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Universités francophones et diversité linguistique

De
370 pages
Cette publication reproduit 23 des 30 communications qui ont été présentées à l'université de Yaoundé 1 (Cameroun) lors du colloque international sur le thème "Universités francophones et diversité linguistique" (26-29 juin 2008). Il a permis aux conférenciers d'émettre des avis contrastés sur le concept de la diversité linguistique universitaire, sa nécessité, les politiques linguistiques pouvant faciliter sa mise en œuvre, les stratégies didactiques alternatives, mais aussi, la nécessité d'un resserrement des rangs autour d'une langue française forte.
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UNIVERSITÉS FRANCOPHONES
ET DIVERSITÉ LINGUISTIQUEDu mêmeauteur
Zachée Denis BITJAA KODY est l’auteur de l’Annuairedeslangues
du Cameroun (2003) et d’une trentained’articlespubliés dans
plusieurs revuesinternationales et ouvrages collectifs dont : Revue
Tunisiennedes Sciences Sociales, n°117 (1998) , Lefrançais, langue
africaine: enjeux et atouts pourlafrancophonie (1999) ,Contacts de
langueetidentités culturelles: perspectives lexicographiques (2000) ,
Le plurilinguisme urbain (2000) ,Développementlinguistique: enjeux
et perspectives (2002) , Coexistencedes langues dansl'espace
francophone (2002) , Contributions à la question de la normedu
français (2004) ,Penser la Francophonie: Concepts, Actions etoutils
linguistiques (2004) , Hérodote, Revue de l’Institut Français de
Géopolitique, 2007/3, n°126(2007) , Appropriation du français et
construction deconnaissances via la scolarisation ensituation
diglossique (2007) .Sousla direction de
Zachée Denis BITJAAKODY
UNIVERSITÉS FRANCOPHONES
ET DIVERSITÉLINGUISTIQUE
Actes du colloque internationalsurle thème:
Universités francophones et diversité linguistique
(UniversitédeYaoundé 1: 27-29juin 2008)Lecolloque « Universités francophones et diversité linguistique»
(UniversitédeYaoundé 1: 27-29juin 2008)
aété organiséavec leconcours financier desinstitutions suivantes :
AGENCE AMBASSADE
MINISTEREDE UNIVERSITE UNIVERSITAIRE DE FRANCE AU
L’ENSEIGNEMENT DE YAOUNDE 1 DE LA CAMEROUN
SUPERIEUR (FALSH) FRANCOPHONIE (SCAC)
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-11851-5
EAN: 9782296118515Comitéd’organisation
Zachée Denis BITJAA KODY, Maîtrede Conférences, Universitéde
Yaoundé I, Coordonnateur
Richard Laurent OMGBA, Professeur, UniversitédeYaoundé I, Chefdu
Département de Français
Edmond BILOA, Professeur, UniversitédeYaoundé I, Chef du Département
de Langues Africaines et Linguistique
George ECHU, Maîtrede Conférences, UniversitédeYaoundé I, Chefdu
Département des Études Bilingues
Gérard-Marie NOUMSSI, Chargé de Cours, UniversitédeYaoundé I
Ladislas NZESSE, Chargé de Cours, Universitéde Dschang
Comité scientifique
Jean-Pierre ASSELIN de BEAUVILLE, Professeur, Université François
Rabelais (Tours), Vice – Recteur aux Programmes à l’AUF
Louis-Jean CALVET, Professeur, Universitéd’Aix-en-Provence
Patrick CHARDENET, Maître de conférences, Universitéde Franche-Comté
(Besançon), Chefde projet du Programme«Langue française, diversité
culturelleetlinguistique» (AUF)
Robert CHAUDENSON, Professeur émérite, Universitéde Provence,
Institut de la Francophonie
Beban Sammy CHUMBOW, Professeur, UniversitédeYaoundé I
Pierre DUMONT, Professeur, Universitédes Antilles et de la Guyane,
Directeur de l’ISEF
Jean-Marie ESSONO, Professeur, UniversitédeYaoundé I
Jacques FAME NDONGO, Professeur, UniversitédeYaoundé I, Ministrede
l’Enseignement Supérieur
Béatrice GIBLIN, Professeur, Universitéde Paris 8, Directrice de l’Institut
Français de Géopolitique
Normand LABRIE, Professeurtitulaire, Universitéde Toronto(OISE)
Gervais MENDO ZÉ, Professeur, UniversitédeYaoundé I
Aloyse Raymond NDIAYE, Professeur, Université Cheikh Anta Diop
Claude POIRIER, Professeur, Université Laval, Directeur du Trésor de la
Langue Françaiseau Québec (TLFQ)
Ambroise Jean-Marc QUEFFELEC, Professeur, Universitéde Provence,
Coordonnateur du Réseau EFF
Jean TABI MANGA, Professeur, UniversitédeYaoundé I, Recteur de
l’UniversitédeYaoundé II
Maurice TADADJEU, Professeur, UniversitédeYaoundé I
Rada TIRVASSEN, Professeur, Universitéde Maurice
5Secrétariat
Marie Désirée SOL, Doctorante, Département de Français, Universitéde
Yaoundé I
Emmanuel EBONGUE, Doctorant, Département de Français, Universitéde
Yaoundé I
Roger NDJONMBOG, Doctorant, DLAL, UniversitédeYaoundé I
Julia MESSINA ETHE, Doctorante, DLAL, UniversitédeYaoundé I
Marie-Lucie NGAYABENA, Doctorante, DLAL, UniversitédeYaoundé I
Raihanatou YADJIABDOU, Doctorante, DLAL, UniversitédeYaoundé I
Venant ELOUNDOU ELOUNDOU, Doctorant, Département de Français ,
UniversitédeYaoundé I
Cyrille ONDOUA ENGON, Doctorant, DLAL, UniversitédeYaoundé I
Marielle RISPAIL, Universitéde Saint-Etienne, relecture et corrections.
6INTRODUCTION
Le Colloque International sur le thème Universités Francophones et
Diversité Linguistique, organisé conjointement par le Département de
Français, le Département des Etudes Bilingues etle Département de Langues
Africaines et Linguistique de la Facultédes Arts, Lettres et Sciences
Humaines de l’UniversitédeYaoundé 1,enpartenariat avec l’Agence
Universitairede la Francophonieetla Mission de Coopération Française
(Service de la Coopération et de l’Action Culturelle), s’est tenu à
l’UniversitédeYaoundé 1les 27 et 28 juin 2008 .
Contexteetjustification
L’organisation de ce colloque se justifie par leconstat selonlequel
l’usagedes langues dans les universités (despays) francophones se
caractérise par sa diversité. Si l’on distingue entre les activités
d’enseignement,de production et de diffusion de la recherche, lechoix, la
placeetle rôledeslangues(horsles Départementsspécialisés), sont l’objet
de pratiques variables.
Dans celles du Nord, si en France lefrançais restedominant dans les
cours(hormisles Départementsspécialisés et certaines Grandes Ecoles), il
relève soit d’unecontrainte, soit d’un choix dans les universités despays où
coexistent plusieurs langues, officiellesou non. Pourla production et la
diffusion de la recherche, la situation est plus complexe. Pour être reconnus
et validés au niveau européen etmondial, onpeut estimerque lestravaux
doivent être rédigés,exposés et publiés en anglais, lesinstances de
validation favorisant lestravaux enlangueanglaise. Mais la langue n’est pas
le seul vecteur de validation, la reconnaissance du support(revue, colloque)
est aussi déterminante (le passageau tout anglais d’une revue publiée en
roumain negarantirait pas sa reconnaissance internationale, pas plusque ne
sont mises en valeur aux Etats-Unis, lesrevues des universités du Nigeria ou
du Ghana), etlaconvergence entre langue dominanteetsupports dominants
provoque uneconcentration deslieux de référence .
Dansles universités despays francophones du Sud, le français reste le
principal vecteur des enseignements; quelques-unes expérimentent
l’enseignement de grandeslangues africaines transfrontalières comme
matières et examinent la possibilitéde leur utilisation comme vecteur de
l’enseignement dans certaines disciplines.
Ailleurs en Afrique, les autreslangues européennessont dans une
situation relativement comparable. Dansle monde francophone, on assisteà
7lafois à une coexistence réglementée (entre le français etl’arabe dans les
pays du Maghreb, le français etl’anglais dans certainspays d’Afrique
subsaharienne, de l’Océanindien et d’Océanie),et à unecoexistence influencée
par le marchéetlesinstruments de coopération.
Sila pression de l’anglo-américain est ressentiedans les universités
africaines avec moins d’acuité parla valorisation que représente la
publication dans une revuefrancophonedu Nord, la rareté, voire l’absence
de supports locaux de référence internationale, tend à renvoyerladiffusion
de la recherche vers le marché global du Nord où l’anglais domine .
