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Validation des Acquis de l'Expérience

De
291 pages

Vingt-deux auteurs, professionnels de la VAE, de la Formation Tout au Long de la Vie, ont cherché à valoriser la mutualisation des expériences menées à partir de leur universités respectives, en développant à cette occasion des réflexions et des analyses autour de thématiques mobilisées par la VAE.

Publié par :
Ajouté le : 01 juin 2008
Lecture(s) : 118
EAN13 : 9782336267234
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Validation des Acquis de l'Expérience
Retour d1expériences

à J'Université

Ouvrage coordonné par

Laure Ben Moussi-Le Gall

Validation des Acquis

de l'Expérience
Retour d1expériences à J'Université

Formation Continue Universitaire

L'Harmattan

@ L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

Paris

ISBN: 978-2-296-05861-3 EAN : 9782296058613

Comité de rédaction Aline ANCEL (Université de Strasbourg 1), Laure BEN MOUSSILE GALL (Université de Brest), Isabelle CHERQUI (Université de Nancy 1), Michel FEUTRIE (EUCEN), Nathalie GUY ADER (Université de Brest), Dolorès LAOPE (Université de Poitiers), Hugues LENOIR (Université Paris 10), Paul NKENG (Université de Strasbourg 1), Martine PONS-DESOUTER (Université de Grenoble 3)

Coordination de la publication Laure BEN MOUSSI-LE GALL (Université de Brest), Isabelle CHERQUI (Université de Nancy 1), Michel FEUTRIE (EUCEN), Jean-Marie FILLOQUE (Université de Brest)

Conférence des Directeurs de Services Universitaires de Formation Continue www.fcu.fr

SOMMAIRE
Préface page 13 Jean-Marie FILLOQUE (Président de la Conférence des Directeurs des Services Universitaires de Formation Continue) Introd uction page 15 Laure BEN-MOUSSI - LE GALL (Université de Bretagne Occidentale) 1ère partie:

Cinq ans déjà! Les acquis de l'expérience des acteurs universitaires Ou les effets de la VAE du point de vue des professionnels
Introd ucti on

........ ....... ...

...

..... ... ........ ... ... ...

...

.. .. page 23

Laure BEN MOUSSI-LE GALL Profession, Conseiller en VAE : une identité en construction Laure BEN MOUSSI - LE GALL (Université de Brest) page 25

L'accompagnement: un catalyseur de l'émergence des acquis et de la (re )connaissance page 39 Aline ANCEL, Paul NKENG (Université de Strasbourg 1) L'accompagnement: entre attention et discordance Muriel HENRY (Université de Bourgogne) page 53

Validation partielle et construction des parcours individualisés de formati on : que Ile réalité? page 63 Nathalie SARRADIN (Université de Bretagne Occidentale) 2ème partie: Valider ses acquis - Un acte formatif conceptualisé Ou les effets de la VAE du de vue du candidat Introduction Nathalie GUYADER Témoignages et vécus des démarches V AE Nathalie GUYADER (Université de Bretagne Occidentale) 9

et/ou

page 79 page 81

Le portefeuille d'acquis: une démarche formative Aline LEBERT (Université de Paris 8) L'expérience et la nécessité Marie-Clotilde PIROT (INPG)

page 97

page 111

La VAE, outil de promotion sociale? page127 Bernard CHAUVEAU, Philippe BLANCA, Dolores LAOPE (Université de Poitiers)

3ème

: VAE et mobilisation

institutionnelle

Introduction. ...
Hugues LENOIR

...

...

page 141
page 143

VAE et stratégies pour la fonction RH des entreprises Gilles PINTE (Université de Bretagne Sud) Des effets sur les organisations Hugues LENOIR (Université de Paris X) RNCP et VAE à l'université, un couple indissociable? Martine PONS- DESOUTTER (Université de Grenoble 3) 4èmepartie:
ln trod u c t ion.

page 157

page 175

Validation

des acquis et Europe
1 89

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p age

Michel FEUTRIE La reconnaissance des acquis de l'expérience dans l'espace européen .......... ......... .. ... .......... page 193
Roseline LE SQUÈRE (Université de Bretagne Sud)

La VAE dans l'espace européen Michel FEUTRIE (Université de Lille 1- Président de EUCEN)

page 201

10

VAE: des pays, des universités mais une problématique
..

récurrente
209

.. ... .. .. . . . . . .. . . . . . . . . . . . . .. . . . .. . . . . . . . . . . .. ... . . . . . . . . . . . ... . . .. .. . . . . . .. ... . . ... .. . . ... page

Pat DAVIES (EUCEN) Un état des lieux des pratiques de validation des acquis dans les 27 états membres page 219 Michel FEUTRIE (Président de EUCEN) Regard suisse sur le système français Suzanne DE JONCKHEERE (Université de Genève) page 229

La Valorisation des Acquis de l'Expérience en Communauté française de Belgique page 237 Bernadette BAILLEUX, Gérard PIROTTON (Université Catholique de Louvain) Le projet de validation des acquis expérientiels dans l'enseignement supérieur au Portugal. page 243 Carmen CAVACO (Université de Lisbonne)

