Émotions religieuses d

Émotions religieuses d'un pèlerinage à Rome

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Français
244 pages

Description

Arrivée à Rome trois jours avant la semaine sainte, je me préparais à suivre l’ordre de ces cérémonies, toujours si admirables pour un cœur catholique, plus saisissantes encore dans ces jours d’oppression où les hontes et les douleurs du présent s’aggravent des teintes du plus menaçant avenir. Je n’avais jamais attaché mon regard sur la personne vénérée du Saint-Père, jamais le son de sa voix n’avait frappé mon oreille. Entraînée à Rome par la puissante attraction de ses malheurs, dans le but unique de faire un acte de foi et de filial respect et de protester par l’ardeur de mon dévouement contre l’iniquité de ses persécuteurs, j’avais avant tout le fervent désir de m’agenouiller sous la main bénissante du vicaire de Jésus-Christ.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 04 avril 2016
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EAN13 9782346050802
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Marie-Thérèse de Villeneuve-Arifat
Émotions religieuses d'un pèlerinage à Rome
Je n’avais eu d’abord, en rappelant les plus chers souvenirs de mon pèlerinage à Rome, d’autre pensée que celle d’associer à l’ardeur de mes sentiments, dans des relations intimes, la sympathie des cœurs riches d’un écho qui répond à la voix de tout religieux élan. Mais quelques mois se sont écoulés, aggravant par la persévérance des mêmes iniquités les douleurs de l’Eglise, révélant aussi de plus grands caractères, et couronnant d’une auréole de gloire céleste le saint et grand Pontife qui sait souffrir, et maintenir le sceptre auguste devenu pour lui, en ces jours de deuil, semblable au roseau sanglant du Sauveur des hommes. Humble fille du père de l’immense famille catholique, j’ai pensé que le verre d’eau froide qu i, au dernier jour, sera compté selon la parole de Jésus-Christ, me permettait d’ajouter à mon tribut au denier de Saint-Pierre les modestes pages qui ont coulé de mon cœur. Au nom de notre Père sacrilégement spolié, devenue la confiante sœur de tous ceux que ma voix implore, j’ose leur demander l’obole à ajouter au devoir accompli par toute âme chrétienne. Un fraternel accueil a déjà encouragé mon espérance : au prix de fervents efforts il m’obtiendra le bonhe ur de déposer de nouveau un filial et abondant hommage aux pieds du vicaire de Jésus-Christ.
sc LA M DE VILLENEUVE-ARIFAT.
ÉMOTION RELIGIEUSE D’UN PÈLERINAGE A ROME EN 1861
Il y a dans tout récit d’impressions de voyage une double action, qui à la fois ramène le pèlerin vers des horizons disparus, et lu i fait rechercher l’intérêt et charmer les loisirs des confidents de ses plus chères pensé es. Celui qui raconte retrouve dans sa mémoire fidèle les lieux et les scènes qui ont f ixé son attention ; pour lui les plaisirs de l’intelligence se ravivent aux sources fécondes du souvenir. Celui qui écoute se plaît à remarquer les traces qu’un jour il cherchera peut-être à suivre, et trouve dans le tableau gracieux et animé du voyage un allégement a u regret de n’avoir pu juger et observer lui-même. Mais si l’esprit comprend et jou it autrement que le cœur j’oserai dire que je trouve une différence profonde entre le simpressions et lesémotions d’un voyage. Voir, admirer, sourire, ce n’est pas sentir et aime r. Pétillant en son riche domaine, l’esprit anime de sa verve les mille formes qu’il d onne à la pensée. Tout sujet est paré des brillantes couleurs de sa palette. Il enveloppe tout de sa séduction ; son récit n’a rien de monotone, sa course n’a point de langueur. Il passe d’un objet à un autre, il les saisit, il les prend sur son aile légère, et ravi d e ses trésors, il traverse l’espace et les apporte à la curiosité attentive. Avec l’esprit on écrit lesimpressions d’un voyage ; avec le cœur on retrace ses émotions !Les sentiments qui pénètrent plus avant dans les d élicatesses de l’âme ne sont pas toujours ceux que la parole sait peindre ; et quand les larmes viennent mouiller les yeux, parfois les lèvres hésitent à tr ahir le motif qui les fait couler. Quand mon regard étonné rencontra la mer pour la première fois, et que son immensité frappa mon âme comme une révélation de l’infini, je restai en silence : mon cœur débordait de pensées, et je n’avais pas d’expressio ns pour les