Cette situation, qui rencontrecependant quelques niches de variétés
résistantes, particulièrement en Francophonie, méritait un examen
approfondi de la part des enseignants-chercheurs de toutes les disciplines.
Résumés des communications
Le colloque a intéressé les enseignants-chercheurs de toutes les
disciplinesqui, à l’examen de l’évolution de la situation mondiale, ont
analysé les réglages linguistiques nécessaires dans les universités
francophones etproposédesstratégies et des actions concertéespour assurer
la sauvegarde de ladiversité linguistique dans touslessecteurs de la
connaissance. Il leur a offert l’opportunitéde réfléchir sur :
-lesstratégies, les actionspolitiques etsociolinguistiques à mettre en
œuvre, à l’effet de renverserla pertede vitalitéconstatée et de redonner au
français une place de choix surl’échiquier deslangues scientifiques du
monde ;
-lesstratégies etles actions concertéespermettant d’intégrer certaines
langues africaines fortes dans les universités francophones,afin de préserver
ladiversité linguistiquedans lespays africains francophones;
-lesstratégies etles actions concertées permettantlespublications
multilingues dans un ensemblede langues européennes d’Afrique (anglais ,
français, portugais…).
Joseph Yvon THERIAULT (sociologue),dans L’impossible
anglicisation dessciences de la société, rassure lesparticipants et évoque la
résistance dessciences de la société, notamment la sociologie, à
l’anglicisationobservée dans les sciences pures. Malgré l’apparente
domination de l’anglais dans ledomaine scientifique, les autreslangues
conservent leur place dans lessciences de la société .
Ainsi, selon labase de données FRANCIS du CNRS, qui a la prétention
de recenserla littérature mondialeensciences sociales, seulement 41% des
8ouvragesrecenséssont en anglais,contre 31% en français, 11% en allemand,
5% enitalien,4% en espagnol,et 8% dans les autreslangues.
Normand LABRIE, Sylvie LAMOUREUXet Denise WILSON dans
Francophonie minoritaireet accès aux étudespostsecondaires : lecas
d’Ontario, présentent les résultats d’une recherche surl’accès aux études
postsecondaires dans la province canadiennede l’Ontario. A partir de
l’analyse quantitative desinscriptions des élèves francophones aux
institutions postsecondairesontariennes de 1998à 2006, il ressortque la
majoritédes élèves diplômés des établissementssecondaires de langue
française s’inscrivent auxuniversités francophonesou aux universités
bilingues. De l’analyse de discours des entrevues avec le personnel
d’orientationscolairedans 20 écoles franco-ontariennes, il apparaît que le
climatsociopolitique tend àencouragerl’accès aux étudespostsecondaires
en français etnon l’accès des francophones aux étudespostsecondaires.
Foued LAROUSSI dans Lefrançais dans lespublications scientifiques :
loi du marché ou complexe français,étudie la position du français dans les
publications scientifiques mondiales. L’auteur prend appuisur des
indicateurs chiffrés des bases tellesque le Science citationindex de l’ISI
(Institute for Scientific Information) à Philadelphie ouPascal et Francis de
l’INIST du CNRSà Nancy, notamment :
1) unrapportintitulé « Recherche scientifique: ledéfi francophone»,établi
par Jean-Pierre Digard, directeur de rechercheau CNRS, pourla Société des
gens de Lettres de France (décembre, 2004);
2) uneétude statistique intitulée « La languefrançaisedans lespublications
scientifiques », réalisée par Isabelle Clauss, Valérie Devaux et Catherine
Poupon-Czysz, chercheuses à l’INIST (novembre, 2004) et couvrant la
période 1975-2004 ;
3) une étude quantitative qu’il a effectuéeauprès de chercheurs et
d’enseignants-chercheurs français etportant surla période 2004-2007.
Le rapport Digard pointe nettement le« recul du français »etparle mêmede
«crisede la science française»:« Les décomptes par langue [des
publications scientifiques] placent lefrançais,avec 21779 publications (soit
2,1% du totalmondial),en deuxième position deslangues de science, mais
trèsloin derrière l’anglais,avec 955036titres (soit93,9% du total). Les
chercheurs français ontpublié 182435 travaux,dont 151649 en anglais (soit
83,12% du total» (p. 5). Le même rapportmentionne un mouvement
régulier de décroissancedespublications scientifiques en français: 2,1% du
totalmondial en 2001, 1,7% en 2002, 1,6% en 2003 .
Ce mouvement de décroissance despublications scientifiques en français
touche plusle domainedes Sciences, Techniques et Médecine quecelui des
Sciences humaines etsociales(SHS), puisque lespublications en français y
9représentent 10,21% despublications en Sciences humaines et 4% en
Sciences sociales.
Face àceconstat, l’auteurtentede répondre aux interrogationssuivantes :
comment faire pour essayer d’enrayer ce mouvement? Est-ce encore
possible? S’agit-il d’un combatperdu d’avance? D’une visionringarde et
passéiste? Comment faireface à une mondialisation anglo-saxonne qui,en
imposant le tout-en-anglais,constitue une menace pourladiversité
linguistique? Quel rôle pourrait jouer la Francophonie? Etc. Autant de
questions complexes auxquelleslesréponsesne sont pas du tout évidentes.
Mamadou Lamine SANOGO dans Pour une nouvelle politique
linguistique africaineà l’heure de la mondialisation ,estime qu’à l’heure de
la mondialisation où l’intérêt pourlesquestions d’identités culturelles est
plus acerbe que jamais, la situation actuelle se caractérise par uneexclusion
deslangues africaines. La politique, au niveau de chaque Etat, se contentede
ne pass’occuper deslanguesnationales, questiontropsensible. A cela, il
faut ajouter une volontéde plus enplus manifestedes grandesnations
d’intégrer leur zone d’influence dans ladéfensede« leur identité
culturelle». La France, à traversla Francophonie, etl’Angleterreavec son
Commonwealth, se partagent lecontinent africain. Dans les grandestribunes
internationales comme l’ONU, l’Union africaine ou l’Union européenne, les
Africainsne sont pas considérés - dans lagéopolitique - commedes
Mandingues,des Punu, Haoussa,des Fan,des Bete, des Shona, des Zulu,des
Kilangani… Un Mandingue de Côted’Ivoireest considérécomme un
francophone paropposition à son frèregambien. De même, un Peul venant
de Guinée est désigné francophone, tandis qu’un autredu Nigeriaest
anglophone. Quand on sait que tout estmis enœuvre pour que les enfants de
ces nouveaux anglophones et francophonesn’apprennent que lesnouvelles
langues de leursparents, quelle sera leur identitédans une quarantaine
d’années ?
Lebut decettecontribution est de mener une réflexionsurla politique
linguistique actuelleà l’échelle panafricaine. Entermesplus clairs,elle
envisage de proposer despolitiques linguistiques qui tiennent comptede la
nécessitéde sauvegarder etpromouvoirleslanguesminoritaires, ladiffusion
équilibréeetréalistedeslangues véhiculaires, l’engagement africain dans la
Francophonieetle Commonwealth, ladynamique mondiale deslangues
dominées par l’anglais. L’auteurrépond enfin à la questionsuivante:
commentmener une politique linguistique sans conflit à l’heure de la
mondialisation? Il constate que nous sommesloin d’imagineroù nousmène
la politiqueactuelle surlecontinent africain. Les câbles etlesondes FM des
radiosont créé ladépendance culturellede nos élites au monde occidental.
10Le Web africain est enlangueanglaise, mêmedans lespays francophones,et
d’autres décident de leurs contenus culturelsà notre place .
Beban Sammy CHUMBOW dans Politique linguistique de l’Union
Africaineet diversité linguistique, présentede manière exhaustive les
politiques linguistiques de l’Union Africaineenrapport avec ladiversité
linguistique du continent. Dans un contexte mondialoù le multilinguismeest
la norme etle monolinguisme l’exception, la diversité linguistiquedevient
une ressource, unproduit d’exploitation, mieux une matière première au
même titre que l’or, le café, le cacao,etc.; d’où la nécessitéde la conserver
et de la promouvoir. C’est dans cette optique que l’Union Africainea mis sur
pied un ensemble de projets internationaux de valorisation et de
développement de ladiversité linguistiqueafricaine. Parmi cesnombreux
projets,figurent en bonne place l’ACALAN (l’Académiedes Langues
Africaines), le projet Contes et Récits de l’Afrique, pourneciterqueceux-ci.
