La domination scolaire

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Le système éducatif a connu des transformations très profondes ces trente dernières années, en lien notamment avec les politiques visant à mener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat mais aussi avec les transformations du système productif. Les promesses de démocratisation scolaire ont fait long feu. Non seulement la majorité des enfants appartenant aux classes populaires continue d’être orientée, au sortir du collège, vers l’enseignement professionnel, mais ces réformes n’ont en rien remis en cause la division entre filières générales et professionnelles, renforçant au contraire la domination symbolique des premières sur les secondes.
L’enseignement professionnel constitue ainsi un cas privilégié pour étudier l’évolution de l’emprise des hiérarchies scolaires, ainsi que les modalités selon lesquelles les jeunes d’origine populaire s’approprient leurs destins scolaires et sociaux. Comment s’opèrent leur orientation scolaire et leur socialisation aux rôles subalternes qu’ils seront amenés à jouer dans la division sociale du travail ? Comment s’y prennent-ils pour aménager leur condition présente ? Quels clivages internes aux classes populaires l’étude de l’enseignement professionnel permet-elle de révéler ?

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EAN13 9782130742227
Langue Français

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Ugo Palheta
La domination scolaire
Sociologie de l'enseignement professionnel et de son public
2012
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130742227 ISBN papier : 9782130592211 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Le système éducatif a connu des transformations très profondes ces trente dernières années, en lien notamment avec les politiques visant à mener 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat mais aussi avec les transformations du système productif. Les promesses de démocratisation scolaire ont fait long feu. Non seulement la majorité des enfants appartenant aux classes populaires continue d’être orientée, au sortir du collège, vers l’enseignement professionnel, mais ces réformes n’ont en rien remis en cause la division entre filières générales et professionnelles, renforçant au contraire la domination symbolique des premières sur les secondes. L’enseignement professionnel constitue ainsi un cas privilégié pour étudier l’évolution de l’emprise des hiérarchies scolaires, ainsi que les modalités selon lesquelles les jeunes d’origine populaire s’approprient leurs destins scolaires et sociaux. Comment s’opèrent leur orientation scolaire et leur socialisation aux rôles subalternes qu’ils seront amenés à jouer dans la division sociale du travail ? Comment s’y prennent-ils pour aménager leur condition présente ? Quels clivages internes aux classes populaires l’étude de l’enseignement professionnel permet-elle de révéler ?
Table des matières
Remerciements Liste des sigles Introduction Massification ségrégative et domination scolaire Crise économique et enseignement professionnel Quel dispositif d’enquête ? Première partie. Division scolaire, division sociale Introduction 1. Le collège divise. Appartenance de classe, trajectoires scolaires et enseignement professionnel Introduction Cheminements scolaires du collège à l’enseignement professionnel Les classes atypiques, antichambre de l’enseignement professionnel La double signification du redoublement e De l’entrée au collège à l’orientation en fin de 3 : sélection scolaire, sélection sociale Inégalités d’orientation et action des conseils de classe L’évolution des inégalités entre ordres d’enseignement et de destin scolaire Conclusion 2. Stratification scolaire et mobilisation contre la précarité. L’évidence des frontières symboliques entre ordres d’enseignement Introduction Un espace des prises de position et des attitudes Division du travail politique et monopole de la parole autorisée Problèmes d’interprétation Conclusion Deuxième partie. Espace des filières professionnelles et différenciation des classes populaires Introduction 3. Divisions dans la division. L’espace des filières professionnelles (1985-2000) Introduction La différenciation sociale et scolaire des filières de l’enseignement professionnel au début des années 2000 Les transformations de l’espace des filières professionnelles (1985-2000) L’espace des filières professionnelles et l’inégale résistance à la prolétarisation Conclusion