Conclusion Mutualisation, invention, innovation: le réseau national de VAE..........
.. .......... .. ................................ .......................................... .... .......
page 249

Martine CARETTE (Université de Lille 1)

Annexes Le journal d'un conseiller. Une semaine comme une autre page 253 Aline ANCEL, Laure BEN MOUSSI-LE GALL, Aline LEBERT, Paul NKENG, Nathalie SARRADIN Bibliographie Présentation des auteurs page 277 page 287

Il

PRÉFACE
Jean-Marie FILLOQUE Président de la Conférence des Directeurs des Services Universitaires de Formation Continue

Cinq ans après la publication de la loi de modernisation sociale qui a permis d'étendre le droit à la val idation des acquis de l'expérience à la plupart des certifications françaises, force est de constater que pour beaucoup d'entre elles, l11algré une volonté réelle tant des autorités compétentes que des partenaires sociaux, son utilisation n'a pas atteint les objectifs espérés. Dans ce contexte, l'enseignement supérieur peut s'enorgueillir d'avoir réagi très vite et de s'être placé en capacité de répondre à cette dell1ande soc iale émergente. Il faut en rechercher l'origine dans l'action volontariste des pionniers qui ont, dès 1985, mis en œuvre un décret innovant permettant pour la première fois de valoriser l'ensemble des expériences d'une personne pour la dispenser des titres requis afin de s'inscrire dans un parcours universitaire. Cette petite révolution est pratiquement passée inaperçue mais a permis aux services de formation continue universitaire d'expérimenter, particulièrement à partir de la promulgation de la loi de 1992 instaurant la validation des acquis professionnels pour la délivrance partielle de diplôme. La loi de modernisation sociale est ainsi arrivée sur un substrat déjà bien préparé. Des personnels s'étaient formés à ces approches nouvelles et des organisations adaptées à l'accueil et à l'information avaient commencé à émerger. Si le décret de 1985 est presque passé inaperçu de la plupart des acteurs universitaires, il semble aujourd'hui évident que la reconnaissance des acquis de l'expérience par l'institution l11arque un profond changement d'état d'esprit, sans doute non encore totalement reconnu, mais dont les conséquences sont déjà visibles. Parmi celles-ci, on peut trouver l'acceptation relative du processus de Bologne par la communauté, avec ses effets collatéraux. La professionnal isation des parcours universitaires, l'approche par les

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résultats de formation, voire par les compétences, puisent leur légitimité dans la reconnaissance de la multiplicité des lieux de construction des savoirs et des capacités. L'université sort ainsi de l'isolement dans lequel beaucoup voudraient la maintenir mais elle est aussi bousculée par cette ouverture. Ouverture à de nouveaux publics, qui attendent reconnaissance et promotion sociale, mais qui aussi jugent et évaluent la qualité de sa réponse; ouverture à des interlocuteurs qui ont souvent construit leurs propres représentations sur des stéréotypes encore difficiles à combattre. Le titre de l'ouvrage « VAE, retour d'expériences à l'université », joue de cette dialectique et traduit aussi bien l'effet que la cause. L'Université a su développer de nouvelles professionnalités, bénéficiant des apports théoriques de sa recherche tout en accueillant, et reconnaissant comme siens des professionnels aguerris. La conférence des directeurs de formation continue universitaire a appuyé cette évolution. Aujourd'hui, nous avons voulu capitaliser cette SOlnme de savoir-faire, la formaliser afin de la transmettre et offrir à nos partenaires et collègues un ouvrage de référence dans le domaine. Cette production bénéficie des apports et du recul offerts par les outils de la recherche en sciences humaines et sociales. Elle a été écrite par un réseau d'auteurs, acteurs aux statuts différents, administratifs, enseignants, chercheurs, créateurs d'un ensemble de compétences auto- construites et dont les activités quotidiennes se croisent, se complètent, s'enrichissent les unes des autres. Le résultat en est un ensemble de textes de statuts différents, s'appuyant sur des expériences variées, non nécessairement homogènes, mais traduisant bien la réalité du terrain et l'enthousiasme qui les porte.

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INTRODUCTION
Laure BEN MOUSSI - LE GALL Université de Bretagne Occidentale