Zachée Denis BITJAAKODY dans Politiques linguistiques africaines
et diversité linguistique universitaire, évoque les techniques de
reconnaissancedeslangueslongtempsminorées à traversle monde. Il
s’interroge par la suite surlesmobilesréels de la France qui,enmilitant
pour un resserrement des Francophones africains autour de la langue
française, ouvre plutôtles vannessurson sol en accordant unstatut légal à
certaineslanguesrégionales de France. A la recherched’un point d’équilibre
entre le français etleslangueslocales, il appelle les pays africains àadopter
despolitiques linguistiques accordant aux langues africaines fortes des
fonctions socialesprestigieuses analogues à celles attribuées au français dans
lespays africains, ne serait-ce qu’au planrégional. Pour cela, souligne-t-il, il
faudrait que leslangues africainessoient instrumentées et instrumentalisées ,
qu’une institution chargéedu développement deslangues africaines voie le
jour dans chaque pays,etque la maîtrisedeslangues africaines choisiessoit
porteused’un intérêt économique. L’attribution de cesstatuts et fonctions
aux langues revient certes aux politiques, mais les universitaires y ont un
grand rôleà jouer.
Moussa ABDOULWAHABI dans La diversité linguistiquedans les
universités francophones du sud : nécessitéd'une réformede l'enseignement
universitaire, insiste surla nécessitéd’une réforme de l’enseignement
universitaireau Sud. Constatantque la Francophonie ne présente pasquedes
avantages etque la prédominance du français peut conduireà des formes
d’aliénation despeuples et cultures minoritaires, ilréaffirme lebesoin de
promouvoirladiversité linguistiqueet culturelleetl’urgence de reconsidérer
le système universitaireafricain qui, jusqu’à aujourd’hui, aaccordé peu de
placeaux langues africaines.
11Maurice TADADJEU dans Le français etles langues africaines
subalternes: quelmode de coexistencedans les universités? ,affirme qu’il
est important de réfléchir sur le terme« partenariat », car l’expression
«lefrançais etleslanguespartenaires» est inappropriée. On devraitplutôt
parler du « français et deslanguesidentitaires »,carleslanguesidentitaires
expriment l’identitédespeuples africains. Il est donc important de corrigerla
précédente terminologie. L’auteur penseensuite qu’il faudrait sedébarrasser
des contextes historiques, pour une meilleurediscussionquisoit constructive
sur les langues. Ilpensed’ailleursqu’il y ades moyens d’établir
actuellement une relation horizontaled’égalitéentreceslangues.
Justo Bolekia BOLEKA dans Les langues minorisées d’Afrique noire
francophonefaceaux grandeslangues et aux languesinternationales
auxiliaires , constate le mépris des hommespolitiques envers lespetites
langues, support de l’identitéculturelleafricaine. Ils’interroge ensuite
longuementsurlesraisons du non enseignement de ces langues dans leurs
aires d’extensionnaturelles. Il conclut, au moyen de l’analyse approfondie
de quelques contextessocioculturelsminorisés, que l’objectif poursuivi par
lespartisans deslanguesmajoritairesou internationales auxiliaires est une
ethnolise permanente, processus qui consisteà fairedisparaître lespeuples
de ceslanguesmenacées, toujours avec leconcours desmédiasnationaux et
internationaux, ou celui de nos institutions panafricaines comme l’Union
Africaine .
Marielle RISPAIL dans Diversité linguistique et enseignement du
français: le cas de l’Algérie ,constate que le texte d’appel de ce colloque
met à la fois en valeurladiversité linguistiquedespays africains,à préserver
voireà valoriser, etla problématique deslangues universitaires,enseignées
et d’enseignement,dontl’efficacitéexige unnécessaire« resserrage» sur un
nombre pluslimitéde langues, sans douteà didactiser. Ainsi secrée une
tensionlinguistique entre une tendance sociale etsociolinguistiqueà la
pluralitéet une tendance scolaire sinon vers l’uniformité, du moins vers le
choix d’unpetitnombre àformaliser. L’auteur constate ensuite que la voie
est étroiteentre les deux etjamais définitivement établie. Elledemande
attention, vigilance etsens de l’adaptation cartoute situation est unique .
Toutefois, les expériencespeuvent s’enrichir les unes les autres,et en la
matière, l’enfermement est sans doute le piredesrisques. Quelle que soitla
diversitédessituations, quelques principes communspeuvent sans douteêtre
tirés des expériences voisines, sur lesplans linguistique et didactique. Voilà
pourquoi il lui a paru utilede rendre compted’un cas un peu lointain,bien
qu’enracinédans lecontinent africain,celui de l’Algérie où elle travaille
régulièrement depuis bientôt10 ans. Elle montreensuite que la situation
algérienne, surlesplans sociolinguistique, méthodologiqueet didactique,
12peut aider à comprendred’autressituations africaines,à lafois dans ce
qu’elles ont de commun et dans leur spécificité. Pour mettre en valeurles
traitssociolinguistiques,elle s’appuie sur sestravaux personnels,etsurles
nombreux travaux de jeunesmagistérants et doctorants algériens – tantil est
vrai que seuls les travaux d’équipe peuvent tenter d’approcher unpeu la
« vérité» sociolinguistique dans sacomplexité, quelle que soitla situation
étudiée .
Omer MASSOUMOU dans Le français etleslanguesnationales à
l'Université Marien Ngouabi:dynamique d'intégration et certification ,
constate que la politiqued’intégration deslangues dans l’enseignement
supérieur fait la part belleaux langues étrangères. Le français, langue
officielle, est enseignédans tousles établissements où l’onnoted’ailleursla
présence remarquabled’autreslangues étrangères (anglais,arabe, chinois) .
Paradoxalement, les deux langues nationales, le lingalaetle munukutuba, ne
bénéficientqued’une promotionpartielle: on ne lesretrouve qu’à la Faculté
des Lettres et Sciences Humaines,à l’Ecole Supérieurede Gestion et à
l’Ecole Nationaled’Administration et de Magistrature. Traitant du deuxième
axe, MASSOUMOU relève, pour ledéplorer, que leslanguesnationalesne
donnent pas lieu à des diplômesspécifiques etque les cursusne prévoient
pas de spécialisation enlanguesnationales dans les cycles de recherche. Les
licenciés en linguistique, qui ont pourtant bénéficié d’uneformation en
langues nationales,deviennent plutôt des enseignants de français. Iltermine
son exposéenobservant que le libéralisme linguistique, opéréau détriment
deslanguesnationales,découle en fait de ladifficultédechoix relativeaux
axes fédérateurs de laconstruction de la nation.
Mamadou Saliou DIALLO dans Entre déclarations de politiques
linguistiques etpratiques courantes degestion et de représentation des
langues africaines de Guinée,analyse l’expérience guinéenneenmatière de
politique linguistique et de priseen comptede la diversité linguistique. Il
ressort de sacommunication que, si lefrançais reste la grande langue
d’enseignement,certaines langues nationales servent cependant à
l’alphabétisation fonctionnelle. Ellespermettent la production destravaux de
recherche, contribuent à la recherche universitaireetsont de véritables
supports didactiques et cognitifs quant à l’apprentissage deslangues
étrangères. Ilplaide ainsi pour leur introduction systématique dans les
systèmesscolaires et universitaires d’enseignement .
Moussa DAFF dans La responsabilité scientifique des universités
africaines face aux problématiques linguistiques, part de l’état deslieux des
politiques linguistiques mises en œuvreau Sénégal. Il présente le bilan des
institutions etstructures mises en placedans lebut de promouvoirla
recherchefondamentale surleslanguesnégro-africaines à l’instar duwolof,
13du dioula, du serere, du pular,en vuede leurintroduction dans le système
éducatif. Ilsouligne, pour le regretter, le manquede maillons didactiques, ou
plutôtl’absence des grammaires adaptéesà la description desspécificités des
langues africaines. Leconstat ici est que les grammaires actuelles consacrées
aux langues africainessont souvent calquées et élaborées sur le modèledes
grammairesindo-européennes. Il y adonc lieu de reconsidérer les outils
didactiques susceptibles de permettre le développement et
l’intellectualisation deslangues africaines.
Gérard-Marie NOUMSSI et Venant ELOUNDOU dans Langues ,
Universités et Développement.,estiment que lorsque le Cameroun accèdeà
l’indépendance en1960, les facteurs socioculturelsqui détermineront les
rapports de force dans sonpaysage linguistique sont déjàenplace,émanent
pour l’essentiel de sa situation ethnico-linguistique etsurtout desmutations
socio-historiques subiesparle pays à la suitedesoccupations coloniales
allemande, françaiseet britannique, ce qui aboutira àdes conflits
linguistiques entre langues européennes etlanguesnationales. Toutefois, la
période postcoloniale (etmême actuelle) a consistéà proposer despolitiques
linguistiques allant dans le sens de la valorisation deslanguesnationales ,
d’oùune problématiquede partenariatlinguistique (entre languesnationales
etlangues européennes),en vuede préserver l’émergence de l’identité
culturelle nationale etmoderne. Les auteurs mènent ensuite uneanalyse
socio-historique desoptions linguistiques coloniales dans une perspective
critique, et distinguent « le pouvoir deslangues» (officieuses) des « langues
de pouvoir» (officielles),afin de cerner d’une part l’importancedu
partenariatqui doit exister entreelles dans un contexte multilingue et d’autre
part, la nécessitéd’une politique linguistique réalisteetobjectiveexemptede
touteformedeglottophagie .
