Les citoyennetés scolaires

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209 pages
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Description

Face à la désocialisation de certains jeunes, l'école apparaît comme l'ultime rempart. Mais l'école ne peut résoudre à elle seule les problèmes structurels de la société. En s'inspirant du principe de la démocratie participative, elle peut s'acquitter de cette nouvelle mission qui est d'éduquer à la citoyenneté tout au long de la scolarité. Telle est la thèse défendue dans cet ouvrage par une équipe pluridisiciplinaire de chercheurs et d'enseignants.

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EAN13 9782130737797
Langue Français

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2003
Sous la direction de
Constantin Xypas
Les citoyennetés scolaires
De la maternelle au lycée
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130737797 ISBN papier : 9782130537571 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Pour apprendre à vivre ensemble, pour créer du lien social, pour instaurer des valeurs communes, notamment le primat du droit et de l'équité sur le rapport de force, l'école doit s'acquitter d'une nouvelle mission : éduquer à la citoyenneté tout au long de la scolarité. Le peut-elle ? Oui, à condition qu'elle ne singe pas les institutions politiques des adultes, mais que, en s'inspirant du principe de la démocratie participative, elle invente des modalités souples et réalistes, adaptées à la diversité des âges et des situations, de la maternelle au lycée. En ce sens, il n'existe pas une, mais des citoyennetés scolaires. Telle est la thèse défendue dans cet ouvrage par une équipe pluridisciplinaire composée à la fois de chercheurs et de praticiens. Les uns apportent leur éclairage d'historien, de sociologue, de psychologue et de philosophe. Les autres leur expérience de la pratique de la citoyenneté en maternelle, en primaire, en collège, en lycée, dans une association de soutien scolaire en ZEP.
Table des matières
Préface(Philippe Meirieu) Introduction générale(Constantin Xypas)
Première partie - Les citoyennetés politiques : entre participation et représentation
Introduction(Henri Del Pup) Les citoyennetés antiques(Henri Del Pup) Les citoyennetés d'Ancien Régime(Henri Del Pup) Les citoyennetés contemporaines(Henri Del Pup) 1/ La citoyenneté en France 2/ La citoyenneté en Allemagne 3/ La citoyenneté en Suisse Conclusion(Henri Del Pup) Deuxième partie - Les univers politiques des élèves : entre repli et engagement Introduction(Patrick Rayou) En observant les écoliers(Patrick Rayou) 1/ Des porte-parole 2/ Des grandeurs à l'épreuve 3/ Les miracles de la cour 4/ Une citoyenneté limitée Conclusion Avec les collégiens : entre ordres et désordres(Christophe Hélou) 1/ La difficulté critique au collège ne signifie pas l'incivilité 2/ Un sens de la justice tout à fait ordinaire Les lycéens entre espace public et vie privée(Patrick Rayou) 1/ Des lycéens agoraphobes ? 2/ Une école de nulle part 3/ Bonheur privé, action publique 4/ Les niches lycéennes Conclusion(Patrick Rayou) Troisième partie - Les citoyennetés scolaires : entre participation et autogestion Introduction : Éducation morale ou éducation à la citoyenneté ?(Constantin Xypas) 1/ L'école doit-elle former l'homme ou le citoyen ?