La Validation des Acquis de l'Expérience (V AE) apparaît aujourd'hui comme un questionnement caractéristique d'une période qui, d'un point de vue idéologique, veut s'inscrire dans le mouvement de la Formation Tout au Long de la Vie (FTL V). Ce concept multidimensionnel transcende le temps et l'espace. Les problématiques de l'emploi impliquent des constructions de carrière et non plus des processus linéaires, tel qu'un métier, une entreprise, une vie, portés par les générations passées. Changements, évolutions, reconversions, qu'ils soient contraints ou non, ascendants ou horizontaux, symbolisent fortement cette pluralité. Posés dans une dynamique de la réussite, ces moments cruciaux de négociation identitaire, peuvent nécessiter un accompagnement. La FTL V devient incontournable pour mieux appréhender ces changements de trajectoires de travail et de vie car les retours en formation apparaissent alors comme autant de rituels de passage, des marqueurs de temps. La FTL V n'est plus une utopie, elle est un enjeu sociétal. Elle s'incarne d'ailleurs dans un processus européen d'une société de la connaissance, qui ne se soustrait pas à la souveraineté nationale concernant les principes du système éducatif. Dans le cadre d'une promotion à la mobilité pour une citoyenneté européenne, s'est construite une volonté d'homogénéiser les parcours de formation et d'améliorer ainsi la transparence des qualifications L'objectif est alors d'offrir une meilleure correspondance entre les diplômes et titres professionnels des divers systèmes d'éducation. Pour faciliter la construction de ces parcours professionnels et de ces nouvelles trajectoires sociales est promue la validation des acquis formels, non formels et informels comme outils de «passation» d'un état à un autre. Dans ce contexte, l'idée de valider ses acquis pour l'obtention d'un diplôme ou d'un titre professionnel n'est pas nouvelle dans le système éducatif français. L'enseignement supérieur peut s'enorgueillir d'avoir utilisé les dispositifs légaux de validation des acquis mis à sa disposition et d'avoir réagi positivement aux 15

changements imposés par les autorités. Son histoire s'écrit en trois principales étapes. La première, datant de 19851, a pour objectif de permettre d'accéder aux fOflllations sans avoir le titre requis et obtenir aussi des dispenses de cours. Le second décret, adopté en 19932, se superpose au premier, avec cette option de permettre, non plus la dispense, l11ais l'attribution d'unités de formation. Communément appelés « Validation des Acquis Professionnels» (V AP)3 dans un cas comme dans]' autre, les deux ont des apports bien spécifiques. Le concept de « dispense », dans le cadre de la VAP 85, a engagé la voie à la construction d'un parcours individualisé adapté à la problématique et parfois au projet de la personne. Le concept d'attribution qui ne dénie pas cet aspect, a aussi initié la validation partielle d'une certification. Mais l'un comme l'autre positionnent le bénéficiaire des dispositifs dans une logique et dans une dynamique de formation. L'idée de créer un système de validation des acquis de l'expérience, placé à égalité avec la fort11ation initiale, est lancée dès 19964 et reprise en 19995 avec le désir de garantir la légitimité et la valeur du diplôme. Les préconisations alors émises furent suivies d'effets avec la création, en 2002, de la Val idation des Acquis de l'Expérience (V AE) introduite par la loi de Modernisation sociale du 17 janvier, devenant ainsi la 4èmevoie de certification à côté de la fOrt11ationinitiale, de la formation continue et de l'apprentissage. Si 1985 peut être désignée de «petite révolution» dans l'enseignement supérieur, dans la mesure où elle interroge sur la fonction fOflllatrice de l'expérience, elle a permis aux services d'expérimenter le dispositif, de penser ses effets sur les différentes strates qui forment le système universitaire. Cet artefact a pu se développer et s' affirt11er à partir de la promulgation de la loi de 1992. C'est ainsi que la VAE pouvait arriver sur une infrastructure déjà bien préparée avec des personnels dont les missions étaient déjà d'accompagner les personnes bénéficiaires avec des procédés balisés
Décret N° 85-906 du 23 août 1985 posant les conditions de validation des études, expériences professionnelles ou acquis personnels en vue de l'accès aux différents niveaux de l'enseignement supérieur 2 Décret n° 93-538 du 27 mars 1993 relatif à la Validation des Acquis Professionnels 3 Dans cet ouvrage, pour parler de l'application du décret de 1985, il a été décidé de parler de VAPP 85, le « P » majuscule étant doublé, étant donné que déjà, le décret mentionnait la validation des acquis personnels. 4 Se référer au rapport de Michel deVirville 5 Se référer au livre blanc de Nicole Perry, alors secrétaire d'état en charge de la Formation Professionnelle
I

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d'étapes, des outils construits, testés et des commissions-jurys ayant fait leurs preuves quant à la décision de validation (ou pas, d'ailleurs). Ces expériences étaient-elles suffisantes pour appréhender la VAE et respecter l'esprit de la loi? Certainement non, tant la V AE bouleverse le champ académique de la certification. Ni petite, ni grande, elle est: révolution! D'ailleurs son application dépend avant tout des décisions politiques prises en interne, votées par les conseils d'administration des universités et pré-examinées en Conseil des Etudes et de la Vie Universitaire (CEVU). C'est ainsi que, munies d'un seul décret les concemant6, d'un possible passé dans le domaine de la validation des acquis pour peu qu'elles aient appliqué la VAP 85 et/ou la VAP 93 et parfois de procédure votée en interne, les universités ont dû, dans un souci d'efficience, agir conjointement, et ce en divers sens: 1°. Penser, concevoir une démarche de VAE respectueuse de la loi mais aussi de la culture universitaire, de par son histoire, son organisation, son fonctionnement; 2°. Se former pour mieux former les professionnels du conseil et de l'accompagnement en VAE ; 3°. Créer ou adapter des outils nécessaires à la bonne marche du dispositif: dossier de demande de VAE ; guide du candidat; guide du conseiller; guide du jury; base de données de gestion, référentiel de compétences; sites internet d'information voire de positionnement; etc. 4°. Solliciter et travailler avec tous les personnels de l'université, qu'ils soient du corps des administratifs ou des enseignants; 5°. Accompagner les jurys pour les faire basculer dans un autre mode d'évaluation, n'ayant plus seulement à sanctionner les savoirs mais aussi les capacités expérientielles et porter les nouveaux codes et normes qui se sont crées; 6°. Trouver et développer les partenariats pour ne pas être oublié par les organismes politiques et financeurs et devenir souvent force de propositions; Cette liste n'est assurément pas complète et dépend, toujours et encore, du contexte universitaire en question.