4. Les significations sociales de l’enseignement professionnel. Relégation, résistances et « quant à-soi » Introduction L’espace des filières professionnelles : de petits écarts qui font de grandes différences Le choix de l’enseignement professionnel : sortir de l’école ou s’en sortir par l’école ? Comment s’orientent les élèves « orientés » Conclusion Troisième partie. Rapports de classe, de genre et de race dans l'enseignement professionnel Introduction 5. Filles et garçons dans l’enseignement professionnel. Genre de la formation, formation du genre Introduction Massification scolaire et formation professionnelle : de l’exclusion des femmes à la « ségrégation sophistiquée » ? Être ou ne pas être orienté vers l’enseignement professionnel Le choix d’une formation professionnelle, un sous-produit de la division sexuée du travail « Insoumission discrète », anticipations raisonnables et appropriations pratiques Conclusion 6. Les enfants d’immigrés du collège à l’enseignement professionnel. Le piège du surinvestissement scolaire ? Introduction Les enfants d’immigrés du collège à l’enseignement professionnel Les enfants d’immigrés dans l’espace des filières professionnelles Surinvestissement, désinvestissement, contre-investissement Conclusion Conclusion générale Classes populaires et système d’enseignement : une « révolution culturelle » ? Enseignement professionnel en « crise » ou transformation des circuits de reproduction ? Annexe méthodologique. Quelles enquêtes, quelle approche ? Références bibliographiques
Remerciements
es remerciements s’adressent en premier lieu à l’ensemble des membres de Ml’Observatoire sociologique du changement, laboratoire qui a constitué pendant près de six ans un environnement propice à la réflexion sociologique et dont ce travail est hautement redevable. Je tiens en particulier à remercier mon directeur de thèse, Alain Chenu, pour l’attention accordée à mon travail depuis le master. Que soient particulièrement remercié(e)s les doctorant(e)s de l’OSC qui ont permis à cette recherche d’être tout autre chose qu’un exercice solitaire : Adrien, Agathe, Brigitte, Clément, Jean-François, Jules, Marie, Mathieu, Pauline et Pierre. Je voudrais aussi remercier Danielle Herlido, dont l’aide permanente, chaleureuse et compétente s’est avérée si précieuse, du master de recherche jusqu’à la phase de rédaction de ma thèse. Je remercie également les membres des départements de sciences de l’éducation de l’Université de Dijon et de sociologie de l’Université de Poitiers, qui m’ont accueilli chaleureusement durant mes années d’ATER. De même, il me faut souligner combien les discussions au sein du GRESCO m’ont été profitables. Ce travail a bénéficié par ailleurs de nombreuses relectures et je remercie ceux et celles qui m’ont aidé pour leur vigilance et leur rigueur. J’ai aussi largement profité des critiques et commentaires particulièrement stimulants des membres de mon jury de thèse : Stéphane Beaud, Georges Felouzis, Gilles Moreau, Serge Paugam et Agnès van Zanten ; qu’ils en soient remerciés. Ma gratitude va, bien sûr, à Agathe, qui m’a accompagné durant la plus grande partie de ma thèse, ainsi qu’à mes amis, en particulier Julien, Maxime, Mohammed et Nathalie, et bien sûr à mes parents, dont les encouragements incessants m’ont permis de ne pas lâcher prise. Je n’oublie évidemment pas Valentine qui, par son soutien constant, a fortement contribué à l’écriture de ce livre (quoi qu’elle en dise). Enfin, cette recherche n’aurait pas été possible sans la contribution des enquêtés, de tous ceux qui m’ont ouvert les portes de leurs établissements ou de leurs classes, m’ont consacré un peu de leur temps pour évoquer leurs parcours, leurs difficultés et leurs espoirs, et que je tiens à remercier ici.