2/ L'école peut-elle inculquer la morale ? 3/ L'école peut former l'homme et le citoyen Conclusion Lorsque les élèves de maternelle légifèrent(Marie-Claude Hue) 1/ L'enfant dans l'école 2/ Mise en place d'un climat de citoyenneté : la co-construction des normes 3/ Vivre ensemble ou gérer des conflits entre pairs 4/ Les effets induits 5/ Les difficultés rencontrées 6/ Conclusion En classe coopérative avec Célestin Freinet(Henri Peyronie) 1/ Les références culturelles et idéologiques de ce qu'on pourrait appeler « l'éducation participative à la “citoyenneté” « chez Freinet 2/ Freinet comme fondateur animateur d'un mouvement : la coopération entre éducateurs comme modèle de citoyenneté 3/ Les références culturelles et idéologiques de ce qu'on peut appeler « l'éducation participative à la citoyenneté », dans les pratiques de la pédagogie Freinet avant guerre 4/ L'actualité des principes de citoyenneté et des pratiques de formation participative à la « citoyenneté » de Freinet et de l'école moderne Dans une Association de soutien scolaire en ZEP(Luc Martinet) 1/ Présentation de la structure 2/ Les actions pédagogiques stimulant le développement moral 3/ Évaluation L'Auto-École de Saint-Denis au Mans(Marie-Danielle Pierrelée) Au lycée autogéré de Saint-Nazaire(Gabriel Cohn-Bendit) 1/ L'instruction serait le seul garant de la démocratie 2/ L'école est le seul endroit où peut se faire l'éducation à la démocratie, à la chose publique 3/ Les structures institutionnelles : partage du pouvoir et répartitions des tâches 4/ Des niveaux d'organisation très interpénétrants 5/ Des structures qui favorisent la participation de tous 6/ L'organisation pédagogique, une responsabilité partagée 7/ Des structures de programmation pour une cogestion pédagogique Conclusion En internat avec Janusz Korczak(Ahmed Lamihi) Introduction 1/ Le plébiscite
2/ Les réunions-débats 3/ Le tribunal d'arbitrage 4/ Le parlement des enfants 5/ La petite revue Conclusion Conclusion(Constantin Xypas) Quatrième partie - La citoyenneté scolaire : caractéristiques et fondements Introduction : Qu'est-ce que la citoyenneté ?(Constantin Xypas) Qu'est-ce que la citoyennete ? 1/ Une dimension politique 2/ Une dimension juridique 3/ Une dimension éthique 4/ Une dimension affective 5/ Quelles attitudes caractérisent le citoyen ? Gouverner et se gouverner démocratiquement(Constantin Xypas) 1/ L'approche psychosociologique de Kurt Lewin 2/ L'approche psychanalytique de Sigmund Freud Promouvoir l'intérêt général(Constantin Xypas) Désirer vivre ensemble(Constantin Xypas) Respecter les lois(Constantin Xypas) Conclusion(Constantin Xypas) Postface(Guy Avanzini)
Préface
Entre l'impossible citoyenneté scolaire et la nécessaire éducation à la citoyenneté
Philippe Meirieu
Comment l'école peut-elle éduquer à la citoyenneté ? Tel est le sujet de cet ouvrage dont Constantin Xypas m'a demandé d'écrire la préface. La question me paraît en suivre une autre qui est celle, fondamentale, de la légitimité d'une telle éducation à l'école. L'expression de « citoyenneté scolaire » apparaît aujourd'hui à certains comme un redoutable oxymore. Comment, en effet, allier l'exercice de la citoyenneté – qui suppose le statut d'adulte majeur – avec le fait d'être un élève scolarisé – c'est-à-dire, précisément, un individu mineur que l'on ne peut supposer déjà capable de faire ce qu'on est censé lui apprendre. Si l'enfant était déjà citoyen que viendrait-il faire à l'école ? Et n'est-ce pas faire injure aux citoyens adultes que de les assimiler à des élèves ? À l'école, on ne peut être déjà citoyen... sauf à supposer que l'école ne sert à rien pour former le citoyen ! Et, dans la Cité, on ne peut considérer les citoyens comme des écoliers sous tutelle... sauf à chercher à ruiner leur statut et à faire le lit du totalitarisme ! Cette problématique a été développée, dès 1954, dans un texte d'Hannah Arendt devenu emblématique aujourd'hui, « La crise de l'éducation »[1]« La ligne qui : sépare les enfants des adultes devrait signifier qu'on ne peut ni éduquer les adultes, ni traiter les enfants comme des grandes personnes. (...) À l'éducation, dans la mesure où elle se distingue du fait d'apprendre, on doit pouvoir assigner un terme. » Et, politiquement, Hanna Arendt a, bien évidemment raison. Elle a, d'ailleurs, fait personnellement l'expérience terrible de la montée du nazisme et de l'inversion que, précisément, elle dénoncera dans ses écrits : les enfants étaient sollicités pour dénoncer les parents et les enseignants qui « pensaient mal »... tandis que les adultes, eux, étaient infantilisés dans les stades de Nuremberg. Tous les totalitarismes spéculent ainsi sur la promotion prématurée d'enfants censés juger de leurs éducateurs et, simultanément, assujettissent les adultes à une autorité qui les infantilise.1984d'Orwell en est une belle illustration : on se souvient que le voisin de pallier du héros est dénoncé par son propre fils aux autorités tandis que l'ensemble de la population est soumis au pouvoir du « père suprême »,Big Brother. À cet égard, la séparation dont parle Hannah Arendt est bien fondatrice de la possibilité même de toute démocratie : il faut instituer une frontière – même arbitraire – entre les enfants et les adultes. Car, c'est l'existence de cette frontière qui permet, tout à la fois, l'éducation des enfants et l'exercice du pouvoir des citoyens. L'enfant doit être éduqué et, pendant ce temps, il ne peut être considéré comme un citoyen, au risque de basculer dans une confusion génératrice de graves abus.
