La Team Sherlock - tome 2 L

La Team Sherlock - tome 2 L'énigme du Mara Khol Ma

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Livres
224 pages

Description

Après avoir résolu l'affaire Moriarty au péril de leur vie, Celandine, Haruko et Alejandro s'apprêtent à goûter un repos mérité.
Mais leur ami Watson a disparu et tout laisse à penser qu'il se trouve au Japon.
Les voici donc partis pour Tokyo !
Leur mission ? Retrouver Watson et lui remettre un mystérieux aiguillon orné de signes tibétains devenu l'objet de toutes les convoitises.
Les vacances peuvent attendre. Bienvenue au pays du Soleil-Levant... et des dangereux yakuzas !


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Date de parution 03 mai 2018
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EAN13 9791023510638
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Dans la même série :
La Team Sherlock tome 1 : Le Mystère Moriarty 2017 Du même auteur, aux éditions du Seuil Jeunesse :
Dans les griffes du Klan 2009 Kroko 2010 L’Ultramonde, tome 1 : Les Trois Pierres du Fâark 2015 L’Ultramonde, tome 2 : Les Dérailleurs 2016
Illustration de couverture : Alban Marilleau
© Éditions du Seuil, 2018
ISBN : 979-10-235-1063-8
www.seuiljeunesse.com
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Un grand merci à Jean-Luc Boutel et à Yuka Malaurent.
1
Sanja Matsuri
Tokyo, Japon. Quartier d’Asakusa.
C ourbé sur sa canne, le vieillard avait bien du mal à se frayer un chemin parmi la foule. En ce troisième week-end de mai, des dizaines de milliers de personnes avaient envahi les rues. Elles se déplaçaient en un flot compact, progressant comme un seul homme dans une même direction. On dirait une colonie de fourmis, songea le vieillard. Quelqu’un lui marcha sur le pied, écrasant son gros orteil. Surpris, il lâcha une flopée de jurons en anglais. Pas très fort, mais suffisamment pour attirer l’attention de ses voisins les plus proches. Les touristes n’étaient pas rares à Tokyo à cette période de l’année. Beaucoup en profitaient pour assister àMatsuri Sanja , l’un des trois plus 1 grands festivals de la ville. Mais ce gaijin-là sortait de l’ordinaire. Malgré la chaleur accablante, il était enveloppé d’un long manteau noir. Son visage, dissimulé par une capuche, ne laissait dépasser que l’extrémité grisonnante de sa barbe. L’inconnu se mêla à la procession qui descendait la rue Yanagi jusqu’au plus e ancien temple de la capitale, le Sensō-jiVII siècle, deux. Selon une légende du pêcheurs avaient autrefois découvert dans leur filet une statuette de Kannon, la déesse de la Compassion. Un riche propriétaire terrien aurait alors offert de construire un temple pour y déposer la précieuse trouvaille. La fête célébrait le souvenir de l’événement. En tête du cortège, des centaines de personnes se relayaient pour soulever d’imposants coffres pesant plus d’une tonne. À chaque coin de rue, des marchands ambulants vendaient des amulettes et des talismans représentant différentes divinités protectrices. Le vieil homme lui-même transportait un gros bouddha rieur en bronze d’une cinquantaine de centimètres de haut. Sa face de lune, plus étincelante qu’un lingot d’or, resplendissait d’une joie hilare. 2 Chargé de son fardeau, il passa devant deux sumotoris qui s’affrontaient dans une joute éléphantesque. Il les ignora et continua à avancer du même pas résolu. Du coin de l’œil, il avait remarqué les gaillards musculeux occupés à prendre les paris sur le combat. Uniquement vêtus d’un pagne de tissu blanc, ceux-ci avaient le corps couvert de tatouages colorés. On donnait à ces individus différents noms, mais le plus usuel était yakuzas. De dangereux malfrats à la solde de la mafia locale. En temps normal, les gens auraient changé de trottoir pour éviter de les croiser, mais, durant les