6

Il s'agit du décret N° 2002-590 du 24 avril 2002 relatif à la validation des acquis de
par les établissements d'enseignement supérieur.

l'expérience

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Cette description ne se veut pas non plus idyllique car ne peuvent être niées les disparités entre universités. Rappelons, que selon leur ancrage ou non dans les dispositifs de validation, selon l'organisation des services de formation continue universitaire, de leurs moyens et aussi de la volonté politique des instances décisionnelles à promouvoir la formation continue et permanente en leur sein et plus encore la VAE, celle-ci est plus ou moins appliquée et quand elle l'est, peut l'être sur des modalités différentes. Mais, par et de cette diversité est née une synergie, productrice de savoirs et de compétences, qui a permis la construction de réseaux. Ces réseaux, où se mêlent rapports formalisés et liens personnels, ont été créés au niveau national7 et au niveau régional et obtiennent une reconnaissance institutionnelle, à l'interne comme à l'externe, par les partenaires politiques et financiers et permettent ainsi d'atteindre les objectifs ci-dessus listés. C'est dans ce contexte que le dispositif de VAE peut être décrit comme une œuvre collective co-construite, partagée et mutualisée. Cet ouvrage capitalise un certain nombre de connaissances et de savoir-faire cumulés depuis 2002 et a été conçu à partir de quatre approches. La première partie donne la parole à des acteurs du terrain de la validation des acquis, qui analysent leurs pratiques et 'offrent un regard distancié sur leur propre expérience. Ils parlent au nom des centaines de professionnels qui sont aujourd'hui formés et assurent le fonctionnement du dispositif universitaire. En annexe le lecteur pourra suivre leur quotidien, au fi] d'une semaine et pour peu que lui-même intervienne dans la chaîne de la VAE, il pourra se reconnaître à tel ou tel moment. La deuxième partie s'écrit du point de vue des candidats. Elle évoque leur vécu, leurs l11otivations, ce qui sera ou non un parcours réussi, ouvrant la voie à une reconnaissance personnelle, sociale, ou professionnelle. Les interactions qui se jouent entre candidats et conseillers, avec les jurys, les personnels administratifs sont autant de combinaisons possibles qui bousculent les normes en vigueur pour mieux les réinventer afin de mieux appréhender ces parcours de certification atypiques. La troisième partie s'intéresse aux institutions qui portent la VAE. Ce sont, certes, les universités avec leurs services de formation
7

Au niveau national, le réseau est porté par la Conférence des Directeurs de la

Formation Continue Universitaire (CDFCU), association loi 1901

18

continue qui ont pu prendre en charge cette procédure spécifique du code du travail, relevant explicitement du champ de la formation professionnelle continue. Cette prise en charge oblige malgré tout à une relation forte avec les référents pédagogiques des diplômes visés, et par là même, tisse des liens forts avec les structures pédagogiques et leurs responsables. Mais comment réagit l'université à cette nouvelle forme d'accès au diplôme? Les auteurs analysent cette mutation déjà perceptible, en particulier dans l'investissement des universités pour l'écriture de référentiels de compétences associés aux diplômes, et, plus récemment dans celle des fiches du répertoire national des certifications professionnelles. Ce sont aussi les entreprises pour qui la VAE est encore un enjeu notamment pour la « gestion prévisionnelle des emplois et des compétences », concept très porteur de nos jours. La dernière partie offre une vision européenne de la validation des acquis. L'approche française est souvent difficilement comprise ou acceptée par nos collègues européens. Les auteurs restituent notre approche au regard des attentes européennes, et la compare à quelques-uns des dispositifs mis en place dans différents pays. Ces regards différenciés permettront au lecteur de mieux comprendre nombre de freins que beaucoup rencontrent encore aujourd'hui dès lors qu'ils envisagent de faire reconnaître leur expérience par un diplôme.

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1ère PARTIE CINQ ANS DÉJÀ! LES ACQUIS DE L'EXPÉRIENCE DES ACTEURS UNIVERSIT AIRES Ou les effets de la VAE du point de vue des professionnels

