réellement concevoir le
déroulement d'une démarche de recherche, voie difficile mais
qui permet davantage de se consacrer à l'essentiel. L'exemple
de ce qui a été produit au cours des premières utilisations de
l'ordinateur dans notre discipline montre que les différents
domaines de cette utilisation se sont très vite dégagés, malgré
les difficultés d'accès aux machines et les faibles capacités de
celles-ci. En revanche, il est évident que l'utilisation de
l'ordinateur en tant « qu'assistant» permettant de conserver et
de classer sa documentation, de résoudre des calculs
intermédiaires, de tracer des graphiques à la demande et de
permettre une présentation de haute qualité du travail terminé,
appartient davantage à I'histoire de la micro-informatique et
des progrès industriels réalisés pour produire du matériel de
grande capacité qu'à l'histoire de notre discipline.
47Références bibliographiques
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l'information, Paris, Flammarion, 1977
BONIN Serge, Initiation à la graphique, Paris, EPI, 1983
BOYDENS Isabelle, "Informatique et qualité de l'information.
Application de la critique historique à l'étude des informations
issues de banques de données", dans Belgische Tijdschrift voor
nieuwste Geschiedenis-Revue belge d 'Histoire contemporaine,
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LE ROY LADURIE Emmanuel, Le territoire de I 'historien,
Gallimard, Paris, 1973
PINOL Jean-Luc et ZYSBERG André, Le métier d'historien
avec un ordinateur, Paris, Nathan, 1995
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