festivités, ils riaient et se faisaient photographier avec eux. L’étranger au capuchon, lui, ne souhaitait surtout pas attirer leur attention. Il s’engagea dans une ruelle peu avant d’atteindre le temple. De minuscules boutiques s’y alignaient. Au bout d’une centaine de mètres, le vieillard finit par dénicher celle qui l’intéressait. Il maîtrisait fort bien le japonais, mais il n’eut pas à user de ses talents linguistiques pour déchiffrer l’inscription qui ornait le fronton du bâtiment. Elle était en français : Salon de thé La Bohème. Il pénétra à l’intérieur. Des panneaux en bois et papier de riz divisaient la salle principale en quatre boudoirs de taille égale. Posés à même le sol, des coussins flanquaient de longues tables basses. L’établissement était presque vide. Sur les quatre alcôves, une seule était occupée. Deux hommes y discutaient paisiblement entre deux rasades de thé vert. Le premier était petit et sec comme un coup de trique; il avait un visage anguleux, presque émacié. L’autre était du genre «armoire à glace», large d’épaules avec un ventre proéminent. S’ils remarquèrent sans doute la présence du vieillard, ils continuèrent leur conversation sans lever les yeux sur lui. En contournant leur box, le visiteur nota furtivement le tatouage qui dépassait de la manche du maigrichon. Le vieux se dirigea ensuite vers le fond du commerce, où se dressait un comptoir en bois laqué. Il y déposa son bouddha rieur et fit tinter une sonnette d’hôtel à l’ancienne. L’accessoire paraissait plutôt incongru dans ce décor typiquement asiatique, mais connaissant l’hôtesse des lieux il n’était pas vraiment surpris. Il patienta.Ellel’avait entendu, il le savait.Elleaimait juste soigner ses entrées. Au bout de quelques minutes, un rideau de nattes s’écarta derrière le comptoir. Mon ami! Quel plaisir de te recevoir. Et tu m’as apporté un cadeau, il ne fallait pas. En ce jour de réjouissances, je ne voyais pas plus approprié à t’offrir qu’un bouddha chinois de la félicité. Il prodiguera richesse et bonheur à ta maison. Elle caressa la joue de la statue de bronze, puis lui sourit. Cela fait combien de temps, John? Cinq, six ans? Elle était toujours aussi belle. Ses cheveux, relevés en un chignon ordonné, dévoilaient sa gorge délicate. Le rouge sanguin de ses lèvres tranchait avec son teint à la blancheur d’albâtre. De grands cils de biche bordaient ses yeux émeraude. Elle portait un kimono traditionnel, mais ses traits étaient occidentaux. Huit, répondit John H. Watson en retirant la capuche qui dissimulait le haut de son visage. C’était il y a huit ans, en République tchèque. Oh, je n’ai pas oublié. Elle tapota une pile de cartes de visite sur lesquelles figurait le nom de son salon de thé, «La Bohème». Une référence à la région où ils s’étaient pour la dernière fois croisés autant qu’à son passé de chanteuse d’opéra. Watson lui adressa un sourire entendu. Comment le pourrais-tu? J’en garde, pour ma part, un souvenir impérissable. Leur séjour en Europe centrale avait été, comment dire… riche en rebondissements. As-tu trouvé ce que tu cherchais? demanda-t-elle, sans transition. Son regard brûlait de curiosité. Watson secoua la tête. Pas ici, les murs ont… Des oreilles!
Il ponctua la fin de sa phrase d’un large mouvement circulaire de sa canne qui heurta le maigrichon sur le côté du genou. Il y eut un craquement sec, et le bonhomme s’effondra comme un pantin désarticulé. Il se mit à jurer en japonais en se tenant la rotule à deux mains. Sa manche, partiellement retroussée, dévoilait clairement le dessin tatoué sur son avant-bras. La tache rosâtre que Watson avait aperçue plus tôt était le museau d’une carpe koï. Un motif que les yakuzas affectionnaient tout particulièrement. Mais Watson avait d’autres chats à fouetter. En l’occurrence, le gros «matou» d’au moins cent vingt kilos qui lui fonçait dessus avec la délicatesse d’un bulldozer. Le vieillard l’esquiva. Lancé à la vitesse d’un boulet de canon, le gaillard alla s’encastrer dans le comptoir. Watson eut tout juste le temps de retirer le bouddha du meuble. La tenancière, elle, s’était déjà retranchée dans l’arrière-boutique. Watson déposa la statue à ses pieds et examina le visage de son agresseur. Ses traits lui étaient inconnus, mais ça ne voulait rien dire. Le trésor qu’il venait de récupérer après de longs mois de recherches attisait la convoitise de nombreuses personnes. Tandis qu’il méditait sur la question, une ombre se faufila derrière lui. Watson devina trop tard sa présence. Il éprouva une vive douleur à la base du crâne. Puis le monde s’obscurcit et il plongea dans les ténèbres.
1. 2.
Étranger. Lutteurs japonais.
2
Un mystérieux e-mail