INTRODUCTION
Laure BEN MOUSSI-LE GALL

Il Y a des jours comme ça, il y a des événements comme ça qui 1110difientles us et coutumes et animent les passions. Depuis 2002, la VAE a produit ces effets: un changement sociétal et culturel pour l'accès à la certification! Elle a induit de l'innovation dans la démarche, dans les outils. Elle a créé une nouvelle profession que nous désignerons, dans un souci de simplification terminologique, de conseiller en VAE dont les missions et les responsabilités diffèrent d'une université à l'autre. Le quotidien du conseiller en VAE est riche. Les journées sont intenses et les problématiques abordées diverses: accueil, information, orientation, accompagnement, évaluation... Elles irriguent le sens même de l'université et bousculent les usages. La courroie de transmission de ce flux, c'est le consei 11eren VAE. Son profil est des plus variés, venant de forll1ations hétérogènes. Son expérience professionnelle est plus ou moins longue, plus ou moins attachée à l'un iversité. Son travail quotidien, selon les contextes institutionnels, est différent et ses perspectives aussi. C'est ainsi une profession en construction, en quête identitaire et de reconnaissance institutionnelle. Proche du modèle carriériste défini par Claude DUBAR (2000), le conseiller en VAE est un professionnel reconnu par ses pairs, ayant développé une relation de dépendance et de coopération vis-à-vis de l'université par laquelle et dans laquelle il existe. Le cœur du métier de conseiller en VAE est l'accompagnement. Quelle définition lui donner? La VAE devient, par l'accompagnement dont bénéficie le candidat, un acte formatif qui permet à ce dernier de passer de données brutes à des données analysées et ce, pour l'obtention d'un diplôme. Il nécessite une méthodologie élaborée en trois étapes. Tout d'abord ils' agit d'opérer un retour sur le parcours, puis de passer du parcours aux activités et enfin du factuel au conceptuel. Avec des techniques centrées sur l'entretien, la 23

conscientisation des acquis de l'expérience s'initie par la parole et se formai ise par l'écrit. L'accompagnement est ainsi un catalyseur de l'émergence des acquis c'est aussi celle de la re-connaissance. La VAE c'est aussi un processus d'auto-construction. Le candidat doit verbaliser son expérience dans un dossier. L'accompagnement pennet de rendre « utilisable» ce dossier afin, notamment, que le jury puisse procéder à son évaluation. Cette mise en mots n'est pas sans obstacles. Il faut que le bénéficiaire trouve les motivations (projet) pour aller au-delà de la simple formalisation d'années d'expérience. Il est aussi nécessaire d'entraîner le candidat à aller au-delà des évidences. L'accompagnement permet aux candidats de s'interroger sur ce qu'ils font et ce qu'ils savent pour passer de la description de l'expérience à celle des acquis (processus d'intellectualisation). C'est ainsi un double Inouvement, d'attention portée à l'expérience pour que le candidat ait envie de dire et de discordance pour qu'il puisse dire et voir autrement son expérience. Mais jusqu'où va l'accompagnement? S'arrête-il une fois que le jury a pris sa décision et que le candidat en est averti? L'accompagnement est aussi nécessaire lorsque la validation du diplôme est partielle. La prescription élaborée par le jury prend plusieurs formes et peut s'inscrire dans le projet personnel/professionnel des candidats: aménagement du parcours de formation ou mise en place de modalités originales qui ne s'inscrivent pas dans la maquette du diplôme. L'évaluation qui en découle permet au candidat de développer des compétences nouvelles en relation étroite avec les exigences de l'université qui en font sa force. Si la finalité est la certification, l'outil la prescription, le cœur de la démarche est la personne. Les outi Is existent: étalement dans le temps du parcours de formation, tutorat, enseignement à distance... Ressources pédagogiques sont ainsi utiles, mais aussi ressources humaines. La question est de savoir si on a les moyens de nos ambitions et ce, pour quelle reconnaissance professionnelle?

24

PROFESSION, CONSEILLER EN VAE : UNE IDENTITÉ EN CONSTRUCTION
Laure BEN MOUSSI - LE GALL Université de Bretagne Occidentale

La VAE, c'est 2002... Un événell1ent relativement récent mais qui, depuis cette date, a nécessité très rapidement le développement de ressources au sein des services universitaires de formation continue. Ressources politiques: adoption par les conseils d'administration des procédures, établissant ainsi des règles de fonctionnement. Ressources organisationnelles: définition d'une répartition du travail entre les acteurs administratifs ou pédagogiques sollicités par l'application du dispositif. Ressources techniques: mutualisation des outils existants et création d'autres, dynall1isant l'ingénierie de formation et pédagogique. Et aussi ressources humaines... Quelles sont-elles? Pour se nommer, les appellations sont nombreuses et dépendent de ce qui est placé en prell1ière référence. Conseiller en VAE ? Chargé de 111issionen VAE ? Responsable VAE ? Ingénieur en VAE ? Chargé de 111issionen ingénierie pédagogique? Conseiller en formation chargée de la VAE ? La liste n'est pas exhaustive et couvre divers sens donnés au concept de professions, décrits par Claude DUBAR et Pierre TRIPIER (1998 : 12). Dans cette diversité terminologique, est repérée tout d'abord la «profession déclarée» qui renvoie à la dimension d'identité professionnelle. Je me souviens d'une discussion avec une collègue qui me demande comment je me « déclare» lorsque je dois compléter des documents pour l'école de mes enfants. Je lui réponds « ingénieur» argumentant que si je notais « Responsable du Bureau REV A », pour beaucoup, cela ne voudrait rien dire. Dans cette liste, se trouve aussi la rhétorique de la spécialité qui s'appuie sur la valorisation d'un métier. L'exemple du « conseiller en VAE » peut en être l'illustration. Etre conseiller en V AE c'est le fruit d'une histoire du métier relatif à l'accompagnement de personnes dont « l' œuvre », au sens donné par Michèle DESCOULANGES (1996:20), est la guidance du candidat dans sa démarche de validation. A côté de ces deux sens il y a celui de la profession comme emploi; par exemple, «Ingénieur d'études, IGE ou ingénieur de recherche, IGR» qui

