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Misères de l'éducation en Afrique

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Description

Au seuil de ce millénaire, le constat a été fait que 113 millions d'enfants de par le monde n'avaient accès à aucune espèce d'éducation et 880 millions d'adultes étaient analphabètes. L'Education Pour Tous est devenue alors un des objectifs majeurs, avec aujourd'hui un bilan largement contrasté. La réalité sur le terrain, au Cameroun par exemple, est bouleversante : absence d'objectifs propres et d'ambition de la part des Etats, rétrécissement constant de l'accès à l'éducation, précarisation du statut des enseignants, dégradation continue de la qualité de l'éducation, etc.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2009
Nombre de lectures 216
EAN13 9782296670198
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Misères de l’éducation en Afrique
Le cas du Cameroun aujourd’hui
Enseignement et éducation en Afrique
Dirigée par Magloire KEDE ONANA

En ces temps de crise généralisée, l’Afrique, comme beaucoup d’autres continents de la planète, traverse des moments extrêmement difficiles dans tous les secteurs d’activités. Au plan de son secteur éducatif objet de nos investigations, la crise ne cesse d’assombrir la vie des différents acteurs de nos communautés éducatives: les parents pour la plupart démissionnent chaque jour devant leurs responsabilités; les enseignants qui pourtant ont entre autres tâches celles d’exercer dans les jeunes esprits la faculté de penser et de développer en eux le sentiment de la valeur de l’homme deviennent de plus en plus comme des bouches inutiles. Premiers passeurs culturels, ils ont toujours du mal à affirmer leur autorité devant une jeunesse devenue esclave dans l’usage de nouveaux moyens sophistiqués de diffusion de la seule culture moderne. Une telle situation installe tous les acteurs ainsi désignés dans un malaise profond, accentué par leur porte-monnaie qui ne répond plus à tous les défis. La conséquence au niveau des apprenants va être la langueur, la désertion, l’angoisse ou la phobie permanente des échecs et le désenchantement sur les lendemains de l’école.
Pour s’élever au-dessus de toutes nos limitations, l’alternative qui semble s’imposer à nous tous c’est: créer ou disparaître. Nous devons pour ainsi dire nous employer à la production radicale de nouvelles manières de voir, de faire et d’être; autant d’orientations et de combinaisons originales sous l’effet desquelles un nouveau redécollage est possible au risque de devenir comme des balafons crevés. Une telle entreprise nécessairement collective doit donc s’ouvrir et nous ouvrir aux autres, parce qu’elle contribuera à mesurer désormais l’avenir de nos Etats à leur capacité de stimuler l’intelligence de leurs concitoyens.
C’est suite à ce constat et surtout sous l’impulsion des Editions L’Harmattan, que l’idée de créer la collection « Enseignement et éducation en Afrique » s’est imposée.

Déjà parus

Benoît ALIMA, La réforme éducative au Cameroun. Regard sur les activités post etpériscolaires , 2008.
Magloire KEDE ONANA, Le droit à l'éducation en Afrique. Enjeux et perspectives à l'ère de la mondialisation , 2007.
Sous la direction de
Roger KAFFO FOKOU


Misères de l’éducation en Afrique
Le cas du Cameroun aujourd’hui
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-07888-8
EAN: 9782296078888