L'adulte, de son côté, s'il peut continuer à apprendre, ne peut pas être éduqué : c'est lui qui doit décider de ce qu'il apprend, qui doit choisir sa propre voie et statuer, directement ou par l'intermédiaire de ses représentants élus, sur les lois qui régissent la Cité. Nul ne peut s'ériger en « éducateur des adultes » ; nul ne peut avoir cette prétention, au risque de ruiner la possibilité même de toute démocratie et de s'imposer, à terme, comme « grand éducateur du peuple », c'est-à-dire comme dictateur. L'enfant, au titre de son statut politique, ne peut décider de son propre bien. Et, symétriquement, un adulte est quelqu'un à qui personne ne peut enlever – à l'exception du juge et dans un cadre très précis – la possibilité de décider lui-même de son propre bien. Le politique exige donc que soit posée l'existence d'une frontière clairement identifiée entre la sphère éducative – qui suppose la soumission à une tutelle nécessaire – et la sphère citoyenne – qui est exercice d'une liberté inaliénable. Nous ne pouvons pas plus permettre à des enfants de décider du sort du monde que nous pouvons priver les adultes de cette liberté. L'éducation ne peut – par principe – considérer l'enfant comme un citoyen déjà autonome. La vie politique doit, elle -toujours par principe - s'interdire de traiter des citoyens comme des enfants. La ligne de séparation dont parle Hannah Arendt n'est pas d'abord affaire de maturité ; ce n'est pas une proposition liée à l'observation de la croissance et du processus d'autonomisation progressive des enfants ; ce n'est pas une question de psychologie ; c'est une nécessité principielle qui s'impose en elle-même, avant tout débat sur le moment précis où faire passer cette ligne. À la limite, peu importe où passe la ligne, pourvu que la ligne existe et fonde ensemble et réciproquement les deux statuts : celui de l'éduqué, dépendant et assujetti à l'adulte qui décide pour lui ; celui de l'adulte qui décide lui-même comme citoyen de plein droit dans la vie de la Cité. D'ailleurs, l'adulte qui prétend permettre à l'enfant de choisir lui-même son destin est aveugle, pense Hannah Arendt, sur ses propres pratiques : aucun adulte ne laisse vraiment l'enfant choisir sa langue maternelle, ses manières de table, ses coutumes vestimentaires, sa religion, ses conceptions du monde... Tout enfant est élevé dans des normes qu'il doit respecter... ne serait-ce que pour pouvoir précisément, quand il deviendra adulte, les subvertir. Il y a, dans l'éducation, une dimension irréductible de domestication que seules quelques belles âmes utopiques s'efforcent désespérément de nier. Ce faisant, elles volent d'ailleurs à l'enfant ses droits fondamentaux : le droit à l'enfance et le droit d'être éduqué... Quand elles n'en profitent pas pour récupérer, en sous-main et au nom de l' « intérêt des enfants », un pouvoir charismatique ou institutionnel sur les autres adultes, comme en tém oigne très largement l'histoire convulsive de la pédagogie et des « grands pédagogues ». Une telle conception, formalisée par Hannah Arendt il y a plus d'un demi-siècle, est aujourd'hui largement partagée par de nombreux intellectuels. Ainsi la retrouve-t-on sous la plume de Marcel Gauchet qui écrit : « L'entrée de la démocratie dans l'école n'a-t-elle pas pour effet, en réalité, de retourner la démocratie contre la possibilité même d'une école ? »[2] Et l'auteur de stigmatiser le discours pédagogique réformateur qui place, dit-il, l'« élève-citoyen » au centre du système et relevant, à ses yeux, « de l'application subreptice au domaine de l'enseignement d'une certaine idée de la démocratie »[3]. Face à ces errances, il convient, pour lui, de restaurer la primauté de l'autorité de la transmission scolaire en écartant toute illusion