François SAWADOGO et Denis LEGROS dans Fondements cognitifs
pour une intégration deslangueslocales dans les nouveaux espaces de
travail collaboratif, commencent par une questionquirésume l’objet de leur
communication : Quelpourrait être le rôledeslangueslocales dans la
compréhension et la production destextes en L2 et dans le processus de
construction du savoir? Ils énoncent ensuite leurobjectif: expliciterles
facteurs linguistiques et culturels, leurimpact sur lacompréhension et la
production verbale. La recherche part destravaux expérimentaux qui
s’appuient sur unmodèle théoriquede la compréhension destextes(modèle
de compréhension-intégration de Kintsch, 1995) menésparles chercheurs à
Ouagadougou et à Tizi Ouzou, surlabasede l’hypothèse suivante: enraison
de son antériorité parrapport à la L2 et du fait qu’elleest la première àêtre
instrumentalisée parl’individu ensituation diglossique, la L1 entraînerait
une meilleureactivation des connaissances antérieures. Les résultats
14montrent que l’utilisation de L1peut renforcer lacapacitéà activer la
mémoirede l’apprenant, mieux,àactiverles connaissances antérieures.
D’ailleurs, l’expérimentation de l’utilisation de L1jusqu’en troisième année,
suiviede l’introduction de L2 après ce niveau d’étude a montrédesrésultats
intéressants. Ils concluent que le recours à la langue maternellefacilite la
compréhension, la production destextes en L2 etlaconstruction dessavoirs .
Jules ASSOUMOU dans A la recherche d'un modèled'éducation
multilingue pour le Cameroun , propose une nouvelle orientation dans
l’enseignement deslangues camerounaises,ens’appuyant sur l’hypothèse
que le Camerounais destempsmodernessera au moins « quadrilingue ». En
effet, le quadrilinguismeétendu réaménage lesorientations de Tadadjeu ,
puis sedémarquede la taxinomiefonctionnellede Jean Tabi Manga,et va
au-delàde l’aspect essentieltypologiquedecette théorie pour proposer une
planification linguistiqueà orientation éducative, susceptible de constituer
une basefiabled’aménagement dans l’optiqued’une utilisation efficace des
langues partenairesnon seulement dans l’enseignement scolaire mais aussi à
l’université .
Clédor NSEME dans La diversité linguistique dans les universités
francophones: enseignement deslangues africaines à l’Université de
Yaoundé I , constate que de toutes les Universités francophones situées au
Sud du Sahara, l'UniversitédeYaoundé I peut être perçue comme une
illustration mêmede la diversité linguistique. En effet,deux langues,à
savoirlefrançais et l'anglais, y sont utilisées comme langues
d'enseignement; à leurs côtés, d'autres langues telles que l'allemand,
l'espagnol, l'italien etl'arabe y sont enseignées. Le Département de Langues
Africaines et Linguistique (DLAL), tout ense situant dans lecadrede
l'orientation générale quiimpose les deux langues officielles comme
vecteurs d'enseignement, proposedes cours d'un certain nombre de langues
camerounaises. L’auteur dresse un état deslieux de l'enseignement des
langues camerounaises avant de proposer des pistes de réflexions
débouchant sur lesperspectives de cette richediversité linguistiqueau sein
de l'UniversitédeYaoundé I. Il démontreenfin que cettediversité
linguistique, contrairement àce que l'on serait tentédecroire, n'est
nullement synonymede périlpour l'évolution harmonieuse du français dans
ce milieu universitaire .
Ambroise Jean-Marc QUEFFELEC dans Les langues hybrides en
Afrique: un moyen de préservation de ladiversité linguistique, introduitson
exposé par une brève présentation de la situationsociolinguistique de
l’Afrique. Une situation caractérisée par ladiversité linguistique, mais aussi
par despolitiques linguistiques centristesqui favorisent leslangues despays
développés au détriment deslangues africainesplusque jamais menacées de
15disparition. Ilrelèveensuite lesnombreusesrésistances à l’uniformisation
linguistique qui en découlent: résistancessymboliques (sentimentales ,
nostalgiques), mais aussi fortes, violentes,du fait de l’aversion contre la
langue de prestige,des difficultés d’appropriation de la norme, de
l’attachement à la langue maternelle (…) dont l’une des conséquences les
plus visibles est lacréation de parlers hybrides, métissés. Après une
description de ces parlers hybrides dans leurs différentes formes, il donne les
raisons de leur succès: absence de contraintesnormatives, revanche sur la
classedes élites qui ne représente plus les intérêts desjeunes, incapacité
pour la langue officiellede satisfaire les besoinsidentitaires dans une
situation multilingue… Le Professeur QUEFELLEC conclutson propos en
soulignantla remarquable faculté d’adaptation des communautés
linguistiques pour résister à l’uniformisation desmodes de pensée .
Edmond BILOA et Raihanatou Yadji ABDOU dans Le contact
français-fulfulde au Cameroun: « le franfulfulde », illustrent parfaitement la
problématique deslangues hybrides,exposée par Queffelec,etprésentent le
franfulfulde, comme une langue hybride née du contact entre le français etle
fulfulde, langue véhiculaire parlée dans lestrois régions septentrionales du
Cameroun. Le franfulfulde secaractérise parl’alternance des codes, le
mélange des codes et l’emprunt au français. Seslocuteurs se recrutent parmi
les jeunes citadinspeu ou passcolarisés. En ce qui concerne lesjeunes
citadins, l’usage du franfulfulde est une manifestation d’émancipation qui les
distingue despopulationsruralesnon scolarisées. Car les membres qui
s’expriment essentiellement en fulfulde sont considérés comme vivant
encoreau Moyen-Âge ou du moins qui «sortent»duvillage. Pour êtrebien
vus, les citadins utilisent volontairement le franfulfulde en
facedesnoninitiéssoitpar discrétion, soit pour diffamer l’imagedeces derniers. Mais
curieusement, ceux-là qui sont traités de moyenâgeux adoptent
progressivement ce dialecte hybride, par crainted’être marginalisés etpar
complexe d’infériorité .
Rodolphine Sylvie WAMBA ,dans L’émergence d’un sujetplurilingue
etmulticulturel en Afrique francophonecommegage d’intégration régionale
et d’accès à la modernité, montre que le multilinguisme etle pluralisme
culturel sont desréalités en Afrique francophoneau Suddu Sahara. Ils
assurent l’intégrationrégionale etpermettent d’êtreconnectéavec le monde .
Ilserait important de maximiser ce rendement en s’intéressant également
aux autreslangues européennes présentes en Afrique .
Emmanuel SOUNDJOCKSOUNDJOCK dans Langues occidentales
et expression des cultures africaines: lecas de l’art divinatoire ngambi ,
commence par la présentation d’un texte sur le« ngambi », araignée
divinatrice dans laculture des Bassaau Cameroun. Illance ensuite un
16vibrant appel à l’endroit deslinguistes africainspour une revitalisation de la
littérature orale africaine, véhiculedessavoirs, savoir-faireetsavoir-être
authentiquement africains. Il appelleenfin les Universités africaines à
prendreenmain ledestin du continent en élaborant desparadigmes africains
qui seulspeuvent aider à résoudre lesproblèmesquise posent aux Africains
aujourd’hui.
Gervais MENDO ZE dans Apport de la Francophonieculturelleà la
mondialisation , présente la mondialisation comme l’expression de la
domination du plus fortsurle plus faible. La mondialisation, ajoute-t-il, ne
favorise pasl’expression desmicro-cultures. Ilserait en conséquence
bénéfiqueaux cultures autochtones de rejoindre la vasteetpluriellefamille
de la Francophonie qui est un espacedecohabitation pacifiqueentre peuples
différents mais vivant ensemble. Ilprécise par ailleursque la Francophonie
vaau-delàde la seuleexpression de la langue françaiseetintègre la
promotion et l’émergence des cultures africainesquine sauraient rester dans
ce qu’il appelle«une autarcie primaire». Pourleconférencier, TV5, RFI ,
etc., sont parmilesoutils qui expriment et véhiculent aujourd’hui toute la
diversitéculturellede l’espacefrancophone. Mais cela ne peut sefaire qu’en
combattant le piratagedesœuvres artistiques et en facilitant lacirculation
desproduits culturels dans l’espacefrancophone .