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Première partie : LA DIFFICILE LUTTE POUR UNE EDUCATION DE QUALITE ACCESSIBLE A TOUS
INTRODUCTION
L’éducation est le bien acquis le plus précieux de l’être humain. De tous les biens culturels, elle est certainement celui qui, une fois acquis, nous appartient le plus, de manière définitive. L’éducation est essentiellement un bien inaliénable: même si nous le voulions, nous ne pourrions en disposer. Notre éducation nous colle à la peau, à vie. Mieux, elle est notre seconde peau, et pourquoi pas, de loin notre peau la plus épaisse, la plus protectrice. Serions-nous complètement nus, loin de toute garde-robe, il nous suffirait d’avoir reçu une éducation appropriée; sans éducation, aucune garde-robe ne saurait nous protéger suffisamment.
Priver un être humain d’éducation, c’est donc le dénuder, lui enlever jusqu’à sa peau, et l’exposer à la rigueur des intempéries; c’est lui enlever toute chance de défendre son droit naturel fondamental, le droit à la vie. Refuser à un être humain l’éducation à laquelle il a droit, c’est subtilement le condamner à la peine capitale, aussi sûrement que si vous le mettiez devant le peloton d’exécution. Et de quel droit vous prévaudriez-vous pour perpétrer un tel crime? J’aimerais qu’on me le dise.
Voici pourquoi le Syndicat National Autonome de l’Enseignement Secondaire (SNAES) a choisi en 2005 de privilégier à tout la défense du droit à l’éducation, à une éducation de qualité, parce que l’éducation, si elle n’est de qualité, peut être plus dangereuse qu’une absence d’éducation.
Au cours des décennies écoulées, une importante fraction de la population de ce pays n’a pas du tout eu droit à une éducation; une autre, non moins importante, a eu droit à une éducation d’une qualité questionnable. Entre ceux qui aujourd’hui et demain ont impérativement besoin d’apprendre et ceux qui auraient surtout besoin de désapprendre, il reste une marge fort étriquée qu’il faut exploiter pour refaire l’éducation collective. Mais pour arriver à tracer la ligne de démarcation au-delà de laquelle tout redevient possible, il faut un diagnostic précis, et un travail de diffusion à la mesure de l’enjeu. Rien de tout cela n’est facile.
Les réflexion et enquêtes qui suivent se veulent un pas dans cette direction, une contribution modeste que le SNAES met à la disposition des parents, des élèves et étudiants, de ceux qui ont la charge de concevoir notre politique éducative. En espérant qu’un jour nous aurons un véritable système éducatif.


Le Secrétaire général
Roger KAFFO FOKOU
ACCES A L’EDUCATION : Une éducation de plus en plus réservée à une riche minorité - Par Roger KAFFO FOKOU
Au fil des années, il apparaît que la volonté de désengagement de l’Etat, l’érosion du pouvoir d’achat due entre autres à l’érosion constante de la monnaie, la paupérisation continue de la population (la classe moyenne est en voie de totale disparition au Cameroun), tous ces facteurs rendent l’accès à l’éducation de plus en plus difficile. L’éducation au Cameroun est en train de devenir l’affaire d’un oligopole de plus en plus étroit.

I. LE COÛT DE L’EDUCATION

Que ce soit en zone urbaine ou en zone rurale, l’éducation coûte cher. Il suffit pour s’en convaincre, de faire l’inventaire des indicateurs de coûts obligatoires d’éducation par niveau.

COÛT DE L’EDUCATION: ENQUETE ET
SIMULATION


{1}

- Taxi pour les Zones urbaines (500 FCFA par jour x 180);
- Divers: prévoir une gourde à la maternelle et de menus imprévus;
- Calculatrices scientifiques pour les grandes classes etc;
- Restau: petit déjeuner, goûter, repas du jour évalués à environ 500F par jour x 5 jours x 36 semaines;
- Frais répétition: à l’école primaire, frais officieux de suivi par le maître et répétition proprement dite au CM2, au collège, (environ 5000f / mois x 6 mois).
NB : Les coûts ont été sélectionnés au plus bas de l’échelle chaque fois.
Il apparaît que l’éducation d’un enfant coûte au Cameroun de 785FCFA jusqu’à 1. 985FCFA par jour.z

COUT JOURNALIER DE L’EDUCATION (en FCFA)



Base de calcul: 9 mois = 36 semaines de 5 jours, soit au total 180 jours (inclus donc les semaines de congés de Noël et Pâques). Le montant global des coûts sera donc divisé par 180 (On aurait pu, pour plus de précision, diviser par 160, soustrayant ainsi les 4 semaines de congés)
NB : -La population urbaine représente 50, 6% de la population camerounaise (source Jeunes Afrique l’intelligent Hors-Série n° 8);
- Près de 50% de la population de l’Afrique au sud du Sahara vit avec moins de 1 dollar par jour
Or le RNB au Cameroun est de 640 dollars par habitant, soit au taux de 1 dollar pour 483, 6F CFA 848 FCFA par jour, juste de quoi envoyer un enfant à la maternelle en zone rurale, car en zone urbaine il faudrait déjà 1 245F CFA par jour. Quelles sont les conséquences de cet état de choses?