redire. Le Calvaire, s’il se dressait devant moi, me laisserait à peine la pu issance d’exhaler un cri de douleur et d’amour. Je ne descends pas du Calvaire : je remonte des pro fondeurs des Catacombes. J’ai vu le sang des martyrs, je l’ai senti couler, j’ai assisté au supplice, j’ai savouré la gloire du triomphe. J’ai partout à Rome suivi et retrouvé la trace de nos premiers Apôtres. Transportée à l’aurore du christianisme, je n’ai tr ouvé rien d’aussi grand que ses premiers combats, rien d’aussi entraînant que ses p remiers exemples. Pour moi le présent s’est agrandi du passé et j’ai remonté le f leuve majestueux du temps qui a roulé dix-huit siècles dans son cours. Mon âme une fois revenue à cette source vivifiante de l’Eglise, mon cœur une fois réchauffé à ce foyer des premières gloires chrétiennes s’est assimilé plus vivement encore tou t ce qui trouble ou console les temps d’aujourd’hui. La religieuse absorption dans le passé a conduit et soutenu ma pensée à travers les douloureuses émotions que m’in spire l’état actuel de Rome, attaquée par une invasion sacrilége et si vaillamme nt défendue par l’élite de l’épiscopat français. Les pas du premier Apôtre ont tracé une route lumineuse dont rien n’a pu détourner mes yeux : et dans Pie IX j’a i vénéré le Pontife dont le courage, la bonté, la fermeté, l’ineffable douceur font revi vre le premier chef de l’Eglise choisi par Jésus-Christ. Ces quelques pages sont le modest e tribut de ma reconnaissance envers le Dieu de bonté qui, en m’inspirant la pens ée du pèlerinage de Rome, l’idée de faire un acte de foi, et d’apporter mon filial r espect aux pieds vénérés du Saint-Père, m’avait réservé dans le trésor de sa misérico rde une source précieuse d’émotions qui consoleront et ranimeront mon cœur e t seront sa lumière et sa force
quand les ombres de la mort auront déjà obscurci au tour de mon regard les dernières teintes de la vie !
SEMAINE SAINTE
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Arrivée à Rome trois jours avant la semaine sainte, je me préparais à suivre l’ordre de ces cérémonies, toujours si admirables pour un c œur catholique, plus saisissantes encore dans ces jours d’oppression où les hontes et les douleurs du présent s’aggravent des teintes du plus menaçant avenir. Je n’avais jamais attaché mon regard sur la personne vénérée du Saint-Père, jamai s le son de sa voix n’avait frappé mon oreille. Entraînée à Rome par la puissante attraction de ses malheurs, dans le but unique de faire un acte de foi et de filial respect et de protester par l’ardeur de mon dévouement contre l’iniquité de ses persécuteurs, j ’avais avant tout le fervent désir de m’agenouiller sous la main bénissante du vicaire de Jésus-Christ. Le jour des Rameaux était là avec ses palmes fleuri es, ses vénérables et naïfs souvenirs, et ce parfum de douceur et de suavité qu e répand dans l’âme la simple et sublime lecture de l’évangile qui raconte l’entrée triomphante du Sauveur dans Jérusalem. Dès l’aube du jour, un bruit, un mouveme nt inaccoutumé semblaient faire tressaillir cette ville qui a conquis par des flots de sang l’honneur d’être, avant tout, chrétienne.Aussi chaque grand trait de l’histoire du monde ch rétien semble s’imprimer jusque dans l’aspect de ses murs et la physionomie de ses habitants. Chaque fête devient un événement et, joies ou tristesses religi euses, Rome les comprend avec des entrailles de mère. Aussi ne demande-t-on pas à la multitude quelle est la pensée qui l’absorbe, vers quel but elle court, quelle est l’e spérance qui l’attire en ces jours où un grand souvenir chrétien plane au-dessus de nos tête s et appelle à lui l’hommage de notre foi. Ce peuple, ranimé dans sa langueur, remu é dans son indolence, franchit en hâte le seuil de ses demeures ; et tantôt Saint-Pie rre, tantôt Saint-Jean de Latran, tantôt quelque autre de ces basiliques vénérées où retentit la fête du renouvellement de nos mystères, l’invite à précipiter ses pas et l ’attend pour l’entourer de ses religieuses grandeurs. Il y a quelque chose d’entra înant dans ce mouvement qui fait à la fois battre tant de cœurs, et semble concentrer tant d’éléments divers dans l’unité d’une pensée ; et je l’avoue, je sentais mon âme s’ élever et se rapprocher du ciel à la vue de ce peuple dominé par un sentiment mystérieux , peut-être inconnu à lui-même, et pressé par un moteur invisible.