Lecolloque international sur ladiversité linguistiquedans les universités
francophones a permis aux participants d’émettre des avis contrastéssurle
concept mêmede la diversité linguistique universitaire, sa nécessité, les
politiques linguistiques pouvant facilitersa miseenœuvre, les stratégies
didactiques alternatives, mais aussila nécessitéd’un resserrement desrangs
autour d’une languefrançaiseforte. Cecolloque a réuni autour d’une même
table les courants de pensée divergents,dontlacoexistence au sein de la
Francophoniefonde son dynamisme .
Zachée Denis BITJAAKODY
Coordonnateur UFDL 08
17PREMIERE PARTIE :
DIVERSITELINGUISTIQUE
DANSLES UNIVERSITESDUNORDL’IMPOSSIBLEANGLICISATION
DES SCIENCES DE LA SOCIETE
Joseph Yvon Thériault
Chairede recherchedu Canadaenmondialisation ,
Citoyennetéet démocratie
Sociologie, UQAM, Montréal
Canada
Ma présentation n’a pasla prétention d’être uneétude savante surla
placede l’anglais dans le monde dessciences de la société. Mespropos ne
reposent pas sur de minutieuses études de l’usage comparatif, à traversle
temps,deslangues. Ils’agit bien plus d’un essai visant,de manière avant
tout argumentative,à réfuter l’excès avec lequelon veut aujourd’hui nous
convaincre que le tout à l’anglais est l’avenir, sinonla réalité présente, du
monde de la science, …y compris celui dessciencessociales.
Je m’intéresse ici à la languedessciences de la société, les sciencesqui
tentent de saisir ledéploiement de l’êtrehumain eninteraction avec un
milieu culturel etpolitique particuliers. Biensur, je parledecelles-ciparce
que ce sont celles que je pratique etque jeconnais mieux, mais aussi, parce
qu’elles sont particulièrement révélatrices deslimites à la proposition du tout
à l’anglais. Les limites qu’elles révèlent d’ailleurspourraient bien
1
s’appliquer à l’ensembledu champ dessciences .
Trouver une lingua franca pourla science ?
Commençons par rappeler les arguments évoqués etquisemblent
effectivement militer en faveur d’une lingua franca de la science. Ces
arguments sont habituellement de deux ordres. Un premierrelèvede la
nature même de la science qui aurait une visée nécessairement universelle .
La science aurait besoin d’une langue unique pour que lessavants puissent
dialoguer entreeux. Comme le rappelait le sociologue allemand Max Weber ,
ladémarche scientifique, mêmecelle dessciences de la société, consiste
avanttout dans la recherched’une vérité purementséquentiellede laquelle
serait évacuée toute référence à un contexte culturel particulier. La langue,
dans un tel contexte,est comme une plateforme permettant d’exporter
l’explication d’un phénomène culturel d’un contexte à un autre. L’idéalpour
atteindre une telle instrumentalité serait évidemment une langueappartenant
enpropreà la science,débarrassée de tout contenu normatif. Si certains
pensent que les langues possèdent de telles visées universalisantes
1
Surle rapport deslangues etlessciences en général, voirle textede Charles Durand « Le
français scientifique: « Si ce n’est pasrédigé en anglais,ça ne vaut pasla peined’être lu »
L’Actionnationale, septembre 2006.
21(Habermas) alors que d’autres croient même possible d’inventer unecyber
langue (Levy), la plupart desspécialistes rappellent plutôtla nature
nécessairement culturelledeslangues,ce quirenvoieà la pluralitéculturelle
de l’humanité (comme on ledit, si les pingouinsparlent pingouin, les
humainsne parlent pas humain, mais une pluralitéde languesrenvoyant
chaque fois à un univers de sens singulier) .
C’est pourquoi ledébatsurl’utilisation d’une langue communeà la
science ne prend pas habituellement ce chemin. Personne en effetn’oserait
affirmer que l’anglais est par nature une langue universelle, sans ancrages
politico-culturels. Les arguments pour ladéfensede l’anglais comme langue
de la science sont d’un autre ordre: plus empirique, plus factuel, plus
réaliste. L’argument est plutôtle suivant:« comme il faut une langue
communeà la science (pour que lessavants puissent se parler etse lire
audelàdes contextes culturels),adoptons l’anglais enraison de sagrande
diffusion planétairedueau fait qu’elle s’est déjà imposée comme la langue
du commerce international. Sij’écris en anglais je seraiplus lu etje
rejoindrai un plus grand nombre de spécialistes de ma discipline» .
Autrement dit, la science n’a pas de frontières, faute d’une langue
universelle transculturelle, rabattons-nous sur la langue la plus commune .
Voilà l’essentiel de l’argument.
C’est aussi, il faut bien en convenir, lecheminlargementparcouru par les
scientifiques du monde depuis les cinquantedernières années: les revues
savantes, les colloques scientifiques, lesrédactions de thèses,etmême
l’enseignement supérieur, un peu partout sur la planète, se sont mis à
l’anglais .
La résistance à l’anglicisation?
Nousne soulèverons pas immédiatement les enjeux d’un tel choix. Ce
qui m’intéresse ici,c’est la spécificitédessciencessociales dans ce parcours
et ce qu’ellesrévèlent sur l’anglicisation dessciences dans leur ensemble .
Mon hypothèseest qu’ellesne suiventpas,…pas complètement du moins ,
qu’il ya là nonpastant une résistance, mais une impossibleanglicisation.
Ce constat, je l’ai indiqué au départ, ne repose passur une étude
exhaustive de la pratique langagière dans le monde dessciences humaines
mais bien d’une longue fréquentation de cesmilieux. Certes, si on s’entient
exclusivement aux statistiques officielles, lespublications enlangues autres
que l’anglais sont làaussi,comme dans lessciences dites dures,devenues
marginales. Denis Monière estimait à 1,3% le nombrede textes français dans
le Social Science Index (chiffrede 1993). Lafréquence desinterventions en
français, quiresteencore une langue officielle, dans les grandes associations
internationales de sciencespolitiques et de sociologies par exemple, est
22dérisoire. Mais on connaît lebiais résolument anglo-américain de ces indices
qui, ens’appuyant sur lafrange mondialisée dessciences de la société,
exagèrentindûment la présence du monde anglo-américain, tant dans la
production que dans ladiffusion de laconnaissance .
Que faut-il entendre par frange mondialiséedessciences de la société ?
La science a tendance à se spécialiser continuellement,à définir unobjet de
plus enplus restreint,defaçon à mieux enisolertoutesles variables. La
spécialisation de la science s’accompagnehabituellement d’une ouverture
horizontale à tous ceux qui se spécialisent surle même objet. Lacentainedes
spécialistes despoissons anadromes dans le monde forme une sortede
confrérie;ils s’écrivent via internet, se lisent entreeux, participent aux
mêmes colloques et celabien évidemment en anglais. On peut effectivement
parlerici d’une mondialisation de la science .
Danslessciencessociales et humaines, la choseapparaît différente. À
l’exception de quelques disciplines minoritaires(notamment l’économieet
lessciences administratives) où l’utilisation de modèlesséquentiels est plus
importante que l’objet étudié -mais parle-t-on encorede sciences de la
société -, les sciencessocialesn’ont pas suivi cette sur-spécialisation.
Il existecertes,dans ces disciplines, quelques secteurs ultra spécialisés et
des discussions d’ordre épistémologique ou méthodologiquedontl’objet
purementthéorique tend à la mondialisation. Ce sont cestravaux qui sont
publiés dans les grandesrevuesinternationales disciplinaires dont Merton
estimait au début des années1980 que chaque articleétait lu en moyenne par
unlecteur (ou encore selon uneautreestimation, que 9 articlessur10 n’ont
2aucunlecteur). Dur coup pour ceux, comme le sociologue Van Parijs, qui
affirmentque publier en français est « un combat d’arrièregarde (…) qui
3empêched’être suffisamment lu et critiqué ». Comme il existeaussi
quelques grandesstars mondialisées qui ont réussi à transcenderles
frontières nationales ou culturelles,dont les œuvres sont d’ailleurs
habituellement traduites. Mais ce sontlàdes exceptions, la frange
mondialisée dessciences sociales, non l’essentiel de la massedestravaux
qui s’y produisent ets’y diffusent .
Car, il faut bien en convenir, l’immense majoritéde la production et de la
diffusion dans les sciences humainesse réaliseen dehors de tels réseaux
mondialisés,dans des contextes culturellement définis, soit par leslangues ,
2Je me réfère ici àdes données compiléespar Denis Monière, « Les scientifiques de langue
française, uneespèce menacée », Bulletin de la LISULF, Science et Francophonie,décembre
2004, no 88 :http://er.uqam.ca/nobel/c3410/SF88.html
3Entretien avec Philippe Van Parijs « La francophonie, un combat d’arrièregarde »Le vif,
l’Express, Bruxelles, 25-06-20004, p. 40, Bruxelles.