II. BRICOLAGE ET ABANDON PRECOCE DES BANCS
La première conséquence est la portée des disparités entre la demande d’éducation par niveau d’éducation et la fréquentation effective des établissements scolaires.



Seule l’éducation primaire s’en tire avec 96, 42% de taux de scolarisation. La plupart des parents préfèrent faire sauter la maternelle à leurs enfants, puis les retirent purement et simplement de l’école après le CM2. La deuxième conséquence est la généralisation du bricolage. Les enfants sont envoyés à l’école sans livres, sans cahiers, parfois avec la même tenue rapiécée d’année en année, autant pour les chaussures, passant des journées le ventre creux. Or comme le dit bien l’adage, ventre affamé n’a point d’oreilles. Les rendements scolaires sont logiquement bas, mauvais pour la plupart. On comprend aussi pourquoi l’abandon précoce est sur une courbe de plus en plus vertigineuse au fil des ans.

III. VERS UNE SOCIETE DE QUASI-ANALPHABETES
La société camerounaise de demain sera une société de quasi-analphabètes majoritaires. Elle l’est même déjà aujourd’hui. Cela constitue-t-il une force ou une faiblesse? Les zones les plus développées du monde jouissent des taux d’alphabétisation conséquents: en Europe et en Amérique du nord, la couverture scolaire est de 100% pour le primaire et le secondaire. En Asie du sud- est (zone où se retrouvent les dragons), 97% des enfants sont scolarisés et l’alphabétisation des adultes y est presque achevée (94% des adultes y sont alphabètes).
Une société analphabète ne peut pas se défendre et défendre les valeurs de démocratie qui sont à la base de la bonne gouvernance au service du développement. « La stabilité politique et le renforcement de la démocratie, fondés sur la consolidation de la justice et des libertés individuelles, constituent des conditions essentielles au dynamisme de l’investissement et à l’accélération de la croissance », écrit Charles Konan Banny.
LE SYSTEME EDUCATIF ANGLOPHONE AU CAMEROUN ET SES PROBLEMES - Par Kamdem Kamdem Martin
Lycée bilingue Bamenda

