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Sur le seuil du temps

De
131 pages
Siegfried Kracauer (1889-1966) apparaît aujourd’hui comme un des intellectuels les plus originaux issus de la République de Weimar. À la fois philosophe, romancier, essayiste, sociologue et historien, critique et théoricien du cinéma, il fut aussi un penseur pionnier de la photographie, technique de reproduction dans laquelle il voit s’instaurer un nouveau rapport au temps. Ce recueil rassemble les essais qu’il a consacrés à ce médium depuis la fin des années 1920 jusqu’à son exil américain. Comme son ami Walter Benjamin, Kracauer fut un des premiers à saisir combien, devant sa diffusion quotidienne de masse dans les journaux illustrés, il fallait repenser la modernité – mais aussi le cinéma et même l’histoire – à travers la photographie.
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Sur le seuil du temps
Essais sur la photographie
Les Presses de l’Université de Montréal
Extrait de la publication
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Extrait de la publication
Pensée allemande et européenne collection fondée par Guy Rocer dirigée par Pilippe Despoix et Augustin Simard
Universels quant à leurs préoccupations critiques, les ouvrages publiés dans cette collection pluridisciplinaire sont indissociables de l’univers intellectuel germanique et centre-européen, soit parce qu’ils proviennent de traditions de pensée qui y sont spécifiques, soit parce qu’ils y ont connu une postérité importante. En plus des traductions d’auteurs aujourd’ui classiques (tels Simmel, Weber ou Kracauer), la collection accueille des monograpies ou des ouvrages collectifs qui éclairent sous un angle novateur des tèmes propres à cette constellation intellectuelle.
Extrait de la publication
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Sur le seuil du temps Essais sur la potograpie
Textes coisis et présentés par Pilippe Despoix
Traductions de l’allemand par Sabine Cornille et Claude Orsoni, de l’anglais par Daniel Blancard Potograpies commentées par Maria Zinfert
Les Presses de l’Université de Montréal
Extrait de la publication
La collectionPensée allemande et européenneest parrainée par le Centre cana-dien d’études allemandes et européennes (CCEAE, Université de Montréal), publie des ouvrages évalués par les pairs et reçoit l’appui du Deutscer Akademiscer Austausc Dienst (DAAD). ttp://www.cceae.umontreal.ca/La-collection-du-CCEAE
Catalogage avant publication de Bibliotèque et Arcives nationales du Québec et Bibliotèque et Arcives Canada
Illustration de couverture : William Henry Fox Talbot,he Open Door, , tirage sur papier salé d’après un calotype négatif Crédits potograpiques : he Stapleton Collection / Art Resource, NY
e Dépôt légal :  trimestre  Bibliotèque et Arcives nationales du Québec © Surkamp Verlag Frankfurt am Main , ,  © Les Presses de l’Université de Montréal, , pour le Canada © La Maison des sciences de l’omme, , pour le reste du monde
 (papier) ----  (epub) ----  (pdf ) ----
Les Presses de l’Université de Montréal reconnaissent l’aide financière du gou-vernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition. Elles remercient aussi de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
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Extrait de la publication
Kracauer penseur du médium photographique
Il n’est plus aujourd’ui nécessaire d’introduire Siegfried Kracauer auprès du lecteur francopone. Les ouvrages majeurs de ce penseur transversal qui fut à la fois pilosope, roman-cier, essayiste, sociologue et istorien, critique et téoricien du cinéma sont désormais accessibles en traduction française . Sa place singulière commence à apparaître dans la constellation des intellectuels radicaux issus de la République de Weimar qui, tels Walter Benjamin, Ernst Bloc, Leo Löwental ou heodor Adorno, furent ses partenaires de dialogue. Qu’il soit toutefois ici présenté comme un penseur de la potograpie pourra étonner au vu d’un ensemble ne regroupant que cinq essais et un document d’arcive. C’est là en effet tout ce qui, dans son œuvre multiforme, a directement trait au médium potograpique. Aucun doute cependant que Kracauer esquisse dans ces textes publiés au tournant des années  et  depuis son poste de rédacteur au quotidienFrankfurter Zeitung, puis au débutdes années pendant sa période américaine, une téo-risation de la potograpie que l’on peut qualifier de pionnière. Mais il est aussi vrai que la plupart de ses ouvrages croisent, à plus d’un titre, ce médium de reproduction ou sont même conçus en relation explicite avec lui. Face à la diffusion de masse de la potograpie dont il fut le témoin, Kracauer a été l’un des premiers à saisir combien il devenait non seulement nécessaire d’en développer une analyse critique, mais qu’il fallait encore
Extrait de la publication
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apprendre à penser la modernité dans son ensemble à travers cette nouvelle forme de reproductibilité. Cette réflexion l’accom-pagne depuis ses études urbaines sur la culture de la distraction ou sur les nouvelles couces d’employés de l’époque de Weimar jusqu’à celles sur le film ou sur l’istoire caractéristiques de son œuvre américaine .