Liste des sigles
AES BEP BM BP BTP BTS CAP CCCA CET CFA CPA CPC CPIS DEPP DET DUT ENP ENQ EPCI EPS EQ ENNA LP MPMI MSMA ONQ OP OQ
Aide et soutien Brevet d’études professionnelles Brevet de maîtrise Brevet professionnel Bâtiment et travaux publics Brevet de technicien supérieur Certificat d’aptitudes professionnelles Comité de concertation et de coordination de l’apprentissage Collège d’enseignement technique Centre de formation des apprentis Classe préparatoire à l’apprentissage
Commission professionnelle consultative Cadres et professions intellectuelles supérieures Direction des études, de la prospective et de la performance Direction de l’enseignement technique Diplôme universitaire de technologie École nationale professionnelle Employé non qualifié
École primaire de commerce et d’industrie École primaire supérieure Employé qualifié École normale nationale d’apprentissage Lycée professionnel Métiers de la production mécanique informatisée Maintenance des systèmes mécaniques automatisés Ouvrier non qualifié Ouvrier professionnel Ouvrier qualifié
PEG PEP PLP PTA SEGPA SES SMS STG STI STL STS STT UIMM
Professeur d’enseignement général Professeur d’enseignement professionnel Professeur de lycée professionnel Professeur technique adjoint Section d’enseignement général et professionne l adapté Section d’enseignement spécialisé Sciences médico-sociales Sciences et technologies de la gestion Sciences et technologies industrielles Sciences et technologies de laboratoire Sections de techniciens supérieurs Sciences et technologies du tertiaire Union des industries et des métiers de la métallurgie
Introduction
a dignité reconnue et l’intérêt accordé aux objets sociologiques dérivant souvent Lde la hauteur sociale des sujets étudiés (ou quelquefois de leur exotisme postulé), il est patent que nous disposons de trop peu de recherches traitant des régions dominées de l’espace scolaire, et notamment de l’enseignement professionnel[1]. Ces filières accueillaient pourtant presque 40 % d’une cohorte au début des années 2000 (contre respectivement 35 % et 17 % pour les filières générales et technologiques). Certes, les taux d’abandon en cours de formation demeurent beaucoup plus importants dans l’enseignement professionnel que dans les filières générales et technologiques, et ces « 40 % » ne sont donc pas tous parvenus à un diplôme professionnel. De même, une petite partie d’entre eux – un sur huit – a par la
re suite fréquenté les filières technologiques (via une 1 dite « d’adaptation »), et une infime partie – moins d’un sur cent – les filières générales. Reste que ces chiffres signalent l’importance persistante de cet ordre d’enseignement, du moins pour les milieux populaires, car il s’avère très peu prisé et fréquenté à l’opposé de la hiérarchie sociale. Or cet objet d’études demeure peu investi par les sociologues : Gilles Moreau, comptabilisant les thèses soutenues en France depuis 1960, a pu constater que, « parmi celles consacrées à la formation et l’éducation, moins de 5 % concernent le lycée professionnel quand 27 % sont dévolues à l’enseignement supérieur »[2]. Au-delà de cette mesure quantitative de la marginalisation scientifique de l’enseignement professionnel, il semble que cet ordre d’enseignement ne soit justiciable du regard sociologique que dans la stricte mesure où les jeunes qui le fréquentent font « problème », au sens des « problèmes sociaux » constitués comme tels par l’action conjointe des pouvoirs publics et des grands médias (« échec scolaire », « chômage des jeunes », « violences scolaires », etc.)[3]. Ce désintérêt n’est pas sans lien avec la dévalorisation – matérielle et symbolique – des classes populaires, elle-même liée à l’affaiblissement du mouvement ouvrier et des organisations qui s’en réclament ou s’en réclam aient[4]. Mais il s’inscrit plus précisément dans l’effacement, à partir des années 1980, du paradigme de classe qui orientait et informait nombre de travaux dans l’ensemble des sous-champs de la sociologie française. Cette disparition des classes, telle qu’elle est analysée et contestée par différents sociologues depuis une dizaine d’années[5], a notamment pris la forme d’une moindre attention portée à ce qui se joue dans le monde du travail, aux inégalités qui s’y créent, aux types de domination et aux rapports de force qui s’y nouent, mais aussi aux résistances individuelles ou collectives qui s’y déploient. L’invisibilité sociologique de l’enseignement professionnel, qui ne date pas d’hier (peut-être du fait de sa position ambiguë entre champ scolaire et champ économique, sociologie de l’éducation et sociologie du travail), a sans doute été renforcée par ce processus d’éviction de la question des classes, et notamment des groupes ouvrier et employé, dans la mesure où cet o rdre d’enseignement a historiquement partie liée avec la qualification des salariés d’exécution. Par ailleurs,