L’objectif de ce travail n’est pas de comparer les deux systèmes éducatifs, francophone et anglophone, que le Cameroun a hérités des français et des Anglais; mais plutôt de donner notre contribution à l’édification de la nation en jetant un regard critique sur le système éducatif anglophone tel qu’il est dans notre pays, afin de faire ressortir quelques-unes de ses insuffisances tout en suggérant quelques solutions. Notre principal but de ce fait est davantage de susciter une prise de conscience beaucoup plus que de proposer des solutions.
Les problèmes de ce sous système éducatif trouvent leurs racines loin dans le passé, dès 1916, date de la partition du Cameroun. La partie confiée aux Anglais (Cameroun septentrional et Cameroun méridional) souffrit de la politique du ‘‘indirect rule’’. Le Cameroun était alors considéré comme la cour arrière du Nigeria et ce dernier devait élaborer une politique d’éducation pour nous. Cette politique d’adaptation ne vit pas la nécessité de former dans le domaine scientifique et technique une population considérée comme primitive (Anglophone and francophone educational systems in Cameroon, 1998, p.17) Cela n’était pas déjà mal pour quelqu’un de pouvoir lire, écrire et compter à partir d’une école informelle (hedge school). La plupart des enseignants ici étaient nigérians. Malgré la pression des organisations internationales et de certains administrateurs et associations missionnaires anglais, les effectifs d’ensemble stagnèrent à 6.505 en 1925 alors que la demande d’éducation en 1921 était déjà de 129.035 (Dr. Gwanfobe M.B.).
Une éducation de bonne qualité ne pouvait s’obtenir que dans les établissements missionnaires, ce qui explique la ruée vers ces écoles. Les missionnaires s’en servirent comme outil d’évangélisation et ceci explique pourquoi les élèves d’hier, parents d’aujourd’hui, continuent à soutenir que l’éducation missionnaire est la meilleure, et résistent à toute tentative de supprimer du GCE {2} la matière ‘‘connaissances religieuses’’.
Comme nous l’avons dit plus haut, l’enseignement technique fut complètement abandonné et à ceux qui cherchaient à suivre un enseignement technique il était conseillé de se faire admettre dans un atelier de mécanique auto, de menuiserie... Même quand il fut question de créer un établissement d’enseignement technique, la préférence alla à l’enseignement commercial. Ceci amena la population à déconsidérer l’enseignement technique, et même lorsqu’un établissement comme le collège technique de Ombe fut ouvert, il n’était destiné qu’à ceux qui avaient été refusés au concours d’entrée dans un collège d’enseignement général, bref, aux moins intelligents, aux défavorisés, aux pauvres et aux désespérés, à l’écume de la terre. Quand nous regardons le Cameroun actuel, nous avons l’impression que la politique de l’adaptation continue de se pratiquer. «Aucun des ministres jusqu’ici en charge de l’éducation nationale n’a encore mis sur pied une politique d’éducation claire avec des objectifs précis. Chacun d’eux arrive, fait quelques déclarations mais rien ne suit ». Les ministres actuels vont-ils faire mieux? Il y a toutes les raisons d’en douter.
Trente-trois ans après la réunification, et le Cameroun étant devenu bilingue, ‘‘un et indivisible’’, comment pouvons-nous expliquer que le système éducatif anglophone soit confiné aux provinces du Nord-Ouest et du sud-ouest? Le fait que ce système d’éducation n’ait pas été étendu à l’ensemble du territoire national, dans tous les villages, a amené les gens à croire que certaines provinces sont anglophones et d’autres francophones. Ceci ne peut naturellement pas promouvoir l’intégration nationale. Si nous voulons une éducation de qualité pour tous, alors nous devons commencer par donner la possibilité à chaque enfant, quel que soit l’endroit où il se trouve dans la république, d’accéder à l’établissement et à l’éducation de son choix. Mieux qu’aucun discours politique cela seul va créer le sentiment d’appartenance à la nation camerounaise. Si cela se concrétise, l’idée de majorité va disparaître emportant avec elle quelques-unes des frustrations qui sont aujourd’hui le lot de ceux qui suivent le système éducatif anglophone et Dieu seul sait s’ils sont nombreux. Nous aimerions en citer quelques-unes:
1. Très peu d’anglophones après avoir obtenu leur GCE A/level peuvent accéder à l’une de nos universités {3} . La raison étant que très peu de facultés existantes sont adaptées à leur système. Les concours d’entrée dans les grandes écoles (Ecole Nationale Supérieure Polytechnique, des Travaux Publiques, des P&T...) sont basés sur les programmes des élèves francophones. Ceci parce que les francophones étant majoritaires, la politique éducative s’il y en a une, est faite pour eux. Alors qu’en étendant le système éducatif anglophone a tout le territoire (donnant la possibilité à quiconque le souhaite d’y accéder), cette injustice mourrait de sa mort naturelle.
