Contes de la Montagne

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Après les « Contes de la Mer » et les « Contes de la Forêt », Christiane CORAZZI nous propose ses « Contes de la Montagne ». Evasion assurée et rencontre avec des êtres étranges ou des animaux symboliques, fable écologique avec un glacier qui ne veut pas disparaître, valeurs défendues par des montagnards au grand cœur, voyage initiatique où la confrontation avec les éléments rend plus fort… vous serez transportés dans un monde féérique et en même temps réaliste qui séduira les amoureux de la montagne.

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Date de parution 17 janvier 2017
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Langue Français

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La montagne sacrée
Il était une fois un petit garçon qui vivait au pied d’une montagne sacrée. Il était formellement interdit d’y monter et tous respectaient scrupuleusement cette règle par peur des représailles des dieux qui y vivaient.
Mais le petit garçon âgé de dix ans, nommé Your, était curieux et désobéissant. Il regardait tous les jours la montagne et rêvait de l’escalader en dépit de toutes les recommandations faites par ses parents inquiets de l’intérêt que leur fils lui portait.
Un jour Your échappa à leur surveillance et entreprit son ascension. Il avait préparé son coup plusieurs jours plus tôt et dérobé de quoi se nourrir pendant son expédition. Il espérait bien trouver sur place ce qui lui manquerait. Son intrépidité égalait son enthousiasme. Il ne jeta même pas un regard derrière lui en abordant les premiers contreforts.
Le garçon traversa d’abord une zone boisée mais les arbres se firent bientôt plus rares et les rochers plus difficiles à escalader. Il se laissa guider par son instinct et trouva des sentiers empruntés par des animaux. A mesure qu’il montait il se sentait de mieux en mieux. Etrangement, la fatigue n’avait aucune prise sur lui. Il était heureux, grisé par un sentiment de liberté qui lui était étranger jusque là.
Your n’avait pas vraiment conscience de braver un interdit et ne redoutait pas les conséquences de son acte. Pourtant c’était un sacrilège que d’enfreindre la loi édictée par les prêtres depuis la nuit des temps. Si les dieux se mettaient en colère toute la communauté pourrait en pâtir. Les prêtres maintenaient les habitants du pays dans la crainte constante d’une possible catastrophe provoquée par leur désobéissance. Aussi
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aucun d’eux jusqu’à présent ne s’était risqué à les mécontenter. Le jeune garçon était le premier !
Lorsqu’ils s’aperçurent de son absence les parents de Your furent très inquiets. Où était-il parti ? Pourquoi n’était-il pas rentré à la nuit tombée comme chaque jour ? Que lui était-il arrivé ? Ils se posaient bien des questions mais jamais ils n’auraient pu imaginer que leur fils s’était aventuré dans la montagne sacrée.
Ils ne voulurent pas le croire lorsqu’un garçon du village leur dit avoir vu Your aller dans cette direction. C’était impossible, inimaginable ! Jamais leur enfant ne ferait une pareille chose ! Certes, il était un peu indiscipliné mais il était loin d’être idiot. Les parents se désolaient, impuissants.
Dès que les villageois eurent vent de l’escapade de Your ils se montrèrent très agressifs avec sa famille. En effet ils redoutaient les conséquences de son attitude qui pouvait attirer sur eux la malédiction des dieux. La tension était grande dans le village, bouleversé par la disparition du garçon.
Your l’ignorait, il grimpait toujours plus haut, toujours plus loin sans même se retourner pour regarder ce qu’il laissait derrière lui, avide de sensations nouvelles. Il ne songeait pas à l’inquiétude de ses proches, il ne pensait qu’à son plaisir.
Soudain, il releva la tête et, au-dessus de lui, sur un rocher surplombant un à-pic vertigineux, il lui sembla apercevoir un homme assis en tailleur, les mains jointes, regardant droit devant lui. Que faisait-il ici ? Etait-ce un dieu ? Sa curiosité en éveil, Your décida de s’approcher silencieusement pour en avoir le cœur net.
Il dut franchir un passage difficile pour rejoindre l’inconnu et faillit dévisser à deux reprises mais sa volonté et sa ténacité lui permirent de surmonter ces difficultés. Aussi quelle ne fut pas sa déception en arrivant enfin sur le rocher ! Il n’y avait personne.
Avait-il eu une hallucination ? A moins que l’homme, l’ayant vu arriver, n’ait choisi de partir. Your était dubitatif. Il se frotta les yeux et se pinça comme pour vérifier qu’il ne dormait pas. Puis il regarda tout autour de lui, inspectant les environs dans l’espoir de revoir l’apparition de tout à l’heure. En vain.