23soit par les nations, soit par les régions. Pourne prendre que ma propre
discipline -la sociologie -àcôtédes grandes associations internationalesqui
se sont anglicisées au cours des dernières années, se sont développées des
associationstelles l’Associationinternationaledessociologues de langue
française ,l’Association arabede sociologie ,l’Association latino-américaine
de sociologie , ainsi de suite, sans compterlesmultiples associations
nationalesqui continuent àexister et à tenir desrencontressavantes dans des
langues autresque l’anglais. Dans ces lieux, non seulement on ne parle pas
anglais, mais la naturedes discussions qui s’y tiennent est, tantparlaforme
(la théorie)que parlefond (l’objet), teintée par lecontexte culturel. Il ne
faut effectivement pas fréquenter longtempsles grands colloques
internationaux, mêmes ceux européensquisedéroulent en anglais, pourse
rendrecompte que la langue n’est pas qu’uninstrument neutrede
communication. Ce sont les universitaires despays anglo-saxons ou ceux
ayant étudié dans leursinstitutions -possédant par conséquent mieux les
subtilités de la langueanglaise -qui définissent en effetlesparamètres de la
discussion.
On a rappelé plus haut que selonle Socialindex , 1,3% destextes en
sciencessocialessont en français. Mais selonlabase de données FRANCIS
du CNRS, qui a la prétention de recenserla littérature mondialeensciences
sociales, seulement 41% desouvragesrecenséssont en anglais et 31% en
4
français . Évidemment, malgré ses prétentions, la base de données
FRANCIS n’est pas une base universelle, ellea un biais nettement européen .
Toutefois,cela démontre que, lorsque l’on sort des grands index liés à la
frange mondialisée dessciences sociales, le portrait change fortement. C’est
que lessciences socialesont d’autreslieux de diffusion que la revue savante .
Le livre notamment, qui à ladifférence de l’article savant, s’adresseà un
public plus large quecelui, même mondialisé,desspécialistes. Et le livre
resteencore largement confinédans des espacesnationaux. Ce qui est vrai
aussi d’une part importantede la production dessciences de la société qui a
comme cible l’orientation despolitiques publiques ou plus largement de
l’opinion au sein de la sociétécivile; cette production est, par définition ,
condamnée àêtre produite, sinon diffuséedans la ou leslangues de la vie
politique nationale. On voit bien que lafrange mondialiséedessciences de la
société n’accapare qu’un mince espace duvastechamp de la production et
de ladiffusion. À côtédesquelques centaines dechercheurs véritablement
4Labasededonnées FRANCIS « recense la littérature mondialeensciences humaines et
sociales et contient àce jour 2.5 millions de références. Les articles répertoriésproviennent
principalement despays européens : Europede l’Ouest : 39%, France : 28%, États-Unis :17%
autrespays: 16%. Cette répartition dessources explique la répartition linguistiquedestextes :
anglais 41%,français 31% allemand 11%, italien 5% espagnol 4%, autres 8% », Monière
op.cit .
24mondialisés- ce qui ne se mesure pas au nombrede Air miles accumulés
mais bien au public visé, ou plutôt au public international qui reçoit
effectivement les travaux,ce quin’est pas tout à fait la même chose -
existent doncdes dizaines de milliers de chercheurs dont la reconnaissance
est contextualisée par despublicsparticuliers
Ce n’est pas uniquement que lessciencessocialesne peuvent se limiter à
«faire savant », qu’elles doivent aussi «faire utile», pourreprendre le titre
d’un texte de Mathieu Albert et Paul Bernard au sujet de l’évolution de la
5rechercheau Québec en sociologie. Car, «faire utile»,c’est-à-dire
s’adresser à unpublic non spécialiste, une « productionpour non
producteur », par opposition à une« production pourproducteur », qui est
aussile propredessciences dites dures. Mais,alors que le publicdeces
dernières est largement définiparl’univers technologique - unsecteurqui
s’inscrit aisément dans la visée universalisantede la science -, le publicdes
sciences de la sociétéest unpublic particularisé, mis en sens principalement
par une langueet uneculture politique nationale. C’est pourquoi lessciences
sociales sont condamnées,comme la vie politique par ailleurs,à parler des
langues nationales.
La nature sociétaledessciences sociales
Je voudrais appuyer cette dernièreaffirmation eninsistant sur la nature
mêmedessciences de la société. On le sait, les sciences socialessontnées
avec l’avènement de la modernité politique, plus particulièrement
l’avènement de ladémocratie moderneau début du XIXe siècle. Ellesse
sont donné rapidement comme objectif, à partir du discoursscientifique, de
recréer un sens socio-historique à l’aventure humaine, suiteà ce qu’il est
convenu d’appelerledésenchantement du monde (Weber, Gauchet) .
Autrement dit, elles ont voulu dévoilerle sens objectifet universel,à la
manière dessciencesnaturelles,ensubstitut à l’effondrement d’une
représentation extra-socialeet homogénéisantedu monde (la représentation
religieuse). Rapidement, toutefois,cedessein s’est heurtéà la pluralitéde
l’expérience humaine. En cherchant leslois historiques du devenir humain ,
les sciencessociales ontplutôt découvert la multiplicitédu sens et des
expériences de l’humanité (ce que l’on peut nommer d’ailleurs le relativisme
de la nature socio-historique de l’humanité). Dansles faits, les sciences
sociales onttoujours été tiraillées entre la recherchede lois universelles du
5« Faire utile ou faire savant ? La « nouvelle production de connaissances »etla sociologie
universitaire québécoise» Mathieu Albert et Paul Bernard, Sociologieetsociétés, vol. 32, n°
1, 2000, p. 71-92 .
25comportement humain et la nature pluriellede l’expérience
socio6historique .
C’est là leurspécificitédira-t-on,elle tentededéchiffrer à partir d’outils
et de méthodes universalisantes une réalité toujours, linguistiquement ,
historiquement,etsocialement particularisée. Les sciencessocialesse sont
avérées êtredesmédiateurs entre l’universel et le particulier. Ellesrévèlent
la nature universellede l’expérience humaine, tout en démontrant la
particularisation de cetteexpérience. En cela, ellessont en affinitéavec
l’existencehistorique desnations dans le monde moderne. Ce n’est pas sans
raison que les deux phénomènes -naissancedessciences sociales et
avènement de la nation-politique - sont nés au même moment. Tout comme
les sciencessociales, la nation est unmédiateur entre la propension de la
modernité politique à s’extrairedes contextessociaux pour s’éclater dans
une civilisation où seulesleslois de la rationalité - du marché, de la science
et de la technologie, des droits de l’homme - unissent les hommes entreeux .
La nation redonne une unité politiquement construite, culturellement
significative, àdes humanités, suiteà l’effondrement de l’univers de sens du
monde traditionnel et à l’incapacitéde la civilisation moderned’en recréer
un à l’échelle planétaire. Ce que la nation fait politiquement, réinscrire
l’humanitédans une expérience significativeà portée néanmoins universelle,
lessciencessocialesle font analytiquement .
C’est pourquoi lessciencessocialesse sont historiquement coulées dans
l’expérience historique de la nation. C’est elle -la nation - commeespace
publicconstitué, qui fournitle socle desquestions que le savant poseà la
réalité, ce que Max Weber appelait le rapport auxvaleurs, l’intérêt à la
source de laconnaissance, tout en étant le principallieu de réceptivité des
résultats desrecherches. Il y acertes deslieux « infraet extra nationaux »
qui remplissent aussi cesrôles, mais ilsn’ont jamais lacapacitéd’articulerla
pluralitéhumaineetl’universalitédans une mêmedémarche, soit qu’ils
sombrent dans un relativisme sans fin, soit qu’ils s’éclatent dans un
universalisme sans substance. Dans lessociétésmodernes,c’est autour de
l’État nationque l’ontente politiquement de «faire société », c’estlàaussi
que lessciences socialesont trouvé leurlieu de prédilectionpar excellence .
On peut difficilement imaginer unedémocratie où les représentantsne
sauraient dialoguer avec le peupledans leur langue - c’est unedifficulté que
l’Afriqueconnaît bien etqui est centrale dans lesproblèmes deconstruction
actuelled’une Europe politique .
6Voirnotamment sur cette question, Dominique Schnapper ,La relation à l’autre. Au cœur de
la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1998 .
26Conclusion
S’est-on éloigné de ma questioninitiale: l’impossible anglicisation des
sciencessociales, …leurrésistance au tout à l’anglais? Je ne lecrois pas.