25

correspondent à des grades définis par notre Ministère de tutelle et qui régissent le corps des fonctionnaires. La dernière variation sémantique se symbolise par la profession comme fonction; fonction remplie au sein de l'université, « responsable VAE »ou «Directeur du service de la validation» par exemple, qui peuvent notamment s'inscrire sur la carte de visite. Chaque acteur concerné, professionnel de la V AE, peut se livrer à ce petit jeu et retrouvera ses quatre dimensions définissant la profession. Bien évidemment, chacun peut utiliser quatre mêmes dénominations et leur donner une signification différente. Ces divergences s'expliquent par l'environnement dans lequel il évolue et par sa biographie-même. Cette réflexion s'adressant à un public informé voire expert de la VAE, il est décidé d'utiliser l'appellation « conseiller en V AE ». Ce choix écarte de l'analyse toute une catégorie d'acteurs nécessaires à l'établissement de la VAE mais dont les missions sont bien différentes de celles citées ci-dessus, comme les membres de jury ou encore le personnel qui travaille dans les Points Relais Conseils8. Les conseillers en VAE désignent les professionnels chargés de veiller à la mise en place de ce dispositif au sein de l'université et de l'accompagnement des candidats dans cette démarche. Nombre de tâches peuvent être alors listées9. Ces deux missions, larges dans leur
8

D'ailleurs le travail de jury est largement évoqué dans nombre de contributions

concernant la thématique de la VAE; l'enjeu de l'évaluation le justifiant. Celui du PRC l'est moins, même si la question de la « professionnalisation » demeure comme pour les jurys (GAURON : 2004). Mais il est vrai que la mission d'information et de conseil en VAE incombée aux structures labellisées «PRC» est subalterne, leur légitimité reposant sur d'autres spécialisations (orientation, emploi, etc.). Aucun professionnel de PRC n'est désigné à part entière sur cette mission. 9 Les tâches relatives à la mise en place du dispositif peuvent être de : Concevoir une procédure, la faire évoluer et la faire adopter; Penser et organiser l'activité: de l'organisation à la division du travail; Utiliser, adapter et développer des outils de travail et documents administratifs; Communiquer en interne et en externe; Participer, animer le travail en réseau; Informer et former le personnel impliqué (des scolarités aux jurys) ; Organiser et participer aux jurys; Animer, participer à divers projets à dimension géographique variable; Etablir une tarification; Prévision et suivi budgétaire; Montage et suivi de dossiers de subventions; Manager une équipe: du recrutement à l'animation; Etc. Celles inhérentes à l'accompagnement du candidat dans sa démarche de VAE sont dissociables à chacune des étapes jalonnant le parcours de VAE : accueillir / informer et orienter; travailler sur la recevabilité et la faisabilité du projet de VAE ; Conseiller le candidat dans sa recherche de financement; Préparer et faire signer des contrats; Accompagner méthodologiquement et pédagogiquement la réalisation du dossier; Veiller à l'inscription administrative du candidat; Préparer ce dernier à son entretien

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application, permettront à chaque professionnel concerné de se reconnaître, espérons-le. Seule cette reconnaissance aidera à la dynamique d'une construction identitaire. Il s'agit donc de montrer et d'analyser un fait sociologique au sens durkheimien, mais aussi de revendiquer une légitimité (identitaire) dans les institutions universitaires. Les conseillers en VAE sont trop souvent désignés comme des « administratifs ». Il s'agit d'une classification stéréotypée, largement véhiculée au sein des universités, qui se base sur la dichotomie "personnel enseignant / personnel administratif". Or la profession de conseiller en VAE est au croisement de ces deux catégorisations et s'inscrit dans l'ingénierie pédagogique. Celle-ci se définit comme une méthodologie soutenant l'analyse, la conception, la réalisation et la planification du dispositif de certification qu'est la VAE 10.

1. DES RÉALITÉS PROFESSIONNELLES VARIÉES
S'il est difficile de dire ou trop tôt pour définir ce qu'est la profession de conseiller en VAE, il est plus aisé d'expliquer ce qu'elle n'est pas. S'appuyant sur les analyses de Claude DUBAR et de Pierre TRIPIER (1998: 248-249), la profession de conseiller en VAE n'est ni «séparée », ni «unifiée », « établie» ou encore « objective ». En effet, les contextes professionnels diffèrent trop d'une université à l'autre: environnement de travai l, statuts et parcours des professionnels, tâches à effectuer peuvent être très disparates.
LES ALÉAS CONTEXTUELS

