Université ou anti-université

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Les essais ici réunis sont les actes du colloque organisé en 2015 par le Collège international de philosophie. L'ouvrage questionne le rôle des humanités dans la construction des idées universitaires en Europe. Alors que les gouvernements européens ont adopté une vision de l'enseignement supérieur centrée sur la rentabilité de la recherche et de l'instruction, il apparaît nécessaire de réévaluer le sens et les possibilités des humanités. Une dizaine de chercheurs s'y emploient.

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Date de parution 01 décembre 2016
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EAN13 9782140024306
Langue Français

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est professeur d’histoire de la philosophie à l’Université de Rome « Tor Vergata » et ancien directeur de programme du Collège international de philosophie – Paris.  est chercheur en éducation et philosophie de l’éducation à l’Université de Rome « Tor Vergata » et directeur de programme du Collège international de philosophie – Paris.  est professeur d’éducation à l’Université de Rome « Tor Vergata » et de la SICESE (section italienne de la ).
Sous la direction de Paolo Quintili, Carlo Cappa et Donatella Palomba
UNIVERSITÉ OU ANTIUNIVERSITÉ
Les humanités dans l’idée de formation supérieure
Université ou anti-université
La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren  Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique.  Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie.  Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions Ioanna KUÇURADI,Le combat pour les droits de l’homme. Un enjeu philosophique de notre temps, 2016. Hélène JACQUIER,Ecritures et Théâtres de l’Intime. Une approche analytique des processus de la création et des représentations artistiques, 2016. Patrice VERMEREN (Dir.),Victor Cousin, Suivi de correspondance Schelling-Cousin, Réédition du n°18/19 de Corpus, revue de philosophie, 2016. Maddalena DI BENEDETTO,Nature et poétique en mouvement. Italo Calvino lecteur de Lucrèce, de l’Arioste et de Giordano Bruno, 2016.
Sous la direction de Paolo Quintili, Carlo Cappa et Donatella Palomba Université ou anti-université Les humanités dans l’idée de formation supérieure
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-10607-6 EAN : 9782343106076
INTRODUCTIONQuestionner à nouveau les humanités. Pistes de recherche Paolo Quintili Carlo Cappa Donatella Palomba
Ce volume est le résultat d’un parcours de recherche qui a franchi sa première étape avec le colloqueanti-Université ou Université ? Les humanités dans l’idée de formation supérieure, qui s’est tenu le 14 et 15 octobre 2015 à la Maison Heinrich Heine de la Cité Universitaire de Paris. Sous la direction de Paolo Quintili, Carlo Cappa et Donatella Palomba, ce parcours a été conçu dans le cadre d’une collaboration entre le Collège International de Philosophie de Paris et l’Université de Rome « Tor Vergata » et il a visé à questionner le rôle des humanités dans la construction des idées d’université qui ont marqué le développement de l’enseignement supérieur en Europe. Comme responsables du projet de recherche, notre intention a été, à la fois, culturelle et politique, pour essayer de répondre aux défis du scénario actuel de l’université, où les humanités vivent un moment de crise très problématique, surtout face à l’affirmation d’une vision de l’enseignement supérieur centrée sur la rentabi-lité de la recherche et de l’instruction. Aujourd’hui, l’alarme pour le sort des humanités est très répandue dans la réflexion des intellectuels européens, mais nous avons exploré une ap-proche différente fondée dans l’analyse conceptuelle des idéaux éducatifs qui ont nourri les idées d’université pendant plusieurs siècles, en cherchant de comprendre de façon critique la ri-chesse possible de notre tradition humaniste. En 1998, Jacques Derrida tint la conférence au titre sugges-tif :L’avenir de la profession ou L’université sans condition (grâce aux « Humanités »), ce qui pourrait avoir lieu demain,