Nous y sommes au cœur. Jeformulerai ainsi ma réponse, en guisede
conclusion. L’impossible anglicisation dessciences sociales est liée au fait
qu’elles ne peuvent sedéfairedu lien de société qui fournit à lafoisle
questionnement des chercheurs etle public récepteur à leurs travaux. En
cela, lessciences de la société sont,comme ladémocratie moderne,
tributaires d’un lieu,d’un peuple, d’une langue. L’anglicisation dessciences
de la société signifierait ce que l’on pourrait appeler un changement de
régime politique. Une humanité quinefonctionnerait plus à la société,à la
démocratie, une humanitéessentiellement soumiseà la logique rationalisante
dessystèmesmarchands ettechniques. Sous un telrégime politique iln’y
aurait d’ailleurs aucune utilité pour quelque chose quis’appellerait les
sciences de la société .
27FRANCOPHONIEMINORITAIRE ET ACCÈS AUX ÉTUDES
POSTSECONDAIRES : LE CASDEL'ONTARIO
Normand Labrie, Sylvie Lamoureux et Denise Wilson
Universitéde Toronto
Canada
Cettecommunication présente lesrésultats d’uneétude sur l’accès aux
étudespostsecondaires desjeunes francophones de l’Ontario, plus grande
province du Canadacomptant un demi-million defrancophones. Nous
situonsnotreétude à l’intersection entre la langue minorée, l’équitédans les
chances d’accèsindividuel et ledéveloppement social et économique
collectif. Dans un premiertemps, nous abordons la problématique de l’accès
aux étudespostsecondairespour les francophones enmilieu minoritaire. Puis
suivra un exposédesrésultats des deux composantes de l’étude: une analyse
quantitativedesinscriptions confirmées des élèvesontariens francophones
aux établissements collégiaux et universitairespublics de la province de
1998 à 2006, ainsi qu’uneanalysedu discours recueilli lors d’entretiens
semi-dirigésmenés auprès de vingt responsables de l’orientation enmilieu
scolaire .
Précisons d’emblée qu’au Canada, la gestion de l’éducation
postsecondaireest de juridictionprovinciale. Toutefois, le gouvernement
fédéral versedes sommes importantes aux provinces pour assurer
l’éducation dans la langue officielle minoritaire, l’anglais au Québec etle
français hors Québec, tant au préscolaireet au scolaire qu’au postsecondaire .
Chaque province structure donc à sa façon sonpropre systèmed’éducation
scolaire et postsecondaire. En Ontario, le réseau institutionnel
postsecondaire public (financé par l’État) est forméde 24 collèges d’arts
appliqués et de technologie et 21 universités situéessurtout entre le
Sudouest etle Sud-est de la province. La majoritédeces établissementssont
unilingues anglophones, quoique l’Ontario compte 2 collèges d’arts
appliqués et de technologie de languefrançaise, 2universités entièrement
bilingues, quoique d’autres universitésoffrent desprogrammes ciblés en
français. Alors qu’il existeenviron 500 collèges privés offrant des
programmes professionnelsspécialisés, l’Ontarion’a pas d’universités
privées.
Les collèges d’arts appliqués et de technologie offrent surtout des cours
professionnels et d’apprentissage d’unedurée de quelques mois à trois ans.
Ils ont été créésparlegouvernement de l’Ontario. Les universités,elles ,
peuvent êtreà vocation de premier cycle, offrant surtout le Bachelor’s, ou
des universités à vocation mixte (rechercheet enseignement)offrant des
29programmes de premier, deuxième ettroisième cycles,ainsi que des
formationsprofessionnelles enmédecine (M.D.),en droit (D.J.),en affaires
(M.B.A.),etc .
L’Ontario compte la plus grande population francophone hors Québec .
Plus de 500 000 francophones sont répartis sur l’ensembledu territoire .
Certes,c’est une francophoniefortrégionalisée dans l’Est, le moyen-Nord,
le Nord-est etle Centre Sud-ouest, quijouit d’un réseau de plus de 300
écoles élémentaires et 80 écolessecondaires de langue française. Ce réseau
scolairefrancophoneetlagestion de ce derniersont garantis par l’article 23
de la Chartecanadiennedes droits etlibertés et des interprétations
juridiques. Toutefois, il n’existeaucunegarantiefédérale ou provinciale
d’accès aux étudespostsecondaires dans la langue minoritaire .
Les changements dans l’économie mondialisée etla mobilitéaccrue des
personnes sur desterritoires variés à l’échelle provinciale, nationale et
internationale, ladémocratisation de l’éducation etl’internationalisation de
l’enseignement supérieur sont tous des facteurs qui transformentl’accès aux
étudespostsecondaires,au Canadacommeailleurs. L’accès, la persistance et
l’expérience étudianteaux études postsecondaires sont d’intérêt non
seulement pour les chercheurs etles étudiantsmais aussipour le secteur
privé enquête d’une main-d’œuvre qualifiée et compétente. Alors que de
nombreuses étudesont été réalisées à ce sujet en Amériqueet ailleurs, très
peu d’entreelles ciblentles francophones enmilieu minoritaire. En Ontario ,
la majoritédes études depuis 1990 surl’accès des francophonesminoritaires
aux étudespostsecondairesont porté surles ambitions et lesintentions des
élèves du secondaireà poursuivre leurs étudespostsecondaires en français .
Pourleur part, les études de Churchill et Quazi(1985) et de Frenetteet
Quazi(1996) analysaient surtoutledegréde participation des francophones
aux étudespostsecondairesparrapport à la cohorte majoritaireen examinant
les demandes d’admission etlesinscriptions. Ces études confirmaient
l’existenced’un écart important entre la participation des francophones etla
majoritéanglophone, mettant enlumière ledéficit chez lesmembres de la
minorité linguistique. Alors que l’étudede 1996indique que les
francophonesparticipent davantageaux étudespostsecondaires depuis1985,
l’écart avec la majorité persiste .
Le gouvernement de l’Ontario a missurpied en 2004 une commission
d’enquête sur les études postsecondaires,dontles recommandations
invitaient legouvernement à prendredesmesures afin d’accroître le niveau
de scolarisation de la population ontarienneen général et ainsi de garantir
une meilleurecompétitivitééconomiquede la province dans lecontexte de
la mondialisation. Le rapport final « L'Ontario,chefdefileen éducation :
rapport et recommandations de l'Étudede l'éducationpostsecondaire» (Rae ,
302005) aété le coup d’envoi pour de nombreusesinitiatives visant àaccroître
l’accès aux étudespostsecondaires en Ontariopour la population en général ,
mais particulièrement pour cinq groupesidentifiés comme sous-représentés
(incluant francophones,autochtones, personnes présentant des handicaps, les
étudiants de première génération et des étudiants de certainesorigines
immigrantes). Selon ce rapport, l’accroissement de la participation de la
population en général aux étudespostsecondairespasse nécessairementpar
un accroissementprioritairede l’accès des groupes sous-représentés. Plus de
dix ans aprèsl’étude de Frenetteet Quazi, les francophones de l’Ontario
demeurent l’un des groupes sous-représentés dans de nombreux programmes
du premier cycle etparticulièrement aux étudessupérieures. Plusieurs
initiatives préconisent la miseenplacedecibles pour augmenterleur
participation aux étudespostsecondaires. Toutefois, iln’existe pas de
portrait justede l’accès des francophones aux étudespostsecondaires en
Ontario, l’un desprincipaux problèmes consistant àdéfinir qui est
francophone .
L’étude que nous avonsmenée en 2006-2007 aétéfinancée parle
ministère de la Formation,des Collèges et des Universités de l’Ontario,afin
d’établirles bases de la recherche surl’accès aux étudespostsecondaires en
Ontario. Nous avons choisi dans ce cadre de dresser unportrait précis de
l’inscription directe desjeunes francophones de l’Ontario aux études
postsecondaires. Ils’agit de primeabordd’une étude statistiquedes données
d’inscriptions confirmées au 30 septembrede 1998à 2006. Toutefoissi
l’analyse des fréquences des diverses variables donnedesindications sur les
phénomènes marquants comme nous le verrons plusloin(prépondérancedes
inscriptions au collège ;prépondérancedes étudespostsecondaires dans des
établissements de languefrançaise ; plus grand nombredefilles que de
garçons; préférence pour des études à proximitédu foyer parental),ces
donnéesquantitatives ne nous permettentpas decomprendre les raisons de
ces phénomènes et destensions et contradictions qui les entourent,à savoir
dans quel contexte et comment les élèves effectuent leurs choix. Nous avons
donc ajouté unedeuxième composanteà l’étude– des entretiens semi-dirigés
avec desresponsables de l’orientation scolairede vingt écolessecondaires de
languefrançaisede la province (à savoir un échantillon de 25 % des écoles
secondaires de langue française).