Que sera demain? Combien de temps la VAE aura-t-elle le vent en poupe? Très difficile de le dire... Partenaires politiques et sociaux sont aujourd'hui favorables au dispositif. Les entreprises, dans leur grande majorité, restent encore frileuses... Si au niveau national, l'Etat assure la promotion de l'outil, au niveau régional des disparités existent. Entre les régions qui intègrent les universités dans les espaces décisionnels et celles qui les ignorent, il est certain que le soutien au dispositif de VAE en est modifié. Enfin de grandes
avec le jury; Participer au jury; Suivre le candidat dans la réalisation prescription en cas de validation partielle du diplôme; Etc. 10En référence aux travaux conduits par Gilbert Paquette 27 de sa

disparités existent entre universités-mêmes, entre celles qui ont adopté la VAE et conjointement des règles de fonctionnement comme l'exige le cadre réglementaire en vigueur et celles qui l'ignorent. Mais les conseillers en VAE qui disposent de règles établies et votées par l'établissement ne sont pas à l'abri d'un renversement de situation. Pour peu qu'il y ait notamment un changement de Présidence non favorable à la Formation tout au long de la vie et/ou à la VAE, tout peut basculer. Même si des fondations s'établissent, elles peuvent tout autant être réduites à des ruines. Il sera certainement plus facile de les reconstruire si l'effort est collectif, de manière à ce que la VAE devienne un dispositif normé, intégré dans la culture universitaire. Cet effort collectif est de plus en plus soumis à une pression forte. Les conseillers en VAE ont obligation de se montrer performants rapidement: efficacité et efficience du dispositif sont regardées de près, en interne comme en externe d'ailleurs. A cela s'ajoute une concurrence qui ne peut être niée: concurrence entre universités, mais aussi avec des organismes privés qui se positionnent sur le marché de l'accompagnement des candidats à la VAE. Subissant des processus contextuels de structuration et de déstructuration, les conseillers en VAE ne constituent pas une profession établie. Ils sont soumis à des aléas historiques, culturels et politiques très et trop variables.
DES CONCEPTIONS OU DES IDÉOLOGIES DIFFÉRENTES

Cohabitent, rivalisent ou s'opposent actuellement des segments professionnels plus ou moins tolérants, organisés en fonction d'appartenances idéologiques. La V AE est inscrite dans un cadre réglementaire large même si se côtoient loi, code du travail, code de l'éducation et décrets dont un spécifique à l'enseignement supérieur, entraînant des divergences d'interprétation! Il y a les conseillers en VAE qui la conçoivent comme un accès à un niveau de l'enseignement supérieur; cette acceptation s'approche alors de l'application du décret na 85-906 du 23 août 1985 nommée communément VAP 85 (Validation des Acquis Professionnels). Il Y aussi ceux qui la proposent avec attribution ou dispense de modules; dans le premier cas on se rapprocherait de l'application du décret na 93-489 du 26 mars 1993, siglée VAP 93 et dans le second cas, une nouvelle fois, de la VAP 85. Et il Y a encore ceux qui la présentent comme la 4èmevoie de certification, à côté de la formation initiale, continue et par apprentissage. Enfin, il y a ceux qui mixent ces interprétations en tenant compte des contraintes inhérentes 28

à leur institution et du diplôme visé, pouvant ainsi conduire à des pratiques différentes d'un diplôme à l'autre. Dans ces conditions il est aisé d'imaginer les divergences de pratiques d'accompagnement au moment de la constitution du dossier et de l'entretien. Quels sont donc les attendus? La règlementation en vigueur indique que le candidat doit « expliciter par référence au diplôme postulé les connaissances, compétences et aptitudes qu'il a acquises dans l' expérience.II » Quatre termes - connaissances, compétences, aptitudes et expérience- qui sont autant d'applications envisageables qu'il existe de combinaisons possibles entre eux! Il en est de même pour leur évaluation: l'appréhension sera-t-elle en termes de connaissances académiques? D'objectifs à atteindre? De compétences? De métiers ?.. Autant de types-idéaux correspondant à des réalités contextualisées hétérogènes qui « n'unifient pas» la profession des conseillers en V AE.
DES TRAJECTOIRES DIVERSES ET VARIÉES

La profession des conseillers en VAE s'inscrit dans des interactions entre des institutions d'appartenance, des universités aux pratiques en matière de VAE, rappelons-le, variées et des biographies hétéroclites. Les identités professionnelles, sociales peuvent-elles être aussi nombreuses qu'il y a de conseillers? (!) Des données objectives symbolisent cette diversité. Parmi elles, les grades... Ils s'étalent de la catégorie C à la catégorie A pour le personnel administratif, c' est-àdire de l'adjoint administratif à l'ingénieur de recherche; pour le personnel enseignant du PAST au maître de conférences. Existent ceux aussi dont la mission entière est consacrée à la mise en place du dispositif et/ou à l'accompagnement des candidats et ceux pour qui ces missions s'allient à d'autres (enseignement, conseil en formation, notamment). Être fonctionnaires ou contractuels n'est pas non plus sans conséquence. Parmi les fonctionnaires, il y a ceux qui, d'abord contractuels, ont enfin obtenu une titularisation et à qui on ne reconnaît pas toute leur expérience et qui voient leur salaire pouvant être divisé par deux! Il y a ceux qui ont obtenu un concours ou qui obtiennent une mutation et dont le choix sera davantage dépendant de la localisation géographique de l'affectation, de la ville donc et moins du poste. Les contractuels, eux, restent soumis à une grande précarité. En effet, les contrats qui lient les universités aux conseillers en validation contractuels ont une dimension marchande marquée de son
Il Article 4 du décret n° 2002-590 du 24 avril 2002