dans le cadre desPresidential Lectures, à la Stanford Universi-ty. C’est un texte dont le volume,L’Université sans condition, 1 publié en 2001 sera l’issue. Cette œuvre se présente comme un examen attentif et soigné de la situation complexe que l’instruction supérieure, dans son ensemble, était en train d’affronter, serrée entre différentes demandes pressantes qui au-raient prétendu qu’elle devienne le pivot du développement économique, et les mutations internes à son identité, en trans-formation radicale pour des causes multiples, parmi lesquelles il y a l’élargissement rapide de la population estudiantine qui a rendu l’université plus « universelle », selon la définition cé-2 lèbre de Martin Trow. Dans ces derniers seize ans, après le tra-vail de Derrida, l’Europe a été traversée par des processus pro-fonds de réforme des systèmes d’instruction, des processus qui ont concerné de manière considérable, et de près, l’Université. Cependant, de façon différente par rapport à l’auspice du Philo-sophe, pour répondre aux défis posés par la globalisation, la construction conceptuelle la plus répandue en Europe, en parti-culier dans les années postérieures à laStratégie de Lisbonnede 3 l’an 2000, a été celle d’une « société de la connaissance » (Knowledge Society) dans laquelle semble rester bien peu de chose de cet élan derridien vers une recherche inconditionnelle. Il paraît surtout difficile, dans ce scénario, de garantir une re-cherchelibredes pressions (nationales et super-nationales) d’un marché économique de plus en plus encombrant, qui est arrivé à modifier progressivement le vocabulaire même par lequel on réfléchit sur les « missions » de l’instruction supérieure. 4 Le « Processus de Bologne » (1999), la constitution de 5 l’Espace Européen de le Recherche (EER) et le projet ambi-
1 Jacques Derrida,L’Université sans condition, Paris, Galilée, 2001. 2 Martin Trow,Problems in the Transition from Elite to Mass Higher Educa-tion, Berkeley – CA, Carnegie Commission on Higher Education, 1973. 3 Conseil européen de Lisbonne,Conclusions de la Présidence, 23 et 24 mars 2000. 4  Notamment, les deux premiers documents du Processus sont la Déclaration de la Sorbonne,Harmoniser l’architecture du système européen d'enseigne-ment supérieur, Paris, 24 mai 1998 et la Déclaration de Bologne,L’espace européen de l’enseignement supérieur, Bologne, 18-19 juin 1999 ; voir ici la contribution de Marie-Françoise Fave-Bonnet, pp. 143-160.
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tieux d’harmonisation des systèmes d’instruction supérieure 6 dans l’Espace européen de l’enseignement supérieur, ont été des étapes importantes dans le trajet de l’intégration euro-péenne. En même temps, cependant, ces étapes, même positi-vement considérées, ont impliqué des modifications radicales de l’identité de l’Université, qui ont heurté avec violence contre l’établissement traditionnel de beaucoup de domaines discipli-naires, parmi lesquels les humanités ont certainement subi de lourdes répercussions. D’autre part, déjà dans les pages de Der-rida, le nœud conceptuel signifié par le rapport entre le rôle des humanités et l’identité de l’Université, avait été exploré dans sa perspective spécifique propre, en le posant comme l’élément-pivot pour consentir à l’instruction supérieure de s’épanouir avec son potentiel positif pour la société contemporaine et pour lui permettre d’être le creuset indispensable à l’élaboration de la vie démocratique de la société contemporaine dans notre Conti-nent, en affrontant les véritablesdilemmes éthiquesde jaillis l’élargissement des frontières de la citoyenneté. Dans cette situation, tellement complexe, dans laquelle est à l’œuvre de plus en plus, au niveau mondial, une réflexion sur le rôle des humanités, ce Colloque s’est proposé comme un mo-ment de réflexion et d’approfondissement du rapport que les disciplines humanistes ont eu, au cours des siècles, avec l’idée même d’Université et de la contribution qu’elles ont donné à son élaboration. Il est incontestable, en effet, que les idées par lesquelles on avait l’habitude de penser les buts de l’Université, jusqu’à un passé beaucoup plus récent, dérivent du contexte des humanités et que leur substitution rapide avec les buts propres de laKnowledge Society, plutôt centrés autour du monde de l’économie, ait été un passage lourd de nombreuses consé-quences. Plusieurs et différenciées ont été, désormais, les études
5 Commission européenne, Communication de la Commission au Conseil, au Parlement européen, au Comité économique et social et au Comité des Ré-gions, Vers un espace européen de la recherche, COM(2000) 6 final, Bruxelles, le 18 janvier 2000. 6  À voir Communiqué de la conférence des Ministres européens chargés de l’enseignement supérieur,Processus de Bologne 2020 – L’espace européen de l’enseignement supérieur dans la nouvelle décennie, Louvain et Louvain-la-Neuve, 28 et 29 avril 2009.
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