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Your décida alors de continuer son ascension. Il avait maintenant un peu plus de mal à respirer et ses oreilles bourdonnaient. Il devait s’arrêter de temps en temps pour reprendre son souffle. Mais il se sentait irrésistiblement attiré par le sommet comme par un aimant. Il avait l’impression étrange que quelqu’un l’y attendait.
La progression se faisait de plus en plus lente et laborieuse mais à aucun moment Your n’avait eu le désir de renoncer et de revenir en arrière. Pas un instant il n’avait pensé à ses parents depuis le lever du jour ; mais à présent que le soleil allait disparaître à l’horizon et que le froid devenait plus intense, il se sentait plus fragile, plus seul.
Où allait-il passer la nuit, lui qui avait toujours dormi dans la modeste, mais rassurante maisonnette de ses parents ? Il frissonna et se blottit contre la paroi pour se protéger un peu de la froidure qui le tétanisait, tout en avançant à tâtons.
Soudain il sentit une anfractuosité dans la roche. Le cœur battant, il s’y engagea pour se mettre à l’abri tout en espérant qu’il n’y ferait pas de mauvaises rencontres. Une odeur étrange vint chatouiller ses narines. Mais il était si fatigué qu’il s’endormit sans plus se poser de questions.
Ses songes furent peuplés de monstres et d’animaux sauvages rôdant autour de lui. Des bruits perçaient la nuit, lancinants, effrayants. Your les percevait mais il ne parvenait pas à faire la part du rêve et celle de la réalité.
Loin de là, au village, sa mère se tordait les bras d’angoisse et de douleur, imaginant le corps de son fils gisant au fond d’un précipice, déchiqueté ou dévoré par d’horribles bêtes. Elle se reprochait de n’avoir pas suffisamment surveillé son enfant, de ne pas l’avoir assez mis en garde… Elle ne dormirait pas de la nuit.
Les villageois étaient partis à la recherche de Your mais ils s’étaient arrêtés à l’orée de la forêt qui ceinturait la montagne sacrée. Nul ne franchirait cette limite. Le père était rentré chez lui, le dos voûté comme s’il portait tout le poids du monde sur ses épaules, le visage fermé, incapable de répondre aux interrogations de sa femme, anéantie par le chagrin. Lui souffrait en silence, un homme ne pleure pas.
La nuit fut longue.
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A l’aube, l’enfant se réveilla tout engourdi. Il sentit quelque chose adossé contre lui, il tâta doucement et sentit une boule de poils. Il se retint de pousser un cri. L’animal pouvait être dangereux. Il se déplaça lentement, en rampant, vers la sortie de la grotte et se retourna pour essayer de distinguer ce que c’était.
Son cœur bondit dans sa poitrine. C’était un petit ourson ! Il avait passé la nuit dans la tanière d’un ours ! La mère ne devait pas être bien loin. Il lui fallait s’éloigner au plus vite. C’est alors qu’il entendit un grognement qu’il identifia sans peine. Pourvu qu’elle ne lui barre pas la route ! Il n’y avait plus de temps à perdre, il devait mettre de la distance entre la femelle et lui. C’était sans compter sur l’ourson qui se réveilla et se jeta sur lui pour jouer. Il ne manquait plus que cela !
- Je n’ai pas le temps de jouer avec toi, petit ours. Ta mère n’aimera sûrement pas ça ! Je dois partir. Reste ici, surtout ne me suis pas.
Mais le bébé ours qui ne l’entendait pas de cette oreille-là lui emboîta le pas. Voilà qui ne faisait pas son affaire ! Comment allait-il s’en débarrasser ?
Attirée par l’odeur de son petit, la mère ours fit son apparition. Elle se dressa sur ses pattes de derrière, menaçante, en voyant l’intrus, puis sembla se raviser. En dormant serré contre l’ourson sans même s’en rendre compte, Your avait pris son odeur, ce qui troubla la mère.
Le garçon comprit qu’il devait rester très calme et ne pas montrer sa peur s’il voulait survivre. Il parvint, non sans mal, à se contrôler. Le petit ours batifolait autour de lui tandis que la mère semblait observer la scène avec bienveillance. Puis elle l’appela et il s’éloigna de Your.
Ce dernier soupira de soulagement en les voyant partir. Il l’avait échappé belle. Il commençait à prendre conscience que la montagne pouvait être dangereuse. Cependant il ne renonça pas pour autant à poursuivre son ascension. Il n’était pas arrivé jusqu’ici pour rebrousser chemin sans être parvenu à son but : voir la vallée du point le plus haut, toucher les nuages qui encapuchonnaient si souvent le sommet de la montagne la cachant ainsi aux regards des humains, se rapprocher du ciel. Car c’était là son but ultime, son rêve d’enfant.
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