Face au Temps
Publié en « Une » duFrankfurter Zeitungen , son premier texte éponyme sur la potograpie appartient à la série de ses grands essais programmatiques et sera ultérieurement intégré par Kracauer au recueilL’Ornement de la masse () . Cet essai fondateur tisse des tèses marquantes — sur le caractère fantomatique de l’image reproduite, son rapport au présent, ses effets sur la mémoire, ses conséquences pour l’istoire — qui prennent pour point de départ la confrontation de deux por-traits potograpiques : celui, actuel, reproduit à l’infini dans la presse illustrée de la dernière star à la mode (Fig.  et ) et celui, ancien, de la grand-mère décédée, pièce unique conservée dans l’album familial . A travers ces deux potograpies d’une jeune personne du même âge mais prises à une distance de deux générations, Kracauer vise le rapport inédit au tempsdont participe la nouvelletecniquedereproduction.Eneet,celle-cinebou-leverse pas seulement la relation au monde visible mais aussi et surtout à la temporalité umaine. Le dévoilement et le fixage définitif d’un instantépémèredont procède la potograpie constitue pour l’essayiste l’un des révélateurs les plus aigus de la crise du rapport moderne à la transcendance et au temps de l’éternité qu’elle structurait. Au même titre que ces nou-veaux pénomènes tels l’engouement pour le voyage ou la danse exotiques,pourlavitesseoulesrecordssportifs,dontellefaitd’ailleurs ses sujets privilégiés, la reproduction potograpique révèlerait une angoisse non maîtrisée de la société devant la
Extrait de la publication
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Fig.  : Trois ans de Tiller girls à Berlin,Berliner Illustri[e]rte Zeitung, n° ,  ; Fig.  : Plus de visages de poupée ! Beauté individuelle au cinéma,ibid., n° , 
mort. La duplication quasi rituelle et la diffusion à l’infini des mêmes images convenues seraient une façon de bannir celle-ci. Par un paradoxe qui n’est qu’apparent, la potograpie de presseocculteraitpar làle monde visibleréel plus qu’elle ne le donnerait véritablement à voir et connaître. Pour Kracauer, le rapport à l’image que ce nouveau mode de reproduction induit se révèle donc être de l’ordre dufantomatique. Dans le vieil album, la grand-mère disparue ne ressemble plus qu’à une jeune fille quelconque s’effaçant derrière sa crinoline et les cignons à la mode de son époque (Fig. ). Rien — sans la légende fami-liale — n’assure plus sur ce clicé son identité d’aïeule véritable. Seule transparaît la marque du Temps.
Extrait de la publication
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Fig.  : André-Adolpe-Eugène Disdéri, portrait de Mlle Hortense Scneider, 
Mais il n’en va pas différemment de la poto de presse. De l’épémère star en vogue d’aujourd’ui, dont la reproduction dans le journal dépend du succès de ses rôles, on ne connaît pas d’autre original que la projection de son image sur les écrans de cinéma. Le médium potograpique déploie un monde de copies fantomatiques, d’étranges spectres dont les originaux vacillent irrémédiablement face au travail du temps. Caque star du moment fait inexorablement place à la suivante. A l’accumulation infinie de clicés semblables qui ne consti-tue qu’un arcivage extérieur et cronologique Kracauer oppose la mémoireintérieure du sujet, celle de sa dernière image. Cette image ultime, qu’il assimile à un monogramme, renvoie
Extrait de la publication
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à la finitude umaine. On reconnaît ici en filigrane la mémoire bergsonienne, sous-tendue par une durée qualitative et donc irréductible au temps cronométrique auquel est soumise la potograpie . C’est une telle forme de remémoration que Kracauer convoque face à la potentielle perte de capacité mémo-rielle d’une umanité sans abri transcendantal et désorientée parmi ses spectres potograpiques. Cet effrayant amoncellement de documents potogra-piques — qui pourrait viser une continuité spatiale mais ne témoigne de rien d’autre que de la cronologie dans laquelle cacun d’eux s’insère — trouve pour Kracauer un parallèle saisissant dans la conception de l’istoirepropre à l’Historisme. Sa critique porte précisément sur la vision cumulative et neutra-lisante du processus istorique incarnée par ce courant domi-nant de l’istoriograpie, qu’il associe à l’époque d’abord aux sciences de l’esprit de Diltey. A la série des événements dans leur continuité temporelle, à cette somme de « potograpies du temps » dont les entreprises biograpiques autour de Goete constituent l’emblème, il oppose la vision négative d’une is-toire tendue entre catastrope et utopie . C’est une utopie de la conscience libérée qu’il voit incarnée cez Kafka, mais qui pour-rait aussi trouver son orizon dans le jeu de fragmentation et de recomposition onirique propre au médium cinématograpique. Il est significatif que Kracauer ne place pas au centre de son analyse la potograpie artistique mais le trivial clicé imprimé dans le journal. Il souligne ainsi d’emblée la caractéristique fondamentale de ce médium en tant que forme de reproduc-tion ybride. Le portrait de la star ne peut être compris de manière individuelle sans considérer la caîne « intermédiale » de duplication dont il n’est qu’un élément et qui associe tournage cinématograpique et prise en studio, poto de reportage et impression par reprograpie. C’est d’abord en tant que vecteur de la culture de masse que Kracauer aborde la potograpie, dans la mesure même où elle constitue un de ses supports prin-cipaux et en dissémine les leitmotivs.
Extrait de la publication