2. Très peu d’enseignants anglophones sont entraînés surtout dans le domaine de l’enseignement technique d’autant qu’ils ne peuvent réussir l’entrée à l’ENSET {4} de Douala, non pas qu’ils en soient incapables mais parce que l’examen d’entrée est élaboré sur le programme du système francophone. Ceci a créé une triste situation telle que dans les quelques établissements techniques utilisant l’anglais comme langue de communication, plus de 80% du personnel enseignant sont francophones. Ceci constitue déjà en tant que tel une entrave majeure pour l’élève et naturellement au bout de ses études il parle une langue qui est tout sauf l’anglais, ses enseignants n’étant pas mieux lotis en la matière. Un exemple patent est donné par quelques-uns des sujets qui leur sont proposés aux examens officiels. Prenons le cas de l’épreuve de climatisation/ventilation au Baccalauréat de technicien F5 en 2005: la question I.16 B du problème est une étude de cas. Voici ce que nous lisons: « The brics are in agglomerés creux in plâtres or carreaux.... The wall east is ensoleillé... the plancher is on terre pleine... the roof is in tuile sans solivage ».
Comme si cela ne suffisait pas, dans l’enseignement technique il y a une absence presque totale de manuels en anglais adaptés au programme. La raison en est que ce programme est une simple transplantation du système francophone vers le système anglophone, alors que les manuels programmés sont ceux du système anglophone ouest africain. Nous devons par conséquent produire nos propres manuels subventionnés par l’Etat et accessibles à tous, ou utiliser les manuels qui existent et adapter le système à ces derniers.
3. Les appellations des diplômes de fin d’études dans l’enseignement technique anglophone sont un sérieux sujet de préoccupation. Quand vous décernez à quelqu’un qui de bout en bout a fait ses études en anglais un diplôme dénommé « Certificat d’Aptitude Professionnelle » (CAP), « Probatoire de Technicien » ou « Baccalauréat de Technicien », cela veut-il dire que dans notre pays nous avons été incapables de trouver des noms en anglais pour ces diplômes? Ou bien que notre pays est tellement en retard que nous ne pouvons former les Camerounais en traduction élémentaire ?
Que le système soit ou non étendu à l’ensemble du territoire, il nécessite comme n’importe quelle activité humaine de permanentes reformes. Dans le cas contraire nous nous retrouverons avec un système éducatif archaïque. Pour atteindre cet Objectif, la vieille génération doit admettre qu’il y a des imperfections et que, soit nous nous adaptons au changement (même en Grande Bretagne l’éducation est soumise aux reformes), soit nous nous accrochons au statu quo et disparaissons avec celui-ci.
A titre d’exemple, nous ne pouvons continuer à scolariser nos enfants simplement pour qu’ils aient des diplômes. Quand il est demandé à un candidat de choisir quatre questions sur les cinq qui lui sont proposées, nous lui demandons simplement de maîtriser quatre chapitres dans tout un programme. Ceci peut expliquer la ruée vers les cours du soir où il est possible d’obtenir un GCE O/L (BEPC anglophone) deux ou trois ans après le CM2 (7 e ). ( Diplôme ou éducation? par Ngwani Samsani Mbunwe, in La Voix de l’Enseignant N°. 40, P.1 ) . Le programme de philosophie devrait être mieux élaboré et enseigné dans toutes les séries afin de donner une formation plus complète aux enfants sortant des lycées. En mathématiques l’accent devrait être mis en séries S1 et S2 non sur une spécialisation étriquée mais sur un plus grand élargissement des connaissances. Le français devrait être enseigné non pas seulement pour passer les examens mais pour être maîtrisé et utilisé concrètement. Qu’un candidat sache d’avance que la question B de l’épreuve n°3 lui demandera de rédiger une lettre à un ami, à un parent, ou une description n’aide pas ou très peu ce candidat. Celui-ci peut rédiger ladite lettre ou description un an à l’avance, ou en mémoriser une que quelqu’un d’autre lui a rédigée et obtenir un ‘‘A’’ à l’examen. Dans quelle mesure s’agit- il du français lorsque à l’épreuve de littérature française sujet n°1 du Bacc anglophone, en dehors du titre tout (questions, commentaires et réponses) est en anglais ? ( Analyse critique des épreuves de French aux examens GCE by Samnuel Nembot, 2000 ) . Il est vrai qu’il y a plus d’anglophones que de francophones qui parlent nos deux langues officielles mais cela, ils le doivent moins au français qu’ils acquièrent au collège ou au lycée qu’au fait qu’ils doivent se battre pour se frayer un chemin quand ils arrivent à Yaoundé pour poursuivre leurs études. Ainsi, plus d’insistance devrait être mis dans l’apprentissage du français aux élèves, sur l’utilisation de la langue, ce à travers l’acquisition d’un certain degré d’autonomie par le biais d’une pratique plus approfondie de la grammaire, du vocabulaire et non pas seulement sur les faits ou quelquefois, comme c’est le cas aujourd’hui, sur la communication.
CONCLUSION