L ’œil rivé sur la pendule, Celandine observait la grande aiguille cheminer avec une lenteur exaspérante. Les heures lui paraissaient s’écouler au ralenti. Elle regarda par la fenêtre. On était fin juin. Dehors, un soleil éclatant trouait le bleu du ciel et les oiseaux gazouillaient gaiement. À cette période de l’année, même les élèves les plus studieux – groupe auquel elle était fière d’appartenir – préféraient se balader dans les jardins. La vitre lui renvoya le reflet de son visage mince grêlé de taches de rousseur et surmonté par une épaisse tignasse flamboyante. Elle y lut de l’inquiétude. Haruko, une jeune Japonaise qui, après une année scolaire mouvementée, était devenue sa meilleure amie, ne s’était pas présentée en classe. Cela ne lui ressemblait pas. D’ordinaire, les deux filles se rejoignaient pour le petit déjeuner et assistaient ensuite, ensemble, aux cours de la matinée. Elles étaient toutes deux en sixième, mais n’avaient pas la chance de partager une chambre à l’internat. Le hasard avait attribué à Celandine la pire coloc possible : Evie Brown, une Australienne de son âge surnommée – à juste titre – la Peste! Quand la sonnerie retentit enfin, Celandine l’accueillit comme une libération. Elle fourra ses affaires dans son sac et sortit presque en courant de la classe, aussitôt rejointe par Alejandro. Celui-ci venait d’Espagne et était son second meilleur ami, le troisième membre de la Team Sherlock, une petite équipe soudée qui en comptait maintenant quatre avec Peter, le frère jumeau de la Peste. Dans le couloir, Celandine agrippa Alejandro par l’épaule. Il tourna vers elle son visage jovial et rondouillard en partie occulté par des lunettes à grosse monture. Dis, tu as vu Haruko? Pas depuis hier soir. J’allais justement te demander la même chose. C’est bizarre, elle est peut-être malade. Tu n’as pas vérifié dans sa chambre pendant la récréation? Celandine soupira. Le prof d’arts plastiques m’a retenue pour me parler de mon dernier dessin, qu’il trouvait molto interessante, et tu le connais, il est hyper bavard. Il ne m’a pas lâché les baskets avant la fin de la récré. Et toi, tu es monté voir si elle était là-haut? Non, avoua le garçon en secouant la tête. Tu sais bien que j’aide un peu à la bibliothèque durant l’absence de M. Watson. John H. Watson était le bibliothécaire du prestigieux collège international Comte-de-Phénix. Celandine, Haruko et Alejandro l’avaient d’abord pris pour un dangereux
criminel, avant de réaliser leur erreur. Il était, depuis, devenu leur ami. Le vieillard avait requis un congé sans solde voilà plusieurs mois, puis il avait brusquement disparu de la circulation. Celandine et les autres étaient sans nouvelles de lui. Bien que Watson ne l’ait jamais confirmé, la jeune fille était certaine que son absence était liée au 1 cylindre tibétain en or qui lui avait été subtilisé . Allons-y! décida-t-elle en agrippant Alejandro par le bras. Ils se dirigeaient d’un même pas vers le grand escalier central lorsqu’ils aperçurent Miss Blanket plantée au milieu du hall. Ils attendirent un instant qu’elle s’éloigne en faisant mine de bavarder. La directrice de l’établissement n’aimait pas voir les élèves traîner dans les couloirs du pensionnat en dehors des horaires autorisés, qui se limitaient pour l’essentiel au lever et au coucher. Elle mit un moment à quitter les lieux, comme si elle pressentait un mauvais coup. Quand elle se décida enfin, ils se précipitèrent dans l’escalier qui menait aux étages. Une mélodie de guitare électrique saturée emplissait le dortoir des filles. The wigglin guitars, girl / The crash of the drums Make you wanna keep-a-rockin'/ Till the morning comes Let me be who I am / And let me kick out the jam… Celandine n’eut pas à chercher d’où provenait la musique. Elle reconnut aussitôt les MC5, un des groupes préférés d’Haruko. Elle toqua du poing à la porte de la Japonaise pour couvrir le vacarme. Quelques secondes s’écoulèrent, puis un «YEP» sonore les invita à entrer. Leur amie était allongée à plat ventre sur son lit, prête à rabattre le capot de son ordinateur portable. Elle portait un T-shirt des Stooges – un autre groupe punk dans lequel Iggy Pop avait fait ses débuts – par-dessus un jean délavé aux genoux déchirés. Une mèche mauve retombait sur son arcade sourcilière percée d’un anneau, ajoutant de la couleur à sa chevelure corbeau. Rassurée, la jeune fille se remit à pianoter sur le clavier de l’appareil.