DIMANCHE DES RAMEAUX
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Le dimanche des Palmes, ainsi s’appelle à Rome le d imanche des Rameaux, l’un des jours où le chef de l’Eglise entre solennelleme nt dans la basilique de Saint-Pierre, un peuple immense couvre la place où s’élève l’obél isque de Sixte V, et inonde le spacieux portique du plus beau temple de l’univers. Des places réservées dans une enceinte formée par de riches draperies réunissaien t sous le dôme même de Saint-Pierre les femmes qui, vêtues de noir et voilées, a ttendaient dans l’attitude du respect. Bientôt le roulement du tambour, la voix grave et p énétrante des cloches ont annoncé l’approche du chef de l’Eglise. Quand à son entrée, la voûte du temple a retenti de ces paroles dites il y a dix-huit siècles par un Dieu a u pêcheur de la Judée : «Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ;» quand, dis-je, le bruit incessant de la foule, cardinaux, gardes, prélats, simples prêtres, entour ant le siége sur lequel est porté le Pontife, est devenu plus distinct en ouvrant sa voi e vers l’autel, mes yeux se sont fermés à ce jour trop radieux ; c’est en vain que j ’aurais voulu les fixer sur les traits du Saint-Père pour renfermer en mon âme son ineffaçabl e souvenir. Comme l’aveugle de Jéricho, saisissant le bruit des pas du Sauveur et le mouvement des peuples autour de lui, je me suis écriée : « Seigneur ! faites que je voie, faites aussi que la foi triomphe et que votre représentant sur la terre règ ne au loin dans cet univers sur les intelligences et sur les coeurs ! » Bientôt des voix d’une ineffable harmonie ont comme ncé l’office divin. Assis sur son trône au fond du large espace qui s’étend au delà d e l’autel, le Pape semble d’un regard paternel veiller à toutes les parties du sac rifice, et accueillir, comme représentant de la grandeur, de la bonté divine, to ut ce qui l’associe aux saints mystères. De l’autel au trône pontifical, il s’étab lit comme une chaîne mystérieuse qui se resserre à mesure que la cérémonie devient plus auguste et semble soulever le voile pour nous laisser apercevoir, à nous fidèles, la corrélation qui pendant le sacrifice relie la terre au ciel. Des palmes bénies par le Saint-Père sont ensuite remises par lui-même aux mains des cardinaux, du co rps diplomatique, des généraux des troupes pontificales ou étrangères et de quelqu es personnes qu’un sentiment de religieux respect a portées à solliciter cette fave ur. Les heures s’écoulent et bien des mains indifférentes emportent ces palmes qui devrai ent être, hélas ! le gage d’une fidélité prête à braver le martyre.
VENDREDI SAINT. MISERERE
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Mais après les splendeurs qui ouvrent cette grande semaine, nous allions avec l’Eglise entrer dans la voie douloureuse empreinte des pas du Sauveur. C’était la chapelle Sixtine dont nos cœurs cherchaient l’entré e. Là, s’isolant hors des majestueuses proportions de Saint-Pierre, au pied d ’un autel resserré dans une étroite enceinte, le Pape et le sacré Collége viennent dema nder à l’austère dénûment de ces murs, de prêter leurs échos aux lamentations du Pro phète. La foule se presse avide et impatiente à la porte du sanctuaire où la piété seu le devrait trouver entrée ; et bien souvent le cœur est froissé par la dissipation irre spectueuse que des étrangers de nations, de convictions différentes, apportent aux pieds mêmes du chef de l’Eglise ; mais si de tels contrastes troublent un instant la pensée, bientôt elle s’élance hors de ces sphères pour s’élever, dégagée de tout mélange, à des considérations plus hautes, dignes d’attirer l’âme du chrétien.