Nous somme conscients d’avoir touché très peu des nombreux problèmes auxquels fait face le système éducatif anglophone au Cameroun. Mais notre objectif est de susciter davantage de réaction de telle sorte qu’ensemble nous puissions bâtir un système plus solide à partir de ce qui existe. Pour y arriver, l’Etat devrait prendre ses responsabilités et laisser les politiques à l’écart des problèmes de l’éducation à moins que ces derniers se résolvent à apporter des contributions positives. L’introduction des QCMs au GCE peut constituer un moyen d’amener les candidats à avoir une connaissance plus étendue d’un programme donné.

Je suis très reconnaissant à: Dr. GWANFOGBE Mathew Basung, Semma Valentine, Tangye Samuel, Beng Johnson, Nembot Samuel and Gako Ala pour leur contribution à cette réflexion.
GESTION QUOTIDIENNE : Opacité, Tribalisation et Corruption - Par Guy Ketchatcham Ngamy
Pour les enseignants, syndicalistes et autres acteurs de la société civile, dépolitiser l’école c’est la dépouiller, la débarrasser de tous les outils de propagande du système de gouvernement en place. Pour le gouvernement actuel, dépolitiser l’école c’est plutôt y diffuser tout du parti unique au pouvoir et y éviter tout débat susceptible de remettre en question, de soulever tout problème qui pourrait « embarrasser les autorités », selon la fameuse formule utilisée dans l’Ordonnance de 1962 sur la subversion. C’est un peu comme si la société avait des choses à dissimuler, comme s’il y avait des difficultés à en rendre la gestion tout à fait transparente dans ses diverses composantes. Dans le secteur de l’éducation par exemple, deux des principales facettes de cette opacité - nous y sommes déjà - et dont tout le monde parle, sont la corruption et le tribalisme.
Tenir un propos sur l’opacité du système éducatif camerounais peut amener l’observateur, non seulement à s’interroger sur les manifestations plus ou moins visibles de la corruption et du tribalisme dans la gestion quotidienne de notre école, mais aussi à en évaluer les conséquences sur le rendement de l’éducation publique et sur la dynamique sociale dans son ensemble.
Si les corrupteurs de notre école sont, pêle-mêle, parents et élèves, enseignants et personnels d’appui, administrateurs scolaires et autres acteurs de la communauté éducative, alors l’étendue de la corruption ne peut avoir qu’un effet dévastateur sur l’école et les valeurs qu’elle doit véhiculer, comme nous allons le montrer de prime abord. En abordant ensuite le tribalisme, il sera sans doute utile de relever les quelques indices de perception disponibles et relatifs au système de promotion du personnel, l’accès à la profession, l’institutionnalisation de l’équilibre régional, etc. Ce double regard nous amènera forcément à l’ultime question du choix existentiel à opérer dans une société qui ne se laisse pas facilement cerner, qui semble verrouiller son système, comme pour préserver jalousement son absurdité.