Quels choix lesjeunes francophones font-ils au moment d’entreprendre
des étudespostsecondaires? Vers quelsprogrammes sedirigent-ils ? Dans
quels établissements s’inscrivent-ils ? Pourquelle langue optent-ils dans leur
choix de programmes et d’établissements ? Quel rôle la distance
géographique joue-t-elle dans ces décisions ? Y a-t-il des différences entre
les filles etles garçons ? Existe-t-il des différencessurle planrégional (Est ,
31Nord-est, Nord-Ouest, Centre Sud-ouest)? Les choix desjeunesont-ils
changé au cours des dix dernières années, compte tenu du développement
dessystèmes éducatifs, desnouvelles politiques gouvernementales en
matière d’éducationpostsecondaire, et du contexte économiqueet des
perspectives professionnelles qui s’y rattachent ? Voilà lesquestions que
nous abordons dans cetteétude .
Il est important de préciserqu’en Ontario le processus de demandes
d’admission aux établissements postsecondairespublics est centraliséetpris
en charge par deux organismes – le Service d’admission aux collèges de
l’Ontario(SACO) et le Centrededemande d’admission aux universités de
l’Ontario(OUAC). Les données recueillieslors du processus de demande
d’admissionparles deux organismes sont d’ordre différent,etlacapacité
d’accéder aux données des cycles antérieurs varie. Iln’existe pas
d’organisme ou de basededonnéesquipermettede suivre lesindividus qui
s’inscrivent directement des écoles secondaires de l’Ontario vers des
établissements privés ou encoredans des établissementspostsecondaires
horsprovince .
Nous avons donc défininotrechamp d’analyseennous limitant
uniquement aux donnéesreliées aux admissions confirmées de 1998 à 2006.
Nous avons d’abord identifié la population cibléecomme 1) les élèves
diplômés des écolessecondaires de langue françaisede l’Ontarioqui font
une entrée directeaux étudespostsecondaires et 2) les élèves diplômés des
écolessecondaires de langue anglaisede l’Ontario ayant lefrançais comme
7langue maternelle, qui font une entrée directeaux étudespostsecondaires .
Alors que nos analysesportent sur vingt variables, nous avons choisi de
présenterle portrait global,c’est-à-dire les fréquencesmoyennes de 1998à
2006 pour six des vingt variables analysées. Avant de passer à l’analyse ,
permettez-nous de vous présenter unportrait global de l’accès direct aux
étudespostsecondaires en Ontario. (Tableau 1)
De 1998 à 2006, 40 887 étudiantsontariens francophones se sontinscrits
directement à un établissement postsecondaire public de la province. De
ceux-ci ,
- 38 108 ont fréquenté uneécole secondairede langue française, et 2 779
une écolede langue anglaise .
7
Environ 30 % des finissants du secondaire reportent leur entrée aux étudespostsecondaires
d’une année ou plus,ens’intégrant surle marchédu travail, en voyageant,etc.(Voir étudedu
CCL/CCA, 2008). Ceux-cine sont pas captés dans cette étude du fait qu’ilssont codifiéspar
les banques dedonnées que nous avons utilisées dans unecatégorie« autre», incluant aussi
bien les étudiantsprovenant de l’extérieur de la province, que les étudiantsontariens
effectuant unretour aux étudesplusieurs années aprèslafin de leurs étudessecondaires.
3224 959 5485 10 443
<75 km 75-150 km >150 km
26 319 14568
Collèges Universités
22 729 18 158
français anglais
36 459 3 711 709
français anglais Autre
17 810 22 853
Hommes Femmes
38 108 2 779
français anglais
- 22 853 sont de sexe féminin et 17 810 sont de sexe masculin.
- 36 459ont indiqué lefrançais comme langue maternelle, 3 711
l’anglais et709 une langue autre que le français ou l’anglais .
- 22 729 se sont inscrits à un programme offert en français et18 158à
unprogramme offert en anglais .
- 26 319 se sontinscrits directement à tempsplein à un programme
offert par un collèged’arts appliqués et de technologie, alors que 14568 se
ersont inscrits directement à temps plein à un programme universitairede 1
cycle .
- 24 959 d’entreeux se sont inscrits à un établissement postsecondaire
8à moins de 75 km de leur école secondaired’origine ,5485 dans unrayon
entre 75et150 km,et10 443à plus de 150 km .
Tableau 1: Portrait global de l’accès direct des francophones de l’Ontario
aux étudespostsecondaires, 1998-2006
Langue Langue Destination
d’instruction d’instructionLangue
Sexe Post Proximitéécole Postmaternelle
secondaire
secondaire Secondaire
8
Distance, selonles cartesroutières,entre les limites de la villede l’écoled’origineetles
limites de la villede l’institutionpostsecondaire .
33Les donnéesquantitatives
Nousprésentons les tendances de 1998à 2006 poursix des variables
analysées, à savoir1)lestendances d’inscriptions globales et par type
d’établissement des francophones et des anglophones de 1998à 2006; la
distributionmoyenne selon 2)le sexe, 3)la langue d’instruction, 4)le type
d’établissement,5)la proximité, ennotant au besoin 6) desparticularités
régionales. Nousprésentons aussi un aperçu destendancesquiressortent du
croisement de la langue d’instruction et de la proximité parrapport aux
établissements postsecondaires.
1) Effectifsscolaires des écolessecondaires de l’Ontario
eMalgré la réformedu système scolaire qui a vu disparaître en 2003 la 13
annéed’études, occasionnant une diminution d’effectifs entre 2002 et 2004,
le nombre d’élèves inscrits aux écolessecondaires de l’Ontario augmente,
tout comme la participation aux étudespostsecondaires de la population en
général(écoles de langue anglaise). Cependant, les francophones de
l’Ontario accusent une diminutionimportantedes effectifsscolaires entre
1998 et 2004, suivied’une légère augmentation de 2004à 2006. Toutefois ,
cettediminution dans le nombre total d’élèvesinscrits dans le systèmede
languefrançaise ne sefait pas ressentir pour ce qui est de la participation aux
étudespostsecondairesqui, elle, vaen augmentant,ce quisuggère que
l’écart notédans les études antérieuresserait entrain de rétrécir .
Tableau2: Inscriptions aux écolessecondaires de l’Ontario
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005
1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
Écoles
secondaire
slangue
française
2499326164 26106 25771 25090 24906 22966 23165 23617
Toutesles
écoles
secondaire
s Ontario
701191697836 704268 708854 714838 713799 686763 698160 707533
34Tableau3: Inscriptions aux écolessecondaires de langue françaises de
l’Ontario
Participation directedu secondaireaux études universitaires
L’analysedes données globales de participation aux études universitaires ,
disponibles d’OUAC à la lumière des données d’inscription à tempsplein
dans les écolessecondaires de l’Ontario(ministèrede l’Éducation, 2008) ,
permet defairedes constats importants. Notons d’abord que l’augmentation
des effectifs des élèves au secondaireanglophonedepuis 2004 est plus
importante que chez les francophones. Alors que chez la population
anglophone, la légère augmentation de la participation aux études
postsecondairesreflète une augmentation desinscriptions au secondaire (une
tendance à la hausse),chez les francophonesonobserve une tendance
inverse, dans la mesure où de 1997-2002, les effectifs scolaires des écoles
secondaires de langue françaisediminuent pendant que la participation
directede l’école secondairede langue françaiseau postsecondaire
augmente .
35Une autre tendance intéressante s’annonce. Le niveau de participation
directedes étudiants des écoles secondaires de langue françaiseau
postsecondaireà l’universitéest plus élevé en 2004-2006qu’en 1998-1999 ,
tout comme la tendance anglophone, alors qu’il y a moins d’effectifs
scolaires francophonespotentiels .
Tableau 4: Inscriptions directes auxuniversités de l’Ontario
Participation directeaux étudespostsecondaires1998-2006
Lorsque l’on examine les données de 1998 à 2006, il faut faire
abstraction des chiffres du secondairede 2002-2003 et ceux des études
postsecondaires de 2003-2004, puisque legouvernement de l’Ontario a
effectué une réforme du paliersecondaire, réduisant d’un anle nombre
d’années de scolaritédonnant lieu au phénomène appeléde la «double
cohorte». Il y avait deux foisplus definissants du secondaireen 2002-2003
que dans les années antérieures,ainsi qu’unplus grand nombred’étudiants
inscrits dans les collèges et universités enseptembre 2003 .
36Tableau 5: Inscriptions au collègeet à l’universitédes diplômés des
écoles de langue française
2) Répartitionselonle sexe
Alors que les effectifs scolaires de l’Ontariose situent en proportion à51
% degarçons et 49% de filles,etqu’en 2005 en Ontario 56,4 % des
reinscriptions en1 année des étudespostsecondaires étaient des femmes ,
pour les francophonesinscrits à l’université, ladisparité selonle sexeest
encore plusimportante (64,3 %). Cettedisparité ne reflète pas la répartition
selonle sexedans les écolessecondaires de langue française, où les fillesne
sont que légèrement plusprésentesque les garçons (50,5 % filles,49,5 %
garçons) .
37