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« instantanéité» et une dimension de mise en travail, « marquée elle par la subordination et la durée », pour reprendre les expressions de Bernard FRIOT (1999 : 200). C'est ainsi que cette frange de salariés peut subir ou négocier des contrats allant de deux mois à trois ans, à des échelons débutant à 1 ! Aux statuts s'accorde une variété de parcours. Pour en exposer la diversité, la formation initiale et l'expérience peuvent déjà être prises comme dimensions significatives, mais non exhaustives. Là aussi, le panel des diplômes est large, allant du BTS au doctorat. Mais à l'heure actuelle aucun diplôme ne prépare à la profession de conseiller en VAE. Les diplômes qui offrent des modules de formation relatifs à la VAE ont des intitulés et des objectifs plus larges pour des métiers œuvrant généralement dans l'ingénierie de formation avec une approche disciplinaire des sciences de l'éducation. Serait-ce un paradoxe pour une profession centrée autour du culte du diplôme, de ne pas avoir, pour elle, de diplôme reconnu? Certainement non, même si c'est une question fréquemment posée par le commun des mortels, comme nos candidats. On peut entendre: «Et il faut quoi comme diplôme pour faire ce que vous faites? », eux-mêmes étant souvent pris dans cette culture de surenchère du diplôme! Existe-t-il actuellement un diplôme qui faciliterait l'accomplissement des missions incombées aux conseillers en VAE ? J'affirme que non à un bémol près. Etre titulaire d'un doctorat, d'autant plus qu'on appartient au corps administratif, aide. La sacrosainte «recherche» est partagée avec la communauté scientifique universitaire à laquelle s'identifient nombre de membres de juryl2 et permet la compréhension de la culture universitaire et son intégration si cette intégration n'est pas déjà accomplie. Si le diplôme importe peu, sans omettre qu'il peut être un élément facilitateur, la compréhension du monde universitaire est une aptitude indispensable pour devenir et surtout rester conseiller en VAE. Et là, l'expérience du professionnel compte. Entre celui, pour qui, ce sera la première expérience dans le monde universitaire et celui qui, étant en fin de carrière, a principalement évolué dans ce milieu, il est certain que la compréhension et l'appréhension du métier dans sa spécificité universitaire seront bien différentes.

12 En référence à l'article 5 du décret n° 2002-590 du 24 avril 2002, le jury doit comprendre une majorité d'enseignants-chercheurs.

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En fonction de la situation de chacun, de son histoire, de son parcours, les logiques d'action des acteurs et les évolutions de carrière sont personnalisées comme autant de trajectoires envisageables. Ces particularismes initient des vécus au travail et des savoirs professionnels propres à chaque conseiller en VAE qui « dessinent des logiques subjectives reliant le sens accordé au travail, l'anticipation du parcours professionnel et les croyances sur les savoirs utiles» pour reprendre les propos de Claude DUBAR et de Pierre TRIPIER (1998 :237). Si la profession de conseiller en VAE s'inscrit dans des contextes divers mais précis et visibles, elle initie des formes identitaires variées dont l'ensemble sert à sa construction par les dynamiques qu'il induit. Il s'agit là encore d'une segmentation où les données se croisent et se décroisent. Les intersections, les rencontres deviennent des références communes construisant l'identité professionnelle du conseiller en V AE, et ce à partir donc de sa propre subjectivité. La profession de conseiller en VAE, c'est donc l'inverse de la stabilité, ne sachant pas toujours de quoi demain sera fait. Un mot-clé qui peut la caractériser est celle d'évolution et pourrait ainsi correspondre au modèle «carriériste» proposé par Claude DUBAR (2000 : 211-220)

2. IDENTITÉ DES CONSEILLERS EN VAE: DU MODÈLE CARRIÉRISTE AU PROCESSUS DE MOBILISATION. RÉALITÉ OU IDÉAL-TYPE?
Lorsque Claude Dubar (2000 : 211) introduit le modèle « carriériste », il écrit que le terme clé qui caractérise les salariés qui y participent est «l'entreprise ». Il est indéniable que pour les conseillers en V AE, le symbole fort de leur identité professionnelle est l'université. C'est ainsi que, par leurs pratiques et actions, l'université remplit deux fonctions essentielles, l'une de communication et l'autre de participation. Les transmissions, dans le premier cas, s'élaborent par et pour l'université comme vecteur exclusif. Dans le second cas, il s'agit de mesurer le sentiment d'appartenance. A aucun moment, je n'ai entendu un conseiller en VAE refuser de dire que son employeur était l'université. C'est une référence, pour ne pas dire la référence, utilisée par les acteurs eux-mêmes pour s'identifier, se faire reconnaître. Cette modélisation permet le repérage de différentes dimensions propres à la profession des conseillers en VAE. 31