I. L’EVIDENCE DE LA CORRUPTION

Les deux premières formes de corruption qui nous intéressent concernent les parents et les élèves comme initiateurs. Ce sont ces derniers en général qui prennent contact avec enseignants, examinateurs, chefs d’établissement, pour «faciliter» l’accès à tel ou tel privilège. D’aucuns pensent que l’amplification du phénomène est récente, peut-être pas à tort, car même si la pratique ne semble pas née avant-hier, il y a quand même des raisons de penser que la banalisation de la corruption à l’école se situe au début des années 90. Et depuis, personne ne semble scandalisé par les faits: les témoignages abondent, de parents qui ont monnayé l’accès de leurs enfants dans les lycées et collèges de l’enseignement public. Les tarifs sont parfois publiés: dans les cités de Douala et Yaoundé, il est courant d’entendre parler de 100 000 CFA pour négocier une entrée en 6ème hors concours. Et plus la demande est forte, plus les tarifs sont élevés et vice-versa. Les classes de 3 ème sont aussi parmi les plus sollicitées. Dans les autres classes, les tarifs se situent aux environs de 50 000 CFA. Ailleurs, tout est fonction du pouvoir d’achat des parents: parfois, avec 10 000F, vous avez accès à ce qui coûterait trois ou quatre fois plus dans les grandes villes. Il ne s’agit là que de l’accès à l’école publique. Lorsqu’on y est déjà, on peut continuer dans la même logique.
Les témoignages abondent ainsi, de parents et élèves qui affirment avoir « donné quelque chose » pour modifier l’évaluation des connaissances. Nous avons rencontré des cas d’élèves qui faisaient savoir à leurs camarades qu’ils n’ont pas besoin de venir à l’école tous les jours, de trimer dans les cours et les révisions, pour obtenir leur baccalauréat. Et dans le cas que nous citons, l’enfant a effectivement « réussi » à son examen parce qu’il savait où prendre les épreuves avant les autres, ainsi de suite. Dans de nombreuses localités de la république, les cas de vente des numéros d’anonymat aux examens officiels ont été cités; et même lorsque cela n’a pas été rendu public, on a toujours su que cela se faisait, et qu’il suffisait d’avoir le bon « tuyau ». Le ministère a même publié une liste de 64 élèves déchus de leur BEPC parce qu’ils l’ont obtenu avec une moyenne inférieure à ...08/20 !! Comment ont-ils procédé pour ainsi passer entre les mailles du tamis? N’y a-t-il pas eu quelques enveloppes - les Anglais leur donnent la couleur marron - passées sous la table? Le problème avec cette strate de la corruption dans le système éducatif, c’est que les acteurs sont des victimes qui s’ignorent: il est en effet très difficile d’expliquer à un parent ou à un élève que la fraude sur les notes, c’est l’enfant seul qui y perd, l’enseignant ne perd que sa conscience, encore que... D’aucuns diront que donner 100 000 CFA à un proviseur de ville pour que l’enfant aille en 6 ème malgré ses 06/20 de moyenne au concours d’entrée, c’est donner une chance au petit, c’est lui donner l’occasion de se battre, de rattraper son retard; en plus, sur le plan financier, c’est plus économique que de payer cette somme au privé chaque année. C’est pourquoi on conçoit très mal qu’un enseignant laisse son enfant redoubler une classe, ou même échouer au BEPC. Que faisait-il là? Comment a-t-il pu dormir au premier banc ?
Et c’est justement pour ne pas être accusé de manquer d’opportunisme que les enseignants eux aussi saisissent leur chance quand l’occasion se présente; en fait il est surtout question ici de créer l’occasion, de prendre l’initiative, de savoir « se battre » pour débloquer les situations. L’enseignant dans notre système est un agent actif de la corruption. Et ce que l’on achète, ici, c’est des avantages: accès à la profession, affectations à certains postes de travail, promotions, etc. Le principe de la discrétion dans la gestion du personnel de l’Etat, par exemple, amène à des situations où les acteurs ne sont plus assignés à des postes parce que l’on y a besoin d’eux, mais parce que leur profil, les « gestes » qu’ils ont faits, les gens qu’ils ont vus, les y conduisent. Par conséquent, il y a d’abord « mutations », puis « harmonisations », pour dire sans ambiguïté possible que les mutations n’ont pas été harmonieuses au niveau ministériel, que l’on a d’abord cherché à satisfaire ou à punir, avant de laisser le soin aux responsables provinciaux de rechercher quelque problématique équilibre. C’est tellement flagrant que les tribunaux en sont parfois saisis, comme le cas de ces cadres du ministère en charge de l’enseignement secondaire qui ont été jugés pour « trafic de fausses attestations d’affectation » {5} . Le cas que relate la presse officielle est accidentellement arrivé devant les tribunaux parce que l’un des clients des faussaires, un professeur « mal » affecté, avait porté plainte. L’audience publique a permis de divulguer une des multiples tactiques qui sont utilisées par divers intervenants dans la filière des services rendus aux usagers pour gérer et rentabiliser leurs circuits de corruption. Or cette tentation, même les personnes les mieux placées dans le système y succombent souvent.
Ces personnes, ce sont les membres de la haute administration de l’éducation nationale. Ce sont ceux qui ont accès à l’argent de l’école, ceux qui ont la signature qui compte, ceux qui ont la signature sur les comptes, et qui ont pour noms proviseurs, délégués, inspecteurs, chefs de services administratifs et financiers, intendants, comptables matières, chefs